‹ L'expédition de Rome en 1849Chapitre 5 sur 34 · ST 01 11 K · texte numérisé non relu

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que nous compromettrons criminellement le sort de la France pour tenter d’agrandir les domaines de la couronne de Savoie' ! »

Ainsi parlait un gouvernement qui avait, comme il le disait lui-même, à rendre compte de ses actes à la France.

Les débats parlementaires suivirent assez fidèlement, quoique avec les traits qui leur sont propres, les vicissitudes de notre diplomatie. Depuis la séance du 24 mai, où, pour répondre à l'émeute un moment victorieuse dans sa propre enceinte une semaine avant, l’Assemblée nationale avait jugé opportun de révéler à l’Europe le dernier mot de sa politique extérieure, la République était solennellement engagée à reconstituer la Pologne, à alTrancliir l’Italie, à conclure un pacte fraternel avec l’Allemagne. Triple et rude besogne pour un début! L’Italie, on l’a vu, n’était pas d’humeur à recevoir, par un décret voté à Paris, l’indépendance qu’elle ne voulait devoir qu’à l'héroïsme de ses enfants. L’Allemagne, que nous allions chercher à Francfort, recula jusqu’à Rerlin et à Vienne, ses vraies capitales. Quant à la Pologne, habituée depuis 1830 à s’entendre jurer, quoique étendue dans la tombe, qu’elle ne devait pas mourir, elle ne prêta qu’une attention mélancolique à l’Assemblée républicaine, répétant ce que lui avaient dit deux mois avant les Chambres monarchiques. Cet ordre du jour du 24 mai, programme impossible de gouvernement, n’en devint que plus sûrement

' Du 10 octobre, à M. Bois-lo-Comlc, ainb.i$»4<leur à Turin.

lE L'EXPÉDITION DE ROME EN 1849.

un programme redoutal)le d’opposition. Nous le verrons reparaître comme un refrain de guerre civile dans les joui-s de crise. Interpelli*, après le triste retour de Charles- Albert dans sa capitale, sur la conduite que nous allions tenir, M. Jules bastide se bornait à déclarer que la France travaillait, de concert avec l’Angleterre, à la pacification de la haute Italie. « Pourquoi plus ralfrancbissement? » s’écrièrent (luebjues voix. « La paix et l’affranchissement, c’est tout un pour nous ! » répondait le ministre. Hélas! que n’avait-on eu, comme Pie IX, le courage de parler ainsi avant la guerre? C’eut été alors une vérité de salut pour l'Italie; ce n’était plus, au mois d'aoOt 1848, que l’illusion impuissante d’une politique qui n’osait |)as avouer ses motifs et se mettre en face de la réalité des choses.

Les conférences de Bruxelles, où devait se régler la question italienne, étaient en eflét frappées de nullité avant d’être ouvertes. Nous ne voulions pas des traités de 181.^ comme base des négociations: rAutriebe t'I l'Anglelerre elle-même, notre co-médiatrice, n’en connaissaient pas d’autres. Nous avions oITert notre entremise lorsque Charles-Albert tenait encore, quoique vaincu, à Milan et dans les places de la Lombardie : il venait de tout abandonner d’un trait de plume et de rentrer de hii-méiuc dans les anciennes limites de ses Ktats. Nous nous montrions du moins énergiquement décidés à ne pas abandonner Venise : et lord Palinei'Ston avertissait Manin « qu’il n’entrail point dans les propositions faites par le gouvernement britanni(|ue an gonverneinent au-

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lUSTOIIiK

tridiien, pour la paciflcalioii de l'Ilalie, que Venise cessai d’ôlre soumise à la couronne impériale'... » Nous espérions détacher l’Allemagne révolutionnaire de la cause de i’Autnche en Italie : et la diète nous répondait que le Mincio serait dorénavant frontière germanique, l’illyrie province allemande, Trieste port allemand, et il dépendit peut-être en ce moment du gouvemement de Vienne <le prévenir la guerre sous laquelle il devait succombeionze ans après, en admettant garnison fédérale dans ses forteresses de l’Adigc.

