‹ L'Expédition du duc de Guise à NaplesChapitre 4 sur 24 · DE LA COUR DE FRANCE · texte numérisé non relu

DE LA COUR DE FRANCE

Le Roi au marquis de Fontenay (1).

19 avril 1647.

Monsieur le marquis de Fontenay,

La prévoyance m'engage à vous déclarer mes intentions en cas qu'il arrivast vaccation du Saint-Siège et à vous dire, par cette lettre que je vous escris de l'avis de Madame ma mère, qu'ayant jugé la présence de mon cousin le cardinal Barberin (2)

(1) La suscription exacte portée au dos de la dépêche est : A Mons'^ le marquis de Fontenay, con" en mes co7t^^ et mon ambass^ ex" à Rome. — Nommé à l'ambassade de Rome au mois de décembre 1646, le marquis de Fontenay ne quitta Paris qu'à la fin de mars de l'année suivante ou au commencement d'avril. Il venait donc à peine de partir de France et était loin encore de Rome, quand le Roi lui adressa cette première dépèche.

(2) Antoine Barberin ou Barberini, neveu du pape Urbain VIIL se réfugia en France après la mort de ce pontife, arrivée le 29 juillet 1644. Il

absolument nécessaii'e au conclave prochain, à cause qu'il pourra contribuer à l'élection d'un sujet capable de possedder cette dignité pour le plus grand bien de la Chrestienté, et n'ayant autre but que de voir cette place remplye selon le souhait de tous les gens de bien, vous avez à concerter avec mes cousins d'Est (1) et Grimaldy (2) ce qu'il faudra que vous fassiez chaqu'un de son côté pour faire entendre aux créatures de mon cousin Barberin que, sy l'accident estoit inopiné et qu'on fust prest de procéder à l'ellection, qu'ils ayent à faire en sorte qu'elle soit surcise jusques à son arrivée. Vous fairez part de cette mienne intention à mon cousin le cardinal Machiavelle (3), auquel je n'ai point escrit particulièrement comme j'avois résolu, faute de chiffre. Et m'asseuranl que vous scaurez bien agir en ce rencontre selon mon désir, je ne m'étendray davantage que pour prier Dieu qu'il vous ayt, ^Monsieur le marquis de Fontenay, en sa sainte garde.

Escrit à (en blanc).

Signé : LOUIS.

Et plus bas : De LoméNIE.

obtint la charge de grand-aumônier et rarchevèché de Reims ; il mourut le 4 août 1671. Son frère, le cardinal François Barberini, principal ministre dUrbain VIII, se retira aussi en France à la suite de la mort de son oncle ; mais il n'était pas, comme son frère, dévoué à la France, et Mazarin cri. tique vivement sa conduite et son caractère, dans une lettre du 18 décembre 1643, qu'on trouve au t. I", pp. 503-504, des Lettres du cardinal Mazarin, publiées par M. Chéruel, dans la Collection des documents inédits sur l'histoire de France.

(1) Renault d'Est, frère du duc de Modène, était cardinal depuis 1641. Il fut protecteur des affaires de France à Rome, et devint évèque de Montpellier en 1655 ; il est mort le 30 septembre 1673.

(2) Jérôme Grimaldi fut nommé cardinal en 1643, archevêque d'Aix en 1648. Il mourut dans cette ville, le 4 novembre 1683. Il avait été nonce en France.

(3) François-Marie Machiavelli, Florentin, appartenait à la même famille que l'illustre écrivain de ce nom. Le pape Urbain VIII le nomma cardinal en 16il. Il mourut le 29 novembre 1653.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, 19 avril 1647,

Monsieur,

Je ne scaurois consentir que ce soit du cardinal Barberin que vous appreniez qu'il a désiré une lettre du Roy portant commandement d'aller à Rome, afin que si -il estoit adverty que le Pape (1) fust malade, il peut s'acheminer du coslé de la ville et que si, contre son espérance, le Pape se trouvoit eschapé, elle lui serve d'excuse d'avoir entrepris d'estre sorti d'Avignon sans en avoir obtenu la permission ; si il ne s'en déclare point, vous ne luy fairez pas cognoistre d'en avoir esté informé. Outre cette lettre, j'en ai signé deux autres, l'une au cardinal d'Est et l'autre au cardinal Grimaldy, pour leur ordonner, le cas advenant de la vaquance, de faire en sorte, envers les créatures des Barberins, qu'ils s'engagent de ne concourir à aucune élection que l'aisné des frères ne soit arrivé, mais j'y ayadioustéce petit correctif: si ils n'avoient un ordre postérieur à celuy-là. Je ne scaurois vous dire quand le Sr de Pennautier sera depesché : l'on ne parle point du Mémoire qu'il vous doit porter. Les articles les plus importans seront d'apuyer par l'autorité du Roy la nomination que le Roi de Pologne faira de M. l'arcli. d'Aix pour estre fait Cardinal. Affm qu'il persiste dans l'engagement qu'il (2) a pris, on se résoudra de lui accorder que, faisant une guerre offensive aux Turcs (3), il sera assisté de cette couronne. A

(1) Innocent X, successeur d'Urbain VIII, élu pape le 15 septembre 1644. Il ne mourut que le 7 janvier 1655, bien que dès 1647, comme on le voit par cette lettre, Mazarin présageât déjà sa lin prochaine et prit toutes ses dispositions en vue de l'élection de son successeur.

(2) Il se rapporte au roi de Pologne. L'archevêque d'Aix, dont il est question dans cette phrase, est Michel Mazarin, frère du cardinal.

(3) Les mots u aux Turcs » sont à peu près illisibles et douteux.

donner créance à ses propres ministres et ab reye (1), c'est une offre sans péril, estant asseuré que la République (2) ne le consentira jamais ; mais je me ris de voir donner pour si asseuré ce qui dépend de la fantaisie d'un tiers. Il est vray que Testât ayme la paix et ne se portera pas facilement à la rompre pour complaire à leur roy, auquel cas nous ne serions engagez à rien, pourveu que l'on ne songe pas à promettre quelque chose de plus que ce qui est demandé, je dis même par ce roy qui le désire, affm que la République connoisse qu'on fait cas de son amitié. L'autre, ce sera de demander Beaupuy (3); mais je seray trompé, quelque lumière qu'on die en avoir, si vous avez cette fortune qu'il vous soit rendu

Il est arrivé, contre l'attente de plusieurs, que le D. de Bavière (4) a ratifié le traité dont ses députés avoient convenu avec les nostres, et Monsieur de Tracy (5) m'en a aporté la copie. Et deux jours aprez nous avons sceu que le différend qu'il avoit avec le Palatin (G) est terminé et qu'on luy laisse, du consentement des Suédois, outre la dignité, le haut Palatinat, en donnant trois ou quatre cent mil Richedalles pour tenir lieu de partage à un des puisnez de la maison Palatine (7). C'est un

(1) Le texte porte ab régi.

(2) C'est la Pologne qui est ici désignée sous le titre de République, son roi étant électif. Depuis le XVP siècle, on disait toujours, par une singulière association de mots : « La République du royaume de Pologne. »

(3) Le comte de Beaupuy ou Beaupuis, de la maison de Maillé, avait été un des chefs de la cabale des Importuuts. On l'accusait d'avoir voulu, avec Henri Campion et plusieurs autres personnages, attenter à la vie de Mazarin. Il avait réussi à s'échapper après l'arrestation du dflc de Beaufort et s'était retiré en Italie. (Note de M. Chéruel, p. 665, t. P'' des Lettres du cardinal Mazarin.)

(4) Maximilien P' , né en 1573, devenu duc de Bavière en 1596, nommé électeur le 25 février 1623, par l'empereur Ferdinand III, en remplacement de l'électeur palatin Frédéric V, privé de la dignité électorale.

(5) Alexandre de Prouville, marquis de Tracy, servit avec distinction dans les guerres d'Allemagne; il était intendant de l'armée du maréchal de Guébriant, en 1643, Il mourut le 28 avril 1670, au Château-Trompette, dont il était alors gouverneur.

(6) Charles-Louis, comte palatin, fils de Frédéric V, mourut le 28 août 1680. A la paix de Westphalie, il rentra en possession du palatinat du Rhin, enlevé à son père par l'électeur de Bavière.

(7) Outre la branche aînée, la maison palatine comprenait les branches de Neubourg, de Zimmern et de Deux-Ponts.

effet des derniers ordres apportez de Suède, et l'on espère avec fondement que sur les griefs de l'Empire qui restent à adjuster. on trouvera des tempéramens. Je serois trompé si la paix d'entre les couronnes ne se trouvoit aussi bientôt adjustée; et le Trautmansdorff (1), pour rendre à la France ce qu'il a reçu d'elle, veut s'entremettre de cette paix et s'obliger les Espagnols ausquelz elle est absolument nécessaire.

Je ne scay pas si vous entrerez dans les sentiments des Italiens qui désespèrent de voir qu'on songe à faire plus tost progrez en Catalogne qu'en leur pays ; mais, pour moy, je suis persuadé que d'estre disposé à faire un effort en Catalogne produira la paix, et qu'il seroit plus important d'y prendre les places que les ennemis y occupent, que d'en prendre proche Piombino, si la guerre se devoit continuer. Et peut-estre pour la grandeur de cette couronne il seroit plus important de s'accroistre dans le principat, sans que les Espagnolz y eussent des places, que d'avoir occupé une partie du royaume de Naples.

Si cette lettre vous est rendue devant que vous ayez veu M. le cardinal Bichi (2), vous lui donnerez part des nouvelles d'Allemagne, et vous aurez la bonté de lui faire mes excuses si je ne luy escris plus souvent que je ne fais; mais l'on a consenty que trois ordinaires partent en un mesme jour, scavoir : celui d'Italie, d'Allemagne et d'Angleterre; et c'est ce qui m'accable et qui m'empesche de trouver le loisir que je voudrois bien avoir de luy donner de nos nouvelles. Je vous prie de m'excuser de ce que j'anticipe de vous importuner, et de m'honorer tousjours de vos bonnes grâces, puisque je suis,

Vostre très-humble et très-affectionné serviteur.

Signé : De Loménie Brienne.

(1) Le comte de Trautmansdorir, principal ministre de l'Empereur au congrès de Munster. Il en fut rappelé en juillet 1647, après avoir échoué dans le projet de désunir la France et la Suède.

(2) Le cardinal Alexandre Bichi était un des plus intimes confidents do Mazarin. Il avait été nommé plénipotentiaire par la France pour négocier la paix entre le pape Urbain VIII et le duc de Parme, Odoard Farnèse. Il réussit à la conclure en 1644.

Le marquis de Fontenay à M*** (1).

Livourne. 10 mai 1(547.

Monsieur,

Pour vous rendre conte de mon voyage, je vous diray qu'après avoir esté quatre jours sur la mer, nous sommes enfin arrivez heureusement icy; ma flUe a esté fort travaillée dans la galère, mais elle s'est touiours bien portée aussilost qu'elle a esté à terre.

J'ay reçeu à Gennes la vostre du 29 dupasse, par laquelle je vois que vous croiez qu'il pourra y avoir quelques difficultez pour mon logement dans le palais de Monsieur le card. Antoine, et que vous pensez que i'envoiray quelqu'un poi' vous faire scavoir ma résolution, laquelle ne peut estre autre que conforme aux ordres que i'ay et que vous ay mandez quasi par touttes mes lettres; mais affîn que vous soyez mieux informé de tout, je vous diray maintenant plus au long comme la chose s'est passée.

Il y a environ un an que Monseigneur le cardinal, voulant que j'alasse à Rome, me dist que je logerois dans le palais de Mons»" le cardinal Antoine (2), que c'estoit la volonté de Sa Ma-

(1) Ce personnage ne saurait être que Tabbé de Saint-Nicolas, qui représentait la France à Rome jusqu'à l'arrivée de l'ambassadeur.

Cette dépêche, d'ailleurs, ne fait point partie de la série conservée dans le recueil de la bibliothèque d'Orléaus. Nous l'avons rencontrée dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale, de la collection Dupuy, vol. 727, fol. 46 à 49. C'est une minute du temps, corrigée de la main même de M. de Fontenay.

(2) Il y avait, comme l'on sait, trois cardinaux de la famille Barberini : le cardinal Antoine, surnommé (7 Vecchio, frère d Uibain VIII, créé cardinal en 4624, mort en 1646; le cardinal Antoine Barberini, il Giovane, neveu du Pape, élevé au cardinalat en 1628, à l'âge de vingt ans; et un autre frère de ce dernier, François Barberini, nommé é|jalement cardinal par son oncle, et qui mourut en 1679.

jesté et la sienne, et encore l'aclvantage particulier dudit sieur card^ et de toutte sa maison; mais comme il se trouva lors quelques obstacles que vous avez sceuz qui m'empeschèrent de faire ce voiage, et qu'en suitte Mons'' le cardinal Barberin sortit de Rome et vint en France, il ne se parla plus de cette affaire, ny pour moy ny pour un autre, auquel sans doubte on auroit faict la même proposition, puisqu'en effet c'estoit pour l'interrest de ces Messieurs-là et pour celuy de l'ambassadeur que cela se faisoit. En ces derniers iours, quand S. Ém. trouva bon que je retournasse à Rome, il me proposa, dès aussitost qu'il me parla, toutte la même chose qu'il avoit faict l'autre fois, ainsy que je vous le manday, et l'y résistay, parce que i'espérois que le palais de Cery ou bien celuy de Pasquin se pourroient avoir, et que j'aimerois beaucoup mieux, je vous asseure, estre chez moy, et en une maison que ie payerois, que dans celle de Mons»' le cardinal Antoine, quelque belle qu'elle soit, pour une infinité de raisons que j'alléguay à Monseigneur le cardinal, mais que pourtant il n'approuva pas, et demeura ferme à me dire, cette fois-là et touttes les autres que je luy ay parlé depuis, qu'il falloit que je logeasse chez ledit seigneur cardinal Antoine, commandant devant moy à Mons^ de Lionne de luy escrire pour cela, et je vous proteste. Monsieur, que ie crois que, quand j'aurois eu l'un ou l'autre pallais que ie prétendois, il n'auroit pas laissé de m'obliger à loger dans celuy dud. sieur cardinal, pour des considérations que vous vous pouvez bien imaginer. En conséquence de cela, le premier discours que m'a faict le cardinal Antoine, arrivant à Avignon (1). a esté qu'il me prioit de prendre son palais à Rome; et, sur ce qu'il vit que l'en faisois quelque difficulté, il me dist que cela ne se pouvoit pas autrement; que c'estoit la maison du Roy; que ses ambassadeurs ne pouvoient pas loger en autre part ; qu'il scavoit bien que Sa Majesté et Monseigneur le cardinal l'entendoient ainsy; que ce seroit absolument le désobliger si i'y manquois, et qu'il escriroit à ses gens de me la faire tenir toutte preste pour quand j'arriverois. Mons'' le cardinal Barberin me flst aussy tout le mesme discours. Monsr l'arche-

(1) Les Barbeiiiii, persécutés par Innocent X aussitôt après la mort de leur oncle, s'étaient réfugiés en France depuis quelques années. — Voir la note de la page 2.

vesque d'Aix (J), qui estoit présent à tout cela, et qui scavoit bien l'intention de Monseigr le cardinal, me confirma le mesme et me dist qu'il ne me falloit point disputer là-dessus et que je ne pouvois aller autre part; qu'autrement je désobligerois M. le cardinal Antoine et toutte sa maison de l'intérest de laquelle il s'agissoit en ce rencontre, et que ie ferois une chose qui ne seroit pas approuvée à la cour.

Voilà, Monsieur, nettement, comme la chose sesl passée, et pour ce que ie vois bien que cela vous embarrasse, à cause que Mons'" le duc de Guise y est logé, et qu'en effet i'aurois un extresme déplaisir de rien faire qui luy peust desplaire. Je vous supplie, Monsieur, de luy vouloir présenter que ce n'est point une chose qui touche sa personne en particulier, n'y ayant point de respect qu'on ne voulust que je luy rendisse, en quelque condition que je fusse, si cela ne regardoit que luy ; mais qu'il s'agist icy de l'interrest public, et que ie le supplie de considérer s'il seroit de la bienséance et du service du Roy que luy, qui est à Rome comme particulier et pour affaires particuhères, occupast un pallais qui porte le filtre de Palais Royal, et que l'ambassadeur du Roy, à cause de luy, allast loger en une maison d'emprunt et qui ne fust pas telle qu'il faut, mesmement en une saison où la Reyne et Son Ém. veulent tellement maintenir la dignité des ambassadeurs de Rome qu'ilz m'ont deffendu de luy donner la main, ny à quelque autre que ce soit, mesme dans ma propre maison, ce qui me semble devoir vuider toutte sorte de différend.

Quand à moy, Monsieur, ie m'estois imaginé qu'aussitost que Mons»" de Guise auroit sceu ce qui s'estoit résolu dans le conseil du Roy, touchant la main qu'il m'est deffendu de luy donner dans ma maison, dont je ne doute pas qu'il n'ayt esté adverty, qu'il penseroit à s'en retourner en France; mais si, après cela, il y veust demeurer, il faut bien croire qu'il entend que ce sera aux conditions qui peuvent estre agréables à Sa Majesté (2).

(1) Michel Mazariii, qui était alors à Avignon, attendant toujours sa promotion au cardinalat.

(2) Cette affaire de la « rnain » fut une des grandes complications diplomatiques que le marquis de Fontenay rencontra à son arrivée à Rome.

C'est dont je vous supplie de le vouloir rendre capable, et de l'asseurer que de touttes les choses qui despendront de moy il en peut disposer, et que je seray ravy de le servir comme une des personnes du monde que j'honore et respecte autant.

Monsi" Board (1), que j'envoye exprès pour cela, vos adioustera encore de bouche ce que je poiuTois avoir oublié par ceste lestre, à quoy je vo^ supplie de donner créance (2).

Je n'escris point de tout cecy à Monsieur le cardai Grimaldy, espérant, par l'honneur que vous me faictes de m'aymer, que vous luy ferez mieux entendre que moy; c'est pourquoy je me remetz tout à vous.

Je ne vous diray point de nouvelles, parce qu'ayant trouvé icy que celle de l'accommodement du duc de Bavière avec le Palatin estoit arrivée à Gennes il y a desjà quelques jours, et ne doutant point qu'elle ne soit passée jusques à Rome, c'est la seulle que j'avois apprise de la cour avant mon embarquement. De sorte que je vous supplieray seulement de croire que j'ay tant d'impatience d'avoir l'honneur de vous voir, que je ne vous le scaurois exprimer. Je me promets que ce sera bientost, car je ne feray que le moins de séjour que je pourray à Florence.

J'ay eu la permission, à Gennes, de faire passer la galère qui m'a apporté jusqu'à Civita-Vecchia pour y prendre les niepces de M^r le Ci; et elle partira demain pour cela.

Je vous supplie de me conserver l'honneur de vos bonnes grâces.

A Livourne, ce iOe may 1647.

(1) C'est sans doute le même personnage dont il est parlé dans le passage suivant des mémoires inédits de l'abljé de Saint-Nicolas, Ms. FR. 18,0-24. f'J 213 ; « Bottart estant arrivé pour préparer touttes choses nécessaires pour l'entrée du marquis de Fontenay, etc. » (Fin de mai 1647.)

(2) Tout ce paragraphe a été ajouté en marge par M. de Fontenay.

Mémoire de Son Éminence (1), envoyé à M. Bentivoglio (2). nonce à Florence (3).

Monsignore Bentivoglio si contentera di assicurare il Gran Duca, che la risolutione presa dal signore principe Mattias, circa il comando dell' annata di mare, non è stata ricevuta in mala parte da Sua Maestà, laquale non ha havuta intentione di volere ce' gl' effetti e con una dimostratione di somma confidenza et stima, corrispondere a quelle che era stato reppre-

Monsiyuor Bentivoglio voudra bien assurer le Grand-Duc que Sa Majesté n'a pas pris en mauvaise part la résolution de Monsieur le prince Mathias, relativement au commandement de la flotte. C'est qu'EUe n'a pas eu l'intention de vouloir répondre par des effets et par un témoignage d'estime et de haute confiance aux représentations qu'on avait adressées ici

(1) Le cardinal Mazarin. Cest lui, comme on voit, qui donnait toute l'impulsion aux instructions diplomatiques envoyées par la cour de France.

(2) Ce Bentivoglio, qui représentait alors le Saint-Siège à Florence, était sans doute Jean Bentivoglio, abbé commendataire de Saint- Valeri, et neveu de cet illustre cardinal Gui Bentivoglio, camérier secret de Clément VIII, nonce apostolique en France, qui fut choisi ensuite par Louis XIII comme protecteur de la cour de France auprès du Saint-Siège, et mourut en 1644, laissant un nombre considérable de mémoires historiques sur les événements auxquels il avait été mêlé. Cette famille, originaire de Bologne, fut presque constamment dévouée aux intérêts français dans la Péninsule. — Voir plus loin le Mémoire adressé par Bentivoglio lui-même au marquis de Fontenay, dans lequel il explique fort clairement à l'ambassadeur du Boi la conduite qu'il tenait à Florence, et comment il y servait la France.

(3) Le marquis de Fontenay avait reçu, en quittant la cour, — en outie de plusieurs mémoires étendus seuililables à celui que nous publions ici, —

santato quà più d'una volta a nome del signore principe suddetto, anche col consenso del medèsimo Grand Duca.

Che pero non si volse far portare l'offerta a diruttura a Sua Altezza a nome di Sua Maestà. Senza prima scoprire i suoi sentiment!, accio potesse risolversi sensa respetto alcuno e con ogni sorte di libertà. secondo quello che se fosso stato dettato dallo propria inclinatione o da qualsivoglia allro interesse, 6 che tutto questo essendo proceduto da una alTectuosa volontà délia Regina verso questa serenissima Casa. Sua Maestà glie la farà apparir sempre taie in ogni altra occasione,

plus d'une fois au nom du dit prince, d'accord avec le même Grand-Duc.

C'est pour ce motif qu'on n'a pas voulu faire porter directement à Son Altesse l'offre du commandement au nom de Sa Majesté. On voulait chercher d'abord à découvrir ses intentions, pour qu'il pût prendre sa résolution en toute liberté, et sans être arrêté par aucune considération de respect, suivant ce que lui aurait suggéré son propre penchant ou tout autre intérêt, quel qu'il fût. D'ailleurs., toute cette manière d'agir procédant uniquement d'une volonté affectueuse de la Reine à l'égard de cette Maison sérénissime, Elle lui en donnera toujours les mêmes témoignages en toute occasion, et, pour qu'on

un grand nombre de lettres du Roi, adressées aux principaux personnages qu'il devait rencontrer en se rendant à Rorne. et aussi aux membres les plus influents du Sacré-Collége et à presque tous les hommes un peu importants qui entouraient le Pape. Les tomes 121 et 1-22 des Mélanges manuscrits de Clairembault à la Bibliothèque nationale, fol. 7135 et 7203. nous ont conservé la liste complète de ces personnes, ainsi que le texte )iiême des lettres. Elles sont toutes conçues sur le même modèle et fort insignifiantes pour la plupart. Une seule présente quelque intérêt: c'est celle destinée à « Monsr Mazzarin, » père du cardinal. Le Roi lui écrivait ; ('.... Les recommandables services de mon cousin le cardinal votre fils, et ses soings et travaux continuels pour la grandeur de mon Estât et pour l'éducation de ma personne m'obligent à la reconnaissance envers ses proches. Vous avez plus de part qu'aucun autre à la réputation qu'il s'est acquise par sa vertu; aussy aurai-je plus de joye de vous faire recueillir les fruits de ma bienveillance et protection royalle. Sur quoy ledit sieur ambassadeur s'expliquera plus particulièrement.... y> Ibid.. fol. 7049.

e perche Sua Altezza possi vedere dalle lettere che se li scrivano da Sua Maestà e dal cardinal Mazarini, a che passi si caminava per slringersi sempre in maggior confidenza con la sua serenissima Casa, se ne mandano a voslra signoria illustrissima le coppie, rimettendosi pero alla sua prudenza di communicarle confidenlimento a Sua Altezza o di lassarlo di fare.

Quanto alla propositione fatta dal signore principe Leopoldo, potrà Monsignore far conoscere a Sua Altezza il gradimento col quale è stata sentita dalla Regina, e il rammarico insieme ch' ha Sua Maestà di non poter compiacere l'Altezza Sua, poiche non prima si ebbe avviso délia resolutione del signore principe Mattias, che Sua Maestà s'impegno con altro sogetto, dal quale non puo hora in modo alcuno ritirarsi. Conservera pero la Maestà Sua viva memoria dell' affettuose esihitioni di cotesto principe e si riserberà a testificore in altre occorrenze la stima che fa di esso e délie singolari t[ualità di Sua Altezza, che sono ben note alla Maestà Sua.

puisse voir, d'après les lettres que lui écrivaient Sa Majesté et le cardinal Mazarin, quelle marche on comptait suivre pour se lier d'une confiance de plus en plus étroite avec sa Maison sérénissime, on en expédie les copies à Votre Seigneurie, s'en remettant à sa prudence du soin de les communiquer confidentiellement à Son Altesse, ou de s'abstenir de cette communication.

Quant à la proposition faite par Monsieur le prince Léopold, Monsignor pourra faire connaître à Son Altesse la satisfaction qu'en a éprouvée la Reine, et en même temps le regret qu'éprouve Sa Majesté de ne pouvoir lui complaire, parce qu'au premier avis de la résolution de Monsieur le prince Mathias, Sa Majesté a pris d'autres engagements dont, à' présent, Elle ne peut se délier en aucune façon. Sa Majesté conservera pourtant un vif souvenir des offres affectueuses de ce prince, et se réserve de lui témoigner, dans une autre occurrence, l'estime qu'elle fait de lui, et des qualités singulières de Son Altesse, quaUtés bien connues de Sa Majesté.

Il sera encore à propos de dire au Grand-Duc qu'ici on s'est

Sara ancor a proposito di dire al Gran Duca che quà si è sempre caminato con questa massiina, di non applicare aile cose d'Italia, se non in benefitio et advantaggio dei principi di essa, e con l'unione et assislenza di qualcheduno si più considerabile di essa, sensa laquale si crede che non torni bene al Re di portar lo sforzo maggiore dell' armi sue in Italia, di modo che dalli sentimenti et dalle résolution! che se sapesse antecedentemente fosse per prender in tal caso, dependono in grand parte quelle di Sua Maestà.

Non deve parer strano ai principi d'Italia che si pretenda qui d'esser ben informato délia loro dispositione e che devano contribuere con le forze loro a gl' acquisti che si possono fare, per che il Re non prétende di retener per se cosa alcuna, ma che il tutto céda in utile e vantaggio dei medesimi principi, liquali se non sanno prevalersi di questa cosi bella congiuntura, è segno évidente che essi voglino piutosto la conservatione de' Spagnuoli, che il proprio loro agradimento, nel quai caso non è bene che Sua Maestà applichi aile cose d'Italia ne

toujours conduit d'après cette maxime, de ne pas s'occuper des affaires d'Itahe, sinon au profit et à l'avantage de ses princes, et avec l'accord et l'assistance de quelqu'un des plus considérables d'entre eux, assistance sans laquelle on pense que le Roi finirait par se trouver mal de porter en Italie le plus grand effort de ses armes ; de sorte que c'est des sentiments de Son Altesse, et des résolutions que d'avance on la saurait disposée h prendre en tel cas donné, que dépendent en grande partie celles de Sa Majesté.

Les princes d'Italie ne doivent pas trouver étrange qu'on prétende ici se bien renseigner sur leurs dispositions, et les faire contribuer, avec les forces dont ils disposent, aux acquisitions qu'on pourra faire, puisque le Roi n'entend rien garder pour lui, mais qu'il cède le tout au profit et à l'avantage des mêmes princes. S'ils ne savent pas profiter d'une si belle occasion, ils font connaître clairement qu'ils préfèrent l'intérêt des Espagnols à leur propre avantage, auquel cas il ne convient pas que Sa Majesté s'occupe des affaires d'Italie ni des intérêts des princes, contre leur propre volonté.

agi' . avantaggi de' principi di essa contro la loro propria volontà.

Nel rimanente, il fine délie Loro Maestà essendo di continuare a compartir tutti li maggiori e più efficaci segni di affetto al Gran Duca et alli suoi fratelli, si rimette alla prudenza di Monsignore Bentivoglio di assicurarne le Altezze Loro con ogni più vera espressione, e condursi in modo che riconoschino che possono far sicurissimo capitale délia buona gratia délie dette Maestà.

Qui non si crede che vi sia mai pensiero d'inviar il marchese Guicciardini, e se vi si penso, si sia cambiato di piacere, per non dar ombra alli Spagnuoli, con quali, a dire il vero, Sua Altezza mostra maggiore unione, non amandoli, che con la Francia, verso laquale protesta aver tanta incUnatione e partialità.

Monsignore Bentivoglio incontrerà interiamente il gusto délie Maestà Loro assistendo, corne ha sine hora fatto, il signore Destrade in tutlo quello potesse occorrerli per la conservatione

Au reste, le but de Leurs Majestés étant de continuer à donner au Grand-Duc et à ses frères les marques les plus fortes et les plus efficaces de leur affection, on s'en remet à la prudence de Monsignor Bentivoglio du soin d'en donner l'assurance dans les termes les plus expressifs, et de se conduire de façon qu'ils reconnaissent pouvoir compter très-sûrement sur les bonnes grâces desdites Majestés.

On ne croit pas ici qu'on ait jamais pensé à donner une mission au marquis Guichardin^ ou, si l'on y a pensé, on est revenu de cette idée, pour ne pas porter^ ombrage aux Espagnols, avec qui, à dire vrai, Son Altesse a l'air de se montrer plus d'accord, tout en ne les aimant pas, qu'avec la France, pour laquelle il proleste avoir tant de penchant et de préférence.

Monsignor Bentivoglio ira au-devant du désir de Leurs Majestés en assistant, comme il a fait jusqu'ici, le sieur d'Estrades dans tout ce qui pourra lui faire besoin, pour la sûreté des postes de Toscane, l'augmentation des troupes et

de' posti di Toscana, accrescimento délie tmppe e rimonta délia cavalleria, quando li convenisse marciare per intraprender qualche cosa in quelli contorni.

la remonte de la cavalerie, quand il lui conviendra de se meure en marche pour quelque entreprise aux alentours de ce pays.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, 12 mai 1647 (1).

Depuis que vostre lettre du xxviiie du passé, qui me fust rendue le vue du courant, m'a fait sçavoir que vous estiez prez de vous embarquer, j'ay redoublé mes soingz pour faire résoudre vostre instruction ; mais les affaires nous ont en sorte accablez, et l'on y veut traitter de tant de si différentes affaires, qu'il n'y a pas moyen de la vous envoyer que nous ne soyons à Amyens où pour toutte la sepmaine nous nous rendrons. Cependant, craignant que vous ne fussiez en peine, et que, pour n'avoir point aucune lettre de créance, soit pour le Pape, le Grand-Duc (2), les cardinaux de la faction, qu'autres prélatz de la cour romaine, avec lesquelz vous auriez à traitter, vous ne vous trouvassiez empesché de la faire, et par ce manquement

(1) A cette date, le marquis de Fontenay était à Livourne, débarquant d'un navire qui l'avait amené de Gènes, et sur le point de partir pour Florence. Il ne fit son entrée solennelle à Rome que le 21 mai. Il y fut précédé par la lettre qu'il avait écrite à l'abbé de Saint-Nicolas, et que nous avons publiée plus haut, page 6.

(2) Ferdinand II de Médicis, grand-duc de Toscane depuis le 28 février 1621, mort le 23 mai 1670.

le service de Sa Majesté retardé, j'ay pris la résolution de faire partir le secrétaire Pennaultier (1) et le charger de touttes lesdites lettres. Par celle du Roy, vous apprendrez deux choses : l'une, si de fortune elle vous estoit rendue avant que vous fussiez arrivé à Florence, ce que vous aurez à dire au Grand-Duc; l'autre, ce que vous mettrez pour fondement de vostre négotiation envers le Pape, afm qu'il se destrompe de diverses faulces opinions desquelles il s'est nourry, et qu'il en établisse de sohdes et qui peuvent ayder à establir la confiance absolument nécessaire entre luy et Sa Majesté au bien général de la Chrestienté. Je n'ay rien à ajouster à ce que vous inférerez de la dépesche de Sa Majesté, sinon que l'affaire du Portugal ne sera point un obstacle à la conclusion de la paix, et que ce roy s'est oubUé bien sûr, ayant refusé des navires pour joindre à nostre flotte après les avoir promis, ce qui nous servira de prétexte à ne pas faire divers efforts dont nous eussions eu peine à nous défendre, s'il se fast mis en devoir de combattre avec nous nos communs ennemis D'une lettre de M. de Saint-Nicolas (2), en date du xve (3), j'ay

(1) M. de Pennautier, dont il est déjà parlé page 3, était un secrétaire attaché à l'ambassade de M. le marquis de Fontenay. Nous retrouverons plus d'une fois son nom dans la suite de ces dépêches. Il ne partit de Paris pour Rome qu'un certain temps après son ambassadeur.

(2) L'abbé de Saint-Nicolas était le frère du grand Arnauld. Il avait été envoyé à Rome comme simple « résident, » au mois de mars 1646, et chargé de traiter les affaires de France de concert avec le cardinal Griraaldi, qui depuis sa nonciature avait embrassé sans réserve le parti du Roi. — On a toutes les pièces de sa mission dans une curieuse publication diplomatique faite au siècle dernier par P.-D. Burtin, et intitulée : Négociations à la cour de Borne de Messire Henri Arnauld, abbé de Saint- Nicolas, Paris, 1748, 5 vol. in-12. — De plus, ce même abbé de Saint-' Nicolas a laissé de curieux mémoires personnels, pleins de renseignements sur les affaires auxquelles il a été mêlé, et qui sont demeurés inédits. Ils sont Conservés dans un volume de la Bibliothèque nationale, coté FR. 18,02i, qui faisait partie autrefois de la collection léguée par le duc de Coislin au monastère de Saint-Germain-des-Prés. Nous les avons déjà indiqués dans la note 1 de la page 9. — De plus, ce diplomate avait pour secrétaire son neveu, l'abbé Aîitoine Arnauld. qui a également rédigé des mémoires sur cette époque, mémoiijes publiés dès 1756 par Pingre, et reproduits dans la collection Petitot, 2^ série, t. XXXIV, 1824, in-S".

(3) Cette lettre du 15 avril 1547 existe en effet dans le recueil des Négo-

sceu que le duc de Bracciano ne se désiste point de la prétention de la main; mais il faut qu'il ait beaucoup de présumption si l'égalité de traittement avec les princes ne le peut satisfaire. Je ne scay encores ce qui sera résolu sur un long mémoire qu'il a envoyé; et j'ay fait sçavoir à Mademoiselle de Bouillon (1) que Monsieur son frère ne la doibt pas demander, et que si il ne se résoult de vous voir sans la prétendre, il faudroit qu'il sortist de Rome et prist son chemin pour revenir, à présent que les affaires sont touttes accommodées.

Quand vous serez à Rome, vous pénétrerez si Pamphilio (2) seroit pour se contenter d'une pension; mais il doit estre destrompé de l'espérer sur l'abbaye de Corbye, et il me semble qu'on n'a point eu de peine à se déclarer qu'il ne la doibt prétendre ny ne scauroit l'avoir. Je commence à estre accablé de diverses importunités de moynes et de religieuses, qui touttes me demandent des lettres pour M. l'ambassadeur. Pour me descharger, je les signe touttes, sans prétendre qu'elles vous nécessiteront à aucune chose; mais de cette règle trouvez bon que j'excepte les filles de la Visitation et du Carmel, qui poursuivent, les unes la canonisation d'un saint évesque, leur fondateur, et les autres d'une sainte fille qui les a gouvernées avec beaucoup de charité et de prudence pendant plusieurs années.

Je recommande aussy à vostre bonté les religieux de la réforme de S'-Benoist, ditz de S'-Maur, et mes bons voisins les Auguslins refformez. J'ai dit aux amis de M. Dulieu qu'il avoit

dations (t. V, p. G2) ; elle est adressée au cardinal Mazarin. On y lit, au sujet de l'affaire dont il est ici question :

« M. le cardinal Grimaldi éciit amplement à Votre Éininence sur ce qui regarde les JP^ Ursins. M. le duc de Bracciano a désiré me parler : nous nous trouvâmes, il y a deux jours, aux Carmes déchaussés ; c'élait pour me faire voir un mémoire dans lequel sont les raisons sur lesquelles il appuie la prétention qu'il a d'avoir la main droite chez nos ambassadeurs. Votre Éminence le verra, et y fera telle réllexion quelle jugera à propos »

(1) Charlotte de la Tour d'Auvergne, duchesse de Bouillon, sœur de Turenne et du duc de Bouillon, morte sans alliance en 1662.

(2) Il s'agit probablement ici du cardinal Camille Pamphile, neveu du pape Innocent X, qui, ayant déposé la pourpre, épousa Olympia Aldobrandini, princesse de Rossano, petite-niece du pape Clément Vil, héritière de sa maison, alors veuve de Paul Borghèse, morte le 18 décembre 16S1.

tort de ne s'estre pas accommodé à ce que- vous aviez désiré, et peut-estre se rendra-t-il plus traittable. Ce n'est pas seulement en une affaire de si peu d'importance que vous debvez attendre d'estre servy de moy, mais en touttes celles qui vous concerneront. J'y prendray tousjours la part que nostre antienne amityé m'oblige, et la profession que je fais d'estre,

Vostre très-humble et très-affectionné serviteur. De Loménie Brienne.

A Paris, le 12 may 1647 (1)

(1) Nous avons trouvé une lettre du cardinal Mazarin lui-même, adressée à M. de Fontenay, en date du 22 mai de la présente année. (Bibl. nat., ms. Dupuy, vol. 775, fol. 80). Nous la donnons ici tout entière, non à cause de son importance, mais pour le sujet fort imprévu quelle traite :

Le cardinal Mazarin au marquis de Fontenay.

Amiens, le 22 may 1647.

Monsieur,

Cette lettre vous sera présentée par la s^» Anna-Francesca Costa, qui a, sans flatterie, donné telle satisfaction à la Reyne et à toute la cour, dans la représentation qui fut faicte ce carnaval de la comédie en musique d'Orphée, que ie ne puis la laisser partir et scavoir qu elle doibt se rendre à Rome après les chaleurs, sans vous la recommander, et sans la mettre soubz vostre protection particulière durant le séiour que vous y ferez. Je scay qu'il y a mille rencontres où la seule ombre de nostre auctorité luy peult extrêmement servir ; c'est pourquoy ie vous prie de l'en favoriser aussy souvent qu'elle y recourra, et qu'il ne se présente point d'occasion qu'elle ne ressente des effects de ma recommandation. Cependant ie vous asseure que ie mettray fort volontiers sur mon propre compte toutes les grâces que vous luy aurez départies, et demeure,

Monsieur,

Votre très-affectionné serviteur et très-véritable,

Le Card' Mazariny.

Le Roi au marquis de Fontenay (1).

Chantilly, 12 mai 1647.

Monsieur le marquis de Fontenay,

Le mémoire que i'ay commandé estre dressé pour vous servir d'instruction contient tant de différentes matières, qu'il n'a pas esté possible l'achever devant mon partement, et iugeant par les lectres que vous avez escrjtes que vous estes prest d'arriver en Italie, ie fais partir présentement le secréfe Pennautier, et luy ordonne de faire toute diligence pour se rendre auprès de vous avant que vous soiez à Rome. Il est chargé de toutes les lettres dont vous pourrez avoir besoing pour vous donner créance et droict de négocier et traicter de mes affaires, soit avec Sa Steté^ mes serviteurs, que les autres personnes avec lesquelles vous serez obligé d'y entrer. Vous aurez une lettre adressante au Grand-Duc, affm que si vous n'aviez encores passé par ses Estais et que vous soiez nécessité de le voir, vous luy fassiez cognoistre, selon l'inspiration que vous en avez eue, combien ie suis satisfait de sa manière de procéder, que i'ay pour luy toute l'estime qu'il scauroit désirer et une telle confiance en son affection, que i'ay passion de luy donner des marques solides de la mienne. 474 23 355 19 8 32 12 6 86 28 19 8 23 92 12 23 17 84 12 36 7 90 63 12 6 90 62 12 80 481 544 7 le

(1) Cette dépêche manque au recueil de la Bibliothèque d'Orléans. Nous avons été assez heureux pour la retrouver dans le volume 727 des manuscrits de Dupuy, à la Bibliothèque nationale, fol. 50; mais elle contient certaines parties en chiffres dont nous n'avons pu découvrir la clé. Nous la reproduisons telle que nous l'avons collationnée sur l'original. Il est, du reste, fort naturel qu'ayant échappé au secrétaire de l'ambassadeur, elle n'ait pas été traduite entre les lignes comme les autres. Elle est de format absolument identique aux dépèches ordinaires du Roi et a dû partir par le même courrier que celle du comte de Brienue qui précède.

pourront promettre. Il est bien vray que la disposition présente des affaires me donne bien autant de lieu d'espérer la conclusion de la paix que de craindre la continuation de la guerre; mais comme l'une est le dernier des biens et l'autre des maux, et que ceux-cy se font pour l'ordre sentir plus que les premiers, et que bien souvent les hommes abandonnent ou rejectent ce qui est souhaitable pour embrasser ce qu'ils devroient fuir, ie suis touché de quelque apréhension que le peu de prudence avec laquelle nos ennemis se sont conduits ne les porte à refuser ce qui leur est offert, auquel cas les premières pensées que 54 3 19 3 19 7 592 69 me reviendraient, si ce n'est qu'il fallust préférer à nos communs avantages ce qui est absolument nécessaire à la Chrestienté. Si vous prenez audiance du Pape avant qu'avoir receu led. mémoire, vous aurez à dire à Sa Steté que ie vous ay choisy, par l'avis de la Reyne régente Madame ma mère, ^our aller me servir auprès d'EUe et luy lever le prétexte de douter que toutes les offres qui ont esté passez à son endroict par mon cousin le cardinal Grimaldy n'eussent esté en conformité des ordres que ie luy avois adressez, espérant que se voyant de nouveau prié des grâces de justice dont si souvent il a esté importuné, il se disposera à me les accorder; et, sans entrer trop avant en matière avec luy, vous luy insinuerez qu'il se flatte et qu'il se trompe, s'il espère que ie seray pour m'en relascher, car enfin il y a des choses qui doivent estre demandées après plusieurs refus, et l'on ne doit jamais avoir honte de poursuivre ce qui est juste; mais il ne faut pas en tirer cette conséquence faulce, qu'on peut partant persister à en faire le refus. Vous prendrez information, de mes cousins les cardaux d'Est et Grimaldy et du sr abbé de S'-Nicolas, du dernier estât où les affaires sont demeurées, afin d'agir en conformité de ce qui a esté avancé par eux, ce qui servira puissamment pour insinuer au Pape que nosd. cousins et led. abbé n'ont en rien outrepassé les ordres qu'ils ont euz, et qu'il ne peut espérer d'establir entre nous une parfaicte confiance qu'en, se disposant à consentir à ce dont si souvent il a esté requis. Je vous ferois entendre comme 59 13 7 70 33 7 5 8 91 12 7 n'est pas encores résolu de ne point 598 83 59 64 15 12 35 65 7 249 7, bien qu'il luy ait esté déclaré 80 54 5 87 13 7 75 15 70 23 60 32 13 64 12 35 8, n'estoit que ce

sera un des points dont vostre instruction se trouvera chargée, et qu'on mettra en considération 39 10 85 95 12 96 11 12 35 136 qui en attireroit d'autres sur ce rencontre, 492 s'estant desià laissé entendre qu'après que le sien 59 19 5 19 23 68 12 7 95 8 19 14 60 10 7 6 19 12 20 87 15 21 6 35 59 35 64 12 35 8 23 87 63, et c'est un grand 11 22 7 94 21 60 23 59 10 83 93 12 96 11 12 35 30 356 80 30 14 60 35 492. Sur ce, ie prie Dieu qu'il vous ait, Monsi" le marquis de Fontenay, en sa s^e garde. Escrit à Chantilly, le xiie may 1647.

Signé : LoUlS.

Et plus bas : De Loménie.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Amiens (1), le 23 mai 1647 (2).

Monsieur,

J'ay pris occasion de parler à M. le cardinal Mazarin du contenu en vostre lettre du vc du courant, et luy fis remarquer l'impossibilité qu'il y auroit que vous et M. de Guise (3) lo-

(1) La guerre se poursuivait en Flandre, où le duc d'Orléans venait d'enlever successivement aux Espagnols Courtray et Dunkerque. Une armée de réserve était en même temps rassemblée auprès d'Amiens, pour faciliter, au besoin, la conquête de la Belgique. On y conduisit le jeune Louis XIV, âgé de huit ans, et il enthousiasma l'armée par sa présence. Nous verrons, par les dates mêmes des lettres du comte de Brienne, que la cour séjourna dans cette ville jusqu'au 8 août 1647, c'est-à-dire près de trois mois.

(2) Sur le dernier feuillet de presque toutes les lettres qui suivent, le secrétaire d'ambassade chargé de la transcription des parties chiffrées a écrit la date de l'arrivée du courrier à Rome. Ainsi, la présente dépêche porte la mention : « Resseue le 11 juin, o

(3) Henri de Lorraine, II« du nom, duc de Guise, de Joyeuse, prince de Joinville, né le 4 avril 1614, mort le 2 juin 1664. Il était fils de Charles de Lorraine et de Henriette-Catherine, duchesse de Joyeuse.

geassiez en mesme logis, affin de lui ester de l'esprict que le palais des Quatre-Fontaines (1) fust assez grand pour y demeurer ensemble.

Il me sembla ne demeurer pas entièrement persuadé; mais il ne mist jamais en doute que vous n'y deussiez descendre et l'occuper pendant un tempz raisonnable. Toutesfois, il insista tousjours qu'il y auroit quelque chose d'indécent d'en faire sortir M. de Guise. J'appuiay mon dire sur la difficulté que je prévoyois qui seroit entre vous et luy sur la main, car bien que vous aiez ordre de ne la point donner, sinon aux princes du sang, les autres ne lairront de la prétendre, et, leur estant refusée, ce leur sera un sujet de s'abstenir de rendre visite aux ambassadeurs de Sa Majesté. Il pourra estre qu'on mandera à M. de Guise de s'y porter, affin que son exemple donne règle et que l'aisné des Ursins (2), qui insiste pour l'avoir, en perde l'espérance et n'ait nul suject de s'y affermir. Par ce que j'escris à l'avance, je laisse avec incertitude ce poinct, aimant mieux par un appostil vous mander que j'ay rencontré les sentiments de Sa Majesté, ou que je m'y suis mescompté, que retarder à commencer ma dépesche, et estre forcé de l'escrire avec telle précipitation qu'il ne me reste aucun loisir de la considérer, et avoir une excuse toute parée si je m'estois oublié de plusieurs choses qui peuvent concerner le service de Sa Majesté. J'escris présentement à M. l'abbé de Saint- Nicolas (3) qu'on trouveroit estrange si vous n'occupiez pas le

(1) On voit qu'à la date de cette lettre le duc de Guise était à Rome, logé dans le palais « Royal, » alors vacant, puisqu'il n'y avait pas d'ambassadeur en titre. Il était venu suivre de plus près l'affaire de son divorce d'avec Honorée de Glimes, veuve d'Albert-Maxirailien de Hennin, comtesse de Bossu, qu'il avait épousée à Bruxelles, le 11 novembre 1641.

(2) Il s'agit ici de Ferdinand des Ursins, duc de San-Gemini et de Bracciano, père de Virginie des Ursins. Il avait un frère, qui était le cardinal Ursin.

(3) La dépêche du comte de Brienne à l'abbé de Saint-Nicolas, datée d'Amiens, le 23mail6i7, se trouve dans le recueil des Négociations à la cour de Rome, etc., t. V, p. 123 à 132. Voici le passage auquel il est fait ici allusion : « Il seroit à craindre qu'à l'arrivée de M. de Fontenay à Rome, il se passât quelque chose entre lui et M. de Guise qui ne fût ni bien séant, ni honnête : que ce prince prétendit la main que l'autre a défense d'accorder à aucun, s'il n'est de sang royal, et que le duc de Guise, s'opiniâtrant à demeurer dans le palais Royal, il y eût entre leurs gens quelque désordre.

palais qui porte le nom de Royal et, sur le suject de la main, ce qui ne plaira pas à Monsieur de Guise; mais il luy est facile d'en esviter le déboire, ne demeurant point de par delà, ou il peut bien louer un palais, s'il veut attendre le dernier jugement qui sera rendu sur son affaire (i); car, quelque bon visage qu'il reçoive du Pape, il est trompé s'il est persuadé que les offices, qui seront portez contre luy par les ministres d'Espagne, n'obligent Sa Sainteté à ne se point départir des formes ordinaires, et qui les establîst convient qu'un procès qui doit estre décidé en la Rotte n'est pas l'ouvrage d'un jour.

Le party que vous avez pris selon le sentiment du sr Giustiniani ne scauroit choquer personne, sinon le card^ arch. de Gennes, et la Rép., ne rendant pas les honneurs accoustumez aux ambeurs de cette couronne, s'exclust de sa propre volonté d'estre recherchée de leur donner audiance, ne devroit point trouver à redire qu'on complist envers les cardinaux, qui n'ont rien innové aux usances establies, ce qui leur est deu ; mais comme la Rép. est un prince et que c'est dans son Estât qu'on est convié à ce qu'on faict, il est pourtant honneste que ce soit en une manière qui ne les puisse blesser. Il ne me souvient pas qu'on ait trouvé à redire à ce que fist M. de St-Chamont (2)

Le remède consisteroit à lui faire scavoir que Sa Majesté, pour des respects de sa grandeur et pour le bien de son service, n'a pas voulu introduire une coutume nouvelle de faire donner la main par des ambassadeurs, afin que, ne s'en tenant point blessé, il donnât exemple à tous de ne la point prétendre ; je dis aux barons romains qui s'en flattent et qui s'en pressent, nommément l'aîné de la maison des Ursins; et, cela concerté de la sorte, l'ambassadeur et le duc de Guise pourront demeurer dans le palais Royal, où l'on dit qu'il y aura du logement de reste, puisque M. le cardinal Grimaldi sera parti de Rome avant que ledit ambassadeur y arrive. »

(1) Cette affaire était le divorce du duc et de la comtesse de Bossu.

(2) M. de Saint-Chamont avait été envoyé comme ambassadeur de France à Rome, au mois de janvier 1644; il n'y resta que jusqu'à la fin de l'année et fut remplacé pai' M. de Grémonville, qui n'y séjourna lui-même que quelques mois. Ces deux missions ayant été peu heureuses, et la France se trouvant à peu prés brouillée avec le Saint-Siège, on n'avait plus accrédité près d'Innocent X qu'un simple résidant, qui fut, comme nous l'avons dit, l'abbé de Saint-Nicolas. — Le recueil complet des dépêches de l'ambassade de M. de Saint-Chamont à Rome se trouve à la Bibliothèque nationale, ms. fr. 16069, in-fol. (anc. S.-Germ.. 737).

passant par Gennes; mais c'est de qui il ne faut point prendre exemple, et réconcilier les deux avis qui vous ont esté portez, sans en condamner aucun, mais je lotie celui que vous avez embrassé.

