‹ L'expédition de Rome en 1849Chapitre 6 sur 34 · HT · texte numérisé non relu

HT

^larle pins. Hier soir, le peuple alla pai‘ le Corso avec des lorclies et des bannières, en criant : Dénie la main qui a iwujnanlé le lyran! iDenedetlu quella mano die il liranno pugnali) I »

L’émotion causée en France par les nouvelles de Rome in- pouvait qu'être vive et prolonde. Tout le monde sentit <|ue nous avions à venger le malheureux comte Rossi, qui avait noblement gagne au College de France, à la Chambre des pairs, à l'ambassade de Rome, ses lettres de naturalisation française; tout le monde s’écria (pie nous avions à défendre le doux pontife dont la magnanimité était payée d’une si noire ingratitude. Quel sort lui était réservé? Prisonnier des assassins de Rossi, que ne ponvait-on ciaindre pour lui? .Vllions-nous laisser égorgw le père commun des fidèles, le souverain qui avait donné à tous les autres l'exemple des réformes, le généreux promoteur de la cause italienne?

On s’attendail à des communications du gouvernement; l'impatience de l'.Vssemblée les prévint. A la séance du 'Î1 novembre, M. Bixio, Italien devenu Français comme Rossi, fit entendre des interpellations sur le malheureux état de sa patrie. Il la montra opprimée au nord par ' l'armée autrichienne, qui abusait d’une déplorable victoire, et menacée au midi d’une servitude presque aussi effroyable que celle de l'étranger, la seAitude du désordre. L’honorable représentant flétrit des villes enfiéi es qui venaient de fêter un lèche assassinat, et de-

^ Voir aux pièces le rècil heure piu* heure des tWi'ncnieuls de la journée du que nous Induisons de VEpiK'a

iiisroiiiE

manda ([u’il lût pris un parti, tout au moins pour protéger la l’apauté, qui était, selon lui, « non sans doute une institution italienne, mais une institution de droit pulilic et religieux nécessaire au maintien de l’équilibre et des croyances de l üccident. »

M. Bixio avait voulu savoir ce que l’on comptait l'aire, le général Cavaignac réiiondit en racontant ce qu’on avait fait. Le jour même où les dépéclies de M. d'Harcourt lui étaient parvenues, ordre avait été transmis par le télégraphe à Toulon et à .Marseille d’embarquer aussitôt une brigade réunie là depuis quelque temps dans la prévision d’une descente prochaine en Italie. Lu outre, un mémbre de l’Asscinblée, M. de Corcelles, avait reçu la mission spéciale d aller prendre, sous 1a protection de la Trance, la pei-sonne sacrée de Pie IX, cl, au besoin, d’assurer sa retraite sur notre territoire.

Les applaudissements unanimes de la Constituante saluèrent dans le chef de la république celle inspiration digne des rois chrétiens dont il tenait la place.

Üeux jours après, MM. Letlru-Rollin et Jules Favre vinrent demander compte au pouvoir exécutif d’une si ' grave détermination prise sans l’avis préalable de la Chambre. Après avoir payé, le premier, au pieux, magm-' nime, intelligent Pie l.X, le second, à cette nature généreuse, brûlant de patriotisme et d'amour pour l'indépendance de l’Italie, le tribut de louanges alors encore obligé, ils discutèrent les instructions données à M. de Corcelles que le général Cavaignac avait apportées à la tribune. Ces instructions tendaient à établir que toute protection était

DK LKXPÉlUTinN PE ROME E.\ ISüt. 85

dip* !i la porsonno ilu Ponlifp, mais non à l aulorilc'' du sonvrrain tompoiTl. (Vi doTÎne cp qup cplte dislinrtion, nnnvpllfi alors pu diplomatie, soulevait d’étonnement et d’ol)jpctions. L’érole radit ale n'en était pas eneore venue à coinprendrp qu’elle n'avait rien de plus à demander, et qu’en lui livrant le souverain on lui livrait indireetement Je Pape. Où linit le prêtre'’ tlisaient alors eenx qui dissertent si snMilemcnt anjonrd’lini sur la séparation nécessaire lies deux pouvoirs et des deux personnes; on commence le prince? Comment défendre l’un sans favoriser l’antre? Comment ne pas voir ipie votre envoyé fera mal>:ré vous et malgré loi de la politique? Kt quelle politique! Soutenir un roi contre ses sujets! Puis, qui nous appelle, qui nous désire à Home? Personne, Pic FX pas plus que ses nouveaux ministres. Tout y est tran(]uille, apaisé, en bonne voie d’accommodement et de liberté. Admettez que le Saint-Père se laisse circonvenir par des conseils antriebiens ou qu’il se livre franebement à son peuple; dans les deux cas il peut nous dire, au <:rand détriment de notre dignité : « Que venez-vous faire ici? je n’ai pas besoin de vos soldats! » Kn un mot, l’affaire est engagée plus à fond que les instructions ne le supposent : il faut que notre armée, une fois débarquée,

prenne parti pour ou contre la Papauté, elle ne peut rester neutre !

C’était aussi l'avis de M. de Montnlembert. Avec l’orateur catholique, les grands aMés de la question romaine apparurent pour la première fois à la tribune. « M. Ledru- Rollin, s’écria-t-il, en pressant le débat pour en faire

IIISTOIIII-:

sortir une franche conclusion, disait qu'on serait ohlijié de défendre le prince en même temps que le Pontife ; je déclare que, pour ma part, j'y compte bien! » Mais le gouvernement n'osapl pas encore y voir aussi clair se borna à déclarer, par l’organe du ministre de l'intérieur, que l’expédition avait pour but de sauvegarder non-seulement la liberté matérielle, mais la liberté morale, la liberté d’action du Souverain Pontife. N’était-cc pas déjà un grand pas fait au delà des instructions, et l’esprit naturellement lumineux de M. Dufaure, ne venait-il pas d’éclairer d’un trait involontaire le fond môme do la situation'.'

L’ordre du jour qui termiua la sciancc s’empal a habilement de cette concession inévitable. « L’Assembltie, disait-il, approuvant les mesures de précaution prises pai le gouvernement pour assurer la liberté du Saint-Père, et se réservant de prendre une décision sur des faits ulté;rieui-s et encore imprévus, passe à l’ordre du jour ‘. »On voit qu’il n’était plus uniquement question de la sécurité peisonnelle du Pape et de sa retraite sur le territoire français.

C'en était fait, l’intervention de la France dans les États de l’Église était consentie et moralement conr sommée. En vain le général Cavaignac, reproduisant contre ses successeurs l’accusation que M. de Lamartine avait élevée contre lui de n’avoir rien osé en faveur de l’Italie, essaya plus lard de marquer ce qu'il appelait une

