II. L'étude particulière , i" De la mécanique, et
2" De son application , ou coordination aux trois sciences de l'article I.
La chirurgie étant purement mécanique , n'a donc rien à démêler avec les conditions qui concernent l'exercice de la médecine.
Tous ses procédés , sans aucune exception , ne sont , d'ailleurs , que des problèmes de mécanique appliquée ; non pas à chaque individu malade , mais à chaque affection pathologique donnée.
L'office de la chirurgie consiste , par conséquent , dans la mise en rapport des principes de la science, avec les états pathologiques qui la réclament ; de telle sorte, que tout individualisme doit nécessairement disparaître daus l'exercice de la médecine opératoire.
Lors donc que le médecin et le chirurgien sortent de leur cadre respectif, pour empiéter sur l'autre domaine de la thérapeutique, il est évident que les rôles se trouvent intervertis ; que le médecin devient opérateur et vice-versa.
LA
TACHYTOMIE CHIRURGICALE .
Mettons nous à la place des malheureux que nous traitonsc
J'ai besoin de m'appuyer, tout d'abord sur l'opinion d'un homrne cher à la science, et qu'on lit avec tout l'intérêt que sait inspirer un esprit indépendant et à vues saines et larges :
« Il m'a toujours semblé sage et prudent de ne pas rejeter, sans examen, les faits qui se produisent, lors même qu'ils semblent blesser nos croyances et échapper aux lois scientifiques de l'époque. Ce
* Tachytomie ou l'art de couper rapidement. Le néologisme n'est qu'apparent, puisque nous avons déjà la tachygraphie. Je crois cependant rendre service à mes délracleurs, ainsi qu'à la foule des bons et mauvais plaisans ou rieurs , en leur évitant la peine de s'occuper de ma gachylomie et de mes pro-* cédés tachy comiques.
précepte , presque banal , tant il a été répété, est cependant d'une application rare et difficile. Les savans ne veulent pas abandonner leurs idées, car elles servent de piédestal à leur réputation et quelquefois à leur fortune; les insoucians se contentent du passé et ne se fatigent pas à courir après des vérités nouvelles ; viennent ensuite les ignorans et les hommes intéressés au maintien de Terreur. Cette armée tient ses rangs serrés , et il faut du courage et de la persévérance à qui ose se heurter contre elle, avec le désir de l'entamer. «
« On se persuade , avec peine, que des choses simples puissent être utiles. »....
« Malgré tous ces obstacles, la vérité finit par se faire jour, quand on se décide à braver les préjugés et à supporter les inconvéniens et, quelquefois, les dangers d'une position nouvelle. ».... ( Rapport sur l'h/ydrotJiérapie par Scoutetten ) .
C'est peut-être aussi le lieu de rappeler cette proposition, que j'ai exprimée plusieurs fois et reproduite en note, dans ma chirurgie simplifiée, T. 1 p. 60. — « Il faut se défier d'autant mieux d'une assertion quelconque, qu'elle est soutenue avec plus de chaleur et de passion , par un plus grand nombre de personnes, même instruites et désintéressées. » Il est vrai que celte formule, qui ne m'a encore offert aucune exception , n'est , peut-
être , qu'une nouvelle manière d'envisager et de définir tous les préjugés et toutes les sottes préventions de la pauvre humanité. Aussi n'ai je pas eu de peine à m'apercevoir de la portée , non moins réelle de celte seconde proposition , simple coroHaire de la première : « Qu'en retournant, tout à fait cette même asserûon , on est presque sûr de se rapprocher, toujours plus, de l'exacte vérité. »
Deux points dominent un certain nombre d'opérations chirurgicales, et tout particulièrement les amputations. Le premier consiste dans le lambeau destiné à recouvrir la plaie, et le second concerne la douleur, plus ou moins vive et plus on moins longue, qui accompagne le procédé auquel on a donné la préférence.
La crainte seule de la douleur fait , parfois , renvoyer indéfiniment l'unique moyen de mettre un terme au mal, et les mots, j'aime mieux mourir! accueillent, assez souvent, l'opérateur, lorsqu'il vient proposer d'en finir. Aussi, l'homme de l'art n'ose y songer que longtemps après qu'il a épuisé tous ses moyens de conservation. Mais, alors aussi et grâce aux indécisions , aux répugnances et aux atermoiemens , de la part des malades ou de leurs alentours, on laisse passer le moment opportun, et l'on est réduit à s'écrier, en gémissant: il est trop tard.
Mais l'effroi qu'inspire la perspective de la douleur, même chez les personnes résolues et bien déterminées à tout souffrir plutôt que la mort ; cette cruelle perspective, agrave leur état, en entretenant chez elles une fâcheuse irritation physique et morale, lors même qu'elles cherchent à les dissimuler»
Enfin, cette douleur, lorsqu'elle se fait réellement sentir , qu'elle est yiolente et prolongée peut entraîner et n'a que trop souvent occasionné des accidens graves , la mort même.
C'est ce qu'on voit , par exemple , dans le supplice du knout, où la mort survient, assez souvent, pendant l'exécution, sans lésion d'organe essentiel à la vie; et dans les syncopes, durant les opérations chirurgicales, quoiqu'il n'y ait pas d'hémorragie. L'ébranlement, la perturbation du système nerveux, parla douleur et chez les individus dont les forces vitales sont déjà en partie épuisées, ne peuvent donc qu'augmenter les chances défavorables d'une amputation.
