KOMBARDEMENT DE ROME PAR L’ARMÉE FRA.NÇAISE
EXTRAIT d'i’XE COIinESPO.XDABCE DE IlMtS DU 20 JUILLET.
La première chose que j’ai faite à mon arrivée a été de prendre une voiture et un guide, dans rinteiition d’examiner les
l’IÈCKS IISTIFICATIVKS.
ruines des maisons et des œuvres d'art qui avaient été décrites avec tant de sensibilité dans le mémoire rédii;é par les consuls et présenté comme le résultat d'un bombardement ordonné par le général tiudinot. J'étais accompagné par un ami qui croyait fermement que la ville avjit été labourée par des obus, car il n'avait pas l'expérience de ce qu'est un bombardement, et il avait vu, en plusicm-s endroits, les traces de ces terribles messagers; mais quoique j’aie mis deux heures à sa disposition, nous n’avons rien vu qui méi itât une larme, et tout Me dommage pourra aisément être réparé au prix de 500 livres sterl ng.
Ma première visite a été pour le palais Rospigliosi, où se trouve la célèbre Avrore du fiuide, car j’avais entendu dire par divei’ses personnes que cet inestimable joyau avait été sérieusement endommagé. Pas un trait du tableau n’a été touché, pas un cheveu d’aucune de- figures n'a été dérangé; il est, de même que les autres cbefs-d’œiivre ()ui illustrent cette galerie, sain et sauf.
J’ai exploré ensuite les ruelles classiques du Transtevére. Tout le inonile sait que le bon peuple de ce quartier a la prétention d'étre seul la race dc-s vrais Uomains; et de même (pie SxvilX a dit que les porteurs de charbon sur les quais de Dublin étaient les descendants des rois d’Irlande, de même les porteurs l't les petits marchands du Transtevére disent qu’ils sont la postérité des Scipions et dos Gracques. C’est une population Apre au travail et si fermement attachée aux traditions, que la présence des Français l’a, dit-on, très-péniblement affectée. Cependant les troupes auxquelles ces quartiers ont été assignés n’onl aucune raison de se plaindre, et j’ai entendu hier un ofticier général dire que rien ne pouvait être plus conciliant que la conduite de cette excellente population. C’est elle (jui a supporté tout le poids des mallienrs de la guerre. Les habitants de ce faubourg ont été contraints, (>n premier ' lieu, par le triumvirat, de travailler aux tranchées et aux fortiricalions, et, lorsque les bombes ont été lancées, toutes celles (pii tombaient au delà des postes occupés par la garnison jetaient le désordre dans leurs maisons... Les pauvres
l'IKCF.S JISTIFICATIVES.
liabilniils oui eu Ijoiuicoup à souffrir dans les endroits où leurs maisons, qui g;('iunenl pour la défense, ont été démolies. Leur dénûment a si vivement ému les soldats français, dont le coeur est excellent, qu’un régiment caserné sur ce point a réuni par souscription un millier de francs pour le distribuei-, et le général Oudinol, instruit de ce fait, ordonna que les inallieureux habitants fussent employés à la démolition des barricades et à beaucoup d autres travaux qui auraient pu étie exécutés plus économiquement par ses troupes.
