LE CHEMIN-DAWWSON JUSQU'AU PONT DE LA MATAWIN, PARCOURS DE 27 MILLES
(du 26 mai au 21 juin 1870.)
Le poste de la Baie du Tonnerre a été fondé, en 1717, par le sieur Robutel de Lanoue pour servir de base vers l’ouest anx opérations de traite et de découvertes des Canadiens. Gautier de la Vérandrye y passa en 1731 avec sa fameuse expédition. Ce poste « longtemps porté le nom ‘des Trois-Rivières” à cause de la Kaministiquia qui se décharge dans la baie par trois embouchures. Après 1760, il continuera à être le point de repère des traiteurs sur cette côte. Les Anglais lüi ont donné le nom de fort William, qui est celui du dépôt de la compagnie de la Baie d'Hudson sur le lac Supérieur.
Le lendemain de son arrivée, le colonel, accompagné d’un officier
des Travaux Publics, parcourut la route jusqu'au point où elle était carrossable, c'est à-dire trente-un milles, et retourna le même jour à son camp. Nous avons su depuis que le résultat de cette inspection l'avait fort mécontenté contre le gouvernement canadien.
Le Brooklyn etl'Algoma arrivèrent le 27 avec le service du quartiergénéral et quatre compaguies du 60e régiment, qui avaient eu une traversée assez accidentée sur le lac Huron. Par le Skickluna débarqua le même jour une compagnie du ler bataillon volontaire, qui fut établie à quelques centaines de verges du quartier général. Ces bâtiments portaient chacun leur contingent de provisions, chevaux, bœufs, ete. De son côté, M. Dawson employait ses ouvriers à parachever l'installation des troupes en construisant des hangars, des abris et un local sûr pour recevoir les matières inflammables.
Le ?8, on envoya au pont de la Kaministiquia, distance de vingtdeux milles, deux compagnies du 60me pour y garder un dépôt de provisions que l’on commençait à bâtir en cet endroit.
Le 31 mai,le Clematis débarqua, outre 35 tonnes de foin, un détachement de l'artillerie et des ingéuieurs royaux, une grande quantité de munitions et quatre petits canons de montagne, patron dit abyssinien, du poids de 200 Ïbs chacun.
Les derniers soldats du 60me arrivèrent le ler juin, de sorte que le lendemain une autre compagnie de ce corps fut envoyée au pout de là Kaministiquia, en mème temps que partait par voitures pour la même destination, le premier convoi de vivres.
Les bateaux affectés à la navigation des “lacs et rivières de l'in térieur partirent aussi par wagons, le 3 juin, pour se rendre au pont de la Matawin, distance de 27 milles. Ils y étaient à peine arrivés et mis à flot qu’un incendie ravagea les bois d’alentour et détruisit jusqu'aux hangars élevés par les soins de M. Dawson, causant des pertes considérables et quelques légers délais en endommageant les pouls.
Le 4 juin, quatre ‘compagnies du ler batäillon débarquèrent à la Baie. Le même jour, 34 hommes du 60me entreprirent de monter par la rivière Kaministiquia avec six bateaux et des rations pour 36 jours. Le colonel Wolseley se préoccupait de trouver une route plus commode que elle de terre, c'est pourquoi il repartit le 6 et parcourut cette dernière jusqu’à son extrémité praticable, à 37 milles de la baie. De là, il descendit par eau et rencontra l’escouade des 34 hommes qui montaient la Kaministiquia. Les bateaux qui portaient ces hommes avaient beaucoup souffert des
obstacles d’une telle navigation ; * le colonel se prononça cependant en faveur de la route d’eau pour les bateaux et il a toujours cherché depuis à la faire valoir au détriment du chemin-Dawson. Il persista donc à expédier les bateaux par cette voie jusqu'au pont de la Matawin, où le 24, il s’en trouva 50 réunis de la sorte en assez piteux état. L'envoi des bateaux et des provisions continuait par la route Dawson, car de transporter les grosses pièces par la rivière il n’y fallait pas songer.
