‹ L'Expédition du duc de Guise à NaplesChapitre 6 sur 24 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, 16 décembre 1647 (1).

Monsieur,

Le courrier que vous dépeschastes le 21^ du passé ne se rendis! en cette ville que le 9e du courant, et lui aiant reproché qu'il avoit bien tardé, il n'a pas manqué de raisons pour luy servir d'excuse. La première dont il a esté le porteur fust leue avec plaisir, et les advantures qu'avoit courues M de Guise serviront à l'embellissement de l'histoire de sa vie, comme à avancer la paix, ce qu'il ozera estant une fois estably cappitaine général de la république de Naples. On convient avec vous de cette vérité, que la présence de ce prince estoit nécessaire pour conforter les bons et empescher que les mal affectionnez ne retirassent le peuple de l'engagement qu'ilz ont pi'is. Ceux-là estantz persuadez que, sauvant leurs fortunes, il leur importoit peu de celles des autres, lesquelz désormais ne peuvent trouver aucune sorte d'assurance qu'en portant les

(1) Reçue le 5 janvier 1648.

affaires à la dernière extrémité et faisant un changement du gouvernement de l'estat, ou bien, la disposition des esprits du pays ne s'y pouvant accommoder, changer au moins de maistre.

Sur ce qui est à faire pour y réussir, cela vous est connu, et voz lumières auront encores esté esclairées d'un "mémoire du Roy (1), qui vous a esté envoyé présentement. C'est à vous à agir, qui serez secondé des autres, auxquelz on a bien voulu faire part de la gloire qui est inhérente à une chose d'autant d'esclat et d'utiUté que celle dont il s'agist.

J'avois bien préveu qu'il seroit à propos de disposer le Roy à assister M. de Guise, et j'en avois fait l'ouverture; mais j'ay trouvé les plus sages dans un autre sentiment, leur semblant suffire de prier Madame sa mère de s'y porter, ce qui sera pour réussir, et je crois mesme que les lettres que ce prince a escrittes, et auxquelles il sera bientôt fait response (2), me donneront lieu de faire pour une fois la mesme ouverture, et je ne suis pas sans espérance d'y réussir.

De nostre armée navale nous sommes en peine; il nous tarde qu'elle ne comparoisse es mers de Sicile, et jugeant de l'esvénement des choses par les apparences, nous souhaittons'. que celle de l'ennemy l'attende et en veuille esprouver la force, puisque la victoire nous semble certaine, et il est vray que le nombre d'officiers dont elle est montée supplée de beaucoup à quelques vaisseaux dont elle a esté diminuée.

Je me réserve de respondre à la lettre particulière chiffrée de vostre propre main, et qui n'a esté vue que de Son Éminence, après vous avoir dit qu'hier, 15 du courant, vostre lettre du 25 me fust rendue, laquelle nous donne lieu d'espérer que M. de Guize se sera sans doute mis en campagne, et que la foiblesse de l'ennemy luy aura donné l'avantage, qui est le moindre qu'on attend de la nostre de mer, d'avoir au moins fait esloigner les ennemys. S'ilz n'ont esté deffaitz, ce qu'ilz auroient peine d'éviter, si cette porte ne leur estoit ouverte, le

(1) C'est le long mémoire qui précède.

(2) M. de Brienne n'avait-il pas eu connaissance des pièces qui précèdent, ou bien seraient-elles antidatées, ce qui n'aurait rien d'extraordinaire?

prix de ces avantages, soit par les victoires remportées, ou seulement d'avoir chassé l'ennemy, sera le ravitaillement de la ville de Naples et ensuite la prise des chasteaux, qui donnera lieu au Pape de se repentir d'avoir voulu despescher un courrier à son nonce, avec ordre de proposer quelques choses à l'avantage des Espagnols, et de se louer de sa prudence et de s'estre voulu embarquer davantage dans cette affaire, qu'il juge sans doute appuyée de beaucoup de raison du costé du peuple, puisqu'il les a louez d'avoir rejette les premières ouvertures qui lui estoient faites d'escouter les propositions de

l'ennemi qu'ilz ont, en sorte (1) qu'ilz ne peuvent se fier à

luy, quelques asseurances qu'ilz leur voulussent donner, et certes il est malaizé que le Souverain publie qu'on l'a voulu chasser; la perte de Testât luy est plus facile à supporter que le désir de se vanger.

Vous aurez, au premier jour, un Palermois qui vous va proposer que cette grande ville, animée de l'exemple de celle de Naples, songe à se mettre en liberté. On s'est contenté de le bien accueillir et de luy dire que le souvenir des Vespres siciliennes s'est perdu avec les maisons qui en avoient senti le dommage, et que la France n'ayant pas oublié que leurs premiers Roys estoient ses enfants et qu'une partie de leurs maisons estoient françoises, elle a pour eux l'amour et la tendresse que les pères ont pour leurs descendans, et qu'il ne fault qu'un tesmoignage d'affection pour faire oublier le mescontentement que des fautes pouvoient avoir causé. Au lieu d'ambassadeur, on désire de simples députez, parce qu'on esvite divers rencontres qui leur pouroient faire de la peine, et on estabht avec eux les choses tout aussi solidement que s'ils avoient les tiltres, ce que vous mesnagerez avec vostre adresse, sans vous ouvrir ny d'en avoir eu ordre, et bien moins de ce qui nous fait pénétrer dans ce sentiment, car des peuples fiers et légers comme ceux-là pouroient faire des raisonnements qui

ne nous tourneroient pas à compte. J'ay (2) après ce point,

afin qu'il me servist de moyen pour rentrer en discours de vostre première dépesche, laquelle m'oblige de vous dire que

(1) Mot illisible.

(2) Mot illisible.

l'argent, que vous augmenterez à celuy qui offre de grands services moyennant ceste récompense, sera très -bien employé, pourveu qu'il vous donne les connoissnnces que vous vous en promettez, et que pour le gaigner il ne fasse des nouvelles, car en y defférant, il nous en povu'oit arriver du mal, et il pouroit, d'un autre costé, être si retenu, que quand il n'invenleroit pas, le profit en seroit médiocre.

Dieu nous donne autant de fortune qu'ont eu les ennemys qui ont veu ce que nous avions escrit à Munster, et nous n'en pouvons doubter, puisque, s'en estant voulu prévaloir envers les Suédois, ils leur ont dit mot pour mot ce qui estoit porté en nos dépesches sur l'instance des Suédois. Et pour ne pas deffaillir à Madame la Landgrave, nous avons rompu avec Bavière; mais luy faisant la guerre que nous avons justifiée d'une nécessité absolue, nous n'avons pas laissé à luy faire voir que s'il travaille puissamment à advancer la paix de l'Empire, on ne laira de la considérer; et comme nostre satisfaction à estre asseuré par ses officiers, nous voulons bien qu'il évoque que nous aurons pour luy la volonté qu'il a recherchée, et que nous nous opposerions qu'il fasse rien révoquer de ce qui a esté consenti à son advantage et de sa maison.

Par une lettre de M. le cardinal Grimaldy, dattée du 20e du passé, j'apprends qu'il s'en retourne à Rome (1). Vous aurez en luy un bon secours, et je croy que vous vous y debvez confier, au moins conserver avec luy toutes les apparences, car il fascheroit de deçà qu'il ne se passast pas entre vous une parfaite intelligence, et quand bien le cardinal d'Aix demeureroit à Rome, on n'osteroit pas la conoissance des affaires à celuy-cy.

Cela est de moy à vous, s'il vous plaist, qui ay jugé après vous que l'on fait faire le vaillant et le résolu à Dom Juan, mais qu'il y a lieu de croire que le mauvais estât où est la flotte d'Espagne obhge ceux qui ont expérience de la mer de publier leurs conseilz, affin de donner de la réputation à ce prince. Il aura eu la fortune de son grand oncle : celuy-cy a perdu les Flandres, comme celuy-là aura veu perdre le royaume de Na-

(1) Le cardinal Griraaldi, qui avait quitté Gênes pour aller à Modène, revint à Rome au commencement de décembre.

pies. Il y a lieu de croire que la République de Venise a refusé d'entrer dans les intérests de l'Espagne; Testât où elle se trouve et sa propre prudence l'en ont divertie, car, bien qu'il leur fasche de nous voir prospérer, ilz voudroient bien pourtant s'accroistre en Lombardie, et la modération dont nous usons les surprend; et certes le conseil a esté profond, animant un chacun à sa liberté de s'agrandir, de faire connoistre que nous n'avons point d'autre intention que de diminuer nostre ennemi et que nous sommes contens que d'autres en recueillent les fruits; peut-estre que c'est nous qui gasterons les plus sains, et eux savoureront les plus délicieux, puisque la passion de s'accroistre ne cède de guaires à celles qu'on peult avoir de se venger.

Le commerce de lettres qui est entre Mrs les plénipotentiaires (1) et vous mepouroit dispenser de vous dire que leurs dernières nous ont appris que les Espagnolz font bonne mine et ne se hastent point, bien qu'ilz ne puissent désavouer que les affaires de Naples les pressent, et que s'ilz avoient lieu d'espérer des advantages dans la continuation de la guerre, il semble qu'ilz tentent à la continuer. Gela m'estonne par deux raisons : l'une qu'ilz ont esprouvé par une expérience de quatre années que la France n'est point en estât de se diviser, bien qu'ilz ne se soient pas oubliez de tenter d'y semer la pomme de la discorde; l'autre que l'aage de leur Roy, qui s'avance vers le déclin, luy doibt faire désirer du repos, et que nostre maistre s'avançant vers celuy où le sang prédomine, ilz pourroient bien l'engager à aymer le mestier d'un capitaine, et ses inclinations paroissent si relevées, qu'il y a sujet de faire ce jugement de luy.

Je n'ai peu refuser à l'abbé Barclay, que j'ay présenté au sacrement de baptesme, des lettres de recommandation qu'il présentera au Pape; mais s'il en osoit inférer, et le Pape aussi, qu'elles pussent donner lieu à sa promotion à l'église de Toul, vous ferez conoistre que ce n'est point l'intention du Roy, et comme on n'est plus esloigné que luy à ce qu'il puisse estre consacré, il me semble que l'autre n'y peult plus prétendre. Néantmoins, ayant esté adverty qu'il pouroit bien avoir ce des-

(1) Ce sont les plénipotentiaires de Munster.

sein et qu'il ne me demande des lettres que pour essayer de parvenir à son intention, j'ay jugé vous en devoir avertir, remettant à vostre prudence de prendre les devants s'il sera nécessaire, ou d'attendre à vous déclarer que l'affaire pouroit estre mise sur le tapis; mais il est bon que le Pape sache que, bien que l'on veuille conserver envers sa personne tous les respectz qu'il doibt attendre d'une couronne très-disposée et obligée, que néantmoins on ne consentira jamais qu'il pourvoye à ce bénéfice qu'il n'ait fait pressentir si la personne qu'il en voudroit charger seroit agréable. Sans que vous avez été gouverneur de la Lorraine, et que vous estes très-informé d'ailleurs des raisons qui nous font la considérer, je vous en dirois davantage.

Le duc Charles nous a recherchés. Je soubçonne que c'est avec participation des Espagnolz; mais cela ne me desplait pas, puisque ce seroit une marque qu'ilz veulent la paix. Touttesfois, comme la continuation de la guerre nous peult apporter de grandz avantages, je me crains d'estre emporté d'une passion juste, mais au-delà de ses justes bornes.

Si la duchesse presse pour ses papiers, je n'oublieray pas ce que vous m'avez mandé; et sur le récit de l'auditeur de Buque, je trouve que son procès est bien en meilleur estât que ne déclarent ceux qui ont soing de ses affaires.

Si le courrier qui fust dépesché la sepmaine passée n'eust point oublié quelques lettres dont je l'avois chargé, je serois en peine comme excuser ma paresse ; mais en ayant usé avec la mesme indiscrétion de celles de Monsieur le cardinal, j'ay suject de le blasmer et de vous prier, faisant rendre à Mrs les cardinaux Theodoli et Ursin les lettres que je leur ay escrittes pour leur donner part de la convalescence du Roy, de leur faire cognoistre que l'imprudence de ce galand homme est cause qu'ilz auront à tard. Sur ce suject, je doibz vous dire que la beauté revient comme la santé, et que la malignité de la maladie n'a point changé les traictz du visage du Roy, qui pourra bien rester avec des marques, mais de celles qui ne defflgurent point, car, grâces à Dieu, elles sont des plus légères.

Signé: De Loménie Brienne

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, 16 décembre 1647 (1).

Monsieur,

Vostre lettre du 25e, dont j'ay accusé la réception par une qui vous sera rendue avec cettecy, ayant esté leue dans le conseil qui a esté tenu cette après-disnée, il a semblé à Sa Majesté que je vous debvois faire souvenir que son intention seroit, si Dieu permettoit que les affaires de Naples eussent la prompte issue que vous en espérez et le succès que l'on a subject de s'en promettre, qu'il y eust un Roy pour régir ce royaume, à l'eslévation duquel Sa Majesté eust eu part, et que, ce party ne pouvant réussir pour la disposition et l'inclination qui parroist en plusieurs de se donner à cette couronne, de suivre le mouvement de ceux-là, s'il estoit secondé de prez, ou, en toute extrémité, selon le désir du peuple, de former une seigneurie. Mais pour y parvenir, il semble absolument nécessaire, comme aussy pour establir une royauté, de faire en sorte que le peuple et la noblesse fussent d'accord, car tant qu'ilz demeureront divisez, ce qui semble plus du goust du peuple, toutte autre proposition qui leur pourroit estre faicte paroist du tout impossible. Ce sera à vous à en jetter les fondemens, et l'on se promet de vostre prudence qu'ilz seront si solides, qu'il sera ensuite aizé sur iceux d'eslever un bastiment. Il vous plairra aussy d'appliquer à mesnager en sorte les esprits de ce peuple, que sy l'armée navalle ou une partie hyverne dans leurs mers pour leur service, qu'ilz se disposent à pourvoir à son entretenement; qu'ayant chassé leurs ennemis et réussi à ce qu'ilz

(1) Reçue le 5 janvier 1648.

désirent, qui seroit leur liberté, ayant disposition à recognoistre les obligations que Sa Majesté se sera acquises sur eux, d'obtenir plustost des assistances en argent que des trouppes pour ayder à chasser les Espagnolz de l'Estat de Milan. Ils parviendront mesmement plus aizément à leurs fins, en suivant ce conseil, qu'ilz ne feroient en joignant des troupes, car outre qu'il n'est pas aizé d'en mettre ensemble et que les nouveaux corps de Napolitains sont de petit service, ilz se desbanderont avec tant de facilité, que l'on perdroit en un moment le profit d'une extraordinaire dépense, et eux ce qu'ilz auroient attendu, puisque n'y a point de moyen solide de chasser les Espagnolz du Milannois qu'en continuant à y faire la guerre, sans leur donner aucun relasche.

On croit que l'entretien de Rome n'est présentement que de l'indisposition du Pape, et ayant duré quelques jours, plusieurs eslèvent leurs espérances, et sans doute, comme la France aura part à l'eslection, plusieurs vous font cognoistre qu'ilz ont de l'afTection pour cette couronne. Il n'y a pas lieu de croire que l'indisposition du Pape soit pour avoir quelque suitte ; car, selon votre propre avis, elle peut estre autant simulée que véritable.

Du mémoire joinct à vostre dépesche on a recognu que vous estes bien averty; il contient des particularités qui pourroient bien engager Don Juan de hasarder la battaille, et comme nous la désirerions, cela mesme fait que nous y donnons plus de créance. Mais pourtant il est à craindre qu'il se lairra emporter à la pluralité de voix et fera que son courage cédera aux advis des autres, qui sont sans doubte esloignez d'en venir aux mains, pour estre aussy bien advertys que l'ambassadeur de Testât auquel est nostre armée; et il me semble que le soing qu'ilz prennent d'embarquer leurs richesses et celles des Napolitains est encore une marque qu'ilz ne veulent point combattre, y ayant raison de croire qu'ilz ne le feront que sur l'espérance de la victoire, laquelle obtenue, ilz jouiroient des mesmes richesses qui peuvent estre un empeschement dans l'occasion du combat, et qui peuvent servir de motif à ceux auxquelz elles appartiennent de ne se pas opiniastrer, pour peu qu'il parust se balancer dans le commencement, affin de mettre à couvert ce qui leur tient lieu de toutes choses. Il nous

a esté dit par M. le Prince que Don Juan parroist plein de feu, selon le rapport de plusieurs personnes qui l'ont veu, et qu'on juge à sa contenance qu'il est résolu. Il n'est pas si jeune que sa voix ne doibve estre comptée et qu'il ne s'en peust faire accroire. A l'heure que j'escris, le combat peult avoir esté donné, et ce sera sans doute de vous que nous en scaurons l'issue (1). Par deux moyens nous pouvons vaincre, défaisant ou chassant les Espagnolz, qui n'en ont qu'un qui est le plus mal aizé, puisqu'il faut qu'ilz battent nostre flotte, qui est si puissamment armée, que c'est une chose assez difficile, car, selon le rapport de plusieurs, l'armement est double de ce qu'il debvroit estre, et nul des officiers des vaisseaux qu'on a désarmez n'avoit voulu se priver de voir une si belle occasion.

Ce postcrit (2), joinct à une dépesche, la rend très-longue, je dirois en un besoing importune, n'estoit qu'elle porte des ordres du maistre qu'on a plaisir de recevoir, et des louanges de vostre conduicte que je ne répète pas, pour ne blesser pas vostre modestie. Qu'il vous souvienne de ne point parler de Son Éminence dans les lettres que vous jugerez qui auront à estre veues. Je suis, etc.

Je viens de recevoir la vostre du 2e de ce mois, sur le contenu de laquelle on a pris tempz pour y délibérer, et dans quatre ou cinq jours on vous dépeschera Acciacaferro (3).

Son Éminence escrit à M. le cardinal d'Aix, qui peut cognoistre ce qu'on désire de luy par deçà.

(1) M. de Brienne se faisait beaucoup d'illusions quand il comptait ainsi sur une victoire certaine. Après une foule de contre-temps, la flotte française était bien, à celte date même du 16 décembre, près des îles Ponces, presque à l'entrée du golfe de Gaète ; mais quelques vents contraires arrêtèrent encore sa marche, et les Espagnols, mieux instruits sans doute de nos forces, supérieures aux leurs, purent s'éloigner et refuser la bataille. — Voir la relation officielle du duc de Richelieu, publiée dans les Mémoires du duc de Modène, t. I, p. 136 et suivantes.

(2) Cette dépêche n'est en effet qu'un long post-scriptum ajouté à la précédente ; la suivante sera également datée du même jour et partira par le même courrier.

(3) C'est le nom d'un courrier extraordinaire, qui allait et revenait de Rome, portant les dépêches de la France.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, 16 décembre 1647 (1).

Monsieur,

Depuis que j'ay achevé ma lettre dattée de ce jourd'huy, j'ay entretenu le prestre sicilien qui m'a dit ses raisons pourquoy il estoit venu de son pais sans lettre de créance, qu'il estoit beaufrère du consul, et que par une délibération secrette il avoit esté députté pour venir icy recognoistre si on leur pardonneroit l'action des Vespres siciliennes, et si on leur despartiroit la protection de France, en cas qu'ilz en eussent besoin contre les Espagnolz qui les tiennent dans l'oppression, de laquelle ilz auroient résolu de se délivrer courageusement, et suivre l'exemple de Naples. Je luy ay respondu, de la part de la Reyne, que ceux qui avoient souffert le mal et ceux qui l'avoient faict estoient morts despuis longtemps, ainsy qu'ilz ne debvoient pas croire qu'il nous en restast aucun souvenir à leur désavantage; au contraire, leurs anciens Roys estants sortis de la maison de France, et en ayant eu les plus beaux privilèges de leur nation, nous aurons d'autant plus de raison de leurayder à les conserver et à les accroistre ; que M. le Cardinal advouant que ses ayeulz estoient nez en Sicile, il auroit encore plus de soin de leurs intérests ; que nous n'avons aucune pensée de nous prévaloir de leurs mescontentemens pour les attirer soubz la domination de cette couronne; que n'avions à prétendre autre advantage que de leur faciliter les moyens d'establir leur repos et tranquilité soubz telle forme de gouvernement qu'ilz vou-

(1) Reçue le 5 janvier 164S. ^

dront choisir , et qu'ilz peuvent agir sur ce fondement de la protection et assistance de Leurs Majestez.

C'est un nepveu de Monsieur de Vinceguerre qui a amené ce sicilien de Marseille icy, et qui le remène jusques à Marseille. On lui donnera deux cens écus. Il vous doibt aller trouver avec une lettre du Roy, et vous verrez, après que vous aurez parlé à luy, ce qu'il vous semblera de faire le plus à propos ; s'il avoit besoin encore de quelque argent pour achever son voyage, vous l'en pourrez assister. Vous aurez trois lettres de moy d'un mesmejour ; c'est assez pour finir celle-cy, en vous disant toujours que je suis, etc.

Signé : De Loménie Brienne.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, 21 décembre 1647 (1).

Monsieur,

Si l'on mettoit, avec le mémoire et la lettre du Roy qui sont soubz un mesme ply (2), encores cette lettre, on pourroit dire que c'est plustost un livre qu'une dépesche que je vous adresse. La vostre du 2e du présent, reçue le xviie, donne lieu à tant es-

(1) Reçue le 9 mars 16 i8. — Les cinq dépêches suivantes de M. de Brienne portent cette même mention, qui est difficilement explicable et doit provenir d'une erreur du secrétaire.

(2) Le mémoire et la lettre du Roi qui sont ici indiqués ne figurent point dans le recueil de pièces de la Bibliothèque d'Orléans. Nous ne les avons pu retrouver ni dans les manuscrits de la Bibliothèque nationale, ni aux archives du ministère des affaires étrangères.

crire, car non seulement il a esté jugé vous debvoir estre envoyé l'ordre que vous avez désiré, si l'occasion du conclave se présentoit, mais mesme de vous convier de vous ouvrir de ce que vous estimez y pouvoir estre mesnagé et les personnes qui sont pour y estre considérées. La raison de la demande procède de ce que l'on croit le Pape guéri, mais, pour peu de temps, son grand âge et la mesme incommodité luy debvant faire comprendre qu'il n'est pas pour la faire longue, et d'autant plus que l'on asseure que c'est la maladie de sa famille, et que son père et son frère en sont mortz. Vous pouviez désirer, affln de donner un esclaircissement plus solide, d'avoir eu communication de ce que nous avons pensé ; mais pour divers respects nous n'avons pas jugé en devoir user de la sorte, et, ayant pris résolution de changer selon les ouvertures que vous nous pouvez faire, c'est ce qui donne lieu à cette semonce de laquelle vous ne vous debvez pas plaindre, puisque c'est un tesmoignage asseuré de l'estime et de la confiance que Leurs Maj estez ont en vous.

Avec la liberté et la nayveté, je vous diray que la Reyne a souvent esté surprise, se donnant le loisir d'entendre la lecture de vos dépesches, qu'il n'y estoit fait aucune mention des affaires qui vous avoient esté recommandées, et que vous ayez imaginé qu'ayant satisfait à l'une, vous avez accompli voslre ministère, cela mesmement, apprenant de divers lieux que les affaires de Mrs les Barberins n'advançoient point, et que souvent un mot en eust terminé plusieurs, et qu'ilz n'avoient besoing que de ce simple secours : les grandes comme les petites intéressent Sa Majesté, et il y va du sien; c'est le jugement qu'elle en fait qu'ilz souffrent en leurs biens, après avoir esté mis en la protection de la couronne, et s'estre déclarée en la manière qu'elle â, fait à leur advantage.

Cet estonnement fut suivi d'un plus grand, aprenant par vos mesmes dépesches que M. le cardinal archevesque d'Aix estoit encore à Rome. Il n'a pas seulement surpris la Reine ; mais toute la cour en murmure, et croyez-moy qu'il fault que la chose me presse beaucoup, puisque j'entreprens de vous l'écrire. On ne scait à quoy atribuer les continuelz délais que Son Excellence prend pour partir, et l'on infère qu'il n'a pas grande disposition d'aller en Gatalongne, et son voyage est jugé si né-

cessaire et si important au service du Roy, que cela augmente le murmure de plusieurs (1).

Je m'estendrois sur les l'aisons qu'on en allègue, si ce n'esloient les mesmes dont vous avez eu information. Il fust dit avec cognoissance, entendez, dans ce conseil, que quand l'on donne des ordres précis sans laisser la liberté de les examiner, qu'on doit les exécuter sans remise ; M. le cardinal est avec des peines sensibles et extrêmement avec raison, parce qu'il entendoit et il scait que plusieurs disent qu'il connive au retardement de M. son frère. Nous croyons qu'à présent il sera parti, à moins que le Pape fust décédé ou qu'il fust en estât de ne pouvoir durer plus de 8 à 10 jours.

Depuis vostre dernière dépesche, l'intention de Sa Majesté est que vous ayez grand esgard et que vous employez tous vos soings pour mettre en bon estât les grands et les petits intérêts qui regardent les Barberins et leur maison, parce qu'outre que la réputation de cette couronne est engagée à ne permettre pas qu'ilz souffrent du mal pour s'en estre déclarez serviteurs, Leurs Majestez ont grand sujet d'estre satisfaites de leur conduicte, qui sont entièrement résignez à leurs volontés, et ilz font paroistre que leur plus grande passion est de sacriffier tout ce qu'ilz ont pour le mesme advantage de cette couronne.

On a escrit aux cardinaux qui sont en France de s'avancer vers la province pour estre près à s'embarquer, en cas que l'on ait des nouvelles de la continuation de l'indisposition du Pape, et on tiendra à Toulon ou à Marseille un équipage près pour faire le voyage en diligence et en seureté. J'ay mesme mandé au cardinal Antoine, qui s'acheminoit vers Gasal, de prendre suject de séjourner à Marseille, à Toulon, à Antibes, à Morgues et mesmes à Savonne, jusqu'à ce qu'il soit esclaircy de la convalescence du Pape, afin de ne s'esloigner pas de la route qu'un tel accident l'obligeroit de suivre.

On verra bien tost que les fortunes qui nous regardent ny les

(1) Michel Mazarin n'avait, comme nous l'avons vu, que peu d'envie d'aller en Catalogne, et il est étonnant qu'on ne le sût pas encore à la cour. Il partit cependant de Rome le 8 janvier; mais ce fut pour se rendre d'abord en Provence. Puis, à peine fut-il arrivé en Catalogne qu'il n'eut pas d'autre pensée que de retourner à Rome, ainsi que les dépêches suivantes nous l'apprendront.

nfortunes des Espagnolz ne nous empeschent pas de désirer la paix ; et la reffusant, comme il y a suject de craindre qu'ilz feront, nous agirons avec tant de vigueur, qu'on cognoistra que nous n'avons pas besoin de la paix, et que nous n'y avons jamais consenty que pour estre touchez de compassion des maux que la guerre cause. Je suis, etc.

Signé : De Loménie Brienne.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, 10 janvier 16i8.

Monsieur,

Vostre lettre du xvie du passé fust entendue par Sa Majesté avec une extraordinaire patience ; et il luy sembla que vous n'estiez pas entré dans ses sentimens, différant d'aller à Na. pies, de ne pas convier M. l'abbé de S^-Nicolas de s'y acheminer- II souvint à Sa Majesté de deux choses : l'une que vous ordonnant ou plus tost permettant d'y aller, si vous jugiez que par vostre présence vous pourriez avancer son service, l'ordre n'estant pas déterminé, et que vous aviez esté en droit de le faire ou de vous en retenir; l'autre, qu'il ne vous estoit pas permis, jugeant n'y debvoir pas aller, de retenir ledit abbé, sur la prudence duquel on se seroit bien volontiers remis de tout ce qui seroit à faire de par delà; et de fait, le mémoire (1) duquel vous avez envoyé la coppie au bailli de Valence porte que ledit bailli et l'abbé prendront correspondance pour ensemblement agir et faire ce qu'ilz conoistront pouvoir estre utile au service de Sa

(1) C'est le mémoire en date du 28 novembre, publié plus haut.

Majesté. Il vous sera amplement escrit sur cette matière par une dépesche du Roy, ce qui empesche de m'y estendre davantage. Je ne vous puis pourtant celer qu'il a paru estrange que vous ayez donné suject de plainte audi^abbé, et que vous vous soyez contenté de lu y dire bien succinctement que si vous alliez à Naples, que vous le laisseriez à Rome chargé des affaires du Roy, qui avoit entendu qu'il auroit entière communication de la dépesche qui vous avoit esté adressée, et que, sans avoir résolu de la despescher à l'advance ou de le mener avec vous, vous avez fait remettre à M. Gueffier une lettre de Sa Majesté (1), qu'il ne debvoit recevoir que lorsque vous auriez résolu vostre parlement et que ledit abbé fust desjà à Naples ou qu'il y allast avec vous. Cette manière de procéder ayant obligé ledit abbé à presser de nouveau, comme il avoit fait il y a plus de six mois, son retour. Sa Majesté luy a fait cette grâce, qu'il a fait cognoistre mettre à bienhault prix, s'appercevant très-bien que vous le souffriez avec impatience et chagrin, et ayant pris à tasche de luy donner divers desgoutz, affin de le nécessiter de redouter les instances qu'il avoit faites sur ce sujet. Si je ne professois de longue main estre vostre serviteur, et si je ne croyois que l'amitié qui est entre nous me pouvoit acquérir la liberté de vous parler franchement, je me serois bien gardé de m'ouvrir tout autant que je fais ; mais je demeure persuadé que cela ne vous desplaira pas (2).

(1) Voir plus haut, sur M. Gueffier, la dépêche xuil, p. 176, et la note de la même page.