La conduite des officiers et des soldats français est admirable. aussi d'aucun cùlé n’arrive-t-il aucune plainte contre eux. Les olliciers île rétat-major du général itudinot et les secrétaires de la légation française ne prennent de repos ni jour ni nuit; pendant ce temps de forte chaleur, tout le monde dort. La cammission des barricades et de défense do la ville a fait beaucoup plus de mal à Home que les boulets français. Autour de la villa Borghése, que de dévastations commises au préjudice du prince, au préjudice du peuple, qui avait là de délicieuses promenades toujoui’s ouvertes au public! La commission des barricades a fait jeter à bas des arbreséculaires ; elle a fail niveler des maisons, soi-disant, poui assurer le jeu du canon du Pincio. Les dévastations, en réalité, n’étaient pas nécessaires, niéme pour la défense de la ville. IjO triumvirat (c’est une justice à lui rendre) a exigé i|ue la ville, ainsi que les galeries et les précieux monuments des arts fussent respectés. Les villas princiéres, les maisons bourgeoises en grand nombre sont tombées sous les coups de ces démolisseurs. Le chiffre de la [icrte est énorme. Le président et plusieurs membres de 1 ancienne municipalité, ainsi que quelques pers umes recommandables, ont reçu le conseil de quittei- Borne, leurs noms formant une exception à l’amnistie que le Pape veut |iroclainer avant .sa rentrée. M. .Sturbinetli aurait dii être rayé du livre noir à cause de la participation qu'il a eue à la reddition de Borne. Il serait à regretter que l'esprit réactionnaire agit à Borne, la: Pape peut être miséricordieux avec trente mille baïonnettes françidses à .î»a disposition, des garnisons aiilri-
iini PIÈCES JUSTIFICATIVES.
cliiennos à Bologne elà Ancône. On ne doule pas ici que Gai i- Ijaldi ne rôde auloui' de la côlc dans l’inlenlion de s'embarquer.
ncPËCHE ADRESSÉE DE CIVITA-VECCIIIA SODS LA DATE DD 1 6 JDIL- LET 1849, AD MINISTRE DE LA MARINE, PAR .LE CONTRE-AMIRAL TRÉHOÜART.
Monsieur le Ministre,
Depuis que j’ai eu l’honneur de vous adresser un dernier rapport, j’ai cru devoir me rendre à Borne, afin d'y prendre les ordres du général commandant en chef, et le féliciter sur l’entrée de l’armée dans ses murs. Lorsque j’y suis arrivé, l’occupalion ne datait que de trois jours, et dans les quarantehuit heures que j’y ai passées, j’ai été à même de m’apercevoir d’un grand changement dans les dispositions de la population, changement qui semblait devoir aplanir rapidement les tiraillements et les dinicultés qui résultent nécessairement d’une occupation faite sans convention préalable. Depuis lors, les rapports qui me parviennent me prouvent que la confiance renait progressivement, et j’attribue avec. juste raison cet heureux résultat à l’admirable discipline et à l’excellent esprit qu’a montré tout d’abord notre brave armée dans celte ville, où elle a paru entrer plutôt en ami qu’en vainqueur.
Je crois inutile, monsieur le Ministre.de réfuter de la manière la plus énergique la note adressée par plusieui’s consuls au général Oudinot, relativement aux dégôls produits par le prétendu bombardement de Borne. J’ai visité et parcouru toute la ville, et, à l’exception de quelques projectiles qui se sont égarés dans le Translevére, j’ai pu constater que ni les monuments ni les maisons particulières ne portaient aucune trace de nos boulets. Les seuls dégâts sont ceux qui ont été ordonnés par les triumvirs, sous prétexte de la défense de la ville.
Hier au soir, à l’iinitation de ce qui a dû se passer à Borne, un Te üenm a été chanté à Civita-Vecchia, pour me
i'iKt;Ks Ji:siiFicvïi\ ts.
servir des propres termes du général en clief, en témoignage d’actions de grâces pour le succès des aimes françaises eu Italie et pour le rétablissement de l'autorité pontilicale.
Cette cérémonie, à laquelle j’assistais à la tête des étatsinajors des bâtiments sous mes ordies, s'est passée avec le plus grand calme. Un grand nombre de fenêtres étaient pavoisées et le soir rilimnmation des maisons [larticuliéres était presque complète. Cette démonstration m’a paru d'autant [dus sincère (|ue la présence d’un millier de soldats romains congédiés, qui attendaient ici l’occasion de passer à l’étranger, inspire à la population des craintes qui,jusqu'à ce jour, avaient aiTélé tonte manifestation extérieure, l/aggloméralion de «‘s soldats congédiés, composée d'hommes de toutes les nations, est une circonstance embarrassante à cause de la difficulté de les faire sbrlir des Étals romains, presque toutes les villes du littoral de la Méditerranée se refusent maintenant à les recevoir.