* Présenté par M. tic Trcvt‘nenc. Vot^ par 480 voix ronlrc 65

DE L'EXPÉDITIÜ.N DE DOME EN I8i!i. 87

coupure entre sa polilique à Rome et celle qu'on avait suivie depuis ; cette coupure, peu sensible pour les contemporains, n’est pas visible pour l’histoire. Toute chose faite, disent les Italiens, doit avoir son commencement. Cosa fnita capo ha! Le vote du 30 novembre fut le commencement de l’expédition romaine. Que disait-il, en effet? Deux choses : que le Saint-Père était privé de sa liberté et que nous allions la lui rendre. Mais comment la lui rendre? Par force ou par persuasion? El dans quel but? Pour lui permettre de fuir ou de régner? A la première question, la brigade du général .Molliére répondait par ses trois mille cinq cents baïonnettes. A la seconde, l’ordre du jour de l’assemblée, élargissant la portée d(>s instnictions, donnait aussi une péremptoire solution. Mais il y a plus : nous soutenons que, même en se renfermant dans les limites strictes de sa mission, M. de Corcelles était conduit, le voulant ou ne le voulant pas, à en dépasser le sens littéral. Comment assurer la liberté purement personnelle du Saint-Père sans écarter ou mettre à la raison ceux qui l’opprimaient? Or, oserait-on prétendre qu’on ne s’immisce pas dans les affaires intérieures d un peuple quand on va faire la police jusque dans le palais de son souverain? Les Prussiens de la première campagne de France prétendaient au.ssi que le seul but de leur invasion était de délivrer Louis XVI du joug des factieux. Quand on aborde un territoire étranger avec un corps d’armée, ce n’est certes pas pour se laisser dire : Nous u’uvons pas besoin de vous, retownex-vous en ! C'est, comme I affirmait cinq mois après M. Odilon Darrot, pour

lIISÏOlUE

offrir , lin arlntrage ou pour l’imposer, si besoin esl. Voit-on d’ici le beau rôle pour noire drapeau, s'il eut étô condamné à garantir la personne et non l’autorité du l’ontife-roi? « Nous, puissance catholique, eussions-nous dit, nous, année française, nous ne venons chez vous cpie pour exécuter la consigne de MM. Sterbini et Ch. Bonaparte. Si ces mcssicui's jugent opportun de renverser le l’ape, nous voici tous prêts é l’escorter cl à le conduire en France. Mais, s’ils songeaient par hasard à le faire tuer, nous vous i)révenons que nousavons l’ordre formel de nous y opposer. Le progrès des temps veut qu’on renvoie ses souverains, mais sans leur faire le moindre mal. .\chevcz donc votre besogne, comme si nous n’étions pas là! Nous avons des yeux pour ne pas voir et des bras pour ne pas agir. La cotironne du Pape est dans la boue, c’est votre affaire! Traincz-la dans vos clulis, si cela vous ]dait, nous ne protégeons q>ie la tête! » Outre qu’elle est de celles qu’on ne pourrait avouer à la tribune, celle politique .si différente de celle que le dernier cabinet de la monarchie avait par avance adoptée", aurait répugné, nous n’en doutons pas, aux sentiments élevés de celui qui tenait alors le pouvoir.

On était à la veille de l’élection du 10 décembre, il ne faut donc pas s’étonner si le concurrent du général Cavaignac sut profiter habilement de celle faute. On avait beaucoup remarqué que le prince Louis-Napoléon s’était abstenu de prendre part au vote relatif à l’expédition de

' Voir chapitre I" la dépiche de M. Guiioi du 27 septembre 1817.

UE L’EXPÉDITION DE ROME EN ISii). x9

( ivila-Veccliia : il t'îcrivil aussikM à scs deux journaux, le Conslitnliouiiel el la Presse, |K)ur faire savoir au public fpic, « loul en élant décidé à appuyer loules les mesures propres à garantir eflicaceinenl /« liberté et l'mitorité i\ii Souverain PonliCe, il n’avait pu approuver par son vole, une dénionstralion militaire qui lui semblait dangereuse même pour les inléréfs'sacrés qu'on voidail protéger, et de nature à compromettre la paix de l’Europe*. » Cétail, comme on le voit, se prononcer plus catégoriquement que le président du conseil sur les droits du l*ape, lotit en blflmant l'ormellemenl ce qui venait d'ôtre entrepris poui' aller à son aide. Sur la demande do quebpies hommes politiques importants qui venaîent de se rallier a sa candidature’, le prince bouis-Xapoléon rectilia l'ambiguïté de celte déclaration par une lettre au nonce où il désavouait son cousin, le prince Canino, pour n’avoir pas compris que « la souveraineté temporelle du l’ape était intimement liée à l’éclat de la religion comme à la liberté el à l'indépendance de l’ilalie. » Cette fois le gént*ral Cavaignac était franchement dépassé : quant aux catboliipies, ils étaient rassurés et gagnés à la candidature de son rival.

Il faut reconnailre cependant que le gouvernement ne négligeait rien pour mériter leur reconnaissance. On se

' Lettre du 2 décembre 184.S.

’ « La désapprobation que les paroles de Canino ont rencontrée ici, écrirait, le 15 décembre suivant, le Vénitien Tommasco à son gonvernement, peut vous faire pressentir ce qui advieniira des affaires de lloiiie. C’est Tliiers qui a conseillé le désaveu de ces paroles, ainsi que la déclaration que le pouvoir temporel est chose nécessaire À la dignité de la Papauté... a [Vpcumeiils et pièce! laissés par Manin et publiés par Planat de la Faye. t. Il, p. 57.)

HlSTOIItK

rappelle que le Saint-Père avait reçu l’invitation oflicielle d’accepter l’hospitalité de la France. Le ministre des cultes, M. Frcslon, digne d’ailleurs de celle mission filiale, avait même été envoyé à sa rencontre jusqu’à Marseille, avec un large crédit à mettie à la disposition du Pape et des cardinaux. In savant et pieux évêque était njonté à la tribune pour bénir solennellement la république et l’Assemblée. Le nonce adressait de louchants remerdments au président de la Constituante, et l’ancien rédacteur en chef du National lui écrivait à son tour : « L’Assemblée a répondu aux sentiments dç la nation entière, en faisant éclater les témoignages de sa vive et profonde sympathie pour le Saint-Père. » Jamais les rapports entre la France et la cour pontificale n’avaient été empreints de plus de déférence et de tendre empressement.

S’il fallait en croire certains apologistes du gouvernement tombé le 10 décembre 1848, il y aurait à saluer, sous ces élans dignes des siècles catholiques, toute une politique renouvelée de Machiavel. On croyait, parait-il, le moment venu et l’octîasion propice de séparer définitivement le spirituel du temporel. Sans soumettre Pie IX aux avaniesde la prison impériale de Fontainebleau, on comptait le soustraire entièrement à l’influence des cardinaux et le décider à opérer dans le catholicisme les mêmes réformes qu’il avait essayées dans ses États, On esj)éi‘ait surtout débaiTasser l'Italie d’un gouvernement qui l’empêchait de recouvrer sa pleine liberté d’action. Pauvres inventions de l'esprit de parti que ces plans prêtés après

lit tt\l>f;i)ITION DE ROME EN 18i0 Pt

coupai! général Cavaignac! Nous voyons, quant à nous, trois raisons bien catégoriques de ne pas y croire. D’aliord, il n'y avait pas lieu pour le moment de contraindre le Pape à donner des libertés à scs .sujets, car le statut conslitutionnel était en pleine vigueur, et c’était en l'invoi|uant que Rossi venait d'entrer au ministère et d’étre frappé. Que pouvions-nous demander de plus à Pie IX que le statut? Qu’il déclarùt la guerre à l’Autriche? Non, sans doute, puisque nous étions nous-mêmes médiateurs de pai.\ en Lombardie. En s 'cond lieu, l’Europe, qui déjà n’acceptait pas avec plaisir notre simple intervention de garantie pereonnelle au Vatican, n’y aurait point laissé arriver sans résistance un programme de gouvcrn<“ment porté par nos baïonnettes. Oublie-t-on que la i

crainte de notre propagande révolutionnaire était à l’ordre du jour des puissances, et que la moindre démons- Iralinn irréfléchie de notre part devait infailliblement les' rallier contre nous? C’était donc la guerre, la guerre pour imposci la république aux États de l'Église, quand nous l’avions refusée pour défendre l’indépendance de l'Italie du Nord! Si l’on osait être franc, on avouerait que le prudent désir de lassurcr les grandes monarchies avait contribué, non moins que les préventions de la vieille école radicale, à conseiller au gouvernement les restrictions excessives mises à la mission de notre envoyé extraordinaire.