(2) Cette mésintelligence entre le marquis de Fontenay et l'abbé de Saint-Nicolas, dont M. de Brienne se montre fort peu satisfait, devait remonter déjà à quelque temps. Elle seconda d'ailleurs, jusqu'à un certain point, les projets de Tabbé, qui ne désirait rien tant que de retourner en France. Il dut même, vis-à-vis de la cour, exploiter sa querelle avec l'ambassadeur dans le but d'obtenir son rappel ; mais nous ne trouvons trace que fort tardivement dans ses lettres de cette affaire. Ainsi, à la date du 28 décembre, il écrit au cardinal d'Est :

« Pour ce qui est de M. le duc de Guise, nous continuons à n'en

avoir aucune nouvelle, ce qui est tout à fait étrange, de sorte que nous ne scavons rien d'assuré de ce qui se passe à Naples ni aux environs. Je ne scais si Votre Éminence a scu que M. l'ambassadeur y pourra bien aller pour essayer de donner quelque bonne forme à ce gouvernement-là; mais on veut voir auparavant ce que fera notre armée navale et quel train en-

Parles lettres interceptées que Vous avez envolées, et dont vous avez la copie, il a paru que l'homme que vous avez mesnagé, qui Vous donne des advis, sert avec fidélité, car bien que ladépesche n'ait pas esté entièrement deschifrée, et qu'il y ait des endroits où l'on aura bien de la peine à mordre, du demeurant qui a esté plus facile, on a recognu cette vérité, et que la jalousie ne laisse de prendre des personnes qui nous sont plus proches. C'est l'interprétation qu'on a donnée aux ordres envoyez d'Espagne à Don Juan de retourner, auxquelz il a esté empesché de différer par l'advis de tous ceux qui sont les plus confidens de son père, et qu'il l'a voulu partager avec luy les périls et la gloire de ce qu'il luy avoit commandé. Ce n'est pas qu'il n'y ait une autre interprétation à donner aux mêmes ordres que la tendresse laisse concevoir ; mais le mal de Naples est si grand, et la perte de cette couronne tire après soy tant de conséquences, qu'il n'est pas aizé de se persuader qu'on voulust se priver du remède qui semble le plus apparent et le plus prompt, s'il n'y avoit rien qui y forçast que la seule affection que le père peut avoir pour son fdz; et, s'estant mis au-dessus

suite prendront les choses. Que s'il n'y alloit point, on a eu aussi pensée à la cour de m'y envoyer j mais c'est ce que j'éviterai le plus qu'il me sera possible, y ayant plusieurs raisons qui me feroient appréhender de n'y pouvoir pas rendre le peu de service que l'on pourroit attendre de moi. D'ailleurs, comme je l'ai déjà mandé à Votre Éminence, je souhaite avec passion de pouvoir bientôt retourner en France. Je suis toujours dans l'espérance de recevoir au premier jour mon congé, ensuite de l'instance puissante que j'ai faite pour cela »

Il dit encore, le 13 janvier 1648, dans une lettre adressée à M. Bentivoglio :

(I On m'a refusé mon congé, et l'on croit à la cour que je suis à Naples (ce qui, nous l'observons en passant, est démenti par la dépêche de M. de Brienne). M. l'ambassadeur avoit dit jusqu'ici qu'il y vouloit aller; mais depuis deux jours il a changé de résolution et prétend que je dois y aller. Il faut auparavant résoudre s'il est à propos d'y envoyer présentement quelqu'un de la part du Roi. On n'a point de nouvelles de M. de Guise, qui, entre nous, va à ses fins pai ticulières. Il faudra voir ce que deviendra tout cela. ...»

C'est seulement le 27 janvier que, après s'être plaint de la négligence de l'ambassadeur au sujet d'une autre affaire, il parle pour la première fois à M. Bentivoglio de ses griefs personnels. Voici ce qu'il lui écrit :

» .... Il est très-vrai que notre armée navale s'en est retournée en

en l'envoyant, il semble qu'il y ait raison de soubçonner, agissant contre sa première intention, qu'il y a quelque sujet de ce changement, et qui vraysemblablement ne peut procéder que de la crainte que la facilité qu'il avoit de s'emparer de cet Estât ne luy en donnast envie, et d'autant plus qu'il n'est pas nouveau qu'un Do7i en ait été investi.

Il paroist de la mesme dépesche interceptée que les Espagnol n'ont pas la résolution de combatre notre flote, et qu'ilz sont bien advertis qu'elle ne portera pas grand secours aux Napolitains ; mais si elle chasse la leur, comme eux-mesmes prévoyent bien qu'il arrivera, elle donnera moyen à plusieurs d'y conduire des vivres, et ilz n'espèrent la réduction de la ville qu'en les en privant. Pour les chasteaux, quoyque le duc d'Arcos y conserve tout autant qu'il pourra de soldats, il sera difficile qu'il les deffende, si une fois ilz sont attaquez; et nostre armée pouvant mettre deux mil hommes en terre et bon nombre d'officiers, il sera aisé au peuple de les emporter. Il est aizé de juger qu'ilz sont sans espérance de les deffendre, puisqu'ilz sont résolus de les donner au Pape, ou mesme au peuple, pourveu qu'ilz reviennent soubz leur obéissance. Et cela, qui est bien de la dernière affaire, doibt estre mesnagé par degrez, et il est clair que le Pape s'engage à les attirer.

Provence. M. l'ambassadeur reçut, il y a quelques jours, des paquets qui l'instruisoient de tout cela et des affaires de Naples, et comme on me remettoit à ce qu'on lui écrivoit, j'en suis très-mal informé, ne me communiquant plus rien, contre les ordres exprès de la cour, et cela par jalousie qu'il a pris de moi, qui ne devois pas attendre un tel procédé de la part d'un parent que je croyois être de mes amis. Mais je m'en soucie fort peu, je vous assure, ne songeant qu'à m'en retourner en France. Je ne le vois point du tout. II fait aussi peu de part des affaires à M. le cardinal Grimaldi. . . . L'abbé Basqui, son grand confident, qu'il avoit envoyé à Naples et qui en est revenu avec l'armée navale, y a fort embrouillé les affaires. Il a cabale contre M. le duc de Guise, qui s'en est piqué au dernier point ; et cela a causé cette mésintelligence entre ce prince et les commandans de l'armée navale. M. de Guise a dépêché à cette occasion à la cour un gentilhomme, nommé de Taillade.... » {Négociations, etc., t. V, p. 355, 365, 374.)

Tous ces détails ont leur intérêt, d'autant qu'ils sont écrits sur les lieux par un homme fort au courant de la situation, et ils jettent une lumière presque complète sur la façon singulière dont cette étrange affaire fut conduite.

Mais comme il demande un extraordinaire secret, cela nous apprend que ce sera foiblement, et nous laisse espérer beaucoup de nostre fortune. Ludovisio, son neveu, ne fait point difficulté de promettre son crédit et sa personne; et cela surprend, veu que la signora Olimpia se laisse entendre qu'il n'y a point de grâce qu'il sentist comme de le voir restablir en la jouissance de son bien, et c'est en faire perdre l'envie quand on le voit si attaché aux intérestz d'Espagne, et que le Pape se laisse porter dans une particularité qu'il debvroit ... (1) peu important au S'- Siége, qui sera roy de Naples, pourveu qu'il en soit servi, et estant de la dernière importance qu'il passe en une main beaucoup au-dessoubz de la puissance d'Espagne. Si vous avez des lumières qu'il fasse des choses qui vous puissent donner lieu de vous plaindre, on ne doubte pas que vous ne vous en prévaliez, et cela avec tant d'adresse, qu'il n'en pourra pas inférer que l'on soit pour luy refuser les grâces qu'on luy a laissé espérer pour la gratitude qu'on doit avoir de ce qu'il a fait, mais qui vous laisse le moyen de les délayer et qui luy donnent telle appréhension que cela puisse aider à le faire marcher encore avec plus de retenue envers les Espagnolz.

Depuis quelque tempz, un religieux Augustin, nommé le père Ripa, m'a rendu une lettre de son général, demandant permission à Sa Majesté de venir faire visite en ce royaume, à l'exemple de celle accordée au général des Prescheurs et des Capucins ; mais comme cela se doibt octroyer ou reffuser selon la cognoissance que l'on a de leurs inclinaisons, et que bien souvent l'on pare des coupz de leur partialité, il a esté résolu que je tiendrois la chose en suspens jusques à ce que j'eusse 'reçu de vostre part information exacte des conditions de ce général. Si le protecteur est bien disposé, qui est Palotta, il semble qu'il y ayt moins à craindre, car ce religieux en despend absolument, bien qu'il se soit plaint, selon ce qu'il m'a esté rapporté, qu'il le prévoit de son autorité, faisant les fonctions de sa charge. Ce que vous manderez luy donnera l'entrée du royaume, ou la luy fera refuser.

L'affaire qui vous a esté proposée par un religieux Carme de la

(1) Quelques mots sont ici mal déchiffrés par le secrétaire, ce qui rend la phrase fort incorrecte.

maison d'Ornano mérite d'estre examinée, et il est remis à vostre prudence et au bailly d'aviser ce qui seroit à faire, car s'il y avoit facilité de s'emparer de l'isle de Sardaigne, ce n'est pas une conqueste àmespriser, et il sera assez difficile auxEspagnolz de naviguer d'Espagne en Italie, s'ilz n'y pouvoient espérer d'abri, d'autant que, n'ayant pas retraité depuis qu'ilz avoient fait leur partance des bastages, ilz feroienl leur navigation avec de grandes incommodités, forcez de s'approcher de la coste de Barbarie qui leur est ennemie et qui est très-dangereuse, pour estre extresmement basse. Il ne peult jamais nuyre d'escouter, pourveu qu'on ne tente pas intempestivement, et que pour se trop haster ou pour présumer trop de ses forces on ne perde l'espérance d'une affaire de cette conséquence ; mais les testes de l'ambassadeur et du bailly sont si bonnes, qu'il n'y a rien à craindre et tout bien à espérer de ce qu'ilz auront ensemble résolu.

Je vous ay mandé comme les espérances de la paix se perdoient, et qu'il se voit que les Espagnolz songent à continuer la guerre, plus tost qu'à consentir à vm juste accommodement, persuadez qu'ilz ont gaigné tout ce qu'ilz pouvoient désirer, ayant achevé leur traitté avec Mi"s les Estatz. Cela vous doibt d'autant plus convier d'appliquer aux affaires de Naples, Sicile et Sardaigne ; et, si Dieu nous donnoit tant de fortune que de destruire les deux premières de ces couronnes de la monarchie d'Espagne, sans nous les approprier, nous aurions gaigné ce que nous avons souhaité depuis plus d'un siècle, que leur puissance, ne nous fust plus formidable ; et pour la troisième, elle nous seroit très-nécessaire pour estre en estât de porter nos secours aux deux autres, si les Espagnolz y pouvoient entreprendre ; mais je prévoy un cas hors de toute apparence, surtout si la Catalogne et le Portugal demeurent séparez de la mesme monarchie, proposant la Sardaigne pour le duc Charles et en eschange de ses estats. Vous m'avez fait souvenir qu'il fut autresfois offert au roy Anthoine de Navarre, pour ses prétentions sur son royaume, ce qui n'eust d'effet, parce que celuy qui l'ofTroit n'avoit pas grande envie de s'en dessaisir, estimant que sa grandeur consistoit à posséder divers estatz et de ne point agrandir un prince qui estoit son ennemy, ou, pour mieux dire, jugeant bien que, si elle passoit en une main puis-

santé, elle donneroit moyen d'entreprendre sur les Estatz d'Italie.

En escrivant, le courrier de Flandres arrive, lequel m'a remis une ample despesche des plénipotentiares, de laquelle j'apprendz que les Espagnolz pourroient enfin prendre des tempérammens sur les différends qui restent à ajuster entre eux et nous ; car bien que deux des députez de M. les Estatz facent semblant de ne parler que de leurs lumières, et à bonne fin, pour empesclier leurs collègues de signer leur traitté avec les aulres, il semble que l'on voit bien qu'ilz ne s'avancent pas tant sans ordre, ou du moins sans des cognoissances que les autres seront pour s'y ranger. Il nous restera sans doute quelque advantage de leur entremise, car nous aurons la paix, qui seroit le plus grand que nous prétendons, ou les alliez seront pour ne rien faire qui nous soit préjudiciable, ou au moins le public cognoistra que nous avons tout abandonné pour luy procurer du repos. Ayant veu, par une lettre de Monseig. le cardinal Ursino, que l'on faisoit de grandes difficultés d'accorder plusieurs gratis, dont luy et vous avez fait les instances, je luy ay mandé que ce sont des officiers qu'on ne peult refîuser , mais que le reftus qu'on fait d'y concourir n'offense point le Roy, et certes les cardinaux, qui proffitent de ce c|ue l'on paye, ont suject de se plaindre delà multitude des gratis qu'on poursuit.

Je serois trompé si cette déclaration ne satisfait ces Mes^s, et si elle ne convie les poursuivants des titres de donner ordre à leurs banquiers d'acquiter les droits ordinaires. On se plaint qu'ilz sont augmentez, et c'est ce qu'il vous plaira d'examiner, pour en un cas en faire plaincte, si vous jugez le deb voir faire.

Je suis, etc.

/ - Signé: De Loménie Brienne.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, 10 janvier 1648.

Monsieur,

Bien que le courrier ait tardé à vous estre dépesclic, si vous sera-t-il aisé de cognoistre qu'on ne doit pas me blasmer de paresse, se trouvant chargé de diverses lettres de dattes différentes, qui sont autant de tesmoings de ma défense. Depuis qu'il fust résolu qu'il partiroit et qu'on n'escriroit pas par l'ordinaire, il en est arrivé un de Rome avec vos lettres du xxe du passé. Par elle vous accusez la réception d'aucun des miens, et vous avez répondu à plusieurs points, sur lesquelz ne me restant rien à vous dire, il me suffira d'ajouster qu'on attend de vos soings divers offices pour les Barberins, et qu'on efîectura soigneusement tout ce qu'on a laissé entendre qu'on pourroit faire et qui tesmoignera à la signera Olimpia qu'on est très-satisfaict de sa conduicte. Il y a grande apparence que ses soings ont avancé la promotion, et lorsqu'elle l'a entreprise, que le Pape, dont le naturel est très-lent, auroit aisément consenti de la différer, croyant ne nous pas blesser beaucoup et tesmoigner aux Espagnolz qu'il avoit de l'affection pour eux. De là il n'y a plus de sujet de parler, ny de ce que doit faire M. le cardinal d'Aix, car tant de fois cela mesme a esté rebattu qu'un chacun en demeure importuné, et quoy qu'on luy escrive et qu'il se persuade, il luy estoit expédient d'aller en Catalogne, où sa présence est absolument nécessaire. Mais n'aiant nul ordre de rien ajouster à mes précédentes, ny nulles cognoissances nouvelles, j'escris ce fascheux discours.

Vostre lettre a donné lieu à quelque chose de plus qu'on n'avoit résolu sur le sujet du conclave ; et vous trouverez, en-

tre le premier mémoire et une lettre particulière, un second sous la couverture du paquet, qui ne doit estre ouvert que le siège vaccant, dans lequel sera l'exclusion de ceux qu'on auroit peine de voir en la chaise (sic) de S^-Pierre, et qu'on juge en devoir estre privez pour avoir fait paroi sire trop de partialité en faveur de l'Espagne, laquelle nous donne l'exemple et force la modestie de la Reyne d'y travailler, qui s'estoit contentée de faire des ouvertures pour favoriser de très-dignes sujets, et qui sans doute sont sans excepter les autres recogneus les plus dignes. En toute la conduicte de cette affaire, vous donnerez des preuves de vostre suffisance, et si M. le cardinal d'Aix est dans le conclave, combien sa présence y estoit nécessaire. Gomme vous et luy aurez le secret de l'action, il sera de vos prudences de vous ménager en sorte que les autres cardinaux affectionnez ne croyent pas qu'on ne le leur a pas voulu donner, et qu'il conoistront que si l'on en a, ce n'est pas pour se meffier d'aucun d'eux, mais qu'il est difficile que le secret soit entier, quand plusieurs y sont en part. Je ne répéteray point qu'on a escrit au cardinal de Lion, au cardinal Bichi et au cardinal Antoine, et que le cardinal Barberin est parti, ny qu'on a donné ordre à vous avoir des vaisseaux prestz pour leur passage, car vous devez croire que nous n'y avons pas manqué. Ce que vous avez dit pour oster au Pape tout suject de croire que le bruit de son indisposition eust obligé de l'acheminer vers l'Italie, mesme d'y aborder, c'est un effet de vostre application aux affaires ; et il est asseuré que le Pape auroit esté meu de colère contre luy, s'il s'estoit imaginé qu'il n'eust d'autre motif de son voyage que pour prendre part au conclave, et il seroit à craindre que s'il vivoit, il n'eust des ressentimens contre luy, ce qu'on doit esviter, afin d'obtenir plus facilement ce qu'on a à demander en leur faveur. Car, bien que la justice y deust porter le Pape, ce sera toujours au moins en sa pensée des grâces qu'il départira, qui sont pour l'ordinaire difficiles envers ceux qu'on soubçonne de désirer nostre mal. Et, bien que le procédé du cardinal Casi ait déplu, et qu'il ait esté remarqué qu'il a affecté de voir l'ambassadeur d'Espagne avant vous, on n'a pas jugé devoir former de résolution sur ce qui est à faire et vous en laisser la Uberté, Sa Majesté estant trèsasseurée que vous la prendrez avec beaucoup de prudence et

que de cette fascheuse aflaire vous en tirerez avantage pour son service, qui ne requiert pas présentement que vous en faciez une qui puisse porter à de grands engagemens. Pour Savelli, il continuera à faire dire qu'il est au désespoir de ce que Ton luy impose, et je ne doute point qu'il ne vous face une satisfaction qui surpassera de beaucoup ce que vous nommez offense, dont il proteste de n'avoir jamais eu la pensée. Puisque vous avez celle d'aller à Naples, si le service de Sa Majesté vous y appelle, nous serons en repos, qui jugeons que cette affaire requiert un homme sage pour la conduire. Je ne ferois pas grand avantage à l'abbé de Saint-Nicolas de le préférer à Sérisantes (l), mais au contraire, un extrême tort de les balancer l'un à l'autre, et ça est le sentiment universel de ceux ..qui ont sceu que, pour ce que Sérisantes estoit à Naples, vous jugiez la présence de M. de Saint-Nicolas inutile.

L'événement ajustiffié ce que souvent vous aviez mandé, que l'arrivée de M. de Guise estoit nécessaire pour asseurer les bien intentionnez et abatre les malins. Que quelques-uns des principaux barons l'aient recherché et qu'ilz aient embrassé le party du peuple, que le mesme ait eu avantage sur les Espagnolz, tout cela aide à ce que l'on peut désirer, et la patience et l'adresse des ministres achèvera le surplus, car la raison qu'ilz auront les uns et les autres d'assurer leurs fortunes disposera les plus farouches à ce qui semble le plus esloigné de

(1) Marc Duncan de Sérisantes était un gentilhomme d'origine écossaise, qui fut longtemps employé par la couronne de Suède en qualité de résident près diverses cours; mais ayant abjuré à Rome la religion réformée, au mois d'août 1647, et ne pouvant plus servir un pays protestant, il résolut de s'attacher à la France. Il s'adressa aux ministres du Roi pour avoir un emploi, et on lui donna celui de suivre le duc de Guise à Naples en qualité de représentant du Roi près de la République. R était dépositaire du chiffre de l'ambassadeur et envoyait à Rome des nouvelles exactes de ce qui se passait. On trouve dans les Négociations de l'abbé de Saint-Nicolas, si souvent citées (t. V, p. 342 et 892), deux longues dépêches de ce Sérisantes, écrites de Salerne et de Naples, le 17 décembre 1647 et le 13 février 1648. Dans la première, il rend compte d'une expédition à laquelle il prit part à la suite du duc de Guise, et où le prince déploya la plus grande valeur. Dans la seconde, il parle d'une blessure qu'il venait de recevoir, blessure au pied qui semblait peu grave, et qui cependant l'enleva en trois jours. {Mémoires du duc de Guise, t. II, p, 48.)

leurs sentimens, et c'a toujours esté la pensée de S. E. de laisser embarquer l'affaire, sans donner lieu de croire que la France en prétendist autre avantage que celuy qui en reviendroit à ceux qui se seroient mis en liberté. Et n'estant pas possible qu'ilz en jouissent, ilz tomberont dans le parti de se laisser choisir un Roy, lequel ne pouvant se conserver sans le soutien de ceux qui l'auront establi, regardera la France comme son nord et ne naviguera que soubz l'aspect de cette estoile.

Ce que vous avez mandé au bailli de Yalencey est en tout et partout conforme aux ordres qui luy ont esté envoyez de mesnager en sorte nostre argent que peu nous tienne lieu de beaucoup , ce qui est infaillible s'il est dépensé avec justesse et justice, et qu'il tourne à l'avantage de ceux qui ont servy, ou qui sont en estât et puissance de le faire. Au lieu que, s'il estoit comme on dict prodigalisé à tous venans, outre qu'il seroit impossible de fournir à cette dépense, elle nous tourneroit à honte, et ledit bailly a des ordres précis de ne rien faire, soit sur cela, ny sur aucune autre affaire, sans vous en avoir communiqué. Vous aurez eu la lettre de change de mil pistoles que j'ay deu vous faire remettre, et quand cette somme aura esté despensée, on vous en fournira de plus considérables, et telles que les affaires du Roy le pourront permettre, sur l'assurance que l'on a que vous en serez aussy bon mesnager que vous l'avez été jusques à présent.

J'ajouteray que l'on juge bien que les Espagnolz ne veulent point la paix; ils ont sacriffié l'intérêt de la religion, abandonnant la mairie de Bosleduc aux estats, pour y exercer toute la môme puissance et souveraineté que dans lesdites provinces de l'Union. Ainsi le nonce Ghisi, qui avoit eu ordre de leur donner la bénédiction de Sa Sainteté, sur ce qu'Elle luy avoit faict dire qu'ilz avoient tout hasardé pour cet intérest, s'est déclaré qu'il la garderoit pour une autre occasion; et les Holandois ont bien voulu gaigner cet avantage au prix de se déshonorer, concluant avec leur ennemy sans que la France ait convenu avec luy, qu'ilz croient paier en disant qu'ilz désirent et qu'ils prient que les deux traitez se signent à mesme heure ; ce qu'estant venu à la cognoissance de M. de LongueviUe, il a demandé la permission et la liberté qu'il avoit eue dez l'esté passé de s'en revenir, laquelle luy est accordée sans aucune restriction, hors

celle qu'il s'imposera luy-mesme s'il juge que sa personne peust avancer les affaires de la paix. On mande à Mis Davaux et Servien de demeurer à Munster, bien que l'on juge qu'il seroit malaisé qu'ilz peussent servir sans avoir un tiers qui eust le pas devant eux ; mais ce n'est que jusques l'on ait entendu M. de Longueville, et qu'on ait pris la dernière résolution sur ce qui les regarde. Les médiateurs se sont déclarez de deux choses l'une, que l'Espagne a tort, qui rétracte tout ce qu'elle a promis, parce qu'ilz tiennent leur accommodement résolu avec les Estais, l'autre qu'il leur pèse de voir la résolution qu'embrasse M. de Longueville. On s'est espuisé pour donner lieu à la paix, je dis mesme de l'avis de ceux qui la doivent traicter qui ont recogneu tant de mauvaise foy aux Espagnolz, qu'ilz n'ont pas jugé se devoir ouvrir de ce qu'estoit remis à leur discrétion. Ce seroit peu d'apporter de la difficulté à ce qui n'est pas résolu, si avec une effronterie toute extraordinaire on ne veut plus recongnoistre ce qui a esté convenu. Je dis sur le point des conquestes, qu'on voudroit réduire aux simples eschevinages des places occupées, et sur les intérêts du duc Charles, qu'on appuyé avec tant de fermeté qu'il sembleroit qu'ilz nel'eussentjamais voulu abandonner ; et il seroit difficile de trouver des termes assez foibles et restrainctifs pour le secours que nous devons donner au roy de Portugal, lequel gaigne son procès en la continuation de la guerre, car son autorité croist avec les ans de sa domination, la haine des nations se fortiffie, et les sujectz s'accoustument à la guerre. Il pourra mesme arriver que nous prendrons le dernier engagement avec luy, et l'imprudence des Espagnolz prévaudra au-dessus de nostre prudence, laquelle nous a toujours faict rejecter les ouvertures qu'il nous a fait faire. Cette nouvelle ne déplaira pas aux Portugais qui sont à Rome, ny à vous celle qui suict, que le Roy au sortir de sa maladie a paru si creu (sic), que nous en sommes demeurez estonnez.

Signé : De Loménie Brienne.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, 17 janvier 1648 (1).

Monsieur,

Si j'estois asseuré que le courrier qui vous doibt porter plusieurs dépesches, et les responses à touttes celles que j'ay receues de vostre part jusques au 12e du courant, seroit pour partir demain, je lairrois courre l'ordinaire, comme j'ay fait ceux des vendredy 20 et 27 du passé, 3e et 10e du présent ; mais aiant juste suject de croire qu'il sera encore retardé, j'ay jugé qu'il estoit de mon obligation de vous faire ce mot, lequel arrivant postérieurement au courrier, vous aura témoigné mon soing, et le devançant vous tirera de peine.

Ce que je vous puis dire, c'est que voz lettres ont fait prendre diverses résolutions et qu'on s'est résolu sur les affaires plus importantes qui peuvent arriver pendant vostre ambassade, et ayant mis en grande considération l'advis que vous avez donné de faire aller à Rome le cardinal Barberin, dont vous ne nous aviez pas pressé que par vostre lettre du quatrième, on luy a escrit de faire diligence, et on lui a envoyé une lettre du Roy pour la présenter au Pape. Il est d'une extrême conséquence, ce juge venant à manquer, qu'il soit en exercice et en possession de la charge de camerlingue, et s'il est possible, qu'il soit dans la ville, car sa présence asseurera ses créatures, et il pourra mesnager avec telle adresse ses affaires, qu'il donnera loisir aux autres affectionnez à la France d'y arriver. Sans

(1) Reçue le 9 mars. — C'est rindication donnée, pour cette dépèche comme pour les deux précédentes, par le secrétaire de l'ambassadeur j mais elle semble assez invraisemblable.

que vos despesches nous ont fait voir que vraysemblablement nous ne serions pas surpris du temps, nous aurions usé de plus de diligence et à vous envoyer le courrier qui est prest dez le 20e du passé, et à faire tenir noz lettres aux cardinaux de Lion et Bichi, et peut-estre aussy aurions-nous moins pressé Aix de partir pour Catalogne ; mais l'on a jugé qu'il importoit de la conservation de cette grande province dans le service du Roy qu'il s'y rendist en diligence. Quant à Lion, on luy a escrît en des termes qui luy feront cognoistre qu'il peust se dispenser d'aller à Rome, sans qu'on y trouve rien à redire.

Ce qui nous a occupé pendant ces derniers, c'a esté de prendre résolution sur une dépesche des plénipotentiaires, qui nous ont fait scavoir qu'en nous relaschant en quelque chose en faveur du duc Charles, la paix se pourroit conclure, mais que, sans l'y comprendre, il ne la faloit point espérer, et Sa Majesté a eu assez de bonté pour leur permettre d'escouter les propositions qu'on avoit à leur faire, et leur a mandé jusques à où ilz se pouvoient relascher, ou, pour mieux parler, consentir qu'ilz donnassent les mains à ce qui leur estoit proposé, pourveu que, devant que de s'en déclarer, ilz fussent asseurez que, moyennant cela, la paix estoit conclue, ou que, si les Espagnolz y apportoient encores des difficultés, que les Hollandois se déclareroient de leur voulloir continuer la guerre ; il est très-juste, puisque nous faisant des ouvertures il y a lieu de croire qu'ilz les ont jugé raisonnables, et que nous soubmettant à l'équité, ilz contraignent les autres de s'y porter. On doubte qu'ilz facent ce pas, et il est vraysemblable que c'est de concert avec les Espagnolz qu'ilz ont avancé l'autre, et ainsy les apparences donnent lieu de bien augurer de la paix. Nous avons déclaré que les victoires que la République de Naples remporteroit, ou nostre armée, nous donneroit lieu à prétendre de nouveaux avantages, et nous aurions aisément consenti que les Espagnolz pourroient assister le duc Charles, pourveu qu'il nous fust permis de secourir cette république naissante.

Depuis dix jours il s'est veu quatre lettres, deux de Gennes et deux de Provence, qui portoient les unes que l'admirai d'Espagne et don Joan estoient prisonniers, l'autre que sept gailions de leur flotte avoient esté pris ou bruslez ; les dernières qu'ilz se retiroient vers la Sicile, n'ayant ozé combattre nostre

flotte, et pour marque de leur appréhension, que dans la nuict ilz n'ozoient faire fanal ; mais tant de choses contraires et mesme ayant esté publiées, on s'est résolu de n'y faire nulle considération, qu'un courrier dépesché exprez, ou de l'armée ou de vous, nous asseurast de ce qu'il leur seroit succédé (1).

Si l'on publie de par delà qu'il y a du trouble dans l'Estat, mocquez-vous-en. Deux marchandz ont esté cherchez, contre lesquelz le Parlement avoit décrété pour avoir parlé insolemment contre une taxe à laquelle ilz estoient condamnez, et pour ce que l'on craignoit qu'ilz ne fissent quelque rébellion à la justice, l'on fist armer des compagnies pour la faire valloir ; mais l'on a veu que la prévoyance avoit esté inutile, et qu'il ne s'est pas trouvé la moindre résistance de la part des coupables ou de ceux qui s'intéressent avec eux. Ensuite le Roy a esté au Parlement, où l'on n'a publié que cinq esdits et qui ne blessent en rien le peuple, bien quelques officiers, parce qu'on en augmente le nombre, les acquéreurs, possesseurs des domaines auxquels on demande une taxe, et quelques autres officiers par la Jurisdiction qu'on attribue à quelques-unes y mais cela n'est pas contre les pauvres ny contre les bourgeois, qui ont esté ravys aiant veu révoquer une déclaration portant la taxe des aizés. Les maîtres des requestes ont esté interditz de l'entrée du Conseil, parce qu'ilz avoient parlé en leurs assemblées avec trop de liberté ; et c'est la seule chose qui ayt esté faicte depuis la Régence, qui en ayt fait sentir la puissance et l'autorité.

Je suis, etc.

Signé : De Loménie Brienne.

(1) Voir, sur les événements qui eurent lieu en mer à cette époque, les notes des pages suivantes.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, 24 janvier 1648.

