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HISTOIKE
ment acceptée, la légion lombarde faisait, dès le 29 avril au matin, son entrée triomphale dans la ville éternelle*.
C’est à Rome aussi que nous avions luUe de marcher. 11 y avait urgence de savoir au plus tôt quel accueil nous y était réservé et de sortir d'une situation qui, n’étant ni la paix ni la guerre, compromettait d’heure en heure notre influence politique et notre dignité militaire. D’ailleurs, les démonstrations tant oRiciellcs que populaires qui avaient salué notre arrivée à Civita-Vecchia et sur d'autres points de la côte* ne laissaient aucun doute à nos soldats sur les bonnes dispositions des gens du pays à leur égard. Les vives instances de MM. d'Harcourt et de Rayncval, représentants de la France à Gaëte, avec qui le général Oudinot avait dù se mettre immédiatement en re-
* M. n.itulolo assure, dans le Pn^cis dnnl nous avons déjà cite iiii frapment, que son lonnnamianl, Luciano Mannrn, aurait simplement répondu au général Oudmot qu’enrélé an service de la Réjnildiqtie romaine, il dépendait enlièrcnicnl du minislrc de la guerre, et ne pmivail pnr conséquent engager ses opt'ralions comme militaire. Le gouverneur de Civita-Vecchia, M. Manucci, aurait seul alors oblcnipéié aux conditions qu’exigeait le général français. La vérité, ignorée sans iloute du jeune écrivain, est que la promesse de ne pas entrer à Rome avant le 4 mai était paiTailcnienl signée du commandant Manara, du gouverneur Manucci et du minislrc Montccehi. I^e duplicata de celte pièce, dont l'original resta dans les mains du commandant lombard» doit exister dans Ic.^ cartons du niinislèr»- »le la guerre à Paris. Ce fut tlonc bien en violation de la foi jurée que la légion lombarde entra à Rome le 20 avril. Elle le .«enlil si bien elle-niéme, qu'elle resta pendant toute la journée du 50 en réserve sur la place Saint-Pierre, « pour .*c maintenir, dit son historien, fidèle, nu moins en piirlic, à la parole donnée. » L'arrivée de celte troupe aguerrie, coïncidant avec le retour inattendu de Caribaldi, n’en fut pas moins lu cause déterminante de la résistance que nous rencontrâmes le Iciidcinnin. Dès ce mcmciil, Mazzini sc sentit as.sez fort pour engager la I utfe, et les modét és n'osèicnt plus sortir de chez eux.
* Molamment à Corneto, dont les habilanls vinrent se mettre sous la protection de la Fr.tiKC quelques heures api ès notre déharquement.
lation, ne pouvaient non pliisrester sans influence surses résolutions : « En avant, général 1 lui écrivait le duc (rilarcourl; il est important que vous hâtiez voire marche sur Home. Votre arrivée subite a étonné et terrifié : c’est une situation dont il faut profiter. Si vous laissez aux mauvais sujets de Rome le temps de se remettre de leur premier effroi, ils prépareront des moyens de résistance et feront verser du sang, ce qu'on désirerait éviter'. »
Les nouvelles qui arrivaient de Rome même n’avaient rien qui dût arrêter cet élan de l’arrnéc et de la diplomatie. En même temps que le commandant Espiveiit retournait' de Gaëte, le lieutenant Féraud rentrait au quartier général avec des dépêches de M. de Foi bin- Janson, chargé des pleins pouvoirs diplomatiques en l'absence de notre ambassadeur. On nous appelait, on nous pressait, au nom même des Français établis à Rome, de venir déployer notre drapeau sous les remparts. Il n'y avait rien à attendre avant cette démonstration, mais on se flattait qu’elle suffirait pour donner du cœur au.x amis du Pape. La division régnait au sein du gouvernement. Seul de ses trois collègues, Mazzini s’était prononcé pour repousser par la force notre intervention. •Aucun des buts avoués par nos agents ne lui semblait acceptable ni sincère. La République romaine, disait-il, n'avait jamais songé à appeler la République française à son aide coidre l’invasion de l'Autriche et de Naples. Quant à notre préleniion de nous poser en médiateurs
' Dopoilic de GaëLü du 2G avril I84*d.
lllSTOmK
eiilie Pic IX cl le peuple romain, elle venait trop tard, puisque l Asserablêc avait décrété, dés sa première séance, l’abolition du pouvoir temporel. Mais ce rigorisme démocratique ne convenait ni à la majorité de l’Assemblée, qui aurait volontier’s suivi l’avis habile et modéré de la majorité du triumvirat, ni à M. Stiirbinetti, à la fois chef de la municipalité et général de la garde civique. InleiTogé par le P. Ventura sur ce qu’il fallait attendre de la population, ce personnage était venu annoncer aux triumvirs que la garde civique ne prendrait aucune part à la lutte contre les Français et se bornciait à un service d’ordre public dans l’intérieur. Ouant aux seize cents carabiniers de Galelti, ils se montraient plus favorables au retour du Pape qu’au maintien de la République, et tenaient en poche pour la première occasion la cocarde de l’ancien gouvernement'.
C’est contre de tels éléments d’unanimité que Mazzini n’hésita pas à demander et parvint à obtenir un vote unanime de l’Assemblée. On voit qu’on ne nous avait pas trompés en France sur le véritable gouvernement qui avait remplacé celui de Pie IX ; c’était bien la dictature du chef des sociétés secrétes. Averti, dés le 14 avril, de la présence à Rome d’un agent français qui cherchait à préparer les voies à notre action conciliatrice’, le vieux conspirateur s’était hâté de demander aux représentants
* Voir siui (liùces deux dupdclies de M. de Forbinjansoii du 26 avril 1849. ’ N. Mercier, envoyé de Gaëte par le duc d'Ilarcourt, qui avait déclaré aussi que les Romains, incapables de se délivrer par eux-mémes, étaient disposés^é se prononcer si nous intervenions.
DK L'KXI'KDITK» DE ROME EN 184!l. 171
de la nouvelle Rome le classique serment de sauver la patrie. « La République romaine, disait un lier décret, ne cédera ni ne transiffera jamais. » Rien n'avait été négligé depuis pour maintenir à celle hauteur le moral de l’Assemblée. Le 21 avril, une solennité pompeuse et ridicule avait traversé les rues de la ville, célébrant le 2002' anniversaire de ia fondation de Rome par Romulus. A la suite de celte parade, un club central, composi': des délégués de tous les clubs, avait été formé : « Né du peuple, ^disait son programme, vivant au milieu du peuple, le club central se doit d'élre l’interprète constant de ses vœux et de ses besoins, de réclamer du pouvoir exécutif, ainsi rpie de l' Assemblée, les lois et les mesures nécessaires à l'intégrité delà République. » A partir de ce jour, le nouveau club des Jacobins, dominant le triumvirat et les constituants, fut à lui seul le gouvernement et parla au nom du peuple romain.