Le 18 juin, par un fort vent, le feu traversa le chemin et devint bientôt si général que tout le pays paraissait être en flammes. Les flammèches alleiguirent le pont de la Kaministiquia, où par bonheur des précautions efficaces avaient été prises en vue de cet accident. Le dépôt fut sauvé avec de grandes difficultés. Presque tous les établissements des colons et des mineurs de la Baie du Tonnerre furent détruits.
* Un peu plus tard, le feu se répandit dans les environs de la Matawin, et, pour échapper à une mort certaine, les travailleurs durent se réfugier dans l’eau. L’incendie devint général avec des intermiltences très dangereuses. Cependant ou n’eut pas à déplorer d'aussi grandes pertes que l'on s'y attendait, mais les etards étaient inévitables quand le feu ravageait les rebords de la route el la traversait.
La fréquence des orages dans la Baie du Tonnerre et ses environs est un phénomène assez connu, puisqu'il a valu à cette baie le nom qu'elle porte ; l'expédition s'en est trouvé fort incommodée tout le temps qu'elle a mis à s’avancer jusqu'au lac Shebandowan.
Le colonel Wolseley déclare avoir été retenu si longtemps à la Baie du Tonnerre parce que la route-Dawson n'était pas telle qu'on la lui avait représentée. De son côté, le capitaine Huyshe dit formellement:
‘be colonel Wolseley étant à Ottawa (vers la fin d' avril, au mofñent où l'expédition s'organisait) reçut l'assurance positive que ‘la route de la Baie du Tonnerre au lac Shebandowan serait ouverte au trafic le 925 mai. Lä-dessus, il avait basé ses calculs, ?
Or, voici la vérité:
Le 25 avril un mémoire signé de M. Dawson, le surintendant de
1 Le rapport du capitaine Young qui commanilait l’escouaile dit: “la rivière par laquelle nous sommes passes esl très-préjudicuable aux bateaux. Les vôtres unt eté consid-rablernent maltraités et parfuis troués dans le fond.”
L'arucle du Blackwood \janvier 1871, p. 61) parle aussi dans ce sens, pourvu qu'on soit en état de bien juger des touruur:s employées pour envelopper cet aveu dans une phrase sans importance apparente. œ
la route, avait été remis aux autorités militaires sous les ordres du lt-gén. Lindsay. Ce mémoire disait : .
‘“ Quand on cessa de travailler au chemin, l'automne dernier. une section de 25 milles, à partir de la Baie du Tonnerre, était praticable pour les voitures, n'ayant qu’une seule interruption à la rivière Kaminisliquia, sur laquelle il n’y avait pas encore de pont. Puis, pour continuer la ligne, une autre section de 10 milles fut ouverte, mais elle n'était praticable que pour des atlelages de bœufs. ,
“ Les deux grandes rivières Kaministiquia et Matawin qui interceptent la ligne ont été traversées par des ponts pendant l'hiver dernier et des ponts ont aussi été construits sur les plus considérables des petits ruisseaux, de sorte que, pratiquement, l’on peut considérer la construction des ponts comme complétée.
« Des chemins de portage ont été tracés et ouverts, aulant que Ce travail pouvait être fait en hiver, entre le lac Shebandowan et le lac des Mille-Lacs..…....environ 80 hommes sont actuellement occu. pés sur cette seclion inachevée de la ligne. Une escouade de 120 hommes a été envoyée à leur aide par le premier bateau-à-vapeur de la saison, et dans une semaine une cinquantaine d'autres iront les rejoindre. :
‘* Les opérations pour l'envoi des chaloupes et des approvisionnements par le chemin de la Baie du Tonnerre peuveut être commencées de suite en organisant un service de voitures et en envoyant ainsi les chaloupes, etc., à la traverse de la Matawin—27 milles de là baie du Tonnerre—où un espace devrait être laissé libre comme précaution contre le feu et quelques huttes construites pour servir de magasins.”
Le colonel Wolseley ne pouvait donc pas dire, comme il l'a audacieusement affirmé au banquet de Montréal, et comme le capitaine Huyshe le répcte, que l’on avait promis une route praticable entre la Baie du Tonnerre et le lac Shebandowan.
