EXÉCUTION DU PLAN. PREMIERE ILLUSION
Si de pareils desseins s'étaient montrés d'abord dans leur ensemble, l'Europe, malgré sa complicité habituelle, eût pu difficilement les approuver. La première condition était de les cacher au monde. Voilà pourquoi ces projets secrets ont été d'abord masqués derrière l'Angleterre et l'Espagne. L'idée bonapartiste a voulu être flanquée de ces deux alliés. C'est avec la flotte anglaise et la flotte espagnole que l'on a approché des côtes américaines. Remarquez bien que dans cette première partie de l'exécution il n'est bruit que d'une alliance à trois.
Ce concert de l'Angleterre et de l'Espagne sert à rassurer le monde contre toute arrière-pensée. On part ensemble, on aborde ensemble. Les flottes jettent l'ancre. Mais alors, que se passe-t-il? Les deux alliés refusent de prendre part à l'entreprise. L'Angleterre et l'Espagne la désavouent ! elles se retirent avec précipitation ! Elles refusent de couvrir les projets qui se révèlent.
On a beau mettre en avant cette idée incroyable de monarchie autrichienne. Le piège est trop grossier* Il n'a trompé personne.
Derrière ce fantôme, l'Angleterre et l'Espagne voient froidement la réalité, c'est-à-dire le projet de domination absolue sur le nouveau monde au profit d'un Philippe II bonapartiste.
Et comme nul intérêt ne les pousse à réaliser les rêves d'un nouvel Escurial, elles en discernent d'abord le faux et le néant. Ce qui pour un esprit courtisan paraît une grande conception, ne leur paraît à elles qu'une grande aventure ; funeste, si elle n'était impossible ; et d'un côté, le chef de l'armée espagnole rembarque ses troupes, de l'autre la flotte anglaise s'éloigne. Les deux gouvernements approuvent leurs agents.
Ainsi, première illusion :
On voulait se couvrir de l'Angleterre et de l'Espagne dans l'embûche tendue an Nouveau-Monde. L'Angleterre et l'Espagne ont rejeté le rôle de com* plices. Elles ont démasqué l'embûche.
Le piège est resté, mais c'est celui qui l'avait tendu, qui y est tombé !
Si du moins il y était tombé seul, et s'il ne s'agissait pas de la France !