Ce sera des lettres de M. le cardinal ou de M. de Lionne que vous recevrez un remerciement de Tinstance que vous avez faite à la mesme Rép. Y)Our avoir une galaire pour apporter en France les nièces deSonÉminence(i),et je n'avois jamais doubté qu'ilz ne s'y disposassent; car, outre que c'est une courtoisie qu'on ne scauroit honnestement refuser, il leur peut estre si utile et leur a desjà tant esté, que c'est une recognoissance des premières grâces reçues, plustost qu'un engagement pour en retirer d'autres que ce qu'ilz font ; et il se peut dire qu'ils lui doivent la liberté dont usent leurs marchands de naviguer, aiant faict révocquer toutes les commissions décernées pour aller faire le cours, et bien expressément deffendu aux capp"" de vaisseaux du Roy de rien entreprendre qui puisse donner suject de plainte à cette Rép.

Quelque diligence qu'ait peu faire Pennautier, il ne vous aura sceu joindre que depuis vostre arrivée à Rome, puisque dez le 8c vous vous embarquiez pour Livorne et qu'il estoit encore à Paris mesme au ISe, n'aiant sceu retirer plus tost de M. de Lionne quelques dépesches qu'on luy avoit commandé d'attendre.

Je serois en une extresme peine comme vous vous seriez démeslé du G. -Duc, n'aiant point de lettres pour luy, n'estoit que je suis asseuré que vostre suffisance et vostre expérience vous aura fourny divers partis, et que vous aviez couvert vostre manquement avec tant d'adresse, que cette Altesse ne vous condemnera point. J'aurois achevé ma lettre si je n'avois qu'à respondre à la vostre; mais ce n'est pas la matière de mon travail, iugeanl qu'il importe au service de Sa Majesté que vous soiez averty de Testât présent des affaires de la paix et de la guerre. D semble que les plénipotentiaires qui sont à Munster aient avancé leur ouvrage, puisque ceux de cette couronne se sont enfin expliquez aux médiateurs que,

(1) Voir à ce sujet la fin de la lettre de M. de Fontenay du 10 mai, plus haut, p. 9.

de tous les poincls qui restent indécis entre nous et les Espagnols, celuy d'une trêve demandée pour Portugal ne sera point en sorte contestée qu'il puisse donner lieu à rompre, ny quelques avis qu'on a consenty de remettre au jugement des Estats, ce qui sequipole à dire qu'on les abandonne, y aiant lieu de croire et de craindre qu'ilz se rendront à ceux qui les presseront le plus, et que, pour assurer leur paix, ilz ne se feront pas prier de condamner la France en des choses de petite conséquence comparées aux plus grandes qui luy sont délaissées. Pourtant on les flatte de l'honneur qu'on leur defiere, et sy on les prie de considérer les intérests d'un ancien allié et ne demeurer point préoccupez que, bien que ce soit l'Espagne qui en a fait l'ouverture, qu'ils luy en soient obligés, et que la France n'eust ozé en faire la proposition, parce qu'il luy pourroit estre reproché qu'elle recherchoit des juges intéressez dans leur cause, mais que l'ennemy aiant eu toute confiance dans leur sequité, la France veut bien s'y soubzmettre, qui induist de l'ouverture faite par les Espagnolz qu'ilz ne recherchent qu'un prétexte pour céder ce qui leur est demandé.

Nous ne scaurions tarder à scavoir ce qui réussira, qui sommes assurez que les Suédois se modéreront, car desjà ilz ont proposé qu'il y eust deux évesques catholiques consécutifs à Osnabruck contre un administrateur luthérien, ce qui signiffle qu'ilz ont perdu l'espérance d'envahir ce diocèze, et leur Reyne leur a mandé qu'Elle ne veut point que pour les intérests de la maison Palatine, ny pour l'agrandissement des prolestants, la Chrestienté soit privée du bien de la paix. Ce f[ui sera le plus difficile à accorder sera la récompense qu'Elle prétend pour son armée ; pourtant, quand les affaires sont réduites au poinct de l'argent, sur le plus et le moins il s'y trouve divers expédients qui donnent facilité d'en sortir. Si ces ouvertures se fussent faictes au commancement de l'hiver, j'aurois espéré que les choses se seroient ajustées; mais comme la saison est beaucoup avancée, il est à craindre que l'on en voudra voir le succez, et il peut arriver de telles révolutions que l'on ne se contentera plus de ce qu'on estoit demeuré satisfaict, ou que l'on n'y voudra plus acquiesser. De faict, la suspension conclue entre les couronnes alliées et Bavières a de sorte enor-

gueilly les Suédois qu'ilz ont bien osé faire de nouvelles demandes; mais notre modération les surprit, et ils ont bien cogneu que si d'une guerre d'Estat ilz en fai soient une de religioUj nous ne serions pas pour y prendre part avec eux, et au contraire que nous estions résoluz de garentir la religion catholique. Cette suspon a donné lieu à remander le maréchal Thurenne (1), et la reyne de Suède a avoué que le peu de fidellité que nous avions rencontrée aux Holandois nous obhgeoit de le faire.

Ce n'est pas qu'ylz aient encores faict esclatter leur mauvaise volonté ; les provinces ne sont pas d'accord entre elles, et plusieurs se trouvent dans les vrays sentiments d'honneur et de recognoissance que nous pouvons désirer, jusques à insister qu'on mette en campagne et qu'on reçoive les offres qui lui sont faictes de les assister ; mesmes la province de Holande se trouve divisée sur ce poinct comme sur les autres; mais il reste tant à craindre que leur division nous feust nuisible, que nous leur conseillons de n'y pas tomber, et nous cherchons à faire embrasser les bonnes résolutions à ceux qui en sont éloignez. Pendant le tempz que nous donnons conseil aux autres d'esviter le dernier mal dont ilz sont menacez, et néantmoins de faire comprendre aux autres qu'ilz seroient capables de l'y porter plustost que de manquer à la France, de l'appuy de laquelle ilz avouent que leur Estât a pris, sinon sa naissance, au moins son accroissement, M. Servien (2), qui est sur les lieux, void de fois à autre des lumières qui le consolent; mais elles ne sont entretenues que par des matières si légères, qu'elle s'esteignent aisément. Toutesfois, n'estoit que sa prudence luy deffend de porter son jugement, il ne lairroit de prendre la liberté d'assurer qu'enfin les sages prévaudront au-dessus des malins.

Je ne sçay point encore quel mouvement aura excité dans

(1) Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, né le li septembre 1(511, maréchal de France en 1643, tué à Sasbach le 27 juillet 1675.

(2) Abel Servien, marquis de Sablé, né en 1593, maître des requêtes en 1624, fut exilé sous Louis XIII. 11 avait été désigné, en 1643, aux lieu et place de Chavigny, comme plénipotentiaire de la France au congrès de Munster. Il devint ministre en 1650, surintendant des finances avec Fouquet en 1653, et mourut en 1659.

leurs esprits le siège d'Armentières. L'ennemy l'a formé; mais il y trouve plus de résistance qu'il n'en avoit préveu, et M. du Plessis-Bellière, y ayant plus de deux mille chevaux et près de deux mille cinq cents hommes de pied, leur faict une vigoureuse résistance. Il ne manque que d'un bon corps de place; mais les dehors sont telz qu'il les delTendra bien quinze jours, et il a des munitions suffisamment, six compagnies de gardes françaises et trois ou quatre de Suisses. Navarre et la Melleraie sont avec lui; peu d'officiers des premiers, mais des autres un nombre raisonnable.

Pendant que les ennemis sont occupez à cette attaque, nous mettons ensemble nostre armée, et l'on n'est pas sans espérance d'y porter du secours. Si leurs retrenchements sont telz qu'on ne puisse les attaquer, on entrera dans leur païs pour y faire diversion, et telle place pourroit estre emportée qu'ilz auroient bien plus perdu que gaigné, et l'on se flatte de croire qu'Ipres pourroit bien tumber.

Ce qui passe pour constant, c'est que, quelle que soit leur fortune, elle se bornera dans la conqueste d'Armentières, et pendant le temps qu'ilz l'assiègent, Lérida s'est aussy trouvée investie et attaquée. La deffense pourra y être gaillarde, parce qu'il y a nombre d'hommes dedans ; mais M. le Prince, faisant desjà de nouveaux projectz, assure fort qu'il l'emportera, et bientost. En renvoyant notre flotte en Provence, il a désiré qu'on ne l'occupast en rien, affm d'en pouvoir faire estât pour une seconde entreprise. Et on a pris ce party et, hors la liberté qui leur sera donnée de tenir nos mers pour empescher la communication d'Espagne et d'Italie, de deux mois elle n'entreprendra rien, et on veut même qu'ilz soient si sages de ne se point esloigner de nos costes, affin d'y prendre abri si la flotte d'Espagne estoit à la mer, et esviter de ne la point rencontrer qu'une esquadre que nous avons en Ponent et celle qui vient de Suède ne les ait joints, et lors nous nous tiendrons en estât de rechercher plustost que de fuir la bataille.

Je ne doute point que M. l'archevesque d'Aix (1) ne vous ait déclaré le désir qu'il a d'aller à Rome, et que sur un présuposé

<.!) Le marqms de Fontenay lavait vu à son passage à Avignon, ainsi que les Barberini. — Voir plus haut, p. 7.

qu'il en avoit la liberté il ne s'y soit engagé; mais présentement je luy escris pour l'en dissuader, et je luy envoyé tant d'ordres qu'il aura à faire exécuter et qu'on ne voudroit confier à un autre, qu'il sera malaisé qu'il ne change de résolution. Je ne vous parle point de ce que vous aurez à faire avec le Pape sur le sujet de l'ouverture qui luy aura esté faite d'entrer en une ligue pour garentir les traitiez de paix : ce sera l'un des poincts de vostre instruction. M. l'abbé de S'-Nicolas en aura fait l'ouverture selon les avis qu'il en a euz de Munster; mais il y prévoit beaucoup de difficulté. Pour moi, je me persuade qu'il n'y en aura poinct, si l'on se restrainct à la prétendre pour maintenir l'Italie en paix et par les raisons qu'on dict y faire empeschement, qui sont la crainte de la continuation de nos prospéritez et la jalousie qu'on en a. Je suis en oppinion qu'on y pourra venir et qu'on sera bien aise de voir un obstacle formé aux vaines pensées qu'on croit que nous nourrissons.

J'ay appris par les letti'es de M. l'abbé de S'-Nicolas, en date du 29e du passé (i), que les cardinaux de la faction (2) n'ont pas approuvé l'ordre qui luy avoit esté donné de faire une espèce d'affront au cardinal Mathey, et qu'ils sont en pensée de les modérer, estimant que ce cardinal s'est plus blessé que n'a offensé l'autre, aiant voulu un tesmoing de ce qui se passoit entre eux, et j'avoue que je ne seray pas fasché qu'on esvite les suittes qu'une telle action pourroit produire. Il semble de ses lettres que l'on estimoit que passer sans s'arrester, le rideau du carrosse tiré, estoit assez tesmoigner de ressentiment; mais quand on en seroit allé plus avant, cela sera

(1) Cette lettre, qui se trouve dans le recueil des Négociations, etc., t. V, p. 89 à 96, est adressée au cardinal Mazarin. Elle commence, en effet, ainsi : « Monseigneur, j'ai reçu Tordre du Roi touchant le cardinal Mathei, et nous avons fort agité, W^ les cardinaux et moi, de quelle façon on Texécuteroit, afin de le faire en telle sorte que l'affront lui en demeure tout entier.... « Quant à la lettre du Roi, elle est du 5 avril, et elle ordonne formellement à l'abbé de Saint-Nicolas de « se retenir de visiter le cardinal Mathei, » de la conduite duquel on a à se plaindre; « s'il vouloit lui rendre visite, de ne la point recevoir, comme aussi, le rencontrant par les rues, de ne point arrêter devant lui. « {Id., ib., p. 32.)

(2) Les cardinaux « de la faction » étaient les membres du sacré collège dévoués à la France.

appuyé, car outre que l'ordre est précis, on veut establir cette maxime que les choses qui auront esté commencées seront soutenues jusques au bout.

Vous pourrez tirer avantage de la résolution qui a esté prise de tenir un ministre de cette couronne auprès du duc de Bavières, puisque cela faict voir qu'on fait fondement sur son amitié et qu'on veut avoir liaison avec les catholiques. Les plus déliez croiront que c'est pour le veiller de près; mais s'ilz considèrent que nous faisons repasser noslre armée en deçà du Rhin, ilz seront forcez d'avouer que nous avons une entière confiance en la prudhommie de ce prince ; car, enfin, il nous passe bien par l'esprit que ce luy pourroit estre une tentation, se trouvant armé, de se joindre à l'Empereur et donner un eschec aux Suédois qui l'ont toujours hay et bien malmené en ces derniers temps. Nous attendons une ambassade solennelle qu'il nous envoyé. Je suis, etc.

Signé: De Loménie Brienne.

J'envoye à M. l'abbé de S'-Nicolas une lettre pour M. le duc de Guize (1), pour s'en servir en cas que vous jugiez luy debvoir estre rendue.

(1) C'était une lettre du Roi. M. de Brienne dit à ce sujet, dans sa dépêche du 23 mai, adressée à labbé de Saint-Nicolas : « Au cas que M. de Guise ne fût point sorti du palais Royal, ou qu'il fit quelque difficulté, y demeurant, de voir .M. le marquis de Fontenay, et qu'il prétendit la main, vous aurez à rendre la lettre du Roi à M. le duc de Guise. Mais si, bien conseillé, il avoit quitté le logis, ou du moins le principal appartement, et qu'il cédât volontiers la main, il faudroit réserver ladite lettre, puisqu'il seroit inutile de faire voir qu'on aura voulu une chose qui se trouvera exécutée. »

M. Bentivoglio au marquis de Pontenay (1).

Fiorenza, li 28 di maggio 1647.

Il signor Grimaldi al suo partire di Roma disse al signore ambasciadore Ricardi che sarebbe passato per Fiorenza per vedere il Gran Duca. Dopo scrisse al signore di Villanova che, senza particolare bisogno di Sua Altezza, sarebbe passato per la corta. Questa mutatione ha messe in sospetto il Gran Duca, alquale non potei lasciare di dire che mentre il signore cardinale Grimaldi cercava di brigarsi per suoi particolari interessi e che Sua Altezza non si disponeva a dichiare i suoi sensi, perche la Francia potesse sapergli, il signore cardinale Grimaldi haveva creduto valersi délia stagione fresca, sanza perder

Florence, le 28 mai 1647.

Monseigneur Grimaldi, à son départ de Rome, a dit à Monsieur l'ambassadeur Ricardi qu'il passerait par Florence pour voir le Grand-Duc. Il a écrit ensuite à Monsieur de Villeneuve qu'à moins d'un besoin particulier de Son Altesse, il passerait par la voie la plus courte. Ce changement d'idée a inspiré des soupçons au Grand-Duc, à qui je n'ai pu m'empêcher de dire que Monsieur le cardinal Grimaldi cherchait à s'employer activement pour ses intérêts particuliers, tandis que lui-même hésitait à déclarer ses sentiments, pour les faire connaître à la î>ance; que ledit cardinal avait donc cru pouvoir, sans perdre de temps, profiter de la fraîcheur de la saison et des moments

où Son Altesse n'avait pas besoin de ses services, car, dans le

(1) Cette courte lettre ne porte ni adresse, ni suscription ; mais on voi facilement à qui elle s'adresse. M. de Fontenay n'avait quitté Florence que depuis quelques jours quand le nonce Bentivoglio lui envoya la présente dépêche, accompagnée sans doute du plus long mémoire qui suit.

tempo, mentre non haveva di servire Sua Altezza, nel quai caso haverebbe lasciato anche i suoi proprij interessi.

Hieri poi con 1' occasione délia lettera di Monsignore Mazarini, délia sua venuta quà e dell' atlaco di Lerida, dessi al Duca che poteva riflettere se le armi di Sua Maestà ben presto vittoriose in Catalogua, havessero potuto voltarsi a queste parti, et in consequenza se hora era il tempo di considerare quel che contineva quella scrittura che Monsignore Bentivoglio gli haveva fatta vedere. A questi discorsi resto tuLto sospeso e non si rispose altro se non, sono cose grandi et da pensarvi bene; e soggiundo mi che tutte queste truppe di Piombino sarebbero passate a Modena, e che a quel Duca si davano cento mila scudi. lo gli repUcai che cio non mi era noto, ma si era vero e che se si faceva tanto per Modena, quanto più si farebbe per lui, e che Monsignore Bentivoglio voleva haver questa consolatione di non haver mai lasciato occasione di ricordagli quel che stimava suo servitio.

cas contraire, il aurait laissé de côté même ses intérêts propres.

Hier encore, à l'occasion de la lettre de Monseigneur Mazarini (1), de sa venue ici et de l'attaque de Lérida, j'ai dit au Duc qu'il pouvait réfléchir s'il y avait lieu de croire que les armes de Sa Majesté, sitôt victorieuses en Catalogne, auraient pu se tourner de ce côté, et, en conséquence, si le temps était arrivé de prendre en considération le contenu de l'écrit que Monsignor Bentivoglio lui avait montré. A ces paroles, il demeura tout pensif et ne me répondit autre chose, sinon que c'étaient là de grosses affaires, et auxquelles il fallait penser mûrement; puis il ajouta que toutes ces troupes de Piombino seraient passées à Modène et qu'on donnait au Duc cent mille écus. Je lui répondis que le fait ne m'était pas connu; mais, s'il était vrai et si l'on faisait tant pour Modène, il devait en conclure qu'on ferait beaucoup plus pour lui ; que d'ailleurs Monsignor Bentivoglio voulait avoir cette consolation de n'avoir jamais

(1) Michel Mazarin, l'archevêque d'Aix.

Di lutto cio do parte aVostra Eccelenza, perche vegga che in conformità di quel che mi honoro di dire, io non lasciero perder le occasioni che, a misura délia prosperilà délie armi, bisognerà scaldar gli officii con aulorità e vigore, non senza speranza almeno credere che alla fine cacceremo il nostro profillo.

manqué une occasion de lui rappeler ce qu'il estimait l'intérêt de son service.

De tout cela je fais part à Votre Excellence, pour qu'elle voie que, conformément à ce qu'elle m'a fait l'honneur de me dire, je ne laisserai pas perdre les occasions, à mesure qu'elles nous seront fournies par le succès des armées, et qu'il faudra réchauffer avec vigueur et autorité le zèle de ceux qui peuvent nous servir, non sans garder quelque espoir que tous nos efforts ne seront point sans profit.

Mémoire pour le marqms de Fontenay (1)

Io hebbi la nuntiatura di Fiorenza per gli officii che efficacissimente furono passati in nome de Sua Maestà dal signore di Gremonville; et è certo che senza di essi io non haverei ottenuto cosa alcuna; poiche la nuntiatura già era data, e senza la

J'ai obtenu la nonciature de Florence, grâce à l'appui trèsefficace que m'a prêté, au nom de Sa Majesté, Monsieur de Gremonville, et il est certain qu'à défaut de cet appui, je n'aurais rien obtenu, puisque la nonciature était déjà donnée; et

(1) Le titre exact en italien est: Memoria per l'illmo sigre marchese di Fontaine, ambasciatore delta Maiesta chrisliannissima ; et oh lit de plus au dos: Ma^idabli del sigr Bentivoglio.

richiesta per me cosi gagliarda, haverei in quell' occasione esperimentato il poco buono animo del Papa verso la mia persona, in riguardo aile cose passate le quali sono ben note a Vostra Eccellenza; ne tardera ella a chiarlrsi di questa verità, giunta che sia a Roma, poiche la Santità Sua tra le gratie, che prétende haver fatte alla Francia, vi munera questa.

Quando fui a baciar e piedi al Papa, gli dissi, ch' erano ducent' anni, che la mia casa viveva sotto la protettione délia corona di Francia, che ultimamente il cardinal mio zio era morto actual servidore di Sua Maestà, che a Roma egli haveva vivuto con il solo denaro di Francia, che al présente vi havevo r abate, mio fratello, e che se fosse stato di gusto di Sua Santità, che anche per suo servitio, io havessi continovata la corrispondenza di lettere, che tenevo già seco (chéro pronlo a lasciare quando mi fosse dato comandato). La Santità Sua mi rispose, ch' in ogni maniera la continovasse non solo per i miei

sans la requête si ferme qu'on adressa pour moi, j'aurais, dans cette occasion, fait l'expérience du peu de bon vouloir du Pape à mon égard, à cause des faits passés, lesquels sont bien connus de Votre Excellence. Elle ne tardera pas à s'apercevoir de cette vérité dès son arrivée à Rome, puisque Sa Sainteté compte cette faveur parmi celles qu'il prétend avoir accordées à la France.

Quand je fus admis à baiser les pieds du Pape, je lui dis que depuis deux cents ans ma maison vivait sous la protection de la couronne de France; que dernièrement mon oncle était mort au service de Sa Majesté; qu'il n'avait vécu à Rome que des deniers de la France; que maintenant encore j'avais mon frère dans ce pays (1) et que, s'il eût été agréable à Sa Sainteté, j'eusse continué, dans son intérêt autant que dans le mien, la correspondance que j'entretenais depuis longtemps avec lui, (correspondance à laquelle j'étais tout prêt à renoncer aussitôt que j'en aurais reçu l'ordre). Sa Sainteté me répondit que de toute façon je devais la continuer, non seulement pour mes

(1) Sans doute le marquis Bentivoglio.

parlicolari interessi, ma per suo proprio servilio, e che di cio m' intendessi col signore cardinal Pamphilio.

Il quale mi assicuro poi, che ne haverebbe sentilo gradissimo gusto, e che io dovessi scriverli a parte, avvissandolo di quanto io havessi potuto credere esser di servi tio, non meno di nostro signore, che délia Francia.

Giunto a Fiorenza cominciai a scrivere al signor cardinale communicandogli e parlicolari avvisationi da fratello, e che erano molivi per far nascere una reciproca et buona corrispondenza.

Apena hebbi scritto quattro, o cinque volte, che le lettere cominciarono ad esser vedute e publicate, et in effetto mio fratello m' avviso, che non si poteva caminar avanti, mentre non si era sicuro del secreto.

A proportione di quel che se è caminato a Roma con gl' interessi délia corona, si è sempre caminato meco, non essendosi

intérêts particuliers, mais pour son propre service, et il me pria de m'entendre pour cela avec le cardinal Pamphile.

Ce cardinal m'assura depuis que cette commission lui faisait très-grand plaisir et que je devais lui écrire en particulier, lui donnant avis de tout ce que je croirais de l'intérêt de notre maître, aussi bien que de la France.

Arrivé à Florence, je commençai à écrire au seigneur cardinal les avis particuliers qui me venaient de mon frère, motifs bien suffisants pour faire naître entre nous une correspondance mutuelle et amicale.

A peine eus-je écrit quatre ou cinq fois, qu'on commença à montrer et à publier mes lettres, et en effet mon frère m'avisa qu'on ne pouvait continuer sur ce pied-là, puisqu'on n'était pas sûr du secret.

Dans tout ce qui s'est fait à Rome d'accord avec les intérêts de la couronne, on a toujours marché de concert avec moi, jamais lettre n'ayant été écrite dans laquelle il ne fût question d'une affaire de confiance; et ici le peu de conventions passées entre le Pape et le Grand-Duc ont été conclues par l'intermédiaire de M. l'ambassadeur de Toscane à Rome.

stato scritta, mai una lettera, nella quale vi fosse pur un negotio di confidenza, e qui pochi, che sono passati fra il Papa, et il Gran Duco, si sono conclusi con il signore ambasciadore di Toscana in Roma.

Il Papa, che puo credere, ch' io m' accorga del modo, co'l quale son trattato, ha tenuto diverse strade per metter sopra di me la colpa, affm di mostrar mi incapace délia sua gralia, e confidenza.

Il più forte suo motivo è, ch' io sia Francese, più ministro délia corona di Francia che suo, e che senza di me il Gran Ducanon si sarebbe portato aile dichiarationi che sono sequite, e che hanno lasciato metter piedi aile armi di Sua Maestà in queste parti. Io mi glorio, che cio venga ascrilto a mia colpa; ma è ben vero ch' essendo in primo luogo obligato alla Santa Sede, et al Papa, debbo dire a Vostra Eccellenza, che tutto cio, che io possa haver contribuito al servitio di Sua Maestà non è stato con altro fine, che di metter bene il Gran Duca con la

Le Pape, qui peut croire que je m'aperçois de la façon dont on me traite, a pris diverses voies pour faire retomber la faute sur mon compte, dans le but de montrer que je ne mérite ni sa faveur, ni sa confiance.

Son motif le plus fort est de prétendre que je suis Français, moins son ministre que celui de la couronne de France, et que sans moi le Grand-Duc ne se serait pas porté aux déclarations qui ont suivi et ont permis aux troupes de Sa Majesté de mettre les pieds dans ce pays. Je me glorifie de l'idée qu'on a eue de mettre cette détermination sur mon compte; mais il est bien vrai qu'étant, avant tout, obligé envers le Saint-Siège et le Pape, je dois dire à Votre Excellence que tout ce que j'ai pu faire pour le service de Sa Majesté, je ne l'ai pas fait dans un autre but que de mettre le Grand-Duc dans de bonnes relations avec la couronne, sans jamais penser le moins du monde à ce qui pourrait avoir en vue quelque dommage pour Sa Sainteté. Au reste, je n'ai jamais reçu d'instructions contraires à cette conduite, et je n'ai jamais cru que le Pape, étant le père commun des fidèles, put avoir un autre sentiment, et que le

corona, senza mai ne meno pensar a cosa, che potesse haver riguardo a damni di Sua Santità. Di cio non ho mai havuto ordine in contrario, è non ho mai creduto, ch' il Papa, essendo Padre commune, potesse haver sentimento diverso, e ch' il Gran Duca non fosse bene con un Re cosi grande e cosi potente.

Dopo queste querele si è procurato di muover qui tutti quiei, che sono nimici délia corona, accio che dalle loro relationi si potesse formar concetti, che avessero a rovinar mi; et in elTetto il Papa, con chi sia avuto occasione di parlare, hà parlato di me in modo, che con tutta la mia innocenza mi si rende insopportabile di sentir mi intaccato nella riputatione. Il signore abate di Santo Nicolas ha saputo rispondere a Sua Santità, e render buon conto délie mie attioni, contro lequali, pur hoggi si continova a cercar de' (1), et mille altre inventioni, e questo non per altro fine di questo che si dira più sotto.

Grand-Duc ne dût pas garder de bonnes relations avec un Roi si grand et si puissant.

A la suite de ces plaintes, on a cherché à mettre en mouvement ici tout ce qu'il y a d'ennemis de la couronne, afin que de leurs rapports on pût former un projet qui aboutît à ma ruine; et en effet le Pape a parlé de moi à tous ceux qui ont eu l'occasion de l'entendre, d'une façon telle que, malgré mon innocence, il me devient insupportable de me sentir attaqué dans ma réputation. Monsieur l'abbé de Saint-Nicolas a su répondre à Sa Sainteté et rendre bon compte de mes actions. On continue pourtant encore le même système de dénigrement, sans parler de mille griefs inventés contre moi, et tout cela dans un seul but que je vais vous faire connaître.

Quand Votre Excellence trouvera l'occasion de parler en ma faveur, au nom de Sa Majesté, on veut avoir un motif de m'exclure de toute prétention, non comme serviteur de Sa Majesté, mais comme n'étant pas digne, par mes propres démérites, de

(1) Ou lit ici frati ou frali, mot qui ne présente pas de sens convenable, mais auquel la clarté de la phrase permet de suppléer facilement.

Et è, che quando venga il caso, che il -Vostra Eccellenza pàrli, in nome de Sua Maestà, in favor délia mia persona, haver modo da escluder mi di ogni pretensione, non corne servidore di Sua Maestà, ma per incapace per i proprii demeriti, di qualsivoglia gratia che per me Vostra Eccellenza pensasse di poter ottenere.

Giuro a Vostra Eccellenza, che non posse haver maggiore interesse, anzi esser questo 1' unico, ch' io possa havere; cioè di meritar la buona gratia, e confidenza di Sua Santità, e che per questo fine, io non lascero mai di fare tutto cio che possa un huomo da bene. Sono ecclesiastico e suddito de Sua Santità, e fuori délia Stato ecclesiastico la mia casa non hà interesse alcuno.

E non sarà mai, ch' io habbiaa perdere la protettione che Sua Maestà si degna havere délia mia povera casa, ne so intendere come possa disdire il Papa d' haver servidori confident! d' una corona si grande ; anzi che col commune juditio délie persone più sensate, e più qualificate Sua Santità doverebbe cercare soggetti di questa sorte, quando non gli havesse, per il suo proprio, e buon servitio.

toute espèce de faveur que Votre Excellence penserait à obtenir pour moi.

Je jure à Votre Excellence que mon plus grand intérêt, ou plutôt le seul que je doive avoir, est de mériter les bonnes grâces et la confiance de Sa Sainteté, et que pour y arriver je ne manquerai jamais de faire tout ce que peut un homme de bien. Je suis ecclésiastique et sujet de Sa Sainteté, et liors de l'État ecclésiastique ma maison n'a aucun intérêt.

Comme je ne crois jamais avoir à perdre la pi-otection que Sa Majesté daigne accorder à ma pauvre maison, je ne puis comprendre non plus comment Sa Sainteté pourrait refuser d'avoir des serviteurs ayant la confiance d'une couronne si puissante, quand, au contraire, de l'aveu des personnes les plus sages et les plus quaUfiées, eUe devrait chercher des sujets de cette sorte, si elle n'en avait pas pour son propre et bon service.

Da quel che cli sopira si è detto, Vostra Eccellenza più ben vedere quel che si possa sperare per i miei avanzamenti. Si cercheranno à Roma a sola mia esclusione i soggetti per la nuntialura di Francia; et se Sua Maestà desidera d' haver vi persone, che siano confidenti, et che quest' honore potesse cadere sopra la mia persona, Yostra Eccellenza vedrà quel che si anderà trovando, et invenlando per escludermi.

Sono andati in predicamento diversi prelati, che per le notisie havute da mio fratello, intendo che non saranno accettati, et dair istesso mio fratello più d' una volta mè stato scritto, che, nella difficoltà di trovar soggetti, io poteva sperar la mia fortuna. In cio sono tanto sicuro délia benignissima protettione di Vostra Eccellenza, che non ho da metter in dubbio di doverne provare intieramente gl' effetti; lasciando in questo, ch' ella operi conforme aile occasioni che si presentaranno, et che crederà esser di maggiore servitio délia Sua Maestà.

Di due gratie supplico Vostra Eccellenza per la particolare

D'après ce que j'ai dit plus haut, Votre Excellence est à même de connaître ce qu'on peut espérer pour mon avancement. Dans l'intention de m'exclure, on cherchera à Rome des sujets pour la nonciature de France, et, si Sa Majesté désire avoir auprès d'elle des personnes en qui elle ait confiance, Votre Excellence devra voir ce qu'on pourra trouver et inventer pour m'exclure de celte charge.

On a mis en avant les noms de plusieurs prélats que, par les informations reçues de mon frère, je sais ne devoir pas être acceptées, et ce même frère m'a écrit plus d'une fois que, dans la difficulté de trouver des sujets convenables, je pouvais espérer de réussir. En cela je suis si certain de la très-bienveillante protection de Votre Excellence, que je ne peux mettre en doute son désir de m'en donner des preuves effectives, laissant à son bon plaisir le soin d'agir conformément aux occasions qui se présenteront, et suivant ce qu'il croira le plus utile au service de Sa Majesté.

J'ai deux grâces particuUères à vous demander pour moi. La

mia persona La prima è, che riguarda 1' unico mio avanzamento, è il valersi délie congiunture per portar mi alla nuntiatura di Francia, e quando cio non possa riuscire, o che fosse, come ho detlo in voce à Vostra Eccellenza, servilio di Sua Maestà, che io mi trattenga in questo carico; disgombrar almeno 1' anima di Sua Santità dalle maie impression!, accio la mia casa non sia perseguitala, che pur troppo sono quiei preiuditii che si ricevano col solo sapersi che Sua Santità non ci ama.

Se Vostra Eccellenza vuol' entrar mia sicurta, per assicurare il Papa délia volontà determinata che ho, di bene et fedelmente servirlo, io impegno con 1' Eccellenza Vostra ogni mia parola, et la rendo certa, che non haverà mai da pentirsi d' haver mi fatto quest' onore.

L' altra gratia délia quale io devo supplicarla è di compiacersi di dirmi liberamente, quando Vostra Eccellenza conoscesse infruttuosi tutti eli officii da farsi in mio favore, Io statu

première, qui ne regarde que mon avancement, est de profiter des conjectures pour me porter à la nonciature de France; et, si ma demande ne peut réussir, ou s'il est de l'intérêt du service de Sa Majesté, comme je l'ai dit de vive voix à Votre Excellence, que je garde la charge que j'occupe maintenant, de chercher au moins à effacer dans l'esprit de Sa Sainteté les mauvaises impressions qu'il a conçues contre moi, pour que ma maison n'en éprouve pas de mauvais effets. Le seul fait connu que Sa Sainteté ne nous aime pas nous cause déjà trop de préjudice.

Si Votre Excellence veut être ma caution pour assurer le Pape de ma volonté déterminée de le servir bien et fidèlement, j'engage ma parole à Votre Excellence, et je lui donne toute certitude qu'il n'aura jamais à se repentir de m'avoir fait cet honneur.

L'autre grâce que je dois implorer d'Elle, c'est qu'il lui plaise de me dire franchement, si Votre Excellence reconnaît que tous ses efforts en ma faveur sont infructueux, l'état réel dans lequel il aura trouvé mes affaires, pour que je puisse reprendre

nel quale haverà trovato le cose mie, perche io possa quietarmi d' animo, et aspettare tempi migliori, sempre fisso pero di star, se bene espotto ad ogni pericolo, ove mi sarà comandato per servitio di Sua Maestà.

ma tranquillité d'esprit et attendre des temps meilleurs, bien résolu d'ailleurs et tout prêt à m'exposer à toute espèce de danger pour ce qui me sera commandé en vue du service de Sa Majesté.

Le comte de Erienne au marquis de Fontenay.

Amiens, le 30 mai 1647.

Monsieur,

Les dernières lettres que j'ay eues de M. de Yilleneufve (1), qui sont datées du ixe du courant, m'ont appris comme vous n'estiez pas encores desbarqué à Livorne et que M. le Grand-Duc s'estoit avancé dans l'une de ses maisons pour vous yreceuvoir. Je ne me prometz pas de petites choses de vostre abouchement avec Son Altesse; et j'espère que vous vous serez rendu à Rome dans ce mois dont, le 6 du même, il m'estoit mandé, par M. l'abbé de Saint-Nicolas (2), qu'il avoit proposé au Pape qu'il donnast pouvoir à M. le nonce Chigy (3), qui est à Munster,

(1) M. de Villeneuve représentait alors la France près le Grand-Duc de Toscane.

(2) La lettre du 6 mai est adressée au cardinal Mazarin. Elle contient de longs et intéressants détails sur une audience que l'abbé de Saint-Nicolas a eue du Pape au sujet du projet de « ligue. » (V. ISégociations, etc., t. V, p. 90 à 110.)

(3) Fabio Chigy, nonce du Pape à Munster.

d'entrer dans une ligue qui est demandée par la France, et de laquelle les Espagnols ne doivent pas estre esloignez, puisque c'est pour maintenir la paix qui aura esté conclue, et estre en obligation à courir suz à celluy des deux roys qui la voudroit rompre, dont il est aysé de justiffier de nostre intention. Il luy fut respondu par Sa Sainteté qu'il n'avoit pas encores sceu que cette ouverture eust esté faitte, ce qui n'est pas croyable; et feignant d'estre persuadé que les princes d'Italie ni voudront pas entrer, ausquelz je demandois si elle avoit esté proposée, il ne pouvoit se résoudre à prendre part dans les affaires publiques qu'autant qu'elles ont de relation aux particullières de leur pays : c'est, à mon sens, se déclarer du sien. Il vous sera mandé, dans le mémoire auquel on travaille, comme vous aurez à vous conduire sur cette affaire ; mais, en attendant qu'il vous soit remis, vous aurez à continuer l'instance qui en a esté faitte et exécutter ce qui vous sera mandé pour ce regard par Messieurs les princes, si vostre instruction ne contient quelque chose de formellement oposé à ce qui sera désiré par eux. En la mesme audience, ledit sieur abbé ayant encore parlé que Beaupuy fût renvoyé en France et remis entre les mains du Roy, s'apperceuvant que le Pape ne luy vouUoit point faire de responce, il luy dict qu'il croyoit qu'il différoit cette grâce jusques à votre arrivée. Surquoy luy ayant esté demandé si vous en continueriez l'instance, feignant d'estre persuadé du contraire, il luy fut réplicqué par led' de Saint-Nicolas qu'il n'en devoit point doutter et qu'il luy avoit sy souvent déclaré que l'on persisteroit tousiours dans cette volonté, qu'il luy eust esté plus honneste de s'en relascher, affm qu'on luy eust eu l'obligation entière, laquelle désormais aura esté acheptée par l'importunité qui luy en a esté rendue. Ce que vous avez à faire pour ce regard est aysé à estre entendu, et vous estes party bien instruict des raisons solides qui nous font continuer dans l'instance que nous en avons tousiours faitte.

Ensuite, estant entré sur les affaires de Portugal, il a semblé audit sieur abbé que le Pape commençoit de se lasser de veoir tant d'églizes destituées de pasteurs, et néantmoins il n'obtient pas qu'il les rempliroit sur les nominations du roy de Portugal, mais se plaignist de ce qu'il n'avoit pas voullu receuvoir les trois qu'il avoit pourveuz motu proprio. Sur quoy ledit

abbé de Saint-Nicolas luy ayant proposé qu'il fist expédier les bulles aux autres, et qu'on trouveroit quelque expédient pqur sauver et maintenir ce qui avoit esté fait, il lui semble que cela ne seroit pas absolument impossible, ayant bien fait comprendre au Pape, qui voudroit renverser sa proposition, que ce seroit perdre du tempz que de l'espérer, et que la conséquence estoit trop grande allencontre de ce Roy. De suitte il fust parlé de quelques grâces qui sont demandées par le cardinal Anthoine, que ledit abbé de Saint-Nicolas ne peust obtenir. J'esvitte de vous les mander, sachant trop bien qu'en la conférence que vous prendrez avec luy, il vous en informera entièrement, comme des prétentions des Ursins, auxquelz on aura peine de consentir; et, à mon sens c'est faire pour eux tout ce qu'ilz pourroient prétendre que de ne rien accorder aux princes des maisons de Savoye, Lorraine et Mantoue, qui sont nez en France, que ce qu'ils recevront; mais de voulloir des expressions claires et nettes de l'élite de leur maison et une déclaration vériffiée au Parlement, c'est à mon sens ce qu'ilz ne doivent pas espérer. Sur cette matière, tant M. le cardinal Grimaldi que M. l'abbé de Saint-Nicolas ont eu plusieurs responses, et je serois trompé sy on s'engage à plus que ce qu'on leur a mandé. Pourtant, jusques à ce que vous ayez veu vostre instruction, vous ne vous descouvrirez d'aucune chose. Et je ne pense pas qu'on diffère de la vous envoyer.

Les autres affaires dont sa despesche estoit remplie ne peuvent faire part de celle-cy. C'estoient des nouvelles sur lesquelles il n'a pas esté fait de refflexion, et comme, pour l'ordinaire, les avis qu'on reçoit sont trompeurs, il faut veoir les choses accomplies pour y donner créance jusques au point de se déterminer à croire ou à agir.

Ce qui m'est mandé de Munster vous surprendra, puisque la face des affaires n'est pas sy riante aux Espagnols qu'ilz doivent faire difficulté de donner audience aux médiateurs, et néantmoins ils l'ont reffusée en y voullant donner des conditions ; mais ces Messieurs s'en estant plaintz, et l'assemblée en ayant esté scandalisée, les Espagnols leur en ont fait faire des excuses. Nous serions trompez sy dans peu ilz n'adjoustent à l'excuse quelque chose de plus, et si les deux courriers qui ont passé de Flandres, qui vraysemblablement portent

l'advis du siège de Lérida, n'estoient chargez d'ordres précis d'essayer de conclure le traité. Deux ouvertures ont été faites aux médiateurs et par eux aux Espagnols : l'une, que Sa Majesté consentoit de remettre au jugement de Mess" les Estatz tout ce dont nous n'étions pas convenuz après avoir avisté les choses accordées ; l'autre, de rompre ouvertement avec le Turc et se faire un puissant ennemy duquel on a depuis longtemps cultivé l'amitié, pourveu que le roi d'Espagne (1) s'oblige tant que durera cette guerre de ne point attaquer le roy de Portugal.

Sur le premier, les Espagnols ont respondu qu'ilz divisoient la proposition et estoient d'accord de la première partie; mais, quant à la seconde, qu'ilz n'y pouvoient entendre sy il devoit demeurer à la décision de Messieurs les Estatz, si le Portugal seroit en paix pendant un an ou autre terme sur lequel on avoit tousjours insisté, et ont mesme laissé concevoir de leurs discours qu'il y pouvoit avoir des affaires de telle nature qu'elles ne pouvoient laisser déterminer par personne; d'où nous tirons cet avantage que les dits srs les Estatz remarqueront que l'offre des Espagnolz n'a jamais esté faitte en intention qu'elle eust effect, au lieu que nous voulions bien les avoir pour juges.

Sur l'autre ouverture estant demeurez en silence, les médiateurs et toutte l'assemblée, comme de suitte tous les princes chrétiens, seront destrompez de leur bonne intention au bien public, et tous cognoistront que l'Ottoman et l'Espagne c'est le Portugais, et que peu leur importe que le vray Ottoman accroisse sa domination aux despens et au malheur de la crestienté, pourveu qu'il aye moyen de ruiner ce prince.

J'espère que devant que d'estre obligé de signer ma lettre, que j'auroy des nouvelles du siège d'Armentières et de ce qui aura esté entrepris ou pour la secourir ou pour faire divertion. Le xxiiiie du mois, l'ennemy n'estoyt qu'à xxpas de la contrescarpe, et environ ce tempz on avoit embarqué des canons et des munitions à Donkerke, et on estoit en pensée d'aller ou à Dixmuide ou à Ipres, si l'une de ces places estoit emportée. Quand bien les ennemys auront pris Armentières, peu de personnes croiront qu'ilz ayent eu fortune.

(l) Philippe IV, né le 8 avril 1605, roi d'Espagne à dix-sept ans, mort le 17 septembre 1665.

Il faut advouer que celluy qui y commande, qui est le Plessis- Bellière, y acquiert grande réputation. Car enfin une place, qui n'a duré que peu de jours devant nous, arreste les armes d'Espagne depuis dix-huit jours.

Les lettres d'Hollande ne me font pas concevoir que M. Servien emporte sur les Estatz de mettre en campagne : le désir de la paix en plusieurs, la jalousie que d'autres ont de no/, prospéritez et la hayne de quelques autres sont les moyens qui contribuent au bonheur des Espagnolz ; et les bonnes inclinanations du prince d'Orange (1) sont sans efi"ect par le contrepoidz qu'il reçoit de tous ceux-là; mais, de ce mal, nous en tirerons cet avantage, et nous sommes persuadez que Dieu l'a permis pour la plus grande gloire de cette couronne et humiliation de celle d'Espagne, que, sans l'assistance d'aucun alUé, nous remporterons de telz avantages sur celle-là, que tous les peuples se destromperont de l'opinion en laquelle ilz ont vescu que, sans l'ayde des Hollandois, nous aurions eu peyne à nous defTendre des Espagnolz; l'expérience leur faisant cognoistre que la France, bien gouvernée et dans l'entière union, est capable de donner la loy à ses voisins, qui faira paroistre sa modération, que l'avantage qu'elle remporte en ne changeant point les conditions qu'elle a proposées pour parvenir à la paix, se contentant de garder ce qu'elle aura conquis, sans demander la restitution de plusieurs provinces injustement détenues par les Espagnolz.

M. le maréchal de Villeroy est party pour aller à l'armée. Son Altesse Royalle est arrivée en très-bonne santé de son voyage des eaux de Bourbon. On croit séjourner encore icy quelque temps.

Je suis, Monsieur, etc.

Signé : De Loménie Brienne.

(1) Guillaume II, prince d'Orange. Son père, Frédéric-Henri de Nassau, était mort le 14 mars 1647. Il lui succéda, le 23 janvier 1648, dans la dignité de stathouder de Hollande ; mais il se brouilla presque immédiatement avec les États qui lui refusèrent des secours pour son beau-père, Charles I*'', roi d'Angleterre. Il mourut le 6 novembre 1650.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Amiens, 6 juin 1647.

Monsieur,

Vous aurez devant cette lettre M. l'archevesque d'Aix, et le s>" Pennaultier aussy, duquel j'eusse hasté le partement, si j'eusse peu prévoir qu'on eust employé tant detempzà dresser le mémoire qu'il vous debvoit porter, et il est fascheux que vous n'ayez point eu de lettres à rendre à M. le Grand-Duc (1), car bien que l'excuse que vous avez avancée ne l'est pas sans quelque apparence, c'est tousjours donner mauvaise impression de nostre conduicte de ne faire pasà.tempz les choses de cette nature. Mais vostre esprit et les advis que vous avez eus tant de M. le nonce Bentivoglio que de M. de Villeneufve vous ont donné moyen de parler en sorte à cette Altesse qu'il ne scauroit croire que vous n'eussiez eu des ordres précis pour ce qui le regardoit. La lenteur ordinaire de son naturel ou une prudence affectée et, à vous dire mon sentiment, beaucoup de crainte des Espagnolz et des choses de l'advenir le font estre si retenu que, comme vous le luy avez bien faict entendre, il laisse perdre les belles occasions de s'accroistre et de s'affranchir, et en tel temps en pourroit-il estre touché, que nous ne serons plus en estât de luy servir. Il me semble que lesmesmes considérations luy font souffrir avec un flegme parlicuUier divers mauvais traittements des Espagnolz; et il faut qu'il ayt le cœur bien pressé, puisqu'il s'est porté à vous dire qu'il n'y avoit de leurs ministres que les seulz gouverneurs de Milan et vice-roy de Naple qui l'eussent en considération. Mais il est

(1) Fontenay avait, comme nous l'avons dit, passé par Florence, et il avait vu le Grand-Duc ; mais il n'avait séjourné que fort peu de temps en Toscane, et à la date du 6 juin, il était depuis quinze jours a Rome.

aizé de pénétrer qu'ilz luy gardent le respect, parce qu'ilz co gnoissent combien il luy seroil facile de proffiter de leur faiblesse et de leur mauvaise fortune ; et comme il n'est pas possible qu'il ne pénètre ce secret, il debvroit se prévaloir des tempz et des occasions favorables qui se présentent pour asseurer sa liberté et s'accroistre d'estendue d'Estats; et il a observé trop fidellement la neutralité qu'il a acceptée et a vendu trop librement ses galères, pour se pouvoir imaginer qu'ilz le luy pardonnent. De sorte qu'estant infaillible qu'ilz en auront tost ou tard du ressentiment, la prudence lui debvoit inspirer de se rendre puissant; et si la fortune l'eslevoit au comble où il pourroit monter, il seroit en estât d'estre craint, et les autres hors de celuy de luy mal faire.

Je ne suis pas surpris qu'il ayt apporté beaucoup de difficulté à oublier les mescontentements qu'il a receus des Barberins : il est du pays et de la famille qui professent de ne pardonner jamais. Mais il aura bien de la peine de reffuser aux instances de Sa Majesté, sinon le cœur, au moins les apparences de la réconciliation, si bien le cœur n'y sera point entré. Depuis la déclaration que cette Altesse a faitte d'estre neustre et que divers témoignages de son respect envers la France l'ont rendu suspect aux Espagnolz, il pourra passer pour estrange que M. de Vandosme (1) eust continué sa demeure en ses Estats. Mais si la bienséance a empesché le Grand-Duc de le presser d'en sortir, il debvoit avoir assez de discrétion pour ne lui donner nul subjet de mescontentement ; mais estant tombé dans ce manquement et ayant faict connoistre la trempe de son esprit, il arrivera qu'il en sortira parce qu'on luy fera cognoistre qu'il le doibt, ou du moins il ne pourra rien dire qui puisse donner mauvayse impression de notre conduite. Je souhaitte que M. l'archevesque d'Aix, par la sienne, avance ce qu'il désire ; mais il est à craindre qu'il ne réussira pas et, pour estre nommé par le roy de Pologne (2), il est tousjours frère de M. le cardinal, de sorte qu'il y a des oppositions à sa fortune qui ne peuvent estre surmontées jusques à ce que la confiance soit

(1) César, duc de Vendôme, fils naturel de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, né en 1594, mort le 22 octobre 1G65.

(2) C'était, on le sait, par le roi de Pologne, que Michel Mazarin se faisait proposer au choix du Souverain-Pontife comme cardinal. Il partit en

restablie entre le Pape et le cardinal son frère, lequel n'a pas approuvé ce voyage; car bien qu'il ne l'ayt pas contredit, même qu'il y ayt donné son consentement, c'estoit dans la pensée que M. l'archevesque ne s'en serviroit que lorsque les affaires seroient plus avancées; et depuis qu'il s'est déclaré qu'il se vouUoit servir de la liberté qu'il en avoit eue, je luy ay escrit pour l'en détourner, et au moins pour reculer son voyage.

En arrivant à Rome, vous trouverez le Pape aheurté à ne point concourir à la ligue (1) qui luy a esté proposée. Il ne s'en défend plus par la raison que je vous ai mandée, mais par une autre très-peu appuyée et très-désobligeante pour la France, puisque c'est pour blasmer le traité de la paix, parce qu'il présuppose qu'il est dommageable à la religion catholique et que les protestans y ont de très-grands advantages (2). Pour moy, je me suis persuadé que c'est un effet de sa partialité pour l'Espagne et que, quand elle perd, tout le fasche ; et, pour destruire son opinion, je disque Bavières presse qu'on la conclue, comme estant le seul moyen de conserver la religion catholique, et qu'il est bien estably que la continuation de la guerre tire après soy le relaschement des moeurs, et ceux-cy celuy de toutte discipline, sans laquelle la religion ne sauroit subsister. Nous avons Dieu pour juge et les hommes pour tesmoingz que nous n'avons obmis à passer aucun office qui peust modérer les prétentions des protestans, et que nous n'avons pas craint

effet pour Rome fort peu de temps après M. de Fontenay, et il était arrivé dans cette ville le 10 Juin. (V. la lettre de l'abbé de Saint-Nicolas au cardinal Mazarin, Négociations, etc., p. 168.)