Il ne saurait enfin nous être interdit de faire observer que si la république avait eu réellement la honteuse pensée d'exercei’ la moindre violence morale sur son

HISTOIRE

lit!

aiiguslc protégé, elle n’nnrait pas pris pour agent iin homme connu pour sa filiale affection envers Home. De tout temps, on ne l’ignore pas, les caractères à la hauteur de pareils services n’ont pas été rares. Veut-on savoir quels sont ceux qui doivent se réjouir de celte interprétalion inattendue du dernier acte gouvernemenlal de M. Cavaignac? Ce sont ceux de scs adversaires qui n’y voulurent voir qu’un misérable calcul électoral'.

Heureusement pour la mémoire du noble vaincu du 1 0 décembre, nous aurions h citer à sa justification mieux que les écrivains de sa couleur, nous aurions le généi-al Cavaignac lui-mème. Le 2b novembre-, le jour même où arrivaient à Paris les nouvelles de Rome, Cavaignac, descciulaiil de la tribune, où il avaitélé obligé de rester longtemps, pour se disculper d’avoir sauvé la société en juin, et tout frémissant encore de l’émotion de ce combat toujours nouveau pour lui. venait trouver à son banc un ami de jeunesse dont il avait plus d'une fois entendu, sans oser les suivre, les conseils également dévoués à l’Église" et à la cause libérale, et, l’enlrainant à part, lui avait dit ;

« Le moment est venu ; il fantvoler ansecoiirs du pape ! . .. »

* \a Chambre des députés de Itome n’avûit pas deviné non plus les ré' ' contes explications de M. Jules D«i5lide stir un fait qui la toucliait de si prés, car elle votait, le fi décembre, la proposition suivante, présentée par U. Mamiani, le remplaçant do Rossi : « Le conseil des députés s'associe au mi> nibtère |>our protester contre les projeta exposéa par le péncral Cavaignac dans la séance de l'Assemblée nationale de Fronce du 28 novembre dernier. » (Voir à la fin dn volume In protestation du ministère Mamiani contre le projet de Cavaignac. |

DE L’EXPEDITIÜN de ROME EN 1849. 95

Voler au secoui-s du pape, n'élail-ce pas, en un mot du cœur, toute la politi(iuc de l'expédition romaine? M. de Coicelles partait le lendemain, emportant comme te viai secret de ses instructions ce cri d’un soldat et d’un honnête homme.

CHAmiUMll

M. Je Con.elle apprend à Marseille l'évasion de Pie 1\ et sa rclriite à (ini*te.

— Diverses prupositions soumiaos au Pape par la France. F£>|>agne, l'Anj’Iclerrc, la Bavière et l'Aulriche. — Motifs qui le décident à quillcr Home et à choisir les Élals de Naples ^>our lien de résidence. — ElVroi et consternaliuii des Romains en apprenant le départ du Pape. — Ils s'allcndaîent à notre intervention et l'auraient ncclntnéc comme une délivrance. — La br igade Mollière nvuit été laissée en rade de Marseille, prête à partir au premier signal. — M. de Corcelles arrive à Gaële le 7 décembre. — Remerciincnls du i^uint-^Père au général Cavaignuc et à l'Assemblée consli* tuante. — Incertitude que jette dans scs résolutions rapproche de l'élection présidenlicllc du iO di*‘ccinbre. ~ Comment on jugeait les deux auididals k la cour de Gacle. — Iæs vœux et les espérances étaient |>our le général Cavaignac. — b» Buoiiaparle cl la cour iinliennc depuis 1815. — Le prince IiOuis-Nü|K>léon en 1851. — Les souvenirs de celte époque naturellement plus présents à la cour ponlilicale que dans les cercles politiques de Paris. — StTulin du 10 décembre I8i8. Premier ministère de Louis- Napoléon, — MM. üdilon Barrot et de Kalloux. — Les catholiques comptaient que riiilcrvcnlion on faveur du Pape, commencée por Cavaignne, allait être continuée. — Le nouveau président était opposé à cet avis. — Ses opinions iUlicitnes tHaienl pluscuuriucs des Italiens que des Français. ~ Curieuse dépêche de Tunimaseo, ainba>sadcur de Venise, raconlatit à Maïun une conversation qu'il avait eue le 25 décembre avec Louis-Napoléon. — Les ministres, nnaninios avec le président pour ne reconnaître d'autre gouvernemont romain que celui du Pape, étaient divisés sur la conduite à tenir. — > Sentiments de MM. Odilon Barrot cl Drouyn de Lliuys sur cette question. Néguciaiions>de FablaS Gioherti pour obtenir que le Piémont reste seul chargé des alTuires d Italie. — Mission du niaï quis Monlezomulo i Gaêle.

— Uéponsc du Pape. — Colère du cabinet sarde contre Naples, qui a osé le soupçonner de vouloir ei. lever les Romagiies au Saint-Père. — Scs oITres d'intervention paraissent suspectes aussi au gouveriicmcnl provisoire ro-

I>K L'EXPÉiHTION DE ROME EN 18il#. î»5

main qui les repousse. — I/nhbé Giobortî se tourne vers la France. — Son voyage i Paris. ~ Le président et In majorité du ministère se rallient de suite nu plan piémontais. — Résistance de )l. de Failoux. — Interpellalioiis de M. I.odru-Roliin, le 20 lévrier 1849, »ur ce projet de restauration papale par les armes du Piémont sous la responsabilité de la Franco. — Ixi {ttsteiir prolestnnt 0»qnerel se pionuiue en faveur de Pie IX. — Discours tvmarquablo de M. .\ylies. — Le niinislèrc n'avoue ses projets que par son silence. — Nouvelle et violente insistance de M. Ledru-Uollin le 8 murs. ~ L’A^scnibiée repousse tous les ordres du jour et laisse carte blanche au gouvernement.

La Constituante romaine proclame, le 9 février, rabolitioii du pouvoir leni> porcl et la République. — Les constitutionnels essaient de s’opposer à ce vote. — Protestation du Saint-Père le 14 févncr, — Note du cardinal Aiitoiielli demandant le secourt des quatre puissances catholiques. — Adhésion de l’Europe entière à cet appel. — Le Piémont seul proteste et maintient sa prétention d’intervenir seul dans une affaire qu’il ne voulait considérer que comme italienne. — Chute du ministère Gioberti. — .\narchie en Toscane. — Mazziiii admis au litre de citoyen romain et nommé a 1a CoDstituanle.

l’arli (le Paris le '21 novembre, après avoir re^u scs inslruclions en conseil des ministres, M. de Corcelles arrivait à Marseille le 50, juste à temps pour apprendre la suite des évéïieiueuls de Rome. Huit joui's après l’assassinat du comte Rossi, Pie IX, trompant la surveillance des ge(Hiers qu’on lui avait imposés pour ministres, avait réussi à s'échapper de sa prison du Quirinal. Quitter ées États en révolution est pour tout souverain une détermination extrême et redoutable. Pour celui qui règne sur le tombeau des Apôtres, la question politique se complique d’une question de conscience. Là comme ailleurs, en ell'et, c’est faire la part toujours belle à l'anarchie que de supprimer le principal obstacle à son triomphe délinitif el créer la nécessité d’une restauration de force majeure; mais c’est en outre livrera d’incalculables liasards le gouveinemeiit de l'Kglise, prosci il dans son chef et

!»ti

UISTOIRK

privé de sa capitale. Plus d'une fois, depuis l’eucyclique du 20 avril, le Saint-Père avait éc;irtè tout projet de fuite : inèine api ès les sinistres journées des t et 1 ti novembre, il résistait encore aux pressantes sollicitations des représentants de. l’Kurope, rpii tonnaient son conseil intime après avoir été sa seule garde ù l’Iieure du péril. M. le duc d’Ilarcourt, (jui prit à tous les événements de Rome une part digne de son pays et de son nom, proposait au Pape d aller relever son autorité à Civita-V'cccliia sous la protection d'une escadre française. M. Martinez de la Rusa olfrait les iles Baléares conirne le denier de Saint- Piei re de la callioliiiue Espagne. L’Angleterre elle-même avait proposé de recevoir à Malle l'auguste fugitif. Les cours allemandes, et notamment M. le comte de Spaur, ministre de Bavière, accrédité pour l'Autriclie, insistaient pour que I on trouvât on Italie un point fortifié où l’on pourrait attendre, sans perdre de vue le Vatican, les décisions de ri'.urope. Pic IX liésilait entre tous ces partis, et tout d abord sur le grave parti de quitter Rome, lorsqu’une circonstance touchante et fortuite vint fixer ses irrésolutions.

