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l’oscalier de la chancellerie le poilelcuille sanglaiil de Hossi, sans intenter aucune poursuite, ni faire enlendi e aucune parole contre le parti des assassins?
C’est à ce moment que l’ablié Cioberti, premier ministre de Cliai les-Alberl, proposa aux puissances de laisser le Piémont régler par lui-méme les affaires d'Italie. Comme l’avait dit, en 1848, le marquis Pareto, <omimdevait le répéter de nos jours M. de Cavour, le cabinet sarde n’avait d’autre but, en mettant en avant cette prétention, que d’épargner à l'Italie les excès de la république et les rigueui*s de l'inlervenlion aulriebienne. Double danger pour la paix de rKiiro|>e conjuré par sa courageuse entremise! Double service rendu parle Piémont monarchique à la cause des trùties ! l.e niarquisMoiilezemolo fut donc envoyé à Pie IX avec la mission de le décider à venir à Nice ou dans toute autre ville du royaun e sarde, et surtout à demander lui-même le secours de Charles-Albei't. Aussitôt cette demande faite, le. roi devait interposer sa médiation entre le Pape et la junte provisoire, et occuper militairement les principales places des llomaaneset de l’Umbrie. PieIX répondit que la France lui avait la piimiière offert une généreuse hospitalité, mais qu il n avait jusqu’à ce jour aucune raison de quitte; Ciacte, d où il pouvait plus aisément veiller sur ses États. Sans doute rarrangenient de la question romaine par les Italiens, agissant comme fondés de pouvoir de l’Eui'opc? catholique, lui eût paru la plus heureuse des solutions. Mais comment l’espérer ou même la souhaiter sans l'intime miion des deux monarchies italiennes du Nord et du -
DK L’EXPÉDITION DE DOME EN ISiit. 11!) Midi? Of ne se Irouvaienl-elUs pas dans les plus mauvais •termes depuis la dernière guerre? Le Piémont disait à Naples : « Vous avez trahi la cause italienne! » — Naples répondait au Piémont : « Je n’ai jamais trahi la cause italienne ; mais j’ai refusé de servir jusiiu’an bout la cause sarde, qui se cachait sous ce grand nom ! » Les sentiments religieux et dévoués à sa personne du roi Charles-Albert n’étaient l’objet d’aucun doute de la part du Saint-Pérc; mais pouvait-on nier que la politique d'annexion à outrance n’eùt soulevé toute la Péninsule contre le gouvernement de Turin? Souverains et peuples ne lui jetaient-ils pas, à tort sans doute, les mêmes reproches de cupidité et de mauvaise foi? Le nouveau ministère, dit démocratique, présidé par rabbéGioberli, offrait-il plus de garanties que ses devanciers? Ilicn s’en fallait! Le Piémont, qui avait si obstinément repoussé le projet de ligue italienne proposé par Pie IX, venait d’envoyer des agents à Florence et à Rome pour traiter avec les autorités révolutionnaires et convoquer, de concert avec elles, la future constituante. A leur tour, les ambassadeurs de la junte romaine avaient été reçus à Turin. Le cabinet piémonlais avait donc un pied dans le camp de la révolution, et, dès lors, comment réclamerait-il la confiance des princes? Il pactisait publiquement avec les usurpateurs du domaine de l Kgli.se, et dés lors comment croire à son désir désintéressé de faire l endre justice au Saint-Pére? Du moment où l’accord semblait impossible entre les gouvernements italiens. Pie IX, ne voyant plus que le grand devoir de sa charge apostolique, devait se rappeler
HISTOIRE
que l’Église est univei-sclle et non pas italienne, et remettre sa cause aux puissances catholiques.