(1) M. de Brienne savait cela par la dépêche déjà citée de l'abbé de Saint-Nicolas à Mazarin, du 6 mai. (Négociations, etc., p. 96 et suiv.)

(2) Dans une nouvelle dépêche au cardinal Mazarin, en date du 13 mai, l'abbé de Saint-Nicolas avait écrit : « Votre Éminence aura vu par ma dernière dépêche ce qui s'étoit passé dans une audience que j'avois eue du Pape quelques jours auparavant. J'ai scu depuis qu'il se trouvoit embarrassé sur l'instance que je lui avois faite touchant la ligue que Leurs Majestés demandent que l'on fasse pour la sûreté de la paix, et qu'il avoit dit que la France le vouloit engager dans la garantie d'un traité qui étoit extrêmement préjudiciable à la religion catholique en Allemagne, Il faudra voir quel ordre il aura donné sur cela à sou nonce à Munster. » {Négociations, etc., t. V, p. 114.)

de laisser croire à nos alliez que nous nous séparerions d'eux pluslost que de consentir qu'il fust apporté aucun préjudice à la religion catholique ; et le zèle et la précaution du feu Roy, de glorieuse mémoire, pour le maintien de notre sainte foy ont paru dans les traittez d'alliance qui furent passez avec les Suédois, la force desquels les a contraincts de se relascher de l'injuste prétention qu'ils avoient sur le diocèse d'Osnabrug.

Ayant été mandé à Mrs les plénipotentiaires de cette couronne qu'on ignoroit sur qùoy le traitté esloit arresté, c'est les presser et leur donner l'entière liberté de le conclure, et nous serions en quelque manière trompez si les Espagnolz, enorgueillis du succez qu'ilz ont eu par la prise d'Armentières, les empeschoient d'y donner leur consentement. Je dis avec raison que nous serions en quelque manière trompez, parce qu'ilz ont plus perdu que gaigné de réputation en ce siège, et qu'il ne nous est pas caché que les Espagnols ont depuis un long temps résolu d'esprouver pendant cette campagne leur fortune. xYinsy combattus de deux différentes cognoissances, il nous doibt estre pardonné si nous ne nous déterminons pas à l'une des deux opinions. Ce que je puis vous dire pour asseuré, c'est que la reyne de Suède veut la paix, et qu'elle ne continuera pas la guerre, pour faire céder aux protestans un évesché, ou au Palatin un bailliage de plus, et qu'elle croit que les couronnes alliées ont beaucoup fait pour cette maison, obligeant l'Empereur à leur restituer le bas Palatinat et leur conserver le titre d'Électeur, et que les mesmes couronnes ont entièrement satisfait à l'engagement qu'elles avoient pris pour les princes de l'Empire, par les conditions advantageuses que l'Empereur a esté forcé de leur consentir. Je ne les exprime point, parce que vous en avez cognoissance, et qu'il ne leur scauroit rien rester à désirer, quand il ne peut estre rien jugé contre eux que dans les Estats de l'Empire assemblez, et que la guerre ne peut estre entreprise que de leur volonté, comme nulle imposition, soit sur les rivières que sur les villes et estatz dudit Empire, que par leur consentement. La reyne de Suède n'a non plus approuvé que ses plénipotentiaires eussent insisté que l'Empereur seroit obligé de permettre le libre exercice de la religion luthérienne dans les Estatz héréditaires ; mais pour ne donner cet avantage à ceux d'Austriche que de croire posséder à mesme titre le

royaume de Bohème, il pourra bien estre fait mention de la liberté que les sujectz auront de l'exercice de la religion qu'ilz agréront, en conformité des conditions de paix arrestées par Sigismond, et depuis par plusieurs empereurs roys.

Des lettres de M. de S'-Nicolas, en datte du xiiF (i), qui me fuirent rendues avec les vostres du xviie (2), j'ay appris comme M. de Guise vous avoit cédé le principal apartement du pallais des Quatre-Fontaines, et, pourvu qu'il apporte autant de facilité à se relascher de la prétention de la main, son séjour de par delà aura esté en quelque sorte utile, car l'ayant abandonnée, ou ne l'ayant point eue, les Ursins auroient honte d'insister et déclarer qu'ilz sont de condition esgale à ceux de Nemours et de Guise. Il y aura bien de la difficulté, mais c'est beaucoup faire pour eux que de leur dire qu'on ne donne à ceux-là ce qu'ilz prétendent , car c'est un terme fort approchant et désignant l'esgalité qu'ils demandent avec eux.

Les dépesches de La Haye ne sont point décisives : on espère, mais l'on craint bien davantage les résolutions qui s'y pourront prendre, et il est certain que la province de Hollande est si mal disposée et a mesme tant de jalousie de ce que les autres ne suivent pas aveuglément leurs sentiments, qu'elle fait tout ce qu'elle peult pour favoriser les ennemis, jusques à déclarer que quand les autres voudroient mettre en campagne qu'elle n'y contribuera pas, et il semble selon les termes précis de la lettre de M. Servien, que, depuis quatre-vingts ans, nous leur faisons la guerre, et que l'Espagne les protège. Les provinces ont convenu entre elles de ce qu'elles doibvent désirer des Espagnolz soit au sujet du hault quartier de Gueldre, du traittement qui sera fait aux ecclésiastiques dans l'étendue de la mairie de Bolduc, que pour leur traffic aux Indes ; la seule Zélande a protesté contre la résolution qui a esté formée sur ce dernier poinct, et, à la pluralité de voix, il a esté dit que leurs

(1) L'abbé de Saint-Nicolas, dans la dépêche du 13 mai que nous venons de citer, disait, en annonçant qu'il avait reçu des lettres de M. de Fontenay de Gênes, du 6 mai : « M. le duc de Guise lui cède le grand appartement et se retire dans un autre. Son affaire s'avance très-peu, et néanmoins il continue à dire ù tout le monde qu'il ne partira point d'ici qu'elle ne soit entièrement terminée. » {Négociations, etc., p. 117.)

(2) A la date du 17 mai, le marquis de Fontenay devait être à Florence.

plénipotentiaires ne partiront point pour Munster qu'on ne se soit adjusté avec la France ; et bien que nous nous relaschions de diverses choses, et que nous proposions les autres tout autant que l'on peut dans leur sentiment, si ne pouvons-nous venir à bout de ce que nous prétendons. Il est vray que les amis comme les ennemis nous traversent, mais c'est par des mouvements bien différents : ceux-là veulent la guerre, et les autres prétextent pour conclure avec l'Espagne, sans se soucier de ce que nous ferons, et ainsi ilz s'accordent en ce point qu'ils empeschent la garantie que nous poursuivons.

Je ne manqueray pas de faire savoir tant à M. d'Estrades (1) qu'à M. de Villeneufve les tesmoignages avantageux que vous rendez de la conduicte de l'un et des services de l'autre, et il est asseuré que le moyen d'estre aymez en Italie et d'y estre considérez dépend de la sagesse de ceux qu'on y employé. La diligence dont vous avez uzé de vous rendre à Rome vous y aura fait trouver M. le cardinal Grimaldi (2). Par l'ordinaire arrivé le second de ce mois, j'eus de ses lettres, et il ne me mandoit point qu'il eust résolu le jour de son partement ; mais, selon les ordres qu'il a eus, il me pai'oist en demeure. Bien est vray qu'il se sera réglé sur les advis qu'il aura eus de M. Duplessis-Besançon et du mesme d'Esti^ades.

Ce matin est arrivé un coui'rier dépesché par M. le mareschal de Villeroy, lequel a passé heureusement d'Arras à Béthune, ayant esté rencontré sur le chemin par Mrs les mareschaux de Gassion et de Ransau. Les ennemis ne s'estant ozé mettre en debvoir d'empescher la jonction, ne se trouveront plus en estât de rien entreprendre, et nos forces grossissent de jour en jour et les leurs de beaucoup diminuées.

Dans le jour M. le prince Thomas (3) sera en cette ville.

Signé: De Loménie Brienne.

(1) Godefroi, comte, puis maréchal d'Estrades, né en 1607, nommé, en 16i(i, ambassadeur de France auprès des États-Généraux des Provinces- Unies, et l'année suivante gouverneur de Porto-Longone et de Piombino.

(2) Fontenay ne trouva pas le cardinal Grimaldi à Rome. Il en était parti depuis le 20 mai pour Gènes ; mais il dut le rencontrer sur la route, et ils se croisèrent sans doute à Radicofani. (Voir la lettre de l'abbé de Saint- Nicolas à Mazarin, du 20 mai, Négociations, etc., p. 119.)

(3) Thomas-François de Savoie, cinquième fils de CharleS'Emmanuel.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Amiens, 13 juin 1647 (1), Monsieur,

Vostre conduicte a esté si prudente tant à Florence qu'à Sienne, qu'on en est resté avec beaucoup de satisfaction, et la prudence du Grand-Duc n'a pas, ce me semble, empesché que le prince Mathias (2) ne vous ait découvert leur secret. Pourtant il en peut rester un dans la pensée de l'aisné, quoy que peut dire l'autre. Jusques à présent nous avons remarqué deux désirs en ces princes : et Mathias, du consentement mesme de son frère de prendre le service de cette couronne, et l'autre de le faire espérer, mais de n'y engager jamais si avant qu'il ne luy reste un moyen de se raccommoder avec les Espagnolz. En quoy, selon mon foible sens, il pesche contre les règles de la vraye politique, qui ne saura jamais consentir qu'un foible donne de la jalousie à un plus puissant, et qu'il perde l'occasion de s'accroistre par raffoiblissement de celuy-là. Mais comme il a avancé pour excuse et pour raison de son irrésolution que le traitté de paix semblait en état de se conclure, on a fait semblant de les tenir pour légitimes, et on s'est contenté de luy insinuer qu'au cas que, contre les vœux publiez et les apparences, les espérances qu'on en a conçues s'évanouissent, qu'il faloit qu'il prist party et profitas! de l'occasion qui se préduc de Savoie, était né en 1596; il fut la tige de la branche de Savoie-Carignan. Après avoir été attaché au parti espagnol, il devint un des chefs de l'armée française en Italie. II fut le grand-père du célèbre prince Eugène, et mourut en 1656.

(1) Reçue à Rome le 3 juillet.

(2) Mathias de Médicis, né le 9 mai 1613, mort le 11 octobre 1667. Il était fils de Côme II de Médicis, grand-duc de Toscane et frère du grand-duc Ferdinand II, né en 1610 et mort le 24 mai 1670. Il avait un frère nommé Léopold, dont il sera question dans la lettre du 20 juin 1647.

sente d'eslever sa dignité et sa puissance au point de grandeur que, de ses seules forces, il fust en estât de résister à qui voudroit entreprendre sur luy, et qu'il fust l'objet de l'envie des princes italiens, pour sa grande puissance. Jusques à présent, je ne me suis pas apperceu qu'il y ayt couru bien viste danscette carrière, et j'ay bien remarqué que le prince Mathias y paroissoit plus enclin, soit pour estre d'un tempérament plus cliaud, que pour ntivoir rien à perdre et beaucoup à gagner quand la guerre se feroit avec tel succès en Italie que les Espagnols en fussent chassez. Si c'est avec raison qu'il a refTusé l'employ qui luy estoit offert ou par ordre du Grand-Duc, vous en aurez jugé, mais je serois trompé, s'il se met à la teste de nos troupes, que son frèr-e ne soit résolu à profiter de ce que la fortune nous pourroit présenter, bien qu'il nous ayt semblé qu'il necraignoit pas que sespuisnez s'engageassent avec nous, mais avec cette visée, et affin de se faire plus considérer et rechercher des Espagnolz, sans avoir de dessein de tenter aucune entreprise.

Entre Aquapendente d'où vous m'avez écrit et Rome, vous aurez esté rencontré du^cardinal Grimaldi ; et de luy, comme de M. l'abbé de Saint-Nicolas (1), en arrivant à Rome, vous aurez appris ce qui se pourra faire pendant cette campagne. Car ledit cardinal a eu l'ordre de traiter avec plusieurs princes mesme avec des Napolitains, et le Plaissis-Resançon a celuy de tenir adverty ledit sieur abbé de ce qu'il auroit négotié aux cours où il a esté envoyé, lequel m'escrit de Boulongne, du xxiie du passé, qu'il avoit envoyé une ample relation de tout ce qu'il avoit géré audit abbé, lequel, par l'une des siennes du xxe (2), me mande de l'avoir eue au moment qu'il signoit sa lettre et qu'il estoit après à la faire deschiffx'er. Si le Grand-Duc et Modène estoient pour entreprendre sur Luques, et que leur

(1) L'abbé de Saint-Nicolas n'avait point manqué de mettre le marquis de Fontenay, dés son arrivée à Rome, au courant de toutes les affaires intéressant la France. « J"ai fait voir à M. l'ambassadeur, écrivait-il le 27 mai au cardinal Mazarin, la dernière dépèche de laquelle m'a honoré Votre Éminence.... » (Négociations, etc., p. 134.)

(2) Lettre de l'abbé de Saint-Nicolas au cardinal Mazarin, du 20 mai 1617 : < Nous n'avons point encore reçu de nouvelles de M. du Plessis-Besançon depuis son passage à Gènes. » {Négociations, etc., p. 122.)

force n'aydast à la nostre, nous ne serions pas esloignez d'y contribuer, et ledit cardinal a un pouvoir très-ample d'ajuster toutes sortes de ligues et associations avec les princes d'Italie, lequel lui aiant esté envoyé depuis que le marquis Calcanini s'est retiré de cette court et que Modène a mis des forces ensemble etautempz qu'il y avoit beaucoup d'apparence d'espérer la paix, vous peult faire juger des dispositions où nous nous trouvons. Le pouvoir dudit cardinal est de conclure ligues offensives et deffensives, mais il ne l'avoit pas encores eu le jour que vous m'avez escrit, ne luy ayant esté dépesché que depuis que nous sommes en cette ville; sans doute il vous participera tout ce qu'il fera et, s'il s'en oublyoit, j'y satisferois de mon co'sté. Le Plessis-Besançonest trompé ou le Goffridi (i) est bien intentionné, estimé de la maison Farnèse (2), et il juge que le chevalier de la Guette, qui avoit avancé le contraire, s'est entièrement trompé; mais il ne luy a pas pieu ajouster à sa dépesché ce qui a engagé ledit chevalier à tenir de telz discours. Le cardinal Farnèse (3), comme son nepveu, ont receu fort agréalilement les brevetz de pention qui leur ont esté remis, lequel néantmoins s'est laissé entendre qu'il prétend estre traitté comme Modène, et il ne m'a pas semblé qu'on ayt eu d'autre intention, bien entendu néantmoins, que ce qui est affecté à la protection ne peult pas estre prétendu. Si le Grand-Duc et Modène attaquoient les lieux désignez par vostre lettre, ils auroient rompu avec l'Espagne, au moins celuy qui prétendroit s'emparer de Pontremoli ; mais, jusques h présent, n'en ayant point tesmoigné d'envie, je doubte qu'ilz s'y disposent. J'ay fait remarquer qu'on tardoit beaucoup de vous envoyer le mémoire qui vous avoit deub estre baillé avant vostre partement; mais les affaires de la guerre nous occupent de sorte qu'il est mal aizé qu'on y travaille, et j'ay regret de n'avoir pas préveu ce qui est arrivé et d'avoir tardé Pennaultier, puisque le deffault d'une lettre vous a fait perdre un bel ameublement; peut-estre

(1) Il s'agit ici du marquis Goffredi, ministre du duc de Parme.

(2) Le duc de Parme et de Plaisance était alors, et depuis le 10 septembre 1646, Ranuce Farnèse, né le 17 septembre 1630, mort le 8 décembre 1694.

(3) François-Marie Farnèse, créé cardinal le 14 décembre 1645 par le pape Innocent X, mort le 21 juillet 1647.

que la lettre estant envoyée avec la response, vous recevrez le présent.

Jeserois trompé si l'on changeoit la résolution qui a esté prise sur le sujet des Ursins, et ilz se feront tort s'ilz persistent à prétendre la main de l'ambassadeur, Uuiuelle vous avez ordre de refusef à Guise, ainsi que je vous l'ay mandé. Il seroit à souhaitter qu'il ne la prétendist pas, affm que son exemple emportast sur Ursin ce qu'il ne veut pas céder à la raison.

Depuis vous avoir escrit, j'ay eu des lettres de Munster, Osnabrug et Lahaye, et villes destinées pour traitter de la paix. On y remarque plustost qu'elle se diffère que de s'avancer, et que les impériaux recherchent les protestans et leur concèdent tout ce qu'ilz demandent, pour s'en appuyer contre la France, qu'ilz voyent recherchée par Bavière. M. de Lacour tient que Suède n'entrera pas dans la Maison, et il me semble qu'il en juge bien, car elle est accoustumée à tenir la première place et ne se scauroit contenter de la seconde, et si Dieu permettoit que la liaison d'entre les deux couronnes s'estraignist, et que le party catholique fust dépendant de celle de P'rance, celuy que l'Empereur voudroit réunir pour y faire contrepoids seroit bien foible, car Brandebourg, Brunzvic ny Mekelbourg ne sont pas assez puissants pour arrester les Suédois d'entrer dans l'empire quand la fantaisie leur en prendra. Il fault que M. de Longueville (I) tienne la paix bien reculée, puisqu'il demande la permission de revenir, et l'on s'est contenté de lui en remontrer les inconvéniens, sans lui en ester l'espérance ny la liberté. J'ai escrit à M. Davaux (2) de l'en destourner, et j'ay tant de raison que je suis persuadé que M. le duc de Longueville y acquiescera; et, comme il ne lui est pas incognu que M's Davaux et Servien ne se peuvent compatir, il ne seroit pas excusable de résister à ce qui luy sera dit. Peut-estre que la crainte qu'en auront le Traulmensdorff et le Pennaranda empeschera l'un d'aller à Vienne et l'autre à Spa, et il y a beaucoup d'apparence que, par le prochain ordinaire, nous serons esclaircis de

(1) Henri d'Orléans, duc de Longueville, plénipotentiaire de la France au congrès de Munster depuis l'année 1644, mort le 11 mai 1663.

(2) Claude de Mesmes, comte d'Avaux, surintendant des finances en 1643, et envoyé pour négocier la paix de Munster. Il mourut en 1650.

diverses choses, nommément si les plénipotentiaires des premières couronnes auront persisté en leur dessein. Pour prouver comme les impériaux cèdent tout aiix protestants, je n'ay qu'à \ ous dire qu'ilz ont consenty qu'il y aura un évesque et un administrateur alterius à Osnabrug, tant que les familles de Brunsvie subsisteront, et nous avions subject de croire que Trautmensdorfï s'y opposeroit avec beaucoup de vigueur, estant asseuré que la France appuyeroit ses résolutions, et ne pouvant ignorer que la reyne de Suède (1) condamnoit la demande des protestans.

En Hollande, les affaires sont tousjours en mesme estât, et il est fascheux que sous divers respects, amis et ennemis s'opposent à ce que nous désirons. On ne doute point que si vous trouviez jour à faire que le Pape remplisse les chaires épiscopales qui ont vacqué et auxquelles le roy de Portugal (1) a nommé, que vous n'y insistiez fortement. L'ambassadeur m'a asseuré que le cardinal Gapponi (3) s'est déclaré de vouloir appuyer l'instance qui en sera faicte de la part du Roy; pourtant m'ayant prié de vous taire le nom du cardinal, et me contenter de vous escrire qu'il y a des cardinaux dans cette résolution, je doute que celuy-cy s'en soit expliqué si nettement. De l'assist;i.nt jésuite de leur nation qui est auprez du général, vous scaurez ce qu'il a mesnagé sur ce sujet : c'est une affaire qui ne doibt pas estre négligée, mais elle a son ordre et ne tient pas le premier lieu entre les quatre sur lesquelles nous avons toujours insisté. Les ministres de Portugal se persuadent que c'est une chose de la dernière conséquence pour l'affermissement de leur Roy, et ilz se consolent de ce qu'ilz scavent que nous n'insistons plus pour une suspension entre eux et Castille, estant persuadez que la paix ne se scauroit conclure entre

(1) Christine, reine de Suède, née en 1626. Elle succéda en 1632 à son père, Gustave-Adolphe, et abdiqua en 1654. Elle mourut en 1659.

(2) Jean IV de Bragance, né en 1604, roi de Portugal en 16i0, mort en 1656. Ce fut en pariie par le secours de la France que la maison de Bragance, dont il commença la dynastie, enleva le Portugal à la domination espagnole.

(3) Aloys ou Louis Capponi, créé cardinal en 1608 par Paul V. Il faillit arriver au souverain pontificat après la mort d'Innocent X; mais le parti des Barberini entrava son élection. Il moui'ut en 1659.

France et Espagne ; mais ilz se sont si mal conduitz, qu'ilz ne nous engageront pas à faire une condition essentielle de la paix qu'ilz y estoient receus.

On a résolu de mener le roy à Abbeville, mais cela est retardé de quelques jours. L'archiduc a pris Commines, qui est un chasteau proche de Courtray, ayant esté neuf jours devant depuis la tranchée ouverte. Vous n'en direz mot, car l'avis ne sera porté à Rome par les Espagnolz de plus de huit jours après celuy-cy. Je suis, etc.

Signé : De Loménie Brienne.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Amiens, 20 juin 1647 (1).

Monsieur,

Pour me venger de ce que vous ne m'avez pas fait part de tous les honneurs qui vous ont esté rendus arrivant à Rome, et de ne vous estre pas seulement souvenu demoy, je ne vous envoieray point de lettre de la Reyne en response de la vostre du xxviF du passé (2). Ce que vous avez mandé et du soing et de la despense du cardinal d'Est, affln que vostre entrée fust une des plus solennelles qu'on eust veu de par delà a pro-

(1) Reçue le 10 juillet.

(2) Cette dépêche du 27 mai dut partir en même temps qu'une autre de l'abbé de Saint-Nicolas au cardinal Mazarin , dans laquelle il était dit : « M. l'ambassadeur rendra compte à Votre Éminence de son arrivée ici, et de quelle sorte s'est passée son entrée. 1! y a longtemps que Rome n'en avoit vu une plus belle par la quantité de carrosses qui allèrent au-devant de lui, et l'affluence de peuple qui sortit hors de la ville et qui se trouva dans toutes les rues par où il passa, mais surtout par la joie que tout le monde lit paroitre de le voir revenir en cette cour M. le cardinal

duict l'effect que cette Éminence et vous en avez deub espérer, puisque Sa Majesté est restée si satisfaicte qu'Elle a résolu de songer aux moyens de luy fournir de quoy soustenir ce qu'il a commencé, et faire voir à la cour de Rome que celle de France récompense tout autrement ceux qui la servent que ne font pas les Espagnolz, lesquelz promettent beaucoup avec intention de ne point accomplir ce qu'ilz font espérer et, en la suite des temps, cherchent à donner des dégoustz à ceux qui ont espouzé leur fortune, affm que, s'en retii'ant, ilz demeurent quittes de ce qu'ils ont si souvent promis.

Le récit de vostre audience (1) donna du divertissement, et peut-estre Sa Majesté se seroit laissée prendre aux belles espérances qu'on vouloit donner, si l'humeur du Pape n'estoit pas pénétrée; mais ses artifflces à desguiser tout ce qu'il scait faire, pour persuader qu'il ayme, et que ce qu'il reffuse, c'est pour ne l'oser accorder, sont désormais si connus, qu'il n'y a plus de moyens que personne s'y prenne. Ainsy force luy sera de consentir aux choses justes dont il sera recherché, ou bien de s'exphquer si nettement qu'il ne le veut faire, que, comme on perdra l'espérance de les obtenir, luy aussy celle de tenir le monde en opinion qu'avec le temps on seroit pour y réussir, et c'est ce qu'on a remarqué de sa conduicte qu'il veut tout reffuser, mais en des termes si obscurs, qu'on se flatte qu'il seroit pour en revenir (2). Il nous a semblé qu'il s'est beaucoup déclaré avec vous et qu'il vous a donné beau champ de le presser,

d'Est a fait en cette rencontre tout ce que l'on pouvoit attendre de sa magnificence ordinaire et de cette haute générosité qui accompagne toutes ses actions. » {Négociations, etc.. p. 13i.)

(1) La première audience de M. de Fontenay eut lieu le 2 juin. Il ne parla presque au Pape que de la promotion de l'archevêque d'Aix. Il ne dit rien de Beaupuy, et ne s'entretint des affaires des Barberini qu'en termes généraux. Le Pape lui répondit qu'on ne lui avait pas fait entendre que le cardinal Mazarin prit tant à cœur l'affaire de son frère. Et pourtant le cardinal Grimaldi et l'abbé de Saint-Nicolas lui en avaient parlé plusieurs fois en termes très-significatifs. L'abbé de Saint-Nicolas écrit le 3 juin à Mazarin : « Votre Éminence apprendra par la dépêche de M. l'ambassadeur ce qui se passa hier dans une très-longue audience qu'il eut du Pape. » [Négociations, etc., p. 157.)

(2) Cette phrase est incorrecte et obscure. Il s'en rencontre un assez grand nombre de semblables dans les dépêches de M. de Brienne.

dezvostre première audience, des quatre ou cinq choses essentielles qui sont à présent sur le tapis. A la vérité, elles sont si justes qu'il est surprenant qu'il ayt tant différé d'y consentir, et pourtant vous n'avez pas peu de fortune si vous en disposez. Je les cotterois touttes, si par mes précédentes dépesches je ne m'en estois expliqué, et si je ne restois persuadé que M. le cardinal Grimaldi et M. l'abbé de Saint-Nicolas ne se seront pas oubliez, et de les vous dire, et de quelles l'aisons ilz se sont servis pour y porter Sa Sainteté, comme de celles qu'il a alléguées pour s'en excuser. Je puis, ce me semble, en cet endroict, sans qu'il me puisse être reproché d'avoir interrompu l'ordre que vostre lettre me prescrit, vous dire qu'une de cette Éminence, en date du dernier de may, escritte en la ville de Lausanne, m'a appris qu'il y avoit esté visité de M. l'archevesque d'Aix, et qu'ayant rencontré à Sienne, outre le prince Mathias, son frère Léopold, et compris de leur discours que M. le Grand-Duc n'estoit point en disposition de faire aucune déclaration précise d'entrer dans les inteiTetzde cette couronne, et qu'il s'estoit mis des bornes assez difficiles à estre rencontrées, puisqu'il voudroit estre asseuré des événements des choses où la prudence de l'homme ne scauroit arriver. Il avoit jugé inutile de passer à Florence; mais je suis trompé si le Grand-Duc a pris pour excuse celle qu'il aadvencée, que c'estoit luy donner de la peine par les fréquentes visites qui lui estoient faites; et M. de Villeneufve m'a bien fait remarquer qu'elles plaisent fort au Grand- Duc, et après avoir accepté une neutralité, il ne luyparroist pas désadvantageux d'estre recherché, au veu et au sceu de toutte l'Italie, du plus puissant roy chrestien.

Je retourne à voz audiences, et j'entre en votre sentiment que la senora dona Olympia (1) se commande peu, puisqu'elle ne vous a sceu celler le mescontentement qui luy reste de la conduicte de son filz, et, d'un esprit aussi léger que le sien et qui a un tel ascendant sur celuy du Pape, touttes choses en sont à craindre, je dis pour le neveu, qui, éloigné de l'ordre

(1) Dona Olympia Maldachini-Pamfili, belle-sfnur du pape Innocent X, exerçait sur lui un ascendant presque sans limites. Brugs dit qu'elle lui avait appris l'art de tout dissimuler, sauf raffection qu'il avait pour elle (Histoire des Papes, 1752, t. V, p. 202). — Il sera souvent parlé d'elle dans cette correspondance, ainsi que de son avidité. Elle était, en effet,

establi, se trouve banni de Romme dans le temps qu'il y debvoit régner, et il fault avouer que s'il y avoit certitude qu'il ne peust espérer de lignée de la femme qu'il a espousée, il n'y auroit point d'excuse à ce qu'il a fait, et le Pape seroit à blasmer qui l'a porté d'y entendre, ou bien il faudroit convenir qu'entre l'oncle et la mère que, jugeant peu des talens qu'ilz avoient, ilz avoient affecté de trouver un subject de l'esloigner des affaires et de l'authorilé, pour y eslever un nepveu de cette dame; mais ilz pouvoient satisfaire et à cette passion et aux obligations de la nature en le mariant à leur fantaisie et à une femme qui peult luy donner des enfans, sans souffrir qu'il se revestist de la pourpre qu'on dist estre l'origine de ses maux, parce qu'il l'a quittée.

Laissons aller l'homme et la femme, soit en l'une de leurs maisons jusques à Parme, et, estant incapables de servir, oublions-les, mais avec cet esprit que, si leur fortune change, de changer de conduite à leur esgard.

Il eust esté à désirer que M. de Guize et M. l'abbé d'Elbeuf (I), qui avoient satisfait à leurs premiers debvoirs en allant à vostre rencontre, eussent continué, et que le premier ayant esté esclaircy des ordres que vous avez eus de ne donner point la main à personne, ne l'eusse prétendue, ny aucun tempérament qui peust laisser croire que vous la luy donneriez, ou du moins qu'on ne la luy debvoit pas reffuser. Mais sa conduite ne fera point changer l'ordre que vous avez eu, et Sa Majesté a tesmoigné colère de sa prétention. Ce n'est point pour la refuser à l'aisné Ursin qu'on ne la veut pas donner à Guise; mais on n'a pas esté fasché que celuy-là en perdist la prétention, puisque celuy-ci en estoit exclus, mais diverses considérations qui importent à la gloire de cette couronne, et, comme vous le luy avez fait savoir, ce seroit en quelque manière l'abaisser que son ministre la donnast à quelqu'un, pendant que les Espagnolz

d'une avarice sordide, et les historiens l'accusent d'avoir abusé de son influence sur l'esprit du Souverain-Pontife pour s'enrichir et vendre au plus offrant les charges civiles et ecclésiastiques. La haine que le peuple lui portait devint telle, qu'en 1649 Innocent X fut contraint de la renvoyer. Elle avait un fils unique, le prince Camille Pampili, et un neveu, François Maldachini, qui fut nommé cardinal le 7 octobre 1647.

(1) Henri de Lorraine, abbé d'Homblières, mort le 3 avril 1G48, en sa vingt-sixième année. Il était frère de Charles II de Lorraine, duc d'Elbeuf.

la refusent à tous, et qu'ilz ont enchéry sur ce qui estoit en prattique, puisque les grands d'Espagne espagnolz s'en trouvent privez, comme les autres qui avoient jusques à présent conservé cet advantage.

Ce qui vous fust dit par M. de Modène de la part de ce duc ne pouvoit estre mieux rejette, et vous estiez un tesmoing infaillible des ordres que vous avez eus, lesquelz n'estant pas précis, vous avoient peu permettre d'user de quelque civilité envers ses puisnez; et, quant à M. de Créquy, ce ne fust qu'en revenant et que l'ambassade estoit acheuvée, laquelle ayant pour fin l'obédience, cesse dès qu'elle a esté prestée et qu'on est sorty des Estats de l'Église.

Puisque le cardinal d'Est a fait prier Mathei de grossir vostre cortège de son carrosse et de sa famille, et qu'il s'y est porté, il a esté jugé qu'il falloit que vous vescussiez avec luy comme avec les autres cardinaux et que, de divers partys qui avoient esté proposez, qui debvoient et pouvoient estre prattiquez à son esgard par l'abbé de St-Nicolas (1), il avoit esté résolu par les cardinaux de la faction de se contenter des plus doux, ou peut-estre de n'en mettre aucun en usage; et cela n'a pas esté sans beaucoup de raison, puisqu'insensiblement on faisoit revivre une querelle entre les nations, et qu'il suffisoit que lorsqu'elle estoit née la France eust remporté l'avantage, sans en rechercher une nouvelle.

Il est mandé à M. l'abbé de S'-Nicolas (2) que le soing que l'on prend de la conservation de sa santé oblige Sa Majesté de luy deffendre de sortir de Rome qu'après que les pluyes de l'automne auront raffraischy l'air, et il y a toutte apparence qu'en cette saison le cardinal Grimaldy y retournera. Ce n'est pas qu'on croye que vous ayez besoing de l'assistance d'aucun pour soutenir les affaires : vostre suffisance est esprouvée, mais vostre modestie a esté louée; et les tesmoingnages que vous avez rendus des services de ces MMrs a esté bien agréable, et l'on l'a mis en considération.

(1) Voir sa dépèche déjà citée du 29 avril. (Négociations, etc., p. 89.)

(2) Cette lettre ne se trouve pas dans le recueil, si complet pourtant, des Négociations, etc. — Il est fait allusion seulement au retour de l'abbé de Saint-Nicolas dans deux dépèches du comte de Brienne, en date des 30 mai et 25 juin. (V. p. 147 et 192.)

Si M, de la Vrillière eust esté en cette ville, je luy aurois parlé de l'avis contenu en vostre lettre, et pour n'estre pas surpris de ce qui pourroit arriver, je mande à M. le comte d'Alais (1) de faire soigneusement veiller à la conservation de la tour de Bone. Il seroit à désirer que touttes telles prattiques cessassent ; mais il vaut mieux consentir à ce qu'on ne peult empescher qu« se priver du moyen d'en estre adverty, et comme ça est la raison qui vous a porté de consentir que le nommé Scipion de Rabustin allast à Naples, tant que nostre flotte sera dans nos costes, sur le cap Corse, où elle se soutient pour essayer de faire rencontre de l'esquadre de Naples qui doit aller en Espagne, nous n'aurons pas à craindre ; mais néantmoins il est bon de se tenir en estât de n'estre pas surpris, ny à la tour de Bone ny ailleurs, et si les avis que vous receuvez estoient si pressez, et qu'il y eust du péril à n'estre pas sceus d'heure par M. le comte d'Alais, il vous plaira de luy escrire, ou à Gennes, au secrétaire du Mesnil, qui aura ordre de luy dépescher une felouque, pour lui porter ou voz lettres ou les advis que vous luy auriez commandez de lui faire scavoir. Ceux que nous avons eus de Munster nous insinuent deux choses, l'une que les plénipotentiaires de Suède s'y estants renduz, il y a toute apparence de croire que c'est pour mettre la dernière main au traitté qu'ilz ont à conclure avec l'Empereur, et les conditions des protestants estant touttes ajustées, il semble qu'il ne reçoive plus de difficulté, car quant à la satisfaction de leur milice, il passe pour estably que le Trautmensdorir n'y apportera pas de difficulté, puisqu'elle se doibt prendre sur les Estats et villes de l'empire. Les Suédois ont laissé indécise l'affaire de la maison Palatine, bien que leur Reyne se soit déclarée qu'on avoit fait pour ceux de ce nom tout ce qu'ilz pouvoient prétendre ; mais c'est à dessein d'emporter le consentement des plénipotentiaires de France sur diverses choses qui concernent particulièrement la religion, auxquelles nous n'avons pas vouUu acquiescer, sachants

(1) Louis-Emmanuel de Valois, comte d'Alais, né en 1596, mort en 1653. Après avoir suivi l'état ecclésiastique, il entra dans la carrière militaire et devint gouverneur de Provence. Au mois de mai 16i4, Mazarin le chargea de défendre Toulon contre les Espagnols. 11 prit le titre de duc d'Angoulême à la mort de son père.

très-bien que, pour mettre à couvert les affaires de l'Eslecteur de Bavières, il n'y a guaires de choses que nous ne puissions l'effuser; l'autre que les Espagnolz paroissent esloignez du désir de conclure la paix, parce qu'ils sont yvres de mil espérances d'améliorer leur condition et faire changer la face des affaires pendant la durée de cette campagne; mais ilz pourront se mescompter, et je ne fermeray point cette lettre que je ne vous mande ce qui aura esté entrepris par nostre armée ou les obstacles qu'ilz auront rencontrez à exécuter ce qui avoit esté commandé.

Entre les impériaux et nous, il ne reste qu'une difficulté : ils veullent demeurer en liberté d'assister de leurs forces les Espagnolz, si la guerre se continue entre les couronnes, et nous soutenons qu'ilz ne le doibvent pas, parce que ce seroit rester en guerre, bien que nous eussions conclu la paix; mais en toutte extrémité nous pouvons bien nous accommoder à leur intention, si la reyne de Suède estoil persuadée, comme le paroissent estre ses ministres, que nostre prétention est inusitée, pourveu que la liberté qui restera à l'Empereur soit limitée des forces qu'il tirera des pays héréditaires. Il seroit à désirer que les deux paix cheminassent d'un mesmepas; mais c'a esté une chose impossible, quelque seing qu'on y ait apporté; et l'Empereur concluant la sienne avec les couronnes, sans se donner le loisir que celle d'entre la France et l'Espagne soit ajustée, il se sera départy de la déclaration qu'il avoit faicte de ne pouvoir y condescendre que soubz condition que celle d'entre les couronnes se trouveroit aussy résolue. Ce qui reste à terminer entre France et Espagne n'est pas le plus difficile, et on ne manqueroit pas d'expédient dez l'heure qu'on y sera résolu.

Il nous paroist qu'en Hollande les affaires se restablissent. L'honneur de six de leurs provinces fait honte à la Hollande, et celle-Ki, pour éviter de mettre eu campagne et qui seroit du désir des autres, conviendra de la guarentie dont ilz ont fait beaucoup de difficulté : au moins c'est l'opinion de plusieurs et celle des ministres de Sa Majesté qui sont à La Haye. Demain au plus tard M. de la Thuillerie (i) doibt partir pour s'y rendre,

(1) Gaspard Cogr.et de La Thuillerie fut, au commencement du règne de

et, y estant arrivé, M. Servien sera en liberté ou d'y continuer son séjour, ou de retourner à Munster, d'où M. de Longueville demande la permission de revenir; mais ayant receu les dernières dépesches de la court, et ayant fait réflection par ce qui est avancé par les Espagnolz, il pourra bien changer d'avis, estant asseuré que, dez que nous reprendrons un peu d'avantage sur l'ennemy, qu'il nous recherchera de vuider d'affaires. Ne nous laissez point surprendre à ce qui sera mandé par le nonce Ghiggi. Il paroist en quelque sorte partial d'Espagne, et nous avons subjet de faire ce jugement. Néantmoins sa conduite est avec tant d'artifice et de précaution, qu'il n'est pas aisé de l'en convaincre, et ce n'est que la suite de ses actions qui peut donner cette opinion. Si celuy qui réside en Irlande se plaignoit de ce que nous n'avons pas voulu permettre qu'on y transportast cinquante mil escus pour lesquelz il avoit eu lettres sur les places de Paris et Lion, vous aurez à respondre que l'ordonnance deffend toutte sorte de sortie d'argent et que, pour faciliter les affaires des confédérez, nous avions voulu accorder le transit en espèces qui seroient apportées d'Italie. Mais, soit pour ce que les ministres du Pape se trouvoient pressez de faire remettre cette somme, ou qu'ilz espérassent d'ol^enir enfin la permission qu'ilz nous demandoient, ilz ont mieux aymé insister de l'obtenir que de s'appliquer à ce qui eust esté à faire, et il ne seroit pas bien raisonnable qu'on prist créance à ce qui seroit mandé par ledit nonce d'Irlande, puisqu'il faict profession ouverte d'adhérer aux Espagnolz, et il ne considère pas qu'il ruine les affaires du roi d'Angleterre (1), empeschant l'union des confédérez avec ceux qui soubstiennent son party ; et il paroist content, pourveu que les affaires succèdent à l'avantage des catholiques, et le Digbi debvroit s'employer qu'il eust des ordres de travailler à la réu-

Louis XIV, ambassadeur de France auprès des États-Généraux des Provinces-Unies. Il mourut le 14 août 1653. — Voyez le t. 1*'" des Lettres du cardinal Ma:arin, auquel nous empruntons ces renseignements.

(1) Charles I", mis à mort le 30 janvier 16i9. A l'époque où cette lettre fut écrite, la reine, son épouse, et le prince de Galles avaient quitté l'Angleterre pour la France, après la reddition de Bristol (16i5); et le malheureux roi s'était remis aux mains des Écossais, qui ne tardèrent pas à le livrer au Parlement anglais (1647).

nion desditz confédérez el des serviteurs du roy d'Angleterre, sans laquelle je juge que l'Irlande est perdue pour ce roy, et la religion y demeurera exposée aux dernières extrémitez, le Parlement d'Angleterre faisant des levées pour faire passer en ce royaume-là.

J'eslois examinant s'il ne me restoit rien à vous escrire, quand le courrier que nous attendions de l'armée estoit arrivé, duquel on avoit sceu que les ennemis ayant esté advertis de nostre marche, ayant jugé que nous voulions surprendre le faubourg de Sainct-Omer du costé du hault pont, s'estoient [si] bien préparez à le deffendre, qu'il n'a pas esté possible de l'emporter. Si nous eussions eu cet advantage, la ville eust esté emportée en peu de jours; mais y ayant manqué, il faut songer à quelque autre entreprise, et, au pis aller, nous n'avons plus que quelques jours à attendre de le pouvoir faire hautement, puisque le mareschal de Turenne ne scauroit tarder jusques à la fin de ce mois à se rendre sur la Somme. L'armée qu'il amène est composée d'un corps de cinq mil chevaux, qui est le vieux de Veymar, et de quatre mil hommes de pied desquels il faut aussy faire grand estât, estant ce qu'on a conservé d'un grand nombre de régiments qui ont longuement servi en Allemagne.

La prétention de l'ambassadeur du duc de Modène a fait cognoistre qu'il n'avoit point encores esté employé; mais la faute qu'il a commise est bien réparée de l'excuse de son maistre, qui ne prétend que ce qui se rend à ceux de sa condition, à quoy il est bien asseuré qu'on ne voudroit pas manquer, et pour ce que la chose en soy est juste et qu'on voudroit bien plutost esleuver que diminuer sa condition.

Environ le troisième ou le quatrième du courant vous aurez eu M. l'archevesque d'Aix (1), et avec luy le s^ Pennaultier. Dieu veuille que M. l'archevesque reçoive de par delà ce qu'il y est allé chercher, et que vous ayez pleine satisfaction sur les affaires principalles que vous aurez à y négotier ! De mes souhaitz

(1) Michel Mazarin n'arinva à Rome que le 10 juin. L'abbé de Saint- Nicolas alla au devant de lui jusqu'à Viterbe, l'ambassadeur et le duc de Guise jusqu'à Storle seulement. Voir la dépèche de l'abbé de Saint-Nicolas au cardinal Mazarin, du 10 juin 1647. (Négociations, etc., p, 168.)

n'inférez pas que j'en double; ce n'est pas que je ne le pense, et avec quelque fondement, mais j'espère que la fortune de la France emportera louttes choses et que votre dextérité à la luy ménager surpassera l'obstination qu'on pourroit avoir prise pour y contredire.

Je suis, etc.

Signé : De Loménie Brienne.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay (1).

Amiens, le 27 juin 1G47 (2).

Monsieur,

La Reyne s'est donné la patience d'entendre lire vostre lettre du me de ce mois, et, comme je vous l'ay desjà mandé, l'expérience qu'elle a faicte du peu de sincérité avec laquelle le Pape traite lui fait juger qu'il cherchera des eschapatoires pour se desgager des choses dont il s'est laissé entendre, et ne les ayant pas formellement promises , il a son déclinatoire à la main ; mais, quoy qu'il puisse dire, c'est beaucoup s'engager quand on ne contredit point aux choses qu'on confesse estre justes, mesme par l'opinion d'autruy, surtout quand c'est un homme de grande expérience comme est la personne du Grand-Duc. Vous ferez, si desjà vous n'avez fait, l'épreuve du crédit que vous

(1) Cette dépêche était accompagnée d'une autre de la même date, adressée par le comte de Brienne à l'abbé de Saint-Nicolas, et commençant par ces mots : « Je fais une ample réponse à la lettre de M. de Fontenay en date du 3 du courant. » Et plus loin: a M. l'ambassadeur vous communiquera ce que je lui mande. • (Négociations, etc., t. V, p. 189.)

(2) Reçue le 3 juillet.

avez sur le Pape ; et vostre première dépesche nous apprendra ce que vous jugez qu'on s'en puisse promettre.

Qu'il puisse différer la promotion ny priver Poulongne du droit qui luy est acquis de nommer, après l'usage establi et ce qu'il vous a dit sur ce sujet, l'un et l'autre seroient surprenants ; car ayant fait une promotion, mesme deux, pour ces créatures, sans avoir considéré les princes, celle-cy leur appartient, et peu importe au Pape de la différer pour espérer parla mort de quelques cardinaux la rendre plus nombreuse, puisque maintenant il ne peut éviter d'en donner aux couronnes, et qu'estant en sa liberté d'en faire une seconde qui sera toulte pour luy, il peult la reculer, en sorte qu'il y aura plus de vacquances et de moyens de remplir ses créatures ; et, comme vous lui avez bien fait remarquer, le chapeau donné à un Vénitien n'est pas creu perdu, puisque ceux-là sont toujours considérez comme créatures. Comme l'intôrest de la promotion est commun aux autres princes, nous ne doutons point que leurs ministres n'en pressent Sa Sainteté, qui scait que les Papes ses prédécesseurs ont toujours eu de la répugnance d'eslever au cardinalat des Poulonnois et qu'ilz n'ont pas fait difficulté de conférer cet honneur à des Italiens, et à la recommandation de Poulongne et des autres couronnes. Vous estes si bien instruit de ces choses qu'il seroit inutile de vous cotter les exemples; néantmoins, en une mesme promotion, et en celle que Visconty fust rejette pour des haines particullières, Modène, Mazarin et Peretti furent honorez de la pourpre (i), et trois Italiens se trouvèrent proposez par trois princes. De toutes ces raisons il résulte que le Pape se lairra vaincre, et si les autres [choses] que vous luy avez représentées eussentfait sur son esprit l'impression qu'on s'en debvoit attendre, il y a desjà du temps que M. l'archeuvesque d'Aix auroit eu salisfaction, et le Pape bien conseillé auroit deub proffller de l'occasion qui lui estoit présentée d'obliger une puissante couronne.

(1) Cette élection, dont Mazarin faisait partie, fut préconisée dans un consistoire tenu le IG décembre 1641. Voyez Ciaconius, Historiée ponti/iciim Romanorum et cardinalium, édit. de 1077, t. IV, col. 613, — Qu'on nous permette de renvoyer aussi sur ce sujet à un travail publié dans la lievue des questions historiques du 1" juillet 1874, et ayant pour titre Comment Mazarin est devenu cardinal, par Gustave Baguenault de Pu chesse.

Qp que vous lui avez fait remarquer de l'avantage qui lui en fust resté, en s'acquérant le principal ministre, a esté si bien et adroitement expliqué, qu'il doibt avoir du regret d'en avoir laissé passer la conjoncture, et, après les cognoissances que vous lui avez données du crédit qu'il s'est acquis dans nostre cour et du pouvou* qu'il y a, ce seroit pescher contre les principes de la vraye politique si, par opiniâtreté, il persiste en sa première conduicte, à laquelle certainement c'est contrevenir, ayant consenti au restablissement des Barberins, de différer l'exécution de certaines choses qui en font perdre le mérite. Aussy sommes-nous persuadez que Sa Sainteté, mieux conseillée qu'elle n'a esté du passé, ne s'arrestera plus à ces bagatelles; et ce seroit donner aux Barberins et l'avoir refusé à la France, d'attendre le retour du cardinal Barberin, lequel aura bien changé d'esprit et de résolution si, du vivant du Pape, il s'en va à Rome ; néantmoins telz advis pourroit-il avoir eus qu'il seroit pour s'y disposer, et comme il a toujours esté asses irrésolu et néantmoins opiniastre, il pourroit bien suivre le mouvement de son naturel et exécuter le changement du second mouvement dont il estoit agité, sur ce qu'ayant changé de posture et n'ayant plus l'auctorité, il ne convient plus à ses intérestz d'avoir tant de fermeté. Pour lever aux Ursins le prétexte do dilayer à se déclarer serviteurs de ceste couronne, on vous envoyé les brevetz des grâces qu'on leur a fait espérer, et on est très-content qu'ils ayent acquiessé à ce qui leur a esté dit pour estre exclus de prétendre la main des ambassadeurs, ce que j'ay recueilly d'une lettre de M. l'abbé de Saint-Nicolas (1). Et affm qu'ilz y ayent moins de répugnance et qu'ils s'en sentent moins blessez après l'avoir demandé, j'escris présentement ;\ M. de Guise pour lui dire que Sa Majesté se trouve blessée de sa manière d'agir, et que bien conseillé il doibt donner l'exemple à tous de ne la point prétendre, et à la vérité, il a paru estrange qu'il y ayt apporté de la difficulté, et qu'il soit logé dans le mesme palais que vous. On a jugé que vous aviez pris un party conforme à vostre prudence ordinaire, de vous estre excusé d'entreprendre de mesnager la réconciliation du Pape et de son nepveu, car, outre que c'est un suject de peu de

(1) Cette lettre ne se retrouve pas dans le recueil des Négociations.

valeur, il a espousé une femme toute espagnole, et l'adversion que la signora Olympia a contre elle pouroit aider à la disposer sinon à, estre Françoise, [du moins] de n'estre plus partiale d'Espagne, et ayant plus d'esprit et d'auctorité que le mari et la femme, il semble qu'il est plus expédient d'essaier de la mesnager, au moins s'abstenir de rien faire qui la fasche, que de s'embarquer en une affaire difficile qui se trouve exposée à divers inconvéniens.

Il seroit à craindre que ce que le Pape vous a dit sur le sujet de l'abbaye de Corbie et de Piombin fussent des advances qu'il fist pour réussir à prétendre et une pension pour Pamphilio, et la restitution et jouissance des biens appartenant à Ludovisio ; et comme le dernier a refusé la grâce qui lui estoit offerte et que le Pape ne s'est pas sceu prévaloir de l'expédient auquel nous avions consenti, nous ne sommes plus en la pensée que nous estions, de quoy suis estimé vous devoir advertir, affln que vous soyez en sorte sur vos gardes, quand il vous en parlera, qu'il perde, sans néantmoins que vous en fissiez déclaration ouverte, l'espérance qu'il en pouvoit nourrir ; et certes la prudence a défailly et au Pape et au prince en ces rencontres ; et le nepveu ne scauroit sans deschoir de réputation prétendre à aucune pension sur Corbie, et il doibt imputer à son peu de crédit et à la dureté du Pape qu'il n'ayt jouy de l'effect de la grâce pendant qu'il en estoit pourveu.