Pendant les pérégrinations de son exil eu France, le Pape Pie VI avait l’habitude de porter les saintes hosties dans une petite pyxide suspendue à .sa poitrine. C’est là qu’il puisait en secret chaque matin la consolation de ses souffrances et le viatique de sa longue agonie. Cette relique était restée à Valence avec le cœur et les entrailles du premier Pape martyr de la Révolution. Mgr Chartrouse, évêque de ce diocèse, avait eu la délicate pen-

DE L’EXf'ÉDITIOX DE ROME EN 184D. <,7

sée de 1 envoyer à Pie IX. « J’espère bien, écrivait le prélat, qu elle ne recevra plus la même destination. Cependant, qui peut connaître les desseins de Dieu dans les épreuves que la Providence ménage à Votre Sainteté?... » Cette lettre, expédiée de Valence le 15 octobre et n'arrivant à Rome que juste au milieu des événements de novembre, parut au successeur de Pie VI comme un avertissement donné d’en haut par celui qui l’avait précédé dans la voie des épreuves. Aidé par le coui-ageux dévouement des ministres de France et de Bavière, Pie IX sortit du Quirinaldansla soirée du 24, et, plus heureux que Louis XVI, arrivait le lendemain matin en terre sOre, à Gaëte.

Cet événement simplifiait extrêmement, s’il ne la rendait inutile, la mission de notre envoyé extraordinaire. Une partie de sa tâche, la meilleure et la plus difficile, était remplie. Du moment où le Pape se trouvait hors de l’atteinte des factieux, il n’y avait plus à pourvoir à sa sûreté personnelle. Restait à lui offrir l’hospitalité de la République. Informé par M. de Latour-d’Auvergne que Pie IX, qu’on avait dit en route pour la France, était allé chercher refuge plus près de sa frontière dans les Étals du roi de Naples, M. de Corcelles voulut, avant de le joindre, essayer de surprendre à Rome même la vraie situation des choses et des esprits. La brigade Molliére, déjà embarquée et prèle à partir au premier signal, restait en rade de Marseille. A Civila-Vecchia, les gens du port accueillirent nos hommes du Ténare par celte question significative : Quand vetiez-vous en finir? Le départ imprévu du Pape avait soulevé la pierre qui cachait le puits de l’a-

IIISTOlitK

hime. Kii dépit de la leinte assurance de Mainiani, qui devait se déiiieiUir à quelques jours de là par une honleuse démission, on tremblait devant le-s assassins de Kossi, re„slés maîtres de la rue depuis le 15 cl qui dictaient des lois au gouverneinent. Chacun comptait que la Krancc allait faire justice du crime commis sur l’un de ses nationaux et ramener au Vatican le Pontife qui avait floiiné le statut. Pour qui a vu la consternation des lloinains en ce moment, nul doute que, si nos troupes eussent débarqué en même temps que notre ambassadeur, le parti modéré n'eût repris courage, et que la restauration du Pape ne se fût faite d'entliousiasme et sans un coup de fusil.

Pébarqué à Ciacle le 7 décembre et présenté aussitôt au Saint-Pôre par le duc d'Harcourt, M. de Corcelles en avait reçu, avec les plus tendres remerciments pour l'initiative de la France, l’assurance que l’occasion s’offrirait bientôt à lui d’aller porter à la tille aînée de l’Église' les bénédictions reconnaissantes de son chef. Iæ •i, une déclaration solennelle avait exposé et remis la cause du Pape à toutes les nations catholiques. En attendant, ne se trouvait-il pas plus sûrement dans son rôle et à son poste en restant à Gaëte qu’en mettant la mer et les Alpes entre lui et ses sujets un moment égarés’.' C’était avec le plus généreux empressement que Feixlinand H venait de consacrer sa personne et ses 'États au

* l'ne <lt'‘}>éche de M. J. bastido, inoniréc à plusieurs de ses collègues estholiques do 1 Assemblée, avftît maintenu pour la République cette glorieuse et politique appellation de la France des Bourbons.

I»K l/K\l‘KMT|t»N f»K IIOMK KN I S Ht. !)!»

snrvice de l’hôle vénérable f[ue la révolution lui envoyait; <'onveiiait-il de mépriser eel asile cl ce dévouement pour se retirer dans un pays qui n’était pas ti\é lui-niéme sur ses propres destinées'.’

Disons cependant que la contiauce de Pie IX dans la loyauté de la France était entière; mais on toucbait au 10 dréembro, et nul ne savait quel gouvernement allait sortir de Fume populaire. Des deux candidats en présence, l'un plaisait personnellement au Pape par la droiture et l’élévation de son caractèi-e; mais comment ne pas s’effrayer du parti auquel il avait publiquement lié sa fortune? L’autre n’apparaissait à Gaëtc qu’entouré de l'auréole inquiétante des souvenirs de 181^1 . On attendait doue le résultat de l’élection, moins pour cesser de craindre que pour prendre un parti. Ceux qui ont prétendu que la peur de livrer le chef de l’Église aux mains du fils d’un régicide avait seule à ce moment privé la France de la visite du Souverain Pontife ont calomnié du même coup Pie IX et le général Cavaignac. Tous les diplomates alors réunis autour de lui en ont rendu témoignage : les vœux, les prières même du Saint-Père, n’étaient rien moins qu’hostiles à la candidature du vainqueur des barricades de Juin. Tandis qu’en France l’opinion publique ne trouvait rien que de naturel. et tic rassurant dans le manifeste du prince Louis-Napoléon et dans ses déclarations si catégoriques en favimr du domaine temporel de la Papauté, on se passait ces diverses pièces à Gaëte avec un sentiment où la surprise le disputait à la satisfaction. Quoi d’étonnant que l'im-

HISTOIRE

pression des événements de Romagne se fût conser^é^î plus vive à la cour pontificale que dans les cercles parisiens où se préparait l’élection du 10 décembre’.' On recueillait donc avidement, et de la bouche même des acteurs ou des témoins oculaii’es, tous les détails d’une époque si semblable à celle qui s'annonçait pour le successeur de Grégoire XYl. Ou insistait particulièrement sur le rôle joué depuis 1815 par la famille de l’Empereur dans les révolutions de la Péninsule.