Telle fut en substance la réponse du Pape. Le dépit qu’on en conçut fut si vif à Turin, qu’on cessa de garder aucun ménagement vis à-vis de Naples. L'ambassadeur de Ferdinand II à Paris ayant laissé deviner que, dans son opinion, les Piémontais n’étaient point incapables de se faire appeler à Bologne par le Saint-Père et d’y rester ensuite malgré lui, le gouvernement sarde donna à son ministre de Naples l’ordre de rentrer à Turin. « Cette résolution, écrivait Gioberti, a pour cause principale l'indigne calomnie répandue en France par le prince de Cariati, qui nous accuse de vouloir enlever au Pape les Légations. J’espère que le soupçon d’une telle infamie n’entrera pas un seul instant dans l’esprit du Pontife*. »
N’ayant pu persuader Pie IX, le cabinet sarde vint porter ses propositions au gouvernement provisoire de Rome. Mais, de ce côté aussi on était en garde. II fut répondu assez adroitement qu’on attendrait, pour accepter garnison piémontaisc dans les places de la Romagne, que le Piémont eût rompu l’armistice qui le liait à l’.Xutriclie et déclaré franchement ses intentions. A ces conditions, on lu* offrait les clefs de Bologne et quinze mille soldats.
‘ Voici les termes de celte dcpcclie, curieuse à relire en ce moment, oA les douanes piéiuunlaises se dressent à i|uclqiics kilomètres des portos de Rome : < Qiiosta nostm dolibemr.ione fu casionata non solo dal rifinlo arbitrario die il cabinetto di Napoli fecc di accettare il sipnor l’Iezza... Ma piu ancora l'indcpna c.iluniiia spacciata iii Francia dal principe di l'.ariati, colla quale ci atlriboira l’oircrta di toplicre al Papa le l.epnzioni. Spero che il sospetto di tanta inianiia non anidera per un solo istnntc nell animo del l’ontefice... a [llisorgimi’nio de Turin, du 19 janvier 1849.1
DE L’EXPfiDITION DE ROME EN 1819.
« Rome comprend très-bien, mandait la junte à son envoyé auprès de Charles-Albert, que les secours du l*ièmont peuvent la sauver de toute intervention étrangère et de toute attaque réactionnaire ; mais, pour que Rome appelle à son aide le Piémont, il faut que ce dernier, à l’exemple du gouvernement romain, s’explique franchement et sans arrière-pensée; il faut que le gouvernement sarde s’unisse à Rome par une alliance loyale et qu’il cesse toute hésitation équivoque qui ne fait qu’alimenter les soupçons et les calomnies*... »
Si l’ambition se rebutait aussi vite que le dévouement, à coup sûr le cabinet sarde se serait tenu pour battu ; mais il n’en fut rien. Repoussé à Rome conime à Gaëlc, le gouvernement subalpin mit désormais tout son espoir dans la France. C’est nous qu’il chargea de palroner et de faire aboutir sa médiation entre deux partis qui s’entendaient si bien pour la refu.scr. Le Piémont nous offrait deux choses : d’abord de ramener le Saint-Père à Rome, et liés lors les catholiques seraient satisfaits; ensuite de tenir garnison dans les États de l’Église pour y maintenir lesinstitutionsconstitutionnelles contre toute tentativeréactionnairc, et dès lors l’opinion libérale n’aurait rien à dire. On devine que ce plan, auquel le président de la république se hûta de donner les mains, parut à la majorité de ses conseillei-s le plus heureux des expédients. Gioberti vint à Paris, afin d’entraîner ceux qui persistaient à refuser leur assentiment. L’un d’eux rapportait, naguère, dans
’ l.etlre (lu niinislre Muzzurellii Bcrgliini. (30 janvier
HISTOIRE
ulic broclmre qui a fait le bruit il'iiu évéïicincul, U"« objection!; qu'il opposait à un projet trop exdusivcineul piéinontais pour ne pas éveiller nos susceptibilités .françaises et callioli(|ues : « l'rétcnilre cacber la France derrière le l'iéinonl, disait l'Iioinniod'Ktat au ctdèbre apitaleur italien, c'est vouloir cacber un {;éanl derrière un br'ui d'berbe. I.a France a le tlroit d'afiie en Italie bannière déployée et vi aj;c découvert; ce que vous proposez nous laisserait tous bs inconvénients de la solidarité sans nous donner les avantages de la liberté d'action. C est au l'iéniontà seconder la France en Italie, et non aux Français à se déguiser en Piéinontais'. » Il était visible, en effet, que la Sardaigne était trop faible pour prendre sui- •die, sans avoir besoin de la révolution, le lourd fardeau des destinées de la Péninsule ; dés lors ni l'anarchie i<tniaine ne jwurrait être détruite, ni la souveraineté du Pape i (‘staurée. D’ailleurs on fera toujours trop pour les ennemis de l'Kglisc de ramener le Pape même garrolté à Rome, et l'on ne fera jamais assez aux yeux des catholiques, s'il n'est pas réintégré dans la plénitude de son indépendance souveraine. Ainsi cette solution mitoyenne n'aurait contenté personne. En revanche, elle eut compiomis gravement la dignité de notre attitude devant les autres puissances. En se contentant de prêter son patronage au Piémont, la France, comme l'avait dit M. de Falloux , reslait en vue pour l'Europe , : et s'exposait ainsi à répondre des faits et gestes d'un petit
' AiiU'u'itinl» et aiiix^qiienm de la niliialioii ait nette, pnr le comte A. de Falloitit. t’.-iriÿ. chez lluiiiiiol. 1801.)
