CHAPITRE IV
Kiiiulion proiluilc en France p.ir la nouvelle de >ovare. — Charles- .Vlberl,
— Motifs personnels qui l’avaient enlnvîiié à une rAwdulion désespérée. — Li France espère dau’i son successeur parce qu’il avait juré le SUlul. — Altitude cxpcdaiileel protectrice qu'elle entendait garder entre l AiilrKlic et le Piémont. — l/}uis-N.ipoléon voidail la guerre contre r Viilriclic. — Kfforts de M. Thiers pour le détourner do ce dangereux pmjet. •— Conférence de M. Thiers avec le président de la Képiihlique et le baron de lliihner. ~ Un paix est maintenue et le Piémont tiré dos mains de rAulrichc vidorieuso.
— Parti de la guerre à l’AsarNiihlée. — M. Billault, candidat ministériel-
— M. Drouin de Lhuys lui répond. — Analyse du discours de M. Thiers du 51 mars 184U. — ill reprégentanU contre TriO adoptent l'ordre du jour proposé par le comité dos affaires élrungÎM'cs, qui donne au gouvernement le droit d ocent>er militairement un point quelconque du territoire italien. — Le 17 avril, le ministère vient demander à l.'Assenildéc que ce point soit Civita-Yecchi.1 et au besoin Rome, si les événements nous y appellent. — Franche déclaration du général de Lamoricière en faveur de rinterveiilioa de la France à Rome. — Rapport de M. Jules Favre. — Em- K'irras et réticences du président du conseil. — MM. Schœhher et Cermain Sarrul. formant la minorité dissiilente de la comniis>ion, veulcnl forcer H. Od. Barrot à prendre à la tribune rciigngoincnt <lc ne pas combattre la République rornaine. ~ l/Asseniblée autorise le gouvernement, par l’ordre du jour pur et simple, à refuser cet cngngcment.
Départ de Paris du général Oudinol de Reguio le 16 avril. — Son sentiment personnel sur les devoirs de la France vis-i-via de la papauté. — Trois plans de campagne proposés. — On sc déchlc pour un déb trqueinont de gn; ou de force i Civita- Vecchio. — Le commandant Espivent de la Vdlcboisnel, premier aide de camp du général en chef, obtient du conseil municipal de celle ville un vole favorable à notre intervention. — Entrée dans le port de deux navires portant au secours de la République romaine les volontaires lombards renvoyés par le Piémont. — Lcgénéral Oudinol refuse
HISTOIRE
de leur laisser prendre Icrie à Civila-Vecdiia. — Arrangemcnl yioli par Ica Lomiurds qui enlrent à Rome le 20 avril. — Le 27, (iarilialdi, revenant des Iroiitièrea de Naples, s'y était enfermé avec douze à quinze cenu bommee.
— Le parti de la résistance l'emporte de ce moment sur la population qui voulait traiter avec les Français. — Deux des triumvirs, la municipalité, la garde civique et le corps des carabiniers s’étaient déjà prononcés pour nous recevoir; Hazzini seul, appuyé sur le club central, entrainc la Conatituaote à voter pour la résistance. — Mesures violentes décrétées en même temps. — Le général Oudinot conliant dans les rapports qui lui venaient de Rome et de Gaële, s’approche de la ville. — Aflaire malheureuse du 50 avril. — Mauvaise situation du général en chef, provenant des instructions insuffisantes qu’il avait acceptées. — État de Rome à ce moment par un témoin oculaire. — Le P. Gavazzi, aumônier de GariK-ildi, s’introduit dans le camp pour assassiner le général Oudinot. — Le corps expéditionnaire, trop faihle pour entreprendre le siège de Rome, va camper au port de Palo, pour attendre des renforts d’hommes cl de matériel.
La déroute des Piémontais à Novare avait douloureusement retenti dans le sentiment national en France. Sans se dissimuler aucun des torts de la politique sarde envers l'Italie et envers nous-mêmes, notre pays sentait d’instinct que son intérêt n'était pas dans le camp de Radetski. L’opinion publique, résolûment hostile à la faction révolutionnaire qui ne .se montrait pas autre à Milan qu’à Paris, restait favorable à l’idée de l'indépendance italienne. Charles-Albert ne représentait pour nous que cette noble et juste cause. Les mazziniens le haïssaient non moins que les Autrichiens, et c’étaient là deux raisons qui rendaient populaire de ce coté des Alpes le vaincu de Novare. Comment d’ailleurs n’aurions-nous pas aimé pour sa bravoure et plaint pour scs malheurs, ce roi qui s’était armé pour la cause d’un peuple opprimé, et que ce peuple n’avait pas osé suivre? Jamais, il faut le reconnaître, il ne s’est dit parmi nous plus de mal des Italiens qu’au moment où on vantait le plus Charles-Albert. Pour les uns, c’était le ven-
geur chevaleresque des maux de l'indigne Italie ; pour les autres une sorte de Louis XVI à cheval allant chercher sur les champs de bataille la mort qui le menaçait dans son palais.
On ne se trompait pas absolument, du reste, en attribuant une large part de motifs pei'sonnels aux déterminations de sa politique. La situation du successeur de Charles-Félix ne pouvait être plus diflicile ni plus abaissée. En butte, depuis trente ans, aux accusations des conjurés de 1821, qui lui reprochaient d'avoir passé à l’ennemi au moment du péril, il entendait flétrir scs revers du nom de trahison. La correspondance diplomatique, publiée à Bruxelles par M. Jules Bastide, nous fournirait de tristes preuves de la haine persistante descarbonari contre celui qu’ils regardaient comme un faux frère couronné. Les Milanais, qui, au mois d’août précédent, l’avaient forcé d’èsealader de nuit les murs du jardin du palais Greppi, restaient indignés d’un armistice qui, ne sauvant que l’armée piémontaise, les avait livré*s aux vengeances des soldats de l’Autriche. Les slralégistes de fantaisie ne manquaient pas, même à Turin, pour expliquer la ruine des espérances italiennes par une longue et perfide connivence de l’état-major royal avec Radetski. De tous les points de la Péninsule les souverains dépossédés ou restaurés, les révolutionnaires, vaincus et pourchassés, élevaient contre Charles-Albert un formidable concert de récriminations contradictoires. Lui, cependant, dévorait en silence cette honte imméritée. Le tort de sa vie, — peut-être le sentaitil! — c’était d’avoir eu des complices parmi ceux qui
HISTOIBF.
étaient devenus ses sujets et d'avoir conspiré avant de régner. Son malheur, c'était de s’étre laissé envahir par une ambition plus haute que son génie, et de nouirir une pensée fixe dans un caractère irrésolu.
Mais il sentait l’honneur en roi. Conclure la paix, accepter sa défaite, renoncer à démentir d’odieuses calomnies, lui semblait une forfaiture à sa race et à son peuple. Du mois d’août 1848 au mois de mai-s 1849, pendant que les puissances multipliaient leurs efforts pour changer la trêve en traitéde paix, son esprit restait tout à la guerre. Un moment Gioberti crut l’entraîuer à sou plan de restauration du grand-duc et du Pape par les armes et la diplomatie du Piémont; mais l’appét d’un si grand rôle avait à peine suffi à détourner son regard obstinément fixé sur l’Autriche, comme s\ir rennerniqui lui avait pris son honneur et dont il voulait une revanche. Aussi, dédaignant les prières des puissances amies, les menaces des autres, venait-il de courir sur le Tessin, dés que les Chaqibres lui avaient accordé un ministère, comme les rois en trouvent toujouis: à la veille des catastrophes. Moins confiant dans la victoire que désireux de la bataille, l’héritier des ducs de Savoie avait résolu d’en finir d’une fois avec la vie ou avec une situation qui l’exposait à de si vils outrages.