Monsieur,

Bien que les nouvelles que vous avez eues de Naples ne soient pas si solidement establies qu'il seroit à désirer, pour y donner une entière créance, si est-ce que vous nous avez fait grand plaisir de nous les mander, car on en peult recueillir que les Espagnolz n'ont pas eu aucun avantage sur nostre flotte, puisque leurs partisans dans Rome advouent qu'ilz ont perdu quatre vaisseaux à Castelmare (1), et qu'ilz ne publient rien qui soit à leur gloire. Si ceux qui commandent l'armée sont persuadez que nous soyons satisfaictz de leur paresse, ilz sont de légère créance ; et à la vérité ilz debvoient faire un effort ou pour vous avertir, ou pour nous avertir de ce qui s'est passé entre eux et l'ennemy, et quand mesme le temps les auroit empesché de rien entreprendre, ilz debvoient estre soigneux de nous le faire scavoir, ne pouvant pas ignorer que nous sommes en peine, et du moins en impatience de ce qui se passe. Si ce qui vous avoit esté dit se fust confirmé, ou pour mieux dire advéré que la flotte d'Espagne s'estoit retirée vers la Sicile, la nostre sans combattre avoit remporté la victoire, au moins Sa Majesté eust eu le proffit de leur gloire, et, comme vous l'avez bien remarqué en vostre lettre du pénultiesme de l'année passée, il y a grande apparence que la victoire n'est différée que de quelques jours, car l'armée ennemyequi a serpé

(1) Il y eut en effet, le 21 décembre, près de Castel-à-Mare, un petit combat heureux, dans lequel cinq vaisseaux ennemis furent détruits; mais l'affaire fut de peu d'importance. — Voir le rapport officiel du duc de Richelieu, Mémoires du comte de Modcne, 1. 1, p. 142.

pour aller au-devant de la nostre, ayant esté contraincte de prendre abry soubz les chasteaux, ayant fait perte de douze vaisseaux, puisqu'on asseure que quatre ont esté coulez bas, que quatre autres ne comparoissent plus, et qu'un pareil nombre ont esté bruslez à Castelmare, et que la nostre se trouve fortiffiée des trois gallions de Portugal qui n'avoient sceu la suivre, n'ayant peu si diligemment se restablir, il se peult dire avec beaucoup de vraysemblance que, s'estant mis en lieu où ilz ne pourront éviter de combattre, ou y périr de misères, que nostre flotte en réduira celle-là en un si mauvais, ou la maltraittera en sorte si elle oze songer à sortir de dessoubz les chasteaux, qu'avec leur perte elle avancera beaucoup celle du royaume de Naples (1).

Ce que vous avez mandé à Messieurs les plénipotentiaires est bien digne de vostre prévoyance ; ilz ont charge, s'ilz ne concluent la paix en peu de jours, de faire cognoistre que Sa Majesté sera embarquée en la protection des Napolitains, et que

(1) La cour avait raison d'être peu satisfaite de la « paresse » des chefs de la flotte à lui donner des nouvelles. Elle ne dut pas être plus contente de leurs hauts faits. Ils perdirent toutes les occasions qui s'offrirent à eux de combattre l'escadre ennemie et la laissèrent facilement s'échapper, comme elle le voulait. Le duc de Guise les accuse très-vivement dans ses Mémoires, et il ne semble pas que ce soit à tort. « Lorsque notre armée navalle arriva devant Naples, écrit-il, la flotte d'Espagne étoit sur le fer, tous les vaisseaux démâtés et n'ayant personne dessus, de sorte que la nôtre, qui venoit avec un vent frais, la pouvoit sans nul péril brûler et prendre quasi toute, sans qu'il s'en pût échapper que fort peu de vaisseaux, lesquels auroient été rendus inutiles, n'osant pas tenir la mer devant une armée puissante et victorieuse comme Tauroit été la nôtre. Je ne sais par quelle raison ce coup si important et si facile ne fut pas entrepris, dont les Espagnols ne se seroient jamais relevés; mais au moins puis-je dire qu'ils m'ont avoué dans ma prison qu'ils n'ont jamais été si près de leur perte, qu'ils n'auroient jamais pu éviter si on leùt voulu. Tous ceux qui montoient l'armée sont demeurés d'accord de cette vérité, sans que personne puisse donner ni de raison, ni d'excuse de cette faute, ni savoir à quoi l'attribuer. » {Mémoires dit, duc de Guise, t. l, p. 306.)

La faute de cette inaction ne semble pas pouvoir être imputée à la cour, car nous voyons M. de Brienne, dans toutes ses dépèches, souhaiter ardemment la rencontre des deux flottes et la presser de toutes ses forces. Serait-ce donc la jalousie et la prévention des représentants français en Italie et des chefs de l'armée qui auraient été cause de celte impuissance, aussi désastreuse qu'un échec?

si la fortune nous en dict de ce costé-là avant la conclusion du traité et la ratification d'iceluy, déclarer que nous ne serons point obligez à ce que nous promettons à présent, ce qui produira de deux effets l'un, scavoir est : que les Espagnolz se presseront de finir et d'arrester les articles de la paix, ou bien que nous pourrons continuer la guerre avec de grandes espérances de réussir en de grandes choses, si les Espagnolz n'ayment mieux consentir qu'estant en paix avec eux, nous continuions nos assistances aux Napolitains comme aux Portugais. Je ne me scaurois flatter de ce troisième party. Ils résistent trop puissamment et s'opposent avec trop de fermeté à ce qui confine le Portugal pour y entrer, à l'esgard de Naples, et ainsy la paix ou la continuation de la guerre sera déclarée en peu de jours, et sans doute M. de Longueville ne différera pas son partement s'il ne peult espérer de mettre la dernière pierre h l'œuvre. Il paroist des lumières de bon augure, selon l'opinion de plusieurs ; mais comme ces feux s'allument par les Hollandois, je crains qu'ilz auront peine à mestriser les nuages épais qui sortent pour l'ordinaire de dessus les marais, et que ces Messieurs ont plustost affecté de nous mettre en nostre tort, que d'avoir espéré qu'ilz réussiroient en leur médiation, et mon opinion semble d'autant mieux appuyée, que les plénipotentiaires de Mrs les Étatz ne sont pas tous aussy eschauffez qu'il seroit à désirer en cette affaire, et que, de deux qui en prennent le soing, l'on a suject de douter de la bonne foy. Mais, pour avoir cet advantage qu'un chacun cognoisse avec quelle franchise nous avons traitté et avec quelle passion nous avons désiré avancer le repos de la chrestienté, non seulement nous escoutons ce qui nous est proposé, mais nous nous sommes résolus de donner une entière liberté à M''s les plénipotientiaires de résoudre le point qui semble aujourd'huy faire la difficulté du traitté sur les ouvertures et soubz les conditions qui nous ont esté proposées, car, pour cinq autres qui estoient indécis, ilz ont passé, et un peu plus viste qu'on n'avoit creu qu'ilz feroient, à les soubmeltre au jugement et à l'arbitrage de Mrs les Estatz. Je ne m'explique pas davantage avec vous sur cette matière, parce que je vous ay desjà donné information de ce qui se passe à Munster, et avec toutte sorte d'ouverture d'esprit, parce que je suis bien asseuré que vous n'en donne-

rez cognoissance à qui que ce soit, et vous jugez bien quel mauvais effect cela feroit sui' les Napolitains, s'ilz avoient pénétré que nous sommes en perte de les abandonner (1). Mais j'ay jugé qu'il ne faloit pas vous desguiser nostre sentiment, de crainte que vous ne vous engageassiez avec les mesmes Napolitains au-delà de ce qui seroit à désirer et au-delà de ce qui est porté par le mémoire qui vous a esté adressé pour régler vostre conduicte avec eux.

Par vostre mesme lettre vous nous avez confirmé ce que nous avions toujours bien creu, quêtant le Pape, comme ceux qui Taprochent, sont Espagnolz, et prennent la mesme part auxintérestz de leur couronne que pourroient faire leurs propres sujects, et ayant à négotier avec des personnes si peu disposées à embrasser les nostres, la prudence vous nécessite de vous contenter de ce que vous pouvez arracher d'eux, et par des voyes indirectes d'essayer de parvenir à voz fins. Je dis cela en apprenant ce que vous nous avez mandé que vous faictes pour essayer d'obtenir la traite des grains du Ferrarois, à laquelle on désire que vous appliquiez, comme à une afi"aire de la dernière conséquence, estant très-difficile, voire impossible, que nostre armée subsiste dans la Lombardie sans tirer ce secours, et il ne nous debvroit pas estre reffusé, si le Pape n'estoit partial pour l'Espagne, donnant à ce Roy la permission de faire des levées et de tirer de l'Estat ecclésiastique tout ce dont il peult avoir besoing pour deffendre le royaume de Naples. Vous le scaurez mieux que personne, car vous estes sur les lieux où cela se passe, et comme c'est de vos dépesches que nous en avons une entière information, il me doibt suffire de vous remonstrer noz besoingz et laisser à vostre discrétion de trouver les moyens pour nous y secourir.

Je fais coppierdevozdépesches desxxiiie et xxx^ décembre les articles qui font mention du désir que le Pape tesmoigne de voir M. le cardinal Barberin et des espérances qui vous restent que sa présence avancera son contentement en toutes les

(1) Voici une déclaration importante, car elle expliquera toute la conduite du gouvernement français dans la suite. Peut-être M. de Fontenay prévoyait-il cette issue, ce qui l'aura rendu plus réservé dans sa façon d'appuyer le duc de Guise.

choses où il n'apas esté encores pourveu, et je les luy envoyé, affin de l'encourager à achever son voiage, et pour l'asseurer contre diverses craintes dont il est touché. Je veux croire que le Pape, se croyant près de sa fin, ne dissimule point, et que la signera donna Olympia ne sera pas faschée de voir la maison Bai'berine satisfaicte, croyant par ce moyen avoir esvité tous les ressentiments qu'elle pouvoit apréhender. Si quelqu'une de leurs créatures plus recongnoissante que n'a esté le Pape venoit à luy succéder, je ne doubte point que ce cardinal ayant reçu ma lettre et l'ayant particullièrement informé que, bien que le Pape ait assisté aux chapelles des fêtes de Noël, que l'on ne laisse de juger mal de la disposition, qu'il ne haste son arrivée à Rome, jugeant bien de quelle importance il luy est et au service qu'il a embrassé d'asseurev de bonne heure les confidens, et de rentrer en la possession des charges dont il est pourveu, et de gaigner ceux du collège qui voudroient faire des brigues dans ses créatures. Il n'y a point de temps à perdre, puisque le Pape s'est ressenti de son incommodité, et qu'à mesure que l'un des solstices est passé, l'autre s'aproche, qui portent pour l'ordinaire changement mesme aux plus robustes, qu'ils donnent lieu de craindre beaucoup pour ceux qui sont avancez en quelque âge.

Je ne vous scaurois asseurer si ce sera par Acciacaferro ou par l'ordinaire que cette lettre vous sera portée, que je lairray imparfaicte jusques à ce moment qu'il la faudra consigner à l'un des courriers, afin que, s'il arrivoit quelques nouvelles de Munster, j'ayelieu de vous en informer, qui ne doibz vous celer qu'enfin on s'est laissé vaincre aux prières de M. l'abbé de S'- Nicolas, en luy permettant de revenir, si mieux il n'ayme aller à Naples, ou demeurer à Rome; et comme je vous l'ay mandé (1), on a peine de scavoir qu'il se soit passé de vous à luy quelque chose qui l'ayt convié à redoubler les instances qu'il faisoit il y a désià du temps d'obtenir la liberté de son retour.

Les affaires ont de sorte empiré en Angleterre que le Roy est prisonnier (2), et le gouverneur de Vie, obéissant aux ordres du parlement, luy a osté ses gens et a redoublé ses gardes. On a

(1) Voir la dépèche n" Lvn et la note de la page 2i2.

(2) Charles !"■ avait été livré par les Écossais aux troupes de Cromwell, gU 16 't7. On sait qu'il ne mourut sur l'échafaud qu'en 1649.

affecté de publier qu'il y avoit un capitaine qui luy avoit promis de le retirer d'où il est, et d'autres asseurent que c'est une nouvelle controuvéepour donner lieu à ce qu'ilz avoient résolu. Il semble que les Écossois pleignent son maleur, d'où l'on infère qu'ils sont pour luy tendre les bras ; mais comme ilz ont désarmé et qu'il n'y a point d'autre moyen de l'assister que d'entrer à main armée dans l'Angleterre, cela me semble bien difficile.

J'avois desjà commencé cette lettre, quand l'ordinaire de Lion, que vous aviez dépesché le 6^, se rendist en cette ville, l'arrivée duquel m'auroit surpris, si par luy-mesme je n'avois eu des lettres de M. le cardinal de S'e-Cécile, dattées de Gennes, où il a esté suivi d'un gentilhomme dépesché par M. le duc de Richelieu, lequel nous a apporté la nouvelle de son arrivée et de toutte l'armée dans le port de Toulon (1). Je vous avoue que cela m'a en sorte accablé, jugeant bien le préjudice qui en poura arriver au service du Roy, que j'ay moins senti que je n'aurois fait et deub l'advantage qu'il a remporté sur les ennemys; car, à vous parler avec la liberté quinousest ordinaire, et soubz la condition du secret, pour les avoir battus , ilz ne laissent d'avoir le bon de leur costé, et pour les avoir souvent recherchez d'un second combat, ilz n'ont pas perdu l'advantage qui leur reste de nous avoir empeschez de débarquer à Naples des sommes et des munitions, j'entens de celles de

(1) Ayant quitté les eaux de Naples dans les premiers jours de janvier, la flotte passa devant Gênes le 12, et dut peu de temps après arriver à Toulon. L'expédition n'avait pas été glorieuse. Dans sa « relation, d datée du 25 janvier, le duc de Richelieu écrit que « notre armée a demeuré dix-sept jours continuellement à la portée du canon de l'armée ennemie, à laquelle elle a ôté neuf navires, scavoir : cinq bridés ou coulés à fond à Castel-à-Mare, trois coulés à fond par suite du combat, et un pris chargé de blé. Elle a présenté deux fois la bataille aux ennemis. . . . et leur a fait dire clairement qu'ils n'en vouloient plus tâter. Ils auroient été entièrement perdus ou dissipés, si le peu d'intelligence qui s'est rencontré parmi les chefs du peuple et l'ambition des particuliers (ceci est sans doute à l'adresse du duc de Guise) n'eussent causé un engourdissement général sur tous les Napolitains. ... ce qui a causé ce manquement d'eau de notre armée et ôté la pensée à ce peuple de se saisir de quelque port pour donner retraite de sûreté à nos navires. » (Mémoires de Modène, 1. 1, p. 161.)

Telle n'est point la version donnée par Guise. « L'on me fit savoir de

guerre, car de bourse nous avions plustost besoin d'en estre secourus que nous n'estions en estât d'en distribuer, et le manque qu'il est difficile de remédier nous a forcez de revenir en Provence, ce qui sera bientost réparé, puisque l'on verra dans la coste d'Italie et particulièrement dans celles de Naples une esquadre de quinze gallions, laquelle malgré les vents et sans apréhension d'un second combat, y tiendront pendant la rigueur de la saison. N'estoit que la liberté du peuple de Naples nous touche, et à vous dire le vray que noz affaires nous forcent d'y appliquer, puisque les Espagnolz s'esloignent plustost que de s'approcher de la paix, nous aurions juste sujet de nous descharger de cette despense et de n'exposer pas nos vaisseaux aux extrêmes périlz, que les longueurs des nuictz et les orages fréquens de l'hiver les exposent, n'ayant tiré nulle assistance de ce peuple contre touttes sortes de raison, et l'espérance qu'on en pouvoit avoir. Et attribuant cela à manque de conduicte plustost qu'à manque de volonté, on a résolu d'envoyer quelque personne capable d'agir pour servir de conseil à M. de Guise, et qui, s'appliquant aux affaires solides, nous tienne adverti de ce qui s'y passe, et qui aura ordre d'empescher que ce prince, par son emportement pour se flatter de diverses chimères, mesme d'une grandeur qu'il avoit peine de porter, ne cause de la division entre le peuple, car la prudence enseigne d'unir ceux sans l'assistance desquels il seroit impossible de réussir en ce que l'on veut entreprendre. Et, à la vérité, il ne nous a jamais bien passé par l'esprit que la lie du peuple peust former une répubUque, au contraire qu'il falloit,

farmée, écrit-il, que, faute d'eau, elle seroit contrainte de se retirer si je n'y remédiois. Je leur envoyai aussitôt dix-huit felouques pour en faire ; mais ce nombre n'ayant pas été jugé sufiisant, sous ce méchant prétexte, elle se mit à la voile et reprit le chemin de Porto-Longone Cette puissante armée ne voulut point contribuer à la ruine de l'Espagne, qui étoit infaillible, en prenant ou brûlant toute sa ilotte, qu'elle trouva sur le fer et toute désarmée et désabordée à son abord ; me consuma la moitié de mes vivres inutilement et, si j'ose dire, avec malice, prit deux vaisseaux de blé à ma vue et les envoya à Porto-Longone ; me refusa le peu d'argent que je demandois pour faire subsister les troupes dont je pressois avec tant d'instance le débarquement, et je n'en tirai d'assistance que l'arrivée de quelques officiers Encore lirent-ils tous les etforts possibles pour les empêcher de me venir trouver. ...» {Mémoires du duc de Guise, t. I, p. 351.)

pour leur asseurer la durée, faire qu'elle fust conduite par les gens qualifiez, ou que la noblesse s'y opposant, par celle-cy et par les bons cittadins porter la couronne sur la teste d'un prince.

En cecy avons-nous toujours esté d'accord, et voz pensées se sont portées plus loing que les nostres, car vous aviez jugé que c'estoit un moyen de faire tomber ce grand royaume dans la sujection du Roy, et que nous considérions comme un bien, mais difficile et esloigné, et que c'estoit assez gaigner que d'en priver les Espagnolz. Conservant néantmoins quelques espérances qu'il pourroit enfin nous venir, vouUant agir pour parvenir à ces diverses fins, nous avons jugé qu'il falloit envoyer quelque personne consommée aux affaires et très-capable du mestier de la guerre, ce que nous exécuterons aydant Dieu, en peu de jours. L'ordre le plus précis qu'il aura sera de faire cognoistre à ce peuple que pour nous engager en leur protection, il fault qu'ilz agissent selon les règles de la bonne politique et en gens de guerre ; l'un en faisant valoir les lois, et l'autre en mettant ensemble un corps capable de résister à l'ennemy, et mesme de l'attaquer, et que, ne s'y portant pas, ilz ne doibvent point trouver estrange si nous advançons la paix, n'estant pas raisonnable d'en différer la conclusion pour favoriser un peuple qui hait à la vérité les Espagnolz, mais qui ne l'ayme pas. J'ai jugé vous debvoir donner ce petit advertissement, affin que vous prissiez vos mesures sur la disposition en laquelle nous sommes (1), qui n'est pas de sacrifier le bien de la paix à des espérances peu appuiées, et de nous bien garder de nous en laisser pénétrer ni à Munster ny à Naples, de crainte d'enorgueillir les Espagnolz et abatre le courage des Napolitains. Je suis asseuré que ce que je vous escris ne sera veu de personne; car, sans cela, j'aurois différé à le faire, jus-

(l) Tous ces renseignements sont fort précieux à recueillir et éclairent beaucoup la situation. Quelle était cette « personne consommée aux afiaires et très-capable du métier de la guerre, « que le gouvernement avait l'intention d'envoyer à Naples? C'était probablement M. du Plessis-Bezançon, comme nous le verrons plus loin. La Hotte repartit bien de Toulon vers la fin d'avril 1648; mais cette seconde expédition fut encore moins glorieuse, s'il est possible, que la première, et constamment arrêtée dans sa marche par des hésitations plus grandes encore.

ques à ce que le voyage de celuy qui doitestre envoyé à M. de Guise fust résolu et rendu public, et je n'aurois point appréhendé qu'il m'en peust estre reproché aucune chose, puisque par le mémoire qui vous a esté envoyé pour ces affaires, il vous est prescrit de ne vous y engager que bien à propos, et avec des apparences approchant d'une certitude morale que nous en tirerons de l'utilité.

Je serois trompé si les affaires ne prennent pente à la durée de la guerre, et, pour avoir voulu avancer la paix, nous courons fortune de l'avoir reculée. Si vous considérez que je vous escris cette lettre à reprise, vous ne serez point surpris de quelque contrariété que vous y rencontrerez, et il me paroist bien clairement que les Espagnolz n'ont point de pensée de paix, mais seulement de signer leur traitté avec les Hollandois, et nous ne sommes pas si touchez de l'appréhension qu'on nous en veut faire, que pour cela nous plyons à tout ce que l'on scauroit désirer de nous sur le point de la Lorraine.

Ce sera la mattière d'une autre lettre, et bientost, car pour nous justifier d'avoir accepté ou reffusé, nous serons en obligation d'escrire. Cependant je me contenteray de vous dire qu'on permet à M. l'abbé de S'-Nicolas de s'en revenir (1), mais avec peine, car on jugeoit en luy des conditions dont on pourroit tirer de grands avantages pour le service du Roy. Je puis vous asseurer qu'il n'y a pas plus d'un mois qu'il m'a fait cognoistre qu'il ne pouvoit plus demeurer à Rome, bien qu'il y en ait plus de six qu'il pressoit son congé, et je ne scay qu'en gros qu'il se plaint de vous, sa discrétion ayant este telle, qu'il n'a pas voulu entrer dans le particulier. Je ne désavoue pas que j'ay peine de ce petit désordre, et pour l'amour de vous, et pour l'amour de luy, qui ne désire pas scavoir rien de ce qui a peu causer quelque froideur entre vous, puisqu'il ne me reste pas le moyen ny l'espérance de le raccommoder. J'auray pour vous les respectz que vous debvez attendre de nostre antienne amityé, et pour luy ce à quoy celle qui a toujours esté professée entre nous m'obUge d'avoir, qui suis, etc.

(1) Il ne ciuitta Rome, cependant, qu'à la fin d'avril.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, 24 janvier 16i8 (1).

Monsieur,

Il est bien juste que je vous remercie du soingque vous voulez prendre des intérestz de mon filz, et, ayant passion d'obtenir du Pape cette grâce pour luy, que je vous supplie de vous souvenir de luy voulloir demander au plustost, mais que ce soit dans une conjoncture si favorable, qu'il n'y en aye point d'autre que vous ayez à poursuivre, car je ne voudrois pas que Sa Sainteté mist en ligne de compte au Roy qu'il m'eust favorisé en quelque chose.

Je ne me contenteray pas de vous rendre cette importunité ; je suis pressé par un ordre très-sainct, par des personnes de l'habit auxquelz je defTère beaucoup, et par celles du monde auxquelles je doibz davantage, voir touttes choses, de vous supplier de ne perdre aucun moment ny aucune occasion d'avancer la béatiffication de la mère Magdeleine, religieuse carmélite. Et comme dans ce saint ordre on scait que d'autres poursuivent la mesme chose, pour des âmes eslevées en saincteté qui les ont gouvernées ou qui ont vescu parmy elles, dont les preuves ne sont pas plus avancées que celles qu'elles ont produictes, et que Dieu n'a pas révélé par des miracles plus fréquens que ceux qu'il luy a pieu de faire par l'intercession de leur Mère, ilz craignent qu'on advançast davantage l'honneur des autres, et prient qu'on ne les mortiffie point en une cause aussy sensible que seroit celle-là. Il est constant que

(1) Reçue à Rome le 16 février 1648. — Cette dépêche est la seule qui ne soit pas chiffrée, ce qui s'explique par le sujet tout spécial qu'elle traite.

Dieu opère journellement des choses touttes extraordinaires à la prière de cette sainte fille, et qu'elle a laissé grande odeur de sainteté et d'une prudence toutte consommée pendant le cours de sa vie. En mon particulier, je l'ay toujours honorée, et la cognoissance de sa vertu m'a porté à avoir pour elle les derniers respectz; ainsy j'entreray en part de l'obligation que tant de personnes vous veuUent avoir, et je ne doute point que Dieu, qui se plaist à gloriffier ses saincts, ne vous donne la récompense de la peine que vous prendrez pour avancer la gloire de cette saincte âme, qui, et avec les autres sainctz dont la charité les fait prendre part à ce qui est rendu à ceux qui jouissent de la dernière fœhcité, seront voz intercesseurs envers Sa Majesté divine, en recognoissance de ce que vous aurez bien voulu prendre seing de cette affaire. Je suis, etc.

Signé : De Loménie Brienne.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, l«r février 1648.

Monsieur,

Enfm on s'est résolu défaire partir le courrier Acciacaferro (1), et des lettres qu'il vous rendra je serayjustiffié de tout ce que vous pourriez m'accuser d'avoir laissé partir divers ordinaires sans vous avoir escrit. Je retiens deux dépesches qui estoient le vray suject de sa course, parce que la santé du Pape se trouvant affermie, il est inutile de songer qui luy doit succéder,

(1) Voir la note 3 de la p. 236.

et, lorsque l'occasion s'en présentera, il pourra estre que nous serons en une autre disposition que celle où nous estions il y a quelque tempz, non pas que nous puissions jamais changer de volonté pour ceux que nous jugeons dignes de la première dignité de l'Église et du monde; mais pour leur pouvoir adjouster et substituer quelques autres subjects, si nous n'avions assez de fortune pour les y pouvoir porter et pour l'exclusion qui se doit réduire à peu de personnes, il pourra arriver que ceux contre lesquelz nous avions adversions seront passez en une meilleure vie, ou bien nous auront donné telle satisfaction que nous ne serons plus contraire à leur agrandissement.

De ma précédente dépesche, qui part pourtant avec celle-cy, vous apprendrez ce qui avoit esté dit sur la mésintelligence qui paroist entre vous et M. l'abbé de S'-Nicolas, sur le sujet duquel vous recevrez une lettre de Sa Majesté (1). Je la signe par ordre exprez, et c'est ce que j'ay à vous dire.

Quant aux affaires du monde, il ne me semble pas qu'elles ayent changé : les Espagnolz et les Hollandois n'ont point encore pris de résolution sur le point qui concerne le duc Charles, et nous n'avons pas creu nous pouvoir avancer au-delà de ce que nous avons fait. Ainsy, sur son sujet, la guerre se

(1) C'est le 31 janvier que le Roi écrivit à l'abbé de Saint-Nicolas, en l'autorisant, sur ses vives instances, à revenir en France. Il l'engageait cependant à ne pas persister dans cette résolution et lui disait : « J'eusse plutôt désiré, ou que, conformément à la première pensée que j'avois eue, vous fussiez allé à Naples assister de vos bons conseils mon cousin le duc de Guise, ou que vous eussiez continué de demeurer à Rome, scachant que les habitudes et l'estime que vous y avez acquises vous auroient donné lieu de m'y servir fort utilement. » Il ajoutait: « Je remets donc à vousmême de choisir de trois choses l'une : ou de demeurer encore à Rome, ou d'aller à Naples, ou de revenir de deçà. J'écris en ce sens à mon ambassadeur et lui mande qu'au cas que vous choisissiez l'un des deux premiers partis, il vous communique le mémoire dont fut chargé le courrier Monts et les autres dépêches qu'il a reçues depuis sur les affaires de Naples » (Négociations, etc., p. 381.) — C'est la lettre du Roi à l'ambassadeur dont parle ici M. de Brienne et qui, comme celle que nous avons sous les yeux, devait être contre-signée : De Loménie. Cet ordre envoyé à M. de Fontenay, d'avoir à communiquer à l'abbé de Saint-Nicolas les dépêches qu'il refusait de lui laisser voir, montre assez que, dans ce long conflit entre les deux représentants français à Rome, la cour donnait tort complètement à rambassadeui\

pourra continuer ou, pour parler plus véritablement, ce sera le prétexte qu'en prendront les Espagnolz, qui ne peuvent couvrir le feu de leur ambition, ny celuy qu'excite en eux une jalousie démesurée qu'ilz ont de nostre grandeur, et il pourroit arriver que s'appliquants dans les pensées de ravoir ce que nous avons justement conquis sur eux et qui est le nostre, qu'ilz perdront le leur, et que Dieu, lassé de leur ambition, pourroit bien se servir de nous ou du peuple de Naples pour ruiner leur monarchie. Je doibz ajouster que la Suède condamne librement le procédé des Hollandois, et qu'il paroist en leur Reyne un désir d'estraindre de plus en plus l'alliance qu'ilz ont avec nous, et qu'elle n'a point esté capable de consentir que le cercle de Bourgogne fust estimé faire partie de l'empire et estre compris dans la paix à nostre esgard, si son véritable seigneur continuoit à nous faire la guerre °et à deffendre à ses ministres d'appuier la prétention des autres, et bien faire cognoistre aux Estais de l'empire que c'est un piège dressé par les Espagnolz de les faire rentrer en guerre contre la France, de sorte qu'ayant mesprisé cette prière et l'ayant condamnée, les provinces qui composeront ce cercle demeureront exposez à noz armes, quand bien la paix de l'Empire auroit à se conclure, ce qui paroist assez esloigné et hors d'apparence d'arriver, si la paix d'entre les couronnes ne s'arrête, car la crainte de nous voir prospérer est un des plus puissants moyens qui presse noz amys d'y voulloir entendre, et, sur un présupposé d'une chose ou sur le bruit qui s'en est espandu, ilz ont dépesché en Suède pour recevoir les derniers ordres ; mais je serois trompé s'ilz ne rencontrent ce qu'ilz désirent, c'est-à-dire la durée de la guerre.

Cette lettre ne faisant qu'une partie de la dépesché seroit sans doute ennuyeuse, si elle estoit continuée, et je tomberois dans une faute que les gens d'affaires évitent avec peine, qui seroit la reditte de ce qui est escrit dans les précédentes, pour peu que je m'abandonnasse à mon inclination, qui est de prendre un plaisir extraordinaire à vostre entretien.

Je vous envoyé plusieurs lettres en response de celles qu'aucuns de M's les cardinaux ont escrit à Sa Majesté sur le sujet des bonnes festes, mesmement une à Savelli, affln que vous les leur faciez rendre et à celuy-cy, si vous estiez radjusté

avec luy. C'a esté M. le marquis de Rambouillet qui me l'a apportée.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, 2 février 1648 (1).

