DU FORT FRANCES AU LAC WINNIPEG, PARCOURS DE 310 MILLES
(Du 5 au 20 août 1870.)
Au fort Frances comme à la Baie du Tonnerre, une députation de Sauvages se présenta au colonel Wolseley, sous prétexte de lui demander de quel droit les visages pâles parcouraient leurs terres et “ troublaient le poisson de leurs rivières, ? mais en réalilé pour tâcher d'obtenir des cadeaux, car ces pauvres gens vivent par grou
pes isolés les uns des autres, dans un état de misère qui les rend beaucoup moins redoutables — et par là même moins respectés — que les Sauvages de la Rivière-Rouge et des plaines de l'ouest. On gs contenta avec quelques présents.
Le colonel rencontra aussi au fort Frances le lieutenant Butler, un de ses officiers qu'il avait dépêché du Canada à la Rivière- Rouge par. voie des Etats-Unis, pour faire rapport sur la situation des lieux aupouvoir des insurgés et sur l'esprit de la population. Butler avait pénétré par Pembina dans les environs du fort Garry et s’y était comporté assez maladroitement pour recevoir de ja part de Riel intimation de déguerpir sous le plus bref délai. [1 revenait accompagné de 6 guides et porteur de nouvelles alfant jusqu'au 24 juillet. ‘
Quant à la nature du rapport qu'il fit à son chef, inutile de nous en occuper, parce que Butler n’était ni d’une intelligence ni d'un : esprit à saisir les bons côtés de la question en litige. D'ailleurs, la confusion qui régnait dans les esprits à Manitoba, lui fit croire, comme à tant d’autres, qu'une résistance sérieuse pourrait bien être faite par Riel, si Pamnistie n’arrivait pas avant les troupes. Des métis anglais suivirent de près le lieutenant Butler, apportant des lettres de l’évêque anglican de la Terre de Rupert; qui parlaient de la probabilité d'un soulèvement des tribus indiennes. On prévenait aussi le colonel que des bateaux et des guides allaient au devant de lui par lu rivière Winnipeg qui, du lac des Bois va se jeter dans le lac Winnipeg ; cette dernière nouvelle fut comme ff signal de délivrance, car Le colonel était fort en peine de savoir comment il sortirait du lac des Bois, tant la rivière Winnipeg est hérissée d'obstacles réputés infranchissables pour tous autres que les voyageurs du pays.
Nous citerons, pour plus d’exactitude la lettre suivante, signée de l'évêque anglican de la Terre de Rupert, en date du 25 Juillet: Elle est adressée au colonel Wolseley, c’est la deuxième qu’il lui écrivit:
“Je vois que les difficultés d’une route à travers les marais, entre la colonie et l’angle nord-ouest du lac des Bois, sont trop considérables. L'on me conseille généralement de vous inviter de passer par la rivière Winnipeg,.et de nous expédier sans retard, par cette voie, un détachement, fût-il peu nombreux, ponr ramener la confiance. J’ai aidé ceux qui préparaient les embarcations destinées à vous rencontrer et à vous conduire jusqu'ici, espérant que le gouvernement appréciera nos efforts et couvrira les frais encourrus de la sorte Que vous passiez ou non par l’angle nordouest du lac des Bois, envoyez aussi des troupes par la Winnipeg.
L'essentiel est que nous voyions bientôt un détachement parmi nous. Vous n'avez rien à craindre en divisant vos forces. [l n'y a personne pour s'opposer à vos forces, ni apparemment une pensée de résistance dans la colonie. Cent cinquante hommes et un canon seront partout maîtres de la position. J'ai peur que l'on adopte le projet de faire arriver ici le gouverneur avant vous. Ge serait la démarche la plus maladyoite et la plus malheureuse que l'on pourrait faire ; il est bieu difficile de dire à present quelle serait dars ce cas la position du gouverneur. Profitez donc de toutes les chances que vous pourriez avoir pour jeter sans retard une force armée parminous ”
Le malaise qui se manifeste dans cette dépèche ne provenait pas de l'altitude de Riel, car celui-ci avait publié une proclamation en termes assez clairs pour faire comprendre à tous les intéressés qu'il ne ferait aucune résistance aux troupes de Sa Majesté, mais l'on s'inquiétait dans les deux camps politiques de Manitoba de la position que preudraient les insurgés ets'ils recevaient avant l'arrivée dés troupes la nouvelle positive qu'il ne leur avait pas été accordé d'amnistie, selon qu'ils se flattaient de l'obtenir. On croyait que Riel, se voyant encore maitre de la situation, pourrait fort bien changer d'opinion et se défendre les armes à la main si l'espoir d'être grâcié lui était décidément enlevé.