r>E L'EXPfiDlTIftN DE HOME EN ISlti. I2ô froiivorneinenl de tout letnps peu obligé j)ar sa parole el |h;u scrupuleux sur le choix des moyens. Xe valail-il pas mieux, ajoulait-ildaiis un langage dont nous avons trouvé les traits principaux encore présents à la mémoire de ses collègues, reprendre et avouer hautement la polilitpiedes devoirs traditionnclsde notre pays? Ne sommes-nous pas les protecteurs nésdes intérêts catholirpies, depuis l’Orient, on d’anciens traités ont placé sous notre sauvegarde les populations chrétiennes, juscpi’à Rome, où l’épée de nos rois a fttndé et maintenu depuis onz<; siècles le domaine tempol•el de la papauté? On avait peur de la Chamhre : sans doute elle était ou semblait être eu hostilité naturelle avec le nouveau pouvoir exécutif ; mais son mandat louchait à son terme, et le pays le lui signifiait chaque jour avec humeur. Puis, (|ue pouvait espérer le ministère d’une politique de déguisement et de moyen terme devant une .Assemblée qui suspectait ses intentions? La grande franchise el le grand courage eussent été en ce moment la grande hahilelé.
Ces prévisions ne tardèrent pas à recevoir un commencement de justification. Le voyage à Paris el les démarches (h‘ l’abbé (ïioberti ne pouvaient rester sans retentissement dans le monde politique. Le 20 février, M. Ledru- Rollin vint déchirer tous les voiles à la tribune. On avait renoncé, disait-il, à l’intervention de compte à demi avec l’.Autri(die, parce qu’on a compris que ce serait mettre l’indignation dans tous les cœurs et les armes dans toutes les mains. Mais c’était pour imaginer une intervention indirecte, inavouée, houleuse, par le Piémont, en l’amille.
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<*nlr(’ Italiens. Le prétexte serait la lutte du parti (|ui veut la eonfédération monarcliiciue contre relui qui veut l'iinité par la république ; le but, la restauration du Pape, l.es escadres de la France et de r.Vngletcrre croiseraient devant Civita-Vcccbia et Gènes pour observer, contenir, léprinicr au besoin les mouvements des populations, eu tout cas pour donner l’appui moral de leur drapeau à l’enlrcprisc des Piémontais. El l’orateur de la Montagne sommait le gouvernement de désavouer devant l’Assemblée un projet qui déshonorerait la République.
En quelques paroles hautaines et habiles, M. Drouin de Lliuys refusa de répondre à une interpellation si catégorique. « l.e but à atteindre, le résultat que nous poursuivons tous, dit-il, c’est le rétablissement de la paix et de l’ordi'c dans le sein de la religion catholique par le rétablissement de la paix et de l’ordre dans les Étals romains. Par quels moyens?... L’Assemblée me permettra de n’en rien dire. » C’était reconnaitre, cofiimese bâta de conclure M. Ledi'u-Rollin, que le plan de laisser restaurer le Pape par le Piémont était à cette date pleinement accepté par
le président cl parla majorité de son conseil. Mais n'était-
ce pas avouer en même temps que ce projet ne semblait pas plus commode à défendre devant la Chambre que le projet plus honorable et cependant plus redouté de la I estauration du Pape par nos propres armes?