Monsieur,

Votre lettre du 1.3e du passé, qui m'a esté rendue le dernier, nous a fait scavoir ce qui s'estoit passé en l'audience que vous avez prise du Pape, en laquelle il nous a semblé que vous vous estes conduit avec toutte l'adresse qu'on eust peu souhaitter, et mesme, en l'une des affaires que vous avez proposée, avec le succez qu'on pouvoit désirer. Et certes ce n'est pas une chose de petite conséquence d'avoir fait cognoistre au Pape que le Roy ne peut jamais rien désirer pour luy, ny procurer à personne aucun advantage qui porte préjudice aux droitz de l'Églize, et qu'au contraire Sa Majesté songera toujours à les estendre et sera libéralle et mesme prodigue de ses biens et de sa vie pour y réussir. Si cela a fait l'impression que vostre lettre en marque, il y a lieu d'espérer que le Pape ne s'intéressera point en cette affaire, et qu'il aymera autant d'estre servi et recevoir le tribut d'un prince que d'un autre. Je ne parle point de le reprendre d'une république, parce que je croy comme vous que ce gouvernement, désiré à la vérité par plu-

(1) Reçue le 9 mars.

sieurs, porte avec soy tant de difficultés, qu'il faudra qu'il tombe et que la royauté y succède, laquelle, modérée par des lois qu'on pourra establir, fera jouir le peuple du véritable effect de la liber té, si bien il n'en aura pas besoin ; mais c'est un secret qu'il faut garder jusques au point de rien faire qui puisse faire conoistre qu'on en ait l'intention, affin que l'espérance de la liberté anime le peuple de plus en plus contre les Espagnolz. A ce que vous dites que le duc de Guise se conduit mal, dont je conviens avec vous, et ce qui vous donne juste suject d'establir desjà des fondemens avec des seigneurs qui ne sont pas capables de porter un bastiment qui estoufera celuy qui l'auroit voulu eslever, j'ajouste qu'il est surprenant que luy ny la Répub. ne vouz eussent point advisé, au jour que le courrier est party, du succez et de la victoire remportée par nostre armée navalle sur celle de l'ennemy, et qu'elle avoit esté contraincte de faire voile vers le ponant, n'aiant point d'abri dans leurs costes. Et cela mesme ne vous aiant point esté rapporté par ce religieux dont vostre lettre fait mention, je conclus ou qu'il a esté bien longtempz sur les chemins, ou qu'il n'est point party du lieu qu'il dit; et je suis aussy asseuré de l'une des propositions que vous Testes de ce qui s'est passé aud* combat, y aiant lieu de croire que quelque barque, partie de la Provence ou de la rivière de Gennes, vous aura depuis ce tempz-là fait scavoir le succez de noz entreprises, et les Espagnolz mesme, qui ont intérest de diminuer la réputation que nous avons acquise, n'auront pas manqué d'en donner quelque information au public, de cela mesme, mais soubz des termes peu véritables, et ce seroit beaucoup s'ilz ne faisoient que diminuer leur perte, et qu'ilz n'eussent pas l'affront de se publier victorieux, ce qui pourroit estre autorisé de ce qu'ilz sont demeurez dans les postes : faisant que la seule force d'iceux les a préservez, et qu'ilz ont reffusé d'esprouver leur fortune, après avoir senty les coupz de la mauvaise en la perte d'un bon nombre de leurs vaisseaux, et de plus de sept cens hommes, selon les rapportz que nous avons eus. Cette mauvaise conduicte du duc de Guise et de la Répub. pouvant estre causée parce que l'on n'a pas assez d'expérience des choses du monde, ny les autres assez de lumière pour agir à leur avantage, nous presse de plus en plus de faire partir des gens capables de les conseiller et d'agir

avec eux pour les porter à ce qui leur convient; et celamesme fait trouver à redire que vous ayez tant différé d'y faire aller M. l'abbé de S^Nicolas, lequel néantmoins n'est pas blasmé de s'en estre excusé lorsque vous luy en avez fait faire l'ouverture, ny d'avoir tesmoigné qu'il se tenoit blessé du mauvais traittement que vous luy aviez fait, et de la difficulté que vous apportiez de luy donner communication de la dépesche que vous avez receue sur le suject des affaires de Naples : et certes il ne scauroit estre en tort d'avoir prétendu le droit que la dépesche du Roy luy acquiert, et de scavoir ce qu'elle contient, et de dire son sentiment sur ce qui luy est proposé, car il n'est pas en vostre dépendance pour estre obligé d'exécuter ce que vous luy oi'donnerez (i). J'évite de parler de ce qui le concerne par divers respectzqui ne vous sont pas incognus, et que votre lettre n'a pas fait changer la résolution prise de vous escrire ainsy qu'il avoit esté arresté.

Et, au lieu de m'amuser sur un sujet importun, j'entre en un plus agréable, et pour vous et pour moy, et à vous dire que Sa Majesté a loué le tempérament que vous avez embrassé, ayant à parler au Pape des affaires de la maison Barberine, d'avoir demandé ce qui est désiré par la veufve du P. de Palestrine (2) comme par celuy qui est chargé de celle de M^s ses beauxfrères, mais bien plus la force avec laquelle vous avez dit au Pape que c'est une grâce consommée à l'esgard de Sa Majesté et non une à rechercher, que les choses qui les concernent ; et de fait, le remerciement qu'il a reçu auroit esté sans fondement s'il pouvoit mettre en question si une chose peult estre reffusée ou octroyée, et Sa Majesté, qui a fait vanité d'avoir ce tesmoignage de sa bonne volonté, auroit sujet de se plaindre, si on luy voulloit encores une fois faire achepter ce qu'elle croit avoir très-bien payé, n'y ayant rien qui soit de la valeur des prières et des remerciemens que font les grands princes. Ce qu'on désire, c'est que vous continuyez jusques à remporter la dernière

(1) Il est facile de ■voir que, dans cette querelle entre l'ambassadeur et labbé de Saint-Nicolas, M. de Brienne, malgré toutes ses formules d'amitié et de politesse, ne donne point raison au marquis de Fontenay. Il revient trop souvent, d'ailleurs, sur cette affaire, pour ne l'avoir point vivement sur le cœur.

(2) Taddeo Barberini, mort récemment. — Voir la note 2 de la p. 189.

satisfaction, qui est justement deue à ces M""», le bref ou Tescrit qui les restablist en leurs dignités et en leurs biens, qui annuUe les condemnations qu'ilz avoient encourues, donne secrettement tout ce qui luy est nécessaire, soit pour vendre ou disposer de leurs biens, en la manière qu'ilz voudront, et que les cardinaux, auxquelz ces Messieurs avoient délaissé l'exercice de leurs charges, en facent les fonctions, comme aussy en perçoivent les esmolumentz. L'excuse proposée allencontre n'est pas recevable ; il ne peult avoir des cardinaux désagréables à Sa Sainteté, et vous le luy avez si adroitement dit et avec tant de vérité, ce qui avoit amené le cardinal François en ces quartiers, qu'il en doibt estre resté satisfait. Et je ne doute point qu'il ne se haste de se rendre à Rome, luy aiant envoyé l'extrait de deux de voz lettres, desquelles il pourra cognoistre, comme il est désiré, si ce n'est que la mesfiance qui est ordinaire à ceux de sa nation ne l'en retienne ; mais ayant la protection delà Fi-ance, il me semble qu'il ne doibt rien craindre. Sur le suject des églizes de Catalongne, je vous envoyé un mémoire que M. le Tellier m'a remis, et je m'asseure que vous en poursuivrez l'effect, qui avez ce me semble dit au Pape tout ce qui se pouvoit pour luy faire comprendre que les oppositions formées par le Roy catholique ne le doibvent point empescher d'y pourvoir ; et si l'eslection de l'infant Ferdinand luy est et à ses successeurs un titre légitime sur ce principat, cette faute en la personne du feu Roy nous acquiert sans doute le mesme advantage, d'autant plus que le comté de Foix estoit l'un des prétendants de ce mesme principat, comme des couronnes d'Aragon et de Valance, dont les droictz sont dévolus à Sa Majesté; et ceux-là paroissent si solides aux députez, convenus par le pays pour se faire un Roy, et ne prononceront en faveur de l'infant que parce qu'il estoit de leur nation. Les peuples mesme de la Catalongne en sont en sorte mesme persuadez, qu'ilz nous ont fait prier de ne les point alléger, affm que soit leur volonté plus tost que nostre droit qui nous ayt appelé à leur domination, ce que avons consenti, affm qu'ilz demeurent persuadez que nous ne manquerons point aux conditions qui leur ont esté promises. C'est une double conqueste, quand l'on donne moyen au peuple de Naples de s'asseurer, contre les secours d'Allemagne et de seigneurie, ces provinces

du l'oyaume les plus esloignées de leur ville, et une troisiesme quand on oste une place occupée par un partisan d'Espagne et prétendue par un serviteur de la couronne ; et M. le duc Brachiano ne doibt point douter que si nous avons la fortune que nous espérons, qui sera ou d'establir un Roy ou de former une République de par delà, que nous n'ayons en grande considération ses justes prétentions; et certes ce seroit un avantage merveilleux que la France se peut restablir en ce qui luy est injustement retenu (1).

Sur ce qu'il vous a pieu de mander que le Pape vous avoit paru abatu, on ne s'est pourtant résolu d'adjouster à ceste despesche ce qui a esté retranché des précédentes ; mais on tiendra les choses en tel estât que, si vous nous donnez advis qu'il fust empiré ou menacé de quelque accident, on puisse vous l'envoyer en peu de temps; et il est vray que l'on différera davantage à ce que vous escriviez sur cette matière, à présent que le cardinal d'Aix est de par deçà, qu'on ne faisoit lorsqu'il estoit de par delà.

Un des siens a amené Basqui (2) et quelques autres Napolitains. Je ne les ay point encores veus, mais cela ne tardera pas, et je ne manqueray de vous informer de ce qu'ilz m'auront dit; et croyez-moi que l'on espère. tant de choses de l'armée dudit cardinal en Gatalongne, qu'il aura regret d'avoir différé d'un moment de s'y rendre. Il se voit quelques lettres que

(1) Le duc de Bracciano (Voir-plus haut, p. 22, 78, etc.) prétendait avoir des titres sur les principautés de Venafro etde Celano, queles révoltés de Naples venaient de prendre aux Espagnols. Il espérait profiter de l'inlluence des Français pour recouvrer ses domaines. L'abbé de Saint-Nicolas écrivait de Rome, le 22 janvier 1648, au cardinal d'Est : k Votre Éminence aura déjà sçu que M. le duc de Bracciano a commencé à se faire donner le titre d'Altesse par ses vassaux. » [Négociations, etc., t. V, p. 371.)

(2) L'abbé Basqui avait été envoyé à Naples par le marquis de Fontenay, pour lui rendre compte de ce qui se passait et surveiller, en quelque sorte, le duc de Guise. Il partit en même temps que la flotte, qu'il rejoignit à Piombino, et s'en retourna avec elle à Toulon. L'abbé de Saint-Nicolas écrit à son sujet, le 25 janvier: « Nous verrons comment la négociation de l'abbé Basqui à Naples sera reçue à la cour. Il ne faut pas le condamner sans l'ouïr; mais elle a paru ici un peu impi'udente. Il est allé en rendre compte à M. le cardinal d'Aix, qu'il trouvera en Provence. » {Négociations, t. V, p. 372.)

le duc de Guise eust eu peine de le voir à Naples ; mais j'ay peine d'y adjouster foy, car bien qu'il se comporte mal et qu'il présume peut-estre plus de la fortune qu'il ne debvi'oit, je ne puis croire qu'il se soit emporté en la manière qu'on le dit (1).

J'adjouste que les dispositions présentes me font croire et craindre la continuation de la guerre, et que le mois ne s'escoulera pas que nous ne voyons clairement ce qui succédera à Munster. Ce petit mot servira de confirmation à ce que je vous ay escritau sujet des Napolitains et à réveiller vostre attention sur une affaire de la dernière conséquence, laquelle pourroit bien un jour désirer vostre présence; mais on ne désire pas que vous bazardiez vostre personne, que lorsqu'il y aura toute apparence d'en tirer le dernier profit.

La Reyne aiant voulu que le provincial des Augustins refformez de la province de St-Guillaume de France envoyast de ses religieux pour refformer le couvent de la ville d'Amyens, et un exempt de ses gardes les ayant accompagnez pour les y introduire, Sa Majesté désire que vous agissiez auprès du général desdits Augustins, pour obtenir l'union dudit couvent d'Amyens à ladite province de S'-Guillaume, et affln que cela soit fait par son autorité, sans qu'il soit besoing d'employer ses instances vers Sa Sainteté. Je suis, etc.

Monsieur,

Je m'estois oublyé de vous dire qu'on a eu icy satisfaction de tout ce que vous avez faict à M. l'archevêque de Trêves et

(!) La chose devait être vraie pourtant, car le duc de Guise a écrit dans ses Mémoires : « .... Je dépôcliai à la cour le sieur de Taillade, pour rendre compte de toutes les négociations que j'avois achevées, de la situation où j'avois mis toutes les affaires, de la demande que j'avois faite de tous les secours que me pouvoit fournir l'armée, dont j'avois été entièrement refusé; de la méchante conduite de l'abbé Basqui; des preuves évidentes que j'avois qu'au lieu de servir la France, il n'avoit fait qu'appuyer les intérêts de l'Espagne, travailler à ma ruine particulière, aussi bien qu'à celle de Naples et de tout le pays ; des émeutes qu'il m'avoit suscitées pour me faire périr; de la proposition ridicule qu'il m'avoit faite touchant le cardinal de Sainte-Cécile » {Mémoires du du-cdc Guise, t. I, p. 358.) Déjà

(p. 330) il avait dit presque dans les mêmes termes : « L'abbé Basqui me fit

pour M. le nonce. On vous envoyera bien tost le mémoire qu'on a retenu, auquel on travaille pour y adjouster beaucoup de choses. Ce 4e febvrier 1048, à Paris.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, 14 février 1648 Cl).

Monsieur,

Il n'y a eu que la Reyne et M. le cardinal à quij'aye communiqué l'une de vos lettres en datte du 20e du passé, et il ne leur sembla pas à propos qu'elle le fust, de crainte que M. le duc d'Orléans ne se tienne offensé de ce que vous aviez respondu à Gennaro ; car bien que M. de Guise, en s'oubliant de son debvoir, expose les affaires de Naples à de grands périlz, le consentement que vous donniez qu'on s'asseurast de luy (2), et le conseil de ne l'entreprendre que lorsqu'on seroit asseuré de

une proposition assez ridicule, qui fut de faire donner la protection du royaume de Naples à M. le cardinal de Sainte-Cécile, à quoi je répondis que j'étois trop serviteur de M. le cardinal Mazarin, son frèie, pour consentir à une chose si fort contre sa réputation, qui le rendroit la risée et la fable de Rome »

(1) Reçue le 7 mars.

(2) Le marquis de Fontenay avait donc été jusqu'à autoriser ses agents à s'emparer de la personne du duc de Guise à Naples, et ce dernier ne fait qu'exagérer les justes soupçons qu'il peut avoir, quand il raconte en détail les diverses conspirations que l'abbé Basqui encouragea contre lui, et quand il prétend « qu'il tâcha de le faire tuer dans une émotion populaire, y> ou qu'il s'entendit « avec les conjurés pour résoudre do le

réussir, pouvoient recevoir des interprétations auxquelles vous n'auriez eu garde de consentir, qui pourroient d'autant plus facilement estre embrassées par le Gennaro, qu'il est offensé dudit duc, lequel à la vérité a esté bien vite et a accepté des honneurs et à faire des actions d'aucthorité; et il se pourroit dire qu'en l'une et l'autre de ces choses il s'est abandonné à son ambition, sans avoir consulté sa prudence, laquelle sans doute luy auroit fait remarquer qu'il ne peut espérer davantage que celuy qu'il recevoit par la France, qui pour lors a fait difficulté de se laisser entendre de vouloir un royaume, et qui a esté conseillée, affm de le faire perdre aux Espagnolz, d'appuyer l'intention de ceux qui se sont mis en oppinion de pouvoir fonder une république ; et quand bien ledit sieur duc seroit en celle de s'y pouvoir establir, il est préalable que les Espagnolz soient chassez du royaume, ce que les seules forces du peuple ne scauroient espérer de faire, et par conséquent il debvoit mesnager avec plus de prudence les affections de la France et celle du peuple. Quand celuy qu'on destine de dépescher vers luy, qui est le Plessis-Besançon, y sera arrivé, il y aura lieu d'espérer qu'il modérera sa fougue ; et sa présence fera cognoistre au peuple que c'est de la France qu'il peut attendre son bien, et sur ses lettres on pourra asseoir un jugement solide des instructions dudit duc, auquel cette justice est deuede ne pas croire légèrement ce qui luy peut estre imputé par Gennaro, lequel il a offencé et qui peut bien s'emporter, en l'espérance de donner de si sinistres interprétations à sa conduicte, que cela pourroit obliger Sa Majesté à prendre des résolutions conformes à sa passion; et comme il n'y en a point qui soit si sensible et si vive que la vengeance, pour en jouir il pourroit bien représenter les choses qui se passent de toute autre manière qu'il ne le fait. Pendant qu'on travaille aux instructions et pouvoirs dont on juge debvoir charger ledit Bezançon, on n'oublie pas à faire les derniers efforts pour mettre la flotte en estât de faire voile, et il y a lieu d'espérer qu'elle sera bien plus puissante qu'elle n'estoit lorsqu'elle a combattu.

poignarder. » {Mémoires, etc., p. 33G et 348.) Peut-être aussi que, par un zèle maladroit, Tabbc Basqui outrepassa les instructions qu'il avait reçues de l'ambassadeur.

Car non seulement on radoube nombre de vaisseaux qu'on juge affoiblis, et qui avoient besoing de diverses clioses, qui l'eussent empesché de partir quand elle fist , mais on l'augmente de quelques-uns qui ont esté construitz, et d'autres aussy qu'on a acheptés en Hollande. Et, la saison s'avançant qui permet aux galères de naviguer, les nostres seront du voiage. Avant que l'armée se puisse faire voir, vous aurez eu des nouvelles dudit Plessis-Besançon, qui a ordre de recevoir vos conseils sur touttes les choses les plus importantes, et mesme sur les moindres, s'il peult sans péril les attendre ; et comme c'est l'ouvrage de voz mains que la plus grande partie des choses qui se passent de par delà, le peu d'intelligence qu'on remarque entre vous et le duc de Guise ne peut pas faire qu'on se porte à vous priver de l'honneur que vous devez prétendre en la suitte de la chose. Désormais cette affaire sera soutenue avec plus de chaleur que l'on n'a fait du passé (1).

L'espérance de la paix est passée à mesure que les Espagnolz se sont affermis à prétendre des conditions exorbitantes pour le duc Charles, et que l'on a remarqué que les Hollandois estoient résolus de signer leur traitlé particulier avec eux. Et, bien que . les Espagnolz et Hollandois continuent de dire, les uns qu'ilz veullent conclure avec nous, et les autres continuer leurs offices pour les disposer aux choses que nous pouvons désirer, il est pourtant recognu que ceux-là sont en d'autres pensées, croyant avoir gaigné un advantage qui leur en doibt attirer un nombre d'autres, et nous qui avions esprouvé l'effect du traitté avant qu'il fust signé, sommes en opinion qu'il ne nous sera pas impossible de résister à nostre ennemy en donnant nostre jugement sur les apparences. Nous ozons nous promettre de remporter en la campagne prochaine divers avantages sur luy, lequel sur des chimères pert non seulement l'asseurance de recouvrer un royaume, mais voir clairement qu'il en perdra un autre ; et cela lui semble peu, comme les progrez que peult faire le Turc qui expose la Sicile, pourveu qu'il puisse espérer de reprendre quelqu'une des villes que nous

(1) Nous verrons que la « chaleur » avec laquelle on agit ne fut pas très-grande, et que la mission politique et militaire dont fut chargé M. du Plessis-Besançon n'amena aucun résultat.

avons conquises pendant celte guerre, car de croire qu'il juge pouvoir parvenir h reprendre et les villes et les pays, ny que les HoUandois qui, contre leurs inléretz et le debvoir de l'alliance, fussent pour se joindre à luy, et, au cas qu'il eustréussy en une partie de ses desseins, observassent la paix qu'ilz ont conclue avec luy, il n'y a point d'apparence, et si noz prospérités leur ont esté suspectes, celles de leur antien ennemy leur seront redoutables ; car, pour les avoir recognus souverains, il ne les estime pas moins rebelles. Peu après la signature de leur traité particulier, M. le duc de Longueville s'est mis en chemin pour revenir en court ; et sa résolution n'a pas laissé de surprendre les uns et les autres, qui sont demeurez estonnez d'avoir veu que nous mesprisons ce qu'ilz ont exécuté, et que nous avons déclaré que ce que nous avions consenty, affln que les deux traittez se conclussent en mesme jour, demeuroit révoqué.

Je reviens à la seconde lettre de mesme datte, pour vous dire que Sa Majesté a eu plaisir de voir avec quelle adresse vous avez essayé d'empescher le Pape de s'entremettre des affaires de Naples ; et il luy a semblé que c'est beaucoup faire quand on le retient d'agir, y ayant tousjours lieu de. craindre qu'il est plus Espagnol que François (1); et ceux-là sont en puissance de luy remettre les chasteaux et le mettre en possession de divers advantages que nous pouvons bien offrir, mais qui dépendent de l'événement des choses. Contre ses appréhensions son humeur irrésolue et lente nous asseure, et la cognoissance que nous avons que sa passion dominante c'est d'amasser de l'argent, qui ne peut estre mesnagé en de semblables rencontres; et la signora Olimpia y a un double intéretz, l'un qu'il continue à en amasser, et l'autre qu'il vive. 11 y a toutte apparence qu'elle contribuera ses offices pour le détourner de s'embarrasser d'une affaire aussy espineuse, et le déplaisir qu'il tesmoigne de n'y avoir pris part dans son commencement me semble un pur jeu ; car ses cognoissances et

(1) L'abbé de Saint-Nicolas écrivait de Rome, le 25 janvier 1648 : « L'ambassadeur d'Espagne lève ici des soldats pour envoyer à Naples, et cela publiquement. Toutes choses sont permises aux Espagnols, et à nous rien. » {Négociations, etc., t. V, p. 373.)

ses lumières n'ont point esté offusquées, et il a résisté aux semonces qui luy ont esté faites, soit par la crainte de desplaire aux Espagnolz ou pour s'estre abandonné à son naturel, et c'est sur l'information qu'en ont les Espagnolz qu'ilz luy font les offres dont les vostres font mention. Il sera biennialaizé qu'ilz ne reçoivent de certaines assistances , car le prince Ludovisio (1) estant leur partial, il les leur mesnagera; et il me semble que le Pape juge bien que sa conduite sert d'empeschement à ce qu'il pouvoit espérer de nous, puisqu'en plusieurs de voz dépesches il n'en est point fait de mention.

Je cesse d'escrire pour lire vostre lettre du 27e de janvier, qui me fust rendue dez hier au soir, lie du courant, et j'y feray response dez que j'en auray fait la lecture à Sa Majesté. A l'avance je puis vous dire que l'on travaille fort et ferme à œquiper sa flotte, et desjà je vous l'ay escrit, qu'on est bien persuadé qu'il sera difficile, voire impossible, d'establir une république dans un pays remply de nombre de seigneurs et de plusieurs bonnes villes accoustumées de vivre sans despendance de la capitale, et que dans celle-là la liberté n'est proposée que par le vil peuple et non pas désirée par les notables bourgeois ; mais, comme vous l'avez sagement remonstré au Pape, il est préalable d'en chasser les Espagnolz devant que de délibérer d'y establir une foi'me de gouvernement ; et peutestre les peuples appréhendroient autant la subjection de l'Église que de rentrer soubz la domination des Espagnolz, contre laquelle ilz n'ont pris les armes que pour ne pouvoir souffrir l'excez des gabelles et impositions dont ilz estoient surchargez, qui ne diminueroient pas guères sy l'Église y seigneurisoit. Mais de leur laisser croire qu'on les y veust assujettir, ou leur donner un Roy, c'est ce me semble beaucoup bazarder, et peut-estre forcer la répubUque de Venise de se joindre aux Espagnolz s'ilz entroient en appréhention que l'Église de son fief voulust faire son domaine ; car sa puissance luy estant

(1) Grand personnage romain, dont le duc de Guise a dit, dans ses Mémoires: (( Il n'y eut pas jusqu'au prince Ludovisio, tout zélé qu'il ait toujours paru pour l'Espagne, qui ne me recherchât, appréhendant autrement la perte de sa principauté de "Venosa, ce qui me faisoit juger qu'il reconnoissoit mes affaires en hon état. » {Mémoires du duc de Guise, édit. Petitot, t. II, p. 84.)

suspecte au point que vous scavez, ilz seroient capables de diverses choses, b'il leur tomboil en la pensée qu'il fust en celle de s'accroistre. Ce qui me fait peine encore, c'est que le Pape parle si librement contre la liberté, estant à craindre que malicieusement il ne fasse scavoir au mesme peuple que vous la condamnez et que cela ne serve de moyen pour les réconcilier avec leur antien maistre. Il ne me scauroit rien estre imputé de le soubçonner; c'est sur l'information que vous m'avez donnée de ses inclinations et de sa duplicité que je m'y porte, et Dieu veuille qu'en ce rencontre il justifie le passé, en sorte qu'on soit obligé deluy faire des excuses des jugemens qu'on a portez contre luy.

Je ne doute point que Sa Majesté ne soit très-contente de ce que vous avez pressé pour la satisfaction de Mrs les Barberins ; ilz méritent la protection de cette couronne par les asseurances qu'ilz ont données de la servir et par les moyens qu'ilz en ont, car leurs créatures sont nombreuses ; et voyant le chef de la faction soutenu d'une puissante couronne, il y a lieu de croire qu'ilz ne s'en sépareront pas.

Je sousligneray dans vostre dépesche l'endroit qui fait mention de ce qui debvoit estre entrepris contre le duc de Guise, le([uel, selon qu'il m'est rapporté, n'a pas plus de confiance au bailli qu'en vous. Celuy-là se plaint de n'avoir point eu de voz nouvelles, comme vous vous plaignez d'avoir esté privé des siennes. L'un et l'autre trouvez vostre excuse sur les vents qui ont régné pendant que l'armée a esté devant Naples, et il n'en est pas quitte à meilleur marché que vous, car il a esté blasmé de ne vous avoir pas dépesche ; et, pendant le tempz qu'il a séjourné à Portolongone, et que l'ancre estoit mouillé soubz la forteresse, il luy estoit facile de dépescher à Rome. Il est vray qu'il est excusable parce qu'il n'avoit point reçeu noz ordres, et que, vous les ayant adressez avec un bien particulier de luy envoyer la copie du mémoire qui vous avoit esté adressé, et que c'est la seule chose qu'il avoit receue.

Peut-estre que par l'arrivée du gentilhomme de M. de Guise (1)

(1) Ce gentilhomme était M. de Taillade, que le duc de Guise envoyait à la cour, et qui passa par Rome le 21 janvier pour remettre des lettres de son maître au marquis de Fontenay. Il n'arriva guère à Paris qu'au milieu ou même à la fin de février.

dont la vostre fait mention, et qui n'est pas encores en cette ville, entendez au jeudy bien tard, nous scaurons des choses qui nous tii'eront de diverses peines ; et à l'avance il peut se dire que, puisque ledit duc dépesche deçà, qu'il n'est pas dans les pensées de travailler pour sa grandeur, mais pluslost pour celle de cette monarchie.

J'aurois achevé, n'estoit que je suis obligé de vous dire que, vostre lettre ayant esté leue, il a semblé que vous preniez beaucoup de confiance au Pape, en luy déclarant bien nettement ce qui peut estre de nos intentions sur la forme du gouvernement qui sera à establir à Naples ; et, bien que vous puissiez faire valoir ce que vous avez entrepris sur la raison que vous en avez alléguée, qu'il est utile de luy applaudir, affm que l'espérance et le plaisir qu'il prend des choses de l'avenir de ne rien faire le tienne en cette disposition, ce qui n'est pas un des moindres avantages que nous aïons à rechercher, si est-ce que ne pouvant en tirer pour les Espagnolz, ainsy que je l'ay desjà remarqué, cela a donné lieu de dire et de remarquer qu'il ne scauroit nuire d'estre très-retenu avec luy, ce que je ne vous escrirois pas avec la liberté que je fais, si je n'estois asseuré que vous l'aurez agréable, et que l'amitié qui est entre nous m'en a acquis le droit, ce que vous ne tesmoignerez à personne, et vous contenterez de faire vostre proffit de ce que je vous demande en confidence.

Il n'a pas desplu de voir que le Pape ait enfin consenty de pourvoir de l'abbaye de S'e-Croix de Verdun le filz de M. le premier président, et l'on eust seulement désiré qu'il eust octroyé celle de Chancelade à l'abbé de Paluau (1). Toutes fois, l'aiant conféré au cardinal d'Aix, on ne laisse de luy en estre obligé, soubz l'espérance que l'on a qu'il admettra volontiers la résignation qu'il en fex'a au profit de l'autre ; et n'y aiant plus de suject de le presser ny de l'une ny de l'autre de ces grâces, parce qu'elles sont achevées, vous ne luy en parlerez point, si ce n'est que M. le cardinal vous en prie pour faire un remerciement de celle qu'il a conférée à son frère.

(1) C'est sans doute Gilbert Clérembault de Palluau, maître de Chambre d'Amie d'Autriche, mort évêque de Poitiers en 1680, et frère du maréchal de ce nom, mort en 1665.

Aiant esté prié par l'amb»' de la Religion de S^-Jean de vous escrire que Sa Majesté a en telle vénération leur ordre qu'elle ne peut désirer qu'on enfreigne les règles, affin que ce vous fust une excuse à l'endroit de ceux surtout de la langue d'Italie, qui vous prient de les favoriser en diverses prétentions qu'ilz conservent, soit pour obtenir des titres ou des commandes ; et voulant particulièrement réduire sa demande à parvenir qu'il n'en fust faicte aucune sur l'instance du cardinal d'Est, je luy dis que vous en aviez desjà esté recherché, et que les grandz services que cette couronne reçoit de sa maison, et les qualitez qui sont en sa personne vous avoient convié à passer desjà cet office, mesme que le Pape, sans y apporter beaucoup de difficulté, s'estoit disposé de luy complaire, que je ne lairrois pourtant d'escrire selon son désir, à l'effect qu'il en pouvoit désirer pour les choses futures, et certes, sans de grandes considérations, il n'y a pas lieu de demander des grâces qui sont de préjudice assurées à un tiers. Pour celles qui ne blessent personne, j'estime qu'on s'en peut dispenser et que les chevaliers n'y trouveront jamais rien à redire. Cette matière m'oblige à vous remercier du soing que vous voulez prendre d'une qui concerne l'un de mes enfants, qui est receu dans leur sainte compagnie.

Et pour revenir aux affaires, j'ay à vous dire que l'office que vous avez passé en faveur des Barberins a satisfait Sa Majesté, qui croit que le cardinal de ce nom est desjà arrivé à Rome ; et il semble que ce soit la fortune qui face le Pape malade, et l'espérance de plusieurs de luy succéder les obligent à le rechercher d'amitié et l'assurer de leurs services, pouvant de soy et de ses créatures leur estre utile, surtout s'ilz n'ont point la France opposée ; car il est pour constant qu'il ne se portera qu'aux sujects qui peuvent estre agréables, et ce n'est pas peu de fortune que dans ses créatures il s'en trouve de passables, et qui seront très-agréables à Leurs Majestez.