Etant ainsi renseigné, le colonel abandonna l’idée qu'il avait conçue de surveiller en personne Ia formation d’un grand dépôt qu'il établissait au fort Frances, et comme 60 bateaux étaient déjà passés, il partit de cet endroit le 10 août pour rejoindre la tête de l'expédition et préparer sa jonction avec la floltille des guides de la Winnipeg, qu’il rencontra dans le lac des Bois. Les léttres qu’on. lui remit en cette occasion étaient si pressantes, qu’il n’hésita point à continuer avec les seuls réguliers, pour arriver plus vite. Les volontaires avaient ordre de suivre d'aussi près que possible. Une compagnie du bataillon d'Ontario restait en garnison au fort Frances, à la garde du dépôt qu'on y formait.
Il y a un siècle et demi, les Français. qui faisaient un commerce de fourrures énorme, suivaient de préférence la route d'eau qui mène de la Baie du Tonnerre au fond du lac des Bois. De ce point, ils atteignaient, par terre (en affermissant les marécages avec des abattis d'arbres) Le site actuel du fort Garry où ils avaient bâti le fort Rouge, — ou, par la rivière et le lac Winnipeg, l'enbouqfure de la Saskatchewan, où ils avaient élévé un autre fort.
Après la reddition du Canala à l'Angleterre, quelques compagnies françaises conhnuèrent à faire la traite, à côté des nouvelle compagnies anglaises établies en Canada dans le même but, mais
sans rapport aucun avec la compagnie de la baie d'Hudson, qui bornait ses courses” äu voisinage de cette grande baie et n'avait pas encore pénétré dans les vallees de la Saskatchewan, de l’Assiniboine et de la Rouge, reconnues comme territoire de traite français. En 1783-4 la plupart de ces compagnies s'amalgamèrent sous le nom de compagnie du“ Nord-Ouest, ou de Montréal”. Elles firent un trafic tellement considerable qué vers 1815, le poste du fort William comptait parfois jusqu'à trois mille traiteurs. La compagnie de la baie d'Hudson en prit ofnbrage ; on sait les conflits et les luttes si vives qui marquérent la rivalité des deux compagnies. Celle du Nord-Ouest gardait le monopole de la route d'ean et de terre qu'avaient suivie les Français, maïs sans l'améliorer comme ces derniers avaient coutume de le faire, s1 bien qu'en 1821, époque où la compagnie dn Nord Ouest se fondit dans celle de la baie d'Hudson, la route était redevenue sauvage. En 1858, le gouvernement canadien y commença les travaux qui vont la rétablir et en faire la voie publique du Nord-Ouest. TT
Sur les lacs la Pluie et des Bois. les compagnons de la Vérandrye avaient élevé des forts dontil ne reste aucun vestige. Depuis les cominencements du 18ème siècle, ces parages ont constamment été fréquentés par les Canadiens, qui y passaient en traite, ou escortaient les missionnaires dans les postes lointains de l’ouest. La tradilion veut que le Père Arneau,'avec l'un des fils de la Vérandrye et plusieurs de ses hommes, aient été massacrés par les sauvasrs dans une ile du lac des Boiïs en 1736.