Cette discussion, qui se termina par l’ordre du jour pur et simple, se recommande par un acte d’impartialité courageuse et par un discours sobre de développements oratoires, mais vigoureux de raisonnement. L’acte fut de
M. Coquerel, pasteur protestant, qui, plus hardi que le ministère, osa dire en propres termes : « Je déclare que, dans ma pensée, au point de vue de la morale et de la politique, si la République française rétablit le Pape à Rome, elle fera très-bien ' ! » Le discours fut de M. Aylies : en quelques phrases d’une gravité et d'une concision judiciaires,le savant magistrat rappela que la vraie question était de savoir, non pas si les Romains avaient le droit de proclamer telle ou telle forme de gouvernement, mais s'il peut nous être indifférent que le pouvoir qui régit la catholicité ait une situation ti-xc et déterminée ou précaire et nomade. Les ennemis du Pape cux-ménies, qui ont prononcé sa déchéance comme souverain temporel, ont tenu à dire dans le même acte que l’indépendance devait lui être assurée comme souverain spirituel*. Or le gouvernement de Rome peut-il éjrc seul juge, juge en dernier re.ssort de cette prendére condition d’existence d’un pouvoir qui intéresse toute la catholicité? Suffît-il que le Saint-Père soit indépendant aux yeux des Romains? Le monde catholique n’a-t-il pas droit de s’inquiéter des garanties et de la réalité de cette indépendance, de veiller à son maintien ou à son rétablissement? Mais comment y veiller, comment y pourvoir chez les autres? Évidemment en affirmant sans hésiter son droit d'intervention, en agissant par les voies diplomatiques, en ter-
• Mmiileiir du 21 février 1819.
* Premier décret de la C.oiisliluanle romaine : Art. 1", La papaulé est deebue en fait et en droit du pouvoir temporel des États romains.
Art. 2. Le Pontife romain aura toutes les (Garanties nécessaires à son indépendance dans l'excrcice du son pouvoir spirituel
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minant d'aulorilé, si besoin est, les di'“mélés entre le l'ape et son peuple, et si le gouvernement français ne s êlail pas réservé dans ce but la plus complète liberté «l'action, il aurait manqué à un devoir essentiel.
Ap rés de telles manifestations, sympatbiquement accueillies par l'AsstMiiblée, il n’y avait plus, ce semble, pour le gouvernement, qu’à venir déclarer que la France catboliquc et libérale ne chargeait personne du soin d’agir à sa place en Italie, et qu’elle considérait dés ce joui’ comme son affaire propre de restaurer li> Pape et de rétablir l’aa ord entre les Romains et celui que M. Coqnerel avait appelé, aux applaudissements de la majorité, le premier ami des libertés italiennes. ■Mais on ne devait avoir ce courage qu’aprés la chose faite. On craignait aloi's cet aveu comme un défi aux passions révolutionnaires. On ne voyait pas qu’en dissimulant à la tribune ce qui se disait dans toutes les convei'sations, on encourrait la plus dangereuse des responsabilités devant l’opinion de la France, celle de mettre l’apparence «lu mensonge sur les lèvres ou dans les actes du pouvoir.
Déjà l’occasion de parler avait été manquée le 8 janvier pr«;cédent, lorstiue le ministère s’était vu interpellé à l’o«> casion de quelques mots adresst'-s une semaine avant par le président de la République au nonce du Pape. Dix ans jour pour jour avant cette réception du premier de l’an où M. de liübner reçut en étrennes l’annonce de la prol'Iiaine guerre d'Italie, Louis-Napob’-on, s’approchant du pn’dat qui lui présentait le corps diplomatique, lui exprima l’cspéranc,e de voir le Saint-Père bienl(>l rétabli
ItK L’EXPÉDITION DE HOME EN 18 il». 1-^7 ilaiisscs États', irétailcn effet une résolution arrùlêe dans les conseils de l’Europe, et le prince-président coiiiplail à ce monieiit que le Piémont serait chargé de l’exéculer. La Montagne salua par des huées cette révélation des désirs secrets du gouvernement français; mais il lui fut répondu Irés-nellement que ce désir était celui de tous les honnêtes gens. Malheureusement, aucune déclaraliondu ministère ne vint traduire eu acte politique les applaudiss«‘iuents (le la majorité.
