Cf. La Modalité du Jugement, p
LA PHYSIQUE DES PRINCIPKS
-esprits. La crise des théories physiques s'est trouvée immédiatement exploitée par des partis politiques qui, remontant à contre-sens le courant de la conscience religieuse, tendaient à restaurer l'autorité des cultes établis : « Il n'y a pas, écrivait Henri Poincaré, d'espace absolu ; tous les déplacements que nous pouvons observer sont des déplacements relatifs. Ces considérations, bien familières aux philosophes \ j'ai eu quelquefois l'occasion de les exprimer ; j'en ai même recueilli une publicité dont je me serais volontiers passé ; tous les journaux réactionnaires français m'ont fait démontrer que le soleil tourne autour de la terre ; dans le fameux procès entre l'Inquisition et Galilée, Galilée aurait eu tous les torts 2. » A cet égard, il est curieux de relever comme la situation morale est inverse de celle où s'était trouvé le xvnie siècle. Les fondateurs de la mécanique, Descartes, Newton, Leibniz, avaient légué à leurs successeurs des systèmes scientifiques qui étaient présentés comme dérivant de principes métaphysiques et même théologiques, dont le crédit concourait naturellement à légitimer ces principes. Les doutes élevés sur la valeur de ces systèmes scientifiques devaient, non moins naturellement, être exploités au profit de ceux qui contestaient la capacité de l'intelligence humaine pour dépasser le plan du sensible et pour établir la vérité à l'aide de la seule raison. Par contre, à la fin du xixe siècle, la possession d'état semble acquise au « scientisme », tandis que des influences d'ordre politique et social, visibles à travers l'évolution que dessinent, soit les carrières de Victor Cousin, d'Auguste Comte, de Taine, soit la destinée des écoles de Schelling et de Hegel, favorisaient une réaction contre le progrès de l'intelligence, un retour aux formules traditionalistes. Il n'était donc pas étonnant que le thème, sinon de la faillite, du moins « des faillites partielles de la science3 », devînt un mot d'ordre pour l'utilisation apologétique ; en quoi consiste, sinon toute la force, du moins l'intérêt principal, du courant pragmatiste en France et dans les pays anglo-saxons.
Néanmoins, ramenée à ses termes spéculatifs, la question posée par les travaux de Duhem et de Poincaré est bien, dans son essence, celle en face de laquelle la méditation simultanée de Wolff et de Hume avait placé Kant.
La pensée wolf tienne a présidé aux recherches d'ordre his-