Ce jau est un immense bassin irrégulier de soixante dix milles en tous sens dans lequel s'égoutte une vaste région. Sur la chaine de lacs et de rivières suivie par l'expédition. si bien appelée * ceiuture hydraulique ” par monseigueur Taché, le lac des Bois est comine le pendant du lac Shebandowan en ce que l'un se décharge dans le lac Winnipeg et l'autre dans Le lic Supérieur. On à tenté récemment de coustruire, entre l'angle nord ouest du lac des Bois et la colonie de la Rivière Rouge, un autre- cheinin- Dawson. qui est selon les apparences une ancienue.voie française ; c'est la rnute placée sous la direction de monsieur Snow du département iles Travaux Publics. Il aviut été question d'utiliser largepiunt celle voie, mais les rapyorts qui lui parvenaient en faisaient uue peinture si peu encourägante que Le colonel Wolseley se decida à faire passer Loute l'expédition -par la rivière Wiunipeg. Apres s'être égaré quelque peu parmi tes îles du lac des Bois, iltrouva la sortie, au jiortaÿe -du Rat, le 16, d'où il entreprit la desceute de la rivière Wimiipeg, longue de 163 milles, avec une peute totale de 350 pieds formee par une série de treute chutes et
Én
ce. DE MANITOBA. 37
rapides, remarquables même en Amérique. Le 20, il débarquait, . suivi du 60me, au fort Alexandre situé à l'embouchure, près du lac
Winnipeg. S
* Cette marche rapide, dans’ une contrée si nouvelle pour des
Européens, mérite à beaucoup d'égards de fixer l'altention, surtout
si l’on songe que pas un seul accident n'est venu attrister le
voyage ni ralentir les opérations des troupes.
VIII à L'ARRIVÉE AU FORT GARRY.
{Du 21 au 24 août 1870.)
Les volontaires, laissés en arrière, avançaient si rapidement qu'ils n'étaient qu’à deux ou trois journées du fort Alexandre; ce que voyant, le colonel se hâta de prendre le lac avec les réguliers (50 bateaux divisés en 8 brigades) pour entrer de suite dans la rivière Rouge, qui vient s'y dévu:ser et qui coule sous les murs des deux forts Garry, où disait-on, personne n'avaiteu ventde l'approche des troupes. Le soir du 22, l'avant garde campa à onze milles plus bas que le fort de Pierre, ! où le chef dés indiens “ loyaux ”, Henri Prince, “eut le soin de se trouver pour Drotester de sa fidélité à la couronne britannique et... demandef des présents.
La pluie * tomba sans relâche tout la nuit et le jour suivant, mais né ralentit en rien les préparatifs de l'approche du fort Garry. D'après les nouvelles apportées par les émissaires du colonel, le retour de Mgr. Taché du Canada ‘ était attendu de jour en jour avec impatience, on comptait qu'il apporterait l’amnistie. Riel . tenait le fort et ne semblait pas se douter du voisinage des troupes. Allaitil se défendre ou se soumettre sans conditions ? Le fort serait-il difficile à prendre, en cas de résistance ? La guerre civile ne pourrait-elle pas éclater entre les partis politiques dès que l'on apprendrait l’arrivée des troupes ? Telles étaient les questions que
-, 1 Ge fort était entièrement en la possession des officiers de la baie d'Hudson.
2 avait fait partie de l'assemblée législative convoquée par Riel, en novembre precedent.
3 Du ter au 2 août ily eut 13 jours de pluie. 4 Arrivé de Rome le 8 mars, Mgr. Taché était reparti de la Rivière-Rouge le 27 juin pour retourner à Ottawa, dans l'intérêt de la mission dont il s'etait chargé,
comme intermediaire entre les insurgés et le Canada Il arriva à Saint-Boniface le 23 août, veille de l'entree des troupes au fort Garry.
un
chacun se faisait ’et auxquelles personne, pas même les habitants loyaux ” ne pouvaierft répondre clairement. ,
La marche sur le fort Garry eut lieu le 23 août avec les précautions usitées en pareil € Des détachements montes suf les chevaux que l'on avait pu se prüvurer sur le£ lieux, protégeaient les rives, un peu en avant du principal corps ; les bateaux ne portaient
que quatre jours de rations, afin d'être plus faciles à manœuvrer,
les deux canons, placés sur le devant des embarcations, pouvaient être d'un grand secours contre une attaque des deux côtés de la rivière, qui est à peu près large comme la rivière Chambly et dont les rives ne sont pas beaucoup élevées.