Ces deux causes des Ronaparte et de l'indépendance italienne, assez hostiles l'une à l’autre, à la fin de l'Empire, pour que les Milanais n'eussent pas rougi d’appeler les Autrichiens contre le fils adoptif de Napoléon, en étaient venues à se confondre. C’est pendant le premier exil de 1814 que cette négociation s’était poureuivie entre nie d’Elbe et Naples, où régnait encore le roi .Murat. 11 y aurait même là un coin d'histoire contemporaine curieux à étudier dans les documents originaux. Quelques paroles de l’Empereur à Sainte-Hélène sur l’unité qu’il avait rêvée pour l’Italie, paroles qui eussent coûté cherà l’Italien qui les aurait prononcées sous son régne, ont scellé pour l’histoire l’alliance de cette dynastie avec le pays dont elle tire son origine. Les soldats des diverses contrées de la Péninsule qui rentraient chez eux après avoir suivi nos drapeaux d’Aranjuez à la Bérésina, et qui voyaient leure services diffamés par les nouveaux gouvernements, piv)pagérent partout leur culte pour le glorieux capitaine qu’on se plaisait à surnommer le plus grand des Italiens depuis César. Le fanatisme pour ce nom et pour ce sang

^lait si aveugle, que, non contents d’essayer d'un fils

aîné du roi Jérôme, des deux fils du roi Louis, du duc de

Leuchtenberg, fils d'Eugène et gendre du czar Nicolas, et en dernier lieu du prince de Canino', les meneurs du mouvement n’avaient pas craint de chercher un chef en dehors de la famille légitime du grand Empereur. veille de la Saint-Jean de 1831, on répandit à Florence une proclamation qui déc.ernait la couronne constitutionnelle d'Italie à un jeune homme dont le seul titre était de passer pour fils naturel de Napoléon*.

Quant au candidat à la présidence de la République française, on venait de rappeler sans le vouloir, et dans un travail qui n’avait assurément aucune signification politique, la part qu’il avait prise aux soulèvements des Légations en 1831. Suivant un écrivain chez lequel rien ne pouvait faire suspecter alors une hostilité que rien n’est

* Voici ce qu'écrivail, sous la dale du 21 janvier 1818. le directeur général de )s police vénitienne, dénonçant les relations intimes de Maiiin et Tommaseo avec la Toscane ; «r On nra«surc que le mouvement révolutionnaire qui n éclaté à Uvourne du O au 7 courant, et qui a amené l’arrestation de l'avocat Giicrrazzi et d’autres complices, avait pour but de soulever toute Htalie ci de constituer un royaume dont on voulait créer roi le prince Charles Buona> parte de Canino... La comparaison qu'a faite l’avitcal Avesani, dans son instance du 14 courant, de notre gouvernement avec celui de NapoliV>n. comparaison toute à l'avantage de ce dernier, peut mériter une attention particulière... {HiM. de la Rt^pubïique de Venise sous Manhit par Anat. de U Forge; t. I, p. 328).

* Alcune société scgrcle Invoravano a favore del >A'aIcwskî, figlio naturale di Napolcone, c la vigilia di San Giovanni sparscro un proclama per farlo re cosUUisionale d'ilalia; ma il governo s*acconlcnto di ammonite alcuni, alcunj mandar via. — (Canlù, Sforia degli Ualiani, vol. IV, p. 344). « Quelques sociétés secrètes travailliient en faveur de Walew>»ki, fils naturel de Napoléon, et, la veille de Saint-Jean, clics répandirent une proclamation pour le fiiire >X)i constitutionnel d'itslie ; niais le gouvernement se contenta d'en admonester quelques-uns et d’en éloigner quelques autres. »

iiiSToiiti':

lܑi

vomi toiilii iner depuis, le fils aine de lu reine üorlense, prince d’un nalurel paisible et plus adonné aux lieauxarls qu’à l’ambition , n’avait marché à CÆtle époque contre Grégoire XVI qu'entraîné et dominé par son jeune frère Ne restait-il plus rien de l’insurgé de 18Ô1 dans le" candidat do 1848? De ces cngagemenls de jeunesse, lie celle première occasion de tirer l’épée, de ces déclaaiations italiennes où son imagination de vingt ans s’étail enllamméc, élait-il sage de penser que rien ne survivait, même à l’étal de rêve, dans l ame de l’ancien combattant de Forli? Sans doute le temps renouvelle tout en nous comme autour de nous. Les points de vue, les opinions, si* modifient avec les situations et les intérêts. La sagesse est un fruit d’automne que l’expérience greffe douloureusement sur l’arbre stérile de nos illusions ; mais le fond de l'homme ne change pas, le tronc et la sève restent Uis mêmes. Les épreuves n’avaient pas été épargnées au lils de la reine llorlcnse, soit en Italie, soit en France; mais était-ce bien au moment où la plus hardie de ses prétentions recevait de ce côté des Alpes un commencement do justilicalion, qu'on devait espérer qu’il fallait s’empresser de renoncer à toutes les autres? Parmi les catholiques de France, les avis étaient fort partagés. Il eût été peu raisonnable en tous cas de demander à la cour pontificale d’oublier, du jour au lendemain, des craintes basées sur des faits certains et que rien n’élail venu démentir depuis dixhuit ans.

' Voir aux putes I* preuve Hc ce fait fournit par M. Fcuillel île Coiiilie».

IiK l.’EXPÉItlTION liE HOME EN ISÜt. 105

Toujours est-il qu’au moment où le général Cavaignac entamait à Gaële rexpédition de Rome le suffrage universel donnait à la France le gouvernement qui devait la terminer. Spectacle assurément digne de remarque! pouvoir exécutif venait de changer de mains sans violences, sans secousses, sans révolution, par le seul effet de la volonté nationale librement manifestée. « En vertu des articles 47 et 48 de la Constitution, avait dit M. Marrast après avoir pris Dieu et les hommes à témoin du serment prêté par le nouvel élu, l’Assemblée nationale proclame le citoyen Cbarles-Louis-Napoléon Ronaparte président de la République française depuis le préseiit jour jusqu au deuxième dimanche du mois de mai 1852 *. » Voyant que cette transuiission de l'autorité, épieuve supi'ème des gouvernements démocratiques, s'était opérée sans plus de dommage pour l'ordre public que I hérédité de la couronne dans les monarchies, les républicains affectaient de se consoler de la défaite de leur candidat en disant : « C'est la consécration de la République. » C'était au contraire sa condamnation . Deux causes, on s on souvient, avaient décidé de ce miracle ; l’une toute personnelle au général Cavaignac; l’autre irrésistible comme le courant de l’esprit public vers ce qu’il croit le salut du pays. Que le vainqueur de Juin ait fait acte de républicain sincère en descendant si noblement du pouvoir, personne ne le reconnaît et n’en honore plus hautement que nous sa mémoire. Mais la France n’en avait pas moins émis, le fO dé-

’ Moniteur 21 liiVcmhn*

104 HISTOIRE

cembre, un vote monarchique. Le rationalisme démocratique venait d'élrc vaincu par un grand nom. Et ce nom, qu’on nous permette de le rappeler, agissait seul alors pour celui qui le portait. «Voilà mon grand électeur! » disait un jour le futur élu en montrant de son hôtel du Rhin la statue de son oncle sur la colonne de la place Vendôme. Le mot était juste et heureux : ce que l’on savait des antécédents du prince Louis-Napoléon en France n’était fait, lui-méme en convenait, ni pour frapper l’imagination des masses ni pour commander l’adhésion des politiques*.

