Phys., II, 8, 199 a
3. De Gen. an., IV, 10, 778 a 4 : fio'jXsxac ouv tq cpùai; xoTç xoGxwv xptOfioçç àpif)fiEïv xàç yevsireiç yat xàç xeXsuxâç, oùx àxptéot 8s ôta xyjv xvj; O-yj iop terri àv y. ai ôià xô ytveTÔat TtoXXàç àpv a?, ou ta? ysvlcrsiç xà? y.axà çûcriv y.aï xàç çôopàç êjuroStÇoucat îroXXdnciç aïxiai xtov rcapà qsûdiv au[A;u-xôvxa)v stertv . — Polit, I, 6, 1255 b 1 : à^toGac yàp, waTzzp k% àv6pfÔ7rou av6pa>7rov xai i| ôr^pîiov yivsffôai Byjptov, ouxto y.ai \\ àyaOwv àya6ôv rt ôs cpvrsi; |3oûXsxai |llsv xouxo T.ott7.'/ -o/'/.iv.'.ç, où fiévxoi Sûvaxac.
4. Cf. Phys., II, 7, 198 b 34 : àoûvaxov Sè xouxov è'xetv xôv xpôrcov xauxa ;jlsv yàp xai -avxa xà cpûaei r; àsi ouxco yivsxat rj tb? stù xô tcoXu, xiov S'àrcô i'j/t^ -/ai xoO a'jxofiâxou oùosv. — Met., I, 2, 1027 a 13 : iogts r] SX?] saxai a'.xia /; evÔe^Ofisvij ~apà xô (oç Ittï xô ^roXu aXXcoç xou <7U(j.êsê7]yw6xo?.
5. Phys.. III, 7, 207 £ 35 : à>; 8Xt] xô a7ï£tpov èaxiv oaxtov — ■ Cf., IV, 1, 25^ a 12 : rt yàp jufftç aîxia Traai xàljstoç. xô ô'aîïsipov :tpô; xô aTûEipov oùûsva Xôyov l'xet' tà|tç 8s "Ma Xôyoç.
6. Phys., II, 9, 200 a 30 : (pavspôv ôtj ô'xi xô àvayxaïov sv xoïç cp'jar/ot; xô to; uXt] Xsydjievirç -/ai a! /.tv^asté oci xaûxrç;.
PHYSIQUE ET THEOLOGIE
limitations à Tordre et à l'harmonie de la finalité, qui mettent en échec la prévision intellectuelle, qui, par rapport à nos espérances et à nos désirs, apparaissent comme les effets de la fortune et du hasard 1.
74. — En ce qui concerne le domaine du monde terrestre où nous l'avons considérée jusqu'ici, la physique péripatéticienne laisse donc subsister un dualisme dont la formule définitive paraît bien calquée sur le mythe du Timée : ewlv àpa
ou1 altjai aurai, to 9 'ou é'vsxa xal to sç avayx^ç2. Or, Aristote,
pas plus que Platon, ne saurait donner le dernier mot au dualisme, qui signifie une restriction, sinon une opposition, à l'intelligibilité. Même la doctrine physique des contraires, pour revêtir toute la valeur qu'elle présentait à l'esprit d' Aristote,- doit être interprétée comme exprimant une lutte dont le terme est l'assimilation complète de l'un de ces contraires à l'autre. C'est ce qu'indique avec netteté un texte remarquable, tiré du de Gêner atione et Corruptione (I, 7, 324 a 9) :
êib xal suXoyov yjÔY) t6 tz 7rup 6spjxatvsiv xal to ^u/pov ^u^siv xal oÀwç to TroirjTixbv éfjioiouy éauTw to Tra^ov' t6 ts yàp ttoiouv xal to Tràay^ov ivavTta I<7t[, xal r, ysveo'iç stç TouvavTiov, mot' avàyXT] to 7rà<7xov si; to ttocouv u-.sTaêàXXsiv ouTw -yàp earai siç ToùvavTiov vj rfsveo-is.