Aussi les huées des tribunes accueillircnl-clles les triumvirs Armellini et Saffi, qui osèrent proposer de recevoir les Français comme ils se présentaient, en frères, en amis, en protecteurs du territoire contre l'invasion de l’Autriche. « Je sens peser sur ma tête une grave responsabilité, s’écria le prudent Armellini; mais j’obéis à ma conscience; dans le grave péril où se trouve la République, je vous conseille de traiter avec la France la question pontificale romaine I {Rumeurs de désapprobation.) Je parle d’après ma conscience... Les Français interviennent seulement dans une question religieuse; ils veulent rendre au Pontife son pouvoir spirituel, mais ils ne sc
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mêleront pas de la (juestioii temporelle... (Grandes rumeurs.) Je suis donc de l’avis de les recevoir à Rome. {Les rumeurs croissent de plus en plus.) Il est préférable d'avoir les républicains français plutôt (|i:e les Croates et les bombardeurs de Messine 1... » (Bniil dans l'Assemblée et les tribunes, désapprobation générale'.)
Le collègue de Mazzini, vieil avocat rompu à la prati(iue des affaires, qui ne se prêtait pas volontiers à confondre la politique et rillumiiiisme, aurait pu ajouter qu’en entrant résolùment dans cette voie, la République romaine avait chance de diviser l’Europe, en ce moment iviinie tout entière contre elle. « Conseillez à ceux qui gouvernent la Républi(|ue, disait lord Palmerslon à Mariant, délégué des triumvirs, de traiter au moins avec la France, mais de suite, franchement, et à des conditions possibles. En cela l’Angleterre vous aidera, vous donnera tout son appui, dans l’intérêt non-seulement de Rome, mais de l'Italie. Ne laissez pas échapper le moment présent, où vous pouvez sinon imposer et exigei', du moins es[)érer des conditions très-favorables. Acceptez le Pape avec une constitution très-large, avec la presse sans entraves et toutes les garanties pour la liberté et le progrès à venir, avec la condition expresse de la séparation entière et perpétuelle des deux pouvoii's ecclésiastique et séculier. Faites même une condition sine qiia non de la sécularisation du gouvernement. .Mon opinion est que le gouvernement français, ijucl que puisse être le futur ministère,
* séance do conatiluantc romaiiH; du ‘iO avril iH-iU.
DE LEXPÉniTION DE ROME E.\ 184!<. I’.-,
fonserUira à tHic méilialcur à ces conditions, et les fera accepter au Pape et à son entourage, môme quand elles leur déplairaient. Profitez de ce moment favorable; si vous le laissez échapper, ce sera votre faute et vous vous en repentirez... Peut-être, durant les négociations, quelque circonstance nouvelle viendra -t-elle vous permettre de vous montrer plus exigeants. Maintenant, contentezvous du possible; si vous refusez, ce sera pour votre malheur. Je vous donne ces conseils comme particulier, et, si vous l’aimez mieux, comme ministre de la reine et de la nation anglaise »
Nous n’oserions pas répondre qu’on ne nous eût fort embarrassés en acceptant nos propositions, et que cette , solution ù l’amiable, confiée à l’esprit délié d’Armellini, no.us eût valu moins de déceptions et de périls que celle qui allait être demandée à la bravoure de nos soldats. Toujours est-il que les exaltés se donnèrent carrièie contre les politiques. Un démagogue du plus triste renom, M. Sterbini, président du club central, rappela qu’on devait nous craindre, même comme amis, « parce
• Dopiehe de Mari.ini cit4c |>.ir M. Perrens [Peiix nns de rév. en II. , p, 100.)
Celle (lépéclie ajuiiliil : « Peu importe ce qui arrivera en Fr.mce, vowt ne mrei jamaix reconnue comme rt'imbUque. Iæ Pa[)e vous aéra imposé tic nouretu, sous quelque nom, sous quelque titre, sous quelque couleur que ce soit, alort même qu'en France t établirait la république rouge, ce qui est fort diflicile. Pourtjuoi ne le rétablirait-on pas en qualité de prince constitutionnel comme la reine d’Angleterre? I,a France et l’Angleterre pourraient au Itesuin, garantir des institutions libérales, désormais nécessaires aux Étals romains, a M. Mazzini, cfTrayé pour sa dicUiturc de rcITel probable de ces franches déclarations, ne trouva rien de mieux que de dissimuler l’existence de cette dépêche et de continuer i afrimier que le cabinet anglais ne demandait qu’à reconnaître la République romaine.
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(|ue, (lit-il avec iine naïveté sinistre lesFran(;ais, œmine en 1798, ne nous laisseraient pas l'aire tout ce que nous voudrions! » M. Cernuschi, un deslit'ros républicains de Milan, insinua que la peur des Romains avait seule dicté les propositions si modérées en apparence du généial Oudinot, et que la République était assiin’-e de vaincre la C(*alilion des potentats. Avezzana, le général de la révolte de Gènes, quitta la S(!‘anceen criant, comme autrefois Scipion, que ceux qui voulaient sauver la patrie n'avaient qu'à le suivre aux barricades.
Les nuîsures violentes s’accumulèrent derrière le vole de lésislance à outrance. On confia la défense des quatorze rioni, ou quartiers de la ville, à des chefs du peuple, capi popolo, choisis parmi les plus exaltés. On mit en réquisition l es armes, l'argenterie, les chevaux; ou abolit les VIEUX religieux, aliude recruterdes volontaires jusque dans les cloîtres; on décréta le partage des biens d’Kglise entre les familles les plus dénuées; on proclama la loi martiale dès que le premier coup de canon serait tiré, et l’obligation pour tous les citoyens de laisser leure portes ouvertes pendant le jour et les fenêtres éclairées pendant la nuit. On décida qu'à ce moment le tocsin sonnerailà tous les clochci's, le saint Sacrement serait exposé dans toutes les Églises, et des orateurs furent désignés pour prêcher la guerre sainte au coin des rues.
Rendant ce temps, les estafettes n'avaient cessé de se croiser entre (avita-Vecebia et Rome. Convainim par les rapports de ses olliciers que le parti modéré n’attendait (|ue notre approche pour secouer le joug de la faction
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démagogique, le général Oudinot se décida, le 28 avril, à se porter en avant. La colonne expéditionnaire ne comprenait que les 20" et 55” régiments de ligne, le 1" bataillon de chasseurs à pied, six compagnies du 50”, quatre du 00", deux batteries d'artillerie, cinquante chasseurs à cheval et quelques sapeurs du génie. Évidemment ce n'élait pas avec de si faibles ressources que nous allions attaquer une ville de cent quatre-vingt mille âmes qu’on avait perdu la chance de surprendre. Il ne s’agissait que de pousser une forte reconnaissance jusque sons les portes et d'offrir à la partie saine de la population l’occasion de nous les ouvrir. Le premier jour, la petite troupe coucha au village de Palo, à trente-six kilomètres de Rome. Le lendemain, elle saluait de ses cris le dôme de Saint-Pierre, où nous comptions entrer dans quelques heures en pèlerins armés mais pacifiques.