La nation n’en avait pas moins le droit d'être contente de son œuvre. Le gouvernement du prince-président fut salué comme une ère de repos après la tourmente et de réparation après le naufrage. Ceux mêmes qui, par esprit de sagesse et non de parti, avaient volé pour Cavaignac, s’applaudissaient de ce que la chance, qui ne devait pas favoriser leur candidat, eût si franchement tourné pour son concurrent. Une des imperfections, je ne voudrais pas dire un «les dangers du suffrage universel, c’est en effet qu’il lui faut, pour être un principe d’ordre, des victoires d'unanimité. Quinze cent mille voix d’un côté, cinq millions et demi de l'autre, tranchaient sans conteste la question en faveur de Louis-Napoléon. Mais qu’on se figure le pays divisé en deux camps presque égaux cl le pouvoir devenant le prix de quelques milliers de bulletins ! C’est une redoutable nécessité de ces batailles du scrutin populaire que le vaincu doive dispa-

' Voir au Moniteur du juillet I8i9 le discours où le président répudiait, en face de la forteresse de Ham, ses tentatives de Strasbourg et de Boulogne.

raitre dans le triomphe du vainqueur. Les demi-succès ne présageraient qu’une prochaine déroule. On reprochait non sans raison au suffrage résinant de compromettre trop souvent la moralité de l’élection en la faisant dépendre de quelques voix à déplacer; prévoyait-on alors cette consigne forcément donnée à tous les agents du pouvoir : 71 notu faut la presque unanimité! Si le stimulant d’un grand but à atteindre ou d'un grand danger à éviter n’existe pas, les masses restent inertes, mole sua stal! Et si l’administration ne se décide pas à agir pour elles au détriment de leur indépendance, les clubs s’en chargent au plus grand péril de l’ordre public. Le trait saillant et heureux de l’élection qui venait d’avoir lieu, c’est que le peuple avait marché seul, et même au rebours de l’impulsion qui lui venait du gouvernement; mais il y aurait eu folie, chacun le sentait, à SC promettre à périodes fixes des situations et des candidats exceptionnels comme au 10 décembre. Encore les esprits chagrins remarquaient-ils, en ce temps d’entière liberté, qu’un entraînement non moins général s’était produit le 20 avril précédent en faveur de celte république tant conspuée depuis. Ce jour-là, en effet, prés de neuf millions d’électeurs avaient nommé une assemblée qui s’était déclarée unanimement républicaine. Où en était-on, au bout de six mois, de ce merveilleux accord’/ Lamartine, Cavaignac, n’auraient-ils pas eu, chacun à son jour, tous les millions de voix que peut donner un pays qui a besoin d'être sauvé'.’ Le suffrage universel était donc exposé, d’un mois à l’autre, non-seulement à va-

HISTOIRK

riei', mais à so contredire. Dès lors, élail-ce un princi|M^ ou nn expédient?

Tous ces raisonnements n’empècliaient pas que leprince-président, chef légitime du pouvoir exécutif, ne fût, par le seul fait de son élection, une force nouvelle dans la République. Des influences contraires se le disputaient depuis qu’on avait vu grandir ses chances. Les uns le poussaient à reprendre les traditions du bonapartisme révolutionnaire des Cent-Jours ; les autres lui conseillaient de mettre sa gloire à recommencer les belles et fécondes années du Consulat. MM. dePersigny, Abattucci, Boulay (de la Meurllie), furent les agents habiles et dévoués des plus délicates négociations. On s’arrêta enfin à l’idée de donner au pays, dans un ministère compos<'* d’hommes pris à tous les partis et ralliés à la défense de l’ordre, la véritable représentation gouvernementale du scrutin du 10 décembre.

Ce fut M. Odilon Barrot qui se chargea de le former. De tous les homfties qui avaient marqué haut leur place dans le régime parlementaire, l'ancien chef de la gauche semblait celui qui pouvait servir le plus utilement la combinaison qui se préparait. Nul talent de tribune n’était plus éprouvé, nulle probité politique phis incontestée. Sa jeunesse s’était passionnée aux luttes des partis sous la Restauration, et il en était resté, à son insu peut-être,' un peu de bonapartisme dans son opposition et dans sa popularité. Avec une sincérité libérale à l’abri de tout soupçon, c’était un Béranger parlementaire. Lorsqu’aux derniers jours du régne de Louis-

DK l/K\l>KDmii.N DK lUt.\IK K.\ 1 849. 107

l’Ililippc Ifi roi Jérôme viiildemaiiderdc rentrer en Kraiice et de prendre rang à la Cliambre des pairs, ce fut M. Odilon Barrot qui fut chargé de ménager ce rapprochement entre la dynastie de 18Ô0 et la dynastie de IHOi. Vivement sollicité de nouveau, il avait, plusieurs semaines avant l'élection, laissé voir sa préférence pour la candidature du prince Louis-Napoléon. Grâce â de fidèles amis qui se dévouèrent à prendre avec lui le fardeau du pouvoir, aidé dans ses démarches par MM. Molé, Thiers, Berryer, Montalemhert, ses anciens rivau\ oratoires qui s'offraient à devenir ses premiers soldats, M. Barrot parvint non sans peine à présenter au président un ministère entièrement composé d’hommes d'ordre'. Il était temps! cardes pei’sonnages d’une toute autre nuance affectaient de se montrer à l'Klysée, annonçant hautement leur entrée aux affaires pour le lendemain.

Parmi les hommes nouveaux quece mouvementdesopinions conservatrices les unes vers les autres venait d élever au gouvernement, le parti catholique réclamait M. le comte de l'allou.v. C’était la première fois, depuis dix-huit ans, que ce nom de catholique devenait un titre pour ar-

' Oc mlnislcre était ainsi conipnsé ; M. Odilon llarrol, président du coiisi’il fit (tarde des sceaux; M. I.éon de Mallcville, bientôt remplacé par M. Léon Faucher, à l'intérieur; M. Drouin de Lliuys, aux affaires étrangères; M. de Kalloux, à l'instruction publique et .aux cultes; M. Dixiu, que lu président avait pai-ticulièremcnt désiré, niais qui fut bientôt remplacé par M. Dufl'ct, à l’agriculture et au commerce ; M. Léon Faucher, puis M. I..acrosse, aux travaux publics ; le général Rnihière, à la guerre; M. Ilippolytc l’assy, aux linanres. Le même jour, le maréchal Bugeaud était nommé commandant en chef de l'armée des .Mpea, et le général Ohonganiier réunissait au commandement de 1a première division militaire relui des gardes nationale.s de la Seine et de la garde mobile

HISTOIRE

river au pouvoir. Nul ne le portail, quoique nouveau dans le monde politique, avec plus d'aulorité que le jeune ministre de l’instruction publique et des cultes. Envoyé à la (Chambre par un collège de l’Ouest lors des élections de 1 846, qui devaient être les dernières de la monarchie de Juillet, la République l’avait trouvé étudiant encore de son banc de la droite les hommes et la situation qu'elle (X)ndaranail à disparaître. Les périls de la société le révélèrent au pays et à lui-même. Représentant du peuple à la Constituante, on le vil, au mai, entrer avec Lamartine à niütel de Ville; un mois après, il demandait, au nom de la commission du travail, le licenciement des ateliers nationaux et remportait sur le parti de l’émeute une victoire de scrutin qui en présageait de plus décisives. En plus d’un débat de moindre importance, M . de Kalloux avait montré et devait montrer plus encore qu’en révolution c’est le caractère qui fait l’homme politique et l'orateur. Pectus id est quod disertos fucit ! Celte nomination, à laquelle celui-là seul qui en était l’objet laissa longtemps attendre son acquiescement, avait le mérite de donner un représentant convaincu cl lîdéle aux intérêts religieux. Était-ce bien à ce litre qu’elle avait été faite’/ Nous ne savons : en tout cas, ce n’était pas avec le candidat à la présidence, mais avec les chefs des diverses fractions parlementaires que M. de Falloux avait discuté les conditions de son entrée aux affaires. Bien que le prince Louis-Napoléon cvit formellement promis la liberté de l'enseignement et que le général Cavaignac eût refusé de contracter aucun engagement, le vote des catholiques

DE L’EXPÉDlTlüiN DE ROME EN 1849. ' 109

dans le scrulin présidentiel était resté longtemps indécis. Il est même hors de contestation qu’aprés la séance de la Constituante du 50 novembre, de nombreuses lettres étaient arrivées à Paris annonçant qu’entre deux candidats, dont l'un se portait au secours du Pape et l’autre lui refusait son vote, le clergé se déciderait en majorité pour le premier. 11 n’avait fallu rien moins que les déclarations tardives mais si formelles de Louis-Napoléon en faveur de la souveraineté temporelle pour lui ramener les esprits un moment entraînés vere son compétiteur. Avec le portefeuille qui venait d’être confié à M. de Falloux, les catholiques comptaient donc que deux satisfactions de conscience allaient leur être accordées : le rétablissement du Pape et la loi sur l’enseignement. Quel étonnement n’eût pas été le leur d'apprendre qu'il y avait en tout cela si peu d’esprit de suite et de parti pris en leur faveur, qu’au refusde M. de Falloux on avait été au moment de choisir, non pas un homme de sa nuance, mais M. Jules Favre!