Aristote va donc, comme Platon, tenter de surmonter le dualisme physique. Platon y était parvenu en rejetant la cosmologie dans un plan inférieur, en faisant d'une dialectique strictement idéaliste la voie d'une purification spirituelle, à la fois spéculative et morale, qui tourne l'âme tout entière vers l'unité parfaitement une. Mais Aristote dénie à la dialectique toute capacité pour se maintenir en contact avec la plénitude de l'être \ en même temps qu'il interdit au philosophe de laisser la mythologie s'introduire dans ses spéculations. Par là, il est conduit à considérer comme science véritable la vision finaliste de l'univers qui, chez Platon, servait à encadrer la fable d'un récit mythique. Dès lors, du maître au disciple, l'interversion entre la dialectique et la cosmologie est complète. La dualité qui oppose la causalité de la matière au groupe des autres causes ne pourra être surmontée, du point de vue aristotélicien, qu'en suivant la voie physique, de façon à combler l'intervalle qui sépare le mouvement tel qu'il est donné sur la terre et l'existence d'un moteur immobile.
1. Pkys., II, 5, 197 a 5 : rj tu/y) où-'iol xorca ^[i^z^yj) ; sv toi; xaToc irpoocépeaiv
TlOV ÏVZVA TOU.
%. De part, animal., I, 1, f>42 a 1. Cf. Timée, 48 A : \xz[xiy\xzvr, yàp ouv :t\ 3. De An., I, 1, 403 a 2 : oia>.s-/-:ixfo; xai v.zvCo-.
L52 I i:\lM.KIENCE HUMAINE ET LA CAUSALITE PHYSIQUE
Tout d'àbtird, et selon le rythme d'opposition qualitative il ii i est caraclcristiqne do la pensée péripatéticienne, l'imperfection d'un monde où nous voyons entrer en conflit la finalité de la nature et la résistance de la nécessité, suggère la iidl ion d'un monde où disparaîtrait cette coexistence du formel et du nécessaire, où le changement auquel la matière est soumise acquerrait une valeur de perfection 1. Or, il existe un tel changement : celui dont la forme élémentaire s'oppose au mouvement rectiligne, le mouvement circulaire 2 dont déjà les Pythagoriciens et Platon avaient exalté les vertus. Le mouvement circulaire réunit en lui deux propriétés, également requises par l'idéal hellénique de l'intelligibilité. Tout en étant limité dans l'étendue, il est soustrait à toute limitation dans le temps ; il n'est donc pas menacé de se perdre dans les intervalles de repos et d'activité auxquels demeure sujet tout ce qui naît et meurt sur terre ; le mouvement circulaire a sa place dans le monde céleste, qu'Aristote oppose au monde sublunaire. D'autre part, et comme il est unique par contraste avec les directions entre lesquelles se divise le mouvement rectiligne, il a, comme matière, un- élément unique, exclusif de tout contraire, c'est l'éther « divin 3 ». Enfin, à cette matière correspond une âme, dont le siège est, non seulement dans les astres, mais dans les sphères des astres. Et cette âme sera d'autant supérieure à l'âme des plantes, ou des animaux, ou des hommes, que le mouvement circulaire est supérieur au mouvement rectiligne dont ces âmes sont les causes.
75. — La théorie du mouvement céleste- fournit donc le moyen terme qui était requis pour l'achèvement du système aristotélicien ; en effet, l'astrologie psychologique d'Aristote (comme l'angélologie du moyen âge, qui en sera le décalque) établit un intermédiaire entre ces âmes intermittentes, destinées à périr et à renaître, qui sont ce qu'il y a de moins imparfait dans notre monde, et l'être unique et un qui se suffirait pleinement à lui-même.