Cependant nos éclaireurs, envoyés sous les ordres du capitaine Oudinot pour reconnaître si les ponts de la route avaient été coupés et les positions en avant de la ville occupées, avaient été reçus par quelques coups de fusil tirés de fort loin. Il était clair que le parti de la résistance avait hôte d’engager le feu et de rendre vaine ainsi toute tcniative de transaction. Le 5U, au point du jour, le général Oudinot partait de Castel di Guido, et, vere les onze heures du matin, les cloches d’alarme du Capitole et du Monte-Cilorio annonçaient son approche et appelaient les Romains sur les remparts.
Nousn’ëtions, en effet, qu’à deux portées de carabine de la place sansavoir rencontré encore aucun ennemi. Rome
HISTOIRE
est iléreiitliu:, stir la rive droite du Tibre, par une li{>ne loi'tiliée de 7 à 8 kiloiuèlres qui va de la porte Porlèse au IbiT Saint-Ange. Celte enceinte, de construction moderne, de S à 10 mètres de hauteur d escarpe avec contreescarpe en terre, bastions et courtines terrassés par derrière, présente, du coté de Civita-Veccbia, le saillant du Vatican comme un fer de lance tourné vers l’agresseur. Au point où nos troupes étaient parvenues, la route de poste SC bifurque pour aboutir par la droite, qui est le vie»ix tracé, à la porte Saint-Pancrace, par la gauebe à la porte Cavallegieri, qui donne accès sur la placn Saint- Pierre. Ce fut celle-là que suivit notre colonne. A peine nos éclaireui's furent-ils aperçus sur les coteaux plantés de vignes qui bordent le chemin, que des huées s’élevéri'iit du côté de la ville. Il était triste pour nos soldats de reconnaître dans les rangs ennemis des voix françaises répétant contre eux les outrages de la presse démagogique de Paris. En même temps, l'artillerie romaine, habilement servie par des Suisses, lâcha sa mitraille à 150 mètres sur notre front d’attaque. 11 fallut s'abriter sous les' arceaux d’un aqueduc, en attendant que tes carabines des chasseurs de Vincennes et deux pièces de canon dressées en batterie aient pu contre-battre le feu de la place. Ce n’étaient point là, il faut eu convenir, les démonstrations qu'on nous avaient annoncées. Le combat une fois engagé, toute hésitation devait cesser ; il n’y avait plus qu'à enfoncer les portes qu’on refusait de nous ouvrir. Mais Rome nous ménageait la même surprise malheureuse qui devait sc renouveler cinq ans plus tard
devanl Sébastopol. On n’avait pas cru la résistance possible, et la place avait été fort mal reconnue. Quelques sacs à poudi’e, pensait-on, suffiraient à ouvrir la brèche, et ce ne seraient point des Italiens qui empêcheraient les Français d’y passer. Puis, en dépit de la mitraille, l’illusion long-temps entretenue d’un accueil amical de la part des Romains n’était point encore dissipée. Un officier de grande espérance, le capitaine d’artillerie Fabar, revenu la veille de Rome, où il avait accompagné, par ordre du général en chef, M. Montecchi, le négociateur du triumvirat, vint affirmer qu’une manifestation en notre faveur était foute prête à éclater dans la partie du Transfevère située entre Saint-Pierre et le fort Saint-Ange. IlsuRisait, assurait-il, d’aller se présenter devant la porte Angelica en contournant l’enceinte du Vatican par des chemins à l’abri du canon. Le général Oudiiiot donna oi-dre à la deuxième brigade de se laisser guider par le capitaine Fabar, qui avait dû lui-même explorer les lieux dont il parlait. On sait la funeste issue de cette téméraire entreprise, qui coûta tout d’abord la vie à celui qui l’avait conseillée. Engagée dans un chemin creux qu’enfilaient les feux du saillant, la brigade Levaillant ne put que se retrancher à la hête derrière quelques bâtisses et s’y maintenir jusqu’au soir sous un orage de projectiles.
Ce n’était pas assez pour les défenseurs de Rome d’avoir arrêté notre marche : l’audace de leur chef osa se llatter un moment d’infliger une déroute aux armes françaises. Pendant que la brigade Mollière, moins exposée mais non pas plus heurçuse que la brigade Levaillant,
HISTÜIUK
chercliait, à 800 mètres de la porte Cavallegieri, une ccrluiiie porte Perttisa, indiquée sur les cartes, et qui n’étoil plus depuis longtemps qu'une, poterne bouchée a^ec de la terre, on vit filer à travers les arbres de la villa l'amfili la légion des étudiants de l’universilé conduits par un général en chemise rouge. C’était Garibaldi, arrivé le 27 seulement des frontières de Naples avec une bande de douze à quinze cents aventuriers. De son entrée à Rome, où il fut reçu triomphalement et de son installation dans le couvent de Saint-Sylvestre, sur les hauteuis du Uuirinal,dateen réalité la déclaration de guerre contre lu France. Personne, ni habitants, ni triumvirs, ni carabiniers, ni gardes nationaux, n’osa plus parler de négocier, et la ville fut prise parle général Garibaldi, en attendant q u’elle le fût par le général Oudinot. En ce moment, le hardi condottiere manœuvrait sur notre droite pour tourner notre colonne pendant qu’elle faisait face au feu des remparts. Vingt-cinq chasseui's à pied, embusqués dans un i cpli de terrain, suffirent pour arrêter cette sortie. Bientôt les universitaires, abordés à la baïonnette par quel- (jues compagnies du ‘iü' de ligne, rentraient dans leur ivduit palissadé plus vite qu’ils n’en étaient sortis.