Tant de prétentions lepoussées à l’avance nous condamnaient à d’inévitables concessions. Aussi voyons-nous qu’après avoir donné pour point de départ aux négociations l'indépendance absolue de la Lombardie et l’établissement d’une Vénétie impériale à gouvernement italien, comme celle qu'on a rêvée de nouveau àVillafranca, on se disait prêt, au bout d’un mois, à traiter sur la base d’un royaume lombard-vénitien entièrement dévolu à l’Autriche, mais avec la précieuse compensation du suffrage universel dans sa constitution*. Évidemment rien de tout cela n’était sérieux. Le véritable mot de la situation, le Moniteur du 12 août, le laissait échapper, lorsqu’il déclarait qu’on était forcé par le sentiment public à éviter la guerre, si l’éviter était possible. La France avait bien assez de son crédit à relever, de l’ordre matériel à défendre, de son avenir à recommencer. Loin de son -

* Dépêche du lOoclobrc i8iH,

* 16 septembre t8i8. I.c mlnislrc de*- «rr«ircs l'irangéros à M. F. Amijo. ù Berlin.

riE LEXPÉliITIOiN LE ROME EN 18*9.

ger à porler la révolution chez les autres, elle ne pensait qu’à la détruire chez elle. Ni par force ni par surprise, elle ne se serait prêtée à protéger a ulremenl que par sa diplomatie la cause d'un peuple qu'elle croyait digne sans doute de sa pitié, mais non plus de son estime. Le gouvernement devait en ce moment se prononcer pour la paix ou renoncer à répondre de sa politique devant le pays. Ainsi l’exigeaient les intérêts en désarroi, et l’imagination publique elle-même, effrayée de se voir en face des apologistes de la terreur pendant que l’armée serait aux frontières. La première condition pour airiver à la guerre, c’eût été de renverser la tribune, de supprimer les journaux et de proclamer la dictature. Le général Cavaignac n'aurait pas permis qu'on lui en donnât le conseil. Il sentait sans doute sur son cœur de soldat le poids d’une situation créée par un demi-siècle de tourmente, le jour où il laissait tomber de la tribune ces paroles qui jettent un reflet de grandeur antique sur cette figure d’honnéle homme au pouvoir : « Si, dans l’iiisloire du pays, je vois plus d’un homme qui s’est fait un grand nom par la guerre, j’en vois aussi beaucoup qui ont Gni obscurément pour n’avoir voulu servir que les intérêts pacifiques de leure pays. Quant à moi, je le déclare solennellement, ma pensée s’est toujours portée avec, plus de respect sur ceux-ci que sur les autres... Je pense que la République ne sera fondée, que l’éducation républicaine du pays ne sera faite, que lorsque les hommes qui disposent pour un temps plus ou moins long de la puissance du pays sauront se réduire à ce rôle modeste

HISTOIRE

et ne pas trop penser à eux-niùmesM... » L’ancien président du pouvoir exécutif a assez vécu pour reconnaître que l'éducation républicaine du pays restait encore à faire.

Pie IX avait denoandé aussi le secours de la France. De jour en jour il voyait croître l’audace de scs ennemis et tomber le prestige qui avait fait jusque-là toute sa force. Un ministre insobmment ligué contre lui avec les Chambres, menait de son chef contre l’Aulricbe la guerre que le Pape avait refusé de déclarer. L’émeute, en permanence au cercle populaire, appuyait de ses manifestations les empiétements de M. Mamiani. 11 y eut des journées où le Quirinal rappela les Tuileries de 1791. Depuis l’ouverture de la session législative, le Pape était publiquement opprimé par une faction. Les tentatives des Autrichiens contre Ferrare et Bologne ne fournirent que trop de prétextes aux meneurs du mouvement, ün aurait dû recennaîtie alors la sagesse du souverain qui avait voulu réserver scs troupes pour la défense du territoire national. Portées, malgré scs ordres, de l'autre côté du Pô, elles s’étaient misérablement débandées, laissant le gouvernement sans ressources entre le double danger de l invasion et de la révolution. C’est à ce moment que, se rappelant les assurances qui lui étaient venues de Paris au mois de janvier. Pie IX se tourna franchement vers la France. Dans une lettre écrite de sa main au général Cavaignac, il exposait (|ue, n'étant plus ni maître ni libre dans ses fitats, l’inlérèt de la catholicité

' Moniteur ilu 22aoùl 1S4S.