Je vous rendz voz propres raisons et ne vous fais point de response sur ce que vous a peu dire le prince Savelli de la disposition où pouvoit estre le Duc, d'autant qu'on n'a pas appuyé sur la proposition, et que je commence à craindre que nous desgousterons bien des personnes, si Mrs des finances ne sont plus ponctuelz qu'ilz n'ont esté jusques à présent de faire le fondz nécessaire pour le payement des pensions étrangères, qui augmentent chaque jour par le nombre de serviteurs qui s'acquièrent et qui se déclarent. Le service qu'offre de rendre le chevalier Cesi traîne après soy tant de divers périlz que, quand on seroit pour espérer qu'il réussiroil, on feroit difficulté d'y entendre, et tout commerce avec l'ennemy par des personnes qui sont en des lieux si jaloux est tousjours suspect : ainsy il sera bon que ce chevalier s'en désiste, et que M. d'Estrade le veille de prez, comme vous lui avez mandé. Et, quoy qu'on soit

préparé à attendre les ennemis et qu'on puisse lever le pont ^e la place quand on veust, tel estonnement pourroit prendre à un officier, qui en auroit l'ordre, et à la garnison mesme, que la place pourroit estre en péril, et c'est si peu de chose que de tirer trois ou quatre cens hommes, que cet avantage n'est pas bastant pour exposer au moindre hazard : au moins c'est le jugement qui en a esté fait, et Sa Majesté a le cœur trop noble pour rechercher des victoires où la perfidie auroit part.

J'attendray à la dernière extrémité à signer et de fermer cette lettre, affln que s'il vient des nouvelles de Gatalongne je puisse vous en faire part. Désormais nous attendrons avec impatience la prise de Lérida, qui n'avons pas eu la satisfaction que nous nous estions deub promettre de l'armée commandée par M. de Turenne, de laquelle partie de sa cavalerie a reffusé de passer en Flandre, soubz prétexte qu'il leur est deub des sommes notables, et néantmoins ont offert de continuer ce service en Allemagne. Pour les disposer à s'avancer et avant que d'en venir à la dernière extrémité, on a despesché à l'armée le sieur de Mondevergne ; mais, n'estant party que mardy à la nuict, nous ne scaurions de prez de quinze jours avoir de ses nouvelles, puisqu'elle est logée dans les montagnes de Saverne. Le bruict en estant respandu fera reprendre courage aux ennemis, qui commençoient à mollir et appréhender de venir aux mains avec nous. Les lettres de Flandres et d'Allemagne ne contiennent aucune chose de considération, hormis que les princes de l'empire seront pour nécessiter l'Empereur de renoncer au droict qu'il se vouUoit réserver, de pouvoir assister le roy d'Espagne, si la paix de l'empire n'estoit suivye de celle de France et d'Espagne; et l'un des plénipotentiaires de Suède s'est ouvert avec Mons. Davaux, qu'il se feroit fort de faire passer la chose, si la France vouloit se contenter de relever l'Alsace de l'empire; à quoy nous serons pour donner les mains, car il vous peult souvenir qu'il n'a pas passé d'une voix à l'aymer mieux en souveraineté qu'en feudalité.

Jem'estois oubUé de vous dire que Sa Majesté a approuvé la résolution que vous avez prise de passer envers le Pape l'office dont vous avez esté recherché par M. le duc de Modène, et il sera escrit à M. de Sainte-Marthe en la manière que vous le désirez, c'est-à-dire de s'abstenir de dire que celuy duquel il

est sùrly fusl ny baslard ny légitime ; muis l'dUvifage de Gés Messrs estant desjà publié, je dis la troisième ou qualnème édition, je crains que ma lettre viendra à tard. Je suis, etc.

— Je vous envoieray par le prochain ordinaire les brevet2i dont est cy-dessus fait mention.

Sir/né : De Loménie Brienne.

La Reine au marquis de Fontenay.

Amiens, le 28 juin 16't7.

Monsieur le marquis de Fontenay,

J'ai veu, par le récit de ce qui s'est passé en vostre audience du Pape, qu'on doibt beaucoup se promettre de ses bonnes dispositions, et, s'il exécutte ce qu'il laisse croire vouUoir accorder à mes instances, j'auray suiect de me louer de sa bonté. Sur ce point et sur plusieurs autres contenus en vostre despesche, j'ay commandé au sieur comte de Brienne de vous expliquer mes résolutions et vous donner cognoissancé de tout ce que j'ay à désirer présentement de vostre ministère par delà(l). A quoy je veux croire que vous travaillerez avec tant de soiiig et d'affection que j'en verray bientost quelques effects, et pendant que je m'applique atout ce qui peut servir pour advancer le repos de la Chrestienté, je ne scaurois me persuader que Sa Sainteté vouUust oppiniastrément me desnier quelques âatisfactiorià particulières, que je luy demande avec grand fonde-

(j) Ce sont justement ces instructions qui se trouvent dans la dépêche de Brienne qui précède immédiatement la lettre de la Reine, et qui du! vraisemblablement partir par le même courrier.

ment de justice. J'en laisse la conduite à vostre prudence, et prie Dieu qu'il vous ayt, Monsieur le marquis de Kontenay, en sa sainte garde.

Escrit à Amyens, le xxviiie jour de juingi647.

Signé : Anne.

Contre-signe : De Loménie.

La Reine au marquis de Fontenay (1).

Amiens, le 3 Juillet 1647.

Monsieur le marquis de P'ontenay,

Vostre lettre du xe du passé ne m'aiant appris que ce que vous aviez jugé devoir dire au sieur Paolo Macarani, les responses qu'il a eues du Pape, et les plaintes que Sa Sainteté iaict de ce qu'elle n'a pas ressenty les effects des choses qu'on luy a laissé espérer, je n'ay rienà y respondre; et puisque vous n'avez pas creu le devoir satisfaire sur les deux points qui vous estoient proposez, bien que vous fussiez pleinement informé de ce qui estoit de mes intentions, il y a lieu de juger que la cognoissance que vous avez de l'assiette de la cour de Rome vous a fait prendre cette résolution, de laquelle je ne me promettray pas de grandes satisfactions, si on ne m'accorde pas les moindres de celles que j'ay à prétendre.

Ce qui vous a esté dict au suject d'une mine d'allun qui se

(1) Une copie de cette lettre, absolument conforme à l'original, se trouve à ia Bibliothèque nationale, dans les papiers de Brierme, Mélanges niss. de Clairembault, vol. 123, fol. 7943.

trouve clans l'isle de l'Elbe m'avoil desjà esté mandé, et j'avois escril qu'on eust à retirer les contracts qui furent autresfois passez entre les Papes et les Scipions, affin de cognoistre le fonds de cette affaire, et qu'on s'informast pendant ce temps-là de la bonté de la mine, affm de n'en ordonner point l'ouverture qu'on ne fusl certain qu'on en tireroit du profit.

J'ajousteray que mon cousin le prince de Condé aiant jugé qu'il seroit difficile d'emporter Lérida sans ruiner entièrement mou armée, s'est résolu d'en abandonner le siège, aimant mieux préférer ce qui est du bien de mon service à sa gloire particulière. Les Espagnolz sans doute en feront plusieurs discours, mais ilz seront contraires à la vérité s'ilz ne sont conformes à ce que je vous en escris, priant Dieu qu'il vous ayt. Monsieur le mar- ([uis de Fontenay, en sa sainte garde. Escrit à Amiens, le me juillet 1647.

Signé : ANNE.

Contresigne : De Loménie.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Amiens, le 4 juillet 1647 (1).

Monsieur,

Les lettres que je ne pouvois espérer plus tost que dimanche ou lundy me furent rendues dez hyer, ayant esté par le s"" Gennetin Guistinian (2) ordonné au courrier de presser sa course.

(1) Reçue à Rome le 26 juillet 1647.

(2) Janetin Justiniani on Giustiniani recevait une pension du cardinal Mazarin. — Voyez le 1. 1" des Lettres de ce cardinal, p. 124.

J'apprendz des lettres de ce gentilhomme ce que j'avois sceu d'ailleurs, qu'entre noz gallères et celles d'Espagne il se pourroit passer un combat duquel nous deb\Tions espérer la victoire (sy depuis quelque tempz nous ne nous estions apperceuz que la fortune regarde d'un aspect favorable les Espagnolz), puisque nous excédons en nombre, qui est un avantage tout extraordinaire en matière de vaisseaux longz, et que les nostres sont bien armez ; et il y a beaucoup d'apparence que ceux d'Espagne ayans desbarqué à Final l'infanterie dont ilz estoient chargez, et ne craignant point sur leur retour de faire de rencontre, n'ont conservé que peu d'hommes. Sy, sans combattre, ilz se sont séparez, l'ordinaire qui arrivera de dimanche en huit jours nous en esclaircira, et sy il s'est passé quelque chose, sans doutte nous en serons advertys par un extraordinaire, estant esgallement du debvoir de celluy qui commande de faire scavoir les mauvais succez qu'il a euz, comme les avantages qu'il a remportez.

Je souhaitte pour diverses fins que la victoire penche de nostre costé, qui sommes en grande impatience de recepvoir -des nouvelles de noz généraux, lesquelz, depuis trois jours, peuvent estre en présence de l'ennemy, avec ordre de jeter des hommes dans Landrecy qu'ilz ont assiégé, sans néantmoins hasarder un combat général, s'ilz le peuvent esvitter ; et il leur a esté deffendu de l'engager ni de faire tentative de jetter des hommes, s'il ne leur en reste nul moyen sans s'exposer à ce péril.

Cette lettre, que je commance à escrire aujourd'huy ive du courant à ix heures du matin, pourra bien porter l'advis de ce qui se sera passé entre les armées, et je ne la signeray point que ce soir, affin d'avoir proffitté de la journée pour vous tirer de l'inquiétude en laquelle vous demeureriez, sy vous ne scaviez point qu'il ayt encore esté combattu ou que l'on n'ayl rien entrepris. Sy nous avons cette fortune que le secours entre dans Landrecy, nous sommes asseurés ou que l'ennemy quittera le siège ou qu'il y consommera son armée ; et quand il emporteroit la place, pourveu que ce fût à ce prix, nous en demeurerions consoliez, qui sommes persuadez que le siège sera très-long et que l'ennemy y recepvra des secours. Sy l'archiduc l'appréhendant prenoit résolution de la retirer devant qu'il eust fait

ouverture des tranchées, il pourroit se servir des raisons qu'a données M. le Prince (1), pour faire louer la résolution qu'il a prise de se retirer de devant Lérida, de l'intérest du service de Sa Majesté, et, pour luy conserver une armée, il avoit abandonné sa propre réputation ; mais la chose ne sera pas semblable, car l'archiduc l'auroit exécutée de crainte de venir à la journée, et devant une place toutte de terre, au lieu que M. le l'rince n'avoit personne ny en présence ny seuUement mis ensemble pour le pouvoir combattre, et ciu'il estoit attaché à une place assize sur un roc dur, que les mineurs ne pourroient entamer, et qui ont fait voir par une espreuve oppiniastrée qu'il falloit plus plus de xx jours pour estre soubz la première muraille qu'ilz avoient rencontrée, qui a esté bâtie pour faire un fossé à la citadelle, qui occupe le sommet du rocher et qui se pert insensiblement, et est de telle étendue qu'il occuppe une partie des environs de la place, estant pour autant couvert de quelque trois piedz de terre.

Aiant cette Altesse exécutté cette résolution le -18« du passé, il est ayzé de supputter qu'il n'eust esté soubz cette première muraille que le 8e du courant, et, quand il l'eust emportée, il luy restoit tant de choses à faire pour gagner la place, qu'il ne pouvoit esviter les extraordinaires challeurs de juillet, durant lesquelles son armée sefust achevée de perdre, quicommençoit desjà à se débander : ce que vous concevrez ayzément, pour peu qu'il vous souvienne de ce que vous avez veu quand vous avez commandé. Pour fermer la bouche à tous ceux qui pourront dire que les advanlages que les Espagnolz ont remportez en deçà, et que le peu de fortune que nous avons eiie en Catalongne pourra esloigner la paix, Sa Majesté, qui a souffert avec beaucoup de constance ce qui est arrivé, et qui scayt

(1) Louis II de Bourbon, né en 1621, mort en 1686, prince de Gondé après la mort de son père, arrivée le 26 décembre 1646. On sait qu'en 16i7 il avait été envoyé en Catalogne, où le vice-roi, le comte d'Harcourt, venait d'essuyer des revers. Il reprit alore le siège de Lérida et fit ouvrir la tranchée au sou des violons; mais après d'énormes pertes, il fut obligé de levei le siège. Cette letti'e dorme les motifs de cette grave résolution. Avant de repasser les Pyrénées, Condé se dédommagea de cet échec par la prise de la ville d'Ager, et l'année suivante par la victoire de Lens, qui amena la paix de Westphalie, signée avec l'Empereur le 24 octobre 1648.

bien que d'un costé les Espâgnolz n'ont autre advantage que de n'avoir rien perdu, et que de l'autre ce qu'ilz ont emporté. comme dire, Armentières, Gommines et Lens, ne sont des places de considération, faira scavoir à ses plénipotentiaires que, sy ces légers advantages disposent les Espâgnolz à la paix, comme la pouvant faire avec quelque réputation, Elle bénira Dieu de ce qu'ilz les ont emportez ; mais sy, enorgueilliz en choses de sy peu de valeur, ilz veullent en prendre autre advantage, et prétendre qu'on se relascheroit des conditions arrestées, ou que l'on apporteroit plus de facilité sur celles qui sont encores indécises, ilz verront que, dans la prospérité, Sa Majesté se sceust modérer, et que, quelque adversité qui nous peut arriver, nous la supporterons avec courage, qui pouvons avec beaucoup de vérité advancer que, de moment à autre, nous pouvons espérer un changement aux affaires, puisque, à proportion que l'armée de l'ennemy diminue, l'autre se fortiffle et, comme il leur en peut souvenir par l'exemple de ce qui arriva en 36 [1636]. nous ne scaurions tarder à estre sy puissans qu'ilz seront réduitz à chercher le couvert.

Et sans que nous avions espéré que l'armée commandée par le maréchal de Thurenne seroit sur la Somme dez le xx ou xxv du passé, nous aurions faict faire de telles levées que desià ils y auroient esté réduitz. C'est à quoy nous travaillons depuis que nous avons sceu que neuf régiments de Veymart avoient fait une espèce de mutinerie et qu'ilz avoient refusé de continuer leur marche, mesme après la route d'Allemagne, ayant repassé le Rhin soubz le commandement de Roses (1), s'estant trouvez séparez en divers quartiers, ilz auroient obéy à l'ordre qui leur fut donné de passer le Rhin, mais, dès l'heure qu'ilz se peurent communiquer, ilz formèrent la résolution de ne point venir en Flandres, se donnant pour excuse que le pays estoit estroit et qu'il leur estoit deu diverses monstres, desquelz voulant conserver la prétention, ilz ajoustèrent qu'ils continueroient leur service en Allemagne. Mais il a paru qu'ilz ont apréhendé que, si une fois nous les tenions en deçà, que nous les

(l) Reinholt, comte de Rose ou Rosen, l'un des chefs de l'armée wciniaricmie, lieutenant-général en 1644, gouverneur général de l'Alsace en 16B2, mort en 1667.

séparerions et qu'ilz seroient réduitz à obéir, ce qu'ilz ont voulu esvitter.

En escrivant, je viens d'estre adverly que le gouverneur de S'-Quentin a despesclié un courrier qui dit que l'ennemy est retranché à merveille devant Landrecy, et qu'on y a jette cinq cens hommçs. L'une fait juger qu'il sera difficile de l'en chasser, et qu'il est résolu de se défendre dans son logement, l'autre qu'il reste encores quelque espérance d'y pouvoir encoresjetter des hommes dans la place. Sy un pareil nombre au premier y estoit, la garnison seroit bonne, puisqu'elle seroit de seize cens soldatz efîectifz. Quant j'auray veu le courier ou une plus ample information, je feray un post-crit, si il y a suject de le faire.

Cependant je vousdiray que Sa Majesté, qui a fait responce à l'une de voz lettres, lotie vostre manière d'agir et veut bien se flatter d'espérer que le Pape considérerales intérêts deM. l'archevêque d'Aix ; mais tant de parolles de civilité sont inutiles, qui ne tranche la bonne, et parce que je vous ay desià amplement escrit sur son suject, je ne vous en feray de plus long discours, et me contanteray de vous faire remarquer que pour estre couronné il faut remporter la victoire et qu'il ne suffira pas d'avoir combattu. Il vous plaira luy faire part des nouvelles que je vous écris, me devant suffire d'accuser la réception de l'une de ses lettres, et le remettre à celle-cy pour savoir ee qui se passe.

Je vous envoyé les brevetz pour le duc et le cardinal Ursin, et je souhaitte que, devant que l'ordinaire arrive à Rome, qui porte une de mes lettres à M. de Guyse, qui luy fait cognoistre qu'on le blasme de continuer en sa prétention, qu'il soit parti de Rome, jugeant bien qu'il ne sera pas pour y defférer, et que on pourra dire que si les intentions de Sa Majesté luy eussent esté cognues, qu'il n'y eust pas manqué, ce qui ayderoit à faire avaler la pilule avec plus de douceur audit Ursin. H me souvient d'avoir escrit, il y a desjàdu tempz, qu'on lui donnoit la pension des princes, et que pour n'estre tiré en conséquence, puisqu'il prétendoit en toutes choses le traittement à esgal à celuy qui se rend à ceux de cette qualité, qu'il ne pouvoit en désirer une plus forte qui sera de vingt mil livres de nostre monnoye. On asseure que tant la sienne que celle de son frère sera de dix-huit, et les autres qu'on a promises seront acquittées ponctuellement. Je feray bien mon possible affin qu'on n'y manque

pas, qui estois en peyne de ce que trois ordinaires estoient arrivez sans m'avoir apporté de voz lettres. Je suis en colère contre les Cordelliers, les Carmes et les Minimes, et je suis résolu de ne me point tourmenter de leurs affaires. Des mains d'un minime, nommé S'-Romain, vous recepvrez une despesche de la Reyne qu'elle a commandée bien expressément, au contenu de laquelle je me remetz pour vous dire que je viens de veoir une lettre signée de Mrs de Gassion (1) et de Rantzau (2), qui porte que tous ceux qu'ilz avoient destachez poiuessayer de faire entrer dans Landrecy sont revenuz, à la réserve d'un party de sept cens hommes commandez par M. de Villequier (3), ce qui leur fait croire qu'il a esté plus heureux que les autres ; et les canons qu'on a entenduz de la ville leur fait croire que ce sont de réjouissance du secours qui est entré. Il pourra estre que, devant que je ferme ma lettre, j'auray quelque autre avis, qui suis. Monsieur, etc.

— Ayant expédié les deux brevets des pentions. Son Eminence m'ayant dit qu'elle voulloit y joindre une autre pour les prérogatives du duc de Bracciane, et envoyer le tout ensemble, vous les recevrez sans faulte par le prochain ordinaire.

Sujné : De Loménie Brienne,

(1) Jean de Gassion, né à Paris en 1609. maréchal de France en novembre 1643. Au mois d'octobre 1646, le prince de Condé confia son armée à lui et au maréchal de Rantzau. Ils se réunirent en 1647 pour attaquer Lens, où Gassion reçut une blessure à la tête dont il mourut à Arras, le 2 octobre.

(2) Josias, comte de Rantzau, né en Danemark, le 18 octobre 1609. après avoir successivement servi les Provinces-Unies, la Suède et l'Autriche, passa, en 1635, au service de la France. Chargé du commandement des troupes françaises d'Allemagne en 1643, il fut nommé maréchal de France le 30 juin 1645. 11 mourut le 4 septembre 1650.

(3) Antoine, marquis de Villequier, puis duc d'Auinont, né en 1601, lieutenant-général en 16^i5, maréchal de France en 1651, mort en janvier 1669.

XVITI

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Amiens, 9 juilletlfVW (1).

Monsieur,

Je veux proffiter du retour de ce courrier, lequel vous porte les expéditions de Mrs les Ursins (2), pour vous dire que nous sommes encores en cette ville et que nous avons perdu l'espérance de sauver Landrecy (3), car outre qu'il est impossible d'y jetler des hommes, l'ennemy est si fortement logé qu'on ne conçoit pas qu'il y ait moyen de l'en chasser. Si je n'avois que

(1) Reçue le 5 août,

(2) Ces fameux brevets pour le cardinal Ursin et le duc de Bracciano, dont il a été plus d'une fois question, existent en minute, datés du mois de juillet 1647, dans un volume manuscrit de la Bililiothèque nationale, oit nous les avons retrouvés (Dupuy, 727, fol. 52). Ils ne semblent pas présenter assez d'intérêt pour que nous les donnions ici. — Le 10 juillet, M. do Brienne écrivait de même à l'abbé de Saint-Nicolas : « C'est à ce coup que l'on envoie les brevets dont je vous ai si souvent parlé, et que les M'* Ursins connoistront qu'on a mis en grande considération leur prétention. 11 me semble vous avoir écrit les raisons qui empesch oient de hausser les pensions au-delà de dix-huit et de vingt mille livres. » {Xcgociations, etc., p. 200.)

(3) Après la prise d'Armentières et de Comines, l'archiduc Léopold, qui ( oinmandait les forces espagnoles, s'était porté rapidement vers l'Escaut, qu'il passa sur trois points à la fois ; il avait ensuite gagné les bords de la Sambre et investi Lartdrecies (27 juin 1647). Les maréchaux Gassion et Rantzau, renforcés par la garde du Roi, accourue d'Amiens où était la cour, marchèrent au secours de cette place. L'ivrognerie de Rantzau fit échouer le plan adopté pour l'attaque. Landrecies capitula le 18 juillet. Gassion, furieux de la conduite de Rantzau qui partageait avec lui le commandement, l'avait quitté pour aller assiéger la Bassée; quant à Rantzau, il retourna vers la mer et assiégea Dixmuide : les deux villes capitulèrent le même jour (19 juillet). La dernière ne tarda pas à être reprise par l'archiduc.

ces nouvelles du camp à vous mander, je me serois dispensé de vous escrire ; mais ayant à ajouster celles que nous avons de Munster et de Lahaye, j'ay jugé que je pouvois me prévallûir de l'occasion. Ce qui nous est mandé se réduit à cecy, qu'à Munster nos gens seront pour se laisser emporter aux Suédois, et, de craincte qu'ilz ne facent leur traité séparé, oonsentii'ont au désir des impériaux, et que la liberté d'assister le roy d'Espagne leur demeure, mais ce sera après avoir réclamé l'assistance des princes de l'Empire qui condamnent cette pensée, et avoir apporté tout ce qui aura esté de leurs soingz, et mesnagé jusques aux derniers moments pour éviter ce mal , et proposé divers expédients qui le pourroient adoucir, comme de convenir d'un temps pendant lequel cela seroit deffendu ; mais les remèdes se trouvant foibles, pour esviter pis, de nostre consentement, on pensera à signer la paix de l'empire et, pour empesclier que les Espagnolz ne se gloriffient et fortiffient des forces qu'il leur seroit libre de retii'er de l'Allemagne, on essayera d'y en faire encores et d'engager divers princes à nous ayder, l'Empereur rendant ce bon office au Roy Catholique, et plusieurs nous le font espérer et offrent mesme d'entrer en alliance et en ligue avec nous, qui avons différé d'estraindre avec Bavières pour ne donner suject à la Suède de s'en plaindre, qui n'a pas encores ratiffié le traité d'Ptoa; mais ilz ne sçauroient tarder d'en envoyer l'acte, et, cet empeschement se trouvant levé, nous ne tarderons aussy de traiter d'une ligne deffensive av^ec ledit électeur de Bavière. De l'affaire offensive j'y prévoys divers inconvéniens, et cet Électeur ne le pouvant faire qu'à l'exception de ce qu'il doit à l'Empereur, il obtiendroit de nous une condition qu'il ne nous pourroit pas acorder réciproque. Et comme, pour éviter en Allemagne un mauvais rencontre, nous sommes conseillez de ne pas contredire le sentiment des allez, nous pouvons aussy suivre ceux des Hollandois et prendre ce qu'ilz nous voudront donner, de crainte que, nous opiniàtrant à ce qui est juste, ilz commettent une haute injustice et la dernière infidélité iraittant séparément avec l'Espagne, ce qui est si fort du génie et du sentiment de la province de Hollande, que les autres auront peine à y résister, esquelz il paroist des sentiments généreux et prudents, mais qu'ilz n'ozent soustenir ou ne le peuvent avec la force qu'il seroit à désirer, et le prince

d'Orange s'applique si peu aux affaires ou y a si peu de crédit, que son affection, quoyque sincère, ne nous est de nul advantage.

Si le général des Capucins a bien entendu et bien pris ce qui luy a esté dit par la Reyne, il en aura tiré cette conséquence, que Sa Majesté est très-disposée à la paix, mais qu'elle ne se relaschera d'aucune des conditions qui luy ont esté promises, et qu'elle ne sera plus facile sur les indécises, quelque advantage qu'il semble que les Espagnolz ayent remporté, et, à la vérité, qui leur donneroit leur juste prix, on ne croyroit pas qu'ilz ayent rien deub altérer. Ce seroit rentrer dans une matière esclaircie par mes précédentes, et que je n'ay eu intention de traitterque pour vous donner information de ce qui a esté dit à ce bon général.

Je suis, etc.

— Depuis ma lettre escritte, on a pris résolution de séparer nostre armée en deux corpz, l'un commandé par M. le mara' de Gassion qui va attaquer la Bassée, sur l'advis qu'il a qu'il n'y a que trois cens hommes en garnison, et l'autre par le mareschal de Ranzau qui va attaquer Dixmuid. Si on peut réussir en ces deux entreprises, nous aurons plus gaigné que perdu en Flandres.

M. le président le Bailleul ayant demandé d'estre deschargé du pesant fardeau des finances, on a mis en sa place M. d'Hémery.

Le courrier ayant esté retardé, je vous envoyé cette despêche par l'ordinaire.

Signé : De Loménie Brienne.

M. Bentivoglio au marquis de Fontenay (1). Di Fiorenza, li 15 di juglio 1647.

Volsi far veder subito al Gran Duca la relatione di Vostra Eccellenza, che non haveva saputo encor cosa alcuna d' un tal' accidente, e ne sono rimasi storditi ; con tutto cio, mostran di credere che, senza la nobiltà, sia per cessare il tomolto e non haver il negotio quelle consequenze che a prima faccia sia mostrato. Mi son sen-ito di quest' occasione. Se bene non si colpisce, si fa pero qualche cosa, et in questa congiuntura, non si mancherebbe noi altro che la presa di Lerida. Il signore cardinale Giovanni Garlo fà il bravo et ostenta che non sarà niente, ma corne

Florence, le 15 juillet 1647.

J'ai voulu, sans perdre de temps, faire voir au Grand-Duc le récit de Votre Excellence. Il ne savait rien encore de l'événement. Ils en sont restés tout étourdis. Malgré tout, ils font mine de croire que, privé de l'appui de la noblesse, le mouvement cessera bientôt, et que l'affaire n'a pas les conséquences qu'elle semble avoir au premier abord. J'ai profité de l'occasion. Si cela ne réussit pas, il en restera toujours quelque chose, et dans cette conjecture, il ne nous manquerait que la pinse de Lérida. Le cardinal Jean-Charles fait le brave et répète avec affectation que cela ne sera rien ; mais quand de mois en mois il attendra vainement le traitement qui lui revient, il changera de façon de

(1) On lit au dos de loriginal : De M. le nonce à Florance, du i5 juillet i641.

sarù senza il suo pagamento di mese in mese, mutera forma di parlare.Non bisogna che s'adulino, sono colpiper loro sensibili, e le gravezze clie qui si impongono lutlo il di, fanno sentira molto brutto.

Sua Altezza mi disse, clie popoli strapavano la corda quando era troppo tirata. Gli soggiunsi che se contentasse che gli dicessi, che gia questo hanno da guardar tutti principi, massimè quegli d' Italia. Resto senza risponder mi un poco, e poi mi replico : Si haveranno a pensar tutti ; et io soggiunsi : Beati questi che saranno gli ultimi, accorgendo che voleva parlar délia Francia.

Ho saputo di certo ch' il marchese Calcagnini è andato a Milano, a negotiare con quel governatore, et il Gran Duca, che mi r hà detto, ne fà gran caso, dubitando che il signore duca di Modena non potesse stringersi con Spagnuoli. Io non lo crederomai. In ognimodo ho voluto darà Vostra Eccelenza questo cenno.

parler. Il ne faut pas qu'ils se flattent: ce sont là des coups sensibles pour eux, et la contrainte chagrine qu'ils s'imposent ici, à chaque lieuredujour, fait deviner que leurs affaires vont mal.

Les peuples, m'a dit Son Altesse, rompent la corde, quand elle est trop tendue. Je lui ai demandé la permission de lui dire que tous les princes dorénavant ont à y regarder de bien près, surtout ceux d'Italie. Il resta un instant sans me répondre ; puis il me repartit: Oui, tous auront à y penser ; et moi j'ajoutai : Heureux ceux qui seront les derniers, m'étant aperçu qu'il voulait parler de la France.

J'ai su de source certaine que le marquis Calcagnini est allé à Milan pour négocier avec le gouverneur de cette ville ; et le Grand-Duc m'a dit qu'il attache une grande importance à cette démarche, craignant que Monsieur le duc de Mantoue n'arrive à se lier étroitement avec les Espagnols. Je ne le croirai jamais. Quoi qu'il en soit, j'ai voulu faire connaître le .fait à Votre Excellence.

Ils ont pris ici d'un seul coup toutes les selles qu'ils ont pu

Hanno qui in un tratto prese tutle le selle che han potuto trovare, e messele in fortezza. Sopra tutti questi andamenti Vostra Eccellenza faccia il riflesso che bisogna.

trouver, et les ont mises dans la forteresse. Sur toutes ces façons d'agir, que Votre Excellence fasse les réflexions que besoin sera.

M. Le Tellier au marquis de Fontenay (Ij.

Amiens, le 17 juillet 1647 (2).

Monsieur,

J'ai receu la lettre que vous m'avez faict l'honneur de m'escrire, du xviie du mois passé, qui n'est que pour faire donner la chapelle de Sainte-Pétronille, de Saint-Pierre de Rome, au s^ Evandre de la Royne, à qui vous l'aviez faict ass.eurer par divers brevetz, au lieu du nommé Ponty, en faveur duquel elle avoit desjà esté expédiée. Sur quoy ayant faict entendre à la Royne ce que

(1) Beaucoup de lettres de ce genre, adressées au marquis de Fontenay et concernant des intérèis tout privés, collation de bénéfices, affaires ecclésiastiques, etc., se trouvent dans deux manuscrits de la Bibliothèque nationale, collection Dupuy, n°s 727 et 775. Elles sont presque toutes contre-signées de Le Tellier. Nous n'avons pas cru devoir les reproduire ici, vu leur peu d'importance.

On a pu remarquer plus haut (p. 18) que nous avons déjà extrait d'un de ces recueils une lettre du cardinal Mazarin, datée d'.Ajniens, le 22 mai 1647, écrite spécialement pour recommander à l'ambassadeur du roi à Rome la comédienne Costa.

(2) Reçue le 8 août.

vous demandiez, Sa Majesté l'a très-voUontiers accordé à votre recommandation. Et Monseigneur le cardinal a, de sa part, consenty de bon cœur que celuy que vous considérez fust préféré à celuy pour lequel il avoit obtenu ce bénéfice; et encores que la cbose ne soit que de petite conséquence, néantmoings j'ay cru que je debvois vous rendre ce tesmoignage, en vous addressant l'expédition de cette cliapelle, en laquelle vous remarquerez, s'il vous plaist, Monsieur, qu'elle est en forme de nomination, suivant l'advis de Monsieur Gueffier (1), au lieu de la provision qui en avoit été expédiée pour ledit s"" Ponty, que l'on avoit faicte sur ce que l'on avoit cru que le Roy esloit fondateur et collateur de ce bénéfice, et que, comme vous scavez, nous tendons toujours à l'advantage desdroictz du Roy, auxquelz aussy l'on est fort asseuré que de vostre part vous ne souffririez pas qu'il arrive aucune diminution. Et parce que la provision donnée audit s'" Ponty sera en toutes façons inutille, je vous supplie très-humblement de me la renvoyer et de croire que je suis de tout mon cœur, etc.

Signé: Le Tellier.

Le comte de Brienne au marqms de Fontenay.

Amiens, 18 juillet 1647 (2).

Monsieur,

Bien que l'on m'ait représenté, et que par ma propre expérience je sois persuadé que le Pape n'agist jamais sincèrement,

(1) Agent du roi à Rome, dont il sera souvent question plus loin.

(2) Reçue le 8 août.

si est-ce que je suis esbranlé de croire qu'il donnera un jour contentement à Sa Majesté sur l'affaire de M. l'archevesque d'Aix, et qu'il s'est trop engage pour s'en pouvoir desdire, hormis qu'il eust desseing de rompre entièrement avec nous. Ce que vous avez remarqué qu'il aymoit mieux le faire à la considération de Sa Majesté qu'à la recommandation du roi de Pologne, M. le cardinal en tesmoigna quelque peine, par les mesmes considérations qui sont touchées en vostre lettre du xxiiiie du passé et qui vous auroient porté à contredire le Pape si, mieux conseillé, vous ne vous en fussiez retenu; mais il fut combattu de nous tous, et s'apercevant qu'il auroit de la peine de me faire escrire dans son sens, il dist qu'il vous escriroit; mais, quoy qu'il mande, alez vostre chemin, et la Reyne sera satisfaite, pourveu que M. l'archevesque d'Aix soit fait cardinal. Je n'oubliay pas d'appuyer sur ce que vous avez remarqué, qu'on peut tirer l'avantage qu'on se promettoit de M. l'archevesque d'Aix, si l'on obtient du roy de Pologne qu'il nomme un subject agréable, et que lors on auroit plus de hardiesse à presser qu'on hazardoit moins quand on en seroit refusé. Je ne me suis pas apperceu qu'on ait trouvé à redire que vous ayiez différé à faire la demande de Beaupuis, ny de ce que le Pape vous a respondu au sujectdes bénéfices de Catalogne; et certes, contre toutes les apparences et contre les avis qu'on reçoit, les choses semblent s'approcher à la paix, puisque les Estatz ont consenty la garentie du traité, et de rompre si l'Espagne nous attaquoit dans la Catalogne, le Roussillon, la Lorraine et Pignerol. Il pourroit estre pensé que, n'aiant pas ajousté qu'ilz feront la guerre à l'Espagne, si elle ne s'accommode présentement avec nous, qu'ilz n'offrent rien bien asseurc que la paix ne se concluera pas. Mais ce n'est pas l'oppinion de ceux qui sont sur les lieux, qui croient que Mrs les Estats veulent la paix, et que nous l'aions aussy, l'un parce qu'ilz la croient nécessaire à leur République, et l'autre qu'elle ne leur scauroit estre seure que leur estant garentie par cette couronne ; et, à la vérité, des Flamands seroient trop fins, s'ilz pouvoient avoir un dessein aussy caché. Hz sont venus à ce qu'on désire d'eux de mauvaise grâce et en ont perdu le mérité., mesme ilz n'ont pas salisfaict à touttes les conditions ausquelles ilz s'estoient engagés, et n'ont pas correspondu aux bien-

faicts qu'ilz ont receuz de cette couronne ; et néantmoins ses serviteurs sont persuadez que nous avons tiré de grandz avantages de ce qu'ilz ont faict, puisque la princesse d'Orange et ceux qui s'estoient engagés avec les Espagnolz en ont tesmoigné une extrême douleur : c'est ce qui m'est mandé de La Haye. De Munster, que les Suédois qui nous avoient pressez ont prié qu'on ne se hastast point de remettre le procez du traité ez mains des médiateurs, sur ce que les intérêts de M. le Landgrave n'estoient pas encores ajustez; et comme nous en avons d'indécis, il ne nous a pas desplu d'estre recherchez de ce que nous avons à désirer. Pourtant, je ne juge pas que la paix de l'Empire soit pour longtempz retardée, bien"que les députez de Bavières en soient en apréhension, et que les Suédois veulent faire succéder une guerre de religion à celle d'estat qui a tant affligé l'Allemagne. IMais je leur ai dict qu'il n'y a pas d'apparence, et que les Suédois aiant acquiessé à tous les avantages de leur maistre et s'estant départiz de prétendre ez diettes la séance au-dessus de luy, qu'il falloit mieux juger de leurs intentions. Nous ne scaurions tarder d'en estre esclaircis, ny guères d'estre assurez de la prise de la Bassée, puisque Dixmude a esté emporté, et sans que le pont rompît, c'eust esté damblée, quelques officiers qui donnoient les premiers estant entrez pesle-mesle avec les ennemis, qui estoient sortiz pour defîendre leurs dehors : car le moyen qui nous reste de fortiffier notre armée d'une partie qui en estoit séparée lèvera à l'ennemy la pensée d'aller au secours, et, quand il l'ozeroit tenter, l'espérance d'y pouvoir réussir.

Si j'ay des nouvelles du camp devant que je sois obligé de signer ma lettre, je vous en feray part, qui ne dois obmettre à vous dire que l'Angleterre et l'Escosse sont dans une horrible confusion, et sans que les Hamiltons (1) (je parle après M. de Montereuil) (2) veulent laisser perdre leur Roy, le royaume

(1) James Hamilton, compagnon d'enfance et favori du roi Charles 1*^, ffui le créa duc d'Hamilton en 1643. 11 mourut sur l'échafaud le 16 mars 1649. Son frère, William Hamilton, comte de Lanark, créé duc d'Hamilton après la mort du précédent, fut blessé et fait prisonnier par Cromwell à la bataille de Worcester, en 1651, et mourut quelques jours après de ses blessures.

(2) Jean de Montreuil, de l'Académie française, fut secrétaire du marquis de Fontenay-Mareuil en 1642 et 1643. — Voyez le 1. 1" des Lettres du cardinal Mazann, p. 22, 27, 83 et 418.

d'Escosse auroit desjà armé pour entrer en Angleterre, craignants que, l'armée et le Parlement s'accordants, qu'ilz n'aient à souffrir à leur tour, puisque l'une et l'autre estants indeppendants voudront destruire l'autorité des presbytériens qui est fondée sur celle du royaume d'Escosse.

Je feray savoir à M. de la Rochelle ce que vous avez écrit que vous essaierez de faire, en sorte que l'on ne paie rien pour la translation de la cathédrale de Maillesais, qui se doit estajjlir à La Rochelle (1), mais qu'il faut qu'il songe à faire remettre de l'argent pour paier les bulles de l'évesché dont il a esté pourveu.

Ce qui m'étonne, c'est qu'il y a des gens qui ne se rebuttent point et ne laissent de nous demander des lettres, bien qu'ilz aient esté refusez. Il en est presque ainsi du Pape, lequel, sachant que nous avons tout suject d'estre offensez du prince de Piombino, et se repentant de n'avoir pas accepté ce qu'on lui avoit ofïert, revient aujourd'liui à désirer la chose, mais soubz le nom de sa femme, affm que le rnary demeure en la subjection qu'il a embrassée, et néantmoins qu'il jouisse paisiblement du sien.

Sur cela il ne vous sera rien mandé. Sa Majesté étant persuadée que, sans s'engager ny à promettre, ny à refuser, vous mesnagerez en sorte cette afTaire qu'elle ira à la longue, y aiant péril et à l'un et à l'autre de ces partis, puisqu'un refus formel pourroit porter le Pape à se desdire de ce qu'il semble avoir offert, comme aussy d'y avoir consenty refroidir, tenant avoir recueilli le fruit de ce qu'il pouvoit mériter en vostre endroit, faisant les grâces et les justices dont nous le recherchons. Et l'expérience du passé nous a enseigné que le Pape se laisse plus conduire quand il espère que quand il a la possession des choses.

Je suis, etc.

Signé: De Loménie Brienne, (1) L'évêché de Maillezais fut en effet transféré à La Rochelle en 1648.

Le comte de Brienne au marc[uis de Fontenay,

Amiens, le 26 juillet 1647 (1).

Monsieur,

Estant allé ce matin chez M. le cardinal pour luy parler de ce qui est porté en votre lettre du ixe qui me fut rendue hier, je l'ai trouvé en une si mauvaise humeur de ce que l'on sacrifioit, selon son dire, toutes choses à la passion de M. l'archevesque d'Aix, et de ce que le Pape nous vouloit faire une grâce, refusant une justice qu'il doit au roy de Pologne, et qu'il prive, en ce faisant, cette couronne d'un suject (2), que je me suis résolu, non seulement parce qu'il m'en a fort pressé, mais parce que l'amitié qui est entre nous ne souffre point de secret, de vous en tenir averty. Il m'a dict qu'il avoit escrit en termes si mortifiants à M'' d'Aix, qu'il est assuré qu'il ne dormira pas toute la nuit, si sur le soir elle luy est rendue. Ce qui m'a plus contenté, c'est qu'il m'a dict qu'en toute extrémité et plustost que les rois perdissent un droit qui leur est acquis, que de deux promotions l'une se fait pour eux et Sa Majesté le "Vénitien, qui pour l'ordinaire est dans les intérests de cette couronne, il se résoudroit à faire nommer son frère pour cardinal national, aimant mieux perdre un suject que deux ; et

(1) Reçue le 10 août.

(2) On a vu déjà c[ue l'archevêque d'Aix, frère de Mazarin^ se faisait présenter par le roi de Pologne au choix du Souverain-Pontife pour la prochaine promotion de cardinaux. Le Pape repoussait cette combinaison et voulait qu'il fût présenté par la France. Ce refus du Pape avait pour résultat d'éliminer l'un des autres candidats que la France espérait voir nommer, si le roi de Pologne avait fait agréer l'archevêque d'Aix.

peut-estre se persuade-t-il qu'il ne soit pas impossible d'obtenir du roy de Pologne sa nomination en faveur de quelque autre, comme il l'a bien voulu bailler pour M. d'Aix. Et sur ce que je luy avois dict que M. d'Aix ne tiendroit nul lieu n'ayant point de nomination, et qu'avec le temps on auroit trois autres créatures, s'apliquant à mesnager le roy de Pologne et estant comme infaillible l'Empereur voir le^Vénitien (1), il m'a respondu : Faictes-vous fondement que le Pape vive assez de temps pour faire une nouvelle création? Car, outre qu'il faut qu'il vacque des places, il pourroit estre surpris de la mort, et le successeur, selon l'usage, fairoit la première promotion pour soy, et qu'il falloit considérer que le Pape s'exemptant de faire ce qu'il doit pour les princes, donnant une légère satisfaction à la France, faisoit beaucoup pour l'Espagne, non seulement en gratifiant son party d'un suject naturel, mais luy donnant les autres dont il prive les princes, estant assuré que les créatures ne peuvent estre que deppendantes d'Espagne, et qu'il en augmente le nombre des places qu'il doit au roy de Pologne et à Venize. J'ay jugé que je me devois taire, d'autant plus qu'il m'a dict : Pour une chose assez ordinaire et que j'ay appris ne me pouvoir estre refusée, voudriez-vous que je fisse donner contentement au Pape sur ses diverses prétentions, lequel, soubz prétexte d'avoir faict une grâce, croit que toutes sortes de choses luy sont deues et qu'on ne sera plus en droit de luy rien demander, mesmes les choses justes, comme Beaupuy '! C'est à vous à bien prendre vos mesures et à ne rien faire qui rende incertaine la promotion de M. l'archevesque d'Aix, ny aussy qui blesse M. le cardinal. Je suis assuré quelaReyne vous deffendroit; mais il est bon de ne pas demeurer exposé à receuvoir ce lesmoignage de sa bonne volonté. Je souhaiterois que le Pape se fust hasté et que, le courrier arrivant, la chose fust faicte. Il faudroit tesmoigner qu'on en est content, et,

(1) Parmi les places de cardinaux alors vacantes, il y en avait pour lesquelles le droit de présentation appartenait à la Pologne, à Venise et aux autres grands États catholif[ues.

La phrase, du reste, est assez obscure, comme beaucoup de celles qui étaient primitivement en chiffres, et que le secrétaire d'ambassade a traduites au-dessus des lignes. Le mot voir a sans doute ici le sens de même et doit s'écrire voire.

quand on prendroit un autre sentiment, M. l'archevesque seroit cardinal; et il ne seroit pas impossible que vous adouciriez le Pape, et que vous mesnageriez les choses qui le pourroient contenter.

Il a esté mandé à Grimaldi de vous donner part des traittez qu'il fait; mais comme c'est une chose hors l'ambassade, il me semble que vous devez vous contenter de ce qui vous sera participé, sans en prétendre plus; et comme rien n'est si important, pour faire apréhender aux Espagnolz la perte de leurs estatz d'Italie, que de voir le Grand-Duc en résolution d'entrer dans le bal, qu'on scait bien ne pouvoir eslre si bien mesnagé que par vous, vous scaurez tous les desseins qu'on peut former. Je serois trompé s'ilz sont pour réussir, si ce n'est que les Napolitains se créassent un roy et que les Sicihens les imitassent, si mieux ilz n'aymoient s'establir en république et jouyr de la liberté, à quoy il me semble qu'ilz seroient plus encUns que les Napolitains, et s'estant conservez de certains privilèges, comme avoient faict les Catalans, la chose me semble assez facile.

Cette letti^e joincte à l'autre vous devra estre importune. J'y dois pourtant ajouster que les ministres de Portugal m'ont dict que les amis qu'ilz ont à Rome leur mandent que, si vous eussiez insisté que les évesques nommés par le Roy eussent esté prseconisez et que leurs bulles leur eussent esté expédiées, que vous y auriez réussy. Je vous dis cela pour simple information, et pour vous faire souvenir que cette affaire est une de celles que vous aurez à mesnager, mais dans son ordre et dans son tempz.

Je suis, etc.

Signé: De Loménie Briënne.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, ce 9 août 1647 (1).

Monsieur,

Je me serois dispensé de vous escrire et croyois en estre excusé par le voyage du Roy (2), et de n'estre que d'hier bien tard en cette ville, n'estoit que j'ay craint que vous seriez en inquiétude de voir arriver deux ordinaires sans lettres, et comme je me propose etqueletempz me force d'estre succint, je me contenteray devons dire que voz lettres du (en blanc) ont esté receues. Je juge qu'il est vraisemblable, non seulement que Sa Majesté vous escrive pour vous tesmoigner combien elle est satisfaicte des soingz que vous apportez à l'exécution de ses commandements, mais pour faire cognoistre à ceux ausquelz vous jugerez debvoir donner communication de sa dépesche, qu'elle l'est beaucoup des Ijonnes dispositions qui paroissenl au Pape de la voulloir satisfaire, et qu'il semble qu'il n'y ait plus «rien à désirer pour l'exécution de l'une des affaires qui vous avoit esté recommandée, sinon que Sa Sainteté prenne un jour pour faire la création, mais mesme d'escrire à Sa Sainteté, et j'essaieray de faire prendre cette résolution au conseil qui se tiendra lundy, n'ayant peu, pendant que nous avons marché, trouver une heure de loisir pour faire voir à Sa Majesté vostre dépesche; et je suis très-asseuré qu'elle aurajoye, quand elle luy sera leue, d'entendre que le Pape s'est laissé vaincre sur un point auquel on estoit aussy attaché, et qu'il semble

(1) Reçue le 30.

(2) La cour avait quitté Amiens pour revenir à Paris, où elle était arrivé* le 8 août.

mesme qu'il n'en puisse ny n'en veuille tarder l'exécution : et ce sera comme un erre de se porter aux autres, y aiant lieu à croire quïl ne voudra perdre le fruict de ce mérite en s'opiniastrant sur d'autres affaires, ezquelles nous sommes fondez en justice. Ce sera donques à la huitaine que je vous envoieray la lettre où je vous éclairciray des raisons qu'on auroit eues, si on s'en estoit dispensé.

Cependant j'ajousteray qu'il a esté commandé à nostre armée de mer de servir aux desseins de celle de terre, qui agira en Italie soubz la direction du cardinal Grimaldi, lequel ne manquera de vous donner information exacte (i) de tout ce qui se debvra entreprendre, et de consulter avec vous ce qui sera de plus utile à faire, et reprendray occasion de luy en escrire de rechef, affm qu'il cognoisse qu'on l'entend de la sorte et qu'on le désire. Il y a bien de l'apparence que, pour peu que les desseins réussissent, que la paix en sera avancée, car les Espagnol une fois 'destrompez que la France sans l'assistance des Estatz est capable de luy faire du mal, seront pour reprendre les pensées de l'accommodement, desquelles ilz s'estoient retirez, espérants divers avantages pendant celte campagne, et de plus ayants sceu que les Estatz ont signé le traitté de guarantie et s'apercevants que leurs députez agissent de bonne foy en nos intérestz; cela mesme les pourra forcer de venir à ce qu'on désire, et enfin la raison, la justice et l'intérest de Mrs les Estats les oblige à prendre fiance avec nous, et à estre en apréhension de la prospérité des autres.

Siyné : De Loménie Brienne (1) Voir la dépêche suivante.

Le cardinal Grimaldi au marquis de Pontenay (1).

Genova, li 10 agosta 1647.

Il corriere Ciaccaferro giunse quà giovede dopo mezzo giorno, e non fii trattenuto se non poche hore per scriver qualche cose alla corte dalle négociation! correnti in queste parti, proseguendo il suo viaggio il medesimo giorno por mare verso Canes ; et incontro per buona forluna, che si trovava qui il signor balio di Valençay di passagio con la galera capitana di Monaco verso Portolongone, dove mi assicuro che sarà eseguito tutto cio che sarà possibile, et judicato più avantaggioso al servitio del Re, conforme agli ordini dati dal signore cardinal Mazarini, havendo io communicato al medesimo Valençay quanto Yostra Ecce-

Gênes, le 10 août 1647.

Le courrier Ciaccaferro est arrivé ici jeudi dans Taprès-midi, et je ne l'ai retenu que quelques heures, pour écrire à la cour certains détails relatifs aux négociations entamées de ce côté. Le jour même de son arrivée, il a poursuivi son voyage par mer vers Cannes, et le bonheur a voulu que M. le bailli de Valençay se trouvât en même temps dans cette ville, de passage sur la galère capitane de Monaco, qui se rendait à Portolongone. J'ai donc pu m'assurer qu'on fera tout ce qui sera possible et qu'on jugera nécessaire au service du Roi, conformément aux ordres donnés par M. le cardinal Mazarin, puisque j'ai pu communiquer audit Valençay tout ce que m'ont écrit

(1) D'après l'indication qui se trouve au dos, M. de Fontenay reçut cette dépèche à Rome « le lôaoust. »

lenza, il Monsignore illustrissimo d'Aix et il signore abbate di Santo Nicolas mi scrivano.