Mais, si l’attaque à force ouverte avait mal réussi aux assiégés, un guet-apens tenté sur un corps isolé devait avoir un plein succès. Le commandant Picard, du 2(P de ligne, officier supérieur plein d’ardeur et de mérite, voulant concourir à dégager la brigade Levailiant en attirant sur un point opposé l’efFort de la garnison et tenir en respect les tirailleurs qui ne cessaient d’inquiéter notre
DE L'EXPÉDITION DE DOME EN IXi'J. 170 liane droit, avait pris sur lui de tenter une diversion du eôlù de la porte Saint-Pancrace. 11 y avait occupé, en effet, sous les remparts une forte position, d’où l’ennemi ne put le déloger. Mais, le soir, la canonnade s’étant ralentie, puis ayanlcessé sur toute la ligne, le commandant Picard \il venir à lui une foule sans armes agitant des moiiclioirs blancs en guise de drapeau parlementaire, et criant ; La face! la jmee! siamo fralelli! Le trop crédule ofiieier, UC doutant pas que la démonstration annoncée à la porte .Lngelica ne nous eût livré la ville-et que l’accord ne fût fait avec les habitants, se laissa persuader de venir dans la place même s’entendre avec Avezzana. Peu après son départ, ses soldats, abusés comme leur chef, rompaient les rangs et suivaient leurs nouveaux amis, qui, à peine la porte Saint-Pancrace franchie, les désarmèrent et les promenèrent dans les rues au milieu des huées'. « Les Français s’étaient vantés d’entrer à Rome ce soir, disait une proclamation triomphale du comité des barricades, ils y sont entrés, en effet, mais en prisonniei-s de guerre’!... »
Si l’on se hâtait trop de chanter victoire dans le camp de Garibaldi, il n’en était pas moins vrai que la journée n’avait pas été bonne pour nous. Non-seulement nous n’avions pas vu s’ouvrir les portes de Rome par accommodement, mais nous avions tenté d’y pénétrer de force
' Voir aax pièces le rapport du coiinnandsnl Picard.
' Cette commiasion des barricades, qui, jusqu'après la priae de Rome, ne cc«sa d’animer la population contre nos soldats, se composait des représentants CiiMcri, Caltabcni et Ceriiusclii, nommés par la Chambre.
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el nous n’avions pas réussi. Cet échec, insignifiant pour nos armes, était désastreux pour notre politique. En France, il allait retomber de tout le poids de la discussion publique sur le parti qui avait voulu l’intervention en faveur du Pape; à Rome, il devait exalter jusqu’au délire la faction qui avait tiré tes premiers coups de feu. On a cherché, comme il arrive en toute affaire malheureuse, à rejeter rçnlière responsabilité de cet insuccès sur le général qui commandait l’expédition. L’histoire ne peut souscrire à cette évidente injustice. Le tort du 'duc de Reggio, s’il en avait un, serait tout entier dans les instructions qu’il avait acceptées. Suffisantes peut-être pour un diplomate, elles étaient trop peu précises pour un chef d’armée. Il faut à l’action militaire un but clairement défini el pleins pouvoirs pour y atteindre. Se battre et servir comme négociateuiun gouvernement qui n’avoue pas sa politique, cela vu rarement dans le même homme, à moins que cet homme ne soit le général Bonaparte et ce gouvernement le Directoire. Pour réussir, il eût fallu oser dire au commandant en chef du corps expéditionnaire : « L’intérêt de la France veut que Rome soit à nous tout do suite, et, autant que possible, sans combat. Allez l’occuper comme le colonel Combes occupa Ancône en 4831 . Point de stratégie, point de pourparlers avec qui que ce soit ; un coup de main, voilà tout! Pendant qu’une flottille vous jetlera à l'embouchure du Tibre, une autre portera à Civita- Vecchia un second corps d’armée qui arrivera sur Rome à marches forcées quelques heures après vous. Une fois
1)E L’FAPÉlilTlON DF, ROME EN 1819. * nos troupes solidement établies dans jes positions qui dominent la ville, laissez faire la |iopiilation : trop heureuse de nous abandonner le soin d’écarter les Autricbiens et de traiter avec Gaëtc, elle chassera Mazzini et rappellera Pie IX. Nous aurons ainsi mis fin à un grand s<'4indale, la république romaine, et conjuré un grand danger, b restauration du Pape par les puissances absolutistes. » Si l’on eût parlé ainsi et qu’on eût pu gagner seulement quarante-huit heures, nos soldats, se présentant aux portes de Rome avant l’arrivée de Garibaldi, qui donna un chef à la résistance, y seraient entrés aux acclamations de la population entière.
Au lieu d’un coup de main, on traça le plan d’une campagne parlementaire. Les instructions du général en chef ne faisaient, en effet, que répéter les explications einhar rassées de la tribune. Pas moyen d’abord de penser à une surprise, car il fallait, en débanjuant, avoir grand soin d’annoncer notre arrivée à Gaëte et à Rome, ici pour prendre l’avis de nos rcpréscnlants accrédités auprès du Saint-Père, là pour s'assurer des bonnes dispositions des Romains et leur faire entendre que nous les verrions avec plaisir tenter quelques efforts pour sortir euxmémes de leur république. Cette république, d’ailleurs, on devait tout à la fois bien se garder de la reconnaître, et cependant traiter avec elle; ne pas l’attaquer, et cependant décider de sa chute; arriver à la remplacer par le gouvernement du Saint-Père, et cependant ne pas se mêler des questions intérieures. La composition du corps expéditionnaire se ressentait elle-rnéme du vague et de l’in-
HISTOlIlK
cohérence tics inleiilions poliliqiics. Qu’a liions-nous faire en UalicV une campagne contre rAulrichc’ mais on n’emmenait que quelques milliei’S d’hommes; un siège'.' mais on partait sans artillerie; une transaction appuyée sur des baïonnettes? mais nous allons voir que les missions diplomatiques se succédaient pour se contredire. Nous n’arrivions donc dans les États de l’Église, comme on l’avait dit devant l’Assemblée, que jwur assister aux ereuements. Quant à croire qu’il nous serait donné de rencontrer à Rome un parti modéré assez politique pour ne vouloir que le possible, assez énergique pour s’affranchir du despotisme de la faction dominante, je ne sais, en vérité, où nous avions été prendre une pareille illusion. Pourquoi l’Italie eût-elle été plus favorisée que la France, qui n’a jamais connu, hélas ! ce parti de sages et de héros .'