Cette route, le lecteur le sait, n'avait pas été commencée pour donner passage à l'expédition militaire, et lorsque cette dernière eut été décidée, M. Dawson n'avait que quelques jours devant lui pour terminer son onvrage qui demandait des mois ; voilà pourquoi il écrit le mémoire qui régularise sa position, qui en même temps exonère notre gouvernement de tout blâme et rejette sur le colonel Wolseley l’odieux d’un mehsonge préparé pour rehausser aux yeux des ignorants les mérites du chef militaire de l’expédition. ?
Les autorités militaires impériales connaissaient donc les diffcultés qui restaient encore à aplanir sur le chemin, puisqu'elles
décidèrent d'envoyer, par avance, des troupes régulières à la Baie du Ponuerre, afin d'ailer à mettre la route dans qgn état qui permit à l'expédition d'y passer le plus-tôt possible.
Au moment du depart des troupes de Collingwood pour ia Baie du Tonnerre, le colonel pouvait tout au plus se dire : ‘Je suis bien heureux que sur une partie de la marche que nous allons faire au milieu d'un pays sauvage, il se rencontre un bout de ronte dont nous pourrons nous servir,” car en effet, c'était tout ce à quoi il QUE s'attendre. La route n'étant pas terminée jusqu'au lac Shebähdowan, ne pouvait lui offrir qu’un aide momentané, dont il devait toutefois être heureux de pouvoir tirer partie.
Voyant cela, il avait proposé d'envoyer quatre compagnies du 60° pendant la première semaine de mai, mais les embarras du passage du canal du Sault Sainte-Marie retardèrent les opérations, tant du côté des soldats que des ouvriers etdes voyageurs. Malgré la parfaite connaissance qu'il avait des circonstances qui se rattachaient à l'etat du chemin il a 06 écrire :
“ La construction du chemin appartenait au département des Travaux Publics qui était représenté dans le ministère par un Canadien-frinçcais reconnu pour appartenir de tout cœur et de tout âme au parti sacerdolal de Québec, et par conséquent, bien disposé pour Riel. Des hommes à l’esprit soupçonneux commençaient à dire que ce manque de route nécessaire à notre avancement provenail d'un programme politique concerté pour différer le départ de l'expédition.
11 peut être avantageux à des hommes d’un certain caractère de publier dans un pays éloigné des assertions aussi effrontément imaginaires ; nou$fe pouvons que les coucher ici, à la honte de leur auteur, sans leur adjoindre une réfutation inutile.
En mêrpe.lenyps que s’opéraient les transports, les volontaires, échelonnés sur la route, faisaient les fonctions de gardes et d'ouvriers sous les ordres de M. Dawsôn. L’on peut aisément se figurer la somme de travail qu'exige le transport d'un sigrand nombre des provisions de bouche et de munitions de guerre dans une contrée d'accès aussi difficile, néanmoins dès le 24! juin un dépôt important de provisions et de bateaux était rendus au pont de la Matawin, le jour mème où les derniers barils de farine et de lard venant de Collingwood débarquaient à [a Baie du Tonnerre.
Pour transporter un Bateau sans‘ chargement de la Baie du Tonnerre au lac Shebandowan (50 milles) il faut plus de travail
. 1 La veilla de ce jour, par proclamation royale, les territoires dù Nord Ouest avaient ete reunis à la Couronne.
que pour le transporter de ce dernier endroit au lac Winnipeg (550 milles).
Au lieu de rester dans le vrai, le colonel et son officier d’étatmajor Huyshe disent : * Sans l’habileté du commandant qui trouva moyen de faire opérer ses transports par la rivière Kaministiquia, nous atrions passé l'été à la Baie du Tonnerre.”
Cette assertion, qui dénature les faits pour couvrir les fautes du colonel, est la suite logique du premier mensonge au sujet de l'état de la route.
Arrivée à la Baie du Tonnerre, l'expédition a été retardée. Pourguoi ? Est ce parce que l’état de la route avait dérangé les calculs du commandant? Evidemment ñon, puisqueswle mémoire de M. Dawson lui avait fait connaître ce.qui en étäit. Il n'avait donc amais pu compter sur les 48 milles de bonne route. \
- Il y a donc eu d'autres causes à ce retard? Oui,et c'est ce dont le capitaine Huyshe parle avec une perfidie incroyable.
