‹ L'expérience humaine et la causalité physiqueChapitre 106 sur 263 · Mai 1702. G., IV · texte numérisé non relu

Mai 1702. G., IV

4. « Locabam Animas in punctis. » Lettre à des Bosses, 2 1 avril 1709, G . , II, 372.

5. Cf. Russell, la Philosophie de Leibniz, Expose' critique, tr.J.et R. Ray, Paris, 1908, § 61, p. 136; et les Etapes de la Philosophie mathématique, 1912, § 138, p. 235.

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Leibniz a puisé dans Y Ethique l'inspiration profonde de sa psychôl* gie : la notion de Va monta H sine spirituel1, c'est-à-dire d'un pn près interne de l'intelligence qui dépasse la sphère de l'individualité appareil tel qui de la région de l'inconscience conduit l'âme a la conscience des choses et de Dieu. Mais dans & i) respect sincère. pour les grandeurs établies il est effrayé par un spirituèlisme absolu qui rend absurdes et intenables la lettre des mythes orthodoxes, la formule magique de l'Eucharistie. 11 n'est pas douteux que Leibniz se soit cru « mieux pensanl » que Descartes ou Spinoza, lorsqu'il cherchait dans l'a|)pi < tfoni iissement des notions de mouvement et de la force le chemin vers l'affirmation de l'esprit.

11 en revient ainsi, comme faisait Aristote, au réalisme du « fluide » anaxagorique. Toutefois, la connexion entre la philosophie de ta nature et la philosophie de l'esprit ne saurait être, après les Principia Philosophie, ce qu'elle était auparavant. Leibniz, ayant répudié le verbalisme seolastique, applique dans toute sa rigueur le principe de causalité, entendu comme pleine et entière égalité entre les antécédents et les conséquents ; il ne peut laisser subsister dans le détail • li s phénomènes aucune contingence. De là cette conséquence paradoxale. Pour avoir voulu suspendre le monde de la manière au monde de l'esprit, Leîbniz est amené à introduire le mécanisme dans ce monde de l'esprit, que Descartes en avaii complètement séparé. Il soumet à un déterminisme rîgi ureux un domaine où Descartes avait cru trouver place poui la liberté. En effet, suivant la conservation de la quantité de mouvement, la détermination du mouvement demeure la même, quelle qu'en soit la direction. Il n'est donc pas interdit d'admettre que l'âme puisse agir sur le corps, en modifiant à son gré la direction des mouvements de l'organisme, dit le commentaire de la Théodïcée, à peu près comme un cavalier, quoiqu'il ne donne point de force au cheval qu'il monte, ne laisse pas de le gouverner en dirigeant cette force du côté que bon lui semble 2.

Or, le dynamisme leibnizien exclut une telle indétermination. Non seulement la quantité, mais la direction du mouvement, sont les conséquences nécessaires de l'état actuel des forces, sous quelque aspect compliqué ou singulier que ces conséquences puissent se manifester: « Les temps d'un changement extraordinaire... ne laissent pas d'être dans la règle

1. G. IV, 485. Cf. de Inte/lectus Emendatione. Ed. Van Vloten et Land, t. I, Î889, p. 29,

2. § 60. Cf. Lettre de Desr.artes à Arnauld, du 29 juillet 1648, A. T., V, 222.

LA CAUSALITÉ SELON LEIBNIZ

générale, de même que les points distingués dans la courbe se peuvent déterminer par sa nature générale ou son Equation 1. »

Il convient donc de prendre à la rigueur la définition de la I substance, dont la nature consiste « dans cette tendance réglée, de laquelle les phénomènes naissent par ordre, qu'elle a reçue d'abord, et qui lui est conservée par l'auteur des choses2 ». î Et ce n'est pas tout : du fait que la loi du mécanisme universel se trouve rattachée à la vie de l'âme comme à sa source, comme à sa réalité interne, il y a complète dépendance, non seulement d'un moment de cette vie par rapport aux autres moments, mais encore d'une âme individuelle par rapport à l'ensemble des âmes individuelles : « Ego veto nullam esse substantiam quœ non relationem involvat ad perfectiones omnes quarumcumque aliarum 3. » Le jeu d'actions et de passions qui manifeste en apparence l'influence 'des êtres les uns sur les autres, et confère à l'histoire du monde un aspect d'indétermination et de contingence, se résout dans un spectacle réglé, dès l'origine des choses, par la sagesse du législateur divin : « Modificationes unius Monadis sunt causse idéales modificationum alterius monadis... quatenus in una Monade apparent rationes, quœ Deum ad modificationes in alia Monade constituendas ab initio rerum moverunt*. »

Par là s'expliquera finalement le contraste inattendu que» présentent Y Ethique et la Théodicée. En éliminant toute transcendance téléologique, Spinoza conférait à chaque^ essence individuelle la capacité de progrès interne par quoi il j s'élève à l'adéquation de la connaissance totale, de la conscience éternelle et universelle. Pour Leibniz, l'individu n'est pas apte à décider de la proportion d'inconscience et d'aperception claire qui le caractérise en tant qu'individu ; car cette proportion est liée au S3^stème universel de l'harmonie préétablie. « Une mathématique divine5 », suivant les règles infaillibles du calcul de maximis* et de minimis, « un mécanisme métaphysique* »'qui de la spontanéité et de la liberté ne laisse plus subsister que l'illusion verbale, voilà, en der-;

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