Son certo, havrà Vostra Eccelenza inteso coU' avviso del ultimo ordinario di Lionè che è venuto con diligenza, tutte le risolutioni délia corte; e peradesso io non posso dire altro a Vostra Eccellenza délie cose di queste parti dependendo dalle risolutioni di signore principe di Gondé e da quel che si concertera co'l signore principe Tliomaso e co'l signore maresciallo di Plessis, al quale effetto si io non potro abbocarmi con i suddetti signori in qualche luogo quà vicino, mi valero del mezzo del signore di Besanson, che ancora qui si trattione, o vero d' altro soggetto, quando mi fosse necessario inviarlo in Lombardia. Sopra le buone intentioni che di nuovo si sono ricevute délia corte di Modena et di Parma, si corne suppongo che Vostra Eccellenza possa esser informata per mezzo del signore cardinal d'Esté, io lasciero d'awisarne pontualmente 1' Eccellenza Vostra. Subito che vi sia qualche cosa di certo, accio con

Votre Excellence, Monseigneur d'Aix et Monsieur l'abbé de Saint-Nicolas.

Votre Excellence, j'en suis certain, aura appris par les lettres du dernier ordinaire de Lyon, qui est venu en toute diligence, les résolutions prises par la cour, et pour le présent je n'ai rien de plus à dire à Votre Excellence des affaires de ce pays, puisque tout dépend des résolutions de M. le prince de Gondé, et de ce qui sera arrêté de concert avec Monsieur le prince Thomas et Monsieur le maréchal du Plessis. A cet effet, si je ne peux m'aboucher avec les susdits seigneurs dans quelque endroit voisin d'ici, j'emploierai l'intermédiaire du sieur de Besançon, qui se trouve encore ici, ou d'une autre personne, s'il m'est nécessaire de l'envoyer en Lombardie. Quant à la nouvelle qu'on a reçue encore une fois des bonnes intentions des cours de Modène et de Parme, comme je suppose que Votre Excellence a pu en être informée par le moyen de Monsieur le cardinal d'Esté, je négligerai de l'en aviser de point en point. Aussitôt qu'il y aura quelque chose de certain, je le ferai connaître à Votre Excellence, afin qu'avec sa pru-

la sua somma prudenza, sene possa valer opportunamente in ordine al conseguimento di quelle satisfationi che con tanta ragione si desiderano e si sperano dal Papa. Senza maggiore dilatione, etc.

dence supérieure, Elle puisse s'en prévaloir au moment opportun pour obtenir du Pape ces satisfactions qu'on désire et qu'on espère avec tant de raison. Sans plus tarder, etc.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, ce 16 août 1647 (1).

Monsieur,

En arrivant en cette ville, je vous escrivis (2) et j'accusay la réception de vos dernières despesches, desquelles je me réservois de faire lecture à la Pieyne au lundy suivant. J'y satisfiz et pressai Sa Majesté de voulloir escrire au Pape, mais je l'en trouvai très-esloignée, ne s'immaginant pas qu'il y en y ayt du suject ; et je serois trompé sy une despesche qui vous sera faicte par M. le cardinal Mazarin n'estoit une suitte d'une que je vous escriviz d'Amyens, puisqu'il me parroist tousjours dans ce sentiment que le Pape blesse le roy de Pologne pour nous priver d'une création, et qu'il veut faire valoir à la France ce qu'il faict en faveur de l'Espagne. Cela pourtant ne reculera pas la satisfaction de Monsieur l'archevesque, si ce n'est que le

(1) Reçue le 6 septembre.

(2) Voir plus haut (p. 91) la lettre du 9 août.

Pape s'oppiniastrast à ne point faire de promotion pour les couronnes, car il en sera convié, nommément par Poulogne ou, en toutte extrémité, par Sa Majesté, qui a mandé au cardinal Grimaldi non seulement de vous donner part de ce qu'il aura résolu avec les princes avec lesquels il a pouvoir de traitter, mais de consulter avec vous ce qui seroit de faire pour le bien de son service.

Si ce qui se passe à Naples a des suittes (1), et que l'appréhention du chastiment donne lieu aux coupables de songer à leur seureté en se faisant un Roy, ou à establir un Estât soit aristocratique ou populaire, Leurs Majeslez, ainsy qu'il vous a esté mandé, ne deffaudront point de les assister et seront bien aises de profiter de cette occasion pour diminuer la trop grande puissance d'Espagne (2) ; mais jusques à ce que les peuples ayent pris cette résolution, on estimera peu celles qu'ilz font parroitre pour obtenir la diminution de quelques gabelles.

Ce qui vous a esté dit et ce que vous avez respondu à un qui vous avoit esté trouver de la part du chef du peuple a esté considéré, et vous avez esté loué de vous estre si bien résolu sur une affaire de cette conséquence. Mais il faut attendre des nouvelles de celuy qui est retourné devant que de pouvoir

(1) C'est la première dépêche qui parle ouvertement de l'affaire de Naples. Elle répond sans doute à une lettre de M. de Fontenay annonçant les événements qui venaient de se passer. A Rome, c'est au milieu de juillet qu'on apprit la révolte soudaine des Napolitains contre les Espagnols. L'abbé de Saint-Nicolas écrivait le 13 juillet à M. de Grémonville, ambassadeur de France à Venise : « L'on ne parle ici que du soulèvement de Naples ; aussi est-il très-grand, etc. » [Négociations, etc., p. 202.)

(2) Une allusion aux complications possibles à Naples et en Sicile avait déjà été faite par M. de Brienne à la fin de sa dépêche du 20 juillet. (Voir plus haut, p. 90.) 11 y revient aujourd'hui, et il ne cessera plus maintenant de se préoccuper de la manière dont on pourrait, au sud de l'Italie, faire échec à cette puissance espagnole que nous combattions déjà si ardemment dans le nord. Les agents français, et le marquis de Fontenay en particulier, ne devaient pas ignorer, d'ailleurs, les intentions du gouvernement français et les espérances quïl fondait sur l'impatience avec laquelle les Napolitains supportaient depuis longtemps le joug des Espagnols. Durant la première ambassade de M. de Fontenay à Rome, c'est-à-dire cinq ans auparavant, la cour de France avait déjà prévu cette éventualité vivement souhaitée, .et elle avait donné à son représentant des instructions fort précises. Ces instructions, nous avons pu les retrouver

faire un jugement solide de ce qu'on en peut espérer. Et il est à craindre, ainsy que le mesme a jugé, que la mort

dans un manuscrit du temps, et nous les donnons ici, pour bien faire voir quelle fut sur ce point la marche constante de la politique française :

Mémoire au sieur marquis de Fontenay, ambassadeur du Roy à Home, du dernier juin 1642 (*).

L'affaire deNaples proposée par Monsieur le comte de Chasteauvillain est telle qu'elle mérite d'estre entretenue pour s'en prévaloir en temps et lieu, l'occupation que les armes du Roy ont ailleurs ne luy permettant pas de les employer si promptement.

Non seulement ledit comte se monstre contraire au roy d'Espagne, mais aussi au duc de Médina, vice-roy, qui a dessein de se rendre maistre de l'Estat.

Sur quoy il est à considérer qu'il est comme indifférent au Roy d'avoir le royaume de Naples, et que le principal intérêt de Sa Maiesté est qu'il sorte des mains du roy d'Espagne.

Cela estant, Elle ne seroit pas faschée que le duc de Médina se fist roy de Naples, et ne luy dénieroit pas sa protection, s'il la recherchoit sur ce sujet, comme il le fera sans doute. S'il a ce dessein, il semble qu'il luy seroit facile de l'exécuter, veu les avantages que sa charge luy donne dans les places du royaume et sur les esprits, qu'il peut ménager et gaigner.

Si le duc de Médina entreprenoit cette affaire, elle ne pourroit estre qu'utille à celles du Roy, quoyqu'elle succédast ou non, parce qu'elle mettroit au moins le royaume de Naples en tel estât que le roy d'Espagne n'en pourroit tirer aucun secours.

Cependant il ne faut point négliger l'ouverture du comte de Conversane, mais au contraire luy tesmoigner qu'on la gouste ir.y extrêmement, et que le Roy, faisant profession d'employer ses armées pour la liberté des opprimez, sera très-aise de contribuer à celle du royaume de Naples.

Que Sa Maiesté est maintenant occupée vers la frontière d'Espagne, mais que si ledit comte veut disposer les affaires dans son pays en telle sorte qu'il y ait lieu d'espérer y réussir. Sa Maiesté disposera aussi les siennes pour agir l'année qui vient en Italie et envoyer ses forces maritimes vers Naples, avec bon nombre de gens de guerre, pour assister ledit comte et autres de son party.

Il semble que, en attendant cela, il peut faire la levée de quatre mil hommes qu'on luy demande, pourveu qu'elle demeure dans le royaume ; ce sera autant de gens qu'il aura sur pied, et qui seront désià un corps assez considérable.

Ledit sieur ambassadeur parlera ainsy de cette affaire audit sieur comte de Chasteauvillain, luy fera bien cormoistre que le Roy luy scait beaucoup

l») Bibl, nat., mss. fr. 15870, fol. 388 à 391.

d'Anelli (i) n'ayt changé la face des affaires, qu'il fault soutenir avec toute la chaleur qu'on sçauroit imaginer, pourveu qu'on ne face rien qui puisse estre repris pour s'estre trop avancez sur de simples apparences ; mais la despance qu'on pourra faire pour les esclaircir ne scauroil estre condamnée, et affm que vous ayez le moyen de continuer d'envoyer sur les lieux, il a esté ordonné qu'il seroit remis en vos mains une somme de dix mille livres, sur laquelle vous reprendrez vos avances, et qui servira pour cet usage, avec assurance que, quand vous serez entré en de plus fortes despenses, qu'il y sera sur l'heure mesme pourveu (2); et on désire que vous espargniez l'envoy des courriers

de gré de raffection qu'il témoigne en celte occasion pour le bien et avantage de son service, et l'obligera à escrire de cette affaire au comte de Conversane fort chaudement, afin de le maintenir dans sa bonne humeur.

Il devra Texhorter à se fortiffier d'amis avec grande discrétion et prudence de peur d'estre découvert, et de l'avertir de temps en temps de quelle sorte il disposera l'exécution de son dessein.

Si ledit sieur comte de Conversane presse de faire un traicté avec le Roy, ledit sieur ambassadeur en donnera avis icy, sur quoy il est à observer qu'il ne s'y faudra pas engager jusqu'à ce qu'on voye que son afiaire soit en estât de succéder, et s'il aura pour cet effect fortiftié son party de bon nombre d'amis et adhérents. Cependant, on pourra voir ce que le duc de Médina fera, et s'il aura recours à l'assistance de Sa Maiesté. Il y a grande apparence que son party seroit pour réussir plustost que l'autre ; mais par le moyen de l'un ou de l'autre il sera bon de susciter du trouble dans le royaume de Naples.

(1) Tommaso Aniello, par contraction Masaniello, né en 1623 à Amalfi, chef de l'insurrection de Naples qui éclata le 7 juillet 1647, assassiné le 16 du même mois par quatre bandits aux gages du duc d'Arcos, vice-roi de Naples, fut inhumé le lendemain par le peuple, dans l'église del Carminé, avec une magnificence royale.

(2) Par une rare bonne fortune, nous avons rencontré dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale la fort curieuse pièce intitulée : « Estât de la recepte et despense faicte par M. le marquis de Fontenay, ambassadeur extraordinaire pour les affaires de Sa Majesté à Rome. » Les « despenses » y sont établies jour par jour depuis le 20 juin 1647, Inutile de dire qu'elles ont toutes trait à la révolution de Naples. Ainsi, à celte date du 20 juin, nous lisons la mention suivante : « Au courrier Jean Faro, pour mener à Piombino un cordelier anglois qui avoit esté longtemps prisonnier à Naples, et qu'on a jugé debvoir estre envoyé en France pour donner advis de ce qu'il scavoit de ces pays-là, 2i pistolles vallant 240 livres. » A la date du 27 juillet, on lit : « Au sieur Bon, capitaine, pour aller à Naples, 50 pistolles, qui font 500 livres, » etc. (Mss. fr. 20502, fol. 107 à 171.)

extraordinaires et que vous vous contantiez, horsmiz qu'il survinst une affaire de telle conséquence qu'elle despendist d'un moment, de faire donner quelque chose aux courriers ordinaires pour dilligenter leurs courses jusques à Lion ou à la court, d'où après, si la chose est jugée méritter une responce pressée, il vous sera despesché.

Il est envoyé au prince Thomas un ordre pour pouvoir monter sur nostre flotte, et aux chefz qui la commandent de lui obéir, et on croit qu'il fera quelque chose qui sera de conséquence, puisqu'il a soubz son commandement une armée de terre et de mer, et parroist plus de disposition que du passé à plusieurs de vouloir profitter de la conjoncture présente des affaires : et je m'asseure qu'après que Grimaldi aura receu la lettre qui luy est escritte, vous aurez tant de communication des desseins qu'on debvra exécuter et tant de part aux délibérations qui se formeront, que, de vous, nous scaurons à l'avance ce qu'on s'en pourra promettre, puisque vostre premier mestier a esté celuy des armes, et que votre suffisance n'est pas diminuée pour avoir employé quelques années à faire celluy d'ambassadeur.

Les lettres que j'ay reçues de Munster me font craindre que cette grande assemblée se séparera sans avoir conclu la paix, et les Suédois s'en estans retirez et déclaré qu'ilz ne tenoient rien de fait, puisque le traitté n'estoit pas arresté, il y a lieu de croire que c'est avec ordre. Néantmoins, sy on donne créance aux advis de Suède, la Reyne et le Sénat y parroissent enclins ; mais les fortunes qui leur arrivent leur donnent des pensées d'en proffitter et de prétendre l'ultérieure Pomméranie. Bien qu'ilz s'en soient départiz, néantmoins il ne faut point tant s'asseurer sur ce qu'ilz avancent, qu'on ne s'applique à considérer leur conduicte : et tel accident pourroit arriver ou telle fantaizie les prendre, qu'en peu de jours ilz s'ajusteroient avec l'Empereur, et force nous seroit d'en faire autant, pour ne pas demeurer exposez à divers inconvéniens que vostre prudence pénétrera ayzément. Car il y a lieu d'espérer que les Holandois, qui ont enfin conclud avec nous le traitté de lagarentye, estans arrivez de delà, fairont effort pour disposer les uns et les autres à se rapprocher, et, lorsque l'on tient l'afl^aire plus éloignée, il pourroit arriver qu'elle seroit conclue ; il parroist même quelque disposition en Pall et Knut, d'amander leur première con-

'TtnïvêirëTîâs

duitte, et on travailloit à en tirer les dernières asseurances. Pour moy, ou sur les parolles et les engagements qu'ilz pourront prendre, je vœux veoir des effects, avant que de demeurer persuadé qu'ilz agiront en gens de bien.

Il m'a esté dit qu'on propose de par delà de révoquer le nonce et que M. l'archevesque d'Aix n'a pas hésité de dire que Sa Majesté s'y accommoderoit. Je n'ose en faire rapport, car, bien que je ne doubte pas que l'on s'y pourroit porter, c'est une matière qui jusqu'à présent a esté sy dellicate, qu'on a estimé debvoir esvitter de la mettre en proposition , ce que j'ay creu vous debvoir mandei*, mais soubz la condition que j'y appose que vous n'en lairrez rien sentir à qui que ce soit et, le cas advenant, que sur l'ouverture qui en seroit faitte, Sa Majeté y consentist. Vous savez ce qui est de l'usage et de la prétention, et, quand ilfaudroit s'en relascher, on ne perdra jamais ce qui est en pratique, de ne point souffrir qu'il soit pris résolution d'envoyer un nonce qui n'ayt auparavant esté agréé.

J'avois desjà escrit ce que dessuz quand, hyer, sur les 9 à iO heures du matin, Gacciaferro (1) est arrivé. J'ai veu vostre despesche avec la continuation de relation de ce qui se passe à Naples. Je n'estime pas qu'il y ait rien à changer aux précédens oi'dres qui vous ont esté envoyez, que vous exécutterez aux sens qu'ilz vous ont esté escriptz. On vous despeschera dans la sepmaine vostre courrier qui vous portera touttes nouvelles de ce qui se passe. Cependant je vous puisasseurer qu'il a esté baillé des victuailles à toutte l'armée navale, jusques au dernier jour d'octobre.

Je suis, etc.

Monsieur, vous ne scauriez rendre un service plus agréable à Leurs Majestés que de continuer à presser l'expédition des bulles de M. l'abbé de S'-Wast, d'Arras.

(1) C'est le courrier extraordinaire dont il a été parlé plus haut, au commencement de la dépêche du cardinal Grimaldi. (V. p. 93.)

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, 23 août 1647 (1).

Monsieur,

Je ne suis guières en estât d'escrire beaucoup, estant dans les remèdes des eaûes, que je flniray dans quatre ou cinq jours. Je ne laisseray pourtant de vous dire qu'ayant fait voir au conseil vostre grande dépesche du me de ce mois (2) avec la relation de l'affaire de Naples, on n'a point pris d'autres résolutions que celles qui vous ont été mandées par les dernières lettres, et on ne désire point engager l'armée du Roy, que les choses ne soient si bien disposées et traittées qu'on soit asseuré de l'effect. M. le cardinal Grimaldi vous donnera commucation des ordres qu'il reçoit, comme vous ferez le semblable envers luy de ceux que vous recevrez, affin que, par cette mutuelle intelligence, les affaires succèdent plus heureusement.

M. le mareschal de Gassion a deffait huit cens chevaux des troupes du duc Charles, et M. deLaFerté-Senneterre (3) a pris

(1) Reçue le 5 septembre.

(2) Malheureusement, cette « grande dépèche » ne se retrouve point, pas plus que celle écrite le même jour par labbé de Saint-Nicolas. Une lettre de ce dernier, datée du 5 août, et adressée à M. de Brienne, commence ainsi ; « Je me donnai avant-hier l'honneur de vous écrire, et vous aurez été pleinement informé par ces dépêches de l'état présent de toutes les affaires de ces quartiers. J'aurois grand regret que nous ne pussions profiter d'une conjoncture aussi favorable qu'est celle qui se présente. Nous attendons avec impatience la résolution que M^^ les commandants de l'armée navale am'ont prise avec M. d'Estrades. » (Négociations, etc., p. 219.)

(3) Henri, duc de la Ferté-Senneterre, né à Paris en 1600, créé maréchal de France en 1651, mort le 27 septembre 1681. En 1646, il s'empara de Longw^', puis il passa en Flandre, mais ne put empêcher la perte de Landrecies.

à discrétion les chasleaux de Bridimus et de Greveneaken, sur la Mozelle, entre Cirkes et Trêves.

M. le mareschal de Turenne a esté contrainct de charger les mutinez; il leur a tué plusieurs officiers et environ six ou sept vingt hommes. Hz ont faict retraitte au nombre de deux mil cinq cens, et ont pris la routte d'Egra, pour se joindre sans doute aux Suédois. Nous ne sommes pas faschez, puisque ce malheur nous est arrivé, qu'il leur tourne à avantage en l'occasion présente qu'ilz ont les impériaux devant eux.

Nous n'avons point eu de lettres de Munster ce dernier ordinaire. Nous y avons despesché ce jourd'hui le s^ de Monbas, pour participer à Mrs les plénipotentiaires ce qui se passe en Italie, et leur donner compte de la confession du secrétaire de Mons>" de Yandosme (i), nommé Chasteaunières, arresté et mené prisonnier à Heilbron, lequel s'est trouvé chargé de lettres de créances de la part de son maistre à nos ennemis. Il paroist qu'il n'avoit pas de moindres pensées que de faire naistre quelque division dans l'Estat et de se joindre aux malcontens.

Un Français qui a esté porté par luy s'est offert à l'archiduc, s'il vouloit envoyer quelqu'un en France et le faire aboucher avec Son Altesse Royalle (2) et M. le Prince, qui traiteroient avec lui, de sorte qu'il a envoyé un secrétaire de Salamanca, pour accompagner ledit Français incognu, qui avoit pris le nom de Rare, chambellan de Son Altesse, mais, après avoir usé de plusieurs deffaites, s'est évadé et a laissé ledit secrétaire qu'on a arresté à Péronne. En se retirant ainsy, on a descouvert touttes ces illusions chimériques, qui n'ont pas laissé de retarder la négociation de la paix, comme il nous est mandé que Pennaranda a reçu l'ordre de l'archiduc de ne la pas avancer, s'estant persuadé qu'il y auroit division dans la famille royalle, qui pourtant ne fut jamais plus unie qu'elle n'est à présent. Et il y a de quoy s'estonner que les Espagnolz s'arrestent davantage

(1) Louis, duc de Vendôme, fils aîné de César de Vendôme et frère du duc de Beaufort, était né en 1612 et s'était distingué au siège J'Arras, en 1640. Il s'éloigna de la cour, lors du procès intenté à son père , et n'y reparut qu'après la mort de Richelieu. Il mourut à Aix, le 6 août 1669.

(2) Gaston, duc d'Orléans, frère de Henri IV, qui commandait alors J'armée française dans le Nord.

aux espérances de nous nuire, qu'à guérir le mal réel de la révolte de deux royaumes, qu'ilz peuvent aisément sauver en signant la paix. Peut-estre qu'au retour de M. Servien et des ambassadeurs de Mrs les Estatz à Munster, on pressera davantage l'accommodement.

Je suis, etc.

Signé : De Loménie Brienne.

Le comte de Brienne au marqtds de Fontenay.

Paris, lé 30 août 1647(1).

Monsieur,

La Reyne s'est donné la patience de voir lire la lettre que vous lui avez escritte le xe de ce mois, et le mémoire qui l'accompagnoit, duquel vous mandez devoir envoyer le double (2) à

(1) Reçue le 15 septembre.

(2) Le « double » de cette pièce du 10 août, dont parle ici M. de Brienne, se trouve dans les Mémoires du comte de Modène sur la révolution de Naples de 1647, publiés en 1827 par .T.-B. Miellé, 2 vol. in-8, t. I, p. 104. Ce mémoire est justement adressé au sieur Crescentini Fieschi, qui venait d'être nommé par le Roi administrateur général à Piorabino, et il faisait suite à une précédente dépêche envoyée le 12 juillet. Le marquis de Fontenay donne de nombreux détails sur les troubles croissants qui ont lieu à Naples et en Sicile. « J'envoyai, dit-il, aussitôt que j'eus avis de ce qui se passoit, diverses personnes tant à Palerme qu'à Naples, pour convier ces peuples d'achever ce qu'ils avoient si bien commencé et se mettre en liberté, les assurant des bonnes intentions de Leurs Majestés, et que l'armée navale seroit bientôt ici pour les secourir de tout ce dont ils avoient besoin. » Il ajoute qu'il presse le plus vivement possible l'arrivée de la flotte, afin que les rebelles soient « secourus à temps, faute de quoi ils seront contrc^ints

Piombino (1), afin que les avis qu'il contient donnent lieu à ceux qui ont charge de l'armée de prendre quelque résolution advantageuse et proportionnée en Testât où se trouvent les alTaires. Desjà il vous a esté mandé que ces messieurs ont, non seulement les derniers ordres, mais le pouvoir absolu de prendre le party qu'ilz jugeront le meilleur, et, affln que le manque de victuailles ne serve point de prétexte à l'armée pour s'en revenir, qu'il a esté pourveu à sa subsistance pour tout le mois d'octobre, et une partie de nos navires ont les choses nécessaires pour une partie de novembre, de manière que si sa présence est nécessaire et que les Napolitains en ayent besoin pour se mettre en liberté, ilz en peuvent faire estât, mais l'on ne commandera pas à l'armée d'aller à eux, si elle n'en est recherchée

de plier et de s'accommoder avec les Espagnols. » M. d'Estrades, dit-il encore, qui a toute la confiance du Roi et qui commande les forces françaises en Toscane, est chargé de diriger les troupes de débarquement, qu'il prendra en aussi grand nombre que possible, tout en laissant des garnisons suffisantes à Portolongone et à Piombino. Enfin, l'ambassadeur expliquait longuement tous les projets de son gouvernement et la façon dont il fallait les exécuter selon les circonstances, afin « qu'il ne se trouvât point de diversité. » Puis il donnait à l'agent français les noms des espions qu'il envoyait à Naples. Mais à cette époque il n'était point encore question du duc de Guise.

(1) La Hotte française était arrivée depuis quelques jours près de cette ville, qui est située, comme l'on sait, sur le littoral de Toscane, en face de l'île d'Elbe. L'abbé de Saint-Nicolas mandait de Rome, le 3 août, à M. de Grémonville : « Vous aurez desjà scu que notre armée navale arriva le 29 juillet dans le canal de Piombino. Elle est composée de 27 vaisseaux de guerre, de sept brûlots et de dix-neuf galères. La vingtième galère est demeurée derrière et joindra bientôt. On attend les vaisseaux de Portugal et l'escadre de Ponent commandée par M. de Montade. L'armée s'avancera bientôt, à ce que je crois, vers Naples. Nous verrons ce que cela produira. Entre nous, elle n'est pas pourvue de vivres pour autant de temps que cela seroit nécessaire. Il y a cette campagne quelque désordre dans nos affaires de tous les côtés. Apparemment M. d'Estrades s'embarquera avec environ 4,000 hommes. Je ne vois pas que le peuple de Naples se conduise bien. Il manque d'un chef. Le vice-roi, cependant, ne s'endort pas; il sert fort bien son maître. De notre côté, nous ne nous endormons pas, et nous n'omettons rien de tout ce que nous croyons pouvoir contribuer à nous faire tirer avantage de cette conjoncture. Ce seroit im coup mortel à la monarchie d'Espagne, si on lui pouvoit ôter ce royaume. » (Négociations, etc., p. 217.) ■Voir la note de la p. 101.

et qu'il y ayt probabilité qu'il sera pour faire quelque chose d'utile. Vous avez remarqué que la noblesse sera enfin forcée de s'armer pour s'opposer aux peuples, et nous le croyons comme vous, mesme que le vice-roy passera du costé du peuple, croyant que, l'ayant par ce moyen du sien, il asseurera les affaires de son maistre, et qu'ayant une fois fait cesser les désordres qui continuent, qu'il luy sera facile de remédier aux appréhensions dont la noblesse sera touchée; mais pendant le tempz qu'il voudra qu'ilz souffrent, soubz l'espérance d'un changement incertain et qu'on promettra, ilz pourroient prendre résolution de s'unir et de songer à leurs affaires ; et si ceux-là commancent un mouvement, il pourroit estre de plus de conséquence que le premier, et ceux qui s'y seroient embarquez, nous appelant à leur secours, nous trouveroient aussy disposez de leur donner que les autres en pouvoient estre asseurez ; et on ne doubte point que, si ce mouvement venoit à parroistre, que vous n'ayez autant de vigueur à l'appuyer que vous en avez tesmoigné pour celuy excité par le peuple. Il a esté mandé que deux de ceux que vous aviez envoyez à Naples ont esté pris et qu'ils courroient fortune d'estre exécutez. J'avois eu le mesme avis, mais si peu circonstantié, que je n'y avois pas fait réflection, et j'avois résolu de n'en point parler; mais les mesmes qui me l'ont escrit ou d'autres en ont donné avis à Son Éminence, qui croit que ces bonnes gens ont esté vendus pour s'estre découverts à un tiers qui faisoit le zélé pour la liberté publique, en intention de descouvrir ce qui se mesnageoit par ceux qui ont excité le trouble dans la ville de Naples.

Il y a apparence que les lettres que nous recevrons demain ou dimanche nous en esclairciront ; et les premières que vous aurez de moy vous feront scavoir si ce qui se publie par cette ville du retour de M. de Longueville est avec quelque fondement, car, bien qu'il ayt la hberté de revenir, je doute qu'il la prenne sans avoir veu ce qui sera mesnagé par les plénipotentiaires de Mrs les Estatz, qui estoient sur les termes d'arriver à Munster, et ayant sceu qu'on avoit consenty qu'il peut traitter avec Pau, et que cela aura encore aydé à le porter à prendre cette résolution. Je puis vous dire qu'il n'a point escrit à la Reyne qu'il vouUoit partir le samedy xxiiiie, comme plusieurs

— loe —

lettres, dont les unes sont escrittes par des siens, l'ont avancé ; et le xixe ilz ne scavoient point à Munster la résolution que l'archevesque de Coulongne avoit prise de retourner dans le service de l'Empereur, qui donne pour excuse de sa légèreté les mauvais traittemens que les Suédois luy ont fait sentir depuis la déclaration qu'il avoit faicte d'accepter la suspension qui avoit esté conclue à Ulm entre sa maison et les couronnes. Je ne doute point que l'électeur de Bavières n'en soit estonné, et il est mesme à craindre, bien que ce prince soit très-sage, que la crainte qu'il aura que les Suédois luy en imputent quelque chose ne soit pour le porter à quelque chose de semblable ; d'autant plus qu'il est recherché des impériaux et qu'ilz luy offrent, comme l'on dit en commun proverbe, la carte blanche. Mais la solidité de son jugement qui combat mes appréhensions me fait croire qu'il se deflendra de la poursuite des autres et qu'il demeurera attaché à ce qu'il a promis.

Il nous a esté mandé de Suède comme un furieux qui avoit paru toujours assez sage avoit eu dessein d'attenter sur la vie de la reyne de Suède; mais, n'ayant point esté interrogé quand le courrier fust dépesché, nous n'avons rien sceu de ce qu'il pourra dire pour sa defîense. Il est estrange qu'on ayt des desseins contre une personne de cette dignité, l'esprit de laquelle paroist si modéré, qu'il est difficile de croire qu'elle ayt donné suject à personne de se plaindre d'elle.

Je ne vous escriray rien de ce qui m'est mandé d'Angleterre, car touttes les affaires y sont embrouillées d'une manière si extraordinaire, que j'avoue que je ne puis point faire jugement de ce qui y succédera, et néantmoins, je persiste dans ce que j'ay toujours faict que le Roy ne se relèvera point (1) et qu'il faudra, ayant consenty à ce qu'il ne pourra éviter, qu'il mesnage les moindres choses, affin de trouver dans la durée des temps les occasions de revenir au point où vous l'avez veu, et vous laisse à juger, par la cognoissance que vous avez de sa capacité, quand il sera en ce période. Je suis, etc.

Signé : De Loménie Brienne.

(1) Brienne n'avait que trop raison: à cette date, Charles l", battu par ses sujets et réfugié en Ecosse, était sur le point d'être livré aux troupes de Cromwell, pour monter sui' l'échafaud deux ans après, en 1649.

Le comte de Brienne au marqms de Fontenay.

Paris, 6 septembre 1647 (1).

Monsieur,

La Reyne ayant bien voulu se donner la patience d'entendre la lecture de vostre lettre, m'a commandé de vous dire qu'elle ne recevra pas la promotion de M. l'archevesque d'Aix pour une grâce toutte extraordinaire, d'autant que l'on luy veut faire valloir celle qu'on faict au roy d'Espagne, et qu'elle eust bien désiré que Sa Saincteté eust receu la nomination du roy de Poulongne, et elle s'en fust tenue obligée , puisque ces instances avoient esté considérées pour faire valloir un droict sur lequel on apportoit des difficultez. Et il pleust à Sa Majesté de me dire que si, sur ses premières instances, le Pape se fust porté à la contenter, elle en auroit ressenty beaucoup de joye, s'estant tousjours imaginée que pour la luy faire entière, il n'auroit pas voulu faire un suject à la recommandation d'Espagne, car, pour un Espagnol naturel, il ne luy estoit jamais entré dans la pensée qu'il pût avoir cette imagination. Ainsy Sa Majesté ne se tient en rien obligée pour ce qui sera faict et prétendra des grâces, sachant bien que le Pape, après s'estre porté à faire cette promotion, esloignera celle qu'il doibt aux princes, croyant qu'il auroient tort de l'en presser, au moins la France et l'Espagne. Son Altesse Royalle appuya fortement les pensées de Sa Majesté; néantmoins elle aura gratitude de ce qui aura esté faict par Sa Sainteté, mai| elle sera faschée que le Pape croye avoir satisfait à tout ce qu'on peut prétendre de luy, et estre en droit de tout demander et de tout espérer pour s'estre porté à une chose dont l'Espagne tire profit. Car, enfin,

(1) Reçue le 27.

la promotion de M. l'archevesque d'Aix n'a rien d'extraordinaire, et c'est un suject de tel mérite, qu'il eust esté assez difficile que, dans la suitte des tempz, il ne fût parvenu à cette dignité

Ce qui est cy-dessus escrit est un ordre, et on a pezé jusques aux sillabbes, ce que je vous prie de remarquer, affm de prendre vostre conduicte sur ce qui peut estre des intentions de la court, l'amitié et la confiance qui se passe entre nous ne me permettant pas de vous rien déguizer, et de vous voir dans une carrière que je courrois volontiers avec vous, soubz l'espérance d'en trouver le ban bien sablé, et qui se rencontre bien glissant. La Reyne m'en a parlé à part et dans des termes trèsobligeants pour M. l'archevesque, et bien plus pour Monsieur son frère, m'ayant dit qu'il importe, pour le repos de tous deux, de suivi'e les intentions de l'aisné, de crainte qu'en s'en esloignanl, on ne les divisast; et j'aurois peur que, si on passoit par dessus, et que la chose tirast en longueur, dont je ne suis pas sans quelque appréhension, il prist et fist prendre une résolution à laquelle on ne s'attend point et dont il a bien voulu que je le creusse capable, en me disant qu'il l'auroit digne d'un Romain. J'avoue que je n'oze pas le presser de s'expliquer davantage; et je serois trompé si M. de Lionne (1) n'escrivoit à l'archevesque combien luy et moy avons souffert pour soustenir que ce que vous aviez entrepris avoit esté à bonne fin, et en suivant les sentiments de tous ceux qui ayment la France qui sont de par delà, qui ont jugé comme vous que la promotion de l'archevesque sans nomination faisoit parroistre au Pape une démonstration de le bien mettre avec la France, et que l'Espagne, pour obtenir un suject agréable, n'estoit pas récompensée de ce qu'elle perdoit, ayant affecté de persuader au monde que le Pape se gouvernoit par ses conseils et ses mouvements.

Le courrier qui debvoit arriver samedy, aiant eu ordre de M. le cardinal Grimaldi de faire diligence, se rendist dez hier matin en cette ville, et, l'après-dinée. Sa Majesté fust informée de ce qui estoit porté dans vostre lettre : il n'a pas dépieu d'apprendre que l'armée n'estoit pas désirée des Napo-

(1) Hugues de Lionne, né à Grenoble en 1611, neveu d'Abel Servien, était secrétaire du cardinal Mazarin. Il mourut en 1671.

litains, mais, bien que quelques gens affectionnez ayent esté surpris et exécutez (et de longue main on avoit appréhendé quelque chose de semblable), on est en deffiance de celuy qui vous a esté envoyé, et vous faites un jugement digne de prudence, demeurant en suspend et ne condamnant pas sa bonne foy, bien qu'elle vous soit suspecte.

Si nos forces, jointes et fortiffiées de celles de Modène, entreprennent quelque chose en deçà, il y a lieu d'espérer que la fin de la campagne sera glorieuse et, selon touttes les apparences, ceux qui seront attaquez ne pourront point estre secourus. Le gouverneur de Milan n'osant demander de l'argent, n'en ayant point pour les troupes, espérer d'en tirer service (i). Parme s'est engagé à permettre le passage de celles de cette couronne pa r sesEstats et fournir l'estape moyennant payement. Le cardinal Grimaldi, le Plessis-Besançon (2) et le prince Thomas ont pris un rendez-vous pour conférer de ce qui sera à faire et pour adjuster quelques prétentions de Modène. Il semble qu'ilz espèrent d'y réussir, et je veux me flatter comme eux; mais ils pourroient bien y rencontrer plus de difficulté qu'ilz ne se sont imaginez, bien que la qualité de souverain puisse et doibve donner tout l'advantage à Modène ; mais vous scavez que le prince Thomas ne manque ny de prétentions ny de fierté et, ayant bien songé à se faire roy, ne croyra pas qu'il soit au-dessus de luy de commander au duc de Modène.

(1) Ce passage est chiffré, et il y a probablement quelques mots omis dans la traduction interlinéaire. Il se peut qu'il faille lire : « ne peut espérer. »

(2) Bernard, seigneur du Plessis-Besançon, gouverneur de la place dWuxonne, près Dijon, était maréchal de camp de l'armée du Roi à l'armée d'Italie. En dehors de ces attributions militaires, il remplissait une sorte de rôle diplomatique, et il parait avoir eu pour mission de susciter des ennemis à l'Espagne dans toute la péninsule. Le département des manuscrits de la Bibliothèque nationale conserve dans un beau manuscrit du XVIIIe siècle la copie d'une grande partie de ses dépêches (1 vol. in-fol. coté I-'r. 16100). Elles sont adressées à M. de Brienne et commencent au 13 mai 164i, pour se terminer au 29 décembre 1656.

Le 3 septembre, après avoir exposé les efforts qu'il vient de faire pour gagner à la France le duc de Parme, il ajoute, dans une lettre inédite datée de Gênes :

« . . . . J'espère plus, Monsieur, puisqu'il y a grande apparence que les.

La subtilité du duc Ursin m'a surpris. J'estime que Monsieur le cardinal luy escrit qu'il est peu fondé de la soutenir, car, excluz de la main positivement et par beaucoup de raison, il est estrange qu'il marchande d'aller chez vous, après l'exemple que luy en a donné M. de Guise. Il m'a escrit, et je luy fais response que vous agréerez luy estre présenté par le s"" Pennaultier.

J'escris parce que vous le vouliez au s»" Dulieu de s'accommoder à ce que vous vouliez, luy disant qu'il ne la deub reffuser, aiant esté informé des intentions de Son Éminence par les lettres de M. de Lionne, et, s'il ne s'y dispose, m'estant engagé en vostre intérest, je l'appuyerai comme vous le scauriez désirer.

En eschange des nouvelles que vous m'avez escrittes, je vous diray que j'ay reproché à l'ambassadeur de Venise que la République ayt donné des conseilz de paix et de modération à Modène, en luy faisant remarquer que c'est l'esloigner d'entrer dans nostre guerre, et mal recognoistre les assistances que la République a eues de cette couronne, mesme en cette guerre contrôle Turc, et je luy ayfait sentir qu'on n'avoit pas approuvé ce qu'il avoit dit à M. le duc d'Orléans après la perte d'Armentières et de Commines. Il ne convient pas de s'estre emporté jusques à avoir dit que c'estoit un chastimentpour n'avoir pas accepté la paix, mais il ne desnie pas d'avoir insinué que la prise de quelques places, bien que de petite considération, debvoit faire appréhender que déplus considérables pourroient

Napolitains, ayant enfin perdu le respect et levé le masque par l'attaque des chasteaux et de 700 batous (sic) que le vice-roy voulloit jetter dedans que le peuple a taillez en pièce, ainsy que M. de Fontenay l'escrit pour nouvelle certaine ; et par les grandes apparances qu'il y a que Milan est à la veille de suivre l'exemple de Naples, on peut croire que Parme et Mantoue voudront aussy proffitter de l'occasion, et que le voyage que Monseigneur le cardinal Grimaldy va faire en personne en Lombardie faira tout-à-fait pancher de nostre costé les volontés de ces deux maisons, qui ne sont encores jusques ici que dans l'équilibre d'une neutralité. » Et, le 9 septembre, il écrit de Mantoue au même comte de Brienne : « J'espère qu'on donnera bientost occasion aux Espagnols de se repentir à leur dommage d'avoir préféré la guerre à la paix. Le Millannois commence à se ressentir de la contagion de Naples, aussy bien que Bresse «t Vércfttîie, qui n'en sont pas exemptes. ...»

tomber, et que le moyen d'asseurer nos conquestes ne dépendoit pas d'essayer de les continuer, mais bien en faisant la paix.

J'apprends de l'une de voz lettres que vous avez informé Mrs les plénipotentiaires que les Espagnolz qui sont en Italie avoient avisé les ministres de leur Roi qui sont à Munster qu'il falloit haster les conclusions des traittez, et qu'il se voyoit de si grandes dispositions à la ruine de leur monarchie, qu'il falloit s'affermir par la paix. S'ilz en auront fait leur proffit nous en serons bientost esclaircis, puisque M. de Longueville, à la prière des médiateurs, a surcis son retour, et qu'ils s'employent avec chaleur envers les Espagnolz pour les porter à la raison. Si ce qui se dit et qui est mandé de divers lieux d'Allemagne estoit vray, que Wrangel (1) eust deffait l'arrière-garde de l'armée impériale, ce seroit une forte persuasion, mais estant utile d'un costé elle pourroit bien (2) de l'autre, car un succès de cette nature pourroit bien enfler le cœur des Suédois, et néantmoins ils craignent que la France et l'Espagne s'adiustent sans que leurs affaires soient terminées, et nous nous servons (3) du remède en le faisant apréhender, quand ilz sont trop farouches. Comme on nous promet de grandes nouvelles pour mardy, vous les debvez attendre le mercredy. C'est ce que vous aurez de moy, en response des vostres du xiie et xixe du mois passé, et que je suis, etc.

Signé: De Loménie Brienne.

(1) Charles-Gustave Wrangel, comte de Sylfnitzbourg, général suédois, né le 13 décembre 1613, mort en juillet 1676, dans l'île de Rugen. En juillet 1646, son armée, réunie à celle de Turenne, assiégea Augsbourg, mais sans résultat. L'année suivante, il dirigea quelques expéditions sur les points faibles de la Bavière et de la Bohème. Il rejoignit ensuite Turenne et remporta avec lui, le 17 mai 1648, la victoire de Zusmarshausen, près d' Augsbourg.

(2) Il y a ici quelques mots omis, probablement : « être nuisible. »

(3) Ce mot est douteux ; il y a dans l'original : « et nous nous en servins. »

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, 12 septembre 1647 (1)

Monsieur,

Je ne doutte point que vous n'ayez esté adverty de ce qui fut arresté en l'entrevue qui se fit à Gênes du cardinal Grimaldi et du prince Thomas, et comme le duc de Modène s'est enfin résolu d'entrer avec son armée dans le Milanais, que Parme et Mantoue donnent la liberté et l'usage de leur pays, de sorte que, sy je n'avois autre chose à vous mander, je pourrois me dispenser de vous escrire, d'autant plus que, par ma précédente, j'ay fait response aux dernières des vostres qui m'ont esté rendues. Mais ce qui m'est mandé de Munster m'y oblige, et le jour me convie affin que le courrier n'arrive pas à Rome les mains vides.

Ce que vous aurez de moi se réduit à ce seul point : que les médiateurs ayans faict diverses ouvertures au Pennaranda, qui leur avoient esté proposées par les plénipotentiaires de France pour pouvoir terminer l'affaire de Portugal, et ne l'ayant sceu persuader de s'y accommoder, les ayant trouvées justes, ils ont déclaré qu'ils estoient obligez d'informer leurs maistres qu'il ne tenoit pas à la France que le traité de paix ne s'achevast, et que les Espagnolz, pour trop subtiUser sur ce qu'ils ont mesme consenty, recuUent ce bien. Ce que n'ayant pas scélé au Pennaranda, il les avoit priez de luy donner deux jours de tempz, pendant lesquelz il recevroit des nouvelles de l'archiduc. Nous serions trompez, sy il ne lui escrivoit de conclure promptement, puisque nous sommes en estât de nous faire craindre, non seuUe-

(1) Reçue le 28.

ment en Flandres, mais en Italie et en Espagne. Néantmoins, comme il est évident que les Espagnolz mesme se sont flattez de diverses chymères, il ne faut rien asseurer d'eux, et les mesmes vaines espérances peuvent encores les retenir.

Il y a de l'apparence que l'ordinaire qui arrivera mardy, s'il n'est devancé par un extraordinaire, nous esclaircira de l'intention dud' Pennaranda, et les plénipotentiaires de Mrs les Estatz estant tous joints h Munster, le presseront sans doute au delà de ce qu'il croit. A l'un d'eux a eschapé d'avouer que les Espagnolz avoient passé divers offices envers leurs principaux pour les empescher de faire partir leurs députez. Ce qui est une conviction contre du peu d'envie qu'ilz ont que les affaires se terminent, et il y a de l'apparence que cela leur aura nui, car les Estats veulent la paix, mais ayment mieux que celle d'entre les couronnes soit arrestée que de les voir en guerre, appréhendant que le sort n'agrandist trop l'une ou l'autre. Et en l'une des parties de ce raisonnement, ils peschent contre le devoir d'un fidel allié, mais ilz croyent en estre excusez par un d'une politique. Peut-estre que, bien examiné, il se trouveroit faux, mais ilz sont sy aheurtez à leur sens, qu'ilz ne peuvent rien escoutter qui les chocque.

Nous ne sommes pas sans quelque appréhention que Bavières n'ait eu part au conseil qu'a pris l'électeur de Goulongne, et il a escrit à Wrangel en des termes si obscurs, qu'il laisse pénétrer quelque chose de plus qu'il ne voudroit. Jusques à présent le docteur Crebz, qui est en ceste cour de la part de M>' de Bavières, ne nous a point parlé de la part de son maistre sur la résolution embrassée par son frère, et a feinct l'ignorer et en avoir eu de moy les premiers advis ; mais il est malayzé qu'on s'en persuade, et quand on se ressouvient de tout ce qu'il a dit, on pénètre quelque chose qui taxe de mauvaise foy cet Électeur; mais la prudence voullant qu'on dissimulle, et la justice qu'on ne donne son jugement que sur des cognoissances certaines et asseurées, son maistre, au lieu d'envoyer à Wrangel la ratification du traicté d'Ulm, recevant celle de la reyne de Suède, s'est plaint que la Landgrave ne luy avoit envoyé la sienne, et qu'elle et les Suédois y avoient conlre-

venu, continuant à faire la guerre à l'électeur (1) de Coulongne. Un peu de tempz vous rendra scavant de ses résolutions.

Il est arrivé un grand malheur au roy de PouUongne, ayant perdu son fils ; et le peu d'espérance qu'on a qu'il en ayt de la Reyne sa femme faict appréhender une division dans sa court: chacun de ses frères fera sans doute ses practiques pour luy succéder. Ce Roy avoit telle jalousie d'eux, que bien que la Reyne ne fût que la belle-mère de son fils, il eust essayé de la porter à la régence s'il se fût senty afïoiblir.

Nous partirons lundy pour Fontainebleau et lairrons Monsieur en cette ville, qui revient à vetie d'œil de la foiblesse que la maladie luy a laissée. C'est par cette nouvelle, comme la meilleure que je vous puisse mander, que je finiray, qui suis, Monsieur, etc.

Depuis ma lettre escritte, on a pris au Conseil la résolution contenue dans un Mémoire du Roy, auquel cette despesche est jointe : vous y verrez clairement les intentions de Leurs Majestez.

Cl) Ce mot est illisible dans le texte ; et la phrase elle-même est assez obscure. Toute cette partie de la lettre est en chiffres ; mais le secrétaire d'ambassade, dépositaire du secret, a écrit plus d'une fois des lettres correspondant aux chiffres qui ne présentent pas de sens. Il en est de même de divers autres passages chiffrés de cette correspondance, passages heureusement peu nombreux.

Mémoire du Roi au marquis de Fontenay.

Paris, 12 septembre 16 i7 (1).

Leurs Majestés aiant de nouveau faict une réflexion particulière à ce qu'EUes ordonnèrent par la dépesche du vi du courant audit sieur marquis de Fontenay de représenter au Pape, de leur part, sur le fait de la promotion, et aiant considéré le dégoust que pouroit avoir le Pape que cette couronne fist naistre des obstacles à l'exécution de ses intentions, croyant possible que nostre dessein n'est autre que de l'embarrasser et empescher qu'il ne fasse de promotion de façon ni d'autre. Leurs dites Majestez, désirants s'accommoder, autant qu'EUes le peuvent, aux sentiments de Sa Sainteté en cette affaire, ont résolu de mettre à part toutes les considérations portées par ladite précédente dépesche, et de préférer la satisfaction du Pape à tout autre respect.

Pour cet effet. Elles trouvent bon que ledit S'" Marquis de Fontenay remette absolument à la [volonté du Pape de faire présenter la promotion pour les Princes, et ainsi promouvoir M. l'archevêque d'Aix sur la nomination du roy de Polongne, laissant la place pour celui que le Roy et la Reyne nommeront pour cette couronne, ou bien de faire ladite promotion purement pour soy, et y comprendre de son propre mouvement Monsieur l'archevesque comme sa créature, et un Italien du party du roy d'Espagne, ou mesme un Espagnol naturel, si bon lui semble, pourveu que ce ne soit pas celuy que le roy d'Espagne a nommé au cardinalat, ce qu'on ne croit pas qui puisse tomber dans la pensée de Sa Sainteté, si ce n'est qu'EUe eust résolu de faire entièrement la promotion pour les Princes, n'y

(i) Reçu le 28.

ayant ny justice ny apparence qu'outre la différence qui seroit desjà entre un Espagnol naturel et un Italien, le Pape y voulus t encore en mettre une autre si notable que seroit celle d'un subjet nommé par S. M. le roy d'Espagne avec un qui ne l'auroit pas esté par le Roy.

En ce dernier cas, on ne doute pas que ledit S"" marquis ne tire facilement une nouvelle confirmation de Sa Sainteté de la promesse qu'elle a faite que dès qu'il y aura, après cette promotion, assez de places vaccantes pour contenter les couronnes, Sa Sainteté, sans plus de délay, promouvera aussy tost au cardinalat les sujetz qu'elles auront nommez.

Ledit marquis a beau champ de faire valoir au Pape les facilitez que le Roy aporte de son costé en cette affaire, donnant à la seule satisfaction de Sa Sainteté l'avantage qu'aura l'Espagne par dessus la France, si elle fait cardinal un Espagnol naturel en cette promotion; mais on se promet en escliange que Sa Sainteté, voyant les pensées de la Reine tout à fait portées à ce qui peut davantage satisfaire Sa Sainteté, puisque, par nostre condescendence. Elle profitera dès à présent de tous les lieux vaccants pour ses créatures, au lieu qu'Elle eust esté obligée d'en donner cinq aux princes, le Pape aura pour le moins esgard de ne jetter les yeux que sur des sujets neutres et indeppendans, ce qui, d'ailleurs, ne sera pas moins utile au bien du Saint-Siège et au service de Sa Sainteté que convenable à la qualité de Père commun et aux conjonctures présentes.

Fait à Paris, ce xiF septembre 1647.

Signé: Louis.

Contresigné : De Loménie.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Fontainebleau, 21 septembre 16i7 (1).

Monsieur,

Plusieurs de mes lettres vous ont donné de l'inquiétude; mais la dernière vous en a tiré, qui est celle aussy que j'ay escritte avec plus de plaisir, et je vous avoue que j'ay leu avec un tout esgal la vostre du xxvi du passé, en laquelle vous avez sy naïfvement représenté ce qui s'est passé entre vous et le Pape, qu'il y a lieu de croire qu'il s'en sera souvenu, et sy le courrier despesché il y a huit jours a faict tant soit peu de dilligence, la despesché qu'il porte estant arrivée au moment que la promotion devoit estre faicte, elle aura servy à faire cognoistre au Pape que Sa Majesté aura du ressentiment de la grâce conférée à Monsieur l'archevesque d'Aix, que sy aussy il l'avoit recuUée soubz prétexte d'attendre, sinon le consentement du Roy catholique à la promotion dudit archevesque, au moins la désignation d'un suject qui luy auroit esté agréable, elle vous aura aydé à luy en faire du reproche, en luy faisant veoir qu'il a beaucoup perdu. Il passe pour prince si accoustumé à promettre ce qu'il n'a pas envie de tenir, que plusieurs sont persuadez qu'il recherche des difficultez avec l'Espagne, pour se desgager de ce qu'il vous a promis, et j'advoûe que je suis du nombre qui seray ravy de m'estre trompé. J'ay tout suject de louer la bonne conduitte que vous avez tenue en cette affaire, car, comme en plusieurs de mes dépesches vous l'avez pu veoir, j'ay tousjours, non seullement espéré, mais fermement cru que Son Éminence reviendroit aux sentiments de ceux qui ont beaucoup d'affection pour sa maison et qui

(1) Reçue le 11 octobre.