11 leur a esté mandé que les Espagnolz ont fait de grandes offres au duc de Guise, qu'ilz ont recherché le connue Colonne (1) de les servir, et à faire des levées et assister don

(1) Grand seigneur romain qui inclina un instant du côté du duc de Guise. « Le connétable Colonne, a écrit ce dernier, me fit offrir, si je vou-

Joan de ses conseilz, qu'il s'est excusé avec adresse, leur faisant reproche du peu de considération qu'ilz ont eu pour luy, et l'aiant voulu picquer de quelques apréhentions, que quelques terres qu'il possède ont esté investies à ceux de son nom et de sa maison par les roys d'Espagne, qui en ont spolié les Ursins, et que ceux-cy ne peuvent espérer moins de la France, pour le service de laquelle ilz les ont privez, que d'y estre restabliz ; qu'il leur a dit qu'il ne se deffieroit point qu'elle fust capable de commettre de pareilles injustices, et qu'il avoit en sa maison des investitures concédées par le roy Charles Ville, qui estoit une marque de l'affection qu'il avoit eue à ceux de son nom. Ces responses si mesurées ont obligé Sa Majesté de consentir que par celle que receuvra la princesse de Palestrine (car c'est elle qui a donné cognoissance de ces choses), il soit dict que le connétable Colonne peut faire capital de l'amitié de Sa Majesté, pourveu qu'il la veuille mériter, et essayer par cette voye de l'attirer dans nostre service. Si lui ou sa fille ne vous recherchent d'escrire en leur faveur, vous ne leur ferez pas cognoistre que vous sachiez l'avance que cette dame a faicte, que je n'ai deu vous sceler, afin que, si l'occasion se présente de leur faire plaisir, vous vous y portiez, ce que vous n'auriez peut-estre pas faict, les jugeans Espagnolz comme ils l'ont paru du passé.

Je n'ay pas oublié de faire remarquer ce que vous avez escrit à l'avantage du cardinal Ursin, et je serois trompé si, aux occasions qui s'offriront, il ne ressentoit des effects de l'estime qu'on a de luy, et comme c'est un cardinal de grand nom et de grand talent, selon l'information que vous en donnez, il y aura plaisir et avantage de le servir. Si l'on poursuivoit à Rome des bulles de l'abbaïe de S'e-Glossine de Metz, sur une eslection des filles, vous vous y opposerez ; elles ont eu la hardiesse d'y procéder sans en avoir faict demander la permission, et les

lois par quelque confiscation le dédommager du bien qu'il avoit en Sicile, de venir me trouver quand je monterois à cheval, et faire auprès de moi la charge de connétable du royaume. » {Mémoires du duc de Guise, t. II, p. 81.) — La princesse de Palestrine, veuve de l'ancien préfet de Rome, Taddeo Barberini, était de la famille des Colonna. Il n'est donc pas étonnant qu'on se servît de son influence pour engager plus avant le connétable Colonna dans les intérêts français.

trois dernières abbesses aiant esté pourvues sur la nomination des roys, Sa Majesté s'est acquis le droict d'y nommer. C'est ainsy que parlent les officiers de Sa Majesté de la ville de Metz, qui pourroient bien avoir donné force de nomination à un consentement ou à une prière faicte de la part du Roy en faveur de celles qui ont esté pourveues ; mais quand le droit du Pape seroit estably, et le concoi'dat germanique reçeu en sorte que l'on peut pourveoir, ou les autres eslire, en une ville aussy jalouse que celle-là, on auroit peine de consentir d'y voir une personne en authorité, sans qu'elle fust confidente et agréable; et il semble que l'on soit en disposition d'y porter M'"e de Villefranche, religieuse professe de Xainctes, de vie exemplaire et de la maison de Candale.

Il a mal réussy aux Espagnolz d'avoir vouleu entreprendre sur Courtray : ilz y ont perdu plus de six cens hommes, et entre iceux nombre de bons officiers, et comme c'est dès le commencement de l'année que la fortune se fait voir de nostre costé, nous devons espérer de grandes choses dans la durée. M. de Palluau (1) a acquis beaucoup d'honneur en la vigoureuse deffense qu'il a faicte, et il y a lieu de croire que les Espagnolz n'auront plus la pensée de le surprendre, aiant à leur dommage esprouvé qu'il a la vigilance, comme les autres parties d'un homme de guerre.

Il m'est mandé de la Haye que plusieurs des plus sages blasment la précipitation en laquelle se sont laissez emporter leurs députez, et, pour désirer la paix, ilz ne laissent de considérer que l'union, sans leur estre garantie par la France, ne leur est pas seure. Ainsy il pourroit bien arriver qu'ilz ne se hasteroient pas de donner la ratiffication de leur traicté que celuy d'entre les couronnes ne fust conclu, et qu'avant le jour qui auroit esté concerté pour faire l'eschange des leurs. Néantmoins comme la conduicte de ces Messieurs a esté irrégulière, il fault tout craindre et peu se promettre de leur part, d'autant plus que l'on se trouve exposé à deux inconvéniens, qui se-

(1) C'est Philippe de Clérembault, marquis de Palluau, plus lard maréchal. En 1648, lieutenant général dans l'armée du prince de Condé en Flandre, il laissa prendre Courtrai, qu'il avait si bien défendu une première fois, et il eut ensuite le gouvernement de la place d "Ypres.

roient se taire et dissimuler avec eux, ou bien s'emporter dans les paroles qu'un juste ressentiment peut demander de la mauvaise foy, dont ilz ont usé avec nous. Et l'un peut causer autant de mal que feroit l'autre, car ilz auront peine de croire que nous commandions si avant, sans conserver le désir de nous tenter ; et prenant l'autre party, les exemples du passé nous donnent une juste apréhention qu'ilz ne se détermineront à mettre le feu aux bastimens qu'ilz ont construits et à achever par une insigne infidélité toutes celles esquelles ilz sont tombez. L'ambassadeur a eu ordre de leur faire sentir que le procédé de leurs députez ne peut estre excusé, ny le leur, s'ilz ne le réparent. Dieu veuille que cela face un bon effect. Sans doute les Espagnolz, qui ne se sentent pas delà rage qu'ilz ont d'avoir porté les Hollandois à l'infidélité qu'ilz ont commise, seront bien surpris lorsqu'ilz scauront que Bavières et Mayence ont dépesché vers l'Empereur, le premier pour le sommer de sa parole et luy faire reproche de ce qu'il ne l'a pas accomplie, ne s'estant porté à joindre ses forces aux siennes que sur celle qu'il luy avoit donné de faire la paix dans trois mois, et que s'il ne prescrit qu'on la signe sans faire difficulté ny aux choses consenties, ny pas mesmes aux demandées, qu'il est résolu de songer à ses affaires, et l'autre luy fait cognoistre qu'il ne peut se séparer des sentimens du premier. Si cela nous est mandé par l'un et par l'autre, soubz l'espérance de faire retarder nostre marche, ce que Bavières insinue adroitement, priant qu'on ne précipite rien, il se sera mescompté. L'ordre de la marche est arresté, celuy à Thurenne de joindre Wrangel donné, et il n'y a rien qui puisse empescher que Bavières ne soit exposé au dernier péril, qu'en le prévenant par la prompte conclusion de la paix; et il faudroit qu'elle fust arrestée dans ce mois, ou il y aura toute aparence qu'on combattera. Sans rien enchérir, l'armée des confédérez sera plus de 30 mille liommes ; au moins ce sont les avis de M. de la Cour, qui a peu voir une bonne partie de ses forces. En peu de jours nous serons esclairciz de bien des choses, et nous ne scaurions tarder de scavoir la résolution qui aura esté prise en Angleterre contre leur Roy, et si l'Ecosse aura assez d'honneur pour essayer de relever sa fortune abattue, dont ilz se vantent et le luy laissent espérer. Je tiens que le bruict qu'ilz en font n'est que pour se

faire paier de ce qui leur est deu; mais quelques-uns qui ont beaucoup de cognoissance de ce qui se négocie sur les affaires sont d'un autre sentiment. Je suis, etc.

Le sieur Taillade vient d'arriver. Je vous feray response par le prochain ordinaire.

Signé : De Loménie Brienne.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, 21 février 1648 (1).

Monsieur,

Je serois trompé si M. du Plessis-Besançon et le gentilhomme dépesché par M. de Guise tardoient plus d'un jour ou deux à partir (2); et, non seulement moy, mais les plus intelUgents, si

(1) Reçue le 14 mars.

(2) Les pouvoirs et les instructions donnés à M. du Plessis-Besançon doivent être du 21 février lô48. Du moins, les diverses lettres qui lui furent confiées pour « les chefs du peuple napolitain, » pour le duc de Guise, pour le duc Carlo Brancaccio, pour le « sieur Annésé, « et que les Mémoires de Modène nous ont conservées (t. I, p. 103 à 166), sont toutes datées de ce jour, La lettre du Roi au duc de Guise est ainsi conçue :

. Pans, 21 février 10^8.

« Mon cousin,

« Comme j'étois sur le point de faire partir pour Naples le sieur Duplessis-Besançon pour l'objet qu'il vous dira, le sieur de Taillade est arrivé et m'a rendu la lettre par laquelle vous me donnez part de l'élection qui a été faite de votre personne pour duc de la République napolitaine. J'ai été bien aise d'apprendre cette nouvelle, qui est une marque particulière de la

l'affaire de Naples ne se rectifioit; car bien que M. de Guise soit persuadé que la république de ses seules forces, sans estre assistée ny d'armée de mer ny de terre, soit capable de chasser les Espagnolz du royaume, si est-ce qu'il fault asseurer qu'il suivra les conseilz qui luy seront donnez ; et il y a bien de l'apparence que, s'il entre dans ce sentiment et qu'il change le premier en sorte aussy que les peuples y entrent, qu'ilz voudront dépendre de cette couronne, je ne dis pas en qualité de subjetz, c'est un pas où la raison les doit mener, dont ilz ne sont pas encores capables, mais pour ce qu'ilz recognoistront que, sous des forces estrangères, il seroit difficile de chasser les Espagnolz. Je vous ay cy-devant mandé les ordres qui avoient esté donnez aud. sieur duPlessis; ilz ne scauroient estre changez, et l'on veut que, selon les instructions dont il sera porteur, il agisse, qu'il face valoir le nom et la personne de Mons. de Guise, et qu'il l'empesche de s'esloigner de l'affection de cette couronne ceux qui premièrement sont confédérés, et qu'il ne prenne aucune résolution importante sans avoir communiqué et reçu vos advis. On désire aussy que vous les participiez à M. le cardinal Grimaldy, duquel la suffisance vous est cogneûe, et qui, par diverses intelligences qu'il s'est mesnagées depuis un longtempz dans le royaume, peut beaucoup

satisfaction que le peuple a de vous, et de l'estime qu'il en fait avec raison. Il ne manque à mon contentement que de voir les avantages qui vous arrivent plus solidement établis, ce qui, ne pouvant bien être que les Espagnols ne soient hors du royaume, ou au moins hors des postes qu'ils occupent dans la principale ville, vous devez être assuré que je ne laisserai rien en arrière de tout ce qui sera en mon pouvoir pour vous donner moyen de les en chasser et de rehausser votre gloire et votre mérite auprès des Napolitains. La générosité avec laquelle vous avez exposé votre personne à travers tant de périls, et l'affection que je vous porte, sont deux motifs si puissants pour m'y convier fortement, que quand je n'aurois pas d'ailleurs l'intérêt que j"ai de voir un si bel État hors du pouvoir de mes ennemis, ils seroient seuls suffisants pour m'obliger à vous assister autant que vous me témoignerez en avoir besoin ; sur quoi me remettant et sur toutes les autres choses au sieur Duplessis-Eesançon, que j'ai très-particulièrement informé de mes intentions, et après vous avoir assuré de ma bonne volonté, je prie, etc. »

On ne peut s'empêcher de remarquer combien le ton de cette lettre contraste avec celui des dépêches. Pourquoi encourager ainsi le duc de Guise, si au fond on le poussait à sa ruine'.'

contribuer à y avancer le service du Roy. M'aiant esté commandé de vous escrire bien positivement cecy, il me pourroit rester quelque soubçon qu'il a paru entre vous et ledit cardinal quelque froideur ; mais n'en aiant point eu d'a,vis, je puis me tromper, et c'est sans doute un effect de prudence de prévenir ce qui pourroit causer du mal (1).

Enfin nous avons eu la nouvelle de la signature du traité entre les Espagnolz et M^s les Estatz. La publication n'en a pas esté agréable à toutes les provinces, ny mesme à touts les membres de celle de Hollande, et sans doute les Espagnolz ne rencontreront pas les avantages qu'ilz s'en estoient promis, et auront du regret de s'en estre trop flattez, et de l'avoir préféré à celuy qu'ilz pouvoient avoir en concluant avec nous. Hz ont baillé un acte portant que toutes choses demeureront en estât pendant deux mois ; mais nous ne le considérons pas pour beaucoup, et hors que les Espagnolz diminuent de leurs prétentions sur le fait de la Lorraine et qu'ilz apportent facihté sur les autres pointz indécis, nous continuerons la guerre, faisant voir que pour avoir désiré que Mi» les Estatz ne fissent rien qui leur peust estre reproché ny qui leur feust préjudiciable, ce n'a pas esté pour juger que nous ne la peussions continuer avec espérance de bon succez sans eux. Les médiateurs ont été surpris quand ledit acte leur a esté communiqué. De l'aveu mesme de nos parties, nous n'avons rien consenty sur la Lorraine ; et il y a bien de l'apparence que, dez le moment qu'ilz seront bien résoluz à faire la paix, que la considération du duc Charles ne les arrestera pas. Que leur importe que Nancy soit fortiffié, s'ilz n'ont point de dessein de rentrer en guerre, au lieu qu'à nous, soit pendant la paix ou la durée de la guerre, il nous est de la dernière importance. Ce que je pourrois ajouster seroit superflu, et j'aurois suject de craindre

(l) Il y avait eu, en effet, une certaine froideur entre le cardinal Grimaldi et l'ambassadeur, et cela semblait se rattacher à la querelle concernant l'abbé de Saint-Nicolas, dont il a été déjà souvent parlé. Cette dépêche arriva à Rome le 14 mars, et le 30 ce même abbé de Saint-Nicolas écrivait à M. Bentivoglio : « M. le cardinal Grimaldi a maintenant grande part dans les alfaires, et il a fallu que M, l'ambassadeur en soit enfin venu là. Toutes choses n'en iront que mieux ; mais on a fait des fautes essentielles, qui ne sont pas aisées à réparer. » {Néç/ociations, etc., t. Y, p. 424.)

que je perdrois l'occasion de faire partir ma dépesche. Trois heures sont sonnées que j'escris ; et il fault du tempz pour la chiffrer et mettre au net.

Je suis, etc.

Monsieur,

Outre la lettre du Roy et la particulière qui seront cy-joinctes, sur les sujects du sr Flotté, je vous recommande encores par celle-cy les intérestz des PP. de l'Oratoire, et vous adresse encores un mémoire touchant le sf Eudes, dontles prétentions et les desseins semblent peu raisonnables. Vous tiendrez, s'il vous plaist, la main à ce que les PP. de l'Oratoire d'Avignon soient admis dans la Maison de S'-Louis, ensemble le P. Xphld (1) du Puy, qui est de cette congrégation, quoy qu'il soit de la suite, pourveu que luy et les autres en aient l'ordre de leur général. Vous aurez, s'il vous plaist, agréable de faire rendre au général des Augustins la lettre qui sera cy-joincte, et, en cas qu'il ne soit pas à Rome, la faire donner au procureur général de cet ordre, qui prendra le soing de la luy faire tenir.

Signé : De Loménie Brienne.

Paris, 28 février 1648 (2).

Monsieur,

Je pouvois et devois, il y a aujourd'hui huit jours, accuser la réception de vostre lettre du 23e du passé, dont vous aviez

(1) Ce nom est ainsi écrit; nous ne savons qui il désigne.

(2) Reçue le 21 mars.

chargé le s"" Taillade, l'aiant receûe dez le 14e du courant ; mais je jugeay qu'il seroit mieux d'attendre qu'il eust pris les commandementz de Sa Majesté pour partir. Je dois aussy vous faire scavoir que la vostre du me du présent m'a esté rendue dez le xxiiie. Je feray response à l'une et à l'autre. De crainte de m'en oublier, je commenceray par vous dire qu'il n'y aura pas de mal, quand vous voudrez ou blasmer la conduicte du duc de Guise ou vous descouvrir de ce qui seroit de faire pour ruiner l'hauthorité qu'il croit s'estre acquise, que ce fust dans une lettre séparée de celle en laquelle vous rendez compte de toute chose, parce qu'aiant à les lire en plein conseil, on se trouveroit quelques fois en peine comment le faire, et ne point laisser de lieu à M. le duc d'Orléans de se plaindre (1), bien que vous soiez porté d'autre mouvement que de celuy du service ; cela, s'il vous plaist, ne vous passera point. Et pour revenir au suject de ma lettre, vous aurez à scavoir que bien que Taillade ait faict cognoistre que les espérances de M. de Guise ne sont pas de petites, qu'il présume mesme se pouvoir passer de l'assistance de ceste couronne pour en faire perdre une au roy d'Espagne, on a en sorte mesnagé ce gentilhomme et son secrétaire qui s'en va le trouver, qu'on croit qu'il sera persuadé qu'il peut espérer toutes sortes de choses, demeurant dans le service de S. Mté, et que, sans l'assistance de la France, ny Naples ne peut estre enlevé aux Espagnolz, ny luy y prendre aucun avantage. Comme l'on juge que le solide ne se peut espérer que par la force, et de se rendre supérieurs à celles de merde Tennemy, on travaille pour remettre la flotte en estât départir; et le général des galaires seroit trompé, si nous n'en mettions au moins vingt à la mer. L'ordre qui sera donné à celuy qui commandera l'ai'mée sera de faire le possible, et mesme l'impossible, pour ruiner la flotte d'Espagne ; mais tant qu'elle aura abry soubz les chasteaux, cela receuvra de grandes difficultés. Il est vray que les galaires donneront des facilitez, qui laisseront espérer d'y pouvoir réussir, puis^qu'après qu'on auroit faict l'efTect contre l'armée ennemie, à leur aide les vaisseaux pourront

(1) On se cachait, comme Brienne l'avoue déjà dans une dépêche précédente, des amis du duc de Guise, et particulièrement du duc d'Orléans: ce qui démontre bien le peu de franchise de toute cette politique.

estre tirez du golphe ou au moins esloignez des endroits où le canon des chasteaux les pourroit incommoder, ce qu'ilz ne pouvoient espérer, si le vent eust cessé ou continué à tirer de la mer, lorsqu'ilz y ont combattu, et c'a esté une des raisons que ceux qui l'ont commandée nous ont dite pour s'excuser de s'estre si promptement retirez dudit golphe, aiant bien ordre de deffaire l'armée ennemie, mais de ne pas exposer celle de Sa Majesté à un péril asseuré. Les autres raisons de leur retraicte vous ont si souvent esté mandées qu'il seroit inutile d'en plus parler. Ce qui suit, qui vous sera de consolation, ne doit pas estre oublié; et, pour avoir esté escrit plusieurs fois, vous n'en aurez point de desgoust : que M. Duplessis-Besançon a ordre de conserver avec vous et avec le cardinal Grimaldi une estroite intelligence, et ne rien entreprendre sans vous l'avoir communiqué. Vous scavez ses instructions, et mesme avant luy, puisqu'elles ne sont autres que le double du mémoire qui vous a esté envoyé, et de ne rien faire qui lève au peuple l'espérance d'estre soustenuz, s'ilz veulent se mettre en liberté, ny qui donne aux grands du desgoust, comme si on les vouloit assujetir au peuple, mais essayer comme vous avez sagement commencé de laisser espérer à ceux-cy que l'Estat ne changera point sa forme de gouvernement sans faire exclusion au Roy de le garder, ny sans s'en exprimer, en sorte qu'il peust estre creu que c'est sa pensée, n'en ayant point qui ne cède h celle qu'il fault avoir d'en priver les Espagnolz.

Jusques à ce que les affaires soient au point où on les pourroit désirer, ne croyez pas qu'on se contente que le Pape demeure neustre. C'est bien tout ce que l'on peut promettre de luy, et, comme vous l'avez judicieusement remarqué, qui luy reprochez de n'avoir pas assez appUqué à ceste affaire, ne tend qu'à y maintenir les Espagnolz, lesquelz s'éjouissent du peu d'intelligence qui se passe entre le duc de Guise et Gennaro. Mais si, à l'arrivée dud. sieur Duplessis, l'un se modère et que l'autre y prenne confiance, celle dont ilz font parade diminuera, et vous verrez qu'on préjugera aussy mal du succez de leurs affaires que l'on faisoit du passé.

Il seroit difficile de rien ajouter à la prévoyance que vous avez eue pour rasseurer l'esprit du Pape contre les apréhensions qu'on luy vouloit donner de l'esprit avec lequel le car-

dinal Barberin s'achemine ù Rome ; et il doit d'autant plus ajouster de foy que les intérests dudit cardinal et les nostres y concourent, car outre que sa présence rendra faciles diverses choses qui luy ont esté jusqu'à présent refusées, il nous est de la dernière importance qu'il soit à Rome, si S. S. venoit à mourir, et pendant la durée de sa vie, affm d'affermir ses créatures en sa dépendance

Sur les autres poincts contenuz en vos dépesches, vous trouverez bien que je n'y appuyé pas; c'est un mal que favorisent les Espagnolz qu'ilz trouvent des gens qui veuillent achepter le bien d'autruy, et qui, pour tout droit, prennent l'usurpation des Espagnolz, et pour seureté l'assiette des places ; mais ne vous estant pas facile d'y remédier, il faull quelques fois dissimuler nostre ressentiment. Néantmoins le prince Thomas, ayant fait cognoistre aux Génois que l'acquisition de Final offenseroit le Roy, et qu'on conoist bien qu'il leur seroit plustost remis pour asseurance des sommes qu'on désire d'eux que pour leur en avoir fait une rente, ilz pouront peut-estre ne plus songer à l'acquérir ; et sur les plaintes réitérées qui leur auront esté faictes de ce que leurs mers ne sont plus nettes et asseurées, et qu'on y fera le cours, s'ils n'empeschent les Espagnolz d'y courir, il reste lieu d'espérer qu'ilz feront les dihgences nécessaires pour empescher la continuation des désordres qui ont donné suject à la plaincle.

Il avoit cy-devant esté concerté que les lettres d'Espagne pour ritahe pourroient passer par la France, mesme leurs courriers, pourveu que les nostres pour Rome et Venize eussent la liberté de traverser le Milanois, et à la charge que lesdites lettres ou courriers n'entreroient que par Rayonne, viendroient à Paris, et puis iroient à Lion ; mais cela n'est pas en sorte estably qu'il ne soit aisé d'en l'ompre le traicté, à quoy je m'appliqueray, après en avoir conféré en particulier avec M. le cardinal, puisque vostre lettre nous fait voir qu'il y a raison de s'y porter.

J'aurois achevé, si un mémoire qui m'a esté baillé de la part de M. l'Électeur de Trêves ne m'obligeoit à continuer cette lettre. Il se plainct de ce que le nonce qui est en Allemagne, sans déclarer si c'est celuy qui réside en la cour de l'Empereur ou qui est à Munster, sur lequel le soubçon est tombé pour les

raisons que je vous diray cy-après, sur un faux-donné à entendre d'aucuns de ses chanoines, a excommunié son officiai et son fiscal, et permis aux troupes impériales et espagnoles de tenir la main à l'exécution de la sentence, que les mesmes chanoines ont ozé mettre soubz la protection d'Espagne sa ville, au préjudice de son autorité et de sa souveraineté, et qu'ilz songent de s'assembler pour procéder à l'élection d'un coadjuteur. Il ajouste qu'il est résolu de les contraindre par la voye des armes de résider, et par la mesme d'empescher que le roy d'Espagne ne prenne aucune autorité sur la ville ; vous jugez bien de quelle importance il est à cette couronne que les désordres cessent et que ce bon prince, qui a souffert pour y avoir de l'attachement, finisse ses jours en paix. C'est pourquoy Sa Majesté désire qu'aiant mandé son résident qui est à Rome et de ses mains pris l'instruction exacte de ce qui s'est passé en Allemagne, et de ce qu'il peut désirer pour sa consolation, que vous passiez toutz les offices que vous jugerez raisonnables, pour faire faire defi"enses audit nunce de ne point soustenir les inférieurs contre leur supérieur, faire révocquer l'excommunication prononcée contre les siens, et quand il y faudroit ou persister ou retomber, ne point engager les Impériaux et les Espagnolz à l'exécution du jugement qui a esté ou seroit rendu, car ce seroit donner matière à une guerre, la France estant engagée à la protection et à la deffense de ce prince, et de s'opposer à ce que la ville capitale de son archevesché ne soit soubz autre protection que la sienne, ny que pendant la vie de l'archevesque, si ce n'est de son consentement, on procède à l'élection d'un coadjuteur, ny, luy vivant ou décédé, qu'il se face eslection au lieu accoustumé; et la liberté qu'ont eue ceux de Mayence de procéder à la leur faict voir qu'il n'y a rien à craindre de nostre part, de manière que si les chanoines poursuivoient un bref, ou pour eslire présentement un coadjuteur, ou pour se pouvoir assembler en une autre ville qu'en la métropole, soit du vivant ou après le décez de l'archevesque pour eshre, que vous vous y opposiez, faisant cognoistre qu'il en peut arriver divers accidents, car enfin nous avons garnison dans le fort qui assure le pont, et il nous sera toujours facile d'y en faire recevoir dans la ville, de sorte qu'il nous sera aisé d'empescher la prise de possession à qui auroit esté esleu

hors le lieu destiné, et d'y maintenir celuy qui l'auroit esté en la forme prattiquée d'accoustumée par le nombre de chanoines qui seroient en la ville. Ce qui donne lieu de soubçonner Chisy plustost que le nonce qui est à la cour de l'Empereur, c'est que sur les informations qu'il a données à Rome de ce qui se passoit à Munster, il s'est faict envoyer un bref duquel nous avons eu la coppie, en vertu duquel il a escrit aux catholiques de demeurer uniz entre eux pour la defTense de la religion et de l'Empereur, ce qui est aussy esloigné du devoir du médiateur qu'offenceant la couronne de France, qui a pris avec tant de chaleur la defTense des ecclésiastiques, et de leurs biens que les Impériaux et Espagnolz ont essayé d'en proficter envers les protestans, leur déclarant qu'ilz estoient prests de leur accorder tout ce qu'ilz demandoient, mais que les François s'y opposoient. De cela, comme de nous accuser de n'avoir pas voulu la paix, parce que nous n'avons sceu consentir la restitution de la Lorraine, les places demeurant forliffiées, il est aisé de cognoistre sa partialité, que s'il luy avoit pieu de dire que les Espagnolz l'ont rejectée, ne voulant pas profficter de ce que la France s'estoit disposée en faveur du duc Charles, il auroit fait justice, et auroit donné le tort à qui l'a mérité. S'il luy avoit pieu d'ajouster que luy, aussy bien que ce Contarini, et les ministres de Holande, avoient tousjours assuré que ce point ne receuvroit aucune difficulté, et qu'il y en avoit cinq non terminez qui n'estoient pas de moindre conséquence, et sur lesquelz nous n'avions consenty des arbitres que pour faire voir la facilité que nous apportions à la paix, sur ce présupposé, d'autant mieux fondé que sur le sixième il nous seroit donné contentement que l'on n'avoit pas désiré de nous que ce que nous avions peu consentir , c'est-à-dire la restitution de l'ancienne Lorraine, seulement les places entièrement desmolies,' et que tant de facilitez que nous avions apportées n'avoient servuy qu'à enorgueillir les Espagnolz, et à leur donner suject à prétendre davantage. Si pourtant c'estoit ce nunce qui est à Vienne qui eust prononcé l'excommunication, il vous plaira vous plaindre de luy, comme vous feriez de Chisi : cela pourtant avec tant d'adresse qu'ilz n'en deviennent pas intéressez contre nous, et avec tant de force, que vous obteniez ce qui est nécessaire pour la consolation de l'archevesque.

— sosie laisse à vos amis particuliers le soing de vous mander celuy que la Reyne apporte, affin qu'il ne se presche point aucune doctrine nouvelle en quoy sa piété se faict paroistre, que si quelques-uns ozoient la blasmer, comme si elle mettoit la main à l'encensoir, vous aurez à dire en sa justification qu'il fault craindre le renouvellement d'un schisme quand une hérésie tire à sa fin, et que la disposition des François à toute sorte de nouveauté donne juste sujet de craindre et d'aller au devant du mal qui en pourroit arriver.

Je suis, etc. (1).

Signé : De Loménie Brienne.

(1) C'est ici que devraient se placer, d'après Tordj'e des dates, deux lettres bien connues, écrites de Naples par le duc de Guise, le 28 février 1648, à la Reine-mère et au cardinal Mazarin, pour se plaindre des sévérités que la cour avait exercées à l'égard de M"*' de Pons. Nous avons retrouvé une copie manuscrite du temps, fort exactement faite, de ces deux pièces, dans un volume de la collection Dupuy, à la Bibliothèque nationale, t. 775, fol. 167 et 168. — Ces lettres se rencontrent d'ailleurs dans l'ouvrage du marquis de Pastoret, intitulé Le duc de Guise à Naples, Paris, 1825, in-8, p. 268; dans les Mémoires du comte de Modène, 1. 1, p. 167 et 169; dans l'introduction aux Mémoires du duc de Guise, édition Petitot, t. I, p. 44 et 45, etc.

Le duc d'Orléans au duc de Guise (1).

Paris, 29 février 1648 (2).

Mon frère (3),

Je vous ai faict cognoislre sy particulièrement par le Sr Duplessis-Besançon l'extrême contentement que j'ay receu des nouvelles que vous m'avez données par ce gentilhomme de Testât où vostre valleur a mis les affaires de Naples, et je l'ay chargé sy expressément de vous faire entendre les résolutions qui ont été prises de favoriser puissamment vos généreux desseins, que je n'ay plus à présent qu'à vous confirmer que je me sens obligé par toutes sortes de considérations de m'intéresser inséparablement à tout ce qui pourra contribuer à vostre gloire, et que je n'ai rien plus à cœur que de vous donner des preuves de ma sincère affection.

(1) Cette lettre se trouve dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale coté Fr. 20475, fol. 41.

(2) La mention suivante se lit à la suite de la pièce : « Datte de Paris, le 29 de febvrier 1648, fermé avec de la soye bleue et cacheté du cachet de Son Altesse Royalle, avec la suscription : A mon frère, Mons' le duc de Guise. »

(3) On se demandera peut-être comment le duc de Guise était frère, ou plutôt beau-frère, de Gaston d'Orléans. La réponse demande en effet quelques explications.

Charles de Lorraine, quatrième duc de Guise, père de Henri dont il est ici question, épousa en 1611 la fille du fameux Henri de Joyeuse, M^^la duchesse de Montpensier, veuve d'un prince du sang, et qui avait une fille accordée au propre frère du Roi. De ce mariage naquit, en 1614, Henri, cinquième duc de Guise. Mais, en 1608, Gaston d'Orléans avait épousé M"« de Montpensier, sœur utérine du futur duc de Guise. Elle le laissa veuf en 1637, cinq jours après la naissance dune fille qui fut la grande Mademoiselle, et qui était, par conséquent, la nièce d'Henri de Guise.