Arrivé à 9 milles du fort Garry, la nuit empècha les troupes d'aller plus loin, et bientôt après une pluie poussee par un vent violent se mit à tomber et dura toute la uuit.
Quelques citoyens de Winnipeg se bazardèrent pendant la nuit à descendre le long de la rivière pour vérifier la rumeur qui s'était répandue de l'approche des troupes. Ils tombèrent dans les lignes des sentinelles et furent ‘gardés jusqu'au malin sans pouvoir, comme de raison, communiquer la moindre nouvelle à la ville où au fort On a prétendu que Riel s'avança pendant cette nuit jusqu'auprès des avant-poste sans parvenir à les distinguer à cause du mauvais temps, et qu'il s'en retourna persuadé qué les troupes étaient encore loin. Riel ne quitta pas le fort de toute la nuit, mais ses éclaireurs, qui depuis plusieurs jours l'avaient tenu au courant de la marche des troupes, se sont apjirgrhés des campements el ont pris une counaissance exacte de ce/qui se passait. La police du chef des mets était bien faite, et/6a discrétion alla jusqu'a laisser ignorer aux habitants de ta ville les événements qui se préparaient pour le fendemain.
Le lendemain matin, mercredi, 24 août, vers 8 heures, le débarquement s'opéra sur la rive gauche, à la pointe Douglas, deux milles plus bas que la ville de Wimnipeg. Les canons furent montléé sur des charettes du pays et mis en élat de servir au pré: mier signal; le colonel Wolseley et le culonel Fielden, commandant les réguliers, ainsi que l’etat-major, enfonrchèreut des chevaux qu'on léur procura sur le champ, et ce groupe, couvert par une compagnie détachée en tirailleurs, s’avauça daus la direction de Îa ville. Le gros de la force marchait à la suite, en colonne ouverte ; en dernier lieu $enait une compaguie d’arrière-garde.
” Cette démonstration militaire ne laissait pas d'impressionner quelque personnes accourtues au devant des uniformes, mais il était évident que la surprise serait bien plus grande dans lu ville lorsqu'on verrait arriver toul-à-coup cette fameuse expédition
que les habitants de la colonie prédisaient devoir se perdre en route et rester en pâture aux maringouins. La possibilité d'une marche aussi rapide et aussi exempte de mécomptes à travers les forêts et les rivières de ces contrées £tail regardée comme un rêve par nombre de gens pourtant fort intéressés à connaître le vérita ble état des choses. C'est pourquoi le colonel n'avait pas perdu une minute. Aussitôt débarquées et formées comme il est dit plus haut, ses troupes avaucèrent vers le fort, que l'on apefcevait à 700 ou 800 pas de la ville, dans la direction de l’Assiniboine.
Le fort Garry a eu des commencements bien humbles et a passé par nombre de transformations avant de devenir la capitale d'une province. Simple poste ‘de traite sous les Français, il s'est agrandi et, depuis cinquante ans, il a acquis de l’importance avec la petite colonie qui l’avoisine. Tel qu'il est aujourd’hui, il a été bâu en deux fois : la‘première en 1840, formant à peu près un carré de 300 sur 260 pieds, et la seconde fois en 1850, en doublant cette étendue et le nombre des bâtiments qu'il renferme, lesquels sont de briques et de bois, disposés sans trop d’ égard por la syinétrie et le plaisir des yeux. La construction de 1840 seule est entourée d'un mur de pierre d’uue dizaine de preds de hauteur; autre par une haute et forte palissade. Les meurtrières, les bastions où l’on a installé de lartillerie,-et quelques précautions de celte nature dans l’ensemble des constructions, en font une véritable forteresse à l'épreuve des atjaques des Indiens, mais presque sans moyens de résistance contre tüne troupe armée à l'européenne. Îl est placé dans l'angle fermé par les rives gauchés” ‘des rivières Rouge et Assiniboine, à 200 pieds de celte dernière’ et à 2000 p'eds de la ville (150 maisons) de Winnipeg,.sur la rivière Rouge.
tt Personne dans l'entourage du colonel ne pouvait l’informer des intentions de Riel. .Les portes du fort étaient closes et l’on distinguait, sur les bastions et survla grande entrée, les gueules mena-
çantes des canons braquées sur la colonne qui s'avançail, et,
desquelles pouvaient sortir tout-à coup le fer et le feu.
