‹ L'expérience humaine et la causalité physiqueChapitre 16 sur 263 · DE LA DOCTRINE · texte numérisé non relu

DE LA DOCTRINE

BIRANIENNE

sophie de l'esprit : « La science métaphysique a sa source dans le fait primitif de conscience, où le sujet de l'effort est constitué par rapport au terme qui résiste. Ce terme, séparé de tout ce qui n'est pas lui, sert de fondement à toutes les conceptions mathématiques, tandis que ce sujet, abstrait par la réflexion, est le point central d'où partent et où se rallient toutes les notions du métaphysicien. » (N., II, 321.)

15. — Nous considérerons d'abord la science du monde extérieur, et nous rappellerons quelques-uns des textes où est mise le plus nettement en lumière la nécessité, pour connaître l'univers en sa réalité, de faire appel à l'effort du moi, à la résistance du non-moi : « Otez toutes les qualités sous lesquelles le même tout concret se représente successivement ou à la fois à divers sens internes ; reste encore la force nonmoi, en vertu de laquelle l'objet résiste à l'effort voulu, le limite, le détermine, et réagit contre notre force propre autant que celle-ci agit pour le surmonter K » Non seulement l'étendue n'est, suivant l'expression leibnizienne, que « la continuité des points résistants » ; mais l'objet même qui remplit l'étendue n'a de réalité que par sa corrélation directe avec l'effort volontaire. Ainsi, « quand un mouvement, un mode actif quelconque est effectué par le vouloir... le moi perçoit ce mode comme effet, en s'apercevant lui-même comme cause actuellement indivise de son produit, quoiqu'elle en soit distincte, puisque l'effet est transitoire, et que la cause ou la force reste. Nous savons maintenant et nous croyons nécessairement que la relation première de causalité établie ainsi subjectivement entre les deux termes ou éléments du même fait, ne saurait avoir lieu ou s'apercevoir comme elle est dans la conscience, s'il n'y avait pas objectivement ou dans l'absolu une relation semblable ou conçue de la même manière entre les deux substances ou forces, telles que l'âme et le corps ». (Ibid., p. 350.)

Donc, de ce qu'il y a un moi qui exerce l'effort et qui, dans cet exercice, éprouve la résistance opposée à son effort, il y a un non-moi auquel est conféré un égal degré de permanence et de réalité. L'inférence demeure toute proche du fait primitif, hu point qu'elle semble en révéler comme les deux faces inséparables. Ce même fait primitif auquel nous devons la conscience de notre causalité propre, justifie immédiatement la science de la nature comme science de la causal ifé : « Eh vertu d'une induction première, fondée sur le

1. Doctrine philosophique de Leibnitz. Édit. Cousin, IV, 333.

L'EXPl IIKNCE HUMAINE ET LA CAUSALITÉ PHYSIQUE

sent huent immédiat de notre- propre effort, ou, ce qui ne nous importe point ici, en vertu d'une loi primitive inhérente à IVspril humain, nous rapportons ce changement dont notre < lï. i l voillu ou le moi n'est point cause, à l'objet même, (sommé à une force ou cause efficiente extérieure. Sans Vintuiiion d'étendue, cette cause efficiente serait conçue indéterminémeni comme non moi... En concevant la cause extérieure d'uni' modification interne quelconque, nous Lui attribuons la permanence et La réalité du moi. Nous lui attribuons hors du mouvement effectif actuel cette virtualité ou faculté constante d'agir, qui reste toujours la même avant et après le mouvemenl et qui est indépendante de la virtualité que nous apercevons en nous-mêmes comme la base de notre existence1. »

Conception métaphysique sans doute; mais c'est grâce à cri le conception métaphysique que la science peut acquérir cette valeur de solidité et de pénétration à travers le réel, qui fait défaut aux conceptions appuyées uniquement sur les relations mathématiques ou sur les impressions visuelles. Mil an croit fournir au savant l'instrument dont Malebranche ou Hume le laissaient dépourvu : « Un être qui n'aurait jamais fait d'effort, n'aurait en effet aucune idée de force, ni par suite de cause efficiente ; il verrait les mouvements se succéder, une bille par exemple frapper et chasser devant elle une autre bille, sans concevoir ni pouvoir appliquer à cette suite de mouvements cette notion de cause efficiente ou force agissante, que nous croyons nécessaire pour que la série puisse commencer et se continuer ». (Ed. Cousin, IV, 353.)

Si l'on veut dégager la vérité scientifique des « doutes sceptiques » où se sont embarrassés Hume et ses successeurs, il convient donc de procéder en psychologue, et de faire fond sur le fait primitif. C'est ce qu'exprime très fortement cette page des Réponses à M. Stapfer (juillet 1818) : « Nous pouvons voir... par là quel est le fondement réel de notre conviction de l'invariabilité ou la constance de ce que les physiciens appellent les lois de la nature ; car les lois ne sont au fond que des résultats les plus généraux de l'action de ces forces nécessairement conçues à l'instar du moi comme immatérielles et partant immuables, Ces notions de forces universelles et nécessaires {d'une nécessité de conscience) se mêlent, quoi qu'on fasse, à tous les raisonnements empiriques sur Tordre de succession des phénomènes, comme à tous les calculs de probabilités où l'on croit n'exprimer et ne

t. Rapports des Sciences Naturelles avec U< Psyc/ioJog:e. Édit. Bertrand, p. 201. •

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