C'est la parfaicte asseurance que vous donne, mon frère, vostre affectionné frère.

Signé : Gaston.

Le Roi au duc de Guise (1).

Paris, 1" mars 1648.

Mon cousin,

Bien que j'aye chargé de mes ordres le s"" du Plessis-Besan- Qon, marai de nos camps et armées, et gouverneur d'Auxonne, et qu'il doive partir bientost, et mesme que le s"" de Taillade que vous m'avez dépesché s'en retourne avec les responses aux lettres que vous m'avez escrites (2) , néantmoins, aiant iugé que le s»" Tilly, vre secrétaire, les pourroit devancer, i'ay esté bien aise de vous tesmoigner par celle-cy, que ie vous écris de l'avis de la Reyne régente Madame ma mère, combien j'ay eu de satisfaction d'apprendre que vous aiez esté esleu duc de la République napolitaine, et que le peuple ait montré par là l'estime qu'il fait de votre personne; j'aurois encore à souhaitter vos avantages plus solidement establis, ce qui ne pouvant arriver qu'en chassant les Espo'z des postes qu'ilz tiennent

(1) Cette lettre est extraite d'un volume des niamiscrits de Clairernbault, Mélanges, t. 126, fol. 393.

(2) On remarquera la presque complète similitude de cette lettre avec celle que nous avons publiée en note, p. 286, d'après les Mémoires de Modènc. Néanmoins, comme la date n'est pas la même et que le sujet est fort important, nous avons cru devoir la donner ici intégralement, selon l'original authentique que nous avons retrouvé.

dans la ville de Naples, et de tout le Royaume, j'ay bien voulu vous asseurer que ie contribueray tout ce qui est en mon pouvoir pour vous donner moyen de rehausser ve gloire et v^ mérite auprès des Napolitains, auxquelz je veux donner mes assistances pourl'establissement de leur repos et de leur liberté. La générosité avec laquelle vous avez exposé ve personne, à travers de tant de périls, et l'affection que je vous porte sont deux motifs si puissants pour m'y convier, que quand je n'auroispas d'ailleurs l'intérest de priver mes ennemis d'un si puissant estât, et soulager des peuples opprimez qui ont eu recours à ma protection, je serois prest à vous assister comme i'ay résolu de faire tout autant que vous me tesmoignerez en avoir besoing; mais, comme vous serez plus particulièrement informé de toutes choses à l'arrivée dud' s»" du Plessis, vous aurez par vre sécrétée la cognoissance de la plus grande partie de ce que je désire faire en vre faveur, et de ce peuple très-fidèle. Et me remettant à ce qu'il vous pourra dire, je ne m'estendray davantage. Priant Dieu qu'il vous ait, mon cousin, en sa s^e et digne garde.

Escrit à Paris, le premier mars 1648.

Signé: Louis.

Et plus bas : De Loménie.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, 6 mars 1648 (1).

Monsieur,

Vous ayant mandé que le Plessis-Besançon devoit partir (2), ce gentilhomme et ce secrétaire de M. le duc de Guise, comme aussy le Carme (3) venu de Naples, je n'ay à adjouster qu'ilz sont tous en chemin pour leur retour, et qu'ayant fait voir à la Reyne vostre lettre du x^ du passé, Elle est restée très-satisfaicte des soings continuelz que vous prenez pour soustenir le peuple de Naples en sa première résolution (4). Bien voudroit Sa Majesté, et ceux qui ont une parfaite cognoissance de la haine invétérée d'entre les Napolitains et les Gennois, que vous vous

(1) Reçue le 27 mars.

(2) Il y a probablement ici un mot passé, « avec » par exemple; mais le sens est fort clair. .

(3) Ce Carme était sans doute Tomaso de Juliis.

(4) Le marquis de Fontenay n'avait en effet rien négligé pour entretenir et encourager la révolution napolitaine. Il avait des agents dans le pays qui avaient mission de l'éclairer sur la situation. L'un d'eux, l'abbé Laudati Carrafa, a laissé d'assez curieux mémoires sur la mission dont il s'était chargé. C'est un manuscrit italien qui est conservé sous le n» 67, in-4» de la bibliothèque de l'Arsenal, et qui a pour titre : « Mémoires du s"" abbé Laudati Carrafe, Napolitain, concernant ses négociations et advis sur les afiaires du royaume de Naples depuis 1647. »

On y lit, p. 17, les détails suivants, qui sont intéressants à relever:

« Se Sua Em" dimanda a V. S. perche, in quella rivolta générale del

regno di Napoli, la nobilità non elesse il duca di Guisa per loro Re, V. S.

gli risponda che li ministri di Francia, ch' erano in Roma, haveano fomen-

tati et portati li popoli a farsi republica, forsi a dissegno d' accender in

tiuesto regno una lunga guerra »

Ce n'est point tout à fait ce qui ressort des documents. Les représentants

de la France ne voulaient point de la république. Ils désiraient la nomina-

fussiez plustost servi de quelque autre que du s«" Gentille, à l'afTection, fidélité et suffisance duquel on scait qu'il ne seroit pas possible de rien ajouster; mais, quelques fois, de moins capables, quand ilz sont plus agréables, oppèrent mieux et font réussir des actions qui périroient entre les mains 'des autres. Ce que je pourrois adjouster des ordres donnez aud. Plessis sans doute vous ennuyeroit, qui ne devez point douter que, sur l'avis qu'on eut que l'armée d'Espagne s'étoit'retirée, on n'ayt fait effort pour remettre la nostre en estât de la prévenir, et pour proffiter de l'occasion qui se présente de munir la ville de ce qu'elle peut avoir besoing. On se résout mesme à l'advenir de faire partir une esquadre qui portera des hommes capables d'ayder au peuple de prendre les chasteaux, pourveu qu'ilz veulent les premiers y ayder, pour y prendre Castelamare, affln que le port serve de retraite à nostre flotte, et la chose est rendue si facile par ceux qui la doivent entreprendre, que ce seroit comme faire tort de la mettre en doute. Si ce que vous avez appris estre arrivé àReggio se trouvoit confirmé, ce seroit une affaire qui pourroit avoir des suittes et du passé. Il y avoit eu des gens dans Messine qui, lassez de la domination d'Espagne, songeoient à se mettre en liberté, de manière que l'exem-

tion d'un roi ; mais, avant tout, ils ne voulaient point que ce roi fût le duc de Guise.

On trouve encore dans ce recueil les pièces suivantes :

P. 29. « Le memorift instruttive per facilitare la conquista de regiio di Napoli inviat al d« abbate da alami sig" del d« regno per proposte a Sua Maestà. »

P. 420. « Promessa facta in nome del Re dall' Ecc""» sigf marchese di Fonlenay, ambaciatore appresso Sua Santità, ail' abbate Laudati Carrafa in presenzia delli Em™' card" del partito francese. — Roma, li 28 genaro 1648. »

P. 122. « Certifficat de Mons. le marquis de Fontenay, ambassadeur auprès de Sa Sainteté, donné au s'' abbé Laudati Carrafe, touchant les services qu'il a rendus à Sa Maté dans le royaume de Naples, et comme il a esté pour cette raison privé de tous ses biens, qui ont esté confisquez par le Roy catholique. Rome, 25 novembre 1648. — Signé : Fontenay. Et plus bas : Rouard. »

L'abbé Hiérosme-Laudati Carrafa était frère du duc de Massano. R entraîna dans le parti français le duc de Castelnovo, son cousin germain, et une partie de l'Abruzzo, le baron de Juliano, le comte de la Saponara, le duc de Vairano, etc.

pie du voisinage pouvant renouveler leurs premiers désirs, il se pourroit voir un mouvement en Sicile, de mesme considération que celuy de Naples, qui aura pris vigueur des heureux succez qui accompagnent la République. Il est assuré qu'elle vous doit beaucoup, et c'est cela mesme qui vous peut convier à marcher, très-retenu à vous déclarer de voz sentimentz, quand il paroist sujet de division entre elle et son doge, lequel s'endormant comme il fait, ne gasteroit rien si les affaires es-

toient plus (1), mais sa paresse et sa nonchalance peuvent

estre si utiles aux Espagnolz, que nous en sentirions le contrecoup. Il sera bientost assisté du Plessis, et assuré parle sien qu'on souhaite tout ce qui lui peut tourner à sa gloire et advantage (2), en sorte que, si il leur donne créance, nous pouvons avoir celle qu'il sera tousjours dépendant des conseilz et des volontez de Sa Majesté, qui a fait réflection sur le contenu en l'article de voslre lettre, qui fait mention de la santé du Pape, et ne paroissant pas bien affermie, ni son aage pouvant pas laisser croire qu'il la face longue, il luy semble que votre plus grande application devra estre à faire que les créatures des Barberins s'unissent et s'estreignent entre eux, et procurent à ceux-cy tant de faveurs et avantages, qu'ilz soient de plus en plus obligez au Roy, à la protection duquel ilz doivent la durée de leur fortune.

Vraysemblablement voz premières lettres nous feront scavoir l'arrivée à Rome du cardinal François, celles de Gennes nous ayant desjà averty qu'il en estoit party, d'où nous ayant esté mandé que trois de noz courriers avoient esté destroussez par des Bizantins de Mayorque, m'a donné suject de dire à l'ambassadeur de Venize que, si les Espagnolz ne faisoient réparer cette violence, que nous révocquerions la permission que nous avions donnée aux courriers d'Espagne pour Flandres et d'Espagne pour Rome de passer par la France, faisant valloir un passeport que j'ay signé à un party de Madry pour Rome. Après

(1) Il doit y avoir ici un mot omis dans la lecture des chiffres. Il es^ facile d'y suppléer.

(2) Ce passage est encore douteux; mais la version que nous avons adoptée est conçue presque dans les mêmes termes que la lettre du Roi publiée plus haut, p. 297, à laquelle il est fait ici une évidente allusion.

avoir eu cognoissance de leur mauvais procédé, sans doute ilz voudront faire réparer ces contraventions, ayant plus d'avantage que nous à ce qui a esté convenu; et voz lettres avoient fait tant d'impression sur moy, que j'aurois desjà esté en pensée de révocquer ce qui est estably, en ayant un moyen si plausible et si légitime ; mais il fut pris une résolution contraire, et sur des considérations qui ne sont pas à mespriser, qu'il nous sera si facile et seur de vous faire scavoir de nos nouvelles à Venize et Lombardie, si de bonne foy de part et d'autre on demeure à ce qui a esté capitulé.

J'ajouste que, voyant les mauvais effetz que pouvoit produire l'opinion qui se glissoit dans les Estatz, que parce que leurs députez auroient signé un traicté particulier avec l'Espagne, la France avoit perdu l'entière confience qu'elle avoit avec leur estât, et leur vouloit oster le pouvoir de décider comme arbitres les cinq poinctz du traicté d'entre les couronnes, qui leur avoient esté remis, Sa Majesté a consenty que M. de la Thuillerye entrast en leur assemblée, et leur dist que, bien esloignée de cette pensée, elle les acceptoil volontiers pour juges de ces poinctz, bien entendu que ce seroit l'Estat qui en prendroit cognoissance ou le prince d'Orange, et quelques-uns qu'ilz commettroient, mais non leurs plénipotentiaires, laissant néantmoins concevoir qu'il y en a entr'eux dont on pourroit convenir. Le même ambassadeur a ordre de dire que Sa Majesté, en conformité de ce qu'elle a esté requise de consentir à quelque chose de réel en faveur du duc Charles, luy cédera l'ancienne Lorraine, les places d'icelle desmolies, pourveu qu'il délaisse toutes les autres prétentions qu'il pourroit avoir sur aucunes terres, comme fiefz de l'Empire ou arrière-fiefs des éveschez, et qu'il ne reste aucun suject de nouvel embarras entre nous et luy, et que, se portant à quelque nouveauté, les Estatz armeroient pour deffendre ce qui nous seroit demeuré et contre les Espagnolz, si directement ni indirectement ilz assistoient ledit duc. C'est ce que vous aurez de moy, qui suis si accablé que je n'ay pas loisir de m'estendre davantage. Je suis, etc.

Signé : De Loménie Brienne.

Monsieur,

J'ay esté prié par M. le premier président de la Cour des Aydes de vous l'ecommander, comme je fais d'affection, de vouloir vous employer sur ce que vous dira M. Lambin pour M. l'abbé Amelot, son fils, pour un bénéfice qui a vacqué dans le mois de la nomination du Pape, lequel est enclavé et proche de son abbaye.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, 13 mars 1648 (1).

Monsieur,

Il me suffira, pour vous tirer de peine, d'accuser la réception de vostre lettre du 17e du passé, et, me trouvant pressé de l'ordinaire d'Allemagne, d'ajouster que tout ce que vous faictes pour le service du Roy est agréé, parce qu'on cognoist que vous vous y portez que meu d'un zèle très-louable, et qu'il reste rnesme lieu d'espérer que vos peines et vos deffenses produiront de bons effectz. Il est vray que, comme je vous l'ay desjà mandé, on estimeroit que tout autre seroit plus agréable aux Napolitains qu'un Gennois (2), ce qui fait qu'on craint que celuy que vous y avez envoyé, et que vous avez tiré de l'armée

(1) Reçue le 3 avril.

(2) Quel est ce Génois envoyé à Naples par M, de Fontenay au milieu de lévrier 1648?

de Lombardie, ne soit pas bien reçu et que les peuples y prennent moins de créance qui ne seroit à désirer qu'ilz puissent sans forces étrangères prendre les chasteaux ; c'est ce qu'on a peine à se persuader, mais bien que si l'armée y pouvoit arriver aussy promptetnent qu'il seroit à désirer, qu'il y auroit des avantages à prendre ; aussi fait-on les derniers effortz pour la mettre en estât de partir, et, à l'avance, on verra une esquadre couri^e la mer et chargée de diverses choses, mesme d'un corps considérable et très-capable d'exécuter ce qui sembloit réservé à de plus grandes forces. Ce sera le chevalier Garnier qui la commandera, et Paul sera de l'équipage, dont les noms sont cogneuz et des Napolitains et de touts ceux qui naviguent sur la Méditerranée.

Comme je vous l'ay mandé, le Plessis-Besançon est party, et il porte les ordres de ce qui sera à faire, et l'esprictde faire en sorte que les Napolitains tiennent leur liberté de la protection de la France ou un Roy, si, comme il est jugé de touts, c'est le seul moien d'assurer leur fortune.

Je n'entreray point en discours sur le suject de M. de Guise; il me semble qu'il a eu de la hardiesse pour se porter au péril, mais qu'il n'a pas assez de conduicte ni pour s'establir de delà ny nous empescher de nous y mettre. Seulement est-il à craindre qu'il ne cause de la division entre le peuple et qu'il ne précipite leurs affaires et les nostres; mais c'est un mal qui ne scauroit estre remédié que par la présence de ceux qu'on y a envoyez, ou qu'il suivist les conseilz que vous luy pouviez départir, desquelz il s'est esloigné, sans avoir considéré ce qui luy pouvoit arriver de mal.

Que celuy (1) du Pape continue, son aage le laisse craindre et espérer; et certes la cour de Rome veut qu'on se serve de ces deux termes, mais plus espèrent, parce que toute nouveauté est désirée et attendue avec impatience de la pluspart des prélatz qui en composent la cour.

La noslre (2) est en attente de ce que M. de la Thuillerie aura mesnagé à La Haye, qui a tout pouvoir de remettre à l'arbitrage de MM. les Estatz les cinqpoincts dont il avoit esté con-

(1) C'est-à-dire « le mal. »

(2) Toujours la même construction vicieuse: « Nostre cour, etc. »

venu et de faire entendre que Sa Majesté se pourra disposer de rendre au duc Charles l'ancienne Lorraine, les places desmolies; et c'est, ce me semble, ce que je vous ay desjàescrit, et dont je n'aurois plus parlé, si les avis receuz de Munster et d'Osnabruck ne nous donnoient sujectde croire que nous avons faict un coup d'une extraordinaire prudence, rompant la mesure aux Espagnolz, qui croyoient y estre pour persuader les HoUandois que nous n'avions plus de confiance en eux, et les princes de l'Empire que nous ne voulions point la paix. En l'assemblée, on attendoit le docteur Krebz, que le duc de Bavières y a envoyé, et l'on croyoit que par sa présence il donneroit chaleur à plusieurs qui sont en résolution de dire à l'Empereur que les affaires d'entre les couronnes et les prétentions du duc de Lorraine n'ont nulle connexitéà celle de l'Empire, et qu'il est tempz de faire cesser les maux de la guerre. Ce que je pourrois ajouster des bonnes dispositions des Suédois à demeurer fermes en l'alliance, et de la jalousie qu'ilz ont de ce que les princes de l'Empire nous recherchent, seroit superflu ; tant de fois je vous l'ay escrit, que j'aurois honte de m'y arrester, qui me contenteray de vous dire que la cour est en un estât si tranquile, qu'il n'y a point de mémoire d'homme qui l'ait veue en un estât si florissant, et que, contre l'attente des Espagnolz, nostre armée sera très-puissante et rempUe de bons hommes, car plusieurs qui avoient quicté les enseignes pour prendre du repos, ennuyez de celuy qu'ilz ont eu, y reviennent de toutes parts.

Je suis, etc.

Signé : De Loménie Brienne.

Le bailli de Valançay au duc de Guise (1).

Toulon, 17 mars 1648.

Monseigneur,

J'ay receu un contentement extresme d'aprendre par la venue en cette ville de M. de Tilly, secrétaire de V''e Alt., en compagnie du frère Tomaso de Juliis, les soings particuliers que l'on prend à la cour pour haster les secours que l'on désire donner promptement h vostre personne et au peuple de Naples. Pour ce qui regarde la marine, j'ay désià receu des ordres très-pressents pour faire aler des navires de guerre et d'autres chargés de grains en diligence vous trouver. C'est à quoy ie travailleray sans perte de temps ; et quoiqu'il m'en réussisse, je ne me lasseray iamais de faire tous les efforts possibles pour rendre V. Alt. certaine que ie suis plus véritablement qu'homme du monde,

Monseigneur,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Signé : Le Bailly de Vallançay.

(1) Bibl. nat., ms. fr. 20556, fol. 37.

Le comte de Brienne au marquis de Foutenay.

Paris, 20 mars 1648 (1),

Monsieur,

Le courrier, que vous despeschastes le 3e du courant, fist telle dilligence qu'il se rendit le 15e, et l'ordinaire, despeschédu 14e du passé, y arriva aussy le mesme jour. Les despesches dont vous les avez chargez et les choses qui se passent à Naples sont assez de conséquence pour nous obliger à vous despescher un exprez, et cela pourra bien arriver. Nous convenons bien avec vous que ce gain du royaume deppend d'y envoyer promptement, et qu'il est le prix de la diligence, et que le plus qui en fera, soit les François ou l'Espagnol, le recevront en récompense.

On n'oublie point à solliciter les officiers qui sont en Provence de travailler au radoub des vaisseaux ; l'on y envoyé ceux qui sont en cette ville, et on a commandé ceux des gallères de s'y rendre ; mais comme le gentilhomme provençal qui est allé vers M. de Guize nous a déclaré qu'il se passeroit du tempz devant que nostre flotte fust à la mer, nous craignons bien qu'elle n'y sera pas aussi promptement qu.'il seroit à désirer. Mais quelque soing qu'apportent les Espagnolz à équiper la leur, sans doutte elle se trouvera devancée de la nostre, dans laquelle on comptera vingt gallères et un sy bon nombre de vaisseaux, qu'elle sera en estât d'aller chercher celle de l'ennemy en quelque lieu et soubz quelque abry qu'elle se trouve. Et c'est en une occasion de cette nature où le service des gallères est absolument nécessaire, car à leur ayde les vaisseaux peu-

(1) Reçue le 9 avril.

vent estre retirez et remorquez, sy ilz se sont engagez en un lieu où ilz ne puissent subsister sans estre exposez à un extrême et extraordinaire péril. Sy quelque chose nous fasche, c'est de voir que les affaires empirent non seulement pour n'avancer pas, mais par la désunion qui se forme entre le peuple et M. de Guise, et que cettuicy n'a pas toute la prudence dont il auroit besoing et pour une affaire de cette importance, et pour cacher ses propres desseins, qui ne peuvent avoir de bonne issue; et il est évidemment prouvé que Naples ne peut estre régie que par un roy, ni la liberté du peuple establie que soubz la protection de la couronne de France, qui doit, comme vous le scavez mieux que moy, cacher ses desseins à tout le monde, de crainte qu'on n'eust telle apréhention de nostre puissance, que pour la traverser plusieurs s'unissent avec l'ennemi; et cela nous est arrivé tant de fois en Italie, que c'est avec suject que nous en avons pœur. Peut-estre que l'arrivée de Duplessis-Besançon soulagera nostre ennuy et donnera quelque forme raisonnable à ce gouvernement populaire et impétueux, auquel il a esté expressément commandé de suivre et de defférer à voz advis : souvent je vous l'ay mandé, et l'adjoustant plus estendu, je ne ferois que vous causer de la peine.

Le Pape vous a relevé d'une que vous deviez appréhender, ayant souvent à l'importuner des grâces de justice qui eussent esté à faire au cardinal Barberin, et le restablissement de luymesme en touttes les functions de ses charges et jouissance de ses biens. Cela pourra encores servir à establir entre eux la bonne intelligence qui y est nécessaire et peut ayder à establir celle d'entre ledit cardinal et la princesse sa belle-sœur (1), qui, n'ayant pas oublié qu'elle est des Colonnes, peut bien avoir quelque indiférance contre ses beaux-frères, croyant que d'avoir bien vescu avec son mari elle a satisfaict à tout ce qu'on pouvoit désirer d'elle; mais sy elle l'emportoit ouluy de soncosté, et que leur division peust causer du dommage à la famille, qui a esté prise soubz la protection de cette couronne, vous qui en

(1) C'est la princesse de Palestrine, dona Anna Colonna, veuve de Taddeo Barberini, l'ancien préfet de Rome, et nièce ainsi par alliance du pape Urbain VIII.

estes un ministre principal, y apporterez le remède ; que sy il fault qu'ils sortent à droicture de la main de la Reyne, elle s'y portera, sur les avis que vous luy en donnerez. Il n'y auroit point de mal, sy un jour vous trouviez le Pape en belle humeur, de luy faire entendre comme les Espagnolz ont renoncé à sa médiation, pour recevoir celle des Holandois. Le nonce Chigine s'en émeut point, qui a cognu la disposition et le désir des François, que l'honneur de la conclusion de la paix fust attribué à Sa Sainteté, qui ne scauroit estre excusable de sa conduite, persuadé que les Espagnolz ne veulent point conclurre qui auront esté surpris de la résolution qui a esté embrassée de defférer aux HoUandois l'arbitrage des cinq points, dont souvent vous avez ouy parler, et de s'estre expliquez sur le sixième qui est celuy de la Lorraine. Présentement ilz n'ont poinct d'autre occupation que de rendre des devoirs aux Hollandois, et ces gens s'ivrent de ce venin, sans s'apercevoir qu'il leur donnera la mort.

Il se verra en la suite des temps que nous sommes sages, et que nous aurons pris soing d'avoir le remède en main, pour empescher le malade de tomber en léthargie, qu'on esclaircit toujours de sy prez, qu'il ne perdra ny l'espérance d'estre secouru en son besoing de son ancien ami, ni tomber dans le dernier précipice où on essaye de le jetter.

La feste d'hyer ayant occupé la Reyne, le conseil fust reculé jusques aux huit heures du soir, et les ordinaii^es d'Italie et d'Allemagne devant estre expédiez dans ce iour, vous m'excuserez bien sy j'obmetz diverses choses qui vous auroient peu satisfaire.

Je suis, etc.

Signé : De Loménie Brienne

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, 21 mars 1648 (1).

Monsieur,

Par l'ordinaire qui partist hier, je fis responce aux vostres du 2e de ce mois, qui me furent rendues par un exre, lequel estant prest de s'en retourner, a esté chargé d'une lettre du Roy à M. le cardinal de Grimaldi (2) portant ordre de partir de Rome, et de se rendre à Piombino, pour y agir suivant les mémoires et instructions qui luy seront envoyées. Vous receuvrez aussy une lettre de Sa Sainteté portant mesme avis, et, en attendant une plus ample despesche, je me contente de vous asseurer que je suis, etc.

Signé : De Loménie Brienne (3).

(1) Reçue le 6 avril.

(2) Le cardinal Grimaldi reçut en effet, le 6 avril, une lettre du Roi par laquelle il lui était ordonné de partir de Rome immédiatement pour se rendre à Piombino, où il devait trouver des instructions sur ce qu'il aurait à traiter au sujet des affaires de Naples. Il devait attendre là le passage de la flotte, pour rejoindre M. du Plessis-Besançon et le chevalier Garnier, commandant de l'escadre ; mais le retard de l'armée navale ne lui permit de s'embarquer que le 26 mai, et même le vaisseau amiral le Brezé, sur lequel

i 1 monta, ne leva l'ancre de la rade de Piombino que le 28. C'est le cardinal Grimaldi qui avait demandé pour l'accompagner le secrétaire d'ambassade Pennautier. — Il y a bien à la Bibliothèque nationale un recueil intitulé : « Négociations de M. le cardinal Grimaldi, » ms. fr. 18024, in-foh; mais ces mémoires, composés par un anonyme sur les dépèches adressées par le cardinal à M. de Brienne, ne comprennent qu'une année, de mars 1645 à mars 1646. Il y est beaucoup question des affaires de Barberini. Nous n'avons pu retrouver aucun document relatif au rôle joué personnellement par Grimaldi en cette année 1648.

(3) Cette lettre et la suivante se trouvent en minute, écrites de la main

Le Roi au marquis de Fontenay.

Paris, 21 mars 1648 (1).

Monsieur le marquis de Fontenay,

Le bien de mes affaires m'obligeant à employer ailleurs qu'à Rome la personne de mon cousin le cardinal Grimaldi, je luy envoyé ordre de venir à Piombino, et luy mande qu'il trouvera entre les mains du gouverneur une despesche qui luy apprendra tout ce qu'il aura à faire et le chemin qu'il aura à tenir pour continuer son volage. C'est de quoy j'ay crû vous devoir informer par cette lettre, que je vous escris de l'avis de la Reyne régente Madame ma mère, et vous dire aussy que mon dit cousin vous fera scavoir de Piombino les ordres que je luy auray donnés, affm qu'il ne se passe rien dans les affaires d'Italie dont vous n'ayés cognoissance, puis qu'elles ont tant de connexcité avec celles que vous avez en main ; et, n'estant la présente à autre fin, je prie Dieu qu'il vous ayt, Monsieur le marquis de Fontenay, en sa sainte garde.

Escrit à, etc.

Signé : Louis.

Et plus bas : De Loménie.

de M. de Brienne, dans le volume 126 des Mélanges manuscrits deClairembault, à la Bibliothèque nationale, fol, 561 et 562. (1) Reçue le 6 avril.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, 27 mars 1648 (1).

Monsieur,

Vous ayant escrit par la dernière, en response de la vostre du 3e mars, que j'avois receue le 15, et le courrier extraordinaire, qui partit il y a deux jours, vous portant une lettre de moy et une autre pour M. le cardinal Grimaldi (2), je n'ay rien de nouveau qui m'oblige à vous escrire, parce que Leurs Maj estez sont allées à un voyage de dévotion à Chartres, d'où elles retourneront ce soir.

Vous aurez sceu, par la voye de Marseille, comme des gens de la ville d'Aix masquez sont entrez dans la chambre du

(1) Reçue le 10 avril.

(2) Il n'est pas sans intérêt d'ajouter ici, à ce que nous avons déjà dit de la mission du cardinal Grimaldy, que le Roi avait écrit, le 29 mars, une lettre particulière au duc de Guise, pour lui annoncer l'arrivée à Naples du cardinal, dans laquelle il lui disait ;

« Je n'ai pas eu seulement égard, dans le choix de mon cousin le

cardinal Grimaldi, à l'estime que chacun en fait pour sa haute suffisance; mais j'ai considéré encore particulièrement la confiance que je sais que vous avez en lui, et la bonne intelligence que vous entretenez ensemble tous les jours par un mutuel commerce de lettres confidentielles et affectueuses. Le sieur Duplessis-Besançon l'accompagne, qui est une personne très-capable et que j'ai su être fort portée de longue main pour toute votre maison. Ils vous témoigneront l'un et l'autre en quelles dispositions je sui^ pour vos avantages, et avec quel plaisir je contribuerai de tout ce qui est en mon pouvoir pom' les établir aussi solidement que les conjonctures donneront lieu de le faire — »

Une lettre conçue à peu près dans les mêmes termes est adressée au duc de Guise par le cardinal Mazarin, en date du 30 mars.

M. Miellé a également publié dans son édition des Mémoires du comte

sr Guédon, qui poursuivoit sa réception en l'un des offices du nouveau semestre et l'ont assassiné estant à table au milieu de dix de ses amis. On a de fortes conjonctures que ce sont quelques-uns des officiers de l'ancien corps qui ont fait le meurtre, mais il n'y a que quelques particuliers qui ont part à cet action ; la punition exemplaire qui en sera faite tiendra les autres dans leur devoir. La noblesse ni le peuple n'ont aucune part à ce désordre ; c'est pourquoy c'est une chose qui n'aura aucune suicte que celle du malheur qui tombera sur la teste des coupables. Nous faisons partir les officiers des galères et vaisseaux pour se rendre à leurs charges, et on presse autant qu'il est possible l'armement de mer et de terre de tous costez. M. le maréchal de Ramsau (1) et M. le maréchal de Gramont(2) sont partis pour servir en Flandres, et M?r le prince (3) avec M. le maréchal de la Melleray (4) sera dans huit jours au rendez-vous de l'armée.

de Modène (t. I", p. 176) le « pouvoir à M. le cardinal Grimaldi, pour traiter avec la noblesse. » Cette pièce, signée du Roi et rédigée à Paris, le 30 mars 1648, donnait plein pouvoir au négociateur pour traiter « la réunion entre la noblesse et le peuple, négocier, arrêter et conclure avec les chefs de ladite noblesse les conditions de cet accommodement, pour l'engager contre les Espagnols;» mais il n'y était plus question du duc de Guise. Enfui un manifeste, daté du même jour, était adressé par le Roi « au peuple de Naples. » 11 y était dit que, dans le but de « chasser les Espagnolz, » et pour « le promt succès de l'entreprise.... la prudence et le conseil ne sont pas moins nécessaires que le courage et la valeur, « et que celte considération expliquait l'envoi simultané de M. du Plessis-Besançon et du cardinal Grimaldi, chargés tous deux de donner, k selon les circonstances, leurs bons conseils à notre cousin le duc de Guise. »

(1) Ce ne peut être que le maréchal de Rantzau qui, l'année précédente, commandait en Flandres avec le maréchal de Gassion. Ce fut lui qui prit la petite place de Dixmude, au mois de juillet 1647 ; et, trois mois plus tard, son collègue Gassion, qui était aussi un peu son rival, se faisait tuer au siège de Lens. Il mourut en 1650.