DE I/EXI'ÉDITIO.V DE ROME EN 1 84'J.

exigeait qu’il fût mis un terme à une situation non moins incompatible avec sa souveraineté spirituelle qu’avec l’autre. Quatre ou cinq mille hommes devaient su Hire à proléger l’oi dre et à rétablir son indépendance'. Cette demande ne fut pas accueillie. Cavaignac répondit au nonce qu’aucune intenention militaire, si limitée qu’elle fût, ne pourrait se concilier avec le rôle de médiateur pacifique qu’il avait pris en Italie. Était-il juste d’ailleurs d’accorder au Saint-Père ce que nous venions de refuser il nos frères lombards? Et s’il éclatait des troubles à borne, faudi ait-il que nos soldats fussent employés à les réprimer? Que deviendiait le principe qui nous interdit de nous immiscer dans les affaires intérieures des autres États? Ces raisons n’avaient sans doute rien perdu de leur l'oice trois mois plus tard, et cependant on n’hésita plus à les mettre de côté cl ù donner le signal de l'expédition de Rome. « Vous regretterez peut-être, de\ ait écrire alors le duc d'IIarcourt, notre ambassadeur auprès du Saint- Siège, de n’avoir pas prêté au Pape l’appui qu’il vous demandait. » L’heure des regrets était venue, en effet, assez tôt pour l’honneur de notre gouvernement, mais trop lard pour le salut de Pie IX.

Ainsi abandonné à Ini-mème, le Pape revint au projet qu’il nourrissait depuis longlcmjis, d’appeler auprès de lui l’ancien ambassadeur de France, dont il avait appré-

' (P«' pèche (îe M. Jules Bastide à M. d’Harcourt, du îioùl 1848 ) C’est donc à tort que dans son dé.^ir de nuire au Pape l'historien italien Vimeicati place cotte démarche à l’origine du ministère Mainiani, c’est-à-dire au mois de mai précédent. Nous avons vu qu’à lu date du 7 juillet aucune relation n’était encore établie entre la cunr de Home et In république.

IIISTÛIHE

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cic, surlout depuis les niainuis jours, la raison élevé<^ et le dévouement à sa personne. Après la révolution de février, le comte Rossi était demeuré à Rome, conlinuanl à suivre avec le double intéi-êt de l'Italien et de l’homme d’État les péripéties du drame on il avait joué un des premiers rôles. Ne pouvant plus défendre le Pape par lui-méme, il avait enrôlé scs deux fils dans l’armée pontificale, et s’elforçait de son côté de maintenir dans la société romaine les traditions de la politique modérée dont il restait le plus haut représentant. Rare exemple de l’importance d’un fonctionna ire survivant à ses fonctions et même au gouvernement qui les lui avait données J Le ministère de M.Cavaignac s’en montrait mesquinement préoccupé. La nouvelle que le Pape songeait à confier un portefeuille à cet Italien, devenu Français par droit de talents et de services, faillit nous brouiller avec Rome : « Si l’on persistait dans ce dessein, écrivait M. Jules Rastide, vous ferez connaître au gouvernement pontifical que nous en serions aussi surpris que mécontents; que nous ne pourrions voir là qu’une façon d’agir tout à fait contraire nonseulement à l’esprit des relations amicales qui doivent exister entre la France et le Saint-Siège, mais encore aux égards ordinaires que les gouvernements se doivent entn' eux, et que, si la cour de Rome répondait de la sorte aux témoignages de bienveillance dont nous lui donnons d&s preuves, nous n’aurions plus nous-mêmes qu’à régler notre conduite en consi’*qiiencc'. »

• Le minière de* afTHires L^lrnngt'rcs à M. d'Ilarcourl (4 noûl).

OK l/KXPfiliITION DK UOSIE E.\ 1819.

Le Pape ayant persisté, le cabinet républicain poussit la mauvaise humeur jusqu'à lui refuser l’autorisation qu’il demandait pour son nouveau ministre d’accepter des fonctions d’un souverain étranger. Un mot du programme de M. Rossi, disant qu’il importait de rétablir iautoritê temporelle du Saint-Père, jugeait sans appel ceux qui l’avaient précédé aux affaires. On ne parla pas autrement après Mazzini, et jamais paroles ne furent d’une application plus juste et d’une nécessité plus évidente. Contenir et réprimer les deux partis contraires au Statut, améliorer l’administration, restaurer les finances, fonder un gouvernement qui prendrait sa force dans la loi, tels furent les engagements généraux contractés envers le pays par l’ami et le disciple de M. Guizot. Quant au dehors, il se faisait fort de donner à l’État une armée assez puissante pour soutenir la cause italienne, sans qu’on eût besoin d’appeler l’étranger dans les affaires de la Péninsule. Mais la préoccupation des Autrichiens à repousser ne l'empéchail pas de jeter les yeux sur l’ennemi intérieur, de tout temps le plus redoutable pour sa malheureuse patrie. C’est avec une perspicacité cruellement justifiée de nos jours que M. Rossi signalait l’urgence de défendre l’intégrité du territoire pontifical contre les menées des unitaires, et remportait sur le Piémont des victoires de discussion dont notre temps devait voir les brutales revanches.