Deux mois après, le 8 mars, M. Ledm-Holliii monliant du geste les envoyés de la République rôinaine |uéseuts à la séance : « Vous avez là, s'écria-t-il, les am^ hassadeurs d’une Républitpie (jue vous refusez de reconuailre, que vous refusez de défendre contre les puissanetîs absolutistes!... Que dis-je’? Vous n'avez pas même voulu les recevoir. Vous les renvoyez à Rome et vous gardez le nonce, l’ainbassadeur deGaëte! Pour vous, le souverain, ce n’est pas le peuple de Rome, c’est le Pape fugitif et légalement déebu. Nier aux Romains le di'oit de chasser leur prince temporel, c’est nier à la Franc(“ le droit qu’elle a eu de chasser Louis-Philippe!... Faites place à M. Guizot !... » La discussion engagée de ce train aboutit à la présentation de deux ordres du jour. L’uu demandant que le gouvernement fit respecter le droit qui appartient à chaque peuple de régler seul ses alVaires intérieures, c’était la harangue de M. Ledru-Rolliu,c’esl-à-
' n Le représenUnt de la cour de Rome, ajoute le compte rendu ut'Iicicl. a accueilli ce rœii arec un vif attendrissement. » Ko'iileiir du 'i j.inïier 1849.)
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dire la guerre im contre tous pour soutenir la Répuldique romaine. I.e second, rédigé par .V!. Jules Favre et allant au inéine but par un chemin couvert, parlait d'assurer au moyen de négociations l’indépendance spirituelle du Saint-Père, tout en restant fidèle au respect des nationalités. L’Assemblée écarta impitoyablement ces deux rédactions, et, comme elle l’avait fait déjà le 8 janvier cl le 20 février, donna carte blanche au gouvernement par l'ordre du jour pur et simple '. Pourquoi fallait-il que celui-ci n’eût pris part au débat que pour affirmer (|u’il n’avait rien à dire?
• Les chefs de la Révolution romaine ne donnaient point l’exemple de si timides réticences. Ils voulaient l’aboli' tion du pouvoir temporel, ils l'avaient décrétée en toutes lettres; ils voulaient la république, ils l’avaient proclamée. Le 8 février, après une messe du Saint-Esprit chantée à l'église d’Ara Cœli, la constituante s’élail réunie dans ce même palais de la chancellerie où avait siégé la Çbambre précédente. A peine était-elle installée, et comme on procédait à la vérification des pouvoirs, nue voix s’écria : « A quoi bon ce partage inutile? Vive la République! » C’était un Miçard exilé de 18Ô5, qui, revenu d’Amérique l’été précédent, avait fait en Lombardie la guerre de partisan contre l’Autriche. Les volontaires l’appelaient dcijà le général Garibaldi. Mais les habiles objectèrent que ce serait manquer de respect à la République que de l’acclamer, comme l'avaient fait
• Votû par 458 tou contre 341.
les constituants français, .sa ns la discuter; et la série des discours commença. On savait qu’un semblant d'opposition devait être lente, et l'on jugeait plus expédient de lui permettre de montrer son impuis.sance que de l’étouffer. Les constitutionnels essayèrent en effet de retenir le pays sur la pente où ils l’avaient eux-mèmes poussé. Mamiani notamment n’eut pas de peine à établir que, par cette rupture définitive avec la Papauté, on appelait sur l’État romain les armes de l’étranger. Or, ni le Piémont monarcbi([ue, ni la Toscane si peu militaire, ni Naples ennemie, ni la France trop occupée à rasseoir l’ordre chez elle, ne pourrait être d'aucun secours à la nouvelle, république. On lui répondit que la démocratique Gênes saurait bien forcer Turin à marclier, que Naples serait tenue en échec par la Sicile, que les républicains de France avaient juré de couvrir Paris de barricades plutôt que de laisser périr la République romaine, cl qu’en tout cas les armées de l’Europe absolutiste viendraient se briser comme des vagues au pied du Capitole. Faremmo da noi ! s’exclamat-on comme Charles-Albert, cl, après quinze heures de déclamations, le séance finit par où Garibaldi aurait voulu avec raison la voir débuter. 145 députés contre 11 votèrent la République. Le lendemain, la proclamation solennelle eut lieu sur la place du Capitole, théâtre habituel de ces parades historiques et qui en avait vu, juste cinquante ans avant, une dernière représentation par le général Berlhier.