J’ai été informé hier, par le général de cavalerie Morris, qui se trouve à Viterbe à la tête d’une colonne mobile partie de Home, il y a plusieurs jours, que Caribaldi et sa bande s'étaient montrés dans les environs de Montalto, gros boni g situé à une lieue environ de la mer cl à sept ou huit lieues dans le nord de Civila-Vccchia, et, à la prière du général, j'ai envoyé sur les lieux une frégate pour empécber l'évasion de Garibaldi par mer, et l’arrélcr s’il était |iarvemi à s’emii.irquer.
Veuillez, etc.
En même temps le poète Méry publiait dans les journaux une lettre qui démontre, d’une manière à la fuis péreiiqitoire et pittoresque, le soin que l'expédition française avait pris de diriger ses attaques de manière à éviter de détruire les monuments :
« Rome, disait M. Méry, est une relique chrétienne ou une médaille p,a'iemie que le sage Aurélicn a entourée d’un cordon
4'J.< l'ifiCKS jrSÏIKICATlN KS.
de vini;t lieues lie circonférence. Il s'agissait iiiallienivusemeiif de lancer toutes les pluies de la guerre sur ce double trésor. Il s’agissait de faire ce que n’ont pas même fait Alaric et Genséric, car les ruines n’ont été amoncelées dans celte ville qu’au siège de là'27, par le connétable de Bourbon .. besGolhs, les Huns, les Gépides n’avaient rien délruil.
« Kn 1527, le connétable de Bourbon, d’après le rapport du marquis Bonaparte, témoin oculaire, ouvrit la première tranchée devant le pan du mur Aurélien qui avoisine le tombeau de r.æcilia Metella. Ge monument, que Chaleaubriaud appelle avec l aison un chef-d'œuvre de tjvandenr et d'élégance, était alors intact comme au tein[>s de Crnssus le crélois. Il fermait la voie des tombeaux, cette magnifique succession des sépulcres que Pironèse a rcbAlis, et qui commençait à la pyramide de Gains Sextus, près la porte actuelle de Saint-Sébastien.
« Ainsi pointée fatalement dans la direction de celle partie de la voie Appienne, l’artillerie du connétable découronna le tombeau de Cæcilia Metella, détruisit la petite église de Saint- Paeéme, dont on voit encore les ruines vis-à-vis, saccagea le grand cirque de Itomnlus, aujourd’hui propriété de Torlonia le banipiier, anéantit les sépulcres sur les deux lignes, mutila l’église Sainl-Nérée et Saint- Aqnilée, les tombeaux des Scipions et les thermes d’Aulonin. La désolation que le connétable a répandue sur ce reliquaire immense est encore saisissante aujourd’hui.
• Si notre brave artillerie, la première artillerie du inonde, avait lancé ses boulets dans le même sillon, elle aurait pris Rome en vingl-(|uatre heures; mais elle aurait achevé aussi l’œuvre du connétable. Kn 1527, on avait mis les monuments en ruine; en 18i9, on aurait mis ces ruines en poussière. C’était complet.
« On pouvait aussi engager l'allaque à la porte Saint-Jean de l.atran, et |)énétrer dans Rome de ce côté, sans faire de longs travaux de parallèles ; mais, pour peu qu’on eût trouvé de la résistance, il aurait fallu recouiii'aux obus et aux boulets, nécessité fatale qui eût eutrainé de grands désastres sur cette direction.
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I' Itt'rriùro Saint-Jean de Lalran, s’ainoncellenl, jusqu an iimr du Tahularium, au pied du Capitole, Saiiiti-Maric-iMajeure, deux obélisques égyptiens, le (iolisèe, les ruines du temple de Vénus et celles de la basilique de Couslauliu, la Mi'lu-Sudans, l’arc de Titus, l'église Saiule-Frauçoise, le temple d’Antouin et (le Faustiue, les colonnes delMiocas, de Jupiter-Slator, de Jupiter-Tonuaut, le temple de la (ioncorde, les ruines du Palatin, l'arc de Sepliine-Sévère, le Capitole, les musées cap tolins, la colonne rostrale de Caius-Üuilius, la carte granili(|ue de la vieille Home, la statue équestre d'Adrien, le tliéâtre de Marcellus, l'Ara-Cœli, les reliques de tous les héros, de tous les saints, de tous les dieux, de tous les grands hommes : le double liéritage d'Homère et de Jésus-Christ.