Ibnl pi-ufession d'eslre ses serviteurs. Il croyl, sur voz lettres et sur celles de ses particuliers serviteurs, que son frère est cardinal, et il s'en laisse entendre, d'où vous pouvez juger quel seroit son ressentiment sy le Pape Tavoit trompé. Car, bien qu'il eust cet advantage de reprocher à plusieurs qu'il n'avoit pas jugé qu'on en deust faire la poursuitte avec la chaleur que vous avez faicte, sy est-ce qu'il s'est trop déclaré depuis quelques jours pour pouvoir dire qu'il ne s'y attendoitpas.

Je n'ay pas eu ordre d'escrire au cardinal Antoine que le Pape trouveroit à redire qu'il passastà Gennes; mais je ne doutte point que Son Éminence n'en ayt adverty le cardinal Françoys, et la prudence avec laquelle il se mesnage me faict croire qu'il en aura adverty son frère et luy aura desconseillé de faire une chose inutille et qui luy pourroit apporter du préjudice (1). Car sy c'est le désir d'estre plus prez du lieu où nostre armée doit agir, c'est une considération trop foible pour passer audessus de celle qui luy aura esté représentée.

Nous croyons Modène en action et probablement devant Crémone; pourtant telle garnison y auroit esté jettée par le gouverneur de Milan qu'il n'auroit pas esté conseillé de l'attaquer, et de la nécessité qu'il auroit fait force pour songer à quelque autre entreprise. Mais je pose un cas que nous n'appréhendons pas, nous estant mandé que le gouverneur de Milan a peu de troupes, et ayant à faire teste à deux armées, que sy il songe à garentir les places, il donne moyen de se poster sy advantageusement que Pavie sera en péril, de laquelle place vous scavez les conséquences, et c'est du costé de cette place que tire le prince Thomas. Il est probable que dans ce soir nous aurons des nouvelles de l'armée, et le nepveu du Plessis- Bezançon, despesché de Gennes le m, se rendist le 15 à Paris.

Je voudrois vous pouvoir exprimer en quels termes le cardinal Grimaldy escrit de vous; vous auriez, ce me semble, suject d'en estre très-content, et je serois trompé sy il n'affectoit de conserver une entière intelligence avec vous. Sans doute il vous aura mandé comme il faisoit advancer le Plessis pour pressentir si,

(1) Il sagit ici des deux Barberini. François, l'aîné, s'était réconcilié avec la France ; c'est lui que les dépêches désignent ordinairement sous le nom du cardinal Barberin. — Voir plus haut les notes des pages 2 et 6.

avec Parme et avec Mantoue, il restoit quelque chose à faire, affin de s'approcher d'eux selon les avis qu'il en recepvroit.

Ceux venuz de Naples, et dont nous avons eu information par vostre despesche susdattée (1), sont bien de toutte autre importance que les premiers, car, après avoir taillé en pièces les hommes qu'on vouUoit mettre dans les chasteaux, le peuple s'est engagé à les assiéger, et sy une fois ilz en viennent à cette extrémité, il n'y a plus à craindre qu'ilz se puissent raccommoder avec le Roy catholique qu'on asseure avoir reffusé de ratiffier ce qui avoit esté promis au peuple par le vice-roy, et ce refïuz et ce qa'ilz auroient auzé engageroit les affaires aux termes que l'espérance de toute réconcilliation se trouveroit perdue.

Sy c'est un suject pour attirer nostre flotte de ce costé-là, le jugement en est laissé à ceux qui la commandent et au cardinal Grimaldi, qui est le pivot sur lequel noz affaires tournent, qui juge que c'est un exemple qui sera suivi que celui que Modène a donné. Que Parme le prenne, ce n'est pas mon sens, parce tiue Florence ne s'y rangera pas, et pour Mantoue, la Princesse croira avoir satisfaict à tout ce qu'on peut prétendre d'elle, donnant le passage et la liberté de tirer de ses estatz tout ce dont l'on pourra avoir besoing. Mais il est vray qu'on croyoit Modène aussy retenu que les autres, et celluy-lii ayant frayé le chemin, on peut espérer que les autres le suivront.

Puisque vous ne me mandez point que le duc Ursin soit allé cliez vous, j'ay suject de croire qu'il s'en faict encore prier, ce qui est trouvé si estrange, mesme d'Ondedei (2), qui est celluy

(1) Nous ne savons au juste ce qu'avait mandé M. de Fontenay dans la dépèche mentionnée ici ; mais nous pouvons du moins le pressentir aisément par ces quelques lignes que l'abbé de Saint-Nicolas adressait de Rome à M. de Brienne vers le même moment (2 septembre 1647): * J'ai vu ce que vous avez écrit à M. l'ambassadeur^ qui vous envoie de très-amples relations de ce qui se passe à Naples, où les affaires sont désormais réduites en un estât qui doit laisser peu d'espérance aux Espagnols de les pouvoir accommoder. C'est un coup mortel pour eux, et il ne leur est pas possible de faire, au moins ici, que le mal paraisse moins grand qu'il n'est, encore qu'ils se servent pour cela de tous les artifices imaginables. » {Négociçitions, etc., t. V, p. 244.)

(2) Giuseppe Zongo Ondedei, l'un des plus intimes confidents de Mazarin. Nommé en 1654 à l'évèché de Fréjus, il mourut le 23 juillet 1674.

auquel il s'addresse, que je ne metz point en doutte que sur les lettres qui luy auront esté escrittes, qu'il n'ayt pas un meilleur conseil. Je n'ai point eu de lettres de M. de Bregy qui porte la confirmation de la mort du Pee cle PouUongne; mais par l'une des siennes il l'a si bien circonstantiée, que je ne la metz point en doute, ni que le prince Cazimir (1) ne renvoyé le chappeau, puisque l'espérance de parvenir à la royauté ne peut que luy confirmer le dessein qu'il en avoit tousjours conservé dez le jour qu'il partit de Rome, voire mesme dez l'instant qu'on luy reffusa le tiltre d'Altesse, sy mesme il n'en avoit l'esprit remply dans celluy que le bonet lui fût baillé, ce qui se trouve sy bien estably qu'il n'y a pas grande peine à y defférer.

Ce qui nous est mandé de Munster donne quelque suject de croire que les affaires se pourroient adjuster, et les Espagnolz ont enfin consenty à l'article trois du project du traicté, et que, pour les termes de la déclaration qui doit estre baillée par les médiateurs, qu'il en sera convenu quand les autres affaires seront ajustées; d'où j'infère deux choses: l'une que l'on trouvera des termes à la commune satisfaction, et l'autre que les Espagnolz songent à la paix, abandonnantz un point sur lequel ilz pourroient rompre. Des médiateurs nous avons satisfaction, et on n'en espère pas recevoir des depputez de Hollande; néantmoins, s'estant portez à favoriser le party d'Espagne, ilz pourroient revenir dans le nostre, pressez de mil raisons auxquelles ilz ne scauroient résister.

Je suis bien ayse que M. le cardinal se soit enfin laissé vaincre et qu'il ayt consenty que le s' Evandre fût pourveu de la chappelle de Sainte-Patronille (2). La patience que j'ai eue de ne point condamner ce qui avoit esté signé par M. Le Tellier a aydé à ce bon oeuvre, et dez que vous eustes accepté d'aller servir à Rome, je jugeay bien que cette affaire se termineroit

(1) Casimir V, roi de Pologne, né en 1609, mort en 1672. Il avait été élevé au cardinalat en 1647. A la mort du fils de son frère, il se démit de cette dignité ; et, son frère lui-même étant mort peu après, en 1648, il revint en Pologne, se mit sur les rangs pour la couronne et fut élu en 1649. Relevé de ses vœux par le Souverain-Pontife, il épousa Marie-Louise de Gonzague, veuve de son frère, Sigismond Ladislas IV.

(2) Voir plus haut, p. 83, la dépêche de Le Tellier, consacrée tout entière à cette petite affaire.

à vostre satisfaction, qui avez eu suject de faire prendre possession audit Evandre, dez le moment que vous en avez esté en pouvoir, et désormais c'est une affaire achevée qui pouvoit estre débattue. Pour peu de difficulté qu'il y ayt à trouver la fondation du bénéfice, ne vous en tourmentez point ; il n'y a point de titre qui vaille la possession d'y pourveoir, et je ne l'avois jamais demandé que pour gagner du tempz, ce qui n'a pas mal réussy, ayant tousjours espéré qu'enfin il produiroit ce qui estoit de vostre contentement.

Du consentement des Suédois, nous traitons une alliance avec Bavières. Ce n'est pas que nous leur ayons demandé, car cela estoit indigne de cette couronne; mais nous n'avons pas esté marris qu'ilz ayent recogneu qu'il estoit utille d'y venir. Et si le député de cet Électeur porte avec la franchise qu'il doit, et qu'il donne à la grâce qu'on luy faict le prix qu'elle mérite, nous serons asseurez de la bonne foy du maistre, et nous aurons de quoy convaincre les Suédois qu'ils ont eu tort de soupçonner qu'il désiroit se départir du traitté conclu à Ulme, ce qui pouvoit estre deffendu, et de ce qui a esté exécutté par son frère l'Électeur de Coullongne, et par la manière dont il avoit parlé pour l'excuser de ce qu'il avoit tante : sy nous y réussissons comme avec les esvesques de Franconie, vous en serez adverty. Depuis peu de jours nous l'avons esté que M. de Vendosme, à la prière du Grand-Duc, s'estoit retiré de ses estatz; mais on ignore encores où il a dessein de faire sa demeure.

Je ne doibz pas m'oubUer de vous dire que l'union et l'obéissance des sujectz envers Leurs Majestez est venue au dernier point, et que les grandz conspirent à la grandeur de la monarchie; que Monsieur, qui est allé à Bloys pour huit jours, est en collère de ce qu'on ne peut trouver cet imposteur, lequel, soubz le nom de Rare, s'estoit addressé aux Espagnolz comme sy c'eust esté luy qui luy eust envoyé; et une chose inventée à sy mauvais dessein a produit un effect tout contraire, car Son Altesse Royalle, offencée qu'on eust advancé son nom, s'efforce eu touttes occasions de donner des marques de son affection et de sa fîdellité à Leurs Majestez, qui ont permis à M. de Chasteauneuf de leur baiser les mains. Il y fut mené par M. le Cardai, et dès iiyer il repartit de ce lieu, n'y ayant demeuré

qu'un soir. Je vis l'accueil, qui ne luy doit pas faire croire ({u'il eust peu recevoir cet honneur sy Son Éminence ne s'y fût employée pour le luy procurer. Vous trouverez bon que le secrétaire Pennautier porte une lettre que j'escris à M. le cardinal Ursin, la lettre qu'il m'a escritte ne m'ayant esté rendue que quelques jours après celle de M. son frère. Excusez la faulte en laquelle je suis tombé; si il la vouUoit relever, vous m'aymez assez pour me defTendre, qui suis. Monsieur, etc.

Signé : De Loménie Brienne.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Fontainebleau, 28 septembre 1(5 i7 {[).

Monsieur,

Il y a aujourd'huy huict jours que j'accusay la réception de vostre lettre du ne du courant; mais c'estoit devant que de l'avoir leue, m'ayant esté rendue comme je signois la mienne, et il en pourra bien arriver de mesme aujourd'huy et que j'auray la vostre du ixe, mais non pas le loisir d'y respondre avant que celle-cy soit consignée au courrier.

En mesme tempz que la vostre me fut rendue, j'en reçus une de M. Gustiniani qui portoit qu'on avoit veu passer devant Gennes nostre flotte, les gallères ayant paru les premières et ensuite les gallions, et j'en avois de la peine, jugeant que cela feroit un mauvais effect. Mais ne s'estant avancez en deçà que pour aller au rencontre de quelques barques chargées de vivres qu'ilz attendoient, bien que le mauvais tempz les ayt poussé

(1) Reçue le 18 octobre.

soubz les isles, si est-ce que, quatre jours après, ilz se sont mis à la voile et ont navigué du costé de Gennes, de manière que si vous, Monsieur, et M. le cardinal Grlmaldi jugez qu'elle se doibve faire plus loing, en estans convenus, il le pourra ordonner à ceux qui la commandent. De croire qu'elle puisse se tenir en mer pendant les moys de l'hiver, j'en fays grande difficulté, car la longueur des montz expose les vaisseaux à de grandz périlz, mesmement ayant à estre en veue des terres, puis qu'un coup de mer les y peut jetter, qui sont assez ordinaires en la saison. Mais comme ce n'est point à moy à leur chercher des prétextes, qui n'ignore pas combien les gens de mer sont inventifs pour en trouver, je leur en laisseray le soing et prendray celuy de faire en sorte qu'ilz ne manquent d'aucune chose pour le tempz qu'il leur sera commandé de tenir la mer. Si le courrier de Lion qui doibt se rendre dans ce jour en ce lieu ne nous apporte des nouvelles de ce qui se passe en Lombardie, ou qu'un extraordinaire qui ne l'aura sceu devancer ne le joigne ou ne le suive de près, nous serons en peine, car, bien que nous soyons asseurez que l'armée soit puissante et qu'elle a esté fortiffiée de prez de quatre mil hommes que nostre flotte a escortez, la raison de nostre appréhension sera fondée sur la crainte que la division des chefs ne face préjudicier au service, et comme nous en sentons les effets du costé de la Flandre, ce n'est pas sans raison que nous craignons.

Ce que vous mandez se passer à Naples me fait juger comme vous que les affaires y sont à l'extrême et que les peuples, pour s'asseurer contre le chastiment, songeront à quelque nouveau establissement. Et certes, si la couronne d'Espagne se trouvoit diminuée de deux royaumes aussy considérables que les Siciles, leur monarchie auroit bien de la peine à se soustenir, d'autant plus que, dans le confinent de l'Espagne, il y a de grandes provinces qui s'en sont aussy soustraictes.

Il semble que les Espagnolz mesprisent ce qu'ilz debvroient craindre, et qu'ilz sachent les moyens de s'en guarentir, puisqu'il sont délicatz jusques sur les moindres propositions qui peuvent avancer la paix, et ilz n'ont sceu cacher le peu de disposition qu'ilz y ont. Je vous manderois le détail, n'estoit que, comme vous estes soigneux de donner information aux pléni-

potentiaires de cette couronne, auxquelz le soing de cette affaire est commis, de ce qui se passe en Italie, je présuppose aussy qu'ilz vous informent de ce qui se passe en Allemagne, et ils seroient trompez si les relations du nonce Chigy et celles de Contarini (i) n'exaltoient nostre franchise et la disposition que nous avons à raccommodement, et ne blasmoient les Espagnol comme autheurs des longueurs qui s'y rencontrent. Et il est asseuré qu'ayant gaigné l'Empereur et peut-estre le TrautmeusdorfT, ils ont eu assez de crédit pour empescher la conclusion de la paix de l'Empire, à laquelle nous avions consenty pour faire voir au public que nous souhaittons son repos. Il nous est mandé que ce ministre parle de continuer la guerre, et il peut estre que c'est pour avoir pris les sentiments d'Espagne ou bien qu'il le fait avec adresse, affln de destruire les soubçons qu'on a voulu donner de luy à son maistre. Si c'est par ce principe qu'il agist, bientost il pourra changer de conduitte, surtout si les couronnes alhées remportent quelque advantage. Je remetz à la huitaine de vous mander ce que nous aurons arresté avec le député de Bavières, et il y a de l'aparence que nous scaurons cy et là ce qui s'est passé en l'Allemagne entre les armées de l'Empereur et des Suédois, qui sont si proches l'une de l'autre qu'il sera assez difficile qu'ilz se séparent sans combattre, et d'autant plus que la fierté de Wrangel et quelque léger advantage qu'ont emporté les autres ayderont encores à en venir à cette résolution.

Je ne vous diray plus rien sur le suject de la promotion de M. l'archevesque d'Aix, ny n'en veux plus parler désormais; elle doibt estre accomplye ou reculée, et l'un donnera autant de suject de contentement que l'autre ... (2) de fascherie. Si le Pape nous avoit trompé, vous et M. l'archevesque auriez à vous préparer aux fortes réprimandes sur ce qu'il a defféré à vos conseils et a retardé son parlement, et vous pour les luy avoir donnez à l'advance. J'ay dit que vous ne vous y estiez pas porté de vostre seul mouvement, que les serviteurs du Roy qui sont de par delà y avoient tous concouru, et cela a

(1) Contarini, ambassadeur de Venise au congrès de Mmister, et l'un des médiateurs de la paix de Westphalie.

(2) Ce mot est impossible à lire, mais le sens n'est pas douteux.

esté bien receu (1). Ce n'est point à moy que M. de Brégy a envoyé l'expédition dont vostre dépesche fait mention, qu'il doibt avoir retirée du roy de Poulongne. Je luy manderay ce qui est porté dans vostre lettre, et il est sur les lieux oii il peut mieux estre informé des intentions du cardinal de Poulongne, lequel, à la vérité, a si souvent parlé de renvoyer le chapeau, que je croys qu'il l'aura exécuté, s'estant mesme

(1) Le duc de Guise, au commencement de ses Mémoires, raconte à sa façon toute l'affaire de la promotion de Farchevèque d'Aix. Dès son arrivée à Rome, il s'entremit activement, prétend-il, pour faire réussir cette difficile négociation. Et voici ce qu'il ajoute :

« .... Je rnétudiai avec soin de reconnoitre par quelle raison le Pape y étoit si peu porté; et après un long entretien que j'eus un jour avec lui sur l'état de toutes les affaires de l'Eui'ope, je le mis insensiblement sur le sujet qui l'obligeoit à maintenir une division si préjudiciable à toute la chrétienté. . . . D'abord il m'assura qu'il aimoit tous les François. . . . mais qu'il avoit de trop grands sujets de se plaindre de il. le cardinal Mazarin pour le pouvoir oublier. Il me raconta par le menu toutes ses doléances ; que l'on n'avoit pas voulu approuver son élection ; que les ministres du Roi qui étoient à Rome (le marquis de Fontenay et l'abbé de Saint-Nicolas) lui perdoient le respect en toutes occasions, le menaçoient et l'outrageoient en sa personne et en sa famille. ...» Comme il insistait, dans des entrevues suivantes, le Pape continua, écrit-il, à opposer à ses demandes un refus absolu. « Les discours que lui avoit tenus M. le cardinal Grimaldi, et la manière de négocier de M. de Fontenay et de M. l'abbé de Saint- Nicolas, lui tenant fort au cœur, lui étoient insupportables, publiant partout, à ce qu'il disoit , qu'il étoit un fourbe , et qu'on ne devoit ni ne

ponvoit pas se lier à sa parole » Ce fut d'après ses conseils, écrit encore

le duc de Guise, que l'archevêque d'Aix se rendit à Rome ; ce fut grâce à son influence que le chapeau lui fut enfin accordé, et le cardinal Mazarin se montra fort touché du service qu'il avait rendu en cette circonstance à son frère, à lui-même et à la cour de France. Quant au Pape, ajoute-t-il, « il me témoigna m'en savoir beaucoup de gré, et je crus avec raison que, quelque affaire ou prétention que je pusse avoir, je pouvois compter sur la protection et l'appui de la France, aussi bien que sm- la personne de Sa Sainteté. 11 n'y eut que les ministres du Roi qui, perdant à Rome aussi bien qu'à la cour une partie de leur crédit et de la confiance, piqués au vif qu'à leur vue et contre leur sentiment une négociation si importante se fût faite, conçurent une haine irréconciliable contre moi, d'autant plus dangereuse que, n'osant la faire éclater, ils la tinrent secrète jusqu'à ce qu'ils m'en pussent faire ressentir les funestes effets. » (Mémoires du duc de Guise, liv. L)

Il faut avouer qu'il n'y a nulle trace de tout cela dans les pièces officielles.

pressé de le faire à l'occasion de la mort de son nepveu. Ce que vous me mandez du sieur Horacio Perinelli m'auroit davantage surpris, n'estoit que nous traitions si mal ceux qui nous servent, que cela en des âmes basses peut donner de semblables mouvements. Vous avez en ce. moment agy avec vostre adresse et vostre prudence accoustumée, l'un en descouvrant ce qui se passoit, et l'autre en y apportant le remède. J'adjousteray que les dernières nouvelles venues de Paris nous ont extresmement resjouys, ayant sceu que la maladie de Monsieur, qui continue depuis un long temps, est sans aucun péril, et qu'il y a des signes d'une prompte convalescence.

Sans que le Résident de M. le Langrave entre, je vous ferois un plus long discours, et que l'heure est preste à sonner qu'il m'a donnée pour luy rendre la visite.

Je viens de lire vostre lettre du 9o, que je feray voir demain au conseil, et feray considérer ce que vous me mandez d'assister les Napolitains de nos bleds de Provence; je crois qu'on s'y portera, bien que nous en ayons grande disette. Je répondray au surplus de vostre dépesche au prochain ordinaire, puisque celui-ci monte à cheval pour partir.

Je suis. Monsieur, etc.

Signé : De Loménie Brienne.

Le Roi au duc de Guise (1).

Fontainebleau, 5 octobre 1647.

Mon cousin,

Ayant eu advis par vos lettres (2) et par celles du sr marquis de Fontenay, mon 'ambassadeur à Rome, de la recherche qui vous est faicte par ceux de la République de Naples pour aller commander leurs armées contre les Espagnols, j'ay bien voulu vous tesmoigner par celle-cy, que je vous escris de l'advis de la Reyne régente. Madame ma mère, que j'agrée que vous

(1) La suscription exacte est : « A mon cousin le duc de Guise, pair de France. » Cette dépêche se trouve dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale, coté Fr. 20475, fol. 39.

(2) Ces « lettres » dont il est parlé dans la dépêche du Roi ne sont autre chose que les pièces qu'on retrouve dans les Mémoires du duc de Guise. Dès que le duc aperçoit le moyen, qui lui est offert par quelques Napolitains révoltés, de se faire dans le royaume des Deus-Siciles, ou plutôt dans la république nouvelle , une situation analogue à celle « que les princes d'Orange avoient obtenue dans les Provinces-Unies, » selon sa propre expression, il dépêche un courrier à la cour, (> avec des lettres pour le Roi, la Reine régente, le duc d'Orléans et le cardinal Mazarin; » il envoie en même temps à son frère, le chevalier, une « instruction sur les choses qu'il le prie de vouloir traiter pour lui à la cour. « Cette « instruction, » datée de Rome, le 16 septembre 16i7, indique clairement le but qu'il se propose en intervenant de sa personne dans la révolution qui a éclaté à Naples au commencement de juillet. — Les Mémoires du duc de Guise ont été publiés pour la première fois par Saint-Yon, son secrétaire, en 1(368. Nous nous servons ici de l'édition de la collection Petitot, t. L"V et LVI de la 2« série, 1826, in-S», t. pr, p. 91 à 94. — Quelques pages plus loin, p. 102 et 103, se trouve un autre a mémoire » de M. de Guise, daté du 18 septembre, que l'archevêque d'Aix envoie a son frère, et qui contient les mêmes choses à peu près que « l'instruction. »

acceptiez les offres qui vous sont faictes de leur part, et que vous ne différiez pas un moment de vous rendre près d'eux, estimant qu'il y va du Inen de mon service qu'il y ait une personne de vostre condition en qui je me puisse confier pour faire réussir à leur advantage et à l'establissement de leur repos et de leur liberté toutes les assistances que j'ay résolu de leur donner, soit de troupes qui seront soubz vostre commandement, soit de toutes les autres commodités qui sont en ma puissance. Et afin que cette affaire se fasse avec toutes les précautions nécessaii'es, je désire que vous confériez des voies que vous' aurez à tenir avec mes cousins les cardinaux Grimaldi, S'e-Gécile et le sr marquis de Fontenay, mon ambassadeur à Rome, avec lesquelz ayant pris vostre résolution, vous exécutterez ce qui sera à faire en cette occasion pour l'advantage de mond' service.

La présente n'estant à autre fin, j'ay prié Dieu qu'il vous ait, mon cousin, en sa sainte garde.

Signé : Louis.

Contresigné : De Loménie.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Fontainebleau, 5 octobre 1647 (1).

Monsieur,

Le courrier dépesché par M. de Guise se rendist dez le premier de ce mois en ce lieu, et, par ses mains, j'ay receu voz

(1) Reçue le '25.

dépesches du xviiie et le dupplicata de celle du xvi^ quej'attendz dans ce jour, et même dez le matin. A ces deux et à celle du ixe dont desjà j'ay accusé la réception, je vais faire response. Vous avez esté loué d'avoir fait cognoistre aux Napolitains, lesquelz, avec ordre de ceux qui commandent en la cité, se sont addressez à vous, que, d'avoir tant différé à faire quelque chose qui levast tout suject de croire qu'ilz sont pour se pouvoir accommoder avec les Espagnolz, ils ont gasté leurs affaires ; et il faudroit s'aveugler comme faict M. de Guise (1) de s'engager à une deffence et à une despense telle que celle qu'il est de nécessité de faire pour porter leurs affaires bien hault, sans espérance d'en tirer autre fruit, mais plustost faciliter leur accommodement avec le roy d'Espagne, ce qui est esloigné de noz intérests, qui sont à séparer de la monarchie l'une et l'autre Sicile. Il y a desjà du tempz qu'on est persuadé que le peuple de Naples obtiendra la descharge des gabelles et de nouveaux privilèges, et il y en a aussy qu'on scait que ce sont des pièges qu'on leur dresse et qu'ilz n'esvitent point, pour n'avoir autant de résolution qu'il leur seroit nécessaire pour asseurer leurs

(1) Comment concilier les termes dont se sert ici M. de Brienne, sans doute sous la dictée de Mazarin, avec l'esprit fort nettement accusé et absolument contraire de la lettre que les mêmes hommes d'État faisaient écrire le même jour au jeune Louis XIV, et que nous venons de publier intégralement? Ce sont là de ces secrets diplomatiques et de ces doubles jeux politiques qui, pour être très-fréquents, ne sont, le plus souvent, ni bien honnêtes, ni bien habiles. Le résultat le plus clair de cette conduite ambiguë sera de faire manquer toute l'affaire de Naples et de consolider la domination espagnole, qu'on voulait justement ruiner. Il faut dire cependant, pour être juste, que dans une lettre écrite le 7 octobre au duc de Guise par Mazarin lui-même, et qui nous a été conservée dans les Mémoires de Modène (t. I, p. 112), le cardinal s'efforçait de modérer l'ardeur du prince, et il lui disait, avec une foule de précautions oratoires : « Si ce que vous proposez était en tel état que vous pussiez être assuré d'y réussir, je serois le premier à vous conseiller de l'entreprendre, et Leurs Majestés seroient ravies de vous en faciliter l'exécution.... Mais, à dire le vrai, il ne semble pas que le fruit soit encore mûr.... Et Leurs Maj estez ont d'autant plus d'intérêt à ne pas souffrir que vous vous sacrifiiez ainsi, que tout le blâme du mal qui nous pourroit arriver rejailliroit sur Elles.... » Au fond, Mazarin manœuvrait de façon à écarter complètement le duc de Guise; mais ce prince aventureux et léger n'était pas de ceux qu'on arrête à demi-mot.

vies et leurs fortunes. Car, comme vous l'avez sagement fait remarquer aux Napolitains, une enseigne blanche qu'on arbore leur fait faire des démonstrations de subjection et d'aymer la domination qui les oppresse. Pour estre capables de faire de jour en jour de nouvelles demandes, on ne juge pas qu'ilz le soient d'en venir à la dernière extrémité, car, bien que c'en soit un chemin, ilz en sortent avec tant de facilité, qu'il est aizé de comprendre qu'ilz le tiennent traversé de quelque grand principe. Si pourtant ilz estoient pour oser ce à quoy ilz paroissent enclins, la France ne deffaudroit jamais de les assister, sans prétendre autre advantage que de les voir délivrez d'une injuste tirannie, ayant assez à profit de despences esquelles elle s'engageroit si le roy d'Espagne estoit privé de ce beau royaume.

Le retour de nostre armée, et qui a fait prendre port à une partie de celle d'Espagne dans celuy de Gennes, aura peu faire croire à ceux avec lesquelz vous estes pour l'ordinaire en conférence que, sur voz ordres, elle s'est avancée, et on leur en a donné de bien précis, à ceux qui la commandent, de tenir la mer tout autant de tempz que la saison le leur pourra permettre; mais cela ne sçauroit outrepasser la fln de ce mois, non seulement pour ce qu'ilz n'ont de victuailles que pour ce tempz, mais parce que ceux de l'hiver sont trop rudes et que ce seroit exposer une force très-considérable à être perdue, sans espérance d'aucun proffit, qu'on ne pourroit pas aizément restablir, car les galbons ne se fabriquent qu'en un long tempz, et les chiormes des galères ne se peuvent restablir que par le mesme. L'argent qui peult faciliter d'avoir des corps de navires se trouvoit inutile pour ce regard, et, néantmoins, affm de proffitter d'une bonne occasion, on a donné ordre de s'asseurer des choses nécessaires pour la nourriture de l'armée pour un terme de quinze jours, ce qui faict que l'armée pourra parroistre pendant le cours de ce mois et avoir de quoy se maintenir jusques au quinziesme du prochain et n'estre point nécessitée de chercher plus tost d'abry.

Les lettres dont le courrier de Guise estoit chargé (1), soit pour Son Altesse Royale, Madame sa mère et ses frères, n'ont

(1) Voir la note 2 de la page 127.

pas opéré qii'ilz ayent approuvé son dessein, mais au contraire Hz ont tous résolu de l'en destourner, jugeant, ce me semble, avec beaucoup de prudence qu'il est mal aisé qu'un particulier conquerre un estât qui n'a de force que celle qu'il espère d'en tirer; mais s'il estoit apelé à cette grandeur de tous les grands et du peuple, et qu'il la possédast, il pourroit bien estre asseuré que nous ne manquerions pas à l'assister. Mais pour lui faciliter la conqueste d'un royaume, nous aurions de la peine à nous y résoudre, parce que la despense seroit asseurée, et le proffit en resteroit incertain.

Il se parle de faire achapt de bledz; mais le prix en est excessif, et nous doutons qu'il y en ayt assez dans le royaume pour le nourrir jusqu'à la récolte prochaine, et comme ce n'est pas une chose facile de pourvoir à la nourriture de tout un peuple, je crains que l'impossibilité d'y pouvoir fournir nous empeschera de faire ce bien à celuy de Naples. Ne désespérez pas pourtant qu'on ne s'y applique, mais je ne puis vous laisser croire qu'on s'y portera que je ne sois mieux esclaircy si la volonté qu'on en a se pourra exécuter.

Nous n'avons point encores d'avis que l'armée qui est pour entrer en Lombardie ayt exécuté aucune chose ; seulement sommes -nous asseurez que le prince Thomas a envoyé un corps de cavallerie au rencontre du duc de Modène, ce qui marque la parfaicte intelligence qui se passe entre eux. Les avis que nous avons eus du colonel d'Erlac (1) portent que Bavières s'est déclaré pour l'Empereur, et ses ministres s'en vantent en sorte à INIunster, que les plénipotentiaires de cette couronne ne scavent qu'en croire. Néantmoins les Suédois se louent tant de cette Altesse, qu'il y auroit lieu de se mocquer des premiers advis, n'estoit que les lettres venues de Brisac sont fort fraîches, et le Rhin est si peu esloigné de la Suabe, qu'il est facile de scavoir ce qui s'y passe. Des discours du député de cet Électeur, comme de son Président en cette court, on coUige qu'il cherche les moyens d'eslargir ses quartiers ; mais

(1) Jean-Louis d'Erlach. né à Berne en 1595, mort en 1650. Après avoir servi sous les ordres de Bernard de Saxe-Weyrnar, il passa, après la mort de ce général, au service de la France et devint gouverneur de Brisach. Le premier volume de la correspondance de Mazarin contient plusieurs lettres de ce ministre adressées à Louis d'Erlacb.

il n'est pas nécessaire de mettre son armée ensemble pour l'entreprendre, d'autantplus qu'il n'y en a point d'amysnyd'ennemys que très-éloignée de luy, et ilz ne me satisfont pas plainemenl sur les doubles où je suis entré. Pourtant les intérêtz du duc asseurent de sa bonne foy et l'extraordinaire prudence dont il est remply, et il affecte fort d'asseurer par diverses lettres qu' i escrit à Monsieur le cardinal Mazarin qu'il est incapable d'oublier les grâces qu'il a receues de celte couronne ; mais il ne s'empesche pas de faire cognoistre qu'il se deffie tousjours des inlentions des Suédois, comme s'il estoit asseuré qu'en finissant une guerre d'Estat, ilz voulussent entreprendre une de religion. Ce qui nousparoist de leurs sentimens en est esloigné, car ilz veuUent la paix, mais ce pourroit estre parce qu'ilz ne trouvent plus les princes protestantz disposez de continuer la guerre soubz le premier prétexte et que, soubz un autre, ilz les y pourroient bien embarquer. Pour faire voir audit duc que nous sommes pleinement persuadez qu'il n'est capable d'une telle infidélité, et pour le flatter dans sa passion, nous consentons que le docteur Krebs, qui est l'un de ses ministres plus confidens, retourne vers luy, bien persuadé que nous souhaittons la paix, et qu'il ne tiendra pas à nous qu'elle ne se conclue, affln que, l'imprimant fortement en l'esprit de son maistre, nous ayons envers luy l'advantage que nous avons sur les médiateurs qui en sont demeurez convaincus. Et nous n'avons pas oublié de faire remarquer audit Krebs que si l'Électeur veut la paix, il fault qu'il se garde bien de se joindre à l'Empereur, ny seulement de luy faire espérer, soubz quelque cas que ce puisse estre, ny de désarmer et de donner trop de jalousie aux Suédois; car ceux-là nous peuvent entraisner à tout ce qu'ilz voudront, de crainte qu'ilz ne s'accommodent avec l'Empereur qui les en a recherchez et qui les en pressera tousjours, s'il se peut promettre de les porter à un traitté particulier. A l'esgard de ceuxlà, nous nous conduisons en sorte qu'ilz demeurent persuadez que nous souhaittons la paix, mais que, quand ilfaudroit continuer la guerre, que nous n'en serions pas esloignez, affln qu'ilz ne facent rien de précipité.

Nous aurions à désirer de scavoir de vous si le nonce Chigi rend témoignage de notre bonne disposition à la paix, comme aussy si le Gontarini l'escrit à l'ambassadeur de Venise, et vous

pourrez en pénétrer quelque chose, faisant scavoir au Pape comme nous avons gaigné cet avantage, que nostre bonne intention est recognue d'un chacun, et, parlant à l'ambassadeur, louant la franchise avec laquelle le Contarini publie ce qu'il a recognu de nos bonnes dispositions. Je me suis bien gardé de donner cognoissance de ce que vous m'avez escrit soubz Fasseurance du secret, et je me suis aper«;u qu'on a impatience de scavoir ce que le Pape aura résolu de faire au subject de la promotion de M. l'archevesque d'Aix, ensuitte de l'arrivée du courrier dépesché en Espagne, lequel, ayant passé par ce royaume, doibt estre arrivé à Fiome peu de jours après le départ de celuy qui estoit porteur de voz dernières lettres ; et certes on sera offensé si, après tant de promesses et tant d'engagemens, il venoit à nous manquer ; mais plusieurs s'y attendent, et moy, comme je vous l'ay mandé, suis touché de cette appréhension, qui ay eu beaucoup de satisfaction, Usant la beauté dont vostre cortège a esté accompagné, d'avoir remarqué que cela en donnoit une entière et à la Reyne et à Son Éminence. J'ajouste que les nouvelles d'Allemagne nous ont asseuré qu'à la veue de Camboy, la ville de Renen a esté emportée, et son infanterie entièrement deffaicte par les trouppes de Hesse et une partie de celle de Konigsmar, et qu'il estoit poursuivy, et sa cavallerie qu'ilz essayent de sauver par une fuite honteuse, qu'il se gloriffle d'avoir pris des fortz dans l'Ost-Frise qui ne peuvent pas tarder un moment de se rendre. Si ne scauroit-il que blasmer son outrecuidance d'y avoir osé aller, et l'archevesque de Goulongne qui lui avoit baillé ses forces se trouvera bien estonné, desnué de la deffense qu'il en pouvoit tirer, d'avoir rompu l'armistice qu'il avoit obtenue des couronnes alliées et de Madame de Hesse ; et le peu d'argent qu'il a reçu des Espagnolz coustera des milhons à sessujectz, qui aurontautant deraisonde lehayr que la France de le mépriser de sa légèreté.

Il me souvient que depuis quelque tempz Madame de Lorraine (1) presse la Reyne de luy faire bailler par copie coUa-

(1) Il s'agit ici de Honorée de Gliines, veuve du comte de Bossu, que le duc de (niise (Henri de Lorraine) avait épousée à Bruxelles, et contre laquelle il dirigeait alors près la cour de Rome une demande en nullité de mariage, dans le but de s"unir avec Suzanne de Pons.

tionnée certains littres ciui lurenl pris dans le chasteau de la Motte et apportez à Paris, desquelz elle prétend induire que son mari n'a point esté forcé de l'espouser, entre autres certaine sentence rendue par le roy Charles septiesme, auquel les parties prétendants au duché de Lorraine avoient compromis, l'une comme fille du duc dernier décédé, et l'autre comme masle, mais au degré plus esloigné, par laquelle la fille est préférée au nepveu, mettant en fait que les auditeurs de la rotte déléguez pour cognoistre de la validité ou invalidité de son mariage l'ont condamnée à les faire apparoir en forme autentique et, à faute d'y satisfaire, l'ont déclarée deschue des inductions qu'elle en prétend tirer. Et ces pièces ne nous semblant point absolument nécessaires à la duchesse, puisque ce n'est point à elle à prouver que ce mari n'a pas esté violenté, mais luy qui allègue sa force de le preuver, il nous est entré dans l'imagination qu'elle les demande à toutte autre fin, et, pour nous en esclaircir, nous aurions à désirer que vous sceussiez adroittement si lesdites pièces n'ont point esté recherchées pour en prendre advantage, et servir de tittre contre la possession en laquelle nous sommes du duché de Lorraine, et si c'est une chose concertée entre le mari et la femme, ou recherchée par les Espagnolz, car, bien que sur le soubçon où nous sommes entrez nous ayons refusé ladite Duchesse, il seroit néantmoins advantageux d'estre esclaircis de ce qu'on désire. .Te n'en ay pas voulu escrire à M. duNoset (1), parce qu'il est probable qu'on se sera caché de luy, et qu'il m'est souvenu que vous avez grande familiarité avec le frère du cardinal Bichi, l'un des auditeurs, et que, par luy, vous scaurez plus de choses que je n'en pourrois apprendre de l'autre.

Nous attendons d'heure à autre le gentilhomme qui nous doibt apporter la prise de Lans, qui a demandé à capituler. Devant cette place nombre d'officiers ont esté blessez, entre autres le mareschal de Gassion et La Feuillade, tous deux à la teste, mais avec cette différence que, du premier, on tenoit sa plaiye mortelle, et celle de l'autre de nulle conséquence, et que maintenant l'on change de langage, faisant beaucoup espérer

(1) Ce nom est à peu près illisible dans l'original. Nous ne savons, du reste, quel personnage il désigne.

de la guérison de l'un, et estant entièrement désespéré de celle de l'autre. La baie dont Monsieur le mareschal Gassion a esté blessé luy a rompu les deux tables de la teste, et s'est aplatie contre, et les esquiles ayant esté ostées par le trespan, n'y aiant nulle appréhension d'un contre-coup et la playe estant belle, donne suject d'en bien espérer.

Celle-cy sera la dernière que je vous escriray de ce lieu, et Leurs Majestez en partiront au premier jour, ne pouvant souffrir l'esloignement de M. le duc d'Anjou, qui se trouve tousjours indisposé ; car, bien que la dissenterie dont il est travaillé soit sans aucun péril, selon l'avis des médecins, il leur semble que de s'approcher de luy cela avancera la guérison, et de fait il y a lieu de le croire, puisqu'il parust un merveilleux amandement à sa santé, dez qu'il eust eu la joye de voir la Reyne, qui partist dimanche dernier pour Paris, et est revenue le mercredi en suivant. Je souhaitte que par le prochain courrier je vous puisse mander sinon sa parfaite guérison, au moins un si grand amandement, que vous puissiez attendre une seconde dépesche sans aucune appréhension.

Je suis. Monsieur, etc.

Signé : De Loménie Brienne.

M. le mareschal de Gassion est mort de sa blessure, et Lans s'est rendu à composition.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Fontainebleau, 12 octobre 1647 (1).

Monsieur,

Il y a aujourd'huy huit jours que je fis responces à voz despesches du xvi et xviii du passé, et néantmoins je ne puis pas consentir que le courrier parte sans vous escrire. Ce que vous aurez de moy se réduira à peu de choses. Car il me suffit de vous dire que j'attendz avec impatience de voz lettres, et que la journée ne passera pas que je n'en reçoive, voire mesme de sy bonne heure que j'en pourray faire mention dans celle-cy. Ce que j'adiousteray sera aussy escrit en peu de lignes, n'ayant rien à vous mander, sinon qu'il est pour assuré que Bavières a rompu avec les Suédois, que ses ministres le désadvoûent, mais ilz tiennent des discours qui en servent de preuve, et il est vray qu'il y a desia du tempz qu'il en a envie; mais il n'a pas sceu réussir à faire que ce fût nous qui lui en donnassions le prétexte, quoyqu'il ayt fait diverses attacques pour y réussir, et, au contraire, il nous a tousiours trouvez très-résoluz de n'avoir point pour amis ceux qui se voudroient rendre ennemis des Suédois, qu'il aura beaucoup irritez par cette mauvaise conduitte, et qui seront pour s'en ressentir ; car sy ilz ont assez de fortune pour combattre les forces de l'Empereur et celles de Bavières joinctes, ilz ne l'épargneront pas, poussez du désir d'une juste vengeance et satisfaisant à celle qu'ilz ont tousiours désiré prendre de luy de les avoir une fois trompez. Et quand il luy réussiroit, ce qu'il peut espérer de la jonction de ses forces à celles de l'Empereur, qui seroit de prendre avantage

(1) Reçue à Rome le 7 novembre.

sur l'armée de Suède, il agist contre ses solides intérêts, qui le doivent porter à songer à faire la paix, qu'une telle rencontre pourroit esloigner, excitant en ceux-là un désir de vengeance et laissant espérer à ceux-cy qu'ilz pourroient prendre advantage sur les alliez.

L'Électeur a fait dire qu'il veut garder l'armistice qu'il a tant et si longuement recherchée avec cette couronne, mais ce n'est pas un moyen asseuré de nous persuader sa bonne foy que de veoir qu'il la rompe avec d'autres. Pourtant on ne laisse pas de faire faire des offices pour modérer le ressentiment des Suédois, parce que il a esté jugé que sy Dieu nous donne la paix, ce prince peut être très-utile pour faire qu'elle dure, et mesme poiy disposer l'Empereur à s'y porter et à consentir à la satisfaction des couronnes. Sur ce suject il s'explique nettement, et il ne craint point de dire que ce qui a esté consenty à leur advantage ne peut être révoqué ; mais, agissant comme il fait, il laisse un soupçon bien fondé, qu'il ne parle de cette sorte que pour se conserver un moyen de se raccommoder avec elles, si les affaires de l'Empereur venoient à empirer. Les lettres de Nuremberg portent que l'armée impérialle a abandonné son camp, et qu'il se retire. Si cela se trouve confirmé, l'avantage est du costé des Suédois, qui ne manqueront pas de la poursuivre.

Des despesches de La Haye on pourroit presque colliger que Mrs les Estatz commancent à recognoistre que les Espagnolz n'ont jamais traitté avec eux en intention de les contenter, mais seullement d'essayer de les séparer des intérêts de la France, et qu'ilz sont en pensée de rentrer en guerre sy les Espagnolz ne leur abandonnent le haut quartier de Gueldre et ;i leur discrétion la relligion catholique dans l'estendue de la mairie de Bolduc. Il est à craindre que les Espagnolz, selon leur coutume, saccriffîent les intérêts de la relligion pour conserver ce qui leur est demandé de temporel, et mesme qu'ilz reslaschent l'un et l'autre, pourveu que les autres veuUent traitter avec eux sans nous attendre, et l'on n'est pas sans soupçons qu'ilz seroient pour y consentir, d'autant plus que Pall et Knut, qui ne font qu'arriver à Munster, pressent désià leurs principaux de leur permettre de les venir trouver.

Nous n'avons point de nouvelles de nostre armée de Lom-

hardie : vous jugez bien que cela nous donne de l'inquiétude; el celle de Flandres a pris en sorte le dessuz, que celle de l'ennemy n'est que sur la simple deffensive. Le maréchal de Ramzall, qui commande seul depuis la mort du maréchal de Gassion, a ordre d'entreprendre, et il ne fait point de difficulté de promettre de reprendre Armentières, voire quelques places de plus de considération. Il doit estre devant Armentières, si ce n'est qu'il soit arrivé quelque accident bizarre qui l'en empesche.

Puisque nous vous escrivons encores de ce lieu, vous pouvez estre asseuré que la guérison de Monsieur s'advance; néantmoins on parle de retourner à Paris, et l'impatience que Leurs Majestez ont de le veoir fait oublier ou mespriser la beauté de ce lieu où la cour est grosse.

.Je suis, Monsieur, etc.

L'archiduc est l'etourné à Dixmude, et M. le mareschal de Ramsau marche pour en chasser les ennemis.

Signé: De Loménie Brienne.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Fontainebleau, 18 octobre 1647 (1).

Le xiie du courant, vostre lettre du xxive du passé me fust rendue, de laquelle Sa Majesté ayant ouy la lecture, Elle tesmoigna estre bien contente que son armée se fust avancée du costé

(1) Au dos, de la main du secrétaire : « Resseue le 9 novembre. •»

de Naples (i), puisque vous continuiez à juger qu'elle y pouvoit estre nécessaire, et sans doute les avis que vous aurez donnez à M. le cardinal Grimaldi l'auront disposé de luy en donner l'ordre. Si celle d'Espagne ne l'a devancée^ elles en pourront venir à la bataille que nous n'avons pas suject d'appréhender, la nostre estant plus forte que celle de l'ennemy, et comme la victoire nous peult apporter de grandz advantages, et la perte mille disgrâces, nous debvons rechercher l'occasion du combat,

(1) On trouve dans l'ouvrage de M. de Pastoret, Le duc de Guise à Naples (p. 148), une lettre fort intéressante, écrite d'Amiens, le 17 octobre, par le cardinal Mazarin, à son frère, l'archevêque d'Aix, qui avait alors, on le sait, une grande part dans la direction des affaires; mais comme l'auteur n'indique jamais la provenance des documents qu'il cite, et qu'il a en outre la mauvaise habitude de rédiger à sa façon une lettre ou une dépêche, en résumant dans une seule pièce des idées et des faits contenus dans plusieurs de dates différentes, nous n'avons qu'une très-légère confiance dans ses révélations. Ici particulièrement, la ville d'où la lettre est datée (Amiens) nous semble présenter de grandes chances d'erreur. La cour se trouvant le 18 octobre à Fontainebleau et résidant dans cette localité depuis un mois, on ne voit pas trop ce que Mazarin aurait fait alors à Amiens. De plus, rien, dans le style et la tournure de la phrase, n'indique un document du milieu du XVII« siècle. Nous donnons toutefois, sous ces réserves, cette curieuse lettre, espérant que M. Chéruel, dans la savante publication qu'il poursuit des papiers du grand cardinal, viendra compléter et rectifier quelque jom' la citation fort imparfaite de M. de Pastoret.

« Amiens, 17 octobre 1647.

« Le courrier du duc de Guise m'a rendu votre lettre, en même temps que les ordinaires m'en apportent deux autres. J'avois vu déjà, le mois dernier, un homme à lui, qui m'étoit venu rendre compte, en son nom, du traité qu'il dit avoir avec le peuple et de l'espéi'ance qu'il a, tout d'abord, d'être élu pour général, ce pourquoi il demandoit l'assentiment de S. M., promettant de n'agir que pour le bien de son service. M. l'ambassadeur, qui m'en écrivit en même temps, pensoit que M. de Guise pourroit bien se tromper. Pour moi, je pense aussi qu'il se laisse aller trop facilement à son désir, et, dans le fait, il me paroit difficile que tout le peuple de Naples, d'un commun accord, ait appelé M. le duc de Guise en la manière qu'il dit, d'autant plus que les derniers avis portent que les troubles s'étoient apaisés en cette ville; mais il seroit possible, selon l'expression de Vagnozzi, que ce fût le calme qui annonce la rechute dans les maladies. On ne peut porter un jugement assuré sur les résolutions d'un peuple extravagant qui ne sait encore ce qu'il veut, et à qui, certes, il est malaisé de faire quitter les armes quand une fois il a goûté les douceurs du libertinage.

au lieu que celles (1) qui suivroienl la victoire, si elle estoit de noslre costé, ruineroient entièrement les affaires d'Espagne, doibt porter ceux qui commandent leur flotte de l'evister, et y entrantz avec tant de crainte, ils nous laissent de grandes espérances de l'emporter, puisque c'est un grand acheminement au triomphe que de combattre des gens qui ont peur et qui ont suject d'en avoir.

