Première Analogie, B. I
LA DEUXIÈME ANALOGIE DE L'EXPERIENCE
cause en tant que cause, qui serait une réalité découverte à travers l'expérience ou superposée à elle, La source absolue du changement échappe à la raison spéculative tout autant que le sujet absolu : « Comment en' général quelque chose peut-il être changé, ou comment se fait-il qu'à un état qui a lieu dans un certain moment puisse succéder, dans un autre moment, un état opposé? C'est ce dont nous n'avons pas a priori la moindre notion 1. » Nous ne saurions plus avoir affaire à ce* concept absolu de causalité, sur lequel et la déduction ontologique de Wolff et le rêve visionnaire de Swedenborg appuyaient encore la prétention de pénétrer la liaison dynamique des êtres. La causalité se définit comme le principe d'une relation, qui demeurerait un cadre vide si l'intuition empirique ne venait lui fournir un contenu : « Le rapport en vertu duquel, dans les phénomènes (considérés comme perceptions possibles) l'existence de ce qui suit (de ce qui arrive) est, nécessairement et suivant une règle, déterminée dans le temps par quelque chose qui précède, en un mot le rapport de la cause à l'effet est la condition de la valeur objective de nos jugements empiriques au point de vue de la série des perceptions, par conséquent de leur vérité empirique, par conséquent encore de l'expérience. Le principe du rapport de causalité dans la série des phénomènes a donc aussi une valeur antérieure à tous les objets de l'expérience (soumis aux conditions de la succession), puisqu'il est lui-même le principe qui rend possible cette expérience. » (B. I, 261.)
Ainsi conçue, la fonction de causalité s'introduit comme le complément, et à certains égards comme Vantithése, de la fonction de substance. Le changement ne serait pas objet de jugement sans l'établissement d'un « invariant », grâce auquel l'antécédent et le conséquent prennent place dans une même série, comme les termes entre lesquels se produit le changement. Mais, une fois satisfaite cette première condition (correspondant à ce que le Timée de Platon et la Physique d'Aristote appelaient la matière), se pose le problème du changement en tant que tel, c'est-à-dire de ce qui dans le phénomène est, non plus la permanence, mais au contraire la variation, du contenu intuitif. C'est ce nouveau problème dont la seconde Analogie de l'Expérience fournit la solution, en montrant comment ce qui arrive se relie nécessairement à un phénomène antécédent comme à sa cause.
Le principe de causalité, comme tout principe de l'entendement, trouve la justification de sa nécessité dans la fonction