Il s’agissait de reprendre pour le développer un des premiers desseins de Pie IX, et de convertir en ligue politique la ligue douanière conclue jadis sous ses auspices

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♦’ntre Rome, le grand-duc de Toscane et le roi de Piémont. Deux fois cette pensée favorite du Pontife aimé des Italiens devait être mise en avant par son gouvernement, et deux fois être rcpousséc^par le gouvernement piémontais. Au début de la guerre de l’indépendance, nous avons vu M. Karini la porter au camp de Charles-Albert, alors dans l’ivresse des premiers succès, et ne rencontrer (|u’un dédaigneux refus. Celte fois, le savant et vénérable Rosmini, envoyé à Rome pour traiter celle affaire directement avec le Pape, et qui croyait l’avoir menée à bonne lin, venait d’étre rudement désavoué par le cabinet de Turin. Qu'avail-il donc signé de si coupable? Pas autre chose qu’un premier article ainsi conçu :

« Il existera entre les Ktats de l’Kglise, du roi de Sardaigne et du grand-duc de Toscane une confédération jierpéluclle qui, réunissant leurs forces et leur action, servira à garantir l’intégrité des territoires de ces États et à protéger le développement progressif et pacilique des iiislitulions constitutionnelles cl de la prospérité nationale. »

Voit-on bien la lourde faute du pieux abbé Rosmini, viaimcnl trop naif pour un diplomate? Garantir les institutions libérales des Étals voisins, cela allait de soi ; Turin en jouissait comme Rome cl comme Florence. Mais garantir l'intC(/n’t^ des fernteircs, n'élail-cc pas s’engager au delà de toute prudence et de toute permission? Il fallait ilonc renoncer à s’agrandir, rester dans ses frontières, ne plus conspirer chez les autres, tout attendre des progrès de l’esprit public et de la liberté. La belle chance

vraiment pour le Piémont! C’était bien la peine de s’ètre endetté comme un grand État et d avoir été se faire battre aux portes de Vérone ! Rosmini fut donc accusé de s’être laissé gagner par les cardinaux, et disgracié. On voit par ce trait trop oublié que ceux qui ne font remonter qu’à M. de Cavour l’honneur ou la responsabilité de la politique qui triomphe en ce moment auraient tout prolit à relire les documents de l’époque dont nous parlons.

A peine connu, le projet du comte Rossi eut l’assentiment de Naples, qui demanda à venir compléter l’allianre nationale des monarchies constitutionnelles de la Péninsule. On a prétendu, après coup, que Radetzki n’étail pas éloigné non plus d'y souscrire, comme chef d’un État italien ; mais on affecte d’oublier qu’il eût été difllcile de faire accepter pour un gouvernement indépendant et constitutionnel le royaume lombard-vénitien, livré alors à tous les sévices de l’état de siège, et que, dans tous les cas, ce n'eût été qu’antidater de dix années les illusions de Villafranca ! Que le nrinistère piémonlais, présidé par M. Casali, et presque entièrement composé de réfugiés lombards et vénitiens, n’ait vu dès ce moment d’autre politique à suivre que de recommencer la guerre, en entraînant dans sa cause, non plus de petits États italiens destinés à lui être sacrifiés, mais une grande puissance européenne telle que l’Angleterre ou la Fi’ance, c’est ce qui nous est aujourd'hui surabondamment démontré. Mais on ne pouvait demander sérieusement au ministre de Pic IX d’entrer dans une