« Une attaque sur la rive gauche, entre les ruines des thermes d’Aiitonin Caracalla et le Tibre, inena^^ait la rotonde de Vcsln, le temple de la Fortune virile, l’arc des Orfèvres, le Quadrifont, l’arc de Constantin, le grand cirque; du côté de la place du Peuple, le tir des batteries et le caprice des obus menaçaient la villa Borghése, l’obélisque de Sésosiris. les palais du Corso, la basilique d Antoiiin le Pieux, le panthéon d’Agrippa, les colonnes Trajane etAntonine, le lorum de Trajan, la place Navoue, Sainte-Marie des Anges, merveille de Buonarotli, et une foule d’églises qui sont les musées de la religion. de l’art et de la foi.
< Bu côlé du Monte Mario, c’était le monde entier de l’art qui pouvait s’écrouler ; le Vatican et Saint-Pierre ! on effaçait à coups d’obusiers Jules 11, LéonX, Bramante, Bernini, Michel- Ange, llaphaël, Domini(|uin, Paul Borglièse, Adrien, le travail de deux siècles, le poème écrit en marbre, en jaspe, en porphyre, par tous ceux qui furent grands dans l’univers.
( Borne n’est forte que sur un seul point e! c’e.st iirécisément celui que nous avons choisi. Ën suspendant nus menac;ssiii‘ le sommet du Jaiiicule, nous avons provoqué une capilulaliuii inévitable, et s’il eût fallu recourir à des nécessités fatales, nous aurions attaqué celte partie du quartier transi éverin qui descend de la fontaine Pauline au pont Sixte; il n’y a de ce côté qu'un seul monument, l'église de Saint-Pierre in Montorio,
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où riajjliitël peignit et suspendit son tableau de la Transjiguration pour les religieuses carmélites. Le chef d’œuvre a depuis cliaiigé déplacé; il est aujourd’hui dans le petit musée du Vatican.
(I Rome a toujours jiortê malheur à ceux qui n’ont pas respecté ses reli(pies. Au commencement du cinquième siècle, Alaric, après avoir saccagé Rome, allait quitter l’Italie; mais l’Italie le retint par le pied et il mourut violemment à Caserte, où sou lombeau même a été détruit. Le connétable de Bourbon a été tué sur la brèche du mur Aurélien, et jamais balle mieux méritée. ne rrap|)a un front plus maudit. Cette fois, grâce à Dieu, la France a respecté Rome. »
(P«se sas.)
l.'TTliE DC GÉ.SÉRAL DF, IIOSTOU.X A H. ODII.ON BARROT, PRÉSIDENT DD CONSEIL DES UIIUSTRES.
Uoiiie, 24 soplembre 1849.
Monsieur le Président du Conseil,
J'ai reçu avec un profond sentiment de gratitude la lettre (pie vous m'avez fait l’honneur de m'adresser au nom du Conseil des ministres et qui est l’approbation d’une conduite que le cabinet désirerait me voir continuer en Italie. Cette lettre sera pour moi le témoignage le plus honorable et le plus précieux des services que j’aurai pu rendre à la France dans le cours do ma longue et laborieuse carrière.
Depuis pins de quarante ans je suis soldat de l’ordre et de la société; j’ai eu le bonheur de donner plus d'une fois des preuves de mon dévouement à celte noble cause, et j'ai demandé à la servir entwe en Italie. La confiance du gouvernement, en m'appelant au commandement de rannée, m’a per-
PIÈCES JUSTIFICATIVES
mis de le faire avec plus d’aiilorilé, et j’ai usé de mon pouvoir dans l'inlérët de la France en même temps que dans celui des Étals romains.