Il n’en avait fini, comme on sait, qu’avec la couronne. La journée perdue et son armée détruite, Charles-Albert avait abdiqué en faveur de son fils aîné, qui s’était battu bravement à son côté, laissant à l’histoire le soin de di-cider s’il n’eût pas mieux valu prendre ce parti avant le
DE L'EXPfiDITlO.N DE ROME EX 1849. 1X9
(l(‘s;islre que de condamiicr s<jn suaesseur à la paix de.s fourches caudincs. Le premier acte du règne de Victoi - Einmanuel dut être, en effet, d’aller demander une suspension d'armes au vieux marècliat ludesque, qui, dans une proclamation datée de Milan, avait rudement traité le roi qu’il allait vaincre.
Rien irélail perdu cependant, puisque non-seulement riionncur était sauf, mais le Statut. C’était la dernière, mais la plus sûre réserve du Piémont contre rAutriclie. En voyant le jeune roi s’empresser de jurer une constitution qu’il n’avait point faite et que personne n’ertl songé à défendre en ce triste moment, on put espérer qu’il avait compris son rêdediflicile et saisi la liberté comme la vraie sjiaila dit alla pour remplacer celle que la guerre avait deux fois bri.sée dans les mains de son père.
La France surtout applaudit à cet acte de courage intelligent. Pour l'opinion libérale et modérée, qui avait alors le gouvernement, le maintien du Statut suflisait à tout léparer dans le présent, à tout garantir pour le lendemain. La première impression une fois dissipée, on vit clairement que les Autrichiens n’avaient aucun intérêt à pousser les choses à l'extrême, et qu’on allait en revenir au statu quo ante bellum avec une leçon de plus pour le Piémont et pas une espérance de moins pour l’Italie. Celte leçon, on avait tout fait d'ailleurs pour l’épargner à un imprudent allié. On l'avait prévenu que la presse révolutionnaire n’engageait qu'clle-méme, et qu’en dépit des excitations de Paris ou de Turin, la France ne se laisserait jamais entraîner à répondre d'une politique
lUSTOIflE
qu’elle n'aurait pas approuvée.. On lui avait répélé sur
tous les tons du conseil et de l’avertissement, que,
dans les négociations comme dans les combats, il y
aurait place pour lui derrière nous, jamais devant. Prête
à tout risquer pour sauver ce petit État voisin d'une
ruine complète, la République ne pouvait l’empêcher de
se faire battre, si c’était le bon plaisir de son roi.- Pour
prix de ses avis méprisés, de sa médiation repoussée,
elle ne demandait que de rester à l’écart et de surveiller j
les événements, la main sur la garde de son épée. Cette
attitude expectante et protectrice, qui suffisait à 1a dignité !
et à la situation de la France d'alors, était loin de suffire,
on s’en souvient, aux passions du parti qui rêvait déjà
tout haut le bouleversement de l'Europe. S’il fallait en '
croire les récentes indiscrétions de .M. de Cavour, ce parti
aurait même trouvé, peut-être à son insu, un puissant |
auxiliaire au sein des conseils de la république.
Dans un discours destiné à préparer l’entrée de l’cinpereur Napoléon 111 en Italie, le ministre de Victor- Emmanuel a cru pouvoir affirmer que le président de 1 S aurait sur-le champ vengé Novare par les armes de la France, si les chefs des anciens partis ne l'eussent •
détourné de ce noble dessein'. Cette révélation inattendue
' A 1.1 nit^nie époque, M. Fariiii ikrivaiit i lord John Russoll, reproduisait l’assertion de M. de Cavour et disculpait l’empereur des Français de l'accusalion fort accréilitée alors en Angleterre de vouloir mettre le Piémont sous son vasselage. < Personne en Piémont, disait II. Fariiii, ii’a de motifs légitimes de soupçonner notre puissant voisin de vouloir porter atteinte i notre lilicrté; il suffit de dire que depuis le rétablissement de l’empire, nous n’avons pas été evposé de sa part aux mêmes tracasseries qu’on ne noua ména- ^'eait pas auparavant, i quelles attaques n’étiuns-noiis pa.s en butte au mo-
DE L'EXPÉDITION DE ROME EN iWfi. iil
nous a remis en mémoire un bruil propagé dans les cercles diplomatiques de Paris il y a douze ans, et dont il dut sans doute être rendu compte aux divers cabinets. Si nous ne jugeons pas inutile de le rappeler ici, c’est qu’il explique non-seulement comment la paix fut conservée en ce moment diflicile, mais aussi comment l'expédition de Rome fut décidée quelques jours après.
Le soir même où se répandait à Paris la nouvelle de la défaitedes Piémontais, un bommed’Êtatdudernier régne, que les élections républicaines venaient de rendre à la représentation nationale, recevait par un aide de camp un billet du prince président qui le priait de passer sans retard à l’Élysée. Cet homme d’État, on le nommait partout, et nous n’avons nulle raison de cacher qu’on nommait M. Thiers. La confiance du neveu de l’Empereur dans l’illustre historien de l’Empire n’avait d’ailleurs rien que de naturel et d’honorable pour l’un comme pour l’autre. Elle ne faisait que sanctionner la reconnaissance du pays,
meiil où élnicnt tiu pouvoir ceux qui sc décltirent dans leurs discours les champions de la liberttS depuis qu’ils ont perdu avec le pouvoir de com> mander le pouvoir d'huaiilier la France en Europe! Et combien étaient devenues dures les attaques dirigées contre noua chaque fois que noa disputes avec la cour de Borne s’envenimaient davantage I // sembloit çu€ lêi hoWfltfS ÇKï ûvaient sugg&tf l'expédition de ftome, et gui avaient fait la menace de préparer utte expéiition de Home à l'intérieur, étaient tur le point de comtnencer une expédition de Home à Turin! Ces faits, milords, ne sont qn'imparfaitemcnt connus ou sont à demi oublies ; mois nous n en iivons pas perdu le souvenir, Sous ne pouvons oublier gue le président de la Hépnbliçui’ avait le désir tf aider le Piémont et gu'il n'était paralysé et retenu dans cette inlentton gue par la même faction, cl qu’en vue de mitiger \os mauvaises conséquences de l'expéilition de Rome, il écrivit à Edgard Ncy la fameuse lettre qui motiva une si grande opposition... » (Lettre de Luigi Carlo Fariui à lord John Russell, Turin. 20 février 18.>9).