Tout cela est si vrai et si généralement connu, que, s'il existait au monde un chirurgien dont on put dire, à juste titre: ^(qu'il opère sans faire souffrir^ les malades,» sans exception, s'estimeraient heureux de se mettre entre ses mains; tandis, au contraire, que, si tel autre confrère passait pour
tourmenter, inutilement et longuement ses patiens, il serait, pour eux tous, aussi rjedouté que redoutable.
C'est donc rendre un service à l'art de le dépouiller, en tout ou entres-grande partie, de cet accompagnement obligé, de cette horrible nécessité. Or, il est un fait, observé à toutes les époques et dans tous les lieux, un fait que personne n'ose plus contester, à savoir : « Que la douleur est en raison inverse du temps que dure une opération chirurgicale. » En vertu donc de cet axiome , la douleur sera nulle, complètement nulle, si l'opé-ralion est faite avec la rapidité de l'éclair.
Les observations surabondent en faveur de cette dernière proposition, et les annales de la chirurgie militaire sont là pour attester, entr'autres : Que la bayonnette et l'épée traversent la poitrine ou l'abdomen , en ne produisant que la simple sensation d'un certain froid ; et que le boulet emporte des membres entiers , sans que les blessés en aient la conscience.
Je me suis, tout récemment, convaincu de la réalité de ces faits, en coupant un pénis et une jambe , en un clin d'œil et sans réveiller la moindre sensation; ainsi qu'en pansant, le 1" d'avril dernier , M. le comte de S..
Il revenait de la chasse , dans une petite voi-
ture, le bout de son fusil appuyé, à trois travers de doigts au-dessus de l'articulation cubito -huméraie, et vis-à-vis de l'artère brachiale. Le coup part, fait balle à son entrée, mais présente, à sa sortie et au-dessus de l'olécrane, plusieurs petits trous qu'avaient faits quelques grains de plomb. Or, le premier mouvement du blessé fut de regarder autour de lui, pour savoir ce qu'était cette explosion ; et c'est seulement après s'être aperçu qu'il était inondé de sang, qu'il connut son mal et sa cause. L'artère, en efîet, avait élé largement déchirée.
Si les physiciens expliquent certains phénomènes de la brusque percussion, lesquels j'aurai aussi occasion de rappeler dans ce petit travail ; s'ils les expliquent par la rapidité avec laquelle le mouvement se transmet, et qui ne permet pas à celui-ci de s'irradier ; les physiologistes pourront bien aussi se rendre compte de l'insensibilité absolue qui résulte, dans certaines blessures, même très-graves, en affirmant: que la lésion est si instantaimée, qu'elle n'a le temps ni de se communiquer au cerveau, ni, par conséquent, d'être aperçue.
Quoiqu'il en soit de l'explication, les deux ordres de faits sont incontestables, et c'est aux chirurgiens à les faire servir au profit de l'humanité, et d'en enrichir la science et l'art.
Mais , a-t-on dit : Tout cela est connu depuis l'éternité, et il y a déjà quelques siècles qu'on s'est avisé d'en faire l'application ! C'est parfaitement vrai; et les opérateurs sont d'autant plus coupables d'avoir perdu de vue ces grandes vérités, de^ puis Scultet et Fabrice de Hilden , par exemple. Certaines circonstances atténuantes militent, cependant , en leur faveur.
Que voyaient-ils, en efïet, lors de l'ablation brusque d'un membre un peu considérable? D'abord, une hémorragie foudroyante et souvent mortelle; et puis restait une plaie énorme, dont la guérison se faisait cruellement attendre, et dont la cicatrice, formée d'un tissu délicat, s'ouvrait et se déchirait au moindre elïort. Notez encore qu'elle se trouvait ordinairement , au centre de l'os et sur ce dernier; c'est-à-dire, sur un organe dont la vitalité était peu divsposée à lui servir de. base solide.
Mais , plus tard et longtemps après que les moyens hémostatiques furent perfectionnés, pourquoi ne songea-ton pas à revenir aux sections brusques? C'est que les chirurgiens, hélas! sont des hommes, et que, tout comme les plus vulgaires, ils restent, trop souvent, sous le coup des préjugés, de la routine — de la peur ! Il est donc probable que cette dernière, qui rappelait des catastrophes flagrantes et qui avait fait mettre à
l'index les amputations instantanées , ne permit plus qu'on y revint. Celles-ci n'auront pas manqué, d'ailleurs, d'être stygmatisées , alors ainsi qu'aujourd'hui, comme horribles et rappelant trop celles des charcutiers et des bourreaux; et, alors aussi , quelque habile confrère aura misa la mode ses couteaux éléganset ses charmantes scies, seuls propres , assurait-il , à figurer dans les mains des chirurgiens, et qui, à son avis, n'offraient aucune analogie avec les instrumens des vils artisans.
Mais , était-ce bien en substituant à la hache , au ciseau et au maillet du bûcheron, les couteaux du boucher ou de l'écarrisseur et la scie du coupeur de bois , que l'art pouvait se réformer et s'anoblir ?■
On le croyait et on le pense toujours, sans doute, puisqu'on s'est attaché et qu'on s'obstine, partout encore, à ne faire usage que de couteaux et de scies, chaque fois qu'ils s'agit d'abattre un membre. Mais, ni la difficulté, ni le point important de l'opération ne consistent dans les instrumens, quels qu'ils puissent être, qu'on voudra choisir. C'est au procédé seul , qu'il importe de s'arrêter ; et la question du mode de faire , plutôt que celle du moyen d'exécution est ce qu'il convient d'examiner et de peser tout d'abord. C'est donc le premier qui doit conférer, au second, ses plus beaux titres de noblesse.