Nous trouvons dans le lécit italien de la campagne des volontaires lombards un précieux témoignage de l’état des esprits à Rome en ce moment, a On ne remarquait certes pas, dit M. Dandolo, cet enthousiasme auquel le Moniteur romain voulait faire croire, mais encore moins un vrai principe de réaction ni un fort parti de si'»rieuse opposition. Les citoyens étaient tellement las d’abus et de changements, qu’ils s’étaient tranquillement soumis au gouveniemcnl républicain, bien que le vrai parti républicain fût trés-peu nombreux Ipicco/issimo) et représenté seulement par quelques jeunes gensardentscl de bonne foi, suivis par la tourbe des agitateurs qui ont l’habitude de se jeter partout où le désordre inévitable d’un état exceptionnel leur laisse quelque chose ù espé-
IIK L'EXPÉDITION DE ROME EN 18ÜI. 18:;
icr. Le peuple n’avait donc aucune couleur poIili(iuc. l u "rand fond de préventions contre le gouvernement rlérieal et beaucoup d’indifférence pour le reste, me seinbléi-eul ses dispositions les plus remarquables. Je n’ai pas d’ailleurs à défendre le gouvernement romain de cette épof|u(‘. Je suis un jeune soldat et non un homme politique*... »
Les exaltés ne manquaient pas cependant au sein de cette population ardente et mobile qui venait de rcspirei' le feu de la bataille sans y prendre part. Nos gendarmes arrêtaient le lendemain un individu qui, sous un co.slume moitié militaire, moitié monacal, s'était introduit dans le camp et faisait effronléineut de rcmbauchage au profit des Romains. Conduit devant le général en chef, il déclara se nommer le P. Gavazzi et se qualifia d’aumônier de (Jaribaldi. Loin de chercher à se soustraire aux lois de la guerre, dont il avait encouru les dernières rigueurs, il avoua, en montrant le poignard fixé à sa ceinture, qu’il était venu pour frapper le général Oudinot qui, soldat do la République française, avait osé combattre les républicains de Rome. Son langage d'une indicible violence où l’anathème du prêtre se mêlait aux menbccs de l’assassin, irritait à l’excès les soldats témoins de cette scène. Mais cette violence elle-même si voisine de la folie et surtout le caractère ecclésiastique dont le P. Gavazzi portait les insignes, inspirèient au général le sentiment de la clémence. « Rentrez à Rome, dit-il à cet énerguméne, je vais vous faire escorter jusqu’aux avant-postes. Voici une : ,
• Ivolunlari lombartli. p. V2C.
HISTOIRE
lettre pour vos triumvirs : j’y réclame le renvoi des deux cent cinquante hommes qui ont imprudemment pénétré dans la ville. J'exige en outre qu’on metle immédiatement en liberté le lieutenant-colonel Leblanc et le capitaine Boissonct, qui ont été arrêtés à Rome, quoique parlementaires. Si ma réclamation n’était pas accueillie, je me verrais contraint d’user de rigueur envers les prisonniers tombés hier en mon pouvoir et envers la garnison romaine de Civita-Veccbia, que j’ai dû faire désarmer. » Quelques jours après, le demi-bataillon du commandani Picard, après avoir résisté aux mauvais li-ailements e( aux séductions pour demeurer fidèle au drapeau, rentrait tout entier au camp, et le général Oudinot croyait devoir renvoyer à son tour aux Romains le bataillon bolonais de Mellara, qui ne s’était pas opposé à notre débarquement à Civita-Veccbia.
En résumé, lié par de telles instructions et mis en face de difficultés imprévues, le duc de Reggio fit ce qu’il put et ce qu’il devait. On lui avait dit qu’il s’agissait d’épargner aux Romains, par l'arbitrage de la France, le double désastre d’une explosion révolutionnaire annoncée comme imminente et d’une intervention absolutiste qui campait déjà à Albano ; il vint déployer ses ba'ionnettes en vue de la ville, et ce n’est pas sa faute si l’allié intérieur, sur lequel on lui avait donné le droit de compter, n’osa pas SC montrer. On a vu que, de Gaëte comme de Rome, les informations et les conseils s’accordaient à le pousser vers le but de l’expédition. Ce but manqué, les uns lui ont reproché le temps perdu à Civita-Veccbia, les autres
nE L'EXPÉDITION DE ROME EN 1849.
une détcrminalion précipitée. Que n’aurait-on pas dit si le général français eût reculé devant le décret de l'Assemblée romaine qui mettait nos troupes hors la loi? Les instructions furent suivies à la lettre. Dès que l'on se crut appelé à Rome, on se mit en marche. Accueillie à coups de canon, notre armée pouvait-elle répondre en tournant le dos? Elle rendit bravement coup pour coup, comme si elle était là pour un siège, et se maintint toute la journée sous les remparts, malgré le désavantage de la position et l'insuftisauce des moyens d’attaque. Le soir venu, et le général en chef ayant ordonné de cesser le feu, notre petite colonne coucha sur le terrain du combat sans que l’ennemi eût osé faire mine d’aller la troubler, et revenait le lendemain matin établir scs avant-postes à Castel di Guido, qu’elle avait quitté vingt-quatre heures auparavant.
Ce campement, situé à trois lieues de Rome et h égale distance du petit port de Palo, qui fut mis en état de défense, offrait un double avantage : dlune part, ou pouvait espérer y attirer l’armée de Garibaldi et mettre lin à la campagne par un facile combat ; de l'autre, on restait en communication assurée avec la mer pour attendre renforts et matériel, s’il fallait se résigner à entreprendre un siège en règle.
CIIAPITRi; V
•Utreiise siliialion de l’Italie .111 printemps de 1849. — Impression proiliiili en Kraiice par la première nouvelle de la journée du ôO avril. — Dcrnierjoiira de la Constituante. — .\ttitndc du gouvernement, ferme devant l’émeute, embarrassée devant r.\ssembléc. — Rapport deM. .''cnard. — Vole de blâme du 7 mai. — Ciraves incidents des jours suivants. — betlrv du président de la République au général Oiidinnt. — Ordre du jour du géiié'ral Changarnier à rarrnéo de l’aris. — Heureux effet de celte initiative de bouis-Napoliéon, qui donne un ebef au parti de l’ordre et rc'.eve le moral de l’armée. — Elle fut en même temps une première victoire d’opinion publique du président sur l’.tsscmblée. — I.’approcbe des élections <lu lo mai déiitle le ministère il rester aux affaires malgré le vole du 7. — Envoi de M. de Usseps à Rome; 'U- Scs conférences avant de partir avec M. Odilon Rarrol, le président de la République et M. Droiivn de l.hiiys. — Scs instructions. — Son entrée à Rome. — Ses premières impressions favorables au parti de la résistance. ^ .\rmistice .
Premier projet d arrangement non présenté. — Second projet repoussé par les triumvirs avec des lenteurs calculées. — ImiMtience de l’armée. — .Vrrivéc au eampdi.s généraux Vaillant cl Tbiry, dé.^ignés pour commander le génie et l’artillerie. — Conseil de guerre où l’on décide de ne pas arcorder a M. de Lesseps la prolongation d’armistice qu’il demandait. — Inslauccs du général Vaillant auprès du général en clief pour qu’il rompe tout ménagement vis-à-vis de cet envoyé. — Chargé d'aller porter luiméroecea conseils à M. de Lesseps, le général Vaillant se rend à Rome sous le nom du docteur Finol, et avoue, en revenant, qu’au lieu d’avoir gagné ce plénipotentiaire a son opinion, il craint d avoir paru s’élre laissé gagner à la sienne. — Lcllrea à ce sujet entre le général Oudinot et M. de Iæsseps. — Illusions prolongées de ce dernier. - — Scène avec Mazzini au sujet des paquets de cigares envoyés à nos soldats, qui renfermaient des proclamalions incendiaires. — Jugement de M. de Lesseps sur Maizini cl snr l’état de Rome pendant sa mission. — Dernière tenlalive de M. de
HISTOIRE DE l.•KM'f:nlTIO^ DE ROME E.N 1819. 187
nccueillie par la ConfliluaiHc romaine, rc|K)us8<'e avec iri<lip;naluin par le "«'m'ral Omlinot. — Rappel cl it^saveu de cct agent. — Ce qii’x' f:iul pen er de sa mis>ion et de sa conduite.