Ce que vous avez asseuré à ceux qui se déclarent affectionnez à la France, et qui donnent chaleur aux mouvements de Naples sera effectué, pom'veu (qui est la condition que vous avez opposée) qu'ilz le méritent, en faisant en sorte que leur patrie recouvre liberté. Mais ilz n'auront pas cet avantage de se mocquer de nostre facilité, car sans avoir exécuté ce qu'ilz vous ont faict espérer, nous n'entrerons en aucune advance; mais s'ilz prenoient le vice-roy, les galères ou les chasteaux, ou seulement qu'ilz les attaquassent, il seroit juste et nécessaire de s'eslargir envers eux, et Sa Majesté, sans prétendre autre advantage que leur satisfaction, s'y porteroit volontiers en leur endroit. Et s'estant souvenu de ce que vous avez escrit, et ayant bien compris que l'un des moyens le plus facile dont les Espagnolz se peuvent prévaloir pour faire rentrer ces peuples en leur subjection seroit de les priver de grains et par la nécessité les réduire à se soubmettre, affm qu'ilz ne s'en trouvent point pressez. Elle a ordonné qu'il en fust faict achapt et qu'on dressast des magasins es villes d'où plus commodément on leur en pourroit fournir. L'ordre en a esté donné à Monsieur le sur-intendant, qui travaille desjà à l'exécution ; mais il faudra les faire passer le destroit, parce que le Languedoc, aussy bien que la Haute-Guienne et la Provence, en manquent, comme

Qu'il en soit donc ce que M. de Guise voudra; peut-être aura-t-il un jour quelque peine à se tirer de la position où il va se mettre ; mais, à coup sûr, la France ne peut y trouver que des avantages. On auroit pu, en attendant, se faire honneur auprès du Pape, et à peu de frais, par une offre que je sais bien qu'il n'acceptera pas, qui est de l'assister des forces de cette couronne eu nombre suffisant poui', avec les princes, recouvrer le royaume de Naples qui appartient à l'Église. J'en écrii-ai à M. de Fontenay, avec qui vous consulterez ce f{ui se doit faire, au cas que cela puisse avancer la pi'omotion et le chapeau qui vous est promis. Et sur ce, je demeure, etc. y (1) Les disgrâces. Cette phrase est très-mal construite.

font partie des provinces de deçà de la Loyre. Mais on juge l'affaire de trop de conséquence pour ne pas faire un effort pour pouvoir secourir une ville de la conséquence de celle de Naples, l'exemple de laquelle sera sans doubte suivi dans le royaume. Ce qu'ils voyent du mauvais traittement fait à une ville qui s'est laissé surprendre, et l'avantage que reçut une autre pour s'en estre guarantie, les doibt faire sages, et il semble qu'il ne leur reste de voye de salut que de porter les affaires aux dernières extrémitez, et l'asseurance d'estre assistez au besoin les doibt faire embrasser le conseil, lequel est si solidement estably, que c'est heurter contre les règles de la prudence que d'en doubter, laquelle enseigne de précipiter les résolutions quand le délayement peult apporter du dommage à ceux qui ne peuvent trouver leur conservation qu'à oser ce que d'autres debvroient fuir.

Sur le suject de la promotion, je n'ay rien à vous dire ; nous attendons avec impatience de voz nouvelles, et Dieu veuille que je sois |trompé, qui ay tousjours esté en opinion que le Pape ne manqueroit pas de deffaites pour s'excuser, et que les Espagnolz n'oublyeroient aucuns offices pour la retarder (1).

Ce qui se passe au suject de l'un de voz lacquais n'a pas contenté Sa Majesté, qui ne voudroit pas souffrir qu'on violast le respect qui est deub aux palais des ambassadeurs, qui ne peult croire que la protection qu'on donne aux marchants soit une chose dont on se doibve gloriffier, et Sa Majesté désire que vous donniez si bon ordre à vostre famille, que pareille chose n'arrive plus, car, comme elle ne feindroitpas de faire chastier l'estaffier ou un domestique du nonce qui auroit attaqué des archers, elle ne s'intéresseroit pas, si le Pape en avoit usé de la mesme sorte contre un des vostres.

Il fust dit que vostre prudence a retranché diverses choses qui pourroient donner lieu d'aigreur entre le Pape et vous, mais que ce n'est pas assez de s'estre porté jusques là, si on ne va plus avant, et je vous conseille de ne pas souffrir qu'on vous manque au respect qui vous est deub, mais aussy d'évi-

(1) A cette date, la promotion de l'archevêque d'Aix au cardinalat était faite depuis quelques jours, puisqu'elle est du 7 octobre ; mais M. de Brienne ne l'apprit qu'au moment du départ du courrier, comme on le verra par le dernier paragraphe de cette lettre.

ter ce qui vous pourroit attirer de l'embarras et du déplaisir. Cependant je ne laisse pas de vous envoyer des lettres pour le cardinal et le duc Ursin, auxquelz, comme elles ne sont qu'en créance sur vous, vous donnerez telle explication qu'il vous plaira, et si quelqu'un de leur part vient en cette court, je ne m'oublieray pas de luy dire quel seing vous prenez de faire valloir leurs services. Ce seroit une chose qui seroit bien considérée au lieu où vous estes, si l'entrée dans le Milannois estoitsuivy des prises de Crémone et de Lodi, et, comme vous l'aurez sceu, l'espouvante qui y est nous laisse de grandes espérances.

J'ay eu grande joye de la nouvelle qu'a apportée ici le courrier de la signera dona Olimpia (1), et que Mgr le cardinal d'Aix ayt esté satisfait de Sa Sainteté. La Reyne en a tesmoigné beaucoup de contentement et se promet doresnavant que ses instances pour les autres choses seront plus considérées à

(,1) La nouvelle si impatiemment attendue de la nomination au cardinalat de l'archevêque d'Aix ne pouvait manquer d'être connue promptement de la cour. Dès le jour de la promotion, 7 octobre 1647, l'ambassadeur, M. de Fontenay, envoyait une longue dépêche au cardinal Mazarin, et une aussi à M. de Brienne. En même temps labbé de Saint-Nicolas écrivait à la fois au cardinal et au secrétaire d'État deux lettres qui nous ont été conservées dans ses Négociations, t. V, p. 277 et 278. Enfin, ce jour même encore, le Pape fit partir un courrier pour aller porter en France la preuve, à laquelle on tenait tant, de son désir, sinon de son empressement à salislaire les exigences de famille du puissant ministre; et de plus, afin que son courrier arrivât le premier, on ne donna des chevaux que le lendemain à M. de Grinville, qui allait à Paris comme envoyé spécial de l'ambassadeur. Le messager du Pape était sans doute également porteur d'une lettre de la signora Olympia, puisque c'est la dépêche de celle-ci qui parvint la première, d'après ce qu'écrit ici M. de Brienne. La dépêche du secrétaire d'État étant datée du 18 octobre, c'est donc ce jour-k'i au plus tard qu'arriva le courrier romain, faisant ainsi bien grande diligence, puisqu'il ne mit que dix jours à faire un trajet qui en demandait d'ordinaire quinze ou vingt.

La courte lettre de l'abbé de Saint-Nicolas à M. de Brienne résume trop bien toute la fin de cette affaire pour que nous ne la donnions pas ici presque en son entier :

« Enfin ce courrier vous porte la grande nouvelle de la promotion de M. l'archevêque d'Aix, qui s'est faite ce matin. Je ne doute point qu'elle ne soit bien reçue, et certainement on en doit avoir une satisfaction toute extraordinaire, car l'on peut dire qu'il ne s'est jamais fait en cette cour

Rome, le Pape ayant donné le bonnet de si bonne grâce qu'on a grand suject de le remercier.

Je suis, Monsieur, etc.

Nous venons d'avoir avis de la mort de l'archevesque électeur de Mayence, et que l'administration est defférée, en attendant nouvelle élection, à Monsieur l'archevesque de Trêves. Nous avons envoyé à l'évesque de Virtsbourg pour le porter, si on peult, à l'électorat. Vous tiendrez nostre pensée secrette. Vostre courrier nous a dit avoir trouvé nostre armée au-deçà de Gennes ; nous avons pourtant creu qu'elle esloit bien avant au-delà, et que deux de nos galaires s'estoient destachées pour donner la chasse à une galaire espagnoUe et à un brigantin.

Signé: De Loménie Brienne.

une affaire plus difficile que celle-là. Présentement ceux qui passent ici pour les plus habiles, et qui se mêlent de faire des spéculations sur l'avenir, en sont dans un élonnement merveilleux et ne peuvent presque croire ce qu'ils voient. Je vous avoue, Monsieur, que je suis quasi comme eux, quand je repasse dans ma mémoire toutes les choses qui m'ont été dites par le Pape sur ce sujet-là, et qu'après ceci je ne désespérerai jamais de rien. Enfin dona Olympia a cru qu'elle n'avoit que ce moyen-là pour se mettre à couvert de la vengeance de M''^ Barberini, et la considération de cet intérêt a péri alors dans l'esprit de Sa Sainteté. Voilà en peu de mots le secret de toute l'aftaire, ce qui demeurera, s'il vous plait, entre nous deux. »

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, 23 octobre 1047(1).

Monsieur,

Je me sens de la commodité qui se présente du passage de M. de Besmans à nostre armée do Lombardie, pour vous dire que plus l'on a considéré la manière dont le Pape a faict cardinal M. l'archevesque d'Aix, l'on en reste de plus en plus satisfaicl, et, par le retour de nostre gentilhomme (2), qui sera dépesché plus tost que le courrier de la signora Olimpia, vous aurez des ordres bien précis de la façon dont vous aurez à remercier Sa Sainteté ; et je m'assure que les termes des lettres qu'elle recevra, et ce que la suicte des tempz donnera lieu de le gratiffler, il recognoistra qu'on est en disposition d'observer en son endroit les derniers respects, et il aura tout suject d'estre content des obligations qu'on luy a voulu avoir. Et vous, Monsieur, vous cognoistrez aussy que vostre conduicte a esté louée, et qu'on en est très-satisfait. Je m'estendray davantage avec vous lorsque je vous escriray sur ce suject, et, présentement, je ne vous feray point de plus long entretien, que pour

(1) Arrivée à Rome le 16 novembre.

(2) C'était, comme nous l'avons dit dans la note précédente, M. de Grinville, dépêché extraordinairement en France par l'ambassadeur pour portei' la nouvelle de la promotion de l'archevêque d'Aix, et qui n'arriva que quelques jours après le courrier de la cour de Rome. M. de Fontenay n'avait dû pourtant rien négliger pour hâter le voyage, car nous trouvons dans ses comptes, ù la date du 8 octobre 1647, la mention suivante : « A \m courrier qui est allé à Modène porter la nouvelle de la promotion, 50 escus. )) Bibl. nat., ms. fr. 20562, n» 107 a 171, Estât de la recepte et despense faicle par Monsieur le marquis de Fontenay, ambassadenr extraordinaire pour les affaires de Sa Majesté à Rome.

vous dire que, par ordre, je confirme au cardinal d'Aix ce qu'il apprendra de la lettre de Monsieur son frère, qui veut bien qu'on croye, comme il en est quelque chose, qu'il a esté estonné de l'estonnement qui parust au visage de plusieurs du Conseil lorsqu'on sceut que M. l'arch. d'Aix s'estoit arresté à Rome, et que le désir d'y parroistre revestu de la pourpre luy avoit peu faire différer d'un seul moment son partement pour Gatalongne (1). On se promet de grandes choses de sa présence de par delà, et les Catalans ont impatience de son arrivée (2).

Vous aurez sceu que le château d'Ager a esté emporté d'assault, ce qui tourne à grande gloire à ceux qui l'ont deffendu, n'y estants en nombre que de trois à quatre cents, et que Dixmude a esté rendu par composition, bien que la garnison fust de plus de deux mille quatre cents soldatz, de bien deux à trois cents officiers, et de plus de trois cents chevaux, sans qu'il y eust manque de munitions de guerre ny de bouche, et M. de Clanleu n'a point donné d'autre raison de ce qu'il a faict que, ne jugeant pas que la place peust durer au-delà de vingt-quatre heures, il avoit estimé qu'il estoit du service de conserver ses hommes, desquelles heures, s'il luy eust pieu de se servir, il passe pour indubitable qu'il eust esté secouru. Bien luy prendra d'estre à M. le duc d'Orléans, car, sans sa considération, on ne laissoit pas la chose sans chastiment, ou il acquiéreroit une nouvelle gloire, se trouvant absouds par un conseil de guerre qui ne pourroit rendre une sentence à son avantage sans le louer de ce qu'il a faict pendant le siège.

Je ne viens que de recevoir mes lettres d'Allemagne, et comme elles ne sont pas encores deschiffrées, je ne scaurois

(1) Michel Mazarin venait, en effet, d'être nommé vice-roi de Catalogne ; mais, malgré les ordres formels de la cour, il n'avait qu'un médiocre désir de quitter Rome et de se rendre à son nouveau poste. « Il n'y a nulle apparence qu'il le fasse, » écrivait le 2 novembre l'abbé de Saint-Nicolas à M. de Brienne. Quelques écrivains contemporains ont même prétendu qu'il eût préféré la vice-royauté de Naples et qu'il n'était point fâché d'attendre sur les lieux les événements. L'ambition connue de sa famille a pu autoriser une semblable supposition. — Voir, entre autres, les Mémoi7'es de l'abbé Antoine Arnauld, collection Petitot, 2« série, t. XXXIV, p. 231.

(2) On sait que la Catalogne, dont Richelieu avait par ses menées fomenté sous main la révolte, s'était donnée à la France en 1641. Michel Mazarin succédait comme vice-roi au prince de Condé.

vous faire part de ce qu'elles contiennent ; néantmoins, les aiant trouvées accompagnées d'un article, sinon résolu entre les députez des couronnes, du moins présenté par ceux de France, qui establit la restitution de Casai à M. de Mantoue, et comme la place devra estre gardée pendant trente ans, j'augure que la dépesche me donnera contentement, devant croire, veu le contenu dudit article, que les commissaires des Roys en ont convenu. Soit que je me sois trompé ou non, je vous en esclaiciray au premier jour, lequel sera suivi de bien près du retour de M. de Bellièvre de son ambassade d'Angleterre, et, hors qu'il arrive des choses que la raison, la prudence ny les apparences ne donnent pas lieu de prévoir, le roy d'Angleterre se trouvera privé de l'autorité et delà liberté.

Je suis, Monsieur, etc.

Signé : De Loménie Brienne.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, 30 octobre 1647 (1).

Monsieur,

Affm que vous n'ayez point d'inquiétude, voyant arriver un courrier à Rome, que raisonnablement vous devriez prendre, s'il n'estoit chargé de noz lettres, je luy fais bailler celle-cy, de laquelle vous apprendrez que la liberté qu'il a de passer par le Milanois fait qu'on s'en sert et que, contre ce que je vous avois mandé, il devancerale gentilhomme que vous nous avez dépesche.

(1) Reçue à Rome le 22 novembre.

Par celuy-là vous aurez la responce aux dépesches qu'il a apportées et de la substance dont je vous l'ay mandé.

Cependant je vous diray qu'ayant perdu l'espérance d'occuper des places dans le Milanois, on songe à y conserver des postes, desquelz on prétend de deux avantages l'un, qui seroit de forcer les Espagnolz de venir à la paix, ou que, dans le renouveau la guerre ayant à se continuer, pousser nos conquêtes dans le Milanois, duquel l'entrée nous est acquise, si nous pouvons réussir en nostre dessein ; et il y a de la raison de hasarder quelque chose pour se conserver l'avantage qu'on a emporté de passer le Pô, ce qui s'attribue à la brave résolution de noz gens et à la peur et foiblessedes ennemis. Si nous sommes contraincts de continuer la guerre, aussy bien contre l'Empereur que le roy d'Espagne, nous ne sommes pas sans de grandes espérances de voir nostre parti s'accroistre de plusieurs princes, et je juge qu'il en faut faire une provision, bien que l'on soit persuadé que la paix de l'Empire sera aisément conclue. Car enfin la peur dont les Suédois ont esté touchez venant à diminuer, et quelques protestants engageans de nouveau avec eux, il est aisé de croire, d'autant plus que leur incUnation les porte à la guerre, qu'ilz la continueront, et la satisfaction de leur milice n'estant pas encore accordée, l'on ne peut pas dire que la leur soit arrestée, qui ont tousiours fait capital qu'elle leur sera accordée, et si ample qu'ilz auront de quoy contenter ceux qui les ont servis. On essayera bien de les disposer à convenir d'un traité séparé, et l'exemple des Estats leur estant souvent proposé; mai ils ne parroist pas qu'ils soient pour s'y relascher, ayant bien recognu qu'il ne leur sera pas facile de conserver ce qui leur doit demeurer, si la France n'avoit un pied au-delà du Rhin, et que l'union et l'inteUigence qui a paru et qui est entre les couronnes ne fust renouvellée.

Il nous a esté mandé que l'ennemy a esté contrainct de lever un siège qu'il avoit formé devant une place de peu de nom et proche de Terragone, et que, s'estans mis ensemble et ayans marché avec dessein de rechercher l'occasion d'un combat ou de former un siège, que les nostres se disposoient de s'y opposer. Voicy les mots de la lettre de M^r le Prince : Au cas d'un siège, nous ferons ce qui est de nostre debvoir pour les empescher d'y réussir; si ilz recherchent la bataille, ilz nous

trouveront disposez de la donner, et soyez en asseurance, jusques à ce que nous ayons esté esclairciz de ce qui se sera passé de par delà. Il nous est à pardonner si nous sommes touchez de quelque inquiétude, qui ne voyons ni aux Espagnolz ni aux impériaux aucune disposition à la paix, mais bien que les ministres de Suède n'en sont plus si esloignez qu'ilz avoient paru; mais peut-estre leur Reine y apportera à présent moins de facilité qu'elle n'eust fait du passé, et si les ministres ne changent point, on verra bientost un escrit qui sei'a publié soubz le nom des couronnes alliées qui détrompera le monde, faisant cognoistre leur disposition à la paix et combien les ennemis en sont éloignez.

On deschiffre mes lettres de l'Allemagne. Si elles contiennent quelque chose de positif, surtout dont on puisse croire que le traicté s'avance, j'en ferai un postcrit, qui ne scaurois finir ma lettre par une nouvelle plus agréable que de l'asseurance de la parfaite santé de Leurs Maj estez et de Monsieur.

Je suis. Monsieur, etc.

Signé : De Loménie Brienne

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, 8 novembre 1G47 (1),

Monsieur,

La peine que vous aurez de lire ma lettre vous sera bien agréable, puisque vous y trouverez la response précise sur la

(1) Reçue le 22 novembre, c'est-à-dire le même jour que la précédente, écrite pourtant liuit jours plus lût.

plus grande partie des poinctz contenus en la vostre du xiiiie du passé. Il n'a pas esté jugé qu'il fust possible d'imposer au Pape une nécessité et une loy à laquelle aucun prince ne se voudroit soubmettre, et le priver de la liberté de feire choix de ses ministres, et ainsy on acquiesse de traiter avec le cardinal Panzirole (1); mais l'on voudroit bien, s'il estoit possible, en tirer quelque avantage. Sur quoy il y a grande apparence que vous recevrez les volontés du Roy par le retour de vostre gentilhctfnme ; mais comme on s'en pourroit oublier ou qu'il seroit retardé, j'ay jugé vous debvoir informer du sentiment que l'on a pris, affin que vous ne tombiez pas en engagement qui s'y trouveroit opposé. Et j'ose dire que le conseil que l'on embrasse est remply de beaucoup de prudence et qu'il y a beaucoup à espérer dudit cardinal, car pour effacer les impressions qui estoient fortement establies qu'il estoit d'inclination d'Espagne, il y a de l'apparence qu'il se portera aux choses raisonnables qu'on prétendra de luy et que, croyant même flater la passion du Pape s'il continue à estre peu satisfait des Espagnolz, qu'il ne les aimera que de bonne sorte, au moins en apparence, et essayera de conserver (2) avec les couronnes, pour n'en voir ni l'une ni l'autre contraire à son exaltation, à quoy l'on dit qu'il songe plus fortement que jamais, et qu'il espère se mesnager en sorte les créatures du Pape qu'il en pourra faire capital, de sorte que, pour n'avoir l'exclusion de l'une ni de l'autre couronne, qu'il agira avec beaucoup de circonspection et de respect à leur endroit.

Il faudra bien aussy acquiescer à la révocation du nonce (3) : son tempz est expiré, et le siège n'est plus remply de celuy qui l'avoit choisy; mais l'on voudroit bien que le Pape le considérast, et par les mérites qui sont en sa personne et par ceux qu'il a acquis envers cette couronne, en se conduisant avec toutte l'adresse et la complaisance qui pouvoit s'accorder

(1) Jean-Jacques Pancirol, Romain, patriarche de Constantinople, élu cardinal en 1642, mort à Rome le 3 septembre 1651. Naudé dit de lui qu'il était grand partisan des Espagnols et fort ennemi du cardinal Mazarin.

(2) Il y a sans doute ici un mot omis, et ce mot a probablement le sens de : « bonnes relations. »

(3) Le nonce de France était alors Nicolas Bagni. — Voir plus loin la note qui lui est consacrée, p. 162.

avec la dignité de son employ, et à l'œquité et rectitude de laquelle il fait une exacte profession : ce que vous aurez à insinuer avec vostre adresse ordinaire, affm de luy mesnager les avantages qui luy sont deubz, comme de conserver celuy de ne point souffrir estre fait déclaration d'aucun prélat pour cette nonciature que l'on n'ait pressenti s'ilz seroient agréables. Vous scavez nostre prétention de la nomination de plusieurs, et comme l'on n'en convient pas et que, si nous n'en sommes en pleine possession, que nostre droit ne laisse d'estre en quelque manière estably, ce que j'ay jugé vous debvoir escrire, affln que vous essayez de faire recevoir nostre prétention et la mettre en prattique, tout autant qu'il vous sera possible, pour la personne de Monsig»' Corsi. Je ne trouve pas qu'elle clioque; au contraire il y a bonne disposition à la favoriser, et n'estoit qu'on a quelque inclination pour quelques autres, on iroit sans doute au devant; et, nommé entre plusieurs, j'en scay peu qu'on luy voudroit préférer. Pour moy, par la considération des qualités que j'ay recognues en luy et pour l'estime que je fais de M. le marquis del Buffaco, je le serviray de tout ce qui sera de mon pouvoir, et pour peu qu'il sonde, j'estime qu'il aura contentement.

L'ouverture que vous avez faicte de la disposition à laquelle se trouvoit le cardinal Savelle (1) de se déclarer serviteur de cette couronne a été reçue avec applaudissement, et d'en avoir la volonté on infère qu'il juge que les affaires de Naples sont plustost pour s'empirer que pour s'accommoder. Mais comme il y a des biens et des bénéfices, il pourroit peut-estre prétendre tant de choses, surtout si, contre les apparences, les Espagnolz en demeuroient les maistres, qu'il sera difficile de le contenter, et c'est la seule raison qui fait qu'on ne se précipite pas en cette résolution et qu'on juge debvoir attendre à la prendre et à s'en déclarer que l'on ayt esté informé par vous ce qu'il pouvoit prétendre, ce qu'on désire que vous présentiez, asseuré que vous le ferez avec tant d'adresse, qu'il ne

(1) Fabrice Savelli, Romain, archevêque de Salerne, nommé en 1647, le même jour que Michel Mazarin, cardinal prêtre du titre de Saint-Augustin et légat de Bologne. Il mourut en 1659. Il appartenait à une maison puissante qui a donné deux papes à l'Église : Honoré III et Honoré IV.

paroistra pas que vous en ayez ordre, et que quand l'excez des demandes nous empescheroit d'y entendre, que ce cardinal n'en demeureroit pas offensé.

Enfin on est résolu de commander à l'armée navale de faire voile à la coste de Naples et de donner le pouvoir à ceux qui la commandent de livrer la bataille, si les ennemis la recherchent, et de traiter avec ceux de la ville s'ilz en sont recherchez. Ces résolutions ont esté prises sur vos dépesches, et elles ont bien fait autant d'impression que celles que Bidaut a apportées, et il a esté jugé qu'il estoit nécessaire qu'il y eust de par delà de l'argent dont vous puissiez vous servir aux occasions. Je ne doubte point qu'il n'y soit pourveu, et cela par le retour de Grainville, qui aura bien peu scavoir que la demeure (1) du cardi archevesque d'Aix a despieu à M. son frère. J'oserois vous dire qu'il en estoit oublié, et le service du Roy, qu'il jugeoit en souffrir, estoit la cause de sa colère.

Je vous escrirois très-particullièrement ce qui se passe à Munster, si Mrs les plénipotentiaires ne me faisoient scavoir qu'ilz ne s'en oublient pas. Ce que j'ay peu recueillir de leurs dernières dépesches est que les Espagnolz amusent le tapis sur les affaires qui ne le méritent pas et évitent de donner résolution sur les points principaux de la négociation. Et il semble ou qu'ilz ne veuUent point de paix, ou bien qu'ilz attendent les derniers ordres de leur Roy. L'estat de leurs affaires les doibt porter à la paix, surtout si nous pouvons conserver des quartiers dans le Milannois, ce qui est en sorte de l'opinion de ceux qui y commandent qu'ilz seroient offencez si on en doubtoit. Mais je ne tiens pas la chose ny si facile ni si seure qu'ilz la représentent; néantmoins j'espère que, contre ce que j'en imagine, qu'il leur réussira.

En Flandres, la saison est si avancée, qu'il sera désormais impossible d'y rien entreprendre ; néantmoins l'archiduc Léopold fait faire des tentes et amas de tourbes, et se vante de ne voulloir point rentrer dans les villes qu'il n'ayt encores entrepris quelque chose. Il y a lieu de croire que s'il persiste en cette résolution, qu'il recevra un affront, quelque foible que

(1) Le fait par l'archevêque d'Aix d'être demeuré à Rome, contrairement à la volonté de son frère.

soit la place qu'il pourroit attaquer, et qu'il ruinera entièrement son armée ; et comme les Espagnolz seroient sans ressource, si cela arrivoit, nommément ne paroissant pas dans l'Empire de disposition à la paix, cela me fait croire que, suivant leurs anciennes maximes, ilz préféreront la conservation de leur armée à toutte autre chose qu'ilz pourroient entreprendre.

Aucuns des plénipotentiaires de Mrs les Estatz sont allez informer leurs principaux de Testât où sont les affaires. Il semble qu'ilz soient bien disposez et qu'ilz ayent recognu que nous marchons de meilleur pied que les Espagnolz; mais les mesmes nous ayant desjà trompez, on ne scauroit juger de leurs intentions que par les effeclz. Si la lettre de M. de la Thuillerie (1) me donne lieu d'asseoir un jugement asseuré de leurs intentions, je vous en feray part.

De Londres il m'est mandé que le roy d'Angleterre n'espère plus que l'armée se déclarera pour luy, mais qu'elle se divisera et que l'une des parties le recueillera. Je doubte de la chose et qu'il fust capable de prendre cette résolution ; mais vous en cognoissez si bien le génie, qu'il me doibt suffire de vous poser Testât des affaires pour vous en laisser faire le jugement.

Ayant desjà escrit cette lettre jusques en cet endroit, le courrier que vous avez chargé du Carme, dont vos dépesches des xxie et xxiP font mention, est arrivé, duquel nous avons appris qu'il avoit laissé ce religieux en Provence, et je ne doubte point que ce qu'il représentera au duc de Richelieu (2), au grand-prieur d'Auvergne (3) et au bailly de Valençay (4) ne les

(1) Gaspard Cognet de la Thuillerie, ambassadeur de France auprès des États-Généraux des Provinces-Unies, avait été chargé, en mars 1644, de travailler à l'accommodement de la Suède et du Danemark. — Voir plus haut, sur ce personnage, la note de la page 62.

(2) Armand-Jean du Plessis, duc de Richelieu, pstit-neveu du grand cardinal, général des galères, né en 1629, n'avait encore que dix-huit ans et venait de faire sur les côtes de Catalogne sa première campagne maritime, lorsqu'il fut mis à la tête de l'expédition dont il est ici parlé, et qui avait pour! but de secourir Naples. Il mourut à quatre-vingt-six ans, la 10 mai 1715.

(3) Le commandeur des Gouttes, grand-prieur d'Auvergne, l'un des chefs de l'armée navale de France.

(4) Louis d'Étampes, chevalier de Malte, d'abord bailli, puis commandeur de Valençay.

encourage à exécuter les ordres que nous leur avons envoyez, qui sont d'aller à Naples secourir la place, asseurer le peuple de l'affection du Roy, combattre l'armée ennemie, s'ilz en trouvent la commodité et qu'ilz ayent subject d'espérer de remporter la victoire, traitter avec le peuple des moyens d'asseurer leur liberté, ou de porter la couronne sur la teste de quelque prince qui puisse les soulager et les deffendre, et enfin ilz ont tous le pouvoir que les autres et eux aussy pourroient désirer; et je ne doute point que le bailly, qui a offert d'y aller avec une escadre de vaisseaux, ne face son possible pour engager les autres d'estre de la partie, et il y a toute apparence qu'il les disposera, au moins le duc de Richelieu, et quand le grandprieur d'Auvergne s'en dispenseroit, on n'en seroit pas marry, car il a tant de considération quand il s'agist de combattre, que souvent il est cause que l'occasion s'en perd, et l'on tire moins d'avantage de sa grande expérience que de service de plusieurs gens de mer qui n'en approchent point.

Il faut que je vous confesse que j'ay esté un tempz assez froid sur cette entreprise. Je craignois que la présence de don Joan changeroit la face des affaires; mais à présent, je change d'avis, apprenant par diverses despesches qu'il n'a pas réussy en sa première tentative; et, ayant donné juste suject de defflance au peuple, il y a toutte raison de croire qu'ilz se porteront aux dernières extrémités, n'y ayant que cette seule voye qui puisse asseurer leurs fortunes, et bien souvent le désespoir cause de plus grandz succez que l'intelligence des hommes ne peut prévoir.

Je ne doubte point que sur l'arrivée de ce courrier on ne prenne la résolution de faire partir Grainville ; il me semble mesme que l'on a trop tardé, mais vous aurez esté informé par l'une de mes précédentes du motif que l'on eust de faire partir le courrier dépeschô par la Sra dona Olympia avant luy. Et comme on est en disposition de complaire en touttes choses au Pape, je m'asseure qu'il ne se repentira point d'avoir considéré les instances de Sa Majesté et, à sa prière, d'avoir honoré de la pourpre M. le cardinal d'Aix, de la sagesse duquel on debvoit se promettre ce qu'il en a fait cognoistre.

Ce qui est porté en l'une de voz dernières lettres fera voir qu'on a juste suject de désirer d'apprendre ce qui pourra con-

tenter le cardinal Savelle, et ayant levé le masque avec l'ambassadeur d'Espagne, il fait cognoistre qu'il est homme de valeur et que ce ne sera pas un petit acquest que celuy que l'on fera de sa personne.

Je n'acheveray pas cette lettre que les vostres des xxie et xxif n'ayent esté leûes en conseil, ce qui ne sera que demain ; ainsy j'auray le tempz de veoir ce qui m'est mandé de Munster et de La Haye, et j'essaieray d'y faire résoudre le retour de Grainville, et je n'oublieray pas, bien que le Pape n'ayt point escrit au Roy au suject de la promotion, de vous envoyer une lettre en conformité de celle de la Reyne qui luy fera cognoistre que Sa Majesté se sent obligée de la considération en laquelle il a eu les prières de la Reyne sa mère. Je n'oublieray pas aussy de vous envoyer une lettre pour le card' Ragi (1), et généralement tout ce que vous me demanderez qui pourra estre utile au service du Roy.

Ce seroit une grande fortune à M. de Guise, si les Napolitains l'appelloient pour les commander (2). Je vous esclairciray par celle-cy si on se pourroit porter à y envoyer l'un des deux qu'ilz désirent; mais je juge que l'un refuseroit l'employ et que l'autre se feroit difficulté de le luy donner. Il est parlé de faire que M. de Lorraine y allast; mais nous n'avons pas encore sceu son intention, et un religieux minime qu'il a envoyé diverses fois par devers nous est retourné le trouver, et m'ayant esté dit qu'il estoit ces jours derniers à Gand, il aura esté facile audit religieux de faire bonne diligence.

Je suis, Monsieur, etc.

Signé: De Loménie Brienne.

(1) Laurent Raggi, Vénitien, évêque de Catane, en Sicile, intendant général des galères de l'État ecclésiastique, fut créé cardinal en 1647 par le Pape Innocent X ; il mourut à Tâgede soixante-quinze ans, en janvier 1687.

(2) Cette « grande fortune, » M. de Guise l'avait obtenue depuis le 24 octobre; mais on l'ignorait encore en France à la date du 8 novembre, les nouvelles mettant en moyenne vingt jours pour aller de Rome à Paris.

Le duc de Richelieu au comte de Brienne (1).

Toulon, 10 novembre 1647.

Monsieur,

J'aireceu par le courrier que vous avez dépesché la lettre du troizième de ce mois, que vous avez pris la peine de m'écrire, qui accompagnoit celle du Roy, et le pouvoir dont il a pieu à Sa Majesté de m'honorer touchant l'affaire de Naples. Nous serons bientost en estât de partir pour exécuter ses ordres. Et comme je ne suis pas si bien instruit que Monsieur le baillif de Yallancey du détail de touttes les choses, vous trouverez bon que je ne vous en dise rien icy, et il prendra la peine de vous informer particulièrement de tout.

Je vous remercie très-humblement des tesmoignages qu'il vous plait de me donner de vostre affection; je vous en suis infiniment obligé, et je vous prie de croire que vous n'en scauriez avoir pour une personne qui soit plus véritablement que moi, Monsieur, vostre très-humble serviteur.

Signé : Le duc de Richelieu.

(1) Nous avons trouvé cette lettre dans les Mélanges de ClairambauU, t. 425, fol. 9169, Bibl. nat. — On rencontre dans le même recueil (fol. 9233) une lettre du bailli de Valençay, en faveur de M. de Gastines, « qui se propose de transporter du bled pour l'armée navalle. » Elle est datée de Toulon, le 17 novembre 1647.

Mémoire du Roi au sieur marquis de Pontenay, ambassadeur extraordinaire à Rome.

Paris, 15 novembre 1647 (1).

Leurs Majestez ont eu très-grande joye de la promotion de M. le cardinal d'Aix, y aiant longtempz qu'elles souhaittoient avec beaucoup de passion de voir eslever à cette dignité un sujet qu'elles n'ont pas seulement raison de chérir et d'estimer infiniment pour son propre mérite, et pour les services recommandables qu'il a desià rendus à cette couronne, et pour la proximité dont il touche à Monsieur le cardinal Mazarin, mais à qui, par l'intérêt propre de leur service, elles dévoient désirer et procurer cet avancement, se jugeant assez, par les oppositions que les Espagnolz y ont formées avec tant d'opiniastreté jusqu'au dernier moment, combien d'avantage la France en doit espérer aux rencontres.

Leurs Majestez escrivent au Pape en remerciement de cette grâce, et désirent que le s"" marquis de Fontenay, présentant les lettres à Sa Sainteté, y ajouste de leur part tout ce qui pourra le plus la persuader d'une parfaite recognoissance et du désir qu'elles ont d'y correspondre en toutes les occasions qui se présenteront, soit pour le bien du Saint-Siège, soit pour la gloire particuUière de la personne de Sa Sainteté et de son pontificat, ou pour les avantages de sa famille, et que les effectz justiffleront la sincérité des assurances qu'on luy en donne, aussytost qu'elle aura agréable de leur faire cognoistre ce que Sa Sainteté peut désirer d'elle.

Ledit S"" ambassadeur asseurera aussy Sa Sainteté qu'elle ne pouvoit jamais eslever de créature sur qui elle eust un pouvoir

(i) Reçu à Rome le 30 novembre.

plus absolu qu'elle en aura tousjours sur M. le cardinal d'Aix, et que Leurs Majestez n'exigeront jamais rien deluy qui choque le moins du monde la gratitude qu'il doit à Sa Sainteté et à sa maison, le flatant mesme qu'on ne scait pas si, quand Sa Majesté seroit capable de vouloir lui demander quelque chose de semblable, elle en pouroit venir à bout, chacun conoissant assez combien ledit cardinal est sensible à ses obligations, et avec quelle chaleur il se pique d'y satisfaire.

Et il sera bon que ledit sr ambassadeur rebatte souvent ce mesme discours qu'on ne considère icy ledit sieur cardinal que comme créature du Pape, non seulement pour plaire en cela à Sa Sainteté, mais afin de l'engager toujours de plus en plus à ne pouvoir pas prétendre de s'exempter de satisfaire les couronnes sur le suject qu'elles nommeront dans la première promotion qu'EIle fera, quoyque l'on croye bien qu'après les paroles qu'elles en a données, il ne scauroit y avoir la moindre difficulté dans ce tempz-là(l).

(1) Nous donnons ici une note assez curieuse écrite en italien, sans doute par un ami du marquis de Fontenay ou par M. de Fontenay lui-même, et qui est loin de juger favorablement le cardinal Mazarin. Elle se trouve intercalée, sans date et sans titre, entre deux dépêches du recueil manusci'it de la Bibliothèque d'Orléans. Elle complète assez bien les renseignements fournis sur ce long épisode de la promotion du cardinal d'Aix, qui fit à l'époque tant de tort à Mazarin.

« Giuncando dunque da lui 1' ultimo atto di questa comedia, ricevette la novella dell' esaltatione del fratello con semblant! indiffèrent!, e come s! nulla s! tocasse. Tratenne lungamente il corriere, che stancava ! suc! segretarij per ritorno, e nelle lettere di ringratiamenti non eccedeva i termini ordinarij. Allora li annevandosi i presagi, conobbe il Papa con quella ultima prova, che invano faticava in consiliarsi 1' affetto di quell' huomo, che havendo il sole nell' auge calpestava con piè superbo le potenze mag-

« Donc, pour jouer le dernier acte de cette comédie, il reçut la nouvelle de l'exaltation de son frère avec un air indifférent, et comme si cette nouvelle ne le touchait en rien. Il retint longtemps le courrier, qui fatiguait les secrétaires de ses instances, pressé qu'il était de s'en retourner, et dans ses lettres de remercîment il ne dépassait pas les termes de la formule ordinaire. C'était de la glace jetée sur l'espoir que le Pape avait conçu, et il put alors connaitre][clairement, par cette dernière expérience, que c'était en vain qu'il cherchait à se concilier l'affection de cet homme qui, parvenu à son apogée, foulait d'un pied superbe les puissances les plus respectées.

Quant aux autres sujectz qui ont esté compris dans cette promotion, on voudroit bien pouvoir sans s'abuser se flatter icy des mesmes advantages que ledit sr ambassadeur y remarque pour cette couronne ; mais certes on ne voit pas comme quoy la voix seule de M. le cardinal d'Aix en peut contrepeser

giori. Ail' incontro fra le nebbie di molli diffetti del cardinale Santa Cecilia, sfavillando i raggi délia virtu d' una generosa liberalità, benche tal volta inconsiderata, spasimava di voglia d' adempire la promessa fatta a dona Olympia di quaranta mila scudi, e ne importunava continuamente il fratello con infiamatissimi uffici, senza poter già mai spremerne altro che varie galanterie e manifatture francezi pel valsente di circa otto mila scudi; onde ne velle egli in tanta ira che publicamente tempestava contra la tenacità del fratello, e per farli enta e dispetto vie più si strinse alla persona e alla famiglia del Papa, che riconosceva per suprême suo benefattore.

« Al principe Ludovisio non si restitué Piombino et in fine nulla si attiene délie tante promesse avanzate, e per tutto operare nel medesimo tenore, non diede alcun segno d' anirao grato al marchese di Fontenay bene merito délie sue consolationi, e che n' era il precipuo stromento, non guardandole ne meno quando ritorno in corte christianissima, ancorche nelle lettere che scrisse a Roma li 12 novembre, coU' occasione del ritorno del corriere, desse intentione|a tutti di far maraviglie, poiche quanto egli scarseggiava ne' fatti, tante sovrabbondando nelle parole. Espresse al ambasciadore che non

Tout au contraire, le cardinal de Sainte-Cécile, dont les qualités sont obscurcies par de nombreux défauts, laissait percer l'éclat d'une libéralité généreuse, bien que parfois inconsidérée, qui lui faisait souhaiter vivement de remplir la promesse de quarante mille écus faite à dona Olympia. Il en importunait continuellement son frère avec une ardeur officieuse, sans avoir pu jamais tirer de lui autre chose que de belles paroles et des objets de fabrication française pour la valeur d'environ huit mille écus. Il en conçut tant de colère, qu'il s'emportait publiquement contre son frère, et pour lui faire honte et dépit, il se lia beaucoup plus étroitement avec la personne et la famille du Pape, qu'il reconnaissait avant tout pour son bienfaiteur.

« On n'a pas restitué Piombino au prince Ludovisio, et pour tout dire, on n'a tenu aucune des grandes promesses qu'on avait faites. Enfin, pour que sa conduite ne se démentit en rien, il n'a donné aucune marque de reconnaissance au marquis de Fontenay, à qui il devait la consolation de son succès, dont cet ambassadeur avait été le principal instrument. Il ne montra pas le moindre égard pour lui quand il fut revenu à la cour du Roi trèschrétien. Et pourtant, dans les lettres qu'il écrivit a Rome à la date du 12 novembre, à l'occasion du retour du courrier, il avait exprimé à tous son intention de faire merveille ; mais il est aussi avare de faits qu'il est prodigue de paroles. Il avait dit expressément à l'ambassadeur qu'il ne

deux autres que le party contraire y gaigne infailliblement, pour ne point parler de la crainte que nous devons tousjours avoir que le chapeau, que le Pape s'est réservé de déclarer, ne soit à la fm donné à la satisfaction du roy d'Espagne, et vraysemblablement à un Espagnol naturel (1).

Les protestations que fait le cardinal Savelli de son inclination à ceste couronne, et les offres de s'y attacher n'empêchent pas qu'il n'ait mis dès le jour de sa promotion les armes de la maison d'Autriche sur sa porte, qu'il ne soit d'une maison entièrement dépendante d'Espagne, que son oncle, le duc SaveUi, qui a eu plus de part à sa promotion, ne soit encore aujourd'huy ambassadeur de l'Empereur à Romme, et un des plus dangereux instruments que la France ayt à craindre dans cette

sapeva ringratiarlo del partialissimo affetto testificato a lui et a suo fratello in sua questa promotione, pel cui buon successo s' eratanto adoperato; che r assicurava una volta per sempre che non 11 fuggerebbe délia memoria un si segnalato servigio ; che questo pero non aggiunse cosa alcuna al disiderio che haveva di procurarli oggi (*) possibile vantagio, che dipendesse délia sua autorità, la stima sempre mai fatta del suo merito et la maniera con qui 11 parlo nella partenza, havendolo di glà dlsposto a benlficarlo a segno ; che questo ultlmo successo era rlputato un opéra superogatoria ; continovasse a servire in Roma, polche lo faceva si utllmente, e si asslcurasse délia sua amlcitla In quel grado che potrà bramar la. . . . »

saurait assez le remercier de l'affection qu'il avait témoignée à lui et à son frère au sujet de cette promotion, pour le bon succès de laquelle 11 s'était employé si activement. Il l'assurait une fols pour toutes qu'il ne perdrait jamais la mémoire du service signalé qu'il lui avait rendu; que ce service, d'ailleurs, n'ajoutait rien au désir qu'il avait de lui procurer tous les avantages qu'il serait en son pouvoir de lui faire obtenir, l'estime qu'il avait toujours faite de son mérite et la façon dont 11 lui parla à son départ l'ayant déjà disposé à lui faire tout le bien qu'il désirerait; que ce dernier succès était réputé ne venir là que par surcroît; qu'il continuât à servir le Roi à Rome, puisqu'il le faisait si utilement, et qu'il gardât l'assurance d'une amitié de sa part aussi vive qu'il la pourrait désirer. ...»

(1) La promotion du 7 octobre 1647 comprenait six cardinaux: trois prêtres, Savelli, Mazarin et Cherublnl, auditeur du Pape, et trois diacres, qui furent Vltman, Vénitien, auditeur de la chambre ; Raggl, Génois, trésorier, et Maldachlni, fils du frère de la slgnora Olympia, âgé de quinze à seize ans.

(') Le sens indique plutôt • ogni. »

cause-là; de sorte que, joignant à cela que ledit cardinal ne scauroit quitter le parti où il est sans courir fortune de perdre d'abord douze mille escus de revenu que luy vault l'archevesché de Salerne, il est aizé à juger que les avances qu'il fait, et qui ne l'engagent pas de façon qu'il ne puisse s'empescher aizément d'en venir à l'effect, ne procèdent que de l'incertitude où il est de la fin que pourront avoir les révolutions de Naples, voyant que Salerne suit le mesme branle et s'entend avec l'autre peuple. Quant au cardinal Vitman, la considération qu'il n'a esté promeu que pour gaigner le prix de sa charge n'empesche pas non plus qu'il n'ait mis sur son palais les armes de l'Empereur, et que le parti contraire ne puisse en touttes rencontres disposer absolument de luy et de son suffrage.

Que si, après cela, les Espagnolz paroissent mortifflez et se plaignent du mauvais traitement qu'ilz ont reçu en cette promotion, ce ne peut estre pour n'y avoir pas esté plus considérez que nous, puisque ilz y gaignent deux voix pour une, et peutestre trois, mais parce qu'ils sont assez injustes pour croire qu'on leur fait grand tort quand ilz n'ont pas tout, comme ilz l'eurent en l'autre promotion, et qu'ilz n'empeschent les autres d'avoir quelque chose.

On ne dit pas cecy audit sr ambassadeur pour chicaner la grâce qu'il a faicte, ny pour en voulloir diminuer l'obligation, qu'on auroit plustost intention d'augmenter au-delà de ce qu'elle vaut en effect, mais affîn que si, dans les autres affaires importantes qu'il aura à poursuivre, comme la réintégration entière de la maison Barberine, la remise de Beaupuy, le Pape prétendoit s'en exempter comme ayant desjà obligé la France au dernier point par la promotion de M. le cardinal d'Aix, ledit sr ambassadeur ait moyen de faire conoistre avec respect et adresse à Sa Sainteté que, sans vouloir amoindrir en rien le prix de la grâce, Leurs Majestez conoissent fort bien que les Espagnolz y trouveront leur compte très-avantageusement, et qu'elles se sont resjouyes aussy que, par les facilités qu'elles ont apportées, elles ayent donné lieu à Sa Sainteté de pouvoir différer la promotion deue aux Princes, et la faire telle qu'elle convenoit à ses intérests particuliers et à sa famille. Ce n'est pas que Leurs Majestez ne soient pleinement satisfaites des soingz et de l'adresse dudit sf ambassadeur en cette affaire,

cognoissant bien qu'elle n'a pas deub estre médiocre pour surmonter les obstacles qu'y ont formé jusqu'au bout les ministres d'Espagne, lesquelz ont tant de facilité de faire insinuer dans l'esprit du Pape à toutte heure les choses qu'ilz désirent, par le moyen de leurs adhérens qui environnent continuellement Sa Sainteté.

Leurs Majestez désirent que ledit sr ambassadeur remercie vivement de leur part la Si.sra donna Olympia, belle-sœur du Pape, de l'affection qu'elle a témoignée pour la promotion de M. le cardinal d'Aix, et de ce qu'elle a contribué pour faire surmonter les obstacles que les Espagnolz y formulent, l'asseurant qu'elles auront à plaisir de s'en ressentir en toutes les occasions qui se présenteront pour son advantage ou pour sa satisfaction, et n'oubhant rien pour luy bien persuader qu'elle peut faire un estât certain de l'affection de Leurs Majestez; ledit sr ambassadeur se réjouira aussy à leur nom avec ladite dame de la promotion du cardinal Maldachini, son neveu (1).

Quant aux deux choses que Sa Sainteté a tesmoigné désirer, dans la dernière audience que ledit sr ambassadeur a eue d'elle, et sur lesquelles il demande d'estre esclairci des intentions de Leurs Majestez :

Premièrement, pour ce qui est d'aller traiter avec le cardinal Pansirolle, comme les ministres de roys et de princes qui résident en la court de Romme ont accoutumé de faire avec les cardinaux neveux, ledit sr ambassadeur s'adressera à la Sigra dona Olimpia et luy dira qu'il a ordre de Leurs Majestez défaire sur ce suject tout ce qu'elle trouvera bon, après qu'elle en aura sceu plus particulièrement les sentiments de Sa Sainteté, adjoustant cjue comme Leurs Majestez font capital de son affection, et veulent aussy en toutes occasions luy donner de véritables marques de leur bienveillance. Elles ont ordonné à leur ambassadeur de se conformer en cette affaire à ce qu'elle tesmoignera désirer, ne voulant à l'advenir reconoistre que d'elle seule et de son entremise les grâces que Sa Sainteté aura agréable de faire à la France, et, en cas que ladite Sig. Olimpia lui face conoistre que Sa Sainteté souhaite la chose, et

(1) François Maldachini, natif de Viterbe, créé cardinal en 1G47, rnort en l'année 1700.

qu'elle en son particulier n'y a point de répugnance, ledit S"" ambassadeur verra, comme il est dit cy-dessus, le cardinal Pansirole, et luy dira qu'il exécute avec plaisir la volonté de Sa Sainteté, et que Sa Majesté le croit si plein d'honneur, que la partialité que les Espagnolz se vantent qu'il a pour eux n'empeschera pas que la France ne prenne entière confiance en luy.

Quant au changement des nonces, comme on a receu quelques avis que le Pape pourroit bien se disposer, pour obliger la Reyne à la continuation du sr Bagni (1), si on tesmoigne vivement à Sa Sainteté le désir que Sa Majesté en auroit, on désire que ledit s'" ambassadeur luy en parle aux termes les plus efficaces dont il pourra s'aviser, et néantmoins, s'il reconnoist que cela ne se puisse sans faire trop de violence sur l'esprit du Pape, il pourra donner les mains à ce changement, et mesme, s'il croyoit que cet office pût choquer le Pape, sans qu'il produisît aucun efïect pour ledit s^' nonce, il est remis à sa prudence de ne le pas faire ; mais en cas de mutation il faudra se tenir à l'usage introduit avec beaucoup de raison, et que l'on doit prattiquer en tempz de guerre plus exactement qu'en un autre, à cause des diverses dépendances des prélatz de la cour de Rome, que le Pape nomme quatre ou cinq sujectz, et que Sa Majesté face après scavoir à Sa Sainteté confidemment celuy d'entre eux qu'elle auroit plus agréable.

Leurs Majestez désirent que ledit s»" ambassadeur prenne cette occasion de tesmoigner au Pape l'estime singulièi'e qu'elles font de la personne dudit nonce Bagni et le désir qu'elles aui'oient de voir exercer la générosité de Sa Sainteté envers un si digne suject, et qui a tant mérité du Saint-Siège, et tant fait paroistre de passion pour les intérêtz et les satisfactions de Sa Sainteté depuis qu'il est en cet employ, que Leurs Majestez ne doutent point aussy qu'elle n'ayt la bonté de le considérer; et, là-dessus, ledit s^ ambassadeur pourra toucher adroitement quelque chose comme de luy-mesme du mau-

(1) Nicolas Bagni, général des troupes du Pape dans la Valteline en 1624' puis nonce en France, sous le pontificat d'Innocent X et les deux premières années de celui d'Alexandre VII, fut créé cardinal par ce dernier en 1657» et mourut à Rome le 23 août 16(j3. Il fut lié avec Descartes.

vais estât où se trouvent les affaires de ce bon prélat, qui est tellement endebté par deçà, qu'on doute, si on ne luy donne moyen de satifaire les marchands, s'ilz pourront se résoudre à le laisser partir ; et en effet, depuis ce pontificat, il n'a touché que deux mois des apointements que l'on donne aux nonces, ce qui vraysemblablement n'est pas sceu de Sa Sainteté et ne peut estre son intention. Il faudra que ledit s'" ambassadeur se conduise avec grande dextérité pour empescher que Sa Sainteté ne trouve matvais qu'il entre avec elle en cette matière; mais ledit nonce croit qu'à moins d'un office semblable, il sera entièrement oublié et ensuite réduit dans un estât à ne pouvoir se relever pour les grandes debtes qu'il a faites en servant. Quant aux sujects que Sa Sainteté pourra choisir pour envoyer en sa place, on désireroit en premier lieu le s»' Mansini, qui a l'honneur d'apartenir à Sa Sainteté, et dont la douceur d'esprit, les mœurs et le mérite sont cognus et estimez de toutte la court de Rome, outre qu'estant agréable icy encore pour d'autres respectz, il semble que personne ne seroit plus capable d'y bien servir le Saint-Siège et Sa Sainteté en tout ce qu'elle luy commettroit.