IIISTOIRK
à qui M. Thicrs ne cessait de rendre depuis quel<iues mois les plus signal^*s et les plus courageux services. Knlouré d’anciens amis ou d’anciens adversaires imlris comme lui dans la pratique des grands inténMs de la politique et du travail national, armé de ce don incomparable de l’éloquence familière qui est la plus durable des puissances sur les hommes assemblés, il avait porté le déli aux réformateurs socialistes de formuler leui’s déclamations en projet de loi et d oser affronter les chances de la discussion. La Constituante était honnêtement et de l)onne foi républicaine, mais les meilleures intentions ne sauraient tenir lieu de l’expérience des affaires qui lui manquait absolument, .\ussi M. Tliiers exercjait il sur idic un ascendant que les anciennes Chambres ne lui avaient pas toujours accordé. On s’était habitué à voir en lui, sous la monarchie parlementaire, le siuxesseur désigné de tout ministère en exercice; il élail, sous la République, le gouvernement à la tribune. Peu mêlé jusqu’à ce moment aux discussions de politique étrangère, on savait que le maintien de la paix lui semblait le gage obligé de l’afl’ermis.seincnt de l’ordre à l’intérieur, et qu’il avait eu plus d une occasion de défendre cette tlicsc dans ses conversations de l’Élvsée. Ce soir-15, il eut besoin sans doute d’y revenir avec plus d’insistance que jamais, car il trouva, a.ssurc-t-on, le président de la Ré{)ublique absolument convaincu que la France devait répondre à la victoire de l’Auti iche en passant les Alpes tambour battant
et drapeaux déployés. L’ancien ministre eut beau renou-
vêler tontes les objections de politique générale conti c la
guoiTcets’élaycrdos dispositions probablement modérées de l’Autriche', qui, trop heureuse d’éteindre pour un jour le foyer incendiaire de Turin, se garderait bien de nous donner prétexte d’intervenir en entamant le territoire piémontais. 11 eut beau rappeler que l’Italie, qui venait d.e manquer l'occasion de son indépendance, était en ce moment non moins incapable de la recevoir de nos mains que de la conquérir par elle-même, et démontrer que la guerre pour soutenir l'ambition piérnontaise, impolitique avant A’ovarc, serait insensée après, rien ne paraissait pouvoir ébranler une résolution qui se manifestait par ces seuls mots ; « Je vous dis que c’est la guen e! »
L’idée de ne rien faire après ce Waterloo italien était visiblement insupportable au patriotisme du prince-président. Le sentiment national demandait assurément •luelque chose. Mais quoi’? la guerre de suite, comme le criaient les impatients, ou l’intervention diplomatique, comme le conseillaient les autres? D’après M. Thiers, si nous ne devions pas nous battre, nous devions au moins négocier. Bien que nous eussions gravement à nous plaindre iluPiérnont, ileùtété honteux de le laisser écraser après sa défaite. Il fallait l’arracher sans retard des mains de l’Autriche victorieuse, ne pas permettre que scs ressources
* « Nous ne voulons rien enlever au Piémont, avait dit quelf^ucb jours avant Novare le prince de Schwarzenberg à notre ambassadeur à Vienne, nous sommés prêts à donner toutes les garanties, i prendre loua les engagements que la Franco et rAiiglelerre peuvent réclamer de noua. On noua payera les frais de la gtierre, et nos réclamations n’iront pas au delà de celle prétention dont la légitimité est iiiconlosUble.» {Dépêche de M. de I«acour, du 10 mais 1849^.
144 HISTOIRE
fussent anéanties sous une indemnité exorbitante, ses places fortes occupées ou démantelées, son régime constitutionnel atteint ou menacé par quelque article secret. 11 fallait, en un mol, prendre en main la cause des vaincus, mais au nom du seul intérêt de la France, et non plus du principe si déplorablemenl compromis de l’indépendance absolue de l’ItaUc. Était-ce d'ailleurs le moment d’intéresser le sentiment public au malbeur d'un peuple qui venait de livrer Pie IX et le grand-duc de Toscane, ses deux souverains les plus éçlairés et les plus doux, à la merci d’une faction sanguinaire? En l’étàt des choses et dos esprits, le pays ne voulait et l’Europe ne nous passerait d'exiger autre chose que l’intégrité du lerritom' piémontais. Plus, c’était la guerre folle, inexcusable, provoquée : moins, c’était l’abdication de notre influence en Italie.
11 faut supposer que le prince-président semblait peu louché de ces raisonnements, puisque son interlocuteur, ajoutait-on, avait dû aborder le chapitre des objections de fait. Elles se dressaient nombreuses, insurmontables, contre le projet d’une entrée en campagne immédiate. Louis-Napoléon se trouvait en face de ces difficultés et de ces hommes de détail dont il se plaignait d’avance dans sa convereation avec Totnmaseo*. Arrivé à quarante ans au maniement des affaires, il en ignorait profondément la langue, le mécanisme et les ressources. Ayant des solutions générales sur chaque point, le vague envahissait
' V. diap. III, p. i 10.
sa pensée dès qu’il s’agissait d’en venir à l’application. On l’avait même trouvé en plus d’une circonstance tellement étranger aux plus simples notions pratiques que l’opinion s’était accréditée parmi ses conseillers qu’étant naturellement doué d’un esprit assez porté aux chimères, il avait achevé de perdre en prison le sentiment de la réalité. On devine si M. Thicrs dut user largement de la supériorité qui lui est acquise en toute matière d’administration, d’organisation militaire, de finances. 11 fallait emprunter trois cents millions, élargir les cadres, lever deux cent mille conscrits, préparer l’équipement de huit cent mille soldats, afin de pouvoir en opposer cinq cent mille aux efforts de l’Europe. Il fallait en outre refaire pi esque en entier le matériel d’artillerie, remonter la cavalerie, augmenter le nombre de nos frégates à vapeur. Le président, non encore gagné, ayant manifesté le désir que les plus urgentes des mesures à prendre lui fussent présentées sous forme de décrets prêts à recevoir la signature, la rédaction en fut essayée séance tenante ; mais il fallait tout d’abord l’approbation de la Chambre, et l’ancien ministre constitutionnel, étonné de s’entendre demander s’il ne se chargerait pas de l’obtenir, dut répondre qu’il se faisait fort, au contraire, de parler à la tribune comme il avait parlé à l’Élysée et d’épargner à la France le péril d’une guerre pour laquelle il persistait, quant à lui, à ne voir ni motifs avouables ni ressources suffisantes.
On se sépara ainsi à une heure tout à fait nocturne sans avoir rien conclu. Seulement, M. Thiers devait causer avant le jour avec le chargé d’affaires d’Autriche, et
HISTOIRE
UU
venir rendre compte de celte conférence dans la matinée. Hcpnis le 2 i février, c’était le baron de llübncr^ alors simple secrétaire de légation, qui représentait le cabinet de Vienne à Paris. Lui-même a raconté que, réveillé par un exprès au milieu do la nuit, il s’était rendu à l’bôlel de la place Sainl-Picorges dans la voiture de M. Thiers, qui l’attendait à sa porte. Interrogé sur les intentions de son gouvernement à l’égard du Piémont, le jeune diplomate répondit qu’il n’en savait sur ce point pas plus que le public, n’ayant reçu aucune instruction depuis la victoire de Novarc II lui paraissait cependant do toute justice que le Piémont, deux fois agi’osscnr et deux fois battu depuis un an, paytU enfin la peine de sa témérité. Suivant lui, les deux cents millions réclamés par l’Autriche n’étaient qu'un faible dédommagement des sacrifices que lui avaient imposés ces deux campagnes'. « C’est donc la guerre que vous voulez? interrompit vivement l’ancien pri'sidc’iil du conseil. En ce cas, vous allez être sei^vi à souhait et plus vile même que vous ne le pensez! » El .M. Thiers raconta son entretien de l'Elysée et les dispositions dans lesquelles il avait laissé le président. « Vous pouvez donc écrire à votre gouvernement, conlinua-t-il, (juc Louis-Napoléon est tout à la guerre, que le parti révolutionnaire n’allend qu’un signe de lui pour l’acclamer cl l’entraîner, que le parti modéré seul tient pour la paix
' C'ctnil le chiffre de l'Autriche avant Nuvare. Bien qu'elle nous edt accurdé de réiluire «i demande à cent quinze milliona, et sur un ton, ajoutait M. Drouin de Lhuys, dérivant le 5 mars à M. de Rayneval, qui permettait d'c-p 'ier mieux, il était fort à craindre, après la nouvelle défaite du Piémont, qu elle ne fiU décidée, sinon à l'augmenter, nu moins 1 le maintenir.
