IKCKS JISTIFICATIVES
rfi n'ii Mienl unis outre eux. Toujours en suspicion lus uns A l’égard (les autres, ils vivent constaninu'nt séparés. Cliacun n’a de conliance ((u’en soi-même et reste isolé. De là vient qu ils n’ont ni associations commercial(is ou manufacturières, ni entente commune, ni combinaisons pour les affaires privées ou publiques. .Avec de pareilles dispositions, ils sont dépourvus de l’élément essentiel du pouvoir public; la force organisée leur inaïujue totalement.
Les armées, qui ne tiennent ensemble que parla confiance réciproque des soldats et l'obéissance envers le général, sont impossibles. Les rangs sont au complet à la parade, mais à l’heure du danger, les chefs sont accusés de trahison et les soldats ne peuvent compter les uns sur les autres. Ce dêfiiiU d'équilibre entre l'intelligence el le caractère, chez les Italiens, donne la clef de toute l'histoire et explique l'état d’innrmité politique où ils sont restés vis-à-vis des antres peuples de l’Kurope.
Livrés à enx-inéines, ils n’ont jamais su faire autre chose <pie disputer sur la place publique, donner la victoire en définitive aux partis extrêmes, se consumer en agitations stériles, .se diviser et se subdiviser à l’infini, et livrer leur pays au premier occupant, aux Français, aux Espagnols, aux .Allemands. Chaque nation porte la peine de ses défauts; mais comment parvenir à lui faire comprendre que son inl’ériorité doit être attribuée à elle-même et non à son gouvernement’
Il est de mode de prendre 1rs Piémontais pour les Italiens (H de les montrer comme un exemple de ce qui peut être attendu des populations italiennes.
C’est une grande erreur. Les Piémontais sont une nation intermédiaire contenant plus d'éléments français et suissi's que d’éléments italiens. En l'aT suffit pour me convaincre de cela, c’(*st qu’ils possf>dent ce véritable esprit guerrier el monajcbique qui est inconnu au reste de l’Italie
L’esprit italien, quant à la politique et à l’administration, est par sa nature porté vers les moyens termes, les accommodements. L'interprétation est considérée comme au-dessus de la loi elle-même. ïîuivant religieusement les traditions de l’an-
MiX l'IKCKS JI’STIKIC \TIVKS.
demie lîoine , la jurisprudence est un principe gouvemeniental.
On rencontre celle tendance parlout. Elle exerce une trèsheureuse influence sur le progrès des affaires, mais, dans la pratique, elle laisse au gouvenieiiient une très-grande latitude et enlève de son autorité à la loi, encourageant ainsi les gouvernés à se soustraire à rapplicalioii rigoureuse de ses pre>criptions; une loi inflexible leur serait odieuse; une administration s'attachant slriclement à la lui, sans compromis, lein parailrait insupportablement dure.
Examinons les désirs et les tendances possibles en ce moment des populations. Elles formulent leurs plaintes beaucoup plus que leurs plans. Quant à leurs plans, on peut dire qu’il y en a autant que d’individus. Dans les dernières profondeurs de la sociél'’, le carbonarisme existe; il continue à faire des recrues : le poignard est toujours là en bonneur; le but poursuivi est le renversement de tout ordre social.
Les adepîes de Mazzini forment déjà une classe de quelques degrés au-dessus de la dernière. La république universelle, l’unité de l'ilalie, le gouvernement constilnlionnel, la guerre contre l’Autriche, tel est leur programme.
Ils disent qu’ils sont un corps considérable et prêt à agir, mais jamais ils n’ont tenu parole. Dirigés par les comités de Londres et de Genève, leur mot d’ordre est la tranquillité et l'inaction pour le moment, jusqu’au retour de leui's chefs paisuite d’une amnistie, et jusqu'à ce que le départ des troupes étrangères leur donne l’occasion d-opércr avec quelque cliance de succès. Cette section s’étend à une certaine portion de la classe moyenne. Celte classe et les classes plus élevées en général sont tourmentées du désir de prendre part aux affaires publiques.