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ligue si différente de celle qu’il proposait. « Qu’on ne dise pas, écrivait-il à ce sujet, que l’agrandissement du Piémont soit une des conditions de l'indépendance italienne. L’autonomie de l’Italie n’implique pas nécessairement la formation d’un grand empire s’étendant depuis le Panaro jusqu’aux Alpes, et placé sous la souveraineté de la maison de Savoie. Si cet empire est l’une des formes politiques que l'Italie indépendante peut prendre, il n’est pas la seule. Et nous ne voulons pas examiner si cette forme est préférable à toute autre; et quand même elle le seiait, si, en s'étendant au delà de Plaisance et de la Lombardie, cet empire n’aurait pas quelque chose de hors de saison et de monstnieux. . . On ne parle pas de Naples, mais Naples est une partie si importante de l'Italie, qu’on voudrait vainement se taire à son égard... Sans doute, il serait beau pour le roi de Piémont de pouvoir s’appeler le chef de deux ou trois armées ajoutées à la sienne. Les négociations qu’il a provoquées en capitulant à Milan et la médiation étrangère qu’il a ensuite acceptée pourront peut-être lui procurer quelques lambeaux des vastes territoires qu’il voudrait engloutir. Et l'Italie, au sein des malheurs où les erreurs et les folies humaines l’ont plongée, éprouverait vraiment un grand soulagement, par cela seul que le royaume piémonlais se serait agrandi!... Cependant, si l’on songe à l’Italie et rien qu’à elle, il semblerait plus sage et pins patriotique de resserrer d’abord fortement la ligue et de laisser ainsi aux États alliés le temps de réorganiser solidement leurs armées. Le projet du souverain Pontife est clair et simple. Il peut

SC résumer en quelques paroles : il y aura une ligue entre les monarchies constitutionnelles de la Péninsule. Les plénipotentiaires de chaque État indépendant se réuniront en assemblée préliminaire à Rome pour établir les conditions organiques de la ligue... Toute chose faite a son commencement. Par cette voie droite et claire on arrive au but ; on s’en éloignerait en en adoptant toute autre. L’Italie si souvent victime de tant de fautes, aurait à gémir sur une faute de plus'. » .Merveilleux pronostic d’un grand esprit, avertissement aujourd’hui dévoilé de la Providence, que les dernières paroles de celui qui devait verser le premier son sang pour la papauté aient été un cri d’alarme contre l’ambition piémontaise ! « Concluons, disait-il en terminant cet article de journal, par un mot destiné à rester à l’histoire : Pie IX n’abandonne pas son grand projet ; il est aujourd’hui, comme toujours, plein d’ardeur pour assurer par la ligue italienne la sécurité, la dignité, la prospérité de l’Italie et des monarchies constitutionnelles de la Péninsule. Pie IX ne consulte pas ses intérêts particuliers, n’est pas animé de convoitises ambitieuses I Il ne cherche, il ne désire, il ne demande que le bonheur de l’Italie et le développement régulier des institutions accordées par lui à ses peuples. Mais , en même temps, il n’oubliera jamais ce qu’il doit à la tlignité du Saint-Siège et à la gloire de Rome, 'foule proposition incompatible avec ce devoir sacré ne pour-

' tlaiftta di htma du i noTembre.

KO msTüiiti:

rail rien auprès du souverain de Home et du chef de l’Église. — La papauté est la seule grandeur vivante qui reste à l’Italie (sola viva grandeua che resti aWItalia}. C’est elle qui lui vaut le respect et l’Iiommage de l’Europe et de tout le monde catholique. Pie IX s’en souviendra toujours comme pontife, comme souverain, comme Italien I »

Telles étaient les hautes pensées que le comte Rossi allait exposer et peut-être faire triompher devant les Cham- J)ies romaines , lorsque le poignard des clubs vint clouer dans sa gorge le discours qu’il devait prononcer pour inaugurer son entrée aux affaires'. « Hier, disait le Con(«mporaneo du lendemain, est tombé sous les coups de l’indignation publiqqc le ministre Rossi, qui, par ses continuelles provocations, par scs articles insérés dans la Ganetta, par ses méchants projets politiques, avait tellement exaspéré contre lui le peuple romain, que