Or, combien y a-t-il de temps que l'on connait la condition du succès, dans les amputations? Depuis quand s'est on attaché à préciser, exactement, toutce qui concerne le Zam&eaw? Où trouve- 1on , discutés et établis, scientifiquement, les principes simples qui doivent présider à la forme, à la nature , à l'usage et aux résultats définitifs de cette pièce importante? La réunion immédiate, date-t-elle, peut-être, depuis des siècles? Est-elle même généralement admise? Et n'a-t-on pas encore, sur la manière de l'obtenir, les idées les plus étranges? Enfin, l'autoplastieet ses merveilles ne doivent elles avoir aucune influence sur la meilleure manière de protéger la solution de continuité, qui accompagne toutes les amputations ?
Cependant , l'appréciation de ces points divers constitue ce qu'il y a déplus capital dans ces opérations, quelque soit, d'ailleurs, les procédés et les moyens connus qu'on veuille adopter, ou ceux qu'on voudra mettre en avant encore, pour les pratiquer.
Aussi, est on en droit d'affirmer : que la doctrine concernant l'ablation des extrémités n'est pas encore formulée; que cette opération n'est pas réglée encore ; et qu'elle appelle , aujourd'hui même, toute l'attention des hommes de science et d'exécution.
La formule en est si simple, qu'il n'est pas surprenant qu'elle ait échappé, jusqu'ici, à tous ceux qui se sont occupés du sujet. La voici : « l'amputation consiste à abattre un membre, en tout ou en partie, avec le moins de douleur possible, tout en conservant, le mieux possible aussi, le lambeau iégumentaire destiné à recouvrir la plaie régulière, qui résulte de cette section. »
Tout est là et rien que là ; et tout mode opératoire méritera d'être d'autant plus flétri, qu'il s'écartera davantage de cette règle; tout comme aussi il aura droit à la priorité, s'il résout le mieux les deux questions vitales susmentionnées.
li faut demander et en toute confiance , à la mécanique pure, tout ce qui peut concerner la subite et instantanée section de tous les tissus, sans exception , qui composent nos extrémités. Car les ressources infinies de cette grande puissance sont trop bien connues, pour qu'il soit permis de douter, un seul instant, de ses résultats précis.
La seule chose qu'on puisse dire , à ce sujet , c'est que, pour se mettre mieux à la disposition du chirurgien et remplir plus complètement ses vues , surtout dans les cas difficiles , la mécanique appellera la percussion à son secours, et s'appliquera à faire tomber , dans un temps incommensurable
OU indivisible , tout ce qu'il conviendra de retrancher.
Les moteurs destinés à ce grand résultat sont aussi commodes que nombreux et puissans. Tels sont, par exemple, la force musculaire, appliquée à une foule de leviers, plus ou moins longs et à des corps plus ou moins lourds ; la chute de ces derniers, multipliée par la vitesse, et dirigée de toutes manières ; l'action d'un ressort qu'on peut tendre et lâcher à volonté ; et celle d'un levier puissant et portant sur un des bras du tachytôme : Je reviendrai sur ce dernier moteur.
Voici , du reste , une observation que M. le Docteur Lemarchand a communiqué, à ce sujet, au congrès scientifique d'Angers: « Le 12 Octobre, » 1803, au passage du Danube et à l'enlèvement » de la position d'Elchingen , le 6™^ régiment » d'infanterie légère, l"^^ division du 6°^® corps, » maréchal Ney, devant se former en carré, pour » résister à une charge des dragons de la Tour, » un bataillon n'ayant pu le faire, assez promple- » ment, fjut sabré par cette cavalerie. Le capitaine » Fiomand, adjudant major, reçut plusieurs coups » de sabre, dont l'un surtout, fut porté avec une » telle force, sur l'extrémité inférieure de l'avant » bras droite! à deux travers de doigts de l'articu- » lation radio-cubilo-carpienne , qu'il divisa net « le cubitus elle radius.
» Cet officier ayant été conduit à l'ambulance » régirnentaire , je crus devoir profiler de la pré- » sence de M. Percy , inspecteur général du » service de santé , pour lui faire voir ce cas re- « niarquable. Il médit: Il faut considérer cette blessure D comme une amputation bien faite j former le mieux » possible un lambeau et réunir par première intention j » au mvyen d'un pansement méthodique. Cela fut » exécuté et le blessé évacua sur Augsbourg, où il » guérit facilement. »
Ce fait n'est , certes , pas unique dans les fastes de la guerre , et doit s'être présenté bien des fois, avant et après le 12 Octobre, 1805. Mais, chose étrange ! il est resté comme inaperçu et n'a , du moins , donné lieu ni à la plus légère réflexion scientifique, ni à aucune application. Je laisse donc, à qui la faute, toute la responsabilité de cette étourderie , de ce crime de lèse majesté chirurgicale. Eh! comment s'en étonner?Cela, comme tant d'autres choses , n'a- 1- il pas sa source dans l'absence de principes arrêtés , et dans ce dogme déplorable , qui soumettait et soumet tout encore , au tribunal de l'expérience? Or , que pouvaient des faits égrenés j quelque précis et positifs qu'ils fussent, en face des procédés routiniers et àe^l' expérience acquise de tant de grands maîtres ? Etaient ils capables de faire changer de marotte
à ces derniers et à leurs nombreux admirateurs ?