# Point de drapeau sur le fort. Nul signe de vie en dedans des murs. La pluie et le brouillard aveuglaient les soldats. L'anxiété la plus vive régnait dans les rangs. Le colonel faisait presser le pas. Quelques curieux s'étaient groupés dans la plaine, en dehors de la portée des armes à feu, pour être témoins de ce qui allait se passer. Telle était la situation.
“ Le silence inquiétant du fort devenait terrible pour les troupes. L'idée d'un piége se présentait à tous les esprits comme une chose naturelle en présence de cette étrange scène. ,
-Ce passage guillemetté est une composition que nous nous
et
ut #
Re
sommes plu à faire en imitant les récits du colonel Wolseley, du capitaine Huyshe et de quelques correspondants de journaux. Tout est vrai dans ce passage, si on y redresse le faiteprincipal, à savoir : que le colonel et ses soldats connaissaient parfaitement qu’ils marchaient sur un fort ouvert et que Riel, s’il y était encore, n'avait gañdé presque personne autour de lui. Nos lecteurs peuvent maintenant reconstruire le récit de cet événement en faisant la part du ridicule, qui s'attache à la mise en scène du colonel.
Plus on avançait, plus la solitude semblait complète derrière les murs. Enfin, un certain nombre, de gens du pays et trois officiers s'avancèrent au galop, ePla vérité se révéla d'un coup d'œil: Riel était parti ! Effectivement, il sortait, avec Lépine et O'Donoghue,
3 . Ah Le . . n . ë ar la porte qui s'ouvre&üur la traverse de-l'Assiniboine, à l'instant Li ?
même où les troupes, entræient par l'autre façade du fort, dans un pêle-mêle facile à comprendre sous l'impression d'une telle bonne fortnne. 11 était dix heures du matin. 7
Hisser le drapeau britannique sur le fort, fouiller les logements, piller les magasins de la compagnie de la Baie d'Hudson, pousser des cris de réjouissance et maudire bien haut Riel et ses adhérents, furent les premières occupations des soldats. Il y a gros à parier qu'ils eussent fait nn taps-mauvais parti aux lieutenants de Riel, qui eussent eu la uaïveté de se-laisser prendre en cet endroit. Sauf deux colons français, arrêtés dans les bureaux de la compagnie de la baie d'Iludson et qui furent ‘relchés immédiatement. toute la prise du fort se borna à de bruyantes demonstrations, arrosées par le grog de la Compagnie.
Riel avait attendu le débarquement des troupes pour partir. Jusqu'à la veille de leur arrivée, il avait cru, paraït-1l, qu'elles suivraient mais ne précederaient pas le gouverneur; une fois qu'il fut bien certain du coutraire, il assembla ses principaux conseillers, dont quelques-uns optaient encore pour la résistance, et délibéra avec eux sur la cond'ite à tenir dans les-circonstances où ils se trouveraient placés après leur sortie du fort. Le conseil terminé, il passa là nuit à fassembler ses papiers secrels qu’il expédia en lieu
sûr ; il leur attache une‘importance que l'Histoire pourra dévoiler
un jour, nous l’espérons. Il ne se coucha point; il déjeûna vers neuf heures; ensuite il prit congé des derniers amis qui avaient passé la nuit au fort, ou qui étaient allés le voir en ce moment, puis quand il vit les troupes de ses yeux, il traversa la rivière, comme nous l'avons dit. Après avoir regardé de loin, pendant
quelques instants, les filës de soldats qui pénétraient une à une
dans le fort, il monta à cheval et se dirigea sans être poursuivi, vers Pembina et le village américain de Saint-Joseph.
DE MANITOBA. at