Fj’exetnple du Piémont leur tourne la tète. Une constitution à l’anglaise est à leurs yeux merveilleusement adaptée et à leurs mœurs et aux besoins du pays. Ils désirent pour eux cl pour leur patrie une grande étendue d’action. Ils se regardeid comme déshérités. Convaincus que la présence du Pape est un obstacle invincible à la réalisation de leurs projets, ils désirent
NÈCKS JlSTlflCATlVKS. 509
iirüeiniiu!iil la destruction du pouvoir pontifical. La majeure partie des membres de ce parti s’e>t ralliée aux partisans de Ma/zini, laissant au pays le soin de décider entre les deux partis après que la victoii e aura été obtenue. Hefusant d'aller aussi loin qu'une constitution anglaise , il y a un certain nombre d individus qui professent de l’attachement au trône pontitii-al et en même temps l'accablent de leurs attaques, prélendniit que leurs désirs sont limités à robtention d'une meilleure administration. Ils sont incapables de définir ce qu’ils entendent par là.
A leurs yeux tout est du ressort du gouvernement, même l’entretien de leurs propres maisons et de leurs propres affaires. Si les entreprises réservées à l'industrie privée ne sont pas développées dans les Étals romains, la faute en est aux entraves que suscite le gouvernement. Attribuant tous les actes de l'administration à des motifs exclusivement persomiels et basés sur des intérêts de la pire espèce, ils croient que les affaires publiques et le bénéfice qui en provient sont entre les mains .d'un petit nombre de monopoliseurs qui épuisent les ressources de leur pays leur propre profit. Ils ne révent que déslionnételé et collusion. Ayant à supporter des impôts plus légers qu'aucun pays en Kurope. ils se, plaignent d’être écrasés par le poids des charges fiscales. En même temps, ils se plaignent que l'État n'entreprenne pas de grands travaux qu'il serait de leur devoir d'entreprendre eux-mêmes. Ignorant les premiers principes de l'économie politique et de radministration, ils produisent des .systèmes complètement opposés aux leçons de l’expérience, quand ils sont obligés de formuler un projet. Finalement, ils prétendent avoir une grande crainte des ma/./.iniens, et en même temps ils leur ouvrent la porte.
Enfin, il y a un parti qui attribue tout le mal à l'abandon des anciens errements. Si nous pouvions retourner, disent-ils, au régime ecclésiastique pur et simple comme il existait jadis, l’excitation serait a|iaiséc et toute difficulté disparaitrait.
Entre ces partis, il y a une foii’e Ircs nombrcu-ie de gens imlilVérenls à toute chose autre que leur propre prospérité.
510 PIÈCES JÜSTIEICA riVKS.
aimant assurémonl fi inurmiirer, mais amis de l’ordre et vivant en bons termes avec le «'oiiveriieincnl pontifical. Partout ailleurs un parti semblable ruurnirait au gouvcrneinent un bon appui; mais dans iiii pays dans lequel l'esprit d entreprise el l’énergie nécessaire pour une résistance quelconque sont complètement inconnus ; où la règle générale est de laisser faire, en se réservant le droit de se plaindre une fois la chose faite, plutôt qu’avant; comment compter sur de pareils amis, comment les destinées de l'Klat pourraient-elles éire placées en de telli’S mains? Là est la grande difficulté. Aucun gouverneinenl ne peut se dispenser d’accorder l’appui matériel, et celle condition ne peut pas éire remplie dans les États romains. Quel que soit celui de tous ces partis qui viendrait à avoir la chance de triompher, ce parti verrait, le fait est indnhilable, se former autour de lui la même somme de plaintes qui sont adressées au gonvernement actuel.
