DU LAC SHEBANDOWAN AU FORT FRANCES, PARCOURS DE 14 MILLES
(Du 15 juillet an 4 août 1870.)
Le lac Shebandowan a été l’une des deux ou trois plusimportantes étapes de l'expédition, vu que là se termine le loug trajet par terre qui la séparait de la série de lacs et de rivières, formant une chaine, (interrompue seulement par des portages,) jusqu’au grand: lac Wivuipig. dans lequel se jette la Rivière-Rouge. La date du 15$ juillet est donc à noter dans la marche des troupes, car ce jour-là, elles se préparaieut à naviguer sur le lac et, comme soldats, leurs devoirs allaient augmenter, à cause des embûches qu'un ennemi déterminé pouvait leur tendre dans la région des lacs.
Chaque bateau reçut, outre les bagages et les munitions, 60 jours de vivres pour les dix personnes (huit soldats et deux voyageurs) qui le montaient. Les premiers laissèrent la baie de MeNeill, le 16 juillet au soir,et les derniers le ler août. A cette date, l'expédition, divisée en 21 brigades marquées des lettres de l'alphabet, s'étendaii en avant jusqu'à 150 milles de la baie de McNeïll, ayant passé la “ hauteur des terres” Les réguliers ouvraient la marche, suivis par les volontaires, qui ont déployé partout assez de diligence pour ne pas se laisser distancer par les troupes anglaises, malgré l'extrème célérité de la marche allège de celles-ci en certains endroils. Les voyageurs étaient employés sur toute la ligne de transport, selon le besoin. Deux des pièces de campagnes étaient coufiées aux soios des réguliers, en tête de l'expédition ; les deux
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autres étaient restées à la Baie du Tonnerre, ainsi que a 1ere compagnie du bataillon de Québec, pour y garder les magasins militaires, base des opérations de toute la colonne. Voici, à propos de ces canons, un fait que l'on ne trouvera pas relaté dans le Blackwood.Une dépêche du général Lindsay, envoyée en Angleterre, avait demandé des canons d’acier, de 7, patron abyssinien. On:les lui envoya de ce calibre et de ce patron il est vrai, mais de bronze, pesant 50 livres de plus que ceux d'acier, —conséquemment très incommodes dans nos légères embarcations. Une fois en Canada, l'on s'aperçut que l'échelle qui permet de mesurer la portée du tir avait élé oubliée en Angleterre. Il fallut donc charger ces armes et y mettre le feu pour en connaître le maniement... et l’on découvrit alors que les affuts en étaient si vieux, si incomplets qu’il valait mieux les abandonner. Quel sujet de ridicule à exploiter pour l'écrivain militaire du Blackwood, si cette triple bévue pouvait ètre mise au compte du Canada! A l'heure mème où ces petites fredaines administratives l'agaçaient le plus, le genéral Lindsay s'en consolait en expédiant nos volontaires sur la frontière, contre les féniens, sans penser à les munir de cartouches. Retournons à notre sujet. :
La navigation, très-difficile jusqu'ici, allait changer, car à partir du portage de la Hauteur des Terres, les rivières courent vers la baie d'Hudson et les-bateaux n'ont plus qu’à être manœuvrés dans ce sens, en évitant toutefois les nombreux rapides et cascades qui
‘coupent cette belle navigation. La Hauteur des Terres, située à-plus
de 800 pieds au dessus dn lac Supérieur, se présente comme le seuil de la porte d'un nouveau séjour; c'est la barrière qui se ferme derrière le voyageur et qui le sépare du monde civilisé. Une description des travaux que nécessite une marche dans ces parages serait de mise dans un livre publié en Europe, mais en Canada où tout le monde est familier avec la vie des coureurs de bois modernes, ce serait un hors d'œuvre. Nous nous bornerons à constater que du fort William au fort Alexandre, il y a plus de 60 portages dont la longueur varie respectivement de 100 pieds à une lieue; quelques uns étant presqu'à pic- sont d’un accès trèspénible.
Conformément à la coutume qui prévaut dans les exploitations forestières en ce pays, les voyageurs et les ouvriers n’avaient pour breuvage que du thé et l’eau de la claire fontaine. On avait suivi pour eux la sage habitude de prohiber la bière et les boissons alcooliques en général.
De la part des troupes, il n’en fut pas toujours ainsi, car, arrivées à la Baie du Tonnerre, deux cantines avaient été installées, l’une
pour le 60me, l’autre pour les volontaires, contrairement aux lois qui régissent le district d'Algoma dans lequel on se trouvait: Ce fait obligea M. D. D. Van Norman, magistrat, à donner ordre de fermer les cantines, mais le colonel Wolseley répondit par ces lignes: “Je pense que le magistrat peut prohiber la vente de toute liqueur alcoolique à Prince Arthur's Landing. Mais il ne peut pas empèécher la ration d'une chopine de bière, par jour à chaque soldat, quand cela a lieu flans les limites du camp. Cn camp est comme une caserne, l'officier commandant peut empêcher qui que ce soit: d'entrer dans ses limites. C’est comme une résidence privée. Personne ne peut y’ pénétrer sans un mandat de recherche légal.”
Les volontaires seuls consentirent à supprimer leur cantiue. 18 troupes étaient déjà loin en route lorsque les réguliers abandonnèrent à leur tour l'entretien de la leur qui était lrop en arrière pour être d'aucun usage. La difficulté de traîner avec les bagages des. barils et des tonneaux fut la cause qu'une fois passé le lac Shebandowan, on ue tint pas de cantine aux quartiers-généraux, comme cela avait eu lieu jusqu’à ce moment
Les charretiers affirment qu'entre la Baie du Tonnerre et le lac Shebandowan chaque charge qu'ils conduisaient renfermait de l'eau-de-vie, ou d'autres liqueurs.
Le 4 août, après une navigation comparativement facile, les canots d'avant-garde arrivèrent au fort Frances, comptoir de la. compagnie de la baie d'Hudson à Pentrée de la rivière à la Pluie Une fois parvenue dans la région dite des lacs, on voit que les brigades accéléraient leur märche, en raison des facilités naturelles que présente la route, car le rapide des Elurgeons est à peu près le seul endroit périlleux qui se rencontre entre le lac Shebandowan et le fort Frances.
Le VII