(2) Antoine, maréchal de Gramont, mort en 1678. Il commandait en Catalogne, à la place de M. le Prince, un peu avant le temps où l'archevêque d'Aix y fut envoyé comme vice-roi.

(3) A son retour de Catalogne, après son échec devant Lérida, le 17 juin 1647, Condé était resté à la cour; puis, au printemps de 1648, il prit le commandement de l'armée de Flandres. Cest dans cette campagne, au mois d'août, qu'il gagna la bataille de Lens.

(4) Charles de la Porte, maréchal de la Meilleraie, plus tard duc, mor^ en 1664.

J'ay envoyé l'ordre du Roy à M. le comte d'Avaux de se retirer de l'assemblée et venir en cette cour, si bien que M. Servien demeure seul chargé de la négociation, avec tout pouvoir de conclure et signer le traicté. Il semble qu'il s'esmeuve quelque rumeur dans les Provinces-Unies contre leur paix particulière avec l'Espagne, qui pourroit peut-estre bien produire quelque effect avant l'eschange des ratifications, et il est clairement recognu à Munster et ailleurs que les Espagnolz veulent la guerre. On nous a mandé d'Osnabruck que le pointde la justice estoit accordé d'entre les protestans et les catholiques, et que celuy de la religion estoit quasy résolu, si bien qu'il ne restera plus pour la paix de l'Empire que la satisfaction de Hesse et de la milice de Suède à ajuster; mais l'Empereur fuira toujours jusques à ce qu'il ayt eu le consentement de l'Espagne, sans lequel il ne veut point entendre à aucune conclusion.

.l'ay reçu commandement de la Reyne de vous recommander de sa part le fils du s^ Courtois, garde de son cabinet ; et, parce qu'il se porte dans la desbauche, elle désireroit que vous preniez ce soing de luy faire réprimandes, pour l'en détourner, et l'occuper s'il se peut à quelque employ. Je suis, etc.

Signé : De Loménie Brienne.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, 'à avril 1648 (1)

Monsieur,

Vous ne doutez point que votre lettre du ixe n'ayt esté entendue avec plaisir, puisque vous scavez de quelle passion Leurs

(1) Reçue le 23.

Majestez ont souhaitté le restablissement de M. le cardinal Barberin en ses dignités, et en la fonction entière et libre de ses charges. Et par vostre dépeschela nouvelle nous ayant esté apportée, vous pourrez conclure de nostre sentiment; bien est vray que nostre joye est en quelque sorte diminuée par la difficulté que le Pape fait de départir ses grâces à M le cardinal Antoine, aussy libéralement qu'il a fait à Monsieur son frère, lequel eust sans doute pris un conseil duquel il se seroit repenti, si, pour n'avoir pas satisfaction sur les intéretz de l'autre, il eust rejette et mesprisé les grâces qu'il a receues; et celuy que vous luy avez donné de mespriser son ressentiment estoit digne de vostre prudence, comme de la sienne de s'en laisser persuader, gaignant sur soy une victoire qui n'est pas petite. Et l'opinion de tous ceux qui ont quelque cognoissance de l'humeur du Pape conviendront sans doute de ce qui suit, qu'ayant commencé à faire justice et à bien traiter leur maison, il ne voudra pas perdre le mérite des premières grâces pour en refuser qui fait partie de celles-là, et sans lesquelles les autres ne produiroient pas ce qu'il en espère, qui estla dévotion entière de la maison Barberine. Il met cependant en compte que S. M. ait pris part, et les offres qu'on luy a faittes du passé de chercher des biais pour procurer le contentement du prince Ludovisio, l'offre de gratifier d'une abbaye de valeur considérable le cardinal Maldaquini ; et, sur un raisonnement suggéré par les Espagnolz, on peut estre imaginé de l'affection qu'il porte à ce prince. Il voudroit que, professant une partialité entière pour l'Espagne, la France le restablisse dans les Estatz dont les autres le tenoient spoUé, et, soubz prétexte qu'il ne peut rompre ses premières chesnes avec réputation, faire que la France sacrifie ses intéretz à son avantage ; mais c'est une affaire qui n'est plus de saison et à laquelle vous esviterez de prester l'oreille, non seulement de rendre les places de Piombino et Portolongone à qui ne les a jamais possédées, mais seulement la jouissance du bien ; et ce sera au Pape à faire désormais des advances et des instances pour y porter Sa Majesté, qui, par une générosité sans exemple, s'estoit laissé entendre d'y incliner, qui n'est point en demeure envers la signora Ohmpia, luy ayant offert des grâces qui les refuse, parce qu'elle ne veut point avoir d'engagement avec la France, ou pour croire que ce

seroit une tasche à sa gloire et une diminution de sa grandeur d'en avoir désiré d'autres que du seul Pape, qui ne peult pas estimer peu la facilité que l'on apporte à consentir le changement du nonce, pouvant bien avoir cognoissance que le roy Henry quatre se fist entendre au suject d'un qu'il honoroit de sa bonne grâce, qu'on n'avoit pas accoustumé de les retirer sans avoir eu la récompense de leurs services. Ce qui vous a esté dit par le Pape, au suject du choix de sa personne, est entièrement bien fondé, qu'il faut qu'il soit confident et agréable à Sa Majesté; et ces deux conditions sont si essentielles, qu'il n'est pas possible qu'on s'en puisse dispenser, sur quoyil sera de vostre adresse d'insinuer au Pape qu'il peut s'ouvrir de divers sujets et que vous ne manqueriez pas d'en informer Sa Majesté, et qu'ayant appris ses intentions, vous les luy déclarerez, ce qui sera mesnagé avec tant de secret qu'aucun de ceux sur lesquelz il peut avoir jette les yeux n'auront suject d'en avoir du regret, et que ce qui se trouve auctorisé par une longue possession est maintenant absolument nécessaire ; que les Roys sont en guerre ouverte, parce que nombre des prélats de la court romaine se trouvent sujetz du Roy catholique, et en sorte 'engagez dans les intéretz par ceux qu'ilz ont pour leurs familles, qu'il seroit impossible que Sa Majesté y eust confiance, laquelle est nécessaire au ministre pour rendre les services qu'on s'en promet; et tel, sans estre suject, y a pris de telz engagements qu'il est considéré comme s'il estoit Espagnol de naissance ou d'affection^ estant également à craindre, mesme plus, parce que, ne portant pas un reproche visible, il peult faire du mal, donnant des informations peu véritables. Je n'ay point à m'expliquer présentement sur le Bonvisi ni Corsi. Il vous peut suffire qu'il a esté résolu que je vous escrirois en ce sens, après que l'on eust ouy ce que vous mandiez à leur suject; mais il ne m'a pas paru qu'ilz eussent absolument à craindre un refus, et estant du nombre de ceux dont on vous pouvoit parler, ilz pouvoient estre receus, si de plus confidens ne leur faisoient exclusion, comme sans doubte seroit Manchini, pour lequel je ne tiens pas la nomination de Pologne absolument résolue, et quoy qu'escrive le Fantoni, ce n'a pas esté à l'étourdi, mais avec beaucoup de suject, que Bregi a esté contraint de faire remarquer que la reine de Pologne

avoit desjà oublié les obligations dont elle estoit redevable à Leurs Majestez, et il le justifie par les redoublées instances qu'elle fait faire en faveur du Père Magni, qui est recogneu d'affection et de services Espagnol; que si ceste Mté estime avoir beaucoup fait en déclarant qu'elle se départ de la nomination en faveur de Torres, en la donnant à Magni, elle se mescompte à nostre esgard, car le refus que le Pape en fera sera un effect du peu de bonne volonté qu'il luy porte, et celle de cette Majesté à son endroit aura esté publique, et qu'elle luy a esté en plus de considération, que les offices que la France auroit pu faire allencontre, qui n'a jamais creu que le Pape, en retirant le chapeau qu'il avoit donné au prince Casimir, en deust honorer un particuher, et c'est si peu l'usage à Rome, qu'il n'y avoit pas suject de croire ny de craindre qu'il le changeast, si ce n'eust esté en faveur de l'autre frère du roi de Poulongne, lequel ayant bien veu que Casimir s' es toit fait des difficultez pour estre esleu, son frère venant à mourir, en le receuvant n'a pas tesmoigné en estre touché, et Casimir ne l'a jamais poursuivi que pour sortir avec quelque prétexte de la société en laquelle il estoit entré. Pourtant c'est avoir gaigné beaucoup en Poulogne que l'exclusion de Torres, car comme c'estoit un sujet agréable, il estoit à craindre que le Pape y consentist, lequel ayant de la répugnance à l'autre, il pourra ariver que nous mesnagerons ce Roy et que nous tirerons l'efïect de noz premières diligences. Sans doute l'arrivée de M. d'Arpajon lèvera plusieurs mauvaises impressions qu'il avoit receues, et des mauvais offices faitz par plusieurs et peut-estre de la conduicte du Bregi, auquel il ne doit pas imputer d'avoir mesnagé le duc de Garlaud, car ce prince a tant de passion d'estre François, mesme d'achepter du bien en France, qu'il nous en faict parler bien souvent, et l'un des siens, dez Tannée passée, nous fist l'ouverture de quelques levées que l'on n'a jamais prétendu faire qu'en ayant receu le consentement du roy de Poulongne; mais il estoit bien juste de présenter, devant que de luy. en parler, l'inclination du duc et ce qui estoit entrepris avec prudence, et de ce seul conseil ayant esté autrement interpellé, a donné des déplaisirs à ce Roy, lequel doit croire que les Suédois le craignent si peu que c'est ce que nous pouvons faire que d'empescher qu'ilz ne l'attaquent ; et la

République de Poulongne est en sorte désireuse de conserver son repos, qu'il luy sera assez difficile de la porter à la guerre. Ce que je vous dis des dispositions des Suédois vous sera un secret, et il vous plaira de vous souvenir de faire toute sorte de diligence pour pénétrer, soit par le moyen du cardinal Ursini ou de quelque autre qui soit confident du roy de Poulongne, les diligences qu'il fera en faveur du père Magni, comme les difficultez qu'il rencontrera à sa promotion, desquelz nous tenons avertys, il pourra arriver que nous mesnagerons ce Roy et que nous obtiendrons sa nomination pour quelque suject qui auroit dépendance de cette couronne, qui espère que les Espagnolz auront du repentir de n'avoir pas sceu proffiter de noz dispositions à la paix, surtout si les affaires de Naples prennent un meilleur train que celuy dans lequel on les voit, où l'on est tombé par le peu de conduicte de M. de Guise, qu'il fault néanmoins mesnager, de crainte que, s'emportant à quelque extravagance, le peuple, qui tesmoigne toujours de l'affection à la France, ne fust accablé par les Espagnolz, qui seront toujours pour proffiter de la division de ceux qui aspirent à leur liberté, ou en jouir d'une raisonnable soubz la domination de cette couronne.

Ce que nous avons résolu sur cette affaire vous aura esté participé devant que vous receviez cette lettre, et à quel employ le Cal Grimaldi est appelé, ce qui m'empeschera de vous en faire une redite. Sur le suject dudit cardinal et de la conduicte qu'il a eue avec la princesse de Rossano, j'ay à vous dire qu'elle n'a pas été désaprouvée, et en divers rencontres ayant fait cognoistre qu'il ne s'arrestoit pas aux fantaisies de la signora Olympia, à celles du Pape, lorsqu'il s'agissoit de tesmoigner gratitude aux neveux de son bienfaicteur, et fermeté aux engagements qu'il a pris, ainsy n'ayant fait que continuer sa première démarche, il ne se scauroit estre attiré aucune chose qu'il n'ayt prévue et mesprisée; et certes, comme vous l'avez bien jugé, il peut avoir satisfait ceste dame sur ce que vous avez tardé à l'aller visiter, et Parme de nostre conduicte, n'ignorant pas que quand Sa Majesté se résolust de vous escrire la lettre qui vous a esté rendue au suject de la femme et du mari, il feust fait scavoir audit duc que vous ne feriez aucune instance en leur faveur, ni ne presseriez le Pape

de les recevoir en sa bonne grâce que lorsque vous auriez pénétré qu'il y seroit disposé et qu'il vouUoit, pour conserver la paix dans son domestique, faire valloir les instances qui luy auroient esté faictes en faveur de son neveu (1). Il est remis à vostre prudence d'agir en ce rencontre d'affaires selon les dispositions que vous verrez et dont vous pourrez tirer proffît, appuyer plus ou moins ce retour du neveu, ou satisfaire à la haine de la mère, en fin d'une chose qui de soy est indifférente et pour le présent et pour l'avenir; n'alliéner pas le Pape de nous, et néantmoins laisser croire à Parme que l'on a la chose à coeur, par l'engagement qu'il y a, affln qu'il demeure persuadé que l'on se porteroit tousjours avec chaleur et vigueur aux choses qui luy pourroient causer de l'advantage, puisqu'on en tesmoigne une qui luy pourroit estre indifférente.

Si je ne convenois avec vous que M. de Guise n'a pas toutte la sohdité qui seroit à désirer, je blasmerois la légèreté avec laquelle il a fait arrester Modène, et la mesme avec laquelle il l'a eslargi. Pour peu qu'il reste au peuple de doute qu'il se fust entendu avec les Espagnolz, ilz soubçonneront le mesme duc d'y conserver des intelligences, et cela peut estre suivi de divers accidens qu'il seroit bon d'esviter. Pourtant de plusieurs on se pouroit consoler; mais il y en a qui seroient pour advancer le service des Espagnolz, qui auront bien de la peine de prévenir nostre armée, et je suis asseuré qu'outre l'esquadre

(l) Olympia Pamfili, belle-sœur d'Innocent X (v. la note de la p. 58), avait un fils unique, le prince Camille, marié à la princesse de Rossano. Elle était complètement brouillée avec ses enfants. Aussi ce fut tout un événement quand, malgré sa volonté formellement manifestée, sa bellefille arriva à Rome au commencement de mars, pour y faire ses couches. Olympia voulait forcer le Pape à la renvoyer et refusait absolument de voir son fils. Rome ne fut occupée pendant quelque temps que de ces querelles de famille ; il en est question dix fois dans les dépêches de l'abbé de Saint-Nicolas. Enfin, les ambassadeurs près du Saint-Siège aidant, la paix sembla renaître dans la maison du Pontife. L'abbé de Saint-Nicolas l'annonçait en ces termes au cardinal d'Aix, le 10 avril 1648 : * Le bruit est grand que l'affaire de dom Camillo est accommodée, et que demain lui et la princesse sa femme dîneront au palais de Saint-Pierre avec dona Olimpia, et les princes et princesses Ludovisio et Giustiniani. » {Négociations, etc., t. V, p. 433.)

de vaisseaux qui doibt estre à la mer, on y en verra une de galères qui sera très-considérable.

Je ne scay pas qui a mandé à M. le cardinal de S'e-Cécile que le Pape estoit très-indisposé, ny qui luy a conseillé de s'en laisser en sorte persuader, et que sa présence estoit si nécessaire à Rome que, pour y aller servir, il se disposoit de s'y rendre; mais je puis asseurer que cela a esté très-mal receu, et je dis de la Reyne et de nos Princes, comme de M. le cardinal, lequel soufre impatiemment que M. son frère ait d'autres conseilz que les siens.

Il m'est mandé d'Osnabrug que les différends d'entre les catholiques et les protestans s'ajustent, et, en la manière qu'on s'y prend, cela est facile, car l'Empire et les catholiques relaschent aux autres tout ce qu'ilz demandent. Il ne reste qu'à régler la satisfaction de Madame de Hesse et de la milice de Suède, et de voir en quelle considération l'on aura nos demandes, je ne diray point sur trois poinctz, mais sur l'un, qui consiste à empescher l'Empereur d'assister le roy d'Espagne en la qualité d'archiduc. Pour les deux autres, ilz se destruisent d'eux-mesmes, et tous les Allemandz ont esté estonnez que le roy d'Espagne, ne vouUant point avoir la paix avec nous, ayt prétendu que le cercle de Bourgogne et la Flandres en fussent exemptz; mais cette satisfaction de Madame de Hesse et de l'armée de Suède sont deux poinctz assez délicatz, au moins ce dernier, auquel les Suédois seront plus attachez que les Allemands ne s'imaginent. Sans doute M. Servien, qui seul demeure à Munster, ayant esté permis à M. de Longueville de revenir, comme vous avez sceu, et M. Daveaux ayant esté remandé, sera soigneux de continuer à vous informer de ce qui s'y passe; mais s'il s'en oblyoit, pour estre accablé d'affaires, j'y suppléeray, car estant obligé de vous escrire toutes les sepmaines, il m'est facile d'y satisfaire. Noz ennemis, ayant suject de craindre noz forces navalles, ont laschement pris le dessein de brusler nos vaisseaux et gallères dans le port de Marseille, et ceux qui ont ozé l'entreprendre avoient desjà attaché des feux d'artiffice à trois gallères, à un batteau qui estoit à l'autre bout du port et à un engin qui sert à curer ledit port; et un argousin de la Mazarine ayant veu grosse fumée à la galère S'-Just, courut au secours. On esteignit ce feu, qui

avoit commencé à la brusler, et n'arriva autre accident. On est après pom' descouvrir les coupables de ce crime. Je suis, etc.

Monsieur,

J'ay expédié des lettres du Roy pour vous, en faveur des Minimes de la place Royale, pour la révocation de quelques brefs, et d'autres pour les PP. de la Doctrine Chrestienne de cette ville. Je vous recommande les intérestz des uns et des autres.

Signé : De Loménie Brienne.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, 10 avril 1648 (1).

Monsieur,

J'ay esté informé par la coppie de la lettre que vous avez escritte à Monsieur le Cardinal, en date du xvie du passé, de ce qui se passe à Rome et en vostre voisinage ; et par celle du mesme jour que vous m'avez adressée, j'ay remarqué que vous avez pris avec beaucoup de flegme ce qui vous a esté escrit au suject de la mauvaise intelligence qui avoit paru entre vous et M. l'abbé de St-Nicolas. J'avois tousjours creu que vous en useriez de la sorte, et j'avois trop de cognoissance de vostre

(1) Reçue le 30.

prudence pour en pouvoir douter. Ce sont choses passées qu'il faut oublier et s'appliquer présentement aux affaires qui se présentent, affln que, si elles sont descheues, vous puissiez apporter un tel remède qu'elles se relèvent. L'union et la bonne correspondance entre les ministres de Sa Majesté et ceux qu'elle honore de sa confiance pourra beaucoup à cela, et on ne met point en doute qu'ilz n'y soient tous disposez.

Il n'y a rien de si exprez ez ordres qu'a emportez le Plessis- Besançon, que de mesnager l'esprit de M, de Guise et se servir de luy tout autant que l'on pourra. En second lieu, d'avoir non seulement commerce de lettres avec vous, mais de ne rien entreprendre de considérable sans vostre participation et sans avoir receu voz avis; et je m'asseure que le cardinal Grimaldi, que vous scavez bien estre en part de cette affaire, et auquel la direction en est laissée, sera encores plus soigneux à vous donner une information exacte de tout ce qu'il négotiera, que seroit une autre, parce qu'outre qu'il est d'un esprit modéré, i^ veut donner cet exemple que les affaires peuvent estre commu. niquées sans qu'il en puisse arriver aucun inconvénient. Et de l'une de ses lettres, en datte aussi dudit seize, il m'a semblé avoir recueilly que vous vous estiez plus ouvert envers luy que vous n'aviez fait du passé, dont il se loue, et ne s'étoit jamais plaint du contraire, au moins à moy.

Il se recueille de sa dépesche que la santé du Pape est bonne, et comme la vostre ne donne point d'information difféi'ente, cela est receu en sorte que l'on ne jugera pas à propos de consentir que ledit cardinal de S'e-Cécile désempare la Cata longue; mais il est à craindre qu'il n'ayt exécuté la résolution qu'il en avoit prise, et qu'il n'ayt pas seulement attendu la permission qu'il en devoit rechercher, et que noz lettres le trouvant advancé, qu'il n'y différera pas en sorte de prendre une autre résolution, qui seroit d'y retourner.

Je n'ay point à vous demander aucune information de ce qui s'est passé entre vous et M. l'abbé de S'-Nicolas; il me suffist d'avoir peu remarquer dans voz lettres qu'aucune des miennes ne vous a pas blessé, ce qui étoit assez difficile d'espérer à cause des ordres précis que j'avois eu de vous escrire.

De celles de M. de Guise à vous, on a pu remarquer que ceux qui esloient venus ont avancé diverses choses, et de

celles de quelques particuliers apportées par l'ordinaire, qu'il est en un pitoyable estât. Peut-estre il en tirera de l'advantage, car se destrompant de pouvoir rien espérer si la France ne l'espaule, il s'y attachera et suivra les conseilz qui luy seront donnez, qui conduiront les affaires au point où la gloire et l'advantage de cette couronne les peult faire désirer.

J'interromps de vous escrire pour voir voz lettres du xxiie du passé, qui me viennent d'estre rendues avant le midy du vue du courant ; elles m'obligent à changer de langage et non pas de conception, car bien que M. de Guise et ceux de son parti ayent ruiné celuy de Gennaro, il a esprouvé que sans la France il ne scauroit se maintenir, et il en a donné un tesmoignage qui est concluant, puisqu'il vous prie de haster l'envoy de la flotte et de quelque nombre d'hommes, sans lesquelz il ne peut pas espérer d'emporter les chasteaux ; et tant que les Espagnolz en seront maistres, ni la liberté n'est pas establie, et difficilement changeroit-on le gouvernement présent. Je ne fais point de doute que, puisque vous vous contentez d'un secours médiocre, que vous ne le verrez au premier jour, car il seroit du tout extraordinaire qne l'esquadre commandée par Garnier (1), et une de dix galères par Ghasteluz, ne fussent à la mer dans le xxe de ce mois ; et il faut espérer que ceux qui peuvent estre soubçonnez de conserver quelque affection pour les Espagnolz, quoyqu'ilz facent semblant d'en avoir une passionnée pour M. de Guise, perdront celle-là pour prendre cellecy, leur restant tout suject de craindre que les Espagnolz seront ruinez et le party de la République eslevé, j'entendz celuy

(1) Le 4 avril, le cardinal Mazarin écrivait au chevalier Garnier : « Je souhaite de tout mon cœur que ce billet ne vous trouve plus en Provence, et encore plus que vous fassiez bon voyage. Je ne prends la plume que pour vous dire qu'il a été résolu qu'une escadre de dix galères suivroit de bien près celle des vaisseaux que vous menez à Naples. Et quoique je ne voie pas qu'il puisse naître aucune contestation entre le chevalier de Chàtelux et vous pour le commandement, en cas que les deux escadres se rencontrent avant l'arrivée de toute l'armée, puisque la chose est décidée depuis longtemps, outre que je sais que vous êtes fort bons amis, je l'ai jugée de telle importance que, pour prévenir de semblables différends, je n'ai pu m'empêcher de vous faire ces lignes pour vous prier de faciliter tout de votre part. ... Je ne manquerai pas de parler aussi aux miens et au chevalier de Chàtelux. ...» {Mémoires de Modène, p. 184.)

qui veut la liberté, sans décider s'ilz ne le prétendent ayant formé une république, ou si soubz un autre Roy ilz espèrent d'en jouir : et c'est, ce me semble, avec quelque raison que je parle de cette sorte, ayant recognu que les sages du peuple recognoissent bien que c'est se proposer l'impossible que de songer à une république, et qu'après les choses qu'ilz ont ozées, il ne leur reste de party solide à embrasser que de se soubmestre aux volontez du Roy, la domination duquel sera espérée plus douce qu'un prince particulier, et les grands trouvent bien mieux leur satisfaction soubz une puissante couronne que soubz un prince particulier. Vous croirez aizément que j'auray de l'impatience de recevoir de voz lettres, puisqu'elles nous pourront apprendre l'intention des grands et les désirs du duc de Matalone, lequel peult espérer des grâces à proportion du service qu'il rendra : et se déclarer François de bonne heure pourra tenir heu d'un signalé.

Je n'ay point esté surpris que M. l'abbé de St-Nicolas ayt fait difficulté d'aller à Naples, ny que Pennaullier s'y soit embarqué. L'un a ses raisons, et l'autre ne cherche que le moyen de se faire cognoistre, et j'espère que vous en serez satisfaict, car je l'ay cognu plein de cœur et d'une honeste ambition, et avoir de la prudence et de la suffisance au-delà de l'ordinaire de ceux de son aage (i). Pourtant, si Grimaldi s'embarque, à ce qui luy a esté proposé, il pourroit estre que led. Sr abbé auroit du regret de ne s'estre pas laissé conduire.

l\ eust esté à désirer que la signora Olimpia eust esté capable de la modération que vous y espériez trouver et qu'elle eust pu gaigner sur elle autant que sa belle-fille ; mais l'aigreur que vous y avez trouvée a fait juger que vous aviez eu grande raison de ne la pas presser au-delà de ce qu'elle le vouloit estre; et c'est une des parties de la médecine de proportionner les remèdes aux maux et aux dispositions des personnes. Peut-estre mieux conseillée, elle recherchera nostre extrémité, et c'est avoir obligé la belle-fille que de l'avoir offerte, et avoir esvité d'offenser la belle-mère en ne la pressant point outre mesure. Je n'ai rien à ajouster à ce que je vous ay escrit sur

(1) Voir plus haut les notes sur M. Pennautier, p. 16, et plus loin, p. 332, la lettre en date du 24 avril, que M. de Brienne lui écrit (n» lxxx).

son sujet, et j'aurois mesme achevé, s'il ne m'estoit souvenu que l'une de vos lettres insinue que le Pape est indisposé et avec des ressentimens de son premier mal; sans revenir à l'extrémité dont il fust attaqué, il n'est pas pour causer aucun accident; je parle après plusieurs, qui sont persuadez qu'il est bien aize qu'on le croie indisposé et que sa santé est au-delà de ce qu'on en debvoit attendre d'un homme de son âge. J'ozerois vous dire, mais c'est soubz le sceau de confession, que vous ne debvez point nous mander rien d'approchant que vous n'en ayez des lumières certaines, surtout tant que le cardinalde Ste-Cécile lairra croire que, sur de semblables advis, il juge sa présence absolument nécessaire à Rome, et il y a moins de mal qu'il se plaigne d'avoir esté adverty à tard que de luy donner lieu de précipiter son parlement de Catalogne.

Je juge bien que le gentilhomme dépesché par M. de Guize ne sera pas si tost renvoyé, que l'ordinaire aura assez de tempz d'arriver devant luy, et c'est ce qui me fait résoudre de le charger de cette lettre, qui croirois bien, comme vous, qu'il eust esté utile au service du Roy que le Plessis-Bezançon eust passé par Rome ; mais la difficulté des chemins et la seureté qu'il peult rencontrer par la mer luy en feroit préférer la commodité, et par voz lettres vous suppléerez à ce que vous eussiez comply envers luy. Il sera heureux s'il a moins de part à la négotiation qui luy a esté confiée qu'il ne l'a espéré; au moins il debvra estre de ce sentiment tant que les choses seront incertaines, et ce n'est pas peu de fortune de n'estre pas seul responsable des événemens.

n a fallu s'accommoder au désir de la République de Gennes, qui n'a sceu souffrir que le Jenetin Justinian fist l'office de ministre du Roy, et le Doge a pressé le marquis Palavicin, venant en France, de certiffier que la loy qui le deffend aux gentilshommes, non seulement est en escrit, mais en usage et depuis sept ans renouvellée; il m'a accablé d'un long discours qu'il m'a tenu, qui désiste de vous escrire pour lui mes lettres d'Allemagne, avec intention d'ajouster un postcrit, si les nouvelles que j'aurai reçues m'y peuvent obliger. Je vous donne pour asseuré que nostre armée de Flandres sera belle, et je serois trompé si elle n'est la première en campagne, bien que les ennemis se soient vantez du contraire.

J'ay considéré le mémoire qui nous a esté remis par MM. du chapitre de Saint- Jean-de-Latran. Je ne fais point de doute que l'on ne se porte à ce qu'ilz désirent, surtout s'ilz obtiennent de vous un avis conforme à leur intention. Je vous envoyé une lettre pour servir de response à celle que Monseigneur le cardinal Ursin m'a escritte, et luy mande que Sa Majesté consent volontiers qu'il entre dans le S'-Office en l'absence de Monseigneur le cardinal d'Est, protecteur ; mais comme il vous doibt souvenir que Monseig. le cardinal Grimaldi a eu cet advantage, on ne prétend pas luy nuire ny préjudicier. C'est pourquoy vous pourriez différer à rendre madite lettre jusques à ce que mond. seigneur le cardinal Grimaldi soit en chemin de son voyage. Vous prendrez garde encores que ledit cardinal d'Est n'ayt point de suject d'y trouver à redire; enfin vous agirez avec prudence, et suivrez ce qui vous a esté mandé par mes précédentes dépesches sur ce suject.

Je suis, etc.

Monsieur,

Les trouppes de Hesse, que tenoit assiégées Lamboy dans une assez méchante place, se sont desgagées par le moyen de l'attaque qu'a faicte le Landgrave Hernest de Hesse, qui a pourtant perdu quelques gens et luy demeuré prisonnier; mais Lamboy a esté repoussé par deux fois de l'assault et a levé le siège.

Signé : De Loménie Brienne.

Le comte de Brienne au marquis de Fontenay.

Paris, 47 avril 1648 (1).

Monsieur,

Il y a aujourd'huy huict jours que je fis response à vos dernières lettres, qui m'avoient esté rendues par un gentilhomme de M. de Guise; ainsy vous ne pouvez pas espérer que celle-cy puisse estre bien longue : aussy ne contiendra-t-elle rien de considérable, que la résolution prise de presser nostre armée navale de partir, et qu'il y atout suject de croire qu'elle ne tardera pas, puisque nous avons faict effort et prodigalité d'argent pour y pouvoir réussir. Elle sera considérable par le nombre de voiles et des vaisseaux de rames qui la composeront, puisque, contre nostre attente, il y en aura au moins deux de plus que nous n'avions espéré. Il est indubitable que le prix de la diligence (2) sera, sinon la conqueste d'un royaume, au moins de le faire perdre aux Espagnolz ; et, pour peu que les grands prennent confiance en nous, et que le peuple se destrompe de l'imagination de former une république, et qu'il se contentast d'avoir diminué le poids des charges qui l'accabloient, il réussira quelque chose de grand à la gloire et à l'avantage [de cette cou- Ci) Reçue le 7 mai.