Les égards, la prudence, la fermeté que me recommandait M. le ministres des affaires étrangères ont été les guides de ma conduite. J'ai la certitude qu'elle a valu à l'armée le respect de tous les partis, et à moi-méine, je ne crains pas de le dire, l’estime et la considération du gouvernement pontifical.
Pendant la durée de mes fonctions comme gouverneur de Rome, mes rapports de tous les instants avec la popidation, avec les hommes d'opinions diverses, m'avaient’ permis d'a(iprécier les véritables besoins, les vœux sincères du peuple des États romains. Exiger du gouvcrnemcid ponlifical les réformes, les concessions compatibles avec le degré d’avancement du peuple, marcher progressivement dans celle voie; mais user avec la plus grande prudence de la liberté et de la modération dans un moment où la licence et l’anarchie venaient d’étre vaincues mais non détruites; montrer une inflexible sévérité envers tous ceux qui se feraient les fauteurs de troubles et de désordre, en accordant à tous la même protection ; voilà comme je résumai la politique de la France, le réle de l’armée ; voilà le point de départ d’uùe conduite qui n'a pas été sans résultat.
La publication d’un document qui a eu un immense retentissement, son apparition dans les colonnes du Moni(eur, qui lui a donné un caractère que je m'étais efforcé d’atténuer ici, la netteté de la politique qu'il expose et que je devrais défendre, m’ont mis en contrailiction avec mes paroles, avec mes actes même. Les auxiliaires que la France trouvera dans les États romains pour servir cette politique , seront les hommes que j'ai combattus, non pas seulement en Italie, mais en France à de tristes et calamiteuses époques. Ma conscience ne peut se plier à une pareille contradiction. Jamais je ne serai l’appui, ni le compagnon de pareils hommes.
Il a fallu des motifs aussi puissants pour me déterminer à abandonner le commandement d’une armée qui est devenue la gloire et l’orgueil de la France et qui avait counance en son
I'IÈi;KS JISTIFICVÏIVKS.
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cliff. Ce sont atijourd’hul-les mûmes raisons qui m’empèclieiil de répondre par l’acceptation aux instances du Caliinet.
Les diflicullés de la situation seront beaucoup moindre' pour mon successeur que pour moi; l'armée, si admirable par sa conduite, et sa discipline, ne lui fera défaut en aucune circonstance ; les populations sont accoutumées à notre présence, à notre protection, et bien qu’elles ne nous soient pas affectionnées, leur froideur ne saurait dégénérer en inimitié, ni nous inspirer aucune crainte. La contmission gouvernementale re.stera d’ailleurs à son poste, aujourd’lmi que le Saint- Pérc a publié l’édit des institutions.
Le nouveau général en chef, n’étant pas lié par sou passé, aura bien plus de pouvoir que moi pour aider aux négociations diplomatiques qui vont être la suite du manifeste.
Je vous supplie donc instammeut, monsieur le Président du Conseil, de faire agréer ma démission au Cabinet et d'envoyer le plus tôt possible le général qui doit me rem|ilacer.
Permettc7.-moi de vous adresser de nouveau l’expression de ma vive reconnaissance pour les sentiments personnels qu’il vous a plu de me manifester, et veuillez agréer l’hommage du respect avec lequel je suis, etc.
lyf (irurral en chef. De Rostolas.
( rase SM. )
IlAPrOIlT DK «. I.E COMTE DE IIAYSEVAI., ESVOVÉ FPAXÇ.MS A HOME, A M. LE COMTE WAI.EWSKI, MINISTItE DES AFIAIIIE-S ÉTBANCÈKES UE
riu.vcE'. (Kxtrait du Diiihj-Sews.)
Home, 14 mui 1856.