La science ne s'est, du reste, pas prononcée encore sur la question suivante ; elle ne s'en est même pas occupée , à savoir : quelle est la meilleure manière de couper, simultanément et d'un seul irait , non pas seulement les chairs qui composent un membre, mais encore les os? On dit seulement , que les[instrumens trancbans agissent en sciant , et que la section des os , autrement qu'avec la scie proprement dite, doit constituer le point le plus ardu de la tacbytomie, à raison de la nature très cassante de ces organes. Aussi, est il certain, a]oule-t-on , que le meilleur tachytome des os sera celui qui, dans ses mouvemens brusques , imitera le mieux ceux de la scie.
Il est permis, à mon âge, d'avoir des distractions; mais il faut avouer que les gens du monde, comme les chirurgiens les plus éclairés, sont bons de reste, en me rappelant sans cesse à la question des esquilles , comme si elle m'était complètement échappée-. Bien loin d'avoir eu une pareille dose d'étourderie, je n'ai cessé de faire, de cet objet, le sujet principal de mes recherches , et j'ai acquis , par elles, la conviction : que, quelle que soit la disposition des os à voler en éclats, lorsqu'ils sont soumis au choc d'une violence extérieure , cette circonstance n'est qu'un épouvantai!, et ne saurait
empêcher, même dans l'état actuel de nos connaissances, d'avoir recours à la tachytomie, pour amputer ks membres, que dans quelques cas seulement. Si ceux-ci ne constituent guère que l'exception a une règle générale, et si les opérateurs continuent, pendant longtemps encore, à amputer suivant l'un des procédés anciens ; c'est que la règle est plus générale encore: de résister aux innovations et de n'y voir que des monstruosités. Quoi qu'il en soit , je prie ceux de mes confrères qui , avant de prendre un parti, aiment à s'éclairer et à envisager les chosos autrement qu'à la superficie; je les prie, dis-je, de peser les considérations suivantes :
1° Tous les os ne sont pas tellement fragiles, qu'ils ne puissent être coupés d'une manière plus ou moins franche et nette, autrement que par la scie et par fois mieux que par elle ': ceux qui sont d'un petit volume, ceux, par exemple, des pieds, des mains et des doigls appartiennent tous à cette catégorie ; ils se coupent comme du cartilage.
2° Les os, même les plus compactes, les plus volumineux et les plus disposés à se briser en plusieurs pièces, ont leurs extrémités plus ou moins spongieuses ; celles-ci sont , par conséquent , peu cassantes et susceptibles d'être tranchées avec assez de netteté. Or, c'est précisément sur cetle partie
OU dans le voisinage des articulations, qu'on pratique le plus grand nombre d'amputations.
5° Les pièces du squelette des jeunes sujets, des enfans surtout , se laissent couper ou rompre avec facilité , sans présenter d'esquilles,
4° Celles-ci , qu'elles soient formées aux dépens des os d'individus jeunes ou vieux, sont souvent insignifiantes, complètement détachées, assez faciles à séparer et à extraire , et ne sont jamais implantées dans les tissus mous ; de sorte que leur présence et leur élimination ne présentent pas le moindre inconvénient, ni quant à la durée de l'opération , ni sous le rapport des sensations douloureuses que pourrait éprouver l'opéré. Il est, d'ailleurs, constamment au pouvoir de l'opérateur d'égaliser et de niveler la surface de l'os après sa section, comme cela doit avoir lieu , quelquefois aussi, même après l'usage de la scie.
On a, en effet, tous les moyens imaginables d'arriver à ce parfait nivellement. Telles sont, par exemple, les diverses pinces et cisailles, la râpe, etc. On peut même refouler les muscles , afin de dénuder l'os et de le scier au dessus de quelque fracture comminulive. On aura , par là , l'avantage de se procurer cette manchette intérieure ou musculaire, que certains opérateurs ont proposée et utilisée pour recouvrir l'os. Mais j'ai hâte d'affirmer : que ces opérations consécutives à l'action
du tachytome seront plus rares, à mesure que les instrumcns et leur mode d'agir seront perfectionnés comme ils peuvent Têtre, et elles donneront pleine satisfaction aux exigences ostéotomiques, sans occasionner de nouvelles douleurs. Il est du moins suffisamment connu que les os, dans l'état physiologique, ne sont presque pas sensibles.
Si la science est restée muette, à l'égard des meilleurs moyens de trancher, convenablement, un os de gros calibre et disposé à voler en éclats ; certes, je n'ai pas la prétention de les indiquer ici ; — c'est l'affaire du mécanicien. Seulement, on lui recommandera de ne jamais perdre de vue: Que son agent doit opérer la section de toutes les parties qui constituent un membre, oc au gré de l'opérateur, simultanément, nettement et avec la plus grande rapidité et précision possibles. »
On possède , à cet égard , des anlécédens précieux ; tels sont :
1° La perforation nette d'une balle , à travers le corps le plus fragile, une vitre ;
2° La section d'une bayonnette , par un boulet de canon, et sans que le soldat qui porte le mousquet s'aperçoive même du choc du projectile.
5° La manière dont on casse un tube de verre , placé entre deux verres remplis d'eau , sans faire jaillir cette dernière ;
4** Le facile et preste arrangement de l'ardoise,
au moyen d'un instrument tranchant et qui répond à un autre fer anguleux et plus ou moins incisif aussi.