On agissait plus sérieusement à Gaëlc. Le 14 février, le
Saint-Père dénonçait au monde la nullité de la République
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romaine cl prolcstaH devant le corpsdiplonialique contre lin vole qui se présenlait, disait-il, avec les caractères multiples de l’injustice, de l’ingratitude, de la folie et de l’impiété. « Vous fûtes témoins, ajoutait Pie IX, des événements à jamais déplorables des journées des 1 b et IG novembre dernier et avec nous vous les avez déplorés et condamnés. Vous avez fortifié notre esprit dans ces jours funestes, vous nous avez suivi sur cctlc terre où nous a guidé la main de Dieu, qui élève et abaisse, mais n’abandonne jamais l liomme qui se confie en lui ; en ce moment encore vous nous entourez d’une noble assistance ; c’est pourquoi nous nous tournons vers vous afin que vous vouliez bien redire nos sentiments et nos protestations à vos coui’s et à vos gouvernements. »
Trois jours après, le ciirdiual Antonelli exposait dans une note aux puissances qui rappelait la série des faits d'où était sortie la situation présente, que le Saint-Père, ayant épuisé tous les moyens en son pouvoir pour soustraire ses fidèles sujets à une domination tyrannique et pour rentrer lui-ménie dans la pleine souveraineté qui appartient au chef de l’Église, remettait sa cause à l'intervention morale de tous les gouvernements. « Et puisque l'Autriche, la France, l’Espagne et le royaume des Deux-Siciles, concluait la note, se trouvent par leur position géographique en situation de pouvoir promptement concourir par leurs armes à rétablir dans les domaines du Saint-Siège l’ordre troublé par une horde de sectaires, le Saint-Père, se fiant à l’intérêt religieux de «.espuissances, filles de l’Église, demande avec une entière
IiE L’EXPKIUTIÔN l»E HOME EN 18i0. 151
jissiu’ance, leur inlervenlion armée pour délivrer principalement l'Élal du Saint-Siège de la faction des misérables qui y exercent par toutes sortes ch; ci iiu(;s le plus atroce despotisme »
Ainsi I Kurope, prévenue une première lois le i décembre par le Saint-Péri;, était solennellement mise en demeure d’agir pour restituer aux États romains et à l’Église l'ordre et la paix troublés par la révolution. Déjà depuis plusieurs mois l’Espagne, à qui leste riioiineur lie cette initiative, avait proposé un congrès « pour amener au plus tôt une réconciliation entre Pic IX cl ses sujets, afin que le Pape juit rentrer dans le libre exercice (le tous scs droits temporels et jouir de riiidéi)endance nécessaire pour le gouvernement de l'Eglise’. » Dieu ([lie cet appel du cabinet de Madrid ne fût adn^ssé ({u’à la France, l’Autriche, la Bavière, le Portugal, le Piémont, .\aples et la Toscane, c’est-à-dire, aux seuls gouvci nements catholiques, les autres ne se crurent pas dispens(!s d’y répondre, tant était vif encore, à cette époque, le sentiment de la solidarité de l’ordie entre les monarchies! « Les affaires de Rome, écrivait M. de Nesseirode, mettent dans une grave appréhension le gouvernement de Sa Majesté l’empereur des Russics, et l'on se tromperait beaucoup en supposant que nous prenons une paî t moins vive que les gouvernements catholiques à la situation de Sa Sainteté le Pape Pie IX. Il est hors de
' Noie (le s. Ém. le <:a rdin.il Anlonelli, pro-*ecitSliirc d'Élal. an (orp-. diplomatique. (tX iiirricr 1849.)
* I)i.'p<jclic Je M. Pedro de l’ijal, du 21 dtîcembre 18-MI
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doute que le Saint-Père trouvera dans l’empereur un aide loyal pour le rétablir dans son pouvoir temporel et spirituel, et que le gouvernement russe s’associera d'autant plus franchement à toutes les mesures tendant à œ but, qu’il ne nourrit envers la cour de Rome aucun sentiment de rivalité religieuse. » Lord Palmerston luimème sc sentait entraîné à déclarer que la Grande-Bretagne, comptant plusieurs millions de sujets catholiques, devait désirer, quoique soustraite à l’obédience de Rome, que le Pontife fût replacé au plus tôt dans une situation temporelle qui lui permit d’exercec en toute indépendance les fonctions de sa souveraineté spirituelle'. En môme temps, la France envoyait à Gaële M. de la Tour d’Auvergne chargé d’aplanir les voies à la solution piémontaisc que le Président de la république s’efforçait toujours de favoriser, et de prévenir le Pape contre l’intervention autrichienne, dont nous nous montrions justement alarmés. Quant au Piémont, il échangeait des notes aigi es-douces avec l’Espagne et persistait à vouloir traiter seul, et comme ses affaires propres, les affaires de l’Italie et de la catholicité. C’est cette prétention maintenue avec une hauteur arrogante par l’abbé Gioberti et aggravée par l'imminence chaque jour plus inévitable d’une rupture entre la Sardaigne et l’Autriche, qui n’avait pas permis au Saint-Père de comprendre la monarchie subalpine parmi les puissances auxquelles il demandait secoui-s.