Monsieur le comte,
La situation des Ktats poutilieaux préoccupe en ce momi ul plus que jamais les différents cabinets de l’Europe, et eu par-
* Cello •It'Ccrisfi lUi *îouvorncm»‘nt poiuifica) par un l'miiK'nl liipiomate, i 1'.- *]ticllc 011 n‘a pu oppo^^r cnoorç que <lcs parnphlcl?. 1 1 pins «ulorisvc in i**
IMÈCKS JLSTinCATlVKS.
ticulier le goiiverneiiieiit de rKinpereur, «u double point de vue des iulérèls du eiitliolicisiue et de la protection année que la France et l’Aulriche pnHeiil au Saint-Siège. Cette question
non la seule îles pièces de ce genre t|u'il nuus sci nil fntile de citer, ^ous trouvons eiiire autres, dans le savant Imité de la üouviTQhu i^ p(miif\cale /celon le droit catholique et te droit européen^ par Mgr révèque d’Oiiéiiiis, d’atlmirnblcs paroles proiioncccs par M. Thiers pour dcfemlic suii rup(ortau scinde Ja cninniitsion P II lementaire du mois d’octobre 184H.
«t Vous êtes rèpiildicains, disait rèloqucnl nip|K>rlenrau\ inenibres de la «iiinorité hostiles à rcx|>édition ; vous voulez une république, tli bien, soit! Mais le gouvernement papal, c'en est une, et la meilleuri’I Oui, la meilleure; car c est la plus ancienne, la plus sincère, la plus bicnraisante. la plus inoffensive. La plus ancienne: elle a dix-buit siècles! En coniinisscz-vous <|ui aient dure autant que cela? Non, ni dans Tuntiquité ni lUns les tempj iiiodemes! Noininez^en une, si vous pouvez, une seule, p;nnn les plu£ puissantes, les pins (lorissmites; je ne dis p.'is sciileincnt Pisc. Florence, «nais liènes, niais Venise, ces gr.nidcs dominatrices des mers, oà sonl^elles aujourd'hui? Home est toujours là avec ses Papes. D'où vient celle étonnante ■xilalilé?
tnC’cstanssi h république la plus sincère; ces sonvt'cains, qui les fait? Pé* lection , l’élection par les capables. Où it^ prend-elle? où elle veut ; dans le peuple, dans U iKiuryeoi^ic comme dans raii>(ocmtie : des lUs d'artisan, des liis de pàlic ont «'lé Papes. Vous leur reprochez le né|K>liMne. ba religion peut le leur reprocher; vous, vous ne le pouvez pa-«. Qu’esl-ce que le népotisme «les Papes? C’est la déiiiocnilie qui s'élève Quand le Pape sort du peuple, l ’est une famille plébéienne qui monte avec lui qui enlre dans cette ai islos'ialie romaine, fille de la d«*inocratie. Ces pnncirs romains, savez-vous d'où ils sont sortis? Renionlei à l'origine, vou.s trouvez souvent une fiimillc populaire élevée par In p.ipauté. Mais vous, démocrates, quand vous parvenez^ qii’csl-ce que vous f.«iles? Vous tuiles conmie les Pu|)es, quand vous le |H)uvcz. ^jucl père parvenu n’aime et nVIéve sa famille? C’est dans la nature. I.c« Pnpcs ont fnil comme vous, et puis, d'ailleurs, ils ont eu, ils ont élevé, pour Clionncnr «le Pliumanité, d’autres ncvenit Ces hommes, qui to iionimcnt Micbel-.Aiige, Unpbacl et Uni d'aiilies, ce furent là encore les piulégés des Pajx's; voiiiez-voiia lc< leur rcprcH’licr?
<t C’c>l la république la plus bienfaisante. Il y a quelques papes qu’on vous abandonne. . Combien sur deux cent .«oixniite-qninzc ! Mais la {lapaulé, c’est elle qui, U l'époque des invasions, a sauvé Ibnne des barbares; qui, au moyen a sauvé la civilisation; quia inspiré le goût des lettres ù Cbarlcinngne, qui U fait copier les niami.<crits, qui nous a cmiseivé les anciens, Ic.s arts, les sciences; vous le ^avez bien. El vous ne voulez pas lui en tenir loinple!