En second lieu, on voudroit le sr Bentivoglio, que Sa Sainteté a autrelîois voulu choisir pour cela, et qui a desjà l'honneur de la servir en la mesme qualité auprès du Grand-Duc.

En troisième lieu, le sieur Baglioni, qui est un suject qui a beaucoup de mérite, et a esté nonce près de l'Empereur avant le cardinal Mathei.

En quatrième lieu, le sieur Gorsi, à présent vice-légat d'Avignon.

Le sieur Bonvisi, doyen des clercs de Chambre, a escrit une lettre à Monsieur le cardinal, le priant de luy rendre office prez de Leurs Majestez en cette rencontre. Après les 4 nommez cydessus, on auroit eu icy bien agréable le choix de ce prélat, eu esgard au lieu de sa naissance et aux bonnes qualités qu'il possède ; mais l'estroitte amitié et l'union qu'il a de longue main avec le cardinal Sforce (1), qui est si peu affectionné à ceste couronne, apprend mesme qu'il est résolu de se déclarer bientost tout ouvertement pour l'Espagne, doit estre mise en

(1) Frédéric Sforce, Romain, élu cardinal eu 1645, mort en 1676.

considération et oblige d'examiner meurement la chose, et si la prudence permet que l'on y consente. Son Éminence lui répond en termes généraux, se remettant sur ledit s»" ambassadeur, lequel en mandera icy son sentiment, s'il est proposé par Sa Sainteté et, en quelque cas que ce soit, lui donnera tousjours de bonnes paroles, et taschera de ne luy point laisser de mauvaise satisfaction.

Quelque suject que le Pape nomme, quand mesme ce seroit des quatre premiers qu'il est dit cy-dessus que le Roy désire, ledit sr ambassadeur demandera tousjours du tempz pour en escrire icy avant qu'y donner son consentement, affin que nous nous conservions par ce moyen dans la possession d'obliger les Papes à proposer divers sujectz. C'est pourquoy il ne tesmoignerapas présentement avoir autre ordre sur cette matière, si ce n'est de donner les mains aux changements de nonce, en cas que Sa Sainteté ne veuille pas favoriser Leurs Majestez de continuer le sr Bagni dans cet employ."

Il doit empescher adroitement, autant qu'il sera en son pouvoir, qu'on ne soit pas réduit icy à donner icy une exclusion formelle au sieur Torreggiani qu'on ne peut agréer, et on sera bien aise d'éviter de désobliger en cela le cardinal Capponi son oncle (1).

On a veu dans un avis de Rome que les Espagnolz ont dessein de faire de vives instances pour la continuation du si" Rospigliosi qui est en Espagne, et qu'ilz n'estoient pas sans espérance de l'obtenir; en ce cas. Sa Majesté ne pouiToit pas consentir d'estretraittée différemment, et qu'on rappellast de cette cour le sï" Bagni qu'elle y souhaitte autant pour le moins que scauroient faire les Espagnolz le sr Rospigliosi, et que l'autre fût continué.

Sa Majesté a appris par les dépesches dudit s"" ambassadeur des 8, 14 et 22e du passé (2) les nouvelles révolutions arrivées à

(1) Louis Capponi, Florentin, nommé cardinal en 1608. Voir la note 3 de la p. 55.

(2) C'est-à-dire du mois d'octobre. A la date du21, labbé de Saint-Nicolas écrivait au cardinal Grimaldi, alors en mission pour le compte de la France près le duc de Modène :

« Votre Éminence verra le manifeste du peuple deNaples que M. l'ambassadeur lui envoie. Par le dernier avis que Ion en a, il ne laissoit pas

Naples depuis l'arrivée de Don Jean d'Austriche (1) avec l'armée navalle d'Espagne, et que les choses sont enfin venues au point où l'on avoit tousjours jugé qu'elles viendroient, pourveu que nous ne nous précipitassions pas à y vouloir prendre part hors de temps, c'est-à-dire avant que y estre appeliez par les peuples mesmes ou qu'ils n'eussent mis les afTaires dans les dernières extrémitez et hors d'apparence de réconciUation avec les Espagnolz.

C'est pourquoy Sa Majesté a esté surprise de voir que ledit sr ambassadeur, par une desdites dépesches, tesmoigne estre encore dans son premier sentiment qu'il eût esté bon d'y envoyer nostre armée navale dès le commencement de ces mouvemens, estant aisé à voir qu'elle n'âuroit servi alors qu'à donner lieu aux ministres d'Espagne de faire croire aux peuples qu'ilz avoient un beau moien en mains d'expier leurs fautes, en s'opposant aux François, et, pour une preuve indubitable qu'ilz s'y fussent opposez en ce temps-là, il ne fault que se souvenir de l'offre que tout le peuple alla faire unanimement au vice-roy de son assistance et de touttes ses forces, sur la première nouvelle qu'ilz eurent que nostre armée qui estoit arrivée à Piom-

d'envoyer des députés à Don Juan d'Autriche pour parler d'accommodement Votre Éminence scaura aussi par M. l'ambassadeur que le peuple

a envoyé un Carme pour demander notre armée navale » (Négociations, t. V, p. 288.)

Les (I articles proposés par les députés de la ville de Naples à Don Juan d'Autriche, » et qui ne furent pas acceptés, se trouvent dans les Mémoires de Modène (t. I, p. 114). On y rencontre aussi la « lettre du marquis de Fontenay à Gennaro Annésé, capitaine général du peuple de Naples, » laquelle lettre est une réponse à celle qui avait été apportée à Fambassadeur par le « Carme n Jean-Thornas de Juliis. M. de Fontenay, à la date du 22 octobre, assurait les Napolitains des bonnes dispositions du Roi et de la Reine à leur égard; il leur disait que la flotte était déjà depuis plus d'un mois à Piombino, et qu'il envoyait le Père Thomas au duc de Richelieu, afin qu'il pût presser lui-même le départ de l'ai-mée française pour Naples. Le présent mémoire dit donc plus loin avec raison que, dans cette conjoncture, l'ambassadeur était pressé d'agir et qu'il montrait moins de « retenue » que son gouvernement.

(1) Don Juan d'Autriche, fils naturel du roi d'Espagne Philippe FV et d'une comédienne nommée Marie Caldérona, était né à Madrid en 1629; il avait alors dix-huit ans et était, par conséquent, à peu près du même âge que le duc de Richelieu, qui commandait la flotte française.

bino s'avançoit vers leurs cosles (1). En quoy nous n'eussions pas seulement receu l'affront d'avoir entrepris une chose sans y pouvoir, mais nous y eussions encore eu le désavantage de n'y pouvoir rien espérer à l'advenir, quoy qu'il arrivast, parce que le peuple s'estant porté une fois contre nous et croyant nous avoir offencez, n'eust jamais après cela pris de confiance.

D'ailleurs, le succez qu'a eu nostre retenue fait bien voir maintenant si elle a esté prudente et si c'a esté avec grand fondement qu'on a tousjours crû icy que celle des deux couronnes qui feroist paroistre la première son armée navale à Naples seroit la plus mal conseillée et prendroit le plus mauvais parti.

En tout cas, personne ne peut nier que, si nous y avions esté les premiers, quand mesme nous y aurions fait quelque progrez, ilz nous seroient trez-préjudiciables aujourd'huy, puisqu'ilz auroient indubitablement obligé les Espagnolz de ratifier pas seulement les articles accordez au peuple par le vice-roy, mais d'aller au-devant avec toute sorte de douceur et deflateries des autres satisfactions qu'il eût pu désirer, sans oser jamais songer d'entreprendre de le réduire par la force, ce qui néantmoins estoit seul capable de mettre les affaires hors de tout accommodement entre eux, et par conséquent ce que nous avions le plus à souhaitter, voire plus que nous emparer d'aucun poste de ce royaume-là, pour important qu'il soit.

Il eût esté seulement à désirer que nostre armée navale eût pu paroistre en ces costes-là un peu après que l'ennemye y est arrivée, comme tous les ordres en avoient esté donnez d'icy ; mais les tempz qui ne luy ont pas esté favorables et le deffaut de victuailles l'en a enipesché.

Dez que Sa Majesté eut avis qu'elle avoit relasché dans les portz de Provence, elle y dépescha un courrier pour ordonner à M. le duc de Richelieu et à tous les officiers et capp»ps de préparer touttes choses à grande haste pour se remettre à la

(1) Le rédacteur de ce « mémoire » aurait pu ajouter, s'il l'avait su, que le 16 octobre, à Naples, on avait mis à mort trois hommes qui, dans une assemblée du peuple, avaient proposé d'implorer le secours de la France, ce qui n'empêchait pas ce même peuple, huit jours après, d'envoyer une adresse enthousiaste au Roi.

mer sans aucune perte de tempz (1), àquoy elle aura trouvé facilité, parce que l'on avoit donné ordre par avance à Toulon d'y faire faire grande quantité de biscuit, de sorte que le Père Carme, que M. le cardinal d'Aix et ledit sr ambassadeur avoient jugé à propos d'y envoyer pour le mesme effect, aura trouvé qu'ilz se préparoient en grande diligence, et si le vent peut estre favorable, ilz ne tarderont pas à paroistre à la vue de Naples.

Le bailly de Yalançay mande qu'ayant sceu dudit Père que le peuple manquoit de canons et de poudres principalement, il pourroit bien faire devancer l'armée de quelques jours par deux bons vaisseaux qui leur porteroient ce secours.

On a envoyé audit bailly une longue instruction de tout ce qu'il aura à faire sur les divers cas qui peuvent arriver des résolutions que le peuple pouroit prendre, ou de se donner au Roy, ou d'en choisir un dans la famille royalle. On a envoyé aussy un pouvoir, soubz le nom de M. le duc de Richelieu qui commande l'armée, pour traiter avec eux, et tant ledit sr duc que ledit bailli ont ordre de s'entendre avec ledit ambassadeur, luy donner part soigneusement de tout ce qui se passera et prendre ses bons avis sur les choses importantes, quand le temps pourra permettre qu'ilz les attendent.

Il pourroit mesme arriver tel accident que la présence dudit s"" ambassadeur y seroit très-nécessaire; en ce cas Sa Majesté trouve bon qu'il puisse quiter sa résidence pour le tempz qu'il faudra qu'il mette à faire ce voyage, et on mande audit s»' duc que son pouvoir de traiter debvra estre commun avec ledit sr ambassadeur.

Sa Majesté recommande audit s'" ambassadeur de reprendre maintenant avec chaleur et grande application le seing des affaires de fia maison Barberine qui vont en grand désordre, et que l'on avoit un peu laissées en arrière à la prière mesme de Mrs les cardinaux Barberins, qui ont cru qu'il ne falloit pas traitter auprez du Pape deux choses importantes tout à la fois, et que quand Sa Sainteté se seroit portée à promouvoir M. le cardinal d'Aix, elle ne voudroit pas perdre après le mérite de

(1) L'ordre de départ donné par le Roi au duc de Richelieu est du S novembre. Voir la lettre officielle dans les Mémoires de Modéne, t. I, p. 121.

cette grâce, en mal traittant leur famille, et auroit plus de disposition à les favoriser.

Les gens d'affaires desdits s»"» cardinaux informeront ledit s"" ambassadeur des choses qu'ils ont à désirer de Sa Sainteté, qui sont pour la pluspart tellement de justice qu'elle ne peut quasi les reffuser, sans se faire plus de tort à soy-mesme qu'à eux.

Si le Pape veut remettre à leur en faire faire raison lorsque M. le cardinal Barberin sera à Rome, ledit sr ambassadeur représentera à Sa Sainteté qi\e ledit sieur cardinal n'estant pas encore bien remis de la maladie qu'il a eue, ne sçauroit songer à faire ce voyage dans une saison si fascheuse, sans courir grande fortune de retomber ; que cependant leurs affaires sont de telle nature qu'elles ne peuvent souffrir cette dilation sans que la maison en receut des préjudices extrêmes. C'est pourquoy Leurs Majestez se promettent de la bonté de Sa Sainteté qu'elle ne les renvoyera pas à ce tempz-là, d'autant plus qu'il n'y a personne en France qui ne croye que ladite maison jouit pleinement de tout ce qui luy appartient depuis le tempz que Sa Sainteté l'a remise dans ses bonnes grâces, en considération de Leurs Majestez. Aprez tout, ledit sr cardinal Barberin a grand intérest de désirer qu'arrivant à Rome quand il y ira, il n'ayt qu'à remercier Sa Sainteté des bons traittemens qu'il aura receus, et non pas à luy parler de choses fascheuses qui pourroient une seconde fois aUéner de luy l'esprit de Sa Sainteté par les artiffices de ses ennemys.

Fait à Paris, le xve jour de novembre 1647.

Signé : Louis.

Et contresigné : De LomÉNIE

XLTl

Le comte de Brienne au marqms de Fontenay.

Paris, 16 novembre 1647 (1).

Monsieur,

Enfin M. de Grainville se trouve dépesché, et il a tant d'impatience d'estre auprez de vous, que je suis asseuré qu'il fera bonne diligence. Il vous porte un mémoire du Roy (2), et plusieurs lettres, etjene mesuispasoublyé de celle que vousm'avez demandée pour le cardinal Raggi. Je m'asseure que, lorsque vous aurez leu ledit mémoire, vous ne nous condamnerez pas de paresse pour avoir esté bien du tempz à le dresser, et je serois trompé s'il vous apprenoit rien de nouveau, car vostre expérience vous a fait cognoistre que nous entrerions dans les pensées que nous avons embrassées. Je n'ay pas esté de l'opinion de quelques-uns, mais cela n'aura point de response ny ne vous passera pas, qui ont crû que la Sigr* Olimpia ou n'avoit point de part à la résolution en laquelle le Pape est entré de commettre le seing des affaires sur Pansirolle, et s'en descharger de la plus grande partie, ou qu'il luy seroit aisé de le faire changer, soubz prétexte que cela blessoit son nepveu, parce que son peu d'expérience lui en fait exclusion, et que celle de l'autre, jointe à l'amitié que le Pape lui a tousjours portée, contribue beaucoup à ce que l'on fait pour luy, et pour m'estre laissé persuader qu'il est si adroit courtisan qu'il n'auroit eu garde de rien entreprendre sans en avoir esté recherché par cette dame ou du moins sans en avoir eu son consentement ;

(1) Reçue le 30, par le même courrier que le mémoire du Roi.

(2) C'est le mémoire précédent, daté du 15 novembre et rédigé par Brienne^ sans doute sous la dictée de Mazarin-

mais, quoy qu'il en soit, par le crédit qu'il fait remarquer avoir bien estably, il ne scauroit jamais nuire de luy faire le compliment dont vous estes chargé. Je ne doute point que les bonnes paroles que vous donnerez ne se trouvent suivies d'une partie des effectz qu'on s'en peut promettre, et je demeure aussy persuadé que le Pape, qui a si bien commencé à nous obliger, voudra continuer, pour ce que c'est l'ordinaire des princes, et qu'il est trop habile pour pouvoir consentir de perdre le mérite de ce qu'il a fait, surtout si les révoltes de Naples continuent, et qu'il y ait apparence que le peuple gaigne l'auctorité, et qu'ilz passent à avoir le mesme pouvoir dans le royaume qu'ilz ont pris dans la ville.

Si nostre flotte avoit la fortune de rencontrer et de battre celle d'Espagne, je ne douterois point qu'on ne vist un changement dans ce royaume, et la perte qu'en feroient les Espagnolz donneroit le dernier coup à leur monarchie; mais il fault cette double fortune, qu'on peut espérer, mais qu'on n'est pas asseuré d'obtenir, parce que Dieu est le maistre des événements et des victoires, et les donne selon son bon plaisir, luy estant esgalement facile de faire vaincre par peu de trouppes comme par une grande multitude. A parler selon l'étendue et les lumières de l'entendement humain, nous n'avons qu'à désirer de rencontrer la flotte de l'ennemy pour la defTaire, parce qu'elle se trouve ruynée et que la nostre est au meilleur estât qu'on la pouvoit souhaiter.

Comme j'escris ce samedy matin, et qu'il me faut bien la journée entière pour achever les lettres dont je veux charger Grainville, et que c'est celle en laquelle arrive d'ordinaire le courrier de Lyon, je ne suis pas sans espérance de vous mander et que nostre armée est sur les voiles, et de quel nombre de galbons et de gallères elle est composée; car il seroit estrange qu'elle n'eust serpé, y ayant desjà bien prez d'un mois que ceux qui la commandent ont eu l'ordre de s'acheminer à la coste de Naples, et de dresser leur manœuvre droit à cette routte.

Le mesme ordinaire de Lyon sera aussy chargé de voz dépesches, et j'ay grande impatience de les avoir ; mais, sans qu'elles contiennent quelque chose du tout extraordinaire, je ne seray pas d'avis de tarder un moment M. de Grainville, yaiant

trop de tempz qu'il est en cette ville, et nosti'e court pourroitestre blasmée d'avoir trop tardé de faire les remerciements au Pape, si n'étoit qu'il est Italien, et ses ministres de la mesme nation, qui ne sont jamais pressez ny du temps ny d'aucune autre considération, et tirants vanité de cette conduite lente et posée, ne nous blasmeront pas de l'imiter.

Vous trouverez un peu de différence entre ce qui est porté audit mémoire et ce que je vous ay escrit au suject du cardinal Savelli ; mais je ne juge pas impossible que, comme nous avons changé une fois, nous ne changions encores, et il n'aura jamais nuy d'avoir pénétré soubz quelles conditions il auroit voulu entrer dans notre service. Il y a grande apparence qu'il préjuge mal des affaires des Espagnolz, puisqu'il veut estre François, possédant des grandz bénéfices dans le royaume de Naples. Et des désordres qu'on y remarque et qu'avec beaucoup de prudence vous avez fomentez (1), j'augure de deux choses l'une, sçavoir, ou la prompte conclusion de la paix générale, ou l'entier subversement de la monarchie d'Espagne. Et il semble qu'il ne reste aux Espagnolz de moyen de rasseurer leur fortune chancelante qu'en embrassant ce moyen qui, outre qu'il est honneste, leur est très-utile. Et comme à Munster il paroist des lumières qui la font espérer, je m'en laisse aizément esblouir, parce que je la souhaitte par divers respectz.

Il passe pour asseuré que, sur les instances de Bavières accompagnées de menaces de retirer ses trouppes de l'armée impérialle, si cette Majesté ne s'appliquoit à faire la paix, que le Volmar estoit sur les termes de s'acheminer à Osnabrug pour entrer en conférence avec les Suédois et les protestants, et le mesme électeur s'est bien laissé entendre qu'il ne pouvoit mettre en doute qu'on ne confirmast ce qui a esté promis pour la satisfaction de la France. Nous avons consenti qu'il demeurast juge à quelques autres électeurs si nous estions fondez de prétendre que l'Empereur n'assisteroit point le roy d'Espagne comme archiduc, présuposé que la paix se conclust dans l'empire, et que nous restassions en guerre avec cette couronne-là. Et il n'est pas impossible d'y trouver des tempéraments, en sorte

(1) Aveu grave. C'est la France qui fomentait les désordres, pour ruiner r Espagne.

que cette difficulté sera aizément surmontée, et, quant à l'autre» sur laquelle nous avons tousjours insisté, que l'Empereur et le Roy catholique abandonnent la protection du duc Charles (1), outre qu'il y a des raisons qui les y doibvent convier, nous sommes asseurez que les Estats de l'empire y forceront l'Empereur, plusieurs de leurs députez n'ayant pas fait difficulté de s'en ouvrir, et peut-estre tant ledit Empereur que le roy d'Espagne ne seront pas faschez d'avoir ce prétexte pour se desgager d'avec ce prince, lequel, se voianl sur les termes d'estre abandonné, pourroit bien nous faire rechercher, ainsi qu'il a fait du passé, mais avec cette pensée de fier avec nous et de ne plus faindre, comme il a paru que c'estoit son intention.

On entretient le commerce, et on espère que les Estats donneront des ordres bien précis à leurs députez retournant à Munster, d'appuyer fortement les intérèLz de cette couronne, et de nécessiter les Espagnolz à se mettre à la l'aison et les empescher de proposer des termes qui destruisent ce qui est accordé, et pour la liberté qui nous reste d'assister le Portugal, et qui puissent donner lieu de desbattre ce qui fait partie de nostre satisfaction, comme à dire les pays, baillages et jurisdictions dépendant des places que nous avons conquises.

Il reste bien encores quelques difl"érents à ajuster mesmement au suject de la Catalogne et de la liberté que nous avons demandée d'y fortiffier pendant la trefve. Mais sur celuy-là, comme sur les autres qui sont bien moins difficiles, on ne manquera pas d'expédiens pour en sortir, et nous sommes si bien disposez d'y entendre que ce seroit un extrême maleur que, pour ces petits différends, un bien aussi absolument nécessaire que la paix fust retardé.

Contre l'opinion de plusieurs et qui avoit esté receue, le prince d'Orange gaigne de l'autorité, et la mère (2) perd le pouvoir qu'elle vouloit bien qu'on creust qu'elle avoit gaigné sur son esprit, et pour l'en destromper et faire voir à un chacun qu'il se veut conduire par son sens, il a fait un nouveau Conseil

(1) Charles IV, devenu duc de Lorraine en 1632, mort en 1675.

(2) Emilie de Solms, veuve de Frédéric-Henri de Nassau, prince d'Orange et stathouder de Hollande, décédé le 14 mars 1647. Elle était mère de Guillaume II, prince d'Orange, qui est celui dont il s'agit ici.

et a fait remercier ceux qui estoienl de celuy de son père du service qu'ilz luy avoient rendu. Ainsi il pourra arriver que nous demeurerons considérez en Hollande, et de fait, les plus censez de l'Estat ont plaint et despieu la conduite de la multitude qui les a emportez à ne pas conserver envers nous le respect qui nous est deub et la gratitude que nous debvions attendre de leur Estât.

Vous aurez sceu comme de M. Thurenne a repassé le Rhin et qu'il a contraint les ennemys de quitter la campagne, et comme il a repris sur eux diverses petites places, comme aussy la mort de l'électeur de Mayence et la liberté que nous avons accordée à un inter-nonce du Pape et à un commiss^e de l'Empereur, d'assister à l'élection d'un successeur. Le tempz qu'on y doibt procéder est désormais échu, et nous ne scaurions tarder de scavoir sur qui le Saint-Esprit sera tombé ; mais il y a bien de l'apparence que l'élection s'estant faicte au lieu accoustumé, que l'évesque de Vertsbourg y aura eu grand part, car il est homme de bien, aymé de plusieurs du chapitre, et se trouve appuie de notre protection.

Vous pourrez faire valloir la modération avec laquelle nous venons de permettre la liberté d'une élection en une place conquise, et d'y laisser intervenir un commissaire de l'Empereur, et que nous espérons que l'inter-nonce n'aura point sollicité pour personne, et se sera contenté d'exhorter les chanoines de faire choix d'un suject digne de cette grande prélature.

Et parce que vous avez esté en Angleterre, et qu'il ne vous desplaist pas d'en scavoir des nouvelles, je vœux bien vous participer celles que j'en ay eues, desquelles je n'augure aucun avantage pour le Roy, puisque touttes les délibérations qui se prennent ne tendent qu'à s'asseurer de sa personne et à luy diminuer non seulement l'autorité, mais l'ombre , et Monsieur le président de Grignon, qui y est demeuré et qui y accomplist l'office d'ambassadeur depuis que M. son frère a eu la permission de revenir, y voit un si grand préparatif contre le Roy qu'il espère peu de sa fortune.

Pour nous, grâces à Dieu, nous vivons en grand repos d'esprit, bien que le Roy soit indisposé (1) et prez d'entrer dans le

(1) Le jeune Louis XIV fut en effet atteint très-gravement de la petite

septième de sa flebvre, qui se trouve accompagnée de la petite vérolle, parce qu'il est sans aucun des accidens qui la font craindre, et qu'elle soit tout autant bien qu'on le scauroit désirer; et les seignées, qui ont esté jusques au nombre de trois, ont produit tout le soulagement qu'on en avoit attendu. Sa patience est extraordinaire et la douceur avec laquelle il se soubmet aux remèdes, ce qu'il fault attribuer à la tendresse qu'il a pour la Reyne, aux prières de laquelle il ne scait rien relTuser, et comme du costé du Roy il n'y a rien à désirer à l'esgard de la Reyne, sa tendresse envers luy et son assiduité aussy surpassent ce qu'on en scauroit dire. Enfin la maladie du fils a fait voir l'amour réciproque qui est entre Leurs Majestez ; j'espère que par le premier courrier je vous manderay l'agréable nouvelle de la convalescence do Sa Majesté, que nous avons grand suject de demander à Dieu, et parce qu'il est nostre maistre et qu'il ne paroist en luy que des inclinations au bien et aux grandes choses.

n m'estoit oublié de vous dire qu'il m'est mandé de Venize qu'on parle d'une ligue entre le Pape, le roy d'Espagne et la République, prétextée à la vérité de la commune deffense de leurs Estatz contre l'ennemy commun, mais qui aura son extention au mesme effect contre nous, dont les prospéritez sont aussy suspectes aux alliés que dommageables à l'ennemy. Il ne nous a pas semblé que cela soit fondé, parce que le Pape ne paroist pas ni tant esloigné de nous, ni si approché des Espagnol, et qu'il auroit esté difficile que vous ne l'eussiez pénétré. D se peut mesme dire que Venize pescheroit contre les règles de leur prudence de se faire un ennemi aussi puissant que la France, lorsqu'ilz sont attaquez par l'Ottoman, et qu'il n'est pas possible qu'ilz guarantissenl leurs Estatz de la mer, si toutte la chrestienté ne s'unist avec eux pour les defiendre. Et quand bien l'on seroit entré en quelque ouverture semblable à celle qui se publie, il y a de l'apparence qu'on en surceroit la conclusion que l'on ne fût désespéré de la paix générale, dont la médiation estant entre les mains du Pape et de la Républi-

vérole et donna pendant quelques jours les plus vives inquiétudes. La maladie du Roi dura du 11 au 29 novenabre. Né le 5 septembre 1638, le Roi venait alors d'avoir neuf ans.

que (4), ne peuvent ignorer que la France y est très-bien disposée, et ayant cognoissance du mauvais estât où sont réduittes les affaires d'Espagne, et comme elles sont sans resource, si elle ne se porte à la paix, ilz jugent par la nécessité qu'ilz en ont qu'ilz seront pour y entendre. Que si, contre les règles de la vraye' politique, ilz préfèrent la guerre, qui pourroit douter qu'ilz ne fussent tombez dans le dernier aveuglement, et l'on y participeroit, faisant liaison et association avec eux, ce qui n'est pas aisé à présumer d'un prince aussy consommé dans les affaires du monde que le Pape, et aussi désireux de son repos, ny d'un sénat aussy sage que celuy qui gouverne la République, qui n'ignore pas que ses forces ne nous scauroient pas faire de grands empeschements : de manière que, quand ilz seroient oubliez de ce que nous faisons, la prudence leur enseigneroit de dissimuler avec nous, et la nostre de profiter de l'occasion qui se présente de notre agrandissement.

Aymant parfaitement Monsignor Bagni, je vous recommande ses intérests, et qu'en n'obtenant pas du Pape ce que vous avez ordre de demander, vous ne vous laissiez pas surprendre au choix qu'il pourroit faire de son successeur, car entre ceux qu'on y pourroit nommer j'appuyeray celuy que vous recommanderez.

Je suis, etc.

Monsieur,

Je viens de recevoir la v^e par ve courrier extraordinaire qui s'est rendu icy le xviie jour. Ce que vous mandez de la résolution courageuse des Napolitains (2) ira sans doute encore plus avant, et je ne vois pas que ce peuple puisse

(1) Il y a probablement ici un mot omis, sans doute le mot « ils. »

(2) Une députation de Naples était venue à Rome, conduite par Nicolo- Maria Marmara, et, en présence de l'ambassadeur français, elle avait supplié le duc de Gui^e, au nom du peuple de Naples, « d'être son défenseur, comme l'est aujourd'hui en Hollande M. le prince d'Orange. » Le duc leur déclara qu'il acceptait « avec autant de joie que de reconnoissance et de respect; » et il dit qu'il ne donnait cette réponse que sur Tavis même de M. de Fontenay, du cardinal de Sainte-Cécile, de Tabbé de Saint-Nicolas et des cardinaux de la faction de France. La lettre de la « République de

jamais escouter les propositions de réconciliation. Dieu fait cognoistre sa puissance à chastier ceux qui reffusent la paix. Je ne vous recommande point l'affaire de M. le premier président; vous avez assez d'affection pour ses intérests. J'oublyois de vous renouveller le souvenir des affaires de Portugal. L'ambassadeur qui est icy croit qu'il est temps de parler à Sa Sainteté des choses que désire son maistre : cela sera conduit par vostre prudence ordinaire.

Siyné: De Loménie Brienne.

Le comte de Brienne à M. Gueffier (1).

Paris, 19 novembre 1647.

Monsieur,

J'accompagne la lettre que le Roy vous escript de ce peu de lignes, en intention de vous tesmoigner la joye que j'ay eu de l'avoir veu commander que pendant l'absence de M. l'ambr,

Naples » au duc de Guise et celle de Gennaro Annésé, en date du 24 octobre 1647, se trouvent dans les Mémoires du duc de Guise, édit. Petitot, 1. 1, p. 127. On peut voir le texte original des deux pièces dans un volumineux recueil manuscrit italien qui fait partie du fonds de la Bibliothèque nationale, après avoir été donné au siècle dernier, par M. A. Baudrand, à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Ce recueil lorme six volumes in-folio, nos 1193-1198, liai. C'est dans le ms. 1194 que se rencontrent les deux lettres en question, ainsi qu'un grand nombre de documents inédits sur les affaires de Naples en 1647 et 1648.

(1) Cette lettre est une simple minute sans signature, tirée des papiers de M. de Brienne {Mélanges ClairembauU^i. 125, fol. 9281). M. Gueffier

vous auriez à prendre le soing de ses affaires (1) ; l'employ, s'il est de durée, sera plus considérable que le dernier que vous avez eu, puisque vous serez seul à Rome, et que M. l'abbé de Saint- Nicolas va faire le voyage de Naples; et comme je ne puis point deviner en quel estât seront les affaires de Sa Majesté au moment que M. l'ambassadeur partira pour son voyage, je ne puis vous donner aucune instruction de ce que vous aurez à faire, et il est remis à M. de Fontenay de vous les donner. Ce que vous aurez le plus à cœur sera d'estre soigneux d'informer Sa Sainteté de ce qui se passera à Naples, et l'ambassadeur de ce qu'il vous aura dit, et de ce que vous pénétrerez de son intention à favoriser ou à défavoriser cette entreprise, de laquelle nous ne prétendons de part, la faisant réussir, que d'affoiblir un ennemi. Il faudroit pour nous faire changer que nous feussions recherchez et pressez, et par la noblesse et par le peuple, et nous ne nous résoudrions jamais sans leur avoir fait cognoistre que leur estât mérite bien la présence d'un roy, et que d'y en scavoir un étably, obéy et aymé aidera beaucoup au repos et au bien de toute la chrétienté.

Sy l'astrologue estoit en vie qui vous avoit averty que le Roy estoit menacé d'estre malade de la petite vérole, je vous prierois de l'asseurer que sa prédiction est complette, puisque la grandeur de sa maladie n'a point causé aucun accident. Mais vous serez exempt de cette peine, seulement de faire rechercher avec soing ce qui se pourroit trouver dans ses papiers qui traictent

était un de ces agents sans mission bien déterminée, comme la France en entretenait alors à Rome et dans quelques cours d'Italie. L'abbé Arnauld l'appelle, dans ses Mémoires, « le bonhomme M. Gueffier, résident perpétuel. » Le P. Lelong, dans sa Bibliothèque historique de la France, t. III, n" 30802, indique un manuscrit ainsi intitulé : « Lettres de M. Gueffier, chargé des affaires du Roi à Rome, écrites à Sa Majesté depuis le 23 avril 1645 jusqu'au 22 novembre 1649, in-fol., 4 vol. » — Nous ignorons ce qu'est devenu ce recueil.

(1) Il fut, en effet, un moment question d'envoyer à Naples le marquis de Fontenay, pour diriger la révolution selon les vues de la cour de France ; mais l'ambassadeur renonça à ce projet, et crut plus utile et plus prudent de rester à Rome. Il se contenta de faire partir pour Naples l'abbé Rasqui. Quant à l'abbé de Saint-Nicolas, il ne désirait aucunement y aller, croyant, disait-il, « n'y pouvoir pas rendre le peu de service que l'on pourroit attendre de lui. » {Négociations, t. V, p. 35G.)

IS

de cette matière, car l'événement ayant fait cognoistre qu'il estoit habile en son art, on seroit bien aise de recouvrer ce qu'il peut avoir escript sur ce sujet. En cette cour, nous ne donnons pas de créance aux prédictions qui gênent la liberté, mais à celles qui marquent ce à quoy nos inclinations et nos tempéraments nous portent (i).

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, 20 novembre 1G47 (2).

Le mauvais temps a bien tardé sur les chemins le gentilhomme que vous nous avez dépesché; et le suject de son envoy nous a paru si juste que, contre nostre ordinaire, nous nous sommes portez à le faire partir en diligence. Il est chargé d'un mémoire du Roy qui vous explique ce qui est des intentions de Sa Majesté, sur les affaires de Naples, et qui vous fera cognoistre qu'on ne les mesprise pas et que, bien loing de les vouloir abandonner, on ne veut rien oublier à faire qui y puisse donner chaleur jusques à là de laisser à vostre liberté d'y aller, sy vous jugez que vostre présence y puisse apporter quelque chose, et c'est le suject de la lettre particuUère que Sa Majesté

(1) Cette dernière partie de la lettre de M. de Brienne, bien que tout à fait en dehors du sujet, nous a paru assez curieuse pour mériter d'être rapportée. — Voir plus loin, sur la maladie du Roi, la dépêche de M. de Brienne du 26 novembre, p. 187.

(2) Reçue le 14 décembre.

vous escrit (1), en laquelle vous verrez qu'EUe donne ses ordres par degrez, et que la conduite générale de cette affaire est remise à votre prudence.

Il est mandé au bailly de Valancey que vous en estes le premier mobile, et qu'il ait à exécuter ce que vous luy ordonnerez, et que luy ne s'engage à aucune chose envers ce peuple sans vous avoir communiqué ce dont il aura esté recherché, et ce qu'il juge devoir faire, si c'est sur luy et l'abbé de S^-Nicolas que vous vous deschargiez du voyage de Naples, préférant de demeurer à Rome à estre veu en ce royaume-là, comme ministre principal de cette couronne, qui iuge bien de quelle conséquence il est, et pour elle et pour le public, que celle-là soit soustraicte de la monarchie d'Espagne.

Comme on s'applique plus à la diminuer qu'à accroistre cellecy, on préférera de faire un roy à Naples, à en acquérir le royaume, et c'est un conseil de [prudence authorisé par l'empereur Charles, qui aimoit mieux voir la France divisée que de songer à l'acquérir, iugeant la chose très-difficile, et s'en frayant le chemin, ou à ses enfants, par l'autre voye. Il est bien asseuré que Naples ayant un prince, il seroit difficile au roy d'Espagne de le reprendre, et c'est un pas où il faut mener les peuples en leur faisant espérer leur liberté, car c'est le désir d'en jouir qui les anime, et l'exemple des Suisses et des Hollandois leur faict croire qu'il est aisé de l'establir; mais le grand nombre de seigneurs dont le pais est rempli faisant une opposition à cet establissement, il leur paroistra doux de demeurer soubz un roy, et eux et le peuple prenant des précautions qui en diminuera ou mitigera l'authorité, ilz se trouveront très-heureux.

Je ne puis m'empescher de contredire la pensée en laquelle on est entré de demander les chasteaux au peuple, présuposé qu'il s'en empare, car c'est destruire ce dont on fait parade, et ilz aimeroient peu leur liberté s'ilz vouloient conserver les mar-

(1) Cette lettre, qu'on ti'ouvera plus loin, n" XLVii, et qui est datée du lendemain naême de celle-ci, ne se i-etrouve pas dans le volume de la Bibliothèque d'Orléans ; mais l'ayant rencontrée dans les papiers de M. de Brienne, au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale, nous avons pensé qu'elle compléterait la série de ces documents, bien qu'elle se borne à peu prés, comme on le verra, à reproduire les instructions données à M. de Fontenay dans la présente dépêche.

ques de leur servitude. Aussy j'ajousle que quand ils consentiroient à s'eslire un Roy, ils ne laisseront de les ruiner, et c'est, ce semble, le prix sensible de leurs actions, estant les moïens de les assujectir aux gabelles et aux autres impositions dont les levées les ont jettez dans le désespoir.

J'aurois achevé s'il ne m'estoit souvenu que vous avez commancé vostre dépesche en datte du 1er par le récit de ce qui s'est passé entre vous et le cardinal Savelli (1). Il a esté blasmé et vous avez esté loué, et si j'ose dire, encore plus de ce que vous avez dict au Pape ce que vous avez faict à son endroit ; et j'avoue que les raisons que vous avez alléguées sont si convaincantes qu'il est difficile d'y respondre, d'autant plus que vous les avez appuyées par des exemples qui font force envers ceux qui sont sans passion. Néantmoinson n'a pas estimé qu'il fust nécessaire d'en escrire avec beaucoup de ressentiment, parce que le Pape en auroit de la peine, et qu'on scait qu'il ne hayt rien tant que ce qui luy est donné, et qu'il n'a pas esté jugé à propos de mettre l'afTaire hors de tout accommodement, au contraire de recevoir tout ce que le cardinal peut offrir pour vostre satisfaction, et l'escrit qu'on vous laissoit espérer, que vous avez rejecté, n'a pas semblé le devoir estre, et que c' estoit tout ce que vous pouviez exiger de luy, qui ne scauroit mieux condamner son action, ny plus offenser les Espagnolz que faire une déclaration publique qu'il est tombé en faute.

Peut-estre que ce gentilhomme sera assez tardé pour donner lieu au courrier de Flandres d'arriver. Si cela est, vous trouverez un post-script, surtout si ce qu'il nous apportera le mérite.

(1) Le conflit entre le cardinal Savelli, l'un des promus du 7 octobre, et l'ambassadeur de France occupait Rome fort vivement à cette date. Voici ce qui s'était passé : le '23 octobre, le cardinal Savelli avait voulu faire à M. de Fontenay la visite officielle que les nouveaux cardinaux font aux représentants des puissances catholiques près le Saint-Siège; mais ayant commencé par se rendre chez l'ambassadeur d'Espagne, le marquis de Fontenay refusa de le recevoir et réclama avec hauteur ses droits à la préséance. De là une longue querelle, que le Pape chercha à apaiser, et qui se termina finalement à l'honneur du diplomate français. — A^oir à ce sujet diverses dépêches de l'abbé de Saint-Nicolas (t. V, p. 391 à 404), une entre autres dans laquelle il écrit à M. de Brienne : « L'affaire du cardinal Savelli a fait ici plus de bruit que n'en feroit la perte entière du royaume de Naples. »

Je ne dois pas finir sans vous dire que la guérison du Roy s'avance, que la petite vérolle n'a esté accompagnée d'aucun accident, ainsy que je vous l'ai desjà mandé, et nous sommes près d'entrer dans le dix de sa maladie, et dans le huit que les pustules ont paru ; ainsy, selon le cours ordinaire de cette fascheuse maladie, il ne reste plus au venin qu'un jour pour croistre et pour sortir. Le Roy en est tout couvert, et c'est le mieux, qui se trouve pressé de deux craintes, l'une de sa mort, l'autre d'estre marqué. Si Dieu le préserve de l'effect de la dernière, comme il me semble qu'il a fait de la première, il aura autant de contentement que l'Estat en ressent de l'espérance en laquelle il est de sa parfaite guérison. Je suis, etc.

Monsieur,

On vous envoie les lettres de nomination du Roy à l'abbaye de Chatelade, ordre de Gisteaux, scituée en Argonne, près Clermont, diocèze de Verdun, vaccante par la mort d'un nommé Liron, en faveur de M. l'abbé de Palluau, qui porte avec luy sa recommandation. Je vous prie néantmoins de le servir et de presser son expédition, et en cas de difficulté, ce qu'on ne croit pas, ou que le Pape ou ses officiers eussent quelque prétexte pour retarder, ou qu'ilz eussent opinion que cette abbaye fust dans le pais du concordat germanique, vous empescherez qu'il ne s'expédie rien au préjudice dudit sr Palluau.

Je vous prie aussy de vous souvenir d'obtenir le bref par lequel Alexandre Bernard de Loménie, mon fils, chevalier de Malte (1), soit habilité à posséder des biens de l'ordre dans touts les prieurez, et notamment dans touts ceux du royaume de France; vous chargerez, s'il vous plaît, le srPenautier (2) de cette sollicitation.

Signé : De Loménie Brienne.

(1) Alexandre-Bernard de Loménie, chevalier de Malte et commandeur de La Rochelle, était le troisième fils de Henri-Auguste de Loménie, comte de Brienne et de Montbron, secrétaire d'État au département des affaires étrangères pendant la minorité de Louis XIV, et auteur de la plupart des lettres contenues dans le présent volume.

(2) Nous publierons plus loin une lettre de M. de Brienne, qui remercie M. de Pennautier de ses bons services à l'égard de son fils, « le chevallier, »

Le Roi au duc de Modène (1).

Paris, 20 novembre 1647.

Mon cousin,

Sans doute vous avez esté informé des révolutions qui ont paru à Naples, et comme ce peuple, ne pouvant plus souffrir le joug insupportable de la couronne d'Espagne, a pris la résolution de se mettre en liberté et d'avoir recours à la protection de cette couronne. Je n'ay peu la leur reffuser, parce que ma propre expérience me faict cognoistre combien il est difficile de compatir avec les Espagnolz, et que la cognoissance quej'ay des affaires de la chrétienté me faict pénétrer que le moyen d'en asseurer le repos deppend de diminuer leur puissance, principalement en Italie, où ilz ont estably la baze de leur grand édiffice et de tant de projectz qu'ilz ont faictz pour tendre à la monarchie universelle

Deux raisons m'ont convié, par l'avis de la Reyne régente, Madame ma mère, de vous participer la résolution que j'ay prise, l'une qui est en quelque sorte du debvoir d'un bon allié, de vous faire scavoir ce que j'entreprends qui peut advancerle bien commun ; l'autre que si ce peuple avoit besoing de quelques trouppes et de quelques officiers, qu'il vous plust de les en assister, ainsy que je vous en prie, puisqu'il en réussira grand advantage à la cause commune, et que la saison où nous sommes vous empesche d'en tirer aucun service. Cependant il me sera très-aise de remplacer un pareil nombre que celluy dont vous vous serez desgarny.

(1) Cette lettre est extraite des Mélanges ClairemhauU , vol. 125, fol. 9287.

Ce ne sera pas sur les lettres du peuple de Naples que vous vous porterez à les assister, mais plus tôt sur celles du sieur marquis de Fontenay, mon ambr extraordre à Rome, auquel ayant confié toutte la négociation qui esloit à faire avec eux, j'ay remis à sa prudence de juger la quantité d'hommes ou d'officiers dont vous pourrez estre recherché. Et, en ce rencontre, je me prometz d'esprouver la continuation de votre bonne disposition aux avantages de cette couronne, sur la protection de laquelle vous devez faire estât, asseuré par l'union de vos intérestz aux miens, qui prie Dieu vous avoir, mon cousin, en sa s'e garde.

Escrit à Paris, le xxe jour de novembre 1647 (1).

Le bailli de Valençay au comte de Brienne (2).

Toulon, 24 novembre 1647 (3)

Monsieur,

Nous n'attendons plus qu'un tempz propice pour sortir du port et faire voille du costé de Naples d'où nous aprenons

(1) En même temps Brienne écrivait à M. d'Estrades, qui venait d'être nommé maréchal de camp et commandant de toutes les troupes de débarquement, pour l'avertir de la lettre que le Roi adressait au duc de Modène. (Mélanges ClairembauU, vol. 125, fol. 9301). Une seconde dépèche du Roi au même duc de Modène, relative aux affaires de Naples, et conçue dans des termes presque semblables, porte la date du 29 novembre. (Ibid., fol. 9391.) Nous nous contentons d'indiquer ici ces documents, afin d'éviter les redites inutiles.

(2) Mélanges ClairembauU, vol. 125, fol. 9333.

(3) Reçue à Paris le 29.

tousjours des nouvelles qui nous font espérer un heureux succès et quelque chose d'avantageux pour la France (1).

Je receus hyer une lettre de Monsieur le prince Thomas, qui me mande qu'il seroit bien ayse que l'armée passast devant Gênes, pour m'y aboucher avec luy à Monsieur le Cardai Grimaldi. Je croy que Monsieur le duc de Richelieu le voudra bien ainsy; c'est pourquoy je ne manqueray pas à y satisfaire, non plus qu'à vous donner avis des choses que j'aprendray.

Je croy, Monsieur, que la satisfaction que Leurs Maj estez tesmoignent avoir de ma personne est plustost un efïect de vos bons offices que d'aucuns services que j'aye rendus. Aussy je m'en ressens infiniment vostre obhgé. Quant aux emplois que je pourrois désirer et où vous me faites l'honneur de me promettre vostre assistance, je vous asseure, Monsieur, que mon intention n'est autre que de servir aveuglément en touttes choses dont l'on me jugera capable , et que hors l'inchnation que j'ai de rendre service à son Émce^ je n'aurois point d'autre pensée que celle de finir mes jours avec un bréviaire, et suivre le chemin que doit tenir un religieux comme moy, qui seray toutte ma vie en touttes sortes de professions, Monsieur, etc.

Signé : Le Bailly de Vallançay.

(1) L'ordre de départ pour Naples avait été donné à la flotte dès le 3 novembre. Cet ordre est constaté par une série de lettres adressées ce même jour de Paris par le Roi, par le cardinal Mazarin et par M. de Brienne, au duc de Richelieu, au bailli de Valençay et au grand-prieur d'Auvergne, et qui ont été publiées dans les Mémoires de Modène, 1. 1, p. 117 à 123.

Le Roi au marquis de Fontenay (1).

Paris, 21 novembre 1647,

Monsieur le marquis de Fontenay,

Par vos soings les affaires de Naples sont venues au point où je pouvois souhaitter, et ce peuple, lassé de la domination d'Espagne, se veult mettre en liberté soubz l'espérance de ma protection. Je la leur accorde volontiers, et, à mieux parler, je leur en confirme l'asseurance que vous leur en avez donnée, ainsy qu'ils l'apprendront de la lettre que je leur en ay escritte par l'avis de la Reyne régente. Madame ma mère. Le mot de liberté est si doux, surtout à des peuples qui n'ignorent pas que les Suisses et les Hollandois en jouissent, et qu'ils l'ont obtenue par la mesme voye qu'eux, qu'il y a une grande raison de leur en proposer l'établissement. C'est le sens des plus sages et le vôtre particullièrement, qui en touttes rencontres les pouvez asseurer que je ne veux point leur royaume, mais bien les assister, et ce sera l'avoir gaigné pour la chrestienté que d'en avoir privé le Roy catholique. Pour maintenir ces peuples en la disposition qu'ils font parroistre, il est absolument nécessaire que quelqu'un se rende auprès d'eux, et qui ayt le pouvoir de convenir des conditions soubz lesquelles ils pourront vivre soubz ma protection. Je vous en ay fait expédier le pouvoir pour, conjoinctement avec les sieurs bailly de Vallançay et

(1) Cette dépêche — ainsi que nous lavons indiqué plus haut (p. 179, noté) — ne fait point partie de la série conservée dans le recueil manuscrit de la Bibliothèque d'Orléans. Nous l'avons retrouvée dans les Mélanges de Clairemhault, vol. 125, fol. 9305. C'est une minute surchargée de quelques corrections, écrite par la même main cjue les dépêches ordinaires et sur papier du même format.

abbé de S'-Nicolas, ou à deux ou un de vous en l'absence des autres, traicter et conclure tels articles dont vous aurez convenu avec eux, laissant toutes choses à votre discrétion, soubz la restriction néantmoins de l'instruction que je vous envoyé, que vous communicquerez aux deux autres associez en la négociation. Il est laissé à votre prudence de demeurer à Rome, si votre présence y est nécessaire, ou d'aller à Naples. Au premier cas, vous informerez de mes intentions ledit sieur abbé de S'-Nicolas, auquel vous remettrez le pouvoir que j'ay faict expédier, soubz son nom et de celuy du sr bailly de Valancé, qui agiront ensemble selon mes ordres et vos conseils ; au second cas, il sera de votre choix de laisser à Romelesdits sieurs abbé de S'-Nicolas ou Inen le mener avec vous, ce qu'estant ainsy, ce sera sur les seings du s' Gueffier que vous lairez reposer mes affaires, sans quitter la qualité de mon ambassadeur extraordinaire, et avec cette intention d'en venir reprendre le poids au plus tost. Je vous adresse deux lettres pour eux, affîn d'en faire rendre l'une à celluy qui debvra rester. Et ayant considéré que le peuple de Naples pourroit avoir de la peyne que vous ne fissiez le voyage, si ils avoient cognoissance que je l'eusse désiré, ce qui leur pourroit faire croire, ou que vous auriez quelque meffiance d'eux, ou bien que vous ne jugeriez pas aussy avantageusement de leurs affaires qu'ils font, j'ay trouvé à propos de faire expédier deux pouvoirs en l'un desquelz vous estes nommé, et non pas dans l'autre. Je me remectz au mémoire cy-joint et à la lettre particulière du sieur C'e de Brienne de vous faire scavoir mes intentions, et sur ce qui est à faire à Naples et à Rome ausuject du cardinal SaveHi. J'escris aussy au Pape sur ce qui concerne Testât présent des affaires de Naples, et je me remetz à vous de luy expUcquer bien au long les raisons qui me portent à ce que je faiz, qui prie Dieu vous avoir, Monsieur le marquis de Fontenay, en sa sainte garde.

Escrit à Paris, lexxF jour de novembre 1647.

Signé: LouiS.

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