C'est à partir du mouvement éternel des astres que se posera le problème de la causalité absolue. Afin de résoudre ce pro-
1. Met., H, 5, 1044 b 27 : oùôè TravTÔç uày] èaxiv àXk' oewv ysvEat; sem */où 1. De Cœlo, II, 1, 284 a 7 : r, -/j-/},o:po;>[x tsasco; oCcra.
3. Cf. Hamelin, Commentaire du deuxième livre de la Physique, p. 111 : « La substance sensible éternelle {Met., A, 1, 1069 a 30) n'a pas d'autre matière que la matière locale (u/ïj xoTzixri Met., H, 1, 1042 b 5) c'est-à-dire la possibilité de changer de lieu, et ce changement de lieu consiste uniquement dans une circulation et éternelle et parfaitement régulière (De Cœlo, II,, 7) déb., 6, 238 a 22). »
PHYSIQUE ET THÉOLOGIE
blême. Aristote invoque un premier postulat : attribuer à un corps ou à une àme la causalité de soi, c'est nier la causalité1. Il est donc nécessaire et de séparer de la capacité d'être mû la capacité de mouvoir, et de réaliser chacune des deux en deux sujets différents. Il y aura, d une part, ce qui est mû. ayant ou non la capacité de mouvoir, et, d'autre part, ce qui n'a pour fonction que de mouvoir, et qui demeure immobile. Pour démontrer que l'on peut parvenir effectivement au moteur immobile, Aristote se fonde sur ce principe qu'il est impossible à l'esprit de parcourir l'infini : entre ce qui est mû et le moteur immobile il ne peut donc y avoir, en vertu du principe invoqué, qu'un nombre fini d'intermédiaires -■ Le moteur immobile est-il unique ? Aristote considère que la série hiérarchique des mouvements, dans le monde tant sublunaire que céleste, est une série unique qui aboutit à un Dieu unique : considération qu'il fait reposer sur le primat attribué à l'unité, primat qui semble être de caractère esthétique plutôt peut-être que logique. Le moteur immobile est donc atteint, et c'est Dieu. Il reste à concevoir que l'immobilité puisse être attribuée à la divinité : Aristote ajoute ici un trait d'une importance capitale à sa théorie du changement. Le changement, c'est le passage de la puissance à l'acte, et le passage, étant orienté, implique une finalité : pourtant, parce qu'il est un passage, il demeure affecté d'une inévitable imperfection. Tout mouvement est de Tordre de la i tz : et toute -'vn'z.z suivant le principe proclamé dans le PhUèbe9, et qu" Aristote retrouve au sommet de sa métaphysique, s'accomplit en vue de l'ouata. L'owria,prise désormais dans un sens absolu, n'est pas sans doute un état au sens statique du mot, un repos au sens négatif, une privation de mouvement : c'est une actualité permanente et pleine. Si on se soigne, ce n'est pas pour guérir, ni même pour être guéri, c'est pour vivre en bonne santé4. On apprend, non pour avoir appris, pour cesser d'apprendre, mais pour savoir. Ainsi se conçoit, au delà du changement qui fait passer la puissance à l'acte, de l'actuation qui regarde encore la puissance 5, l'actualité, l'acte
1. Phys., \Hh 5, 25S a 5. Voir l'admirable analyse d Hamelix, le Système dP Aristote, p. 329 et suiv.
2. Phyg.. III. S, 263 a 9 : iizzt ô:î"ôov -<-,'-; ttv ô'/rv i-s:co> r.jisii'ï: ^pifyir.xivat ipiô{tov* zoZzo ù'opjoiktpçtnjiii îfiuvertov.
3. 54 B : zr/^: gt •■-..■ziio; jii , ïttv.i pdÉpfunea zi v.i: tï^ï Sjrrava xai ~i'2 ' ->r < rratiaT.-. ît-s: r.iz:<. i/.izzr, < il ■ ï-iz.- if-r; 's„z:z: '■■ ; \/izzr: ë.vî/2 -iz ••.uriîiv zi ^V'izvt ziz.x: ï'iv.x yîyveilOai Iz'J.zzizr;.