D'après sa version, il paraitrait que les chevaux, les allelages, fourrage, et d'autres objets (fournis par le pauvre gouvernement canadien), étaient d’une qualité inférieure, par manque de connaissance ou d'honnêteté de la part des fournisseurs, des acheteurs, des surveillants, etc., tous canadiens.
Pour les chevaux, voici ce que l'on peut répondre : Le colonel avait voulu les mettre à la ration des chevaux de régiment. Ces . bêtes, astreintes aux plus-durs travaux, tombèrerit malades, faute d'une nourriture suffisante. Lorsqu' enfin le colonel se rendit aux représentations des gens du pays, qui savent comment nourrir les chevaux employés au transport dans Les bois, la santé reparut dans l'écurie et l’on n'eut plus à transformer les étables en hopitaux . vétérinaires.
Pour ce qui est de la matvaise note que le capitaine Huyshe marque au Canada au sujet des chevaux canadiens nous n'avons qu'à constater ici un fait bien connu. Les chevaux de l'artillerie royale que nous avions achetés pour le service du transport des provisions se sont veudus à perte l'automn rnier, lorsqu#l a fallu s'en désaisir par enêan,—tandis que leg@evaux canadiens achetés pour -le mème service se sont vendus à 810 de profit chacun au même encan. Tirez les premiers, messieurs les étrangers !-
Les attelages étaient mal fais et composés de mauvais matémaux, dit le capitaine Huyshe. Il est très facile de repousser cette accusation, cär la véri.é est que ni le colonel ui ses officiers ne savaient au juste ce qu'ils commandaient en faisant préparer des attelages d'après un modèle nouveau. Au lieu de tont cela, il
aurait suffi de consuller les Canadiens expérimentés dans la con-
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duite des bêtes de trait en ce pays, l’on aurait évité des retarde. ments à la Baie du Tonnerre, ainsi que le déplaisir de changer le blan des attelages.
‘Quant à la qualité du cuir, que le colonel s'en prenne à ses pro-: pres officiers. C'est une commission de ces messieürs, régulièrement nommée par le colonel, qui a pris livraison des attelages, les déclarant bons et en bonne condition.
Règle générale : lorsque le colonel Wolseley ou d’autres militaires britanniques du corps expéditionnaire de la Rivière-Rouge accusent le gouvernement canadien d’avoir fourni des provisions ou des effets quelconques en mauvais état, il suffit de répondre : le gouvernement canadien n'a rien à se reprocher—sou rôle s’est borné strictement à payer le coût des articles que le colonel Wolseley demandail et qu'il faisait inspecter (prendre livraison) par ses officiers. °
Il en a été ainsi pour le foin dont le co arrogance blessante pour nous. Ce foj ais été vu par les officiers du gouvernement canadien, mais ikéxiste un prôcès-verbal constatant, sous les signatures de trois officiers du colonel Wolseley, que livraison en a été prise par eux au nom du colonel et qu'il était bon en ogponnss Tout ce que le Canada avait à faire à ce sujet d'après la onvention adopté de part et d'autre, c'était de payer le foins {1 l'a payé.
Maintenant, se rend-on compile des retardements épronvés à la Baie du Tonnerre ? |
Pendant que les préparatifs du colonel Wolseley avançaient si lentement, l'expédition n'avançait guère, on le comprend; mais que pour sortir enfin de la difficulté le colonel ait découvert la route de la rivière Kaministiquia, comme ou ose nous l’affirmer, c’est un peu fort! .
Pour faire passer sous silence son ineptie dans les préparatifs, ineptie qui a causé des retardements, le colonel dit d'abord qu’on l'avait trompé sur l'état de la route, ce qui est faux, on le sait; ensuile il cherche avec beaucoup d'aplomb à faire croire qu'il a eu l'adresse d'utiliser là rivière Kaministiquia pour éviter les difficultés de la route-Dawson. ..
Or, la vérité est qu'à l'exception de quelques bateaux, riey, n'est passé par la rivière. ie 2
Coûte que coûte, pour se rendre au plateau du lac Shebanda les provisions, les grosses pièces, elc., ont dû passer par la routei
Une cinquantaine de bateaux avec les rations pour les hommes qui les montaient ont été expédiés du fort William, par la rivière, jusqu'au pont de la Matawin. Il était impossible de faire davan-
el s'êst plaint avec une