I)h I/KNPÊDITION fiE ROME EN 184!), Ii7
Cl peut encore la conserver, mais à une condition, c'est que 1 Aiitiiclie ne s'obstinera pas dans des prétenlioiis inacceptables. Deux cents millions dépassent, elle le sait bien, et de plus du double, les forces contributives du Piémont; soixante-quinze millions seraient diqà trop, li’occnpalion des places fortes, où vos généraux ne cherchent qu’une satisfaction de vanité militaire, serait pour rKuropel’inutileprolongationd'unredoutableCT/susM/j.ll fantdoncévacuersans délai le territoire piémontais,etvoiis en rapporter à nous et à l'Angleterre pour régler la rançon de Victor-Emmanuel. » — Et comme M. de lliùbner ne restait pas à court d’objections eide répliques : « Parce (jue nous voulons la paix, s'écria son interlocuteur, croyez-vous que nous soyons des poltrons? N'en doutez pas, c’est la guerre et c’est en même temps la révolution ! L’épée une fois hors du fourreau, il n’y a plus de partis en France, et le chef de l'État est assuré d’avoir demère lui ceux-là mêmes qui s'opposent en ce moment à .ses velléités de recommencer l'Empire. Nous ne sommes jdus en 1814; nous avons derrière nous trente-quatre ans de paix et une armée d'Afrique qui n’a pas montré encore tout ce qu'elle peut faire. Une ligne au Moniteur, un mot du président, peuvent engager dès demain cette terrible partie. Uc n'est pas, vous le comprenez bien, sur de vaines alarmes que j’ai pris la liberté de vous dontier rendezvous chez moi au milieu de la nuit! Si vous ne me mettez à même de rapporter ce matin une réponse satisfaisante au président, je ne réponds pas des résolutions qui seront prises!... »
HISTOIRE
Quolt)ucs heures après, M. Thiers venait annoncer è l’Élysée que le chargé d’affaires autrichien avait fait partir un courrier pour recommander chaudement au prince de Schwarzenberg les propositions de la France. Ce sont elles, comme on sait, qui, acceptées l'une apré.*; l’autre par l’Autriche et transformées en traité de paix, ont permis au Piémont de se relever du désastre de Novarc. Nous concevons qu’au moment de. reprendre les hostilités, M. de Cavour ait trouve dans le récit qui précédé l’occasion de célébrer son puissant allié et d incriminer les « chefs des anciens partis. » Mais pour qui se reporte au printemps de 1849, pour qui voit qu’une nouvelle coalition eût été ta réponse immédiate de l’Europe à la guerre d’Italie faite dix ans plus tôt, il semble que ce rôle de plénipotentiaire obligeant aurait pu mériter de la part du Piémont tout autre chose que des reproches Cette grande question de la paix ou de la guerre devait sortir bientôt du domaine de la chronique pour être portée devant l’Assemblée. Le comité, des affaires étrangères chercha tout d'abord dans le choix de son rapporteur une première manifestation de scs sentiments en désignant M. bixio, le même patriote italien, alors encore entièrement favorable au pouvoir temporel du pape, qui avait pris, quatre mois avant, l'initialive des interpellations sur les affaires de Rome. La discussion s’en-
* V. .uns pièces In Icllrc de rcmercîmcnl de M. d’Azoplio. fji citndclle d'Alexiindrie, qui avnil ro«;u une jçarnison mixte de trois mille .Autrichiens, ne fut évacuée que lorsque la (lotie snrde tie l'amiral Alhiiii iMit quitté le^ eaux de Venise. Ce lut le 10 juin setilemenl que le Itrriloire piémontais rcile^ ni enl*èienicnt libre.
IiK LEXPÉDITION DE ROME EN 1849. 149
gagea le .îO mars sur un ordre du jour ainsi conru : « L’Assemblée nationale déclare que si, pour mieu^ garanlir l’intégrité du territoire piémontais et mieux sauvegardei' les intérêts de la France, le pouvoir exécutif croyait devoir prêter à ses négociations l’appui d’une occupation partielle et temporaire en Italie, il trouverait dans l’Assemblée nationale le plus sincère et le plus entier concoui’s. » Nous citons ce texte, parce qu’il est l’origine et le titre légal de l’occupation de Rome par nos troupes. Des deux cas qu’il prévoyait à notre intervention, le premier, il faut le reconnaître, n’était pas le plus sérieux. A moins que 1’ .Autriche ne voulût liguer contre elle la France et l’Angleterre, l’intégrité du territoire piémontais ne courait aucun risque. Restait la question des intérêts de la France à sauvegarder en Italie, et, pour tout le monde, celte question se débattait en ce moment non plus sur le Tessin, mais sur le Tibre.
Ce fut M. Billault qui ouvrit le feu contre le projet du gouvernement. Membre écouté, sous le dernier règne, de l’opposition centre gauche, candidat perpétuel mais évincé de toutes les combinaisoas ministérielles depuis la coalition, le député de Nantes était celui des anciens parlementaires qui avait pénétré le plus avant dans la République. Un jour même il avait poussé la complaisance pour les passions dominantes jusqu’à couvrir de sa parole facile et de son renom d'avocat, la thèse anarchique du droit au travail. Cet écart lui ayant aliéné la majorité conservatrice, M. Billault était resté, sous l’administration du général Cavaignac comme sous le ré-
HISTOIRE
|.nmo préccdent, iiiipossible pour les alïairos. Après lo 1(1 ciècombre, on l'a\ait vu se réunir à quelques mécontents formant le tiers parti de la Montagne, qui séparaient volontiers 1e prince-président de son ministère le flattaient de gouverner par eux la République. C’était encore, autant que la ebose se pouvait dire aloi-s, de l’opposition ministérielle et dynastique. Était-on même bien sur qu’il n’y eût plus de dynastie?... En tout cas, il y avait encore un ministère, et c’était assez de la suspicion publique, qui dénonçait dans ce petit groupe de représentants les confidents de l’Élysée et les poursuivants des poriefeuillcs, pour expliquer tout à la fois riin|)ortancÆ et le discrédit de leur opposition.
