Éthique, n, 10, Scholie
LA SURVIVANCE DU CONCEPïUALlS.ME
les sciences morales, pour la zoologie, pour la physique, pour la chimie, pour l'astronomie. A l instant, l'univers tel que nous le voyons disparaît. Les faits se sont réduits, les formules les ont remplacés ; le monde s'est simplifié, la science s'est faite. Seules, cinq ou six propositions générales subsistent. Il reste des définitions de l'homme, de l'animal, de la plante, du corps chimique, des lois physiques, du corps astronomique, et il ne reste rien d'autre. » Et de ces « définitions souveraines » se dégage, par la même méthode, la définition unique que Taine conçoit tout à la fois comme « un fait général semblable aux autres », comme une « loi génératrice d'où les autres se déduisent », c'est-à-dire sous un revêtement d'allure positive, Vens generalissïmum du réalisme scolastique.
Taine nous paraît ici aussi loin de la science moderne que Stuart Mill dans son développement laborieux de Yorganum baconien, que Spencer dans ses spéculations ontologiques sur la Force. Nous comprendrons alors le jugement que nous trouvons dans une lettre qui est de presque vingt ans postérieure à la publication des Philosophes français du xixe siècle. En 1876, Taine écrivait à Renan, parlant de Marcelin Berthelot : « Pour Dieu, qu'il laisse là son Kant, un philosophe surfait dont pas une théorie n'est debout aujourd'hui et qu'Herbert Spencer, Stuart Mill, toute la psychologie positive ont relégué à l'arrière-plan derrière Hume, Gondillac et même Spinoza l. » Noms qui ne sont pas réunis au hasard : Stuart Mill, Taine, Herbert Spencer-, forment la trinité de cette nouvelle scolastique dont M. Bergson signale, et dont toute son œuvre a dissipé, le danger, en dévoilant successivement ce qu'avaient d'arbitraire l'associationnisme de l'école anglaise, la psychophysiologie du livre de Y Intelligence, l'évolutionnisme des Premiers principes*.
150. — Le kantisme éloignait, ou plutôt préservait, de la scolastique parce qu'il est né de l'intérieur de la science