5° La pratique des boucliers et des cuisiniers ,
6" L'effet des sécateurs du jardinier ;
7° Celui du couteau des racines du pharmacien * du coupe-queue des vétérinaires;
8" Du sabre d'un dragon de la Tour ;
9** Du Yatagan des Arabes ;
iO° De la hache du licteur ;
41° Du glaive des bourreaux de Marie Stuart et de Charles 1^^. :
12° Du ciseau du menuisier;
15° Des dents d'un animal et du plus sot encore *.
ik° Des pinces et des puiwssantes cisailles, si avantageusement connues dans les arts et dans toutes les usines ; et
15° De leurs analogues, les ciseaux ordinaires avec leurs formes variées.
Les réflexions suivantes, au sujet de ces derniers instrumens tranchans, ne seront pas trop déplacées ici , et pourront éclairer l'importante matière que j'arborde en ce moment :
Vous connaissez tous ces fins ciseaux dont la
* un des membres du Congrès d'Angers traitait précisément une jeune fille, dont l'un des doigts venait d'être coupé net, par la morsure d'un homme, «l «ans qrielle s'en fut aperçue.
pointe égale celle des aiguilles , et qui sont destinés à couper les objets les plus ténus. Eh bien! ne seraient-ils pas faussés ou tout à fait impuissans, si Ton s'avisait de placer, entre leurs délicates lames, un fil tant soit peu volumineux?
Mais, si vous recourrez alors à un instrument mieux en rapport avec la résistance à vaincre, il pourra bien aussi n'être plus capable de trancher une simple ficelle.
Et si , pour arriver à ce dernier but, vous êtes forcé d'employer un agent beaucoup plus vigoureux, il ne signifiera plus rien, vis-à-vis d'une petite corde, et ainsi de suite ; de sorte que , pour couper des objets de plus en plus volumineux, vous serez obligés d'arriver, insensiblement aussi, à ces ciseaux monstres, véritables tachytomes, qui coupent de lourdes barres de métal, avec la même facilité, promptitude et précision qu'on peut mettre, en d'autres circonstances, à attaquer un brin de soie ou de coton.
On voit donc, qu'en fait de tachytomes, nous n'avons plus guère que l'embarras du choix, et que nous pourrions bien, dans fort peu de temps, voir se renouveler, à leur sujet, la même fougue dont étaient possédés naguères, certains novateurs, avec les instruraens de la lithotriptie et de la ténotomie.
Je dois seulement faire observer, à ce sujet, que,
si un petit tachytome n'est pas convenable pour un corps trop résistant , un instrument, même monstrueux peut, en revanche, fort bien couper toute espèce de corps, fusseut-ils d'une très-minime dimension.
Ceux donc de mes confrères qui, à l'instar des hommes vulgaires et impressionnables, répugnent jusqu'au nom affreux de hache et de couperet, adopteront, sans réclamation peut-être, un sécateur à amputation , et se feront, ainsi que le public, à l'idée d'un tachytome, qui ne différera du commode et preste sécateur ordinaire que par ses proportions gigantesques, et par une puissance en rapport avec le degré de force et de vitesse qu'on peut imprimer à cette masse tranchante.
Toutefois, l'action simple et bien connue de la hache et des différens couperets, lorsqu'ils sont portés avec force ou frappés violemment avec un maillet ou un lourd marteau, laissent déjà si peu à désirer à l'homme de l'art, lorsqu'il s'agit pour lui d'emporter un de nos membres, avec la rapidité de l'éclair, qu'on pourra se contenter, le plus souvent, de ces vulgaires moyens. Mais ils cesseraient bientôt d'être tels, si seulement Charriera voulait s'en occuper.
Quant au lambeau, il est inutile qu'il soit constitué autrement, que par la peau seule et par le tissu graisseux qui la double ;
1* Car, la nature nous dit assez, que toutes les régions osseuses et terminales ne sont guère recouvertes différemment; témoins le talon, le coude, la rotule, les doigts, les malléoles dans les pieds-bots, la tête etc., quoiqu'ils soient tous appelés à de fréquentes et rudes pressions, de la part de corps fort durs.
2° Il est de fait, que les muscles, si on les conserve sous le lambeau , disparaissent en se contractant et en s'atropbiant.
5° Le derme suffit donc amplement, pour doubler le moignon et lui servir de coussinet.
h° Il est, d'ailleurs, plus facile et moins douloureux de tailler et de disséquer un lambeau simplement tégumentaire , comme cela se fait dans les autoplasties, que de le conserver réuni avec les organes adjacens ; et puis,
5° Toutes les plaies qui résultent des amputations qu'on pratique aux doigts, à la main, au pied, au bas de la jambe , ne peuvent être recouvertes quepar ce lambeau simplement cutané; et, cependant , l'observation prouve à satiété , que cette pièce de peau suffit toujours , après ces opérations, pour mettre l'os à l'abri de tout injure, fermer la plaie hermétiquement, aussitôt que le pansement pourra avoir lieu, la protéger constamment contre les causes nombreuses qui suscitent et entretiennent l'irritation, et même
s'épaissir et se durcir, par l'usage ou le frottement réitéré de corps rugueux.
Oîi aura une idée assez exacte de ce qui doit arriver, dans ces buts divers, en assimilant la paume de la main à la plaie qui suit toute extirpation quelconque , et les quatre derniers doigts au lambeau dont il s'agit, puis en fléchissant ceux-ci contre la région palmaire de celle-là.