Suivant M. Billault, la Cbambrc devait refuser au gouvernement le bill de confiance qu’il réclamait. Il ne fallait ni le dispenser de réponiire du passé, ni manquer l’occasion de le lier en termes formels pour l’avenir. Quel cbeluin n’avions-nous pas fait en arriére depuis une année! Que de rétractations avouées ou tacites de ce vote du mai 18i8, qui avait inscrit en tète du programme de politique extérieure de l’Assemblée ces simples mots : Affranchissement de i Italie! On ne semblait occupé, depuis ce temps, qu’à chercher à cette expression des sens de plus en plus effacés et voisins de l’insignitiance. Sous le général t'avaigiiac, on lui avait donné successivement pour synonymes rindépendance de la Lombardie, puis l’établissement d’un royaume lombard-vénitien séparé mais vassal de l’empire, puis le simple désir manifesté par la France d'(d)lenir quelques concessions delibcrh’’ pour les nialhen-
rcux sujets italiens de l'Autriche. Maintenant on reculail encore d'un grand pas, et l’on ne parlait plus que de inainleiiir intact l'état territorial du l'iéinont. Était-ce le dernier terme à nos œiicessions'.' Avions-nous assez fait rire l'Europe avec nos conférences de Bruxelles, qui, depui.« cinq mois, n’avaient pu prendre jour pour se réunir'.' Les puissances se vanteraient-elles longtemps d’entraîner la France dans un congrès dont la base d'opérations serait la reconnaissance des odieux traités de 1815? Le prince de Sclivvarzenberg devait-il écrire impunément que l'Auti iche ne souffrirait pas la plus légère intervention de l’étranger dans les affaires intérieures de ses provinces de la Péninsule? En celte situation humiliée et dévoilée, que venait-on nous parler de secret diplomatique et de négociations entamées? Ce n’était là qu’un trop facile moyen de cacher nos fautes et notre honte. La Chamhre avait le droit de tout savoir cl d’élrc de moitié dans la conclusion d'uni? affaire jusque-là si mal conduite. Et M. Billaull déliait le gouvernement d'oser déclarer à la tribune que l'indépendance de l'Italie, seul but traditionnel à notre action diplomatique et militaire de l'autre côté des Alpes, était définitivement abandonnée L’attaque était vive et portait sur le point faible. Plus d’un représentant put reconnaître, pour les avoir entendus dans les cercles de l’Élysée, ces violents appels à la susceptibilité du sentiment national contre les nécessités de la politique. Justifiant par avance le plus gros reproche qui dût être adressé de nos jours au système parlementaire,M.Billault avait visé moins à dégager la question
HISTOIRE
qu’à perdre le minislère. Celui-ci se défendit du mieux qu’il put en rappelant à l’Assemblée que toutes tes modifications de son programme du 24 mai étaient le fait non de la commission exécutive, non du général Cavaignac, non du gouvernement actuel, mais son fait à elle ; qu’elle les avait discutées et rédigées l’une après l’autn; sous la dictée des événements; qu’elle restait tout à fait libre de revenir au terme de son premier vote, et qu’il suflisait, en ce cas, de chercher des remplaçants aux ministres actuels, remplaçants qui sei'aient bientôt trouvés, ajoutait M. Drouyn de Lhnys au milieu des sourires dè la Chambre, puisqu’ils venaient s’offrir d’enx-mémes à la tribune.
Le lendemain, M. Thiers, plus libre que le ministère, acceptait le débat dans les termes où son ancien lieutenant, devenu son antagoniste, l’avait posé. Trois politiques, suivant lui, étaient en présence : celle de la guerre, — car exiger de l’Autriche victorieuse les concessions *'qu’on n’avait pas acceptées de l’Autriche vaincue, qu’était-ce, sinon la guerre’/ — celle qui croyait que, même en l’état déplorable où l’Italie avait été jetée par son imprudence, on pouvait négocier ulilenicnt pour elle; — celle enfin qui, sans rien faire de décisif, voudrait paraître faire quelque chose. Entre ces trois politiques, la première folle et la troisième puéiilc, M. Thiers se prononça nettement pour la seconde. La guerre, fût-ce môme contre l’Autriche seule, ne lui semblait pas une si mince besogne. Marengo et llohenlinden, ces deux victoires qui sont deux miracles et qui devaient avoir de nos jours pour glorieux pendants
Magenta et Solferino, ont assez prouvé aux liommcs du métier ce que vaut un tel adversaire. Celle Ibis, derrière l’Autriche, il y aurait l’Allemagne qui avait parlé à Francfort; il y aurait la Russie, qui massait déjà ses troupes en Transylvanie ; il y aurait tout le continent et tôt ou tard l’Angleterro , qui s’était prononcée brutalement pour le maintien des traités de 1815. Rien n’était plus vrai que ce point de vue de M. 'riiiei'S à celle époque où la guerre de Crimée n’avait pas encore profondément di\ isé rEurojKî. C’était bien la coalition reformée de nos mains que nous irions affronter, c’était notre existence même que nous irions risquer sur les champs de bataille. Notre intérêt valail-il ce terrible enjeu? Doit-on fout risquer pour une question d’influence comme on risquerait tout pour la défense du sol national'? Qui oserait le prétendre? Et cette guerre, sans motifs suffisants, étions-nous du moins en mesure de la faire? La guerre, et surtout la guerre un contre tous, ne s’improvise pas comme la république. Ceux qui la demandaient, soit par un honorable mais aveugle sentiment de patriotisme, soit par convoitise de pouvoir ou de révolution, reculeraient eux-mémes devant l’idée de lancer leur pays dans une si redoutable aventure, sans avoir mis de son côté toutes les chances d’en sortir à son honneur. Or la France n’était pas prèle ; ce n’était pas la faute de la République, c’était le tort du gouvernement
' Il esl ciirieui de remarquer ici que les raisons données par M. Tlilers en 184n, pour ne pas entreprendre la guerre d'Unlie, sont les mêmes qu'alléguait dix ans plus lard l'Empereur pour s'excuser de ne l'avoir pas poussée jusqu'au bout. (V. le discours de Napoléon III aux grands corps de l'Élnt à ion retour à Saint-Cloud. Juillet 1839].
HISTOIRE
(les Asscniblt’ies, ([ui ii’avait jamais su dispenser assez pour développer noire puissance militaire. On était alors, suivant M. Tliiers, trop porté aux économies, on épluchait le budget d'un œil trop jaloux pour (|u’aucun ministn; eût osé proposer aux Cbambres les énormes allo(;ations qu’aurait réclarné(*s la prévision d’une nouvelle lutte contre l’Europe. Et, transportant, comme M. Itillault, ses conversations de l'Élysée à la tribune, M. Thiers émiinérail aux partisans de la guerre les réformes à entreprendre et les ressources à créer avant de recommencer cette fatale épreuve.
Quant à l’alliance des peuples, dont on faisait grand bruit sur la Montagne, il fallait, pour y compter, avoir bien profondément oublié I histoire des deniières années de l'Empire. Nous aurions pour nous peut-être quelques ininoriléis agitées, mais contre nous, h coup sûr, l’opinion européenne. Qui ne voit que la discipline, ou tout au moins l’esprit de corps, ont plus de prise de nos jours sur les armées que les passions nationales'.’ Quelles causes plus identiques, quels peuples mieux faits en apparence pour se venir en aide que les Italiens et les Hongrois? On les avait vus cependant se battre les uns contre les autres sous les drapeaux de l’oppresseur commun'. Ni forfanterie ni découragement, concluait M. Thiers; la France,
* M. Tiiicrs aurait pu ajouter que non-seulement les Hongrrois aTsient été envoyés eonlre les llaliem et ceux-ci contre les llongnns, mais que des rt‘gimeiits i^’iliens s claieiit battus avec fureur les uns contre les autres en Lombardie. Dans un louchant et loyal compte rendu de la campagne des volontaires iombardf en 1848, laissé par le jeune Kmitio Dandolo, nous trouvons rntTreux récit de la surprise d'un village occupé par ses compagnons d'arnics.
DK I/EXI-KDITION DE lU-MK EN 1849. 1:,:.