* Correfpondence respecting lhe affanj ofltaly, 9 mars 1819.
DE L'EXPÉDITION DE ROME EN I8W. ^ Î.VN Tout semblait d’ailleurs se précipiter vei-s les calas- Irophes où devaient s'engloutir tant de nobles espérances avec tant de perfides ambitions. A mesure que l’Europe, un instant menacée, resserrait les liens de l’ordre entre ses États, l’Italie, de plus en plus livrée à l’anarchie, déchirait son sein de scs propres mains, tout en provoquant follement l’étranger. Au moment où la cause de la révolution européenne déshonorée par le crime, des barricades de Paris aux barricades de Vienne, suscitait contre elle la ligue des gouvernements et des peuples, les patriotes de la péninsule s’obstinaient à laisser le drapeau de la nationalité italienne sur ce navire en perdition. On étaiten 1 84D, en pleine réaction des intérêts conservateurs contre les passions démagogiques, et les chefs du mouvement voulaient refaire pour l’Italie seule la situation du printemps de 1848! A Turin, l’indiscrète divulgation des plans de restauration toscane et romaine rêvés par Gioberti avait suffi pour changer en exécration la popularité de l’auteur du Primato. Ceux qui l’avaient remplacé au pouvoir étaient destinés à conduire jusqu’à Novare ce malheureux roi et ce plus malheureux pays. Florence venait de pousser à bout son débonnaire souverain, qui, de concession en concession, en avait été réduit à résister en face à l’anarchie ou à s’enfuir. Ne voyant aucun homme, aucune institution, aucune force debout dans son paisible royaume, dont lu turbulente Livourne était devenue la capitale, le grand duc s’était sauvé à Gaëte auprès de Pie IX. Son ministère démocratique, après avoir déploré hypocritement,
13i IIISTOinF, I>K I.•^:X1•ÉI)1T10^ IlK HOME E.N 1841t comme celui de Rome, le sort d’un pays abandonné par son souvei-ain, s'élait hâté de se conslilner en dictature provisoire, et son premier acte avait été de s’unir à la République romai ne.
Celle-ci, obéissant aussi à l’impitoyable logique des révolutions, avait rendu dés les premières séances de sa constituante un décret ainsi conçu : « L’illustre Joseph Mazzini, champion très-ardent de la lilaerté italienne, est admis au titre de citoyen dans notre glorieuse République » Que cet acte, disait quelques jours après le président Galetti au vieux conspirateur qui venait d’étre nommé députe, soit pour vous, illustre Italien, uii témoignage de l’amour que nous vous portons et de l’estime que fait de vous le peuple qui a été le premier à proclamer et à constituer en Italie le gouverncmeiil' républicain, pour le(iuel vous avez combattu toute votii' vie * !
Ainsi les mêmes hommes qui trouvaient le gouvernement du Chef de l’Kglise indigne delà grandeur de Rome, ne ci aignaient pas d’humilicr la ville éternelle aux pieds du pontife des sociétés secrétes. Désormais l’homme de la Révolution romaine était trouvé, et la France reconnaissait, pour l'avoir vaincu chez elle, l’ennemi qu elle allait cliercber en Italie.
^•Séamc (le la (oiislilu.tnle romniiie du 12 leviier.
’ Jloiii;} de trois ans av.inl, le nK*nic Galelti, amnistié |».ir l’ie IX, était venu s’agenouiller au pi»*d de ce tronc «pi’il devait n’nverser et avait dit: t Saint Père, je vous appoi ie< etie tetc que vous avez «auvéi»; elle e«l à vous n la rie, à la mort! »