I>a même diflicullé que le gouvernement existant éprouve à trouver des points d’appui dans un pays incapable de les produire, sera éprouvée par n’importe quel parti (pii ari ivera au pouvoir. Le parti qui limile ses vœux à des réformes (juaiid il est inhabile à se défendre lui-même, parce que personne ne veut se compromettre dans sa défense, fera place à un parti constitutionnel; celui-ci à son tour cédera aux inazziniens qui, grâce aux mesures de violence d’un côté cl d’indifférence d’un autre, resteront définitivement maîtres de la situation. Telle sera inévilablemeul la marche des événemenis si l’équilibre actuel est troublé de nouveau
Je ne pense pas, concluait M. de Rayneval, que tontes les questions qui surgissent en ce monde doivent arriver néeessairenieut â une solution définitive. Selon moi il n’en existe pas pour la question romaine. Tout ce que nous pouvons faire, c’est d’écarter, à l’aide d'une protection hienvcillanle et attentive, les dangers d'une catastrophe, cl de prolonge r l'éla! de choses provisoire, qui a tout au moins le grand mérite de mettre l’Kiirope à l’aliri de maux innombrables.
Toute autre marche ne ferait que précipiter les événements. Si le gouvernement de Sa Majesté, par des moLfs aisés A com-
Digilized by Cooglc
IMKCKS JliSTIFICATlVKS.
litviiilrc, dùsiiiiil iiii lliv un terme à l'occupalioii des États romains par les Français dans un délai plus au moins long, il vaudrait mieux livi-er les écluses à l’impulsion du torrent que de pn'-parev soit par des avertissements puhliquemenl lUmnês, soit par des combinaisons forcées, le coup de grâce du pouvoir temporel des Papes.
Kn présence de l’agitation qui existe dans les esprits en Italie et de la vive émotion causée par la publication des protocoles, il est impossible de se défendre d’uii profond sentiment d’inquiétude au sujet de l’avenir de la papauté. Si l’on n’y prend garde, l'Europe veira le problème se présenter sous une face terrible en réalité, parce qu'il se rattache aux passions les plus profondes et les plus ardentes du cœur humain.
Les paroles que Votre Excellence a prononcées au sein de 1a Conférence, l’assurance donnée par elle que le gouvernement de l'Empereur ne cesserait de s'intéresser au salut de la puissance pontificale, sont autant de preuves certaines que les intérêts réels de l’Eglise ne sont pas en danger au milieu de la crise actuelle. Avec un pareil programme les dangers les plus imminents peuvent être écartés et la catastrophe ajournée. C’est tout ce que peut atteindre en ce moment la sagesse humaine.
Continuons de faire profiter la papauté des effets de notre protection. Ne nous décidons qu’avec mûre délibération, et après des diminutions d’effectif successives, é une évacuation complète, et seulement quand nous serons assurés que cette mesure est possible. Le calme renai:ra graduellement. En définitive, si la Iranqu llité politique et religieuse de l’Italie, peiitôtre métne de l'Europe, semblait dépendre uniquement de la présence à Civila-Vecchia et à Ancône de quelques compagnies de s(ddats prêtant nn appui plus moral que matériel, mais en tout cas suffisant, au drajieau et au gouvernement pont.fical, n’est il pas mille fois préférable de recom ir à ce remède d’un effet ■ C('rtain <pie de poursuivre le môme but par des moyens pleins de périls? Que si, dans telles circonstances, le pouvoir temporel du Pape venait à être menacé tle nouveau, et si, en dépit de nos elTorts, de graves complications .surgissaient, la responsabilité serait du moins imputable entièrement aux évé-
PIECES JUSTIFICATIVES
iiemciits, souvent plus Torts (|ue les hoininus, et nous n'aui'ioiis pas à nous reprocher d'avoir contribué à un si fatal résultat.
J'ui pensé remplir un devoir en soumettant à la haute appiéciation de Votre Excellence les résultats de mon expél'ience assez longue et d'uiic élude suivie. La courtoisie avec laquelle vous avez accueilli cl encouragé la proposition que je vous faisais d'exposer devant vous ma manière de voir m’ont enhardi à le faire sans réserve.
J'invoque l'indulgence de Votre Excellence potir revoir mes travaux, et la prie d accepter l'assurance réitérée de ma haute considération.
ns TES PIÈCES J i; STI FICATI V ES
TABLIî: des MATIEKES
tu'iT-l’i;oin)S