Cette peau , ainsi ramenée et couchée comme une pièce rapportée, se greffera solidement, non pas immédiatement sur l'os, c'est impossible, mais sur un intermédiaire.
Le suintement plastique qui s'opëre, d'un côté, par la surface amputée de l'os, et de l'autre, par le tissu cellulaire qui double la peau ; cette lymphe, tend à établir, en s'organisant , l'union des deux plans ; de telle sorte , cependant , que la peau peut, plus tard, glisser sur l'os, à peu près comme celle du coude ou du genou roule et se plisse sur l'olécrane et la rotule. Getle adhérence sera d'autant plus ferme, qu'il ne se trouvera, au centre do lambeau, -aucune cicatrice, et que celle-ci, constamment linéaire , sera reléguée vers les parties latérales et postérieures du moignon.
Tous les chirurgiens savent, du reste, comment on ramène, comment on établit et fixe, avec la plus grande précision, un lambeau tégumentaire, et de quelle manière on le fait adhérer, même sur
des tissus qui ne sont pas similaires et qui n'ont aucun rapport de texture avec ce fragment de peau.
Tout cela n'est, au demeurant, que l'histoire , suffisamment connue, delà réunion immédiate et de l'autoplastie.
Ce lambeau et la manière dont il s'applique ont, surtout, la plus grande valeur pour bien protéger l'os, après une amputation quelconque. Le bout de cet os a fait, si longtemps, le désespoir des chirurgiens, par la difficulté qu'ils éprouvaient et qu'ils éprouvent , trop souvent encore, de l'empêcher de saillir, entre les lèvres de la plaie, qu'il ne faut pas s'étonner des constans efforts d'imagination, delà part des praticiens, uniquement dans le but de parer à ce grave inconvénient.
Aussi, chacun des reviremens opératoires, auxquels on a eu recours, n'ont-ils abouti qu'à formuler tout autant de modes ou de procédés, destinés seulement à différentier et à compliquer sans profit pour l'art , la doctrine des amputations.
Le nombre en est prodigieux et tend à augmenter, tous les jours encore, comme pour témoigner de l'incapacité où sont les chirurgiens de s'entendre sur ce grave sujet.
Ils manquent , en effet , de principes propres à
les guider ; de sorte que chacun croit devoir faire part , à ses confrères, de sa méthode particulière, sans s'appuyer , le moins du monde , sur un élément scientifique ; précisément comme font certains médecins, lorsqu'ils vont prônant la vertu d'une médication ou d'une pauvre recette, contre un état pathologique donné.
Il saute aux yeux, cependant, que le meilleur moyen, le moyen infaillible de protéger exactement un os, après sa résection, consiste à ne jamais le placer vis à vis de la plaie ou derrière les bords de celle-ci ; mais à le recouvrir complètement avec une portion de peau , de manière qu'il reste toujours placé, immédiatement et entièrement, au dessus de cette pièce tégumentaire , sans pouvoir se faire jour au dehore. Tel est le but et le moyen qu'il ne faut jamais perdre de vue, et qui doivent servir de base à tout procédé opératoire, lorsqu'il s'agit d'amputer un membre.
Le lambeau doit donc constamment être taillé en demi lune ou à bords convexes, et voici pourquoi : C'est qu'irest destiné à recouvrir une plaie, avec laquelle il doit être en rapport, et que celle-ci est, en général , ronde et à bords concaçes. Cette règle n'a d'exceptions qu'autant que la nature des tégumens ne permettrait pas une section régulière et normale. Cette pièce peut , du reste , être prise en avant , en arrière ou sur les côtés du membre,
pour être couchée ensuite el en sens inverses, sur l'extrémité du moignon. Elle n'est pas toujours unique.
Elle peut, sans doute, avoir une étendue égale à celle de toute la plaie ; mais ce n'est rien moins que nécessaire, attendu qu'il est toujours loisible de ménager , sur toute la circonférence du moignon , un certain excédant de peau , propre à être utilisé pour venir, de tous côtés, à la rencontre du lambeau et masquer complètement , par là, la surface saignante. Il suffit, en effet, de retirer les tégumens fortement en haut, avant d'en opérer la section, pour qu'ils se prêtent , plus tard, à converger, en tous sens, vers la pièce centrale. Or , plus il sera facile de refouler la peau de la circonférence , et moins aussi on aura besoin de donner au lambeau une dimension considérable. Celle-ci pourra même être réduite, à peu de chose près, à celle de l'os lui-même, sans que ce dernier perde aucun des avantages qui lui sont assurés par ce même lambeau .
Les divers principes que j'ai posés, pour la formation et l'application de cette pièce, sont universels et s'adaptent, avec avantage, non-seulement à la tachytomie, mais à tous les procédés en dehors de ce mode opératoire. Ils sont même déjà en honneur, dans les amputations phalangiennes, et M. Baudens en a parlé, bien qu'imparfaitement, sous le nom de lambeau antérieur. Cet habile et
progressif chirurgien est donc sur là bonne voie.
On peut, du reste, procéder, de la manière suivante , dans tous les cas où Ton craint de couper les os, en même temps que la géndralilé des parties qui l'environnent, et lorsqu'on veut, cependant, se ménager un lambeau sémilunaire.