:isscz forte pour résister chez elle aux attaques de l’Europe, pouvait avouer sans honte qu’elle ne l'était pas assez pour aller la chercher hoi-s de ses frontières. L’occasion d’agir résolùinent pour l’ilalie avait été manquée au mois de mai 18 aloi-s que l’Autriche nous offrait à Londies d’annexer la Lombardie au Piémont et de faire de la Vénétie une seconde Toscane. L’histoire ne voudra pas croire que nous ayons permis à une faction insensée de repousser un arrangement si favorable à nos voisins et à nous-mêmes. Cela s’appelle tourner le dos à la fortune et manquer é Thumanilé non moins qu'à la politique. Que de sang ne faudra-t-il pas répandre avant de contraindre le cabinet de Vienne à renouveler de semblables propositions'.’ Cette occasion manquée et le Piémont mis hors de combat, il ne nous restait plus qu’à négocier sur les bases adoptées avant le ‘21 février pai l’opposition et par le gouvernement. Ces bases étaient celles-ci : distinguer dans la Péninsiile les Etals possédés par l’Autriche des Étals indépendants, et ne s’engager à iléfendre que les seconds; c’est-à-dire empêcher que la liberté qui naîtrait spontanément à Rome, à Naples, à Elo rence, à Turin, ne soit écrasée par l’agression étrangère et contraindre l’Autriche à respecter ce travail naturel d’union et d’indépendance italienne qui se faisait contre
4UX environs de Vdrone : soMats. Iniliilanis. reiitmcs, enruiits. tuul fut pastt' au til de l'épie. I/dplise ellc-niême ne fut point un lieu d’asile pour quel- '|ues malheureuses rciiinies qui y furent désiionorccs, )iuis iniissacives. « Or, dit le narrateur, horrible houle ! In plupart de ces soldats étaunU italiens! i> I l•nlllnlnri eri i bersnqlieri lombardi. — Milano, presso Uael.ano llrianela. iSCO.t
mSTOlUE
clic j)cut-élrc, mais clerricre la ligne des Iraitès. Hoi’s de là, hors de celle polilique libci'alc sans ôli’c révolulioniiaire, ferme sans ùlrc provocalrice, il fallail oser dire que, pour une question d’influence en Italie, la France n'hésitail pas à donner le signal de la guerre générale.
Après de violents cfTorts du parti révolutionnaire pour ramener l’Assemblée à sa déclaialion du 24 mai, l'ordre du jour présenté au nom du comité diplomatique fut adopté par 444 billets blancs contre 520 billets bleus, (i’étail la seconde fois depuis quatre mois que le gouvernement de la République recevait mandat d’inlenenir militairement dans le règlement des affaires d’Italie.
Le principe posé, restait à choisir l’occasion de le mettre à exécution. Dès le 17 avril, un crédit de douze cent mille francs était demandé à la Chambre pour renlrctien jiendant trois mois du corps expéditionnaire de la Méditeri'anéc. On voit qu’il ne s’agissait plus de l’armée des Alpes. Ce simple changement de titre indiquait assez le changement de nos projets. Évidemment la pensée du gouvernement n’élait plus en Piémont ni en Lombardie. Déjà, dans la discussion précédente, MM. Rillaull et Ledru-Rollin ayant dénoncé un prétendu plan de restauration du Pape par les armées combinées de 1 Autriche et de Naples, avec le concours d’une escadre française croisant devant Civita-Vecchia, le ministre de l'extérieur, pins piécis sur ce point que sur les autres, avait répondu que la France ne se résignerait jamais au rôle de simple spcclalricc dans les événements de Rome, cl qu elle ne désirait s’entendre avant d’agir avec le plus
DE L’EXPÉDITION DE ROME EN 1849. là" grand nombre de puissances possible que pour entourer de plus (le garanties la solution à intervenir. Cette solution venait d’ailleurs d’ôtre nettement formulée dans la première conférence de Gaëtc. Un illustre général, qui devait dix ans plus lard mêler la gloire de son nom à la gloire et au deuil de l’Église, osait l’avouer, avec la franchise d’un homme d’action à la tribune. « 11 y a eu des conférences à Gaële, disait M. de Lamoricière au nom de la commission', les puissances se sont réunies; pourquoi? parce que le Pape leur a écrit et leur a demandé des secours pour revenir à Rome. La France a été appelée; — quand on appelle une puissance, elle répond. Elle a envoyé savoir ce qui se disait et ce qui se faisait à Gaëte. Maintenant, qu'a-t-il été décidé? U a été décidé par les puissances qui étaient au congrès qu'on ramènerait le Pape à Rome. Qu’a fait la France? Voici ce qu'on nous a dit : <( La France a fait ses réserves; elle a dit : Je « prendrai conseil de mes intérêts et des circonstances. » Voilà la situation. »
Ainsi, c’était une chose avouée devant la Chambre cl décidée entre l'Espagne, Naples, l’Autriche et nous, que le Pape devait être restauré par les armes. La réserve de la France s’expliquait tout naturellement par son désir d’agir seule et de précéder les autres puissances sur le terrain des événements. Si le champ restait ou-
* Celte commission, qui se pronunya (riir^ciicc sur la demande de crcdil so coinpo<^ait de MM. de Lamoricière, de Laussal, Diifaure, Sdicclchcr, Pascal Duprat, Aylies, le gèiiénil Subervie, Freslon, Jules Kavre, Konliiiaiid do litsleyrie, Duvergier de Ha «ranne, (irévy, Thiers, Germain Sarnif.
Digiîized by Googl
HISTOIIIK
IhS
vert aux hypothèses, c’était uiiiqueiiietil sur raltitude présumée de la population romaine vis-à-vis de notre intervention. L’idée que les populations, plus animées contre nous que contre l’Autriche qu’elles laissaient en ce moment même occuper sans coup férir les Légations, allaient se lever en masse pour défendre la république de .Mazzini, ne paraissait pas discutable. On savait que les avenluriei-s étrangers seuls pousseraient à la résistance, et que la garde civique demandait assez haut qu’on mit lin au désordre de l’Étal par un bon accommodement avec l’ic IX. Quant à la chance de voir le peuple romain opérer la restauration du Pape à la seule apparition de notre drapeau, loin de s’en alarmer avec M. l.edru-Rollin,ran- < ien ministre de Cavaignac déclarait hautement s’en réjouir, comme de la solution la plus favorable à Rome et à nous mêmes. « Si nous laissons, s’écria le général de Lamoriciére, les Autrichiens ramener le Pape à Rome, ce ne sera pas seulement la liberté de l’Italie, ce sera l in Iluence de la France qui sera perdue, car elle aura déserté, abandonné sa politique séculaire, qui est, qui doit être sa politique, quelle soit république ou quelle soit monarchie. » Et l’orateur concluait, par une vue juste et rapide des nécessités politiques et militaires de l’expédition, qu’il fallait se hâter d’aller descendre à Civita-Vecchia, puis marcher sur Rome, si l’on apprenait que le.s Autrichiens s’avançaient pour occuper celle ville avant nous.
Nul doute que si l’honorable président du conseil, qui, pressé de questions à brùle-pourpoint, avait laissé échapper au sein de la commission quelques paroles où l’on vou-
IIK L’KXI’KIMTION f)E ROME EX 18 1». I.MI
hil voir l’ciigagemcnl formel de respecter la Républicpie romaine, avait pris pied aussitôt sur le terrain conquis par le gônéi-al de Lamoricière; si, sans se laisser dérouter par les intenmptions, il eût concentré le débat sur ce point : les puissances réunies à Gaëte ont décidé que le Pape devait être ramené à Rome, que doit faire la Franco'.' il est hors de doute, disons-nous, que le bons sens de r.Vssemblée lui eût répondu : La France ne doit pas provoquer l’Europe à la guerre pour défendre une république à laquelle personne n'a foi. La Fi'ance ne doit pas non plus confondre sa cause avec celle de l'Autriche, de l'Espagne et de Naples. Elle doit donc rester dans l'indépendance de son action et de ses principes, et se charger seule d’une restauration désirée des uns, redoutée des autres, mais regardée par tous comme inévitable.
