‹ L'expédition militaire de Manitoba, 1870Chapitre 4 sur 8 · ER · texte numérisé non relu

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tage ; le colonel n'a pus pu, quoiqu'il dise, prendre la voie de la rivière pour surmonter ‘les retardements causés par l'état de la route.”

L: $ insigne mauvaise foi règne dans les rapports du colonel et du capitaine au sujet des preparatifs de l'expédition et des premières élapes que celle-ci a faites.

Relevons encore le fait suivant tel que nous le trouvons dans la “narrative ” du Blackwwod: “ Suivaut l'arrangement fait avec les autorités canadiennes, les bateaux auraient dù nous être remis avec tout ce qui leur était necessaire, mais malheureuseinent, à cause d'un manque d'organisation et d’un personnel capable d'exécuter les ordres venus d'Ottawa, on n’entendil jamais parler des détuils de cet arrangement.

[len résulta que les six ou huit embarcations qui nous arrivaient chaque jour, durent être pourvues-de tolets, de mâts et de voiles, en sorte que la besogne d'equiper [es embarcations retomba sur les troupes, chaque capitaine ayant à s'occuper ue gréer les embarcations de sa brigade.”

Ces assertions sont aussi fausses et malicieuses que celles que nous avons déjà signalées. Evcoutons la réponse de M. Dawson à ce ‘ sujet:

“ Les embarcations avaient été pourvues à la Baie du Tonnerre de tout ce qui pouvait leur être nécessaire. Tous les articles énumérés dans les listes anunexées furent envoyés avec chaque détachement, ren n’y manquait. Îl est vrai qu'une foule de tolets, de gouvernails, etc., furent brisés pendant qu’on trainait les embarcauous. Mais qui a perdu ces objets ?

Les embarcations manœuvrées par des soldats inexpérimentés arrivaiont ‘au pont de la Malawin, souvent après avoir perdu tout leur équipement.”

Au lac Shebandowan, ‘ les autorités canadiennes,” ou ceux qui agissaient pour elles, firent-preuve au moins de prévoyance en envoyant à cette endroit, une nouvelle provision de tout ce qui était nécessaire à l'équipement des embarcations, et c’est ce qui permit de les équiper uue deuxième fois. Elles avaient aussi envoyé des charpentiers et des constructeurs d’embarcations qui réparèrent celles qui élaient avariées.

Le colonel McNeill, C. V., qui s’est arquis l'estime et le bon vouloir des soldats et des voyageurs, et qui, dit M. Dawson, connaissait beaucoup mieux que l'auteur de la narration ce qui était nécessaire et à propos; comimaudait au lac Shebandowan et c'est lui qui, avec l’aide de M. Graham, attaché au parti des voyageurs, a pris soin de ne pas charger les capitaines de chaque détachement

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d'un fardeau qui ne leur appartenait-pas. Il ne leur laissa que le souci de voir que tout fut prêt. Ce fardeau esi retombé tout entier sur les épaules—du reste les plus capables de le porter —du colonel McNeill et de M. Graham.

DU PONT DE LA MATAWIN AU LAC SHEBANDOWAN, PARCOURS DE : s 21 MILLES.

ri. (Du ?1 juin au {4 juillet 1870.)

Du pont de la Matawin à celui d'Oskondaga, {12 milles) les travaux élaient encore peu avancés le 21 juin lorsque le colonel les visita. On les poussait cependant avec ardeur, malgré la pluie presqu’incessante ! et les myriades de mouches des bois qui harcelaient cruellement les ouvriers et les soldats. On se leait ‘aux étoiles ”’et:le travail ne cessait qu'à 7 heures du soir.-" Les incen“ dies qui se succedaient dans la forêt, rendaient encorë le service plus pénible, et quelquefois dangereux pour la vie des hommes. C'est probablement sur cet espace de 12 milles que l'expédition éprouva le plus de souffrances, car tout, jusqu’à la nature du sol, rendait l’ouverture de la route excessivement difficile. Il fallait. pourtant amasser des provisions pour la force armée et les aides (de 400 à 500 voyageurs et ouvriers} réunis, avant de dépasser le lac Shebandowan.

De quelque secours qu'ait été la première moitié de la route, il est évident que la meilleure partie n'était pas celle qui restait à parcourir depuis le pont de la Matawin jusqu’au lac Shebandowan. . Afin de pousser plus rapidement le transport des bateaux et des provisions, l'ou ouvrit un sentier de traverse d’un mille et demi de long entre la route et la rivière Matawin que l'oa put ainsi utiliser quelque peu. C’est l'endroit où les cours d'eaux ont réellement servi d’auxiliaires à la route, et encore on se demande si en portant to ses travailleurs sur cette dernière, le colonel n'aurait pas été plus t rendu au lac Shebandowan. Dans les premiers jours de juillet, le dépôt d'Oskondaga était regardé comme la tête de l'expédition.