' Voici le récit uriicicl de ce crime dans une dépéclic du duc d'Haroourt : c J’ai déjà eu l'honneur de vous écrire par le télégraphe pour vous annoncer que M. Kossi, ministre de l'intérieur, avait été assassiné hier à une heure, comme il descendait de voilure pour monter à la Chambre des députés. Il a été frappé à la gorge d’un coup dont il est mort sur-le-ch nnp. Le meurtrier n’a pas été arrêté; on ne l’a pas même essayé ; quelques gendarmes et gardenationaux qui étaient sur les lieux ont laissé faire. La population est restée froide et muette devant rel événement. C’o-t à peine si le serviteur du ministre a pu trouver un second pour transporter dans une chambre voisine le corps de .son maître. L’Asseinhlée, sur les degrés de laquelle s’était consommé le meurtre, a continué gravement la lecture de son procès-verhal , et il n'a pas été fait la moindre mention do l'incident pendant toute la durée de la séance... Le soir, les meurtriers et leurs adhérents, au nombre de quelques centaines, avec dus drapeaux en tète, ont été fraterniser avec les soldats des casernes, et l’autorité ne s’est montrée nulle part; le directeur de la police, pres-é de prendre quelques mesures énergiques, s’y est refusé et s’est retiré, s (Rome. 10 novembre 1848.,

DK LEXI’ÉDITION DE ROME EN IKiU. 81 chacun voulait avoir contribué à sa chute... Les balcons, les fenêtres, les terrasses se sont illuminés; les troupes, sortant de leurs quartiers, ont fraternisé avec le peuple; les carabiniers, suspects jusque-là par leurs allures, promenaient dans les rues la bannière tricolore en jurant lidélité au peuple. » Le même jour, VEiwca, organe du ministère que M. Rossi avait rempl^icé, dres sait un acte d'accusation conirc... la victime!... o Nous avons dit dans un récent article, lisons-nous en tête de son numéro du 10, que nous exécrions cordialement le ministère Rossi, et nous le répéterons encore en ces moments e.vlraordinaires. . . Mais nous avions dans le cœur et dans la pensée que la vive opposition de la tribune et de la presse fussent le poignard qui finpperait le honteux régime des despotes (verçiognoso dominio dé despoti). Il n'en a pas été ainsi; il en était décidé autrement dans les impénétrables décrets de Dieu, car sous ce qui surgit de grand et de fort aujourd'hui dans le développement rajiide de la vie des nations, se cache l’œuvre d’une providence terrible autant que juste ((en ifti/e quanta giusta). 11 était écrit que le poignard de la vengeance populaire devait s’armer contre l’homme désigné comme la cause de tant de maux, et que la tolérance publique aurait un terme. Frappé d’un fer sur l’escalier des députés de la nation, il est tombé, spectacle de sang aux gouvernements de l’Italie! Nous ne scruterons pas les volontés de la haute sagesse, et dans l’émotion qu’excite en nos cœurs un tel événement, nous nous contenterons de crier aux hommes du pouvoir asservi par un bnital

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ûgoïsme ; La nécessité du sang nous fait frissonner, mais vous, contemplez-vous dans la mort du ministre Rossi. iV<; fa ribrexio la nécessita del sanyue, ma voi specchiatevi uella morte del miuistro Rossi'. Ainsi parlaient les modérés de la révolution romaine.

Deux incidents, depuis longtemps dénoncés à l'indignation du monde, aclièvent de caractériser les deux monstrueuses journées des 15 et 10 novembre 1848. Le 15, le premier ministre tombe' assassiné sur les degrés de l'escalier qui monte à la salle des séances, le bruit s'en répand aussitôt parmi les députés; un des plus connus au moins par son nom, répétant un mot ^atal de notre première Constituante, s’écrie : Que nous importe ! était-il donc le roi de Rome? et la Chambie passe ti-anquillcment à l’ordre du jour. Le lendemain. Pie IX est assiégé par rémcule'dans le Quirinal ; ((uelques vieux Suisses se montrent seuls disposés à faire leur devoir, et notre ambassadeur, indigné, peut écrire à son gouvernement; Il H IJ U eu autour du Pape pendant toute la journée que le corps diplomatique! « Pendant la fusillade, qui a duré trois beures, mandait-on do Rome à V Alba de Florence, ont été atteint Mgr Palma et quelques Suisses... La façade du palais est criblée de balles... De Rossi, il ne s’en

' L'Epoca lionne eiiMiilo la lialc des noureaut ministres désignés par le peiip'.o. C’éUicnt : Mainiani, Slerbini, Campello, Saliietli, Fusconi, Lunali, Screni, liailelti conmiandant général des carahiniers. On demandait en même temps au gouvernement de promulguer le piincipe de la naUonalilé ilalienne. de convoquer la constituante et de mettre sur-le-cliamp à exécution le vote de la Cliambre des députés relativement i la guerre de l'indépendance.

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