Eth. Nie, VI, 13. 1144 a 4... oùv atç îarzpnrig ïz frycsurv, zX) ' io: q 1 teia, putM£ r z'jz.i suâxif&ovtxv' \Lizo; ^iz mxn zr: z.-r; zpeiîjç z ïytz-.z: ~.z:i7. xsî T-v = s zzzxvyj >i
5. De An.. III, 7, 431 a 6 : q yip /.\,riz:z toS iteXoifc È'Sp- : a r ô ir:/û>;
qui ne regarde quç soi, rénergie sans déplacement, dont Aristote trouve le type dans la pensée, considérée sous sa forme complète et parfaite, comme n'ayant d'autre objet que cette pensée elle-même '.
La cosmologie aristotélicienne, qui anime l'univers d'une aspiration par laquelle il se précipite vers Dieu, sa forme aclievée et sa fin suprême, apparaît suspendue à une psychologie où l'idéal de sagesse impassible et immuable sert à il» (un i' la divinité. Pierre Duhem a très bien marqué ce mélange qui fait apparaître l'aristotélisme comme une inextricable confusion de mots et d'idées, lorsqu'il écrit : « La substance simple, immatérielle, immobile, qui est Dieu, détermine, en la matière de l'orbe suprême, l'admiration et le désir d'où résulte, en cet orbe, une rotation uniforme et éternelle -. »
Le paradoxe des conclusions vers lesquelles s'oriente l'aristotélisme s'exprime donc ainsi. D'une part, le monde, qui est mû, réclame Dieu comme sa cause motrice. D'autre part, si Dieu le meut, c'est parce que le monde a Dieu pour cause finale, sans cependant qu'il y ait lieu de déduire de là que le moteur du monde soit Dieu lui-même ; car il est contraire à la psychologie du Dieu aristotélicien que le désir, qui monte du monde vers Dieu, puisse redescendre de Dieu vers le monde. Comment alors concevoir ce rapport tellement singulier qu'il exclut toute réciprocité entre le monde qui aspire à Dieu, et Dieu qui ne connaît pas le monde? Comment espérer le comprendre chez Aristote, alors qu'il a posé en fonction l'une de l'autre la faculté de mouvoir et la faculté d'être mû, alors que d'autre part il assimile l'intuition immédiate de la pensée à un toucher '-. Sur ce point, tout décisif qu'il nous paraît, le sphinx a gardé son secret, en supposant qu'il en ait eu un. Il n'a guère livré à la curiosité de l'historien qu'une métaphore : et xi xivsï àxi'vrjxov 6v, exsïvo uèv av Sbtxoixo
XOU X'VY|XOU, SXîtVOU ùk O'JOSV ÇpOCJJtiv yàp IviOXî XOV AuTTOUVXa a7TT£(TÔai
yjjxcâv, a// ' o'jx aùxol ixsivou 4.
ivepreia sxîpa rt xoO x£xfeX£<J|i£Vovj. — Met., 0, 6, 1048 b 24 : où ^avôavsi xaj [xsfj-aO^y.sv, oùo' ôytâÇsxac xaî uytaaxai... tzôkjx yàp yiviqcriç àxEÀifc... àXX ' â'xspov -/.ai xtveï -/ai y.ivsïxo«, écopaxs ôs y.ai opa à\aa xô auxô, y.ai voet xat v£vÔ7]X£v. — Met , A, 1074 b 25 : ÔîjXov xqêvuv ôxc xô 6£i6xaxov -/ai xtfjuwxaxov vost yai où \}.i-.ip'ït /.zr il; vstoov yàp r, [xîxaoo),^, -/ai -/ivtjtiî xiç t^ot} xô xotovxov. — Cf. Eth. Nie, X, 1177 b 30.
1. Eth. Nie, VII, 14, 1151 b 26 : où yàp jiôvov xêv7]<jsoj; scfxtv èvspysta, àXXà -/ai axiVTjffiaç.