s C’est la république la plus inofft'usive. Le I'a|H' ne vent jwis. ne peut pas, ne doit pas faire la guerre C’est le père comintm des fidèles. P.ar g“ùt et par nécessité, il est paciliqiie, bienraissnt. Il est préice. Ou» peut-il avoir iiiUTét .1 ailiiipier? et comment altaqucniil-il? 11 ne peut pas nii'itic $e défendre. Ce qui lui manque an dehors et même au de«i.ins, c’est la force. J’entends la foi'CC malérielie; car il en a une autre, plus forte «pie vous, sa force, morale ; eoUe force morale qui lui donne un point d’appui dans les con.<ciences de deux
;.04 PIÈCES JLSTIEICVTIVES.
«■si sous tant d'asjH'ds divers, elle est (ellenieiit dé-
naturée par l’esprit de parti, elle excite en sens contiaire de si violentes passions, (|u’uiic revue véridique et impartiale des faits ne sendtle pas liois! de propos.
f'.ien que les aceusalions portées contre le gouverneinent pontitical paraissent être {riandement exagérées, il est certain que CO gouverneinenl est vulnérable sur un point; son territoire est occupé par des troupes étrangères, et il est douteux qu'il puisse se passer de cet !qipui. Tout Etal indépendant doit être en mesure de se suffire fi lui -même et d'assurer sa tranquillité intérieure, par ses pi-oprcs forces. On reproclic A la cour de Home de manquer à cette condition; on s’empiiert des causes de sa faible.-se, et on raltribuc généralement an jnée.ontentement que causent parmi les sujets les vices de l’administration.
La cause réelle de la faiblesse du gouvernement pontifical est beaucoup moins .simple. Elle seraltacbeà un ordre d’idées tout différent. Mais se plaindre de l’administration est. pour arriver à une conclusion, une manière plus commode et plus expéditive que d’interroger laborieusement Ehisloire et les tendances de la race italienne. Le malaise et le méeonlentemenf des populations naissent plus particulièrement de ce fait que le rôle de l'Italie dans le monde n’est pas en r.qtport avec ses visées cl ses aspirations. Ce sentiment national s’est manifesté avec une vivacité égale à toutes les époques, cl le pou-
ii-nls miilioiH (lü chretiens, cl celle-là. vous aurez faire, vous lA* poiirn z rien.
« n y en a une autre encore qui vous car, enfin, voyons, nous soinme»; à Uüinc. Kh bien! que voulez-vous qu’on «lise cl qu’on fjissc au Paj»e? Voulc?vous qu’on lui fasse violence? Impossible Poiirqiioi? pirnc qu’il est forl? Non, mais, au contraire, parce qu’il est faible C’e«t «a fiiîble*se qui fail sa force contre vous; c’est une fiublessc invincible. Savez-vous ce que voui» s<*riez si vous faisiez violence au Pape? Vous ne scrie/. \ms seulement un soldat battant un | n'Iic, rc qui est Incbe et vil, vous .«criez un Immme battant une femme, et il n’y a pas tic nom pour cette imIiprniltViâ, »»
^ M, de Monlalembcrl était présent à belles paroles, ajoute Mpr Dupanloup, «on Ame d’orateur en dut être frapj>6e : il les recueillit c! Ton sait 3V'*rqnel aeccnl il lo* p*rta à la tribune.
Dr la Sntn'era 'fiffé pontifica/e. p.
CIÈCKS JÜSÏIFICATIVKS.
\oir loiiipori'l du P.ipe a été con.staiiinieiit regardé connue le principal obstacle à sa satisfaction.
Dans le cours des deux derniei's siècles, la prospérité générale de l'étiblisseiiient pontifical et les ressources abondantes qui affluaient à Rome de toutes les parties du monde, iinpo.saieni silence aux plaintes. Mais les grands changements accomplis en Europe, dans les cinquante années qui viennent de s’écouler ont tari la source de la prospérité romaine. I/Kgli^e a clé contrainte de se contenter des revenus qu’elle tire exclusivement de son territoire. De là un malaise qui, croissant d'an-* née en année, pousse par une pente aisée les esprits à discuter et à attaquer les actes du gouvernement.