(2) Mazarin écrivait le 5 avril 1648 au bailli de Valançay, qui devait rester à Toulon, pour hâter justement les préparatifs de l'expédition : « M. du Plessis-Besançon vous dira la résolution qui a été prise de faire

faire le voyage de Naples à M. le cardinal Grimaldi J'y ajouterai seu"

lement à votre égard que l'on a fait savoir audit sieur Grimaldi que si dans les résolutions qu'il asseure devoir prendre poui' le service du Rqi, i yavoitdes choses dont l'exécution dépendit de vous, il n'auia qu'à vou écrire directement sans recourir à la cour, pour éviter des longneuis, puis que Sa Majesté vous a donné l'ordre de faire, sur vos lettres ou sur çqlles

ronne de ce qui a esté entrepris de par delà; et les peuples auront suject de bénir la résolution de ceux de la ville. Probablement la première de vos dépesches, ou au plus tard la seconde, nous esclaircira de ce qui aura esté délibéré et exécuté par le cardinal Grimaldi; et il est bien assuré que se passant entre vous et luy et Duplessis, à l'un et à l'autre beaucoup d'intelligence (1), que le service du Roy en sera merveilleusement avancé. Je prendray soin, leur escrivant, de les faire souvenir des intentions de Sa Majesté sur vostre suject, bien que je doive estre persuadé qu'ilz en ont une entière cognoissance ; mais comme souvent je vous avertis que vous devez avoir avec eux une parfaite confiance, je devray, ce me semble, en user de la sorte envers eux. Et, selon mon sens, il est absolument nécessaire de donner beaucoup de chaleur aux affaires de Naples, l'espérance de la paix estant entièrement perdue; pourtant, au dire de M. Davaux, elle se pourroit conclure en peu d'heures, mais n'aiant point de fondement que sur ce qu'il s'est imaginé que les Hollandois, qui sont acceptez pour juges des cinq poincts, qui sont les plus difficiles dutraicté, y disposeront les parties ou par un jugement les décideront, j'oze avancer que sans doute il se mescompte, et qu'il a plus donné de créance aux lumières qu'il a prises qu'à ce qui luy a esté mandé par M. de la Thuilerie, qui ne nous laisse pas espérer que Mrs les Estatz facent rien de ce qui pourroit produire ce bon effect; et la Hollande souffre avec tant d'impatience que la Zélande et Utrecht aient des sentiments de gratitude envers la France, qu'il est aizé de juger qu'ilz ont perdu ceux qu'ilz devroient avoir ; ainsy, il peut y avoir quelques sujects de dire que M. Servien avance ce discours pour laisser croire que, s'il fust

de M. du Plessis-Besançon, en son absence, tout ce qui sera en votre pouvoir. . . .

« J'estime superflu de tenir extrêmement secret le sujet du voyage de M. du Plessis-Besançon à Piombino et les choses que contient la dépêche que je lui fais passer par ce courrier, et que je lui écris de vous communiquer. »

Cette dépêche, fort longue et fort intéressante, se rencontre également dans les Mémoires de Modène, p. 186. — Toutes ces pièces, émanées directement du cardinal, trouveront place sans doute dans le second volume de la grande publication de M. Chéruel.

(1) Il y a ici un mot passé ou mal déchiffré; mais le sens est très-clair.

demeuré à Munster, il eust espéré d'y achever le grand œuvre, ou qu'il n'aura tenu qu'à M. Servien d'y mettre la dernière main; et l'une et l'autre de ces pensées, surtout la première, ne peuvent pas estre bien reçues. J'ay jugé vous en devoir avertir, qui ay eu avis que la satisfaction de Made la Langrave a esté arrestée et en argent, ainsy que nous l'avions tousjours désiré, qui n'avons jamais peu consentir qu'elle se prist en quelques bailliages de divers diocèzes qui enferment ses Estatz. J'ajousteray que M. le Ch'erde Guise a déclaré qu'il alloit trouver M. son frère, et que M. de Lambert fera aussy le voiage, qui, comme vous le cognoissez mieux que personne, aiant longuement esté sous vostre charge, est très-capable de bien servir. Si de ce costé-là nos affaires succèdent bien, sans doute nous aurons fortune en Lombardie et en Flandres; les choses paroissent en sorte disposées que nous nous y devons attendre. Il est avéré que les ennemis ne seront pas si puissants qu'ilz s'en estoient vantez ; et, de nostre costé, nous trouvons nos troupes plus complettes que nous ne l'avions espéré. Desjà M. le Prince se trouve avancé à Amiens, et la saison favorise tout ce que l'on voudra entreprendre, car la beauté des jours et leur chaleur faict espérer que bientost la campagne pourra fournir le fourrage pour la cavalerie.

Enfin, M. le président de Mesme s'est résolu de voir M. le cardinal de Grimaldi; il m'a mandé par Pépin qu'il en estoit party très-satisfait. La part que vous prenez à ses intérestz m'oblige de vous en donner avis; il s'estoit dict de part et d'autre des choses qui me faisoient peine; mais vous devez scavoir que je ne me suis jamais trompé en cette affaire, et l'événement la justiffîe, dont je loue Dieu. Je suis, etc.

Signé : De Loménie Brienne.

Le Roi au marquis de Fontenay.

Paris, 20 avril 1648 (1).

Monsieur le marquis de Fontenay,

Je vous ordonnay il y a quelque tempz, sur la prière que m'en avoit fait mon cousin le duc de Parme, de vous employer à mon nom efficacement pour essayer de restablir dans les bonnes grâces de nostre St-Père le Pape Don Camille, son neveu, et la princesse de Rossano, sa femme. Depuis cela mondit cousin m'aiant fait de nouveau tesmoignage combien il a à cœur l'accomplissement de cette affaire, je vous fais cette recharge, de l'avis de la Reyne régente Madame ma mère, pour vous dire encore plus expressément, s'il se peut, que je n'avois fait par ma première lettre, que désirant touttes les satisfactions de mond. cousin le duc de Parme à l'esgal des miennes propres, et ne voulant laisser eschapper aucune occasion de luy donner des preuves de mon affection et du vif ressentiment que j'ay du zèle qu'il fait paroistre en touttes rencontres pour l'advantage de cet Estât, mon intention est que vous luy faciez cognoistre en cette affaire le crédit qu'a sur moy sa recommandation, et que vous employez mon nom et mes prières près de Sa Sainteté, et ailleurs où il en sera besoing, en la manière et aussy souvent que vous le jugerez à propos, pour le bon et prompt succez de la chose, où que mon cousin et ses ministres par son ordre vous tesmoigneront le désirer. Il me fait asseurer que ledit don Camille et la princesse en auront une parfaicte recognoissance, dont je ne doute pas; mais le principal ou seul motif que j'ay à vous donner cet ordre, c'est la considération de mondit

(1) Reçue le 28 mai.

cousin qui a entrepris leur protection. Il est vray que je le fais d'autant plus volontiers, qu'il y a tout suject de croire que Sa Sainteté se tiendra obligée que je m'entremette pour renouer la bonne intelligence et union qu'il doit souhaitter de voir dans sa famille, et qu'il sera bien aize mesme d'estre pressé là-dessus de ma part, affin d'avoir plus de prétexte d'oublier les sujects de fascherie que son neveu peut lui avoir donnés. Pour ce qui est de la Sr=» dona Olimpia, je me rendray volontiers caution, avec mon cousin le duc de Parme, que son filz et sa belle-fille luy rendront sans y manquer jamais tous les respectz, déférences et services qui luy sont deubz pour la qualité qu'elle a de mère et pour tant d'autres qu'elle possède, qui obligeront tousjours un chacun à l'honorer beaucoup. N'espargnez donc aucun soing ny diligence en cette affaire, puisque c'est le plus agréable service qne vous puissiez me rendre présentement en l'employ où vous estes. Et m'asseurant que vous ne manquerez d'y satisfaire, je ne vousferay celle-cy plus expresse que pour prier Dieu qu'il vous ayt, Monsieur le marquis de Fontenay, en sa sainte garde.

Signé : Louis.

Et plus bas: De Loménie.

Le comte de Brienne à M. Pennautier (1).

Paris, 24 avril 1648.

Monsieur,

J'ay reçeu, avec votre lettre du 30 mars, le bref du Pape pour mon fils le chevallier (2) en la forme la plus gracieuse que je pouvois désirer; je vous remercie des soings et de la diligence que vous y avez apportée.

La lettre de M. l'ambassadeur et la coppie de l'instruction qu'il vous a baillée m'ont appris les raisons qu'on a eues de vous envoyer à Naples ; et, comme j'ay eu occasion de parler de vous au conseil, Son Éminence dit qu'elle étoit bien informée de vostre capacité et qu'on se devoit promettre que vous rendriez bon service. J'appuyay dans ce sentiment selon la cognoissance que j'ay de vous, qui ne manquerez de nous escrire exactement et selon la vérité tout se qui se passera, et vous serez toujours bien uni et dans la deppendance des ordres qui vous seront soumys parMê:rie cardinal Grimaldi et M. Duplessis-Besançon, pour le service de Leurs Majestez, satisfaisant au surplus au mémoire qui vous a esté baillé.

Je seray bien aise que vous me donniez occasion de vous faire valoir et de vous ménager quelque meilleur employ, après que vous vous serez bien acquitté d'iceluy.

Sirjné : De Loménie Brienne.

(1) Cette lettre est extraite du recueil des papiers de M. de Brienne conservé à la Bibliothèque nationale, ms. Clairembault, Mélanges, vol. 127, fol. 857.

(2) Voir plus haut, p. 181, la lettre de M. de Brienne où il est déjà question de son fils.

Le comte de Brienne au marqriis de Fontenay.

Paris, 24 avril 1648(1).

Monsieur,

Vostre lettre du xxxe du passé ayant esté leue en présence de Sa Majesté, elle eust envie d'entendre le mémoire que vous avez dressé des considérations qui vous ont convié, et M le cardinal Grimaldi, d'emprunter de l'argent pour faire assister le peuple de Naples de bleds, dont il semble qu'ilz aient nécessité; et Sa Majesté resta très-satisfaicte de vostre grande application aux choses qui peuvent avancer son service. Il est certain que vous avez couru au plus pressé, et, pourveu que le pain ne manque pas, les soldats, aussy bien que le peuple, ne peuvent estre forcez de prendre quelque résolution précipitée, et il arrivera sans doute qu'ilz donneront tempz à nostre armée de paroistre en leurs mers et d'entreprendre de mettre dans leur ville ce dont Hz pourront avoir besoin. Si le mémoire susdit a esté loué, l'instruction dressée pour le sr Pennaultier (2) a

(1) Reçue le 15 mai 1648.

(2) Cette instruction, écrite à Rome par M. de Fontenay, nous est conservée dans les Mémoires de Modène (t. I, p. 177). Elle n'a point de date. En voici quelques passages :

« Le sieur Penautier, étant arrivé à Naples, ira descendre chez M. le duc de Guise et lui représentera les lettres de Messeigneurs les cardinaux et ambassadeurs, l'assurance de la bonne volonté de Leurs Majestés, de la protection qu'ils lui veulent donner en toutes sortes de rencontres et du désir qu'ils ont de faire tout ce qui sera nécessaire pour son bien et son avantage.

« Il lui dira aussi le soin particulier que Monseigneur le cardinal Mazarin a pris de le servir auprès de Leurs Majestés. . . .

« Ensuite il lui dira comme tout ce qu'il y a ici de ministres du Roi,

encore davantage satisfaict, car vous l'avez si bien informé de ce qu'il aura à faire que, sans nous exposer à aucune despense, nous assisterons ce peuple, qui enfin sera pour se résoudre à donner plus de créance à ce qui luy sera dit de nostre part et de se porter aux résolutions que nous avons à désirer, autant et plus pour leur liberté que pour nostre propre grandeur. Deux jours avant que l'ordinaire m'eust rendu vostre despesche, un baigneur de cette ville, despesche à M. de Guise par la dami'e de Pont, y arriva chargé de lettres tant à la Reyne qu'à M. le cardinal, à l'advantage de ceste damoiselle (1). Il a continué, comme avoient fait ceux qui sont venus de Naples, d'annoncer tant de choses qu'on trouve enfin n'avoir pas esté exécutées, qu'on ne scauroit plus y prendre de créance, et on n'en donne

tant les cardinaux que les ambassadeurs, ne perdront jamais nulle occasion de le servir et de procurer ses avantages en tout ce qui leur sera possible. »

Suit une longue explication sur la façon dont M. Pennautier est autorisé à vendre au peuple de Naples le blé, pour l'achat duquel il est porteur de sommes assez importantes.

Et le marquis de Fontenay ajoute :

« Or, combien que le motif principal de l'envoi du sieur Pennaulier soit l'achat des blés et la direction d'iceux, à quoi il s'appliquera entièrement, il ne laissera néanmoins de voir M. de Guise, afin de le confirmer dans les bonnes intentions qu'il témoigne d'avoir, et ne lui donner aucun soupçon ni jalousie, l'assurant toujours de la bonne volonté de Leurs Majestés, de Son Éminence et de tous ceux qui servent ici, observant adroitement tout ce qui se passera, pour en donner avis.

« Il se conduira de telle sorte avec Gennaro et autres, que M. de Guise ne puisse prendre soupçon, ni croire qu'il soit allé là pour faire aucune cabale contre lui, aiin que M. de Besançon trouve à son arrivée toutes choses en bon état.

« Si toutefois il peut, sans donner d'ombrage audit sieur duc, tenir Gennaro et ses amis avertis de la bonne volonté de Leurs Majestés, il ne manquera pas de le faire, afin qu'ils continuent à servir comme ils ont fait jusqu'ici.

« Il essaiera de découvrir quelles gens ce sont qu'Augustin Molle, Peppe Palombo et autres dont M. de Guise se sert principalement, et quelle confiance on y pourra prendre, car plusieurs disent qu'ils ont de grands attachements avec les Espagnols »

Étrange aveuglement de l'ambassadeur français, qui soupçonnait le duc de Guise et ses amis, et faisait faire des avances à Gennaro Annèse, tandis que ce dernier trahissait le duc et la France au profit des Espagnols !

(1) Ce sont les deux lettres dont nous avons parlé p. 295, note.

qu'à vos lettres et à celles de M. le cardinal Grimaldi. Il arrivera du mal à M. de Guize delà continuation de l'amour qu'il porte à ceste demoiselle, puisque madame sa mère ne se disposera jamais à faire pour luy ce qu'elle pourroit bien, si elle l'en croioit débarrassé; etj'aurois cru que, s'embar quant en une affaire de la nature et de la conséquence de celle de Naples, qu'emporté par son ambition, il n'auroitplus d'autre passion (1); mais la suite de sa conduite fera bien voir le contraire ; et, au peu d'application qu'il a aux choses, joignez-y encores qu'il est distrait par les idées qu'il se conserve de ce qu'il ayme; il reste tout suject de dire qu'il faut avoir les soingz qu'il debvroit prendre pour maintenir le peuple de Naples en la haine qu'ilz ont témoignée jusques icy aux Espagnolz, et en l'affection de ceux qui veulent contribuer à leur liberté. Si ce duc donne créance à ce que vous luy avez mandé par Penautier et par le capitaine de ses gardes, qu'il en prenne aussy à ce qui luy sera dit par le Piessis-Besançon et par l'un de ses gentilhommes à l'un de ses secrétaires qui luy ont esté envoyez ; sans doute il demeurera persuadé que Leurs Maj estez affectionnent ses advantages et que Monsieur le cardinal les luy veut procurer. Et présentement, c'est une des choses de la dernière importance de luy imprimer cela si fortement dans l'esprit, qu'il n'en puisse point douter, afin que, bâtissant sur ce fondement, il ne soit point capable de prester l'oreille à diverses propositions qui luy pouroient estre faites par les Espagnolz, auxquelz tout convient qui peult mettre en jalousie les deux factions dont se trouve composé le parti du peuple. De deux choses vous puisje asseurer : l'une que l'on a toutte confiance en vous, l'autre qu'on fait le dernier effort pour faire partir l'armée. M. le général des gallères s'estant résolu de partir, il amènera avec luy son corpz entier, c'est-à-dire au moins vingt gallères, de sorte que l'armée se trouvera très-forte ; et l'on embarquera tant d'hommes, que vous serez estonné lorsque vous en aurez le contrôle; et désormais l'affaire de Naples ne passera plus pour un accessoire, mais elle fera le capital de nostre guerre (2). Si

(1) C'était justement cette passion qui soutenait le duc de Guise, puisque certains prétendent qu'il n'entreprit son aventureuse expédition que pour offrir une couronne à M"« de Pons.

(2) Ce sont là d'étranges illusions. A l'époque où écrit le secrétaire

c'est sur l'opinion que les Espagnolz nous en chasseront et que nostre armée ni doit plus retourner, que le Pape s'est disposé à les favoriser, il y a lieu d'espérer qu'il changeroit de conduicte ; mais il se laisse emporter à ses premières inclinations et ne peult oublier ce qui s'est passé de luy à nous, ni se persuader que les grâces qu'il nous a faictes ou celles qu'il nous pourroit faire nous puissent convier de mieux vivre avec luy, en quoy il juge mal des dispositions où en pouvoit estre Sa Majesté, qui s'est résolue, affm de l'engager de condescendre aux choses qu'il ne peult avec justice reffuser aux Barberins, de le remercier, par une lettre que je vous envoyé, de ce qu'il a desjà fait en leur faveur, et luy laisser comprendre qu'on ne met point en doute qu'il ne veuille achever, et qu'on se dispose aussy à un plus grand remerciement. Si ce terme pouvoit avoir une double interprétation et qu'il s'appUcast à celle qui pourroit estre de son désir qu'on seroit pour se porter aux ehoses qu'il désire, pourveu que nous ne nous y fussions point engagez,

(24 avril), le duc de Guise est depuis trois semaines prisonnier des Espagnols, et la fameuse armée navale, sur laquelle on fonde tant d'espérances, tardera encore à partir de Toulon. Tout sera fini depuis longtemps quand, le 11 mai, la flotte arrivera à Piombino.

Les négociateurs français n'essayèrent pas moins de remplir la mission qui leur avait été confiée; et le jeune diplomate Pennautier, dans deux lettres adressées à l'abbé de Saint-Nicolas, qui à cette époque avait quitté Rome, rend compte brièvement de la suite de cette malheureuse entreprise.

Il écrit « au bord du Brezé, dans le golfe de Naples, » le 12 juin:

(t. .... Nous ne levâmes l'ancre de la rade de Piombino que le 28 (mai), à cause des vents contraires.... Depuis, nous n'avons parti de ce golfe, et quelque diligence que nous ayons faite pour scavoir des nouvelles de l'état de la ville, nous n'avons pu en apprendre de certaines, ce qui fait croire que les Espagnols y sont entièrement les maîtres et empêchent la communication que nous croyions avoir avec les chefs du peuple. L'un d'entre eux a seulement dépêché une fois vers Son Éminence, pour l'assurer de la continuation de sa bonne volonté pour les intérêts de la France, mais qu'il ne pouvoit la faire paroitre que nous n'eussions un poste assuré à terre et des secours à leur donner plus considérables que ceux quiparoissoient par le petit nombre de nos vaisseaux. Vous jugerez bien, Monsieur, que sur une harangue de cette nature, on ne crut pas devoir exposer le peu de forces que nous avions en les débarquant. ...»

Il raconte ensuite que la flotte prit deux vaisseaux espagnols chargés de blé, dans un petit combat où fut blessé « Filippo Prignani, Napolitain, que

nous ne serions pas faschez qu'il s'en persuaclast; mais c'est ce qu'on ne peult pas espérer, et qui doibt estre suppléé par vostre adresse, néantmoins (1) nous engager à plus que nous ne le sommes. Pour remédier en quelque sorte à ce que debvroit faire le Pape en faveur de la mesme maison Barberine, à l'esgard de la République de Venise et de M. le Grand-Duc, qui ne se scauroient excuser de vivre mal avec eux, la France les ayant pris soubz sa protection, sans luy donner suject de s'en plaindre, il a esté avisé que Sa Majesté auroit la bonté de mander l'ambassadeur de la République et le Résident de ce prince, et de leur dire qu'elle demeure estonnée de la sorte dont leurs maislres traittent lesdits cardinaux, souffrants que leurs ministres qui sont à Rome manquent aux respectz ordinairement accoutumez d'estre rendus à ceux de cette qualité, et que, ce qui seroit par mesure ailleurs, ne peult estre trouvé que très-bizarre à Rome, où lesdits cardinaux sont en leur vérita-

vous aurez sans doute connu à Rome, et à qui M. l'ambassadeur avoit donné une patente de commissaire général de la cavalerie de Naples. C'était un des confidents de l'abbé Basqui. » Puis il ajoute : « Tous n'ont pu trouver moyen d'avoir des nouvelles de Naples ni d"y entrer. On en a mis pourtant deux ou trois à terre; mais ils n'^ sont pas revenus. »

Sa seconde lettre est écrite « à Rio, dans l'île d'Elbe, » le \" juillet. On y lit : « Je me donnai l'honneur de vous écrire lorsque nous étions encore dans le golfe de Naples, et je vous faisois, ce me semble, remarquer qu'il y avoit peu d espérances que nous fissions du progrès en ce pays-là. Le succès ne l'a que trop vérifié, et M. le cardinal Grimaldi résolut enfin de se retirer avec f armée, puisque sa présence ne prodiiisoit rien d'avantageux dans Naples; qu'ainsi nous consommions inutilement nos victuailles, et que les galères restoient en péril de se perdre. Ces considérations nous ont obligé à la retraite à Porto-Longone, où toute l'armée mouille, il y a quatre jours. Peu après, Son Éminence débarqua — Nous avons vu ici M. l'abbé Basqui, qui étoit arrivé à Piombino plus tôt que nous à l'Elbe. ... Le capitaine des gardes de M. le duc de Guise, Augustin del Lioto, son frère et un de ses camarades ont été arrêtés prisonniers par ordre de M. le cardinal Grimaldi.... » {Néjociations, etc., t. V, p. 450 et 45i.)

Nous avons déjà dit qu'on trouverait, sur l'issue fâcheuse de cette seconde expédition, les détails les plus circonstanciés dans les dépêches manuscrites de M. du Plessis-Besançon, conservées à la Bibliothèque nationale. Elles sont au nombre de dix-sept; la première porte la date du 13 avril 1647, la dernière celle du 28 septembre 1U48.

(1) 11 y a probablement le mot « sans » que le secrétaire aura omis de déchiffrer.

ble demeure et où ilz sont en possession d'astre les seulz qui ont droit d'eslire le souverain Pontife de l'Église ; que si sa dignité le rend recominandable à tous les princes, il est mal aizé de concevoir qu'on n'en doibve de certains à ceux qui sont appelez à de si grandes auctorités et qui sont, selon l'usage receu, les seulz capables de receuvoir cette eslévation. Et cela ayant esté fortement soustenu, il y a suject de croire qu'en ayant informé, l'un Sa Sérénité, et l'autre Son Altesse, qui sont les termes dont ilz ont uzé, le sénat de son costé comme M. le Grand-Duc du sien, ne voudront pas que Leurs Majestez ayent plus suject de se douloir de leur conduicte. Ce que vous avez dit que le Pape ne songe pas à diviser les frères, mais bien à s'exempter de leur rendre la justice qu'il est convenu leur debvoir estre bien pensé qu'il fault y souscrire ; car il luy seroit aussy aisé d'esluder les poursuites qu'ilz feroient, qu'il sera empesché de ne pas se conformer aux instances qui luy seront faictes de la part de Sa Majesté, qui désire qu'il ne soit plus mis en doute s'ilz doibvent estre restablys, et en leurs biens et en la fonction de leurs charges, avec les prééminences et facultés ordinaires, affm que le public cognoisse que ses prières ont esté considérées par Sa Sainteté, et qu'elle n'a point eu de pensée de s'en rétracter, et par une longueur affectée diminuer l'effectdela grâce.

Vous ne doutez point que le Sicilien assassiné par un Corse n'ait esté plaint, et qu'on n'ait senti la perte de ces places, dont la vostre fait mention ; mais si la ville de l'Aquila pouvoit estre prise, la province de l'Abbruzze devenant françoise, les premières pertes se trouveroient récompensées avec usure; et plus les Espagnolz s'appliquent pour y dissiper ce qui s'y voit à l'avantage du peuple, plus ilz nous donnent à cognoistre combien nous debvons nous efforcer pour les en empescher; et il seroit à désirer que le marquis Palavicine peust réussira y former un corps qui fust capable d'en chasser le prince Savelli, lequel ne s'y estant avancé qu'avec des forces peu considérables, nous fait remarquer qu'il y a plus de facihté qu'on ne l'avoit ozé espérer à chasser les Espagnolz de ce royaume-là.

Il m'a esté baillé par un religieux de l'ordre de Gisteaux un mémoire que je vous envoyé, duquel vous serez informé des justes prétentions de l'abbé général de l'ordre et des entrepri-

ses qui se font en divers lieux par les nonces, soubz prétexte de quelques clauses opposées aux brefz dont ilz se trouvent pourveus. Son intérest se trouve appuyé de celuy du Roy pour empescher la continuation de semblables entreprises, desquelles il vous plaira de vous plaindre, ayant pourtant au préalable pris une ample et exacte information de ce qui a toujours esté observé : et certes ce sera réduire à peu l'auctorité du général d'un ordre aussy célèbre que celuy-là, et qui est soubz la protection de Sa Majesté, si les nonces pouvoient, à l'exclusion de ses commissaires et visiteurs, entreprendre les visites des monastères quiluy sont soubmi s en Italie, Allemagne, Bohème, Poulongne et Flandres ; et c'est seulement trop endurer que, soubz prétexte qu'il s'est formé une congrégation en Castille, les religieux qui en sont se soient séparez de la supériorité, à quoy on essayera, mais en son tempz, d'apporter le remède convenable, et sans doute, le prétexte de la refîorme cessant, qui est exactement observée en plusieurs maisons de France, et dont le général a esté novice et très-disposé de l'embrasser, force sera aux abbez dont la congrégation est composée de chercher d'autres prétextes, et n'en ayant point qui puisse estre auctorisé que celuy-là seul, ilz seront contrainctz de rentrer dans son obéissance.

J'attends avec impatience la response à une lettre que je vous ay escritte sur le sujet du passeport demandé par le général des Augustins, auquel on a fait difficulté de l'accorder sans avoir esté informé par vous de ses qualitez, et s'il n'est point en sorte engagé dans les intéretz de l'Espagne, qu'il y eust suject de craindre qu'il fust pour donner des impressions dangereuses aux religieux qui luy obéissent. Je suis pressé du nommé Ripa, qu'on accuse d'avoir intelligence avec les Espagnolz, et de diverses provinces aussy, pour l'expédier, comme de quelques autres pour le refuser. Depuis trois ou quatre jours, le S"" du Passage est revenu d'Allemagne, lequel nous a appris comme M. le mareschal de Thurenne avoit relTusé aux Suédois de les suivre en Bohême, s'estant touttes fois voulu charger de ravictuailler Egra, pourveu que ce fust par le chemin qu'il indiqueroit, dont les Suédois offensez s'estoient voulus séparer, sans se déclarer de ce qu'ilz voudroient entreprendre, eschappant de fois à autres dédire qu'il estoit aisé decognoistre que

nous n'avions pas rompu avec Bavières, nonobstant les démonstrations que nous en faisions, ce qui auroit ol^ligé M. de Thurenne de leur faire dire que, s'il leur plaisoit d'entrer dans son pays et s'avancer du cosLé de Munik, qu'il se joindroit volontiers à eux et leur offroit des commodités dont ils avoient disette, ce qui, ne les ayant pas contentez, ilz se seroient séparez ; mais s'estant aperceus que ledit de Turenne ne s'émouvoit pas beaucoup de leur manière de procédé, ayant eu quelque appréhension d'estre combattus et avec advantage s'ilzestoient séparez de l'armée françoize, ilz s'en sont rapprochez, et il se passe entre les généraux et les armées loutte la bonne intelligence qui est nécessaire pour le commun service des Roys. Plusieurs des reîtres, qui se mutinèrent l'année dernière, reviennent soubz leurs cornettes, et l'on apprend que la reyne de Suède ny ses généraux n'y apportent aucune contradiction, entendez delà nation suédoise; et quantàKonigsmark, vers lequel ils se retirèrent, et qui les prist en service, il fait son possible pour les conserver; mais la disproportion du service et des advantages les rappellent les uns après les autres dans leur debvoir et dans le service de cette couronne.

Environ le même tempz de l'arrivée dud. du Passage, j'ay receu une lettre de M. le cardinal deS^c-Cécile, de laquelle j'apprendz qu'il debvroit partir de Barcelonne le lendemain des festes ; elle est dattée du vue du courant, pour s'acheminer à Aix. Il semble en prendre le subject de ce que le général des armées debvoit estre indépendant de son auclorité, et qu'il estoit blessé, n'en ayant pas le commandement, sans se souvenir qu'il n'en avoit pas la permission et qu'il tomberoit en irrégularité, si sans un brefexprez il l'avoit entrepris. Peut-être que les lettres qu'il aura reçues, environ le jour du datte {sic) de la sienne, ou peu après, l'aura pu faire changer ; et c'est une chose que je désirerois par divers respectz.

Les lettres de Munster et d'Osnabrug, ny celles de la Haye, ne me donnent aucun suject de vous escrire. Tout languit en l'une de ces villes, par l'absence des plénipotentiaires de Mrs les Estatz; en l'autre, les députez des princes de l'Empire s'assemblent souvent pour essayer de trouver les moyens de le pacifier, ce qu'ilz ont de beaucoup avancé ; mais la Suède a encores des prétentions qui donneront suject de diverses con-

férences ; et à la Haye, les députez des provinces ayant esté congédiez jusques au quinzième, le xive, qui est le jour duquel les lettres sont dattées, il ne s'y pouvoit pas rien passer qui fust de considération.

Si je doil3z prendre créance à ce qui m'est dit par le Résident du Grand-Duc, quelques offres que nous fassions envers son maistre au suject des Barberins, nous n'en pouvons pas espérer de grands effets. Il remonstre qu'on ne doibt pas presser son maistre ; mais il n'a pas esté escouté. Je crains qu'il ne nous en arrive autant à Florence, où il offre de faire cognoistre ce que nous pouvons désirer, affm de les y disposer; et il voudroit fort nous persuader qu'il faudroit se donner cette patience, qui seroit asseuré qu'elle produisist ce qu'on demande. Il n'y auroit pas lieu de hésiter; mais touttes choses estant incertaines, la prudence semble conseiller qu'on face cognoistre ce qui peult estre des intentions de Sa Majesté, qui seront sans doute considérées.

Je suis, etc.

Signé : De Loménie Brienne.

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