ConfiTenres de Gaëtc. — l’remuTO séance, du 50 mars. mi la reslaiiralinn du I‘a|>c est ré>ohie enlie la France, rFspagne, l'AuIriciiC et Naples. — Oeiixiimc séance, du M avril, où la Fram c cherche à se faire autoriser à agir seule. — Tn>i>ièiiio séaiioo. le 15, où MM. d Harcourt et Raynevul d'*claront no pas s’opposer à l’enlree du roi de ^aple^ dans lr> tlals de l'Fgli^e. —T Qiiirfrièuie séance, le ^7, sur la nouvelle de notre délwrrpie nient à ('.ivita-Vecchi.i. — U^ctiire d'un projet de manifesie du l'ape à àe> Cinquième somico. le ‘28. où l'on décide que le Pape ne fer.i de proclamation que lorsqu’il verra son autorité rclahlic partout où auraient pénélrt? les armes éirangèn's. — Sixième st’aiice, le 20 mai. — Vives réclainalions d(‘s piiissance!^ contre la mission de M. do Lesseps.'
Nouvelle Assemblée et nouveau ridnislère en France. — M. de Corcelle envoyé au camp avec pleins pouvoirs. — Positions occiipée> par riiriiiée fran«;ai.<e. — Foi lificalionf de Home. — Noble résolution d'allaqiicr la ville par le coté le plus fort. — Travaux du siège. — Prise du Monte- Mario et de la xilli Corsini, — Rulletin ridicule et l.icliquù m.lladnùtc do général Garil«Mi — Hcrnière Icntallve du général Ondinot auprès du président de la Consliluanle romaine pour épargntT à Rome les calamités de la guerre. — Rrècbe dans les bastions. R et 7 et In cofirtine qui les relie. — Assniil sans coup férir dans la nuit du 21 au 22 juin. — Rome n’a pas été iKmibanlée. — Prise du bastion n* 8 le 30. — l.a place demande à capituler.
Le printemps de 1849 mérite de rester marqué de noir dans l’hisloire de la Péninsule italienne. Partout, à l'essor généreux de 18i7, à la fièvre guerrière de 1848 avait suceédé le règne sinistre de la Révolution ou le triomphe implacable de la réarlion. Ce n’était pas assez du Piémont abattu à Novarc, de Gènes en révolte bombardée par Victor-Emmanuel , de Brescia décimée par Haynau, des duchés envahis et livrés aux conseils de guerre de l’Autriche, de la Sicile à feu et à sang, de l'héroïque Venise bloquée sans espoir dans scs lagunes, de Rome enfin déconronnée de la tiare et coiffée du bonnet phrygien; ce n’était pas assez pour la malheureuse Italie
nisïoinE
de se voir écrasée par l’Allemagne, menacée par la Russie, abandonnée par l'Anglelcrre, il lui manquait d'attirer sur elle les armes de la France. Grâce à M. Mazzini, ce comble de l’infortune ne devait pas longtemps lui faire défaut. La résistance qu’il avait seul voulue cl l’insuccès de notre première tentative posaient carrément la «lueslion. La guerre a toutes les fatalités d’un grand duel ; il n’est pas rare de ne pouvoir l’éviler sans honte après l’avoir provoquée sans inlenlion.
On ne connut d’aliord en France les déUtils de la journée du 50 avril ’ que par les vanlcries des correspondances romaines. Commentées avec un patriotique empressement par toute la presse révolutionnaire, elles formèrent irrémédiablement le fonds de l’opinion. En dépit des rapports ofliciels (jui vinrent trop lard rendic aux faits leur portée véritable, le sentiment national resta profondément buinilié. Des Français, s’écriait-on, bat- , tus par des Italiens, et pour une cause cléricale! Et l’on clicrcliail sur qui se venger de celle bonté chimérique. Les élections générales étaient proches : des départements entiers votèrent d'indignation pour les candidats les plus ennemis du gouvernement, c’est-à-dire pour les socialistes. La majorité des voix de l’armée s’égara elle-même sur des noms indignes d’elle. Paris vécut, pendant deux ou trois semaines, dans les angoisses d’une bataille révolutionnaire qu’on voyait inévitable Criée
* On 5C l'era une de la conl'usion de l'esprit public pendant celte première quiniaine du mois de mai 18i0, en relisant les noms des vingt-huit rcprc'cntants élus à Paris par le scrutin du 13. Les voici p»r ordre de
;i lous les coins de rue 'par les journaux, l’émeute se tenait en permanence dans les grands rassemblements d'ouvriei-s qui obstruaient l’avenue des faubourgs. Vingt fois elle marqua elle-môme le jour et le terrain de la lutte, vingt fois elle rencontra l'épée tendue du général Changarnier, qui ne lui laissait d’autre alternative que de s’enferrer ou de s’avouer vaincue sans combattre.
La Constituante, il faut le reconnaître, était loin de venir en aide au gouvernement dans cette glorieuse défense de la société. Les derniers jours do cette assemblée ont fait tort à sa mémoire. Naïvement républicaine jusqu'aloi's, et socialiste sans le savoir comme la République elle-même, elle avait vu avec dépit le pays s’éloigner d'elle depuis le 10 décembre, et mettre autant d’ardeur à provoquer sa chute qu’il en avait mis un an avant à saluer son arrivée. Blessée de cet abandon qu'elle taxait d’ingratitude, la Constituante parut, en finissant, plus soucieuse de prouver son omnipotence que son patriotisme, et d’entraver le gouvernement que de décourager l’insurrection. Outre la masse des esprits honnêtes mais aigris contre la nouvelle présidence qu’elle renfermait, il y avait dans son sein une minorité démagogique qui visait à relever par elle le socialisme qu’elle
aurrri);e9 olilenus : MM. Lucien Mural, Lcdru-Uollin, Lagrange, sergent Boichot, Bedeau, Lamoricière, Dufaurc, Moreau, H. l'assy, Victor Hugo, Félix l’yal, Vaviu, Lamennais, Bixio, Odilon Barrot, Tli. Bac, Cavaigiiac, VVolowski, sergent Rallier, Co<tuerel, Considérant, Pierre Leroux, Peupin, Girnon, Roger (du .Nord), F. de Listeyrie. Perdiguier, Uapalel. Le prince Murat, qui ouvre la liste, avait eu 134,8,10 voix; le général Kapulel, qui la termine, 107,825.