La papauté, protégée jusqu ici par un grand prestige, c^imence à perdre dans l’esprit du peuple. Les dernières tpaces des anciennes souverainetés ecclésiastiques ont disparu dans le reste de l’Europe. Nos pères, accoutumés à la vue de ces souverainetés, n’y voyaient rien d'extraordinaire. Aux yeux de la nouvelle génération, un gouvernement de cette e.spéce, resté si“ul debout dans le monde, devient une anomalie à laquelle on prodigue les critiques. En même temps, le système conslitutionnel, qui séduit aisément les peuples, s’est in.sensiblemei:l implanté dans le plus grand nombre des Etats.
On se demande s’il est conforme à l'esprit du siècle, s'il est convenable d’obéir à un prêtre et de perpétuer un système de libertés publiques et de libre discussion en présence d’un pouvoir qui revendique l'infaillibilité en matière spirituelle, el s’appuie exclusivement sur le principe d’autorité? Comment organiser une Italie puissante aussi longtemps que la Péninsule e.sl divisée en deux parties distinctes par un État neutre par la nécessité de sa nature, et isolé de tous les conflits européens? Comment l’Italie jouerait-elle un grand rôle, quand sa partie centrale est en possession d'un souverain qui ne porte pas d’épée? D’autres causes, non moins |)uissanl(‘s, ont encouragé ces tendances hostiles.
L’Italie avait toujours tenu le sceptre, sinon de la guerre on de la politique, qui ne sont pas exactement de son ressort, an moins de la civilis;ition, de la science el de l’art. Tous ont
I IKCKS JlSTlH(;\Tl\tS.
senti (jiie ce sceptre échappait à scs mains. Les mille vois <le la presse ap| reliaient chaque Jour aux llalieiis les progiés de leurs voisins, et leur l'aisaieiit sentir qu’ils éUiieiil devancés sur une foule de points Si, grAce A raveugleiiicnt de I amourpropre national, ce sciiliiiieiit n'est pas encore devenu universel, il n'en est pas moins vrai i|u'uiie grande partie de la population s'est sentie menacée jusque dans les deniieis rl■- Iraiichenients de son légitime orgueil; nouveau piief terrihie A porter au com|)te des gouvernants. Kii niéme temps, la tolérance hautement avouée de plusieurs c.ihiiiets pour les plaint> s des populations n'était pas, il faut l'avouer, un de leurs moindres engagements.
Sur un terrain ainsi préparé, les insuiTections et les révolutions ne peuvent manquer de germer avec facilité. l'Iles ont mis le pays sens dessus dessous et ont laissé des tr.iccs profondes de leur passage. La victoire momentanée ohlenue .sur la pa|iauté l'avait complètement dépouillée de tout prestige. 4]e n'était plus l'arche sainte contre lai|uelle aucun effoit humain ne pouvait prévaloir. En vain elle accumulait concession sur concession ; le principe même de son existence était mis en ([uestion. On s'habituait à l’idée de voir cesser cette existence. Les pa.ssions hostiles puisaient de nouvelles forces dans la conscience d’un succès prohahie là où toute espèce de succès avait dés longtemps paru impossihle ; et plus que jamais la vanité nationale attribuait ses hli'ssiires a une administration que sa nature même, toute spéciale, offrait en hutte aux attaques. Les préjugés contre ce qu’on appelle un gonverneieeni de prêtres étaient parvenus à leur point culminant.
Ici il devient nécessaire de présenter quelques observations ' sur le caractère particulier des Italiens’. Le trait saillant de tv caractère est l’intelligence, la pénétration, la conception vive de toutes choses Ces dons précieux que la Providence a répandus sur l’Italie avec plus de profusion que partout ailleui's et qui brillent encore de tout leur lustre anti(|ue, sont chèrement rachetés, sauf quelques remarcpiahles exceptions, par le manque total d'autres qualités, telles que l’énergie, la force •râme et le vi-ai courage civil. Il est rare do voir les Italien.s