Ainsi eût été dissipée par avance toute équivoque, et le vote de blâme qui devait atteindre si profondément, quelques jours après, l’ancien chef de la gauche, n’aurait pu se produire. Mais ce n'était point là le compte de l'opposition : elle se garda bien de se montrer aussi exigeante devant l'Assemblée qu’elle l'avait été dans les bureaux. Le rapport de M. Jules Favre lui suffisait. Celui-ci, voyant très-clairement que, dans la situation des choses eu Italie, nous serions forcés ou de combattre ou de soutenir la République romaine, s’était borné à constater qu’on avait solennellement promis de ne pas la combattre. A défaut d’une déclaration catégorique qui pouvait seule tirer le ministère de cette embûche, il fallut se contenter de son silence. Ce silence, il est vrai, avait
160 HISTOIRE
toulcs les clartés de l’évidence, ün des deux membres de la commission que les instances insidieuses du rapporteur n'avaient pu décidera voter pour l’expédition, ayant prétendu que le gouvernement ne s’était nullement engagé à ne pas faire violence à la République romaine, et M. Jules Favre lui ayant opposé la plus formelle dénégation, le dialogue se termina par l’incident très-significatif que nous extrayons du Moniteur :
« Le citoyen Scuœlcdeu. — Le ministère est présent, qu'il nous tire d’cmban’as !
« Le citoyen Germain Sahiilt. — Le ministère a dit franchement qu’il allait à Rome.
« Le CITOYEN ScHŒLciiER. — La minoiîté de la commission a entendu les choses telles que je viens de le dire. Maintenant la question est très-simple. J’ai l’honneur de poser la question au ministère... I
« Le CITOYEN Germain Sauret. — Il est là, qu’il réponde. « Le citoyen Schœuiheu. — Si la République romaine ne veut pas recevoir le Pape, que feront les troupes françaises’.' Voilà ce que je demande. Eh bien, je crois que les troupes françaises, voulant restaurer le Pape à Rome, rencontreront de la résistance, un grande résistance à Rome. {Réclamations à droite.) Là est toute la question. .\I. le président du conseil posait tout à l’heure une hypothèse, vous me permettrez bien d’en poser une à mon tour. J’admets, vous ne l'admettez pas, moi je l’admets, que la République romaine ne veuille pas recevoir le Pape des mains des Iroupes françaises? {Bruit.) Voilà la questiort que j'ai l’homienr d’adresser au ministère. {Auxvoix ! aux
DE L'EXI’ÉDITIOiN DE ROME EN 18 49. 161
voix ’} Je prie M. le président du conseil de vouloir bien me répond l’e. (Lfl clôture!) Il reste constant que, celte question posée, le ministère refuse d’y répondre. {Oui, oui, la clôture!) L’Assemblée peut juger quelles sont les intentions du ministère. <
« Dt TOUTES p.MiTs : — La clôture ! la clôture !
« Le citoyen piiésident. — Je consulte l’Assemblée sur la clôture'.
Et l’Assemblée, qui ne pouvait s'y tromper en effet, dispensa le ministère de répondre en lui donnant, par 395 voix contre 283, mandat d’aller terminer la question romaine à Rome. C’était cent voix de majorité pour l’expédition, qui, accordées au silence de M. Barrot, l'auraient été plus sûrement encore aux franches explications qu’il eût mieux que personne su faire accepter.
Le soir môme le général Oudinot, nommé au commandement du corps expéditionnaire de la Méditerranée, partait pour Marseille. Placé à la tête de l’armée des Alpes dès les premiers joui’s du gouvernement provisoire, le fils du héros de Friedland avait su maintenir, en dépit des excitations de cette triste époque, le plus pur sentiment militaire dans ce grand rassemblement de troupes porté successivement de trente à soixante mille hommes. Ce poste ayant dû écheoir au maréchal Bugeaud après l'élection du 10 décembre, le duc de Reggio, qui avait refusé le portefeuille de la guerre, vint reprendre sans bruit son siège de représentant, ne répondant aux bonnes
' Moniteur du 47 avril 1840.
lllSTdlUE
lii2
grAcÆS du nouveau président qu'en lui demandant de penser à lui s’il s'agissait jamais de quelque expédition. Ce moment était venu. Familier depuis un an avec l'idée d'aller faire campagne en Italie, l’ancien général en chef de l’armée des Alpes recevait enfin l’ordre tant de fois provoqué de se porter en avant. Si sa joie de soldat fut grande, il nous est permis d’ajouter que l'orgueil d’étre choisi pour remplir envers la papauté le devoir de la France chrélienne ne le trouvait pas insensible. « La puissance temporelle du Saint-Siège est notre ouvrage, lisons-nous dans un Mémoire qu'il adressait au ministre de la guerre; la Franco, comme puissance catholique, ne peut laisser à l’Autriche, au royaume de Kaples, à l’Espagne, l’hoiineui’ de contribuer seuls à son rétablissement. Elle ne saurait souffrir que l’État do l'Église soit démembré ou soit occupé d'une façon permanente par une force étrangère. Elle ne pcimettra pas que l’indc- |teudance du Pape soit altérée à ce point qu’il devienne l’hiMe de l’une des puissances européennes. Ne sommesnous pas les alliés naturels du chef religieux dont l'autolité temporelle est indispensable au plus grand nombre des peuples de l’Europe? Une intervention directe en sa faveur serait donc en quelque sorte un motif d’alliance et de paix générale. Ce serait une garantie donnée par nous à l’ordre social et à la chrétienté, dont nous devons rester les plus fermes appuis. »
Tels étaient tes sentiments publiquement manifestés du chcfmilitaircà qui allait être confiée la direction de notre <‘\p(>dilion de Rome. Des trois plans de campagne qu’il
i)i; i;Kxi>f;iMTiu.N dk ikimk k.n ism. Kr> Jivait exposés, le premier, celui d'aller déliarquer à la Spezzia, de prendre en passant l'ai niée piémonlaise et d’entrer dans les Légations par la Toscane, venait d’éli e ruiné à Novare. Le second, qui consistait à laire voiles sur Gaëte et à marcher sur Rome par la cliausséc Aurélicnne qui traverse les marais Ponlins, supposait l’action en commun avec les Napolitains, dont on ne voulait en aucun cas entendre parler. Restait le débarquement à Civita-Vecchia, qui avait prévalu comme plus sûr et nous portant plus près du but.
Située à soixante-quatre kilomètres de Rome, celte ville, à la fois place fortifiée et bon port militaire, est une tête de pont indispensable à posséder pour toute armée venant de la mer qui veut opérer dans le sud-ouest du domaine ponlilicaLSon môle, qui peut recevoir vingt-cinq bouches à feu, son château restauré jiar Michel-Ange, ses casernes, scs hôpitaux, ses arsenaux d’artillerie et de marine, en font le boulevard des États de l’Église sur la Méditerranée, (X)mme Ancône l’était jadis sur l’Adriatique. La prise de possession de ce point du littoral n'offre néanmoins aucune sérieuse difficulté. Pour se rendre mailre de Civita- Vecchia, il suffirait de couronner le vaste plateau non fortifié qui domine la place au nord, d’où l’on prendrait à revers le môle et toutes les défenses.