HISTOIRE
avait vaincu et à remplacer les clubs qu'elle avait fermés.
l.es derniers événements d’Italie fournirent à ces deux fractions l'occasion de se réunir contre le ministère. A peine furent-ils connus à Paris que M. Jules Favre, rapporteur de la commission du 1 7 avril, vint se plaindi'e à grand bruit de l'expédition dont les crédits avaient été votés sur sa demande. L’Assemblée, suivant lui, avait été jouée. On avait promis que la République romaine UC serait pas attaquée par- nos troupes, et le sang frangais venait de couler à flots sous les murs de Rome avec le sang italien. On avait dit que nous n'allioiis à Civita-Vecebia que pour nous opposer à Tinvasion des États romains par les Autricliieus, et nous venions de tenter par nous-mêmes, à notre plus grande honte, l’œuvre de l’Autricbe. Les détails propagés dans le public sur l’échec du 30 avril, donnaient à l’éloquence artistemenl courroucée de l'orateur républicain un tragique retentissement. L'attitude embarrassée du gouvernement qui demandait le temps de recevoir ses dépêches oilicielles, tandis que les correspondances privées circulaient de mains en mains sur les bancs de la gauche, assurait à l'opposition une facile victoire. Lue commission fut aussitôt nommée pour aller au fond de æ grave débat, obtenir communication des instructions données au général Oudinot, et proposer une résolution à l'jVssemblée. Les mômes membres, à quelques exceptions près, qui avaient été désignés par les bureaux le 17 avril, le furent encore le 7 mai. Parmi les exclus ligu-
DE L'EXPfiniTION DE ROME EN 1 840. l'J) rèreni cependant M. Tliiers, dont on avait appris à re «louter la franchise à tout dire, et M. Jules Favre, dont le rapport allait servir de pièce principale à l’accnsafion.
Cette commission, qui se trouvait oji grande majorité I omposée de membres du tiers-parti, choisit pour son rapporteur M. Senard*. L’ habileté normande de cet ancien ministre du général Cavaignac devait être d’ailleurs bien autrement dangereuse pour le ministère que les (tolères extrêmes de la Montagne. Tandis qu’empruntant le plus mauvais langage de 93, on proposait de ce côté de tenir pour suspects tous les agents du pouvoir en cette affaire, et d’envoyer dis représentants du peuple en mission auprès du général Oudinot, le nouveau rapport se contentait d’inviter le gouvernement « à prendre sans délai les mesures nécessaires pour que l’expédition d’Italie ne fût pas plus longtemps détournée du but qui lui avait été assigné. » Ces résolutions moyenties sont de celles qui vont au tempérament des assemblées et quelle se plaisent à adopter. Faites pour délibérer, il est naturel qu’elles se prononcent, quand on les provoque à agir, pour les actes qui se rapprochent le plus du caractère indécis et changeant de la délibération. Que voulait dire cet ordre du jour de la commission Quelle consiv quence pratique entrainait-il? Allait-on prendre parti
' 1.0 tnembrea du U cummlasion du 7 mai étaient MM. Frealon. Grévy, (iuain, de Lamoricière, Dupont de Buaaac, Lanjuinaia, Roger du Luirel), le général Subervie, Ch.ivoi«, Coquerel, Duboilan, S bcelclier, r.oinb liaiii, Alem-Rousscau, Senard.
lllSTdlItE
ouvertement pour une République qu’on avait eu le tort de vouloir renverser .’ Fallait-il abandonner toute idée d’intervention et se rembarquer sans venger l’injure faite à notre drapeau? M. Senard n'avait garde de rien conseiller : c’était au gouvernement à voir ce que sa responsabilité lui permettait de décider. En attendant, on le laissait dans cette cruelle alternative, de ne pouvoir ni faire avancer les tioupes sans fouler aux pieds l’autorité de l’Assemblée ni les retirer sans affront pour notre honneui'' militaire.
Toute cette discussion ne fut qu’une longue et perfide équivoque sur le vote du 17 avril. On oublia les incidents les plus significatifs du débat pour se rappeler seulement que M. ItaiTot avait promis de n’aller à Rome que comme arbitre demamlé. On oublia, par exemple, que M. Tliiers, parlant après le président du conseil, avait dit hardiment aux membres de la commission : « Voyons ! voulez-vous la vérité? Êtes-vous capable de l’entendre? Eli bien, oui, nous allons à Rome; oui, nous allons rétablir le gouvernement libéral de Pie IX. Préférez-vous que ce soient les Autrichiens qui s’en chargent ? Aimezvous mieux les pantalons bleus que les pantalons rouges? Voulez-vous voir vos amis traqués , fusillés, pendus ou bien placés sous notre sauvegarde et protégés dans leura peisonnes et dans leur.>f biens? Pensez-vous qu’il y ait autre chose à faire que de ramener le Pape à Rome? El quoi, par exemple? la guerre pour soutenir la République romaine ? Venez le demander à la tribune ! je vous en défie ; vous n'avez pas même osé nous proposer
[»t L’KXI‘ÉI)1TI0.N II K KOMI-; K N |8i9. (95
lie reconnaîtie ce gouvernenieiit , tant vous le sentez impossible et perdu ! » On jugea plus opportun de ne rappeler de ce qui s’était passé dans la commission que les paroles arrachées au chef du ministère etconsignées dans cette phrase du rapport: « La pensée du gouvernement n’est pas de concoui ir au renversement de la république qui subsiste actuellement à Rome. » En vain M. Rarrot fit-il remarquer pour sa défense que l’autorisation qu’on lui avait donnée de débarquer de vive force à Civita-Vecchia ne prouvait pas que l’on tint pour inviolables ni le territoire ni le droit du gouvernement romain. En vain cssaya-l-il de prétendre qu’il était assez naturel de conclure de cette première ville où l’on avait été si bien reçu, à la capitale où nous nous savions appelés par la popvilation. En vain M. Flocon avait-il trahi le secret de la défense de Rome, lorsqu’il s’était laissé malhabilement entraîner à lire à la tribune cette phrase d’un de scs correspondants : Rome est orcnpée par des aventuriers de toute sorte qui pourraient bien prolonijer la résistance Et celte république d’aventuriers, avionsnous jamais reçu scs envoyés, avions-nous congédié le nonce du Pape? Quand celte conduite avait été reprochée au gouvernement par M. Ledru-Rollin, l’Assemblée lui avait-elle demandé d’en changer? Élaient-cc donc là les
* Le corrcspomlanl du Times, qui n’avuit pas plus de raison que celui de M. Flocon pour se prononcer en Lueur de l’intcrvonlion française, écrivait .aussi le 12 mai : « C’est Garibaldi qui a voulu et engapé la résiilance, malgré deux triumvirs. .Sa violence a prévalu sur leur iniluencc et leur bon sena. Le coiuJolliere, poslé à San Antonio, à un mille do Rome, fil feu sur la colonne française et se retira tirant toujours. »
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[firmes ordinaires d'une slride neutralilé , et la commission ponsait-elle qu’il fût possible de rester un jour de plus dans les Étals de l’Église où nous étions entrés par ordre de l’Assemblée, sans prendre tait et cause pour ou contre la république romaine? Tant de bonnes raisons devaient rester sans prise aucune sur une majorité prévenue. Pour s’être donné par timidité les torts de la dissimulation, le gouvernement allait subir le blâme non-seulement de ses adversaires naturels, mais d’une foule d’esprits sincèt es et modérés qu’il eût ralliés par sa francbisc. Trois cent qnarante-buit voix cxuilre deux cent quarante et une adoptèrent j’oidre du jour de la commission. La Montagne accueillit au en de Vive la Rcpithliqne! ce vote de défiance, qu’elle eut voulu changer dès le soir même en vote d’insurrection.