S'agit-il de sujets maigres et à peau flasque ? On tirera celle-ci, d'un côté fortement en haut, tandis que, du côté opposé, on cherchera à l'abaisser autant qu'on pourra ; puis on coupera tégumens et muscles, d'un seul coup et circulairement, jusqu'à l'os. Or, après avoir scié ce dernier, à la hauteur convenable, on aura précisément cet excès de peau et en demi lune , qui sera suffisant pour couvrir l'os et toute la plaie, en le rabattant et fixant sur cette dernière.
Dans le cas, au contraire, où le membre serait trop volumineux et les tégumens trop tendus, pour se prêter avantageusement à la manœuvre que je viens d'indiquer, on parviendra au même but , en dirigeant le couteau , non pas circulairement , mais obliquement de bas en haut , de manière a avoir, en haut , une échancrure ou une plaie à bords concaves et, en bas, une incision à bords convexes, qui soit en rapport avec la concavité supérieure et puisse s'y adapter avec exactitude.
J'ai la conviction que toutes les amputations pour-
ront se faire, tôt ou tard, par un moyen tachytomique quelconque , et que la mécanique parviendra à prévenir ou à résoudre les principales difficultés qui peuvent surgir, par le fait des esquilles ou par des sections trop irrégulières de l'os. Cependant, même à l'état d'enfance oii en est Fart , aujourd'hui sur cette matière , il est déjà possible de se suffire , en toute occasion et avec les instrumens les plus simples et les plus communs; si, du moins, l'on s'applique à régulariser la plaie, avec les moyens dont j'ai cru devoir dire un mot, à la page 98.
Il pourra , sans doute , se faire alors , qu'on ne gagnera pas grand chose, en vitesse, sur le temps qui sera nécessaire pour terminer certaines amputations; mais on aura évité cette somme considérable de douleurs , qui est inhérente à tous les procédés opératoires connus. Car il importe de ne pas confondre ici la durée totale d'une amputation, dont tous les instans sont plus ou moins pénibles, avec cette même opération , dont on aura fait disparaître ou beaucoup atténué la partie la plus redoutable.
Le temps devra se mesurer, par conséquent , par l'intensité et la prolongation de la douleur effective et réelle, et non par le nombre, plus ou moins considérable, de secondes qu'on pourra met- Ire à opérer ; car, si celles-ci s'écoulent, sans être
accompagnées de souffrances, c'est exactement comme si l'exécution n'avait pas lieu, ou comme si elle était déjà terminée.
En attendant que la science ait fourni, à Tart tachytomique, les moyens d'agir avec plus de sécurité et de confiance, et que la physiologie ait mieux éclairé le praticien sur ce qu'il pourra oser ou craindre , je pense qu'il faudra , non-seulement réserver la tachytomie, mais la recommander expressément, comme un progrès et un bienfait :
1° Dans toutes les amputations qui devront se faire aux doigts, aux mains et aux pieds.
2° Dans celles qui auront lieu, aux malléoles ou immédiatement au-dessus d'elles.
3** Dans celles qui intéresseront le poignet et l'extrémité inférieure de l'avant-bras.
k° Dans les résections des extrémités articulaires du coude.
S° Dans celles de la mâchoire inférieure.
6° Dans celles de la clavicule et des côtes.
7° Dans celles de tous les os des extrémités des jeunes sujets.
8° Dans la plupart de celles du pénis.
9° Dans le plus grand nombre des castrations.
10° Dans l'ablalion de certaines tumeurs, lors qu'il est permis de les cerner, avec un tachytome, exactement comme le testicule de l'article précédent.
Il n'est guère possible de poursuivre un objet de quelque importance , avec un zèle tant soit peu éclairé, sans trouver, sur sa route, des choses intéressantes. C'est ainsi que les chercheurs de métaux précieux, ont rencontré des substances plus précieuses encore. Je crois avoir eu le même bonheur, en m'occupant de la tachytomie , comme on a déjà pu s'en apercevoir.
Mais il ressort bien évidemment encore de ce travail : que toutes les opérations chirurgicales, sans exception, devront être accélérées le plus possible, lorsque leur instantanée ou très-rapide exécution pourra avoir lieu sans aucun inconvénient. On a malheureusement trop abusé, jusqu'ici, de la perfide et barbare formule : Sat cito si sat hene! a Mettons-nous, au nom du ciel ! à la place des malheureux que nous opérons, et tâchons d'imiter l'heureuse adresse [de ceux qui savent , par exemple, escamotter une dent! »
Aussi , pourquoi , dans une saignée , promener la lancette avec une lenteur désespérante , et en marquant, très-exactement cette opération, par les trois temps indiqués , par les pédans ou par les PERROQUETS , comme les désigne si bien M. Lisfrane? Une piqûre 6rMsçue, à l'instard'un coup d'épée , ne serait-elle pas mieux en place?
J'en dirai autant du bistouri qui laboure un abcès, à pas lourds de tortue et avec la méticu-
leuse prétention qu'on met à ouvrir la cornée , lorsqu'il s'agit d'extraire un cristallin cataracte. Je signalerai également la manière cruelle avec laquelle on prolonge inutilement le temps qu'on doit mettre à la section des lèvres, dans le bec de lièvre et le bouton chancreux ; comme aussi dans rintroduction des simples aiguilles, du troicart, etc. etc.