Les officiers anglais? qui ont écrit sur ce sujet ne peuvent s'empêcher de témoigner de la bonne volonté et de la diligence que

{ Du fer juin au 16 juillet il y eut 23 jours de pluie. v

2 +‘ Narrative,” Blackwood, janvier, p. 53 et 54. “ The Red River Expedition.” Huyshe, p. 72 et 76 —Journal of the Royal Uniled Service, 1871, p. 81, q des certificats privés que nous avons en main.

les volontaires et les employés du gouvernement canadien apportèrent à la tâche ardue qu'ils avaient à remplir. On nous a raconté un trait assez caractéristique : Un parti, composé de réguliers et de quelques voyageurs, franchissait un portage. L'un des voyageurs s'étant arrêté pour fumer sa pipe fut apostrophé rudement par un officier qui lui reprocha sa paresse et lui enjoignit de reprendre l'ouvrage sans plus tarder. Le vnyageur se contenta de dire : ‘Chaque homme a six charges à porter; me permettrez-vous de fumer ma pipe lorsque j'aurai fini ma tâche ?” La permission accordée, le voyageur se détira les membres, éteignit sa pipe et partit au petit trot, sur la pointe des pieds, manière de marcher que les hummes de sa classe ont empruntée des [ndiens et qui les rend très-expéditifs dans les portages. Au bout d’un certain temps, il retourna s'asseoir à l'endroit où lPofficier l'avait vu précédemment et, bourrant sa pipe, il dit respectueusement à celui-ci : “ Vos soldats ont encore chacun deux charges à porter ; moi, j'ai fini ma tâche et je me repose, avec votre permission, mais vers la fin j'irai vous donner un Coup de main.”

Le ?1 juin, M. Thomas Adair, conducteur en chef des charretiers, débarqua à la Baie du Tonnerre, où ses hommes l'attendaient depuis trois semaines. [l trouva cinquante chevaux malades, et ses charretiers dans un état de détresse qui le révolta. Voici ce qui s'était passé :

Le lieut.-colonel Wily avait engagé, pour conduire les attelages, une escouade d hommes pris parmi les fermiers et les colons les plus capables et les plus dignes de confiance de deux ou trois comtés d'Ontario. Ce choix avait été fait avec discernement et ne tomba aucunement sur des gens sans aveu, comme le colonel * Wolseley l'a écrit. La vérité est que loin d'être des vagabonds, ces charretiers étaient, en grande majorité, des propriétaires habitués à travailler aux défrichements, aux transports dans les chemins nouveaux et ayant l'habitude de conduire leurs propres chevaux dans tous ces ouvrages. En les engageant, le lieut.-colonel Wily leur avait enjoint expressément dè se conformer aux ordres que leur donneraient les officiers militaires, sous lesquels ils allaient passer. De là la manière dont ils ont supporté les privations auxquelles ils ont été assujettis.

De Collingwood au Sault Sainte-Marie, les autorités militaires impériales, qui avaient a responsabilité et ls commandement général, refusèrent positivement de les nourrir; ils vécurent des charités de l’équipage du navire. Mr Adair avait été retenu à Coilingwood: pour surveiller Yembarquement. des provisions. Comme il se plaignait d'un arrangement aussi absurde et qu'il

démontrait quel mauvais résultat aurait un service conduit de la sorte, on lui répondit avec rudesse de se taire et d'obéir. Lorsqu'enfin, on le laissa partir pour rejoindre ses hommes, le mal était fait, la désorganisalion régrait dans le service du transport, où des officiers ignorants ! en ces matières régentaient tout, avec un aplomb qui donne la mesure de leur fatuité. Les charretiers n'avaient pas de tentes pour s'abriter, et presqu'aucun ustensile de cuisine : ils voyageaient de la baie au pont de la Matawin, sans pouvoir faire cuire les aliments qu'on leur donnait pour se nourrir ; la plupart du temps, ils ne faisaient qu'un repas par jour. M. Adair obtint par d'énergiques remoutrances, après son arrivée, des améliorations notables à cet état de choses.

Le 20 juin, soixante chevaux étaient malades. Remarquons que ceux de l'artillerie firent défaut les premiers. C’est alors que le colonel modifia son système de rations et d’attélages, ramenant ainsi la santé parmi ses bêtes, en suivant les conseils des personues qui auraient dû être consultées tout d'abord, mais qui avaient reçu ordre de ‘se mêler de leurs affaires ” lorsqu'elles avaient osé présenter des observations. Les charretiers soutiennent, sur un autre point, que, par la pitoyable administration des officiers, une centaine de poches de nourriture pour les chevaux ayant été gâtées, on dut les jeter dans la rivière, au pont de la Matawin.