Ce fut en effet vers Civita-Vecchia que notie escadre se dirigea. Le 2i avril, le vapeur Panama jetait l’ancre dans celle rade, portant deux officiers d’état-major, M. Éspivent de la Villeboisnct, premier aide de camp du général en chef, et M. Rurand de Villers, aide de camp du général
16i HISTOIRE
Reyiuuillile Sainl-Jcaii-d’Angcly. Ces deux oniciersélaieul accompagnés de M. de la Tourd'Auvergne, allaclié comme seciélaii c diplomatique à l’expédition. La population accourue sur le port reçut nos envoyés au cri de Vivent les Fi ançais! Conduits par le consul de France devant le gouverneur de la ville, ce magistrat leur déclara qu’en une si grave occurrence il ne pouvait que s’en référer aux résolutions qui seraient prises par le conseil municipal. Or cette assemblée tenait séance eu ce moment même dans une salle voisine. 11 fut donc facile à M. Espivenl de la Villeboisnet de lui donner sur-le-cbamp les explications qu'elle avait droit d'attendre. « Avant tout, dit-il, la f’rance, il faut qu’on le sache bien, ne vient point soutenir un gouvernement qu’elle a refusé de reconnaître; elle vient j)Our épargner à Fltaiic centrale de nouveaux déchiremeuls ; elle vient surtout pour vous sauver des vengeances de l'Autriche. Bien qu’intéressée comme toutes les puissances catholiques au réglement des affaires de Rome, elle ne prétend imposer aucune solution, et ne se propose d’autre but que d’aider le peuple de ces contrées à retrouver les conditions d’un gouvernement non moins éloigné des vieux abus, anéantis par le généreux Pie IX, que do l'anarchie. » C’étaient les termes à peu près textuels de la proclamation apportée de Paris par le général Oudinot, et qui fut publiée à son débarquement'. Le conseil municipal, suffisamment édifié, réi)ondit à l'unanimité de ses vingt membres, « quil était heureux devoir
* Voir aux pièces cetto proclamation, qui avait rctligoe par H. Drouio de Lliuys.
IiE L-KXPÉrtlTir»- 1»E ROME EN 1810. to:. arriver les Français; que non-seulement on voulait bien les laisser entrer et orruper la ville, mais encore qu’on les recevrait comme des frères. » Celle imporlante déclaralion fut eorroboréc séance Icnanle par l'adliésion signée des magislrals de la Cliambre du commerce el du commandanl de la garde civique. M. Kspivenl, qui avail conduil celle difficile négocialion avec la décision d’un mililaire cl l’habilelé d'un diplomale, s’occupa dans la soirée de faire préparer les logemenls pour le corps cxpédilionnaire. « Fute presto! » criaienl à nos officiers quelques voix bien intenlionnées.
Fute presto! ce cri de l’impalience populaire décclail un scnlimcnl Irés-jiislc de la silualion. l’aire vite, c’élail en ce inomenl le seul moyen de faire bien. On en cul la preuve dés le lendemain, l’cndaul que le débarquemenl s’opérail avec l'aide empressée des babilanls, dc>ix navires sous pavillon ilalien enlrérenl dans le port, amenant au .secours de Mazzini les restes de la légion lombarde renvoyée par le l’iémonl. Que ce renfort de six cents vrais soldats auxquels nous ne permîmes pas d’aborder, fût arrivé un jour plus UH, ou que les vents qui avaient contrarié toute une nuit notre départ de Marseille eussent soufflé quelques beurcs de plus, el il est probable que la pop ulalion eût laissé une poignée de hardis étrangers parler et combattre en son nom, et que Civita-Vecebia eût été défendue contre nous comme Roniedcvait l’étre. Il ne fallut pas moins de deux jours pour mettre à terre les troupes, le matériel et les cbevaux. Celle opération accomplie, une partie de l’escadrille du contre-amiral Trébonart dut
tCd
IIISTOIllK
reloiirncr à Toulon pour picndre la troisième brigade, qui n’avait pu faire partie du premier convoi.
A peine déliarqué, le général Oudinot avait eu liàle d’envoyer à (iaële le commandant Espivent de la Villcboisnet qui s’était si bien acquitté de sa première mission. Cet aide de camp devait prévenir le Saint-l’érc de notre débarquement dans ses Étals et se concerter sur la conduite à tenir avec MM. d’IIarcourt et de Rayneval. En même temps le lieutenant-colonel du génie Leblanc était chargé d’aller annoncer au gouvernement romain l’arrivée de l'armée française et de s’enquérir des véritables dispositions de la population'.
Notre situation, en attendant, ne laissait pas que d élit* singulière. A quel titre étions-nous .i Civita-Vcccbia, et qu’allions-nous faire tout d’abord de cette ville qui s’était donnée à nous? La rendre au Pape, compie les Autrichiens lui rendaient Bologne cl les Bomagnes? C’était rinlerprélation(|ui devait naturellement prévaloir à Caêle, d’où l’on expédia deux commissaires chargés d’y relever l’autorité pontilicale. Mais les instructions du général eu chef lui interdisaient de laisser s’établir en dehors de nol re influence, et sur le territoire occupé par nos troupes, des centres d’autorité qui pourraient même involontaire-
* Le lioutcnaïU-colonel du pônie I.cblnnc, qui avait déjà rempli un nioi^t nuparavfint une misaion confidentiolte i Rome, était accompagné du capitaine du génie Boissonet et du lieutenant dVtnt-niajor Féraud, Ce dernier revint seul porter des dépêches au duc de Reg^io : le colonel I.chl inc ci le capilaim* Roissonet, retenus prisonniers après i‘aff;iiic du 50 avril, conlraircmeni au droit des gens, ne rentrèrent au camp que le 8 mai. (Voir aux pièces le rapport de M, Leblanc sur sn pn'mière mission.)
liK l.'F.XPÉr)ITION l»F, nOME EN 181*!). 1(17
inenl contrarier notre action et coniprometlic le succès. Les coinmi.ssaires ponlilicaux ne furent donc pas admis à se substituer aux autorités républicaines'.
En outre, nous axions mis l'embargo à notre arrivée sur une cargaison de dix mille fusils expédiés d’Angleterre au nouveau gouvernemei 1 1 , et nous retenions dans le port , sans leur laisser prendre terre, deux navires chargés de troupes qu'il avait enrélées. Étions-nous donc en guerre déclarée avec la République romaine? Nous ne l'avions pas reconnue. Soit! mais nous ne lui avions pas interdit de se mettre en état de défense; nous avions aflinné ne pas vouloii’ la soutenir, mais nous avions promis en même temps de ne pas l’attaquer. Dés lors, de quel droit opérer des saisies d'armes à son détriment? de quel droit surtout lui faire des prisonniers? Ces raisons étaient exposéesavec force au général Oudinot par M. Montecchi, ministre du commerce, cliargé par les triumvirs de réclamer la restitution des caisses de fusils et le libre passage des volontaires. La plussimple notion du devoir militaire interdisait de rien entendre quant aux dix mille fusils : ils restèrent sous notre garde à l'arsenal de Civita-Vecebia. Mais il n’en fut pas de même des Lombards arrêtés à l’entrée du port. N'osant pas les garder et ne voulant pas les renvoyer sur un point de la céte à la merci de l’Autriche ou du Piémont, le général en chef consentit à les laisser partir pourPorto-d’Anzio, sous l’engagementécrit qu’aucun d eux ne mettrait le pied dans Rome avant le 4 mai. En dépit de celte parole trop loyale-
' Voir aux pièces la üépèclic du 10 mai du ministre des afTaires étrangères, iipprouvanl pleiuemcnt cette détermination du commandant de l'eipédiiion.