Comme le ministère de M. Guizot, comme le gouvernement provisoire, comme le général Cavaignac, la présidence de Louis-Napoléon trouvait la question romaine sur le lapis de ses délibérations. 11 était naturel de penser que l’intervention commencée par le parti républicain allait être continuée et menée le plus vile possible à su conclusion par l'élu du parti de l’ordre. Mais celui-ci persistait à ne pas approuver l'initiative prise par son prédécesseur, à laquelle, on s'en souvient, il n’avait pas voulu s’associer comme représentant. L’expédition n’cùt pas réussi, croyait-il, et l’on connaissait bien mal l'Italie

MO • IIIS'fdlItK

(Ml Franco, il est corlain qu'à ce premier inomeiil de son pouvoir le prince-présidcnl ne songeait nullement à reprendre la politique de Charlemagne et de saint Louis, et que, tout enadmettanlla ru;cessité d’une restauration papale, il ne voulut entendre parler qu’aprtîs N’ovare de lui prêter le secours de nos armes. Aucune inlluiMice de Iradi. tion ni d’éducation ne le rattachait au vieux passé catholique et monarchique. Ses contacts et ses instincts étaient franchement d’un autre côté. Surritalie,surRome notamment, ceux ([ui eurent l’honneur de l’approcher jugèrent qu’il professait, avec une courtoise modération pour les pei-sonnes et une retenue toute politique sur les moyens, l('s opinions qui avaient (mirs parmi les émigrés italiens. Ceux-ci avaient l'air de le savoir et de compter, non sur son gouvernement, mais sur lui-même. 11 est curieux de rencontrer la preuve de ce fait dans un document diplomatique écrit alors sans intentions et publié aujourd’hui sjms réclamations.

A la date du ‘2.m décembre ISIS, un des écrivains ïonoinmés de l’Italie, M. Tommaseo, envoyé de la République de Venise à la République française, racontait ainsi à Manin sa première entrevue avec notre nouveau prc'sident : « Un Ronaparte, lui dis-je, est certainement appelé par la Providence au gouvernement de la France pour faire trois choses ; défaire la centralisation excessive de iV pays, afin de lui donner une véritable liberté ; augmenter le resipect du pouvoir spirituel du Pape en réduisant son pouvoir temporel; enlin, réparer Campo-Formio. La première de ces propositions lui plut ; il adhéra à la se-

DK L’KXPÊDlTIüN DE KUME EN 1849. IH tvnde; quant à Ui troisième, elle ne l'offensa pas, et il lit même un signe d'assentiment. Il remarqua parfaitement (quoique je ne l’eusse pas dit) que dans les trois choses il devait, selon moi, agir en sens inverse de son oncle. 11 parle peu, mais poliment, semble peu instruit des faits, mais désireux de s'en instruire et d’agir. Il se dit arrêté par les diflicultés de détail, et parmi ces détails « par le plus fâcheux de tous, qui est les hommes « de détail. » Il objecte que, pour enlever au Pape le pouvoir temporel, il faudrait une guerre européenne ; qu’il a été l'initiateur du mouvement, etc. A tout celajene répondis pasgrand’chose, me bornant à témoigner icomme particulier) le désir que le Pape vint dans quelque ville du Midi de la France. Luimême parut aussi le désirer. Il n'a pas l’air de se soucier du Piémont, mais de préférer un État lombard- vénitien indépendant. Mes discours à son compatriote et familier paraissent avoir fait quelque impression... En somme, ce nouveau gouvernement semble moins éloigné de la guerre, ou du moins d’un langage ferme, que l'autre ; non pas ses ministres, mais lui personnellement. »

. Le 29 du même mois, le gouvernement provisoire de Venise, comme s’il avait pu deviner la dépêche écrite de Paris le 25, disait au prince Louis-Napoléon, dans une adresse de félicitations : « Nous sommes persuadés que vous, ancien soldat de la lil)crté italienne, vous êtes appelé par les desseins de la Providence <à reconstituer la nationalité de la grande patrie des Napoléonides*. »

' Documents laissés par Manin, publiés p.ir Planai >le la Fave. Paris. 1S60, l. Il, p. 63. 06.

HISTOIRE

On conçoit qu’il ne saurait entrer dans notre plan de soumettre à une arbitraire analyse les sentiments de celui qui représentait alors l'autorité et qui la détient aujourd'hui tout entière. 11 serait sans doute diflicile d'établir une parfaite concordance entre les déclarations si explicites de la lettre au Nonce en faveur du pouvoir temporel et l’adhésion donnée aux plans de l’envoyé de Venise contre ce même pouvoir. Le fond des cœurs n’est visible qu'à Üieu. Rarement, à travers les ambages et les prestiges de la politique, est-il donné à l'iiistoire d’y faire briller quelques rayons. Ceux qui gouvernent les hommes doivent donc se résigner à subir l'atteinte des jugements lesplus contradictoires. Le vulgaire les admire mêmed’autant plus qu’il les comprend moins, et les accepte d’autant mieux pour habiles qu’il les juge plus impénétrables. Porté d'instinct à voir des profondeurs où quelquefois il n’y a que des surfaces, il se plaît à sup|X)ser plus compliqué qu’il n’a jamais été cet art de le maîtriser que sa crédulité rend si facile! Le souverain qui en dix années a pris sous sa responsabilité l'expédition de Rome et la guerre d'Italie ne pouvait échapper à celte commune destinée des personnages historiques. Pour les uns, il serait le type même, du prince, le Murphy de l’échiquier politique, calculant ses coups, prévoyant ses chances et marchant à son but avec une froide obstination, tantôt en avançant, tantôt en reculant. L’identité, suivant eux, serait complète entre le président de 1849 et l’empereur de 1859, et nulle antinomie n’existerait entre rétablir le Pape aux conditions qu’y mettait la lettre au colonel

Ncy, cl le laisser dépouiller par les Piémontais, comme cela s’est \u depuis. Ceux qui portent ce jugement, citent les brochures oflicielles qui ont laissé deviner le dernier mol de notre campagne de Lombardie, et se plaisent à signaler les habiles évolutions de la même pensée dans le cliaagement accompli des faits cl des situations personnelles *.

Pour d’autres, qui ne se croient pas moins bien informés, rempcrcur comme le président aurait suivi plus souvent l’impulsion des événements que celle de sa propre volonté. Plus opiniâtre que prévoyant, plus hardi à concevoir qu’heureux à trouver les moyens d’exécution, , il serait exposé à se décourager plus aisément qu’on ne St! l'imagine, et à se laisser prendre au dépourvu par les accidents même des choses qu’il a provoquées. Trouvant, il y a douze ans, la’ question romaine engagée devant l'Europe, cl la France elle-même, engagée dans celle question, il s’en est tiré comme le comportait alors l’état de l'Europe et de la France. La voyant surgir de nouveau, il y a deux ans, sous les pas de son armée victorieuse, il a tout mis en œuvre pour empêcher qu’elle ne vint à s’aggraver, sans réussir à se faire écouter ni à Home où il conseillait les réformes, ni à Turin où il prêchait la modération. Ceux-là aiment à rappeler la paix inattendue de Yillafranca, le traité de Zurich, le rappel de notre ambassadeur auprès de Victor-Emmanuel, lorsque, non

* par un |)ru«liîîe d’activilé de son éditeur, U brochure le Pape et te t'.ongréê, qui fui mise en renie à Paris le 22 décembre 1859, était publiée le même jour en an^jlais dans le Timett, en allemand don^ la Gazette de Cologne^ en iialicD dans la Perseveranut de Milan.