Le lieut.-général Lindsay débarqua à la Baie du Tonnerre le 29 juin, parcourut les postes échelonnés jusqu'au lac Shebandowan, descendit par la Kaministiquia et reprit la route de Toronto, le 4 juillet, après avoir donné divers ordres au commandant de l'expédition. ;

Nous devons placer ici une citation du rapport supplémentaire que M. Dawson a écrit en réponse aux articles du Blackwood et dont nous empruntons la traduction à M. A. DeCelles, qui l’a publiée dans le Journal de Québec : :

On avait dû penser et pourvoir non-seulement à tout ce-qui était probable, dit la ‘*Narrative,” mais même à tout ce qui pouvait arriver par aécident, et l’on peut bien affirmer que jamais expédition ne-partit plus complète ou mieux préparée pour ses travaux.”

“ Eh bien ! qui avait ainsi pourvu aux accidents même les plus imprévus ? Qui avait procuré ces beaux bateaux qui portaient l'expédition en toute sûreté? D’où venait ce double équipement au

1 L'un d’entre eux se fâcha bien fort parce que les charretiers ne voulaient point placer les graniles roues en avant des pelites, sous un charriot qu'on avait démonte pour le réparer.

complet, qui fit. que lorsqu'un service de bateaux fut perdu à la Kamimstiquia, 1l y en eut immédiatement un autre de prèt ?

“ Non, ce n'est pas l'auteur de la * Narrative” qui avait eu cette prévoyance des choses, mais le ministre malintentionné des Travaux Publics ou ses agents, ce qui revient au même, et saus doute il agissait ainsi pour remplir une partie du programme politique ‘ concerté pour différer le départ de l’expédilion. .

# Des hommes à l'esprit soupconueux disent beaucoup de choses sages, sans doute. Mais l'auteur pourrait apprendre avec avantage, que, grâce à la lumière jelée sur certains faits par sa narration, il se lrouve des hommes qui disent et qui crotentqu'un jour, duns un autre parti que le parti clérical, il y eut un dessein évident d'urréter ou d'abandonner l'expédition. |

“ Lorsque les bateaux furent brisés à la Kaministiquia, forçant ainsi au repos le rorps d'armee slationné à la Buie du Tonnerre, le narraleur pentse souvenir que parmi les plus hautes autniilés de l'armée on disait que cette expédition ue serait qu'une deception, et que, pour empêcher l'hiver de surprendre les troupes, il fallait revenir, el peut-être pourrailal nous dire s'il n'y eût pas un officier bien désappointé quand le genéral Lindsay, au leu d'ordonner la retraite, commanda d'avancer ” :

Par l'entremise de M. Donald Smith, gouverueur de la Compagnie de la Baie d'Hudson qui se rendait au comptoir de Norway sur le Winnipeg, le colonel Wolselv envoya à la population “loyal” de Manitoba une proclamation, dalée du 30 juin, dans laquelle il affirmait qua charge d'une ‘* mission de paix” ilse bornerail à rélablir l'autorité de la Souveraine ; à protéger l'établissement d'un régime judiciaire ? équitable pour tous ; à faire régner les lois de Fempire Britannique qui sont la sauvegarde de tous les honuètes citoyens sans distinchon de croyance religieuse ou de parti po:itique ; et à maintenir la plus stricte discipline parmi ses soldats. Nos lecteurs savent combien peu le colonel s'est souvenu de ses belles promesses, lorsqu'une fois rendu à Manitoba, il se vit échappé au danger d’une résistance armée de la part de Riel le long de la route et qu'il crut tenir les prètres et les métis français sous ses pieds. -

Le 5 juillet, le quartier-général fut transporté au pont de la Malawin. À cette époque, la force expéditionnaire présentait un aspect assez peu imposant, comme moyen de defense.cuutre un

1 À la réception de ce document, le général.Lindsay s’empressa d’ecrire à Myr. Tache pour le prirr d’ellacer sur Les exemp ares quil devait disinbuer, tous les mots qui avaient trait à l'adwninistratuion de Ha justice, quil regardait cumiue étant du ressort du pouvoir civil. -

ennemi quelconque ; il est vrai qu'à part les moustiques, elle n'avait rien à craindre dans ces parages encore trop voisins du Canada. Les hommes étaient dispersés sur une étendue de 40 milles, partie sur la route, partie sur la rivière.

Le 13 juillet, le trajet qui restait à faire jusqu'au lac Shebandowan offrant plus d'avantages par la rivière, le colonel mit son quartier-géneral au débarcadère de Ward, qui n'est qu'à trois milles du lac, à lintersechon de la route et de la rivière. De ce point, la tête de l'expédition eut bieulôt planté ses tentes sur la rive du lac, ‘dans une baie qui prit le nom du lieutenant-colonel MeNeill, secrétaire militaire du gouverneur-général, qui accompagnait le colonel Wolsely par ordre supérieur, voyageaut loujours en avant pour reconnaitre les lieux.

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