Ne gémit-on pas, surtout encore et trop souvent, hélas ! en voyant comment on semble se complaire : à faire vibrer, avec une grâce parfaite, et autour d'une malheureuse cuisse qu'il s'agit d'amputer, un long, large et brillant couteau , et à lui imprimer des mouvemens de va et vient, exactement commelorsqu'on scie une bûche? Ne diraiton pas, à ce spectacle étrange, qu'il est de bon ton , en chirurgie, d'imiter, en tous points et avec un instrument tranchant , les manœuvres grossières qu'exécute le bûcheron avec sa scie? Et pourquoi flétrir, alors et à jamais, comme un homme pervers, celui qui, pour trancher un membre, porte ses coups avec une réfléchie et humaine brutalité?
Mais une opération analogue se fait , plus joliment et plus généralement encore , avec un flamboyant outil , lorsqu'il s'agit de curer, proprement et à coups redoublés d'élégans huit de chiffre,
lis
l'espace intérosseux de la jambe et de l'avant bras !
Gomme c'est gracieux! et comme ça doit être doux pour l'clre humain, qui est condamné à subir ces tortures, infligées, de tous temps, par rimpassiMlité des chirurgiens , et sans qu'ils aient fait la moindre tentative, le plus petit effort, pour les éviter à leurs nombreuses victimes. Quel dommage, en effet, disons plutôt, quel scandale ! de vouloir porter atteinte à de si nobles pratiques, à de si bénignes manipulations, le tout encore pour se donner la pauvre réputation d'un bourru bienfaisant J
Il est , pour la plus rapide extirpation de certaines tumeurs, ainsi que pour la plus prompte et plus sûre formation d'un lambeau , et même pour l'établissement d'un simple séton , une précaution à recommander : celle de tracer, d'avance et avec une plume , ia voie exacte que devra parcourir le bistouri. Il est facile de voir qu'au moyen de cette précision , on arrive au but qu'on veut atteindre, beaucoup plus vite, en effet, plus sûrement aussi et avec moins de souffrance, surtout, que lorsqu'on coupe, sans guide assuré et avec une certaine hésitation ou préoccupation. Mais, pourquoi envier, aux habiles et à tous ceux qui ont le corn' pas dans l'œil , la satisfaction qu'ils peuvent éprouver à se moquer de cet innocent tracé ? Laissons-
leur plutôt le plaisir de faire gémir leurs malades , davantage et plus longtemps, sous un glaive errant avec toute la lenteur qui accompagne toujours Tincertitude ou l'indécision.
La manière commode et sûre, dont on peut recouvrir, avec un lambeau tégumentaire, Textrémité d'un moignon ; et la facile disposition qu'a cette pièce rapportée, de s'épaissir, de devenir calleuse par l'usage et , par conséquent , d'être apte à servir d'insensible soutien ; cette circonstance sera mise à profit , du moins dans les amputations des extrémités inférieures. Toutes ces opérations devront donc être constamment exécutées , de manière à pouvoir adapter une bottine au moignon, et à permettre d'appuyer sur le bout du membre , comme sur le talon ; c'est-à-dire , en assimilant cette bottine à une petite écbasse , sur laquelle pourront désormais marcher, aisément et assez lestement , tous les amputés.
Il fallait nécessairement renoncer à ce précieux avantage , avec les modes , méthodes et procédés en usage jusqu'ici pour l'amputation de la jambe; et on faisait bien. Mais j'ai pu m'assurer, au contraire , du fait heureux que je viens d'indiquer , pour l'avoir observé sur un de mes opérés, à Lausanne, et au Val-de-grâce, sur un militaire que M. Baudens avait amputé, dans la substance même des malléoles.
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Ce même fait est, du reste, quant à son explication physiologique et à son application clinique , la conséquence de ce qui est mentionné dans plusieurs endroits de ce mémoire , au sujet de mon lambeau , et qui se trouve résumé à Tarticle 16 de mes conclusions.
La petite boite des amputés n'aura besoin que d'avoir sa tige faite avec un cuir un peu raide et fort , pour ne pas fléchir sous le moignon et pour prêter, par conséquent, à celui-ci, un appui suffisamment solide.
Il résulte évidemment de ces déductions : qu'il n'y aura plus, désormais, de lieu d'élection pour l'amputation des extrémités inférieures, et que la règle , je dois le répéter avec une certaine satisfaction , sera consacrée, pour celles-ci comme pour les supérieures; « d'opérer toujours le plus bas possible. »
On a fait bien des objections à mon malencontreux procédé tachytomique. On a prétendu , par exemple et très-sérieusement, que ce n'était pas la douleur qui accompagne l'opération , mais l'horreur d'être mutilé, qui faisait redouter une amputation. Et quand le membre est évidemmentperdn, sans ressource aucune, inutile, à charge et le siège de douleurs continuelles? Quand une loupe ou un sein ne font que grossir et sont de plus en plus hideux? Cette observation était, du reste, si peu ré-
fléchie, que la sœur de celui-là même qui me Vadressait , balançait , depuis deux ans , à se faire ôter une mauvaise dent , qui ne cessait de l'incommoder.
Quelques-uns des confrères , qui font si bon marché des souffrances de ceux qu'ils opèrent , ne pouvaient assez se récrier, en pensant à celles que devaient endurer les malheureux auxquels je détachais un mince lambeau tégumentaire.
J'en ai vu même qui ne savaient retenir ni un soupir, ni une expression extrêmement pénible, lorsque je m'avisais, tant seulement, de simuler la dissection de cette pièce de peau , non pas sur un cadavre , mais .... sur leur botte.
La plupart semblaient me reprocher de n'avoir pas élevé, d'emblée, la tachytomie en règle générale et sans aucune exception; et ils avaient l'air, par conséquent , de la conspuer, parce qu'elle n'était