Los séances des jours suivants ne tirent qu’aggraver une situation déjà si mauvaise. Les incidents naissaient les uns des autres comme les complications dans les niabnlies ipii doivent mal finir. Coup sur coup on vint dénoncer à la tribune une lettre du Président de la République augénéralOudinot, oiiil étaitdilficiledene pas voir un défi aux résolutions de l’Assemblée, puis un refus du général en chef de l’aiTnée de Paris de déférer aux réquisitions militaires de la questure, puis une proclamation de ce même général mettant la lettre de Louis-Napoléon à l’ordre du jour de sa division.
C’est de celte lettre à la fois hardie comme une provocation et habile comme un calcul, qu’on s’est longtemps autorisé pour prétendre que le Président de la République
liK I.’KM’KIIITION liK liO.Mh K.N ISl'l.
dccidi'* rcxiu'dilioii de Home en dé|>il do 1 Asseini)lée. r.onfusion s:iiis doiilc iiivolonlaire cl apjiar tiendrait précisément à ceux qui la propagent île reetilicr d’autorité ! « Si l’Asseinlilée législative ne voulait point le rétablissement du Pape, disait liicr encore le rapporteur de la première adresse votée par le Corps législatif, le Président di^ la République le voulait, son ministère le voulait aussi, et je le rappelle à l'iionneur de l’un et de l’antre! » 11 y a beaucoup d’erreur pour un peu de vérité dans cette trancbanteariirmation. Ce que le gouvernement du Prince-Président a fait il y a douze ans en Italie, c’est à l’histoire contemporaine à le dire, sauf à l’avenir à décider si cette politique avait alors ses intentions comme elle a aujourd’hui ses conséquences.
.Vrrivé au pouvoir dans les premiers jours de la tuile du Pape à Gaëte, Louis-Napoléon ne pouvait songer ni à soutenir à Rome le parti démagogiipie, qu’il avait mission de combattre en I- rance , ni à continuer 1 expédition du général Cavaignac contre laquelle il avait volé le .lO novembre. I.e réglement des affaires italiennes par le l’iémont lui parut, ainsi qu'à la majorité de son conseil, la meilleure et la plus française des solutions. Après N'ovare, qui mettait le Piémont hors de cause du moins pour quelques années, il demanda personnellement que la guerre contre l’Autriche fût reprise par la République fiançaisc au protit de la monarchie sarde. Cniin, lorsque les diplomates de Gaélc eurent déliniti veinent engagé
' il» 22 mars 1861. Uimoursde M. Oranior de Cai^sa^n.ic.
HISTOIRE
lût;
les puissances catliolifiucs contre le gouverneinenl de Mazzini, ropinion qui prévalut dans les conseils de l’Élysée fut que la France devait se lié ter d’aller occupei les États de l'Église avant les Autrichiens. «Tét ou tard, fut-il dit, nous aurons à conihatlrc l’Autriche en Italie ; toutes les positions que nous lui laisserions prendre aujourd'hui seraient donc prises contre nous, et à reprendre un jour. .Mlons nous en emparer avant elle ! Une fois établis à Civita-Yecchia,nous dominerons l'Italie centrale, et rien ne se passera à Rome sans notre agrément.»
Sans doute on aurait tort de prétendre que la pensée de la reslauralion du Pape ffit absente de ces divers plans. \ moins de se prononcer pour le triumvirat, il n’y avait pas en ce moment d’autre solution possible de la question romaine; mais elle n’apparaissait qu’en seconde ligne, comme un dénouement imposé cl qu’on se réservait d'ailleurs d’entourer de conditions eide restrictions dont on ne prenait aucun souci de dissimuler par avance les formules impérieuses.
Il était clair que le vole de l’Assemblée qui interdisait de donner suite à l’attaque du 50 avril, mettait à néant tout projet d'intervention. En outre, nos soldats venaient d’èlre reçus en ennemis , notre honneur militaire était enjeu, et le Président avait raison de déclarer qu’il ne souffrirait pas qu'on lui portét la moindre atteinte. On loua unanimement ce vif mouvement de susceptibilité patriotique qui fera toujours oublier aux Français le plus vulgaire souci des formes conslitulionnelles*. C’était
* Voir ;tux pièces celte Icllrc du Prince Président nu général Oudiiiot.
DE L’EXPfiDIXlO.N DE ROME EN I8i0.' It7 bien en elîet contre la (Itilibéralion de rAsseniLléc du 7 que le Président de la République ne craignait pas d'engager le 8 son initiative personnelle. La force était en ce moment au parti de Tordre : en lui pri'tant un langage mâle et décidé, Louis-Napoléon se plaçait définitivement à sa tête. Du premier coup il venait de dépasser son mitiistére, qui n’avait pas osé parler, et de venger le sentiment national, qui n’est jamais distinct en France du sentiment militaire. « Cette lettre, disait Tordre du jour du général Changarnier à la garnison de Paris, doit fortifier Tattaclicment del’armée au chef do TFtal, et elle contraste heureusement avec le langage de ces hommes qui à des soldats français placés sous le feu de l’ennemi voudraient envoyer pour tout encouragement, un désaveu. »
Aussi, lorsque M. Odilon Barrot, dansThonuôtc naïveté de SOS habitudes parlementaires s’écriait que cet acte du Président, non revêtu du contre-seing ministérii l, n’était pas même un document politique, on aurait pu lui répondre qu’il était an contraire trés-politique, et d’une politique qui finirait par dominer la sienne. Entre la lettre au généial Oudinotet la lettre au lieutenant-colonel Ncy, qui devait la suivre à quatre mois d intervalle, il est facile aujourd'hui de signaler tout à la fois une dilTéreiice et une ressemblance. La différence, c’est que Tune servit couiageusemcnt la cause de l’intervention française en faveur du Pape, et que Tautre, hélasl la compromit in-emédiablcment. La ressemblance, c’est qu’elles marquèrent Tune et Tautre une victoire d’opinion publique rem-
111 s TOU! K