IIISTÜlKE

cDnlcnt (l’avoir pris les Légations, souverain a voulu prendre les Marches, l’armée française maintenue et renforcée autour du Pape, et les nombreuses notes du Moniteur, où le gouvernement français se plaint de la violence faite à ses pians par un faible allié, plus diflicile à contenter que l’ennemi le plus redoutable. On voit que ce ne sont ni les faits ni les documents qui manqueraient à ce curieux débat. Pour nous, qui n’avons ni le désir de nuire ni la prétention de servir, nous laissons à ceux qui écriront plus tard en toute convenance et toute liberté, le soin d’essayer un accord ou de risquer un choix entre ces deux opinions.

Oiiaiit aux ministres, unanimes avec le président pour ne reconnaitre de gouvernement romain (ju’à Gaëte, ils élaient loin d'étre d'accord entre eux sur la nécessité immédiate, pas plus que sur les voies et moyens d’une restauration du Pape. Pour le plus grand nombre, il y avait à pourvoir en France et même au dehors à bien d'autres embarras plus pressés et plus redoutables. M. de Fallouxseul, puis M. BulTet, nommé au bout de huit jours ministre du commerce en remplacement de M. Itivio, osaient faire entendre les plaintes et les espérances des catholiques frappés du môme coup que le Saint-Père. M. Barrot, vacillant et combattu, ne voulait ni soutenir ni renverser le gouvernement qui avait remplacé à Borne celui (le Pie IX. Son honnêteté s’indignait de ce scandale d'ingratitude et d’anarchie; son Iwn sens en prévoyait la chute inévitable et prochaine. Mais l’intervention française l'effrayait, parce que, trouvait-il, elle ne pourrait

liK l/KM’KliITION DK HOMK KN Isi". II.',

j.iniais t'In" aussi lihûralo qiu; l'exigerait I npiiiiou |mi- Miqiie. lins wlaiiv ou moins prévenu (pie la pli pai l de M'samis politiipies, il admellail avec les eutlioli(pi(‘>; ipie le l'ape devait rester iiidépeiidaut, iioii-seulemeiil d(‘s grandes puis.sanees, mais tout d'ahord de sessujels.Seult-mi'iif eet intérêt religieux iju’il reconnaissait supérieur à tous les autres, il ne le croyait pas conciliable avec la lilmrté constitutiohnelle des Romains. Suivant lui, Rossi edt ('choué; le Statut et la papauté u'auraieut pu marclier ensemble. Rés lors comment prendre de\anl - r.\ssemblée la responsabilité d’une telle entreprise'? Or cette responsabilité, c’était sur l'ancien orateur de la gauebe qu’elle allait retomber de tout son poids : pers lime ne l'ignorait, et M. Barrot moins que personne.

.Sans afl’ecter plus d'illusions suc le gouvernement |)ontifical que son ancien cbef parlementaire, M. Rrouin de l.buys, qui avait remplacé .VI. Jules Bastide aux all'aii-es étrangères, convenait, avec cette netteté de vue qui est le premier (Ion des esprits politiques, que, du moineiil on Rome sans le Pape embarrassait si Ibrt les diplomates, id où le Pape sans Rome otTusquait à si bon droit les catlmliques, il y avait lieu de penser à une pronn*te solution. b’Kuropc découronnée de la tiare ne lui semblait plus l'Kii tope. Il lui fallait un pape, disait-il, plutôt un bon qu'nn mauvais, cela allait de soi, mais plutôt un mauvais que point. Par une bonne fortune inespérée, celui qu'il s'agis-sait de secourir était non-seulement bon, mais excellent, puisqu’il avait voulu donner à son peuple la lilHu lé. Pas moyen, d’ailleurs, il s’eh était bien vite convaincu, d<-

lifi

HISTOIRE

faire au dehors de la bonne politique conservatrice en laissant s’implanter un gouvernement révolutionnaire à la place du plus antiq(«e et du plus vénéré des gouvernements. Deux sortes de liens nous rattachaient à Rome ; l’un politique envers un État politique régulier et ami, l’autre religieux envers le chef de la communion religieuse à laquelle la France appartient. Nul doute que le rétablissement du pouvoir temporel du Pa|)c ne fût l’affaire des nations chrétiennes et tout d’abord de la France, habituée à marcher à leur télé ; mais ici revenaient les objections pratiques de M. Rarrot. Comment faire accepter par l’Europe une intervention républicaine’.' Comment proposer à l’Assemblée une intervention purement catholique’.' Mieux valait donc négocier et se borner en attendant à placer quelques garde-fous autour du nouveau Capitule.

Ces différends allaient bientôt s’évanouir devant la marche précipitée des événements d’Italie. En quelques semaines, les clubs de Rome avaient décrété l’abolition du pouvoir temporel, refusé de rcconuailre la commission gouvernementale désignée par l'ie IX, nommé une junt provisoire, renvoyé le ministère Mamiani et les deux conseils qui osaient encore parler du Statut, sommé le roi Charles-.Vlbert de dénoncer l’armistice à Radelzki, adhéré au piojel de constituante italienne du ministre to.scan Monlanelli, et convoqué, une œnslituante romaine pour décider du gouvernement à donner aux États de l’Eglise. Les prières, les avertissements, les piotestations, les menaces de Gaëte, n’avaient pu rien empêcher ni rien réparer. Itome était à la merci de l’émeute

comme Pie IX Pavait été pendant luiit jours au Quirinal. l’ne bande d’aventuriers accourus de tous les points de l’Italie et même de l'Europe, et dont la garde civique demanda inutilement le renvoi, terrifiaient la masse inerte et peureuse des honnêtes gens Le ‘2o janvier, on avait voté, sans oser regarder devant soi, pour une assemblée dont le premier mandat devait être de proclamer la république. Avant d'en venir là, et pour se donner une dérisoire apparence de modération, une députation avait été envoyée au Pape afin de le persuader de rentrer dans sa capitale. Il s’est môme trouvé des historiens qui ont sérieusement reproché à Pie IX de ne s'être point prêté à œtte comédie et de n'avoir pas saisi cette occasion de relever son gouvernement avec l'appui du parti constitutionnel. Nous aimons singulièrement le parti que l’on décore de ce nom ; partout où il peut exister, nous en sommes, car c’est le parti de la liberté sans crimes et du progrès par tran.saction. Mais franchement où fallait-il le chercher à Rome? Était-ce dans cette assemblée qui, devant l’assassinat d’un ministre commis à sa porte, n’avait osé dire un mot? Ou dans cette garde nationale qui. le lendemain, avait lâchement fraternisé avec l’émeute sous les yeux du Pape assiégé dans son palais? Ou dans ce ministère qui, à son éternelle honte, avait ramassé sur * •*

* Nous lisons double bulletin des séances de la Chambre des députés romaine du "21 décembre 1848 : <i Le ministre Mniniani demande l'autorisation de pouvoir, pendant deux mois, renvoyer les étrangers qui seraient soupçonnés de vouloir troubler l'ordre public, i.c ministre prie la Chambre de vouloir bien décréter l’urgence.

•* M. Bonaparte s'y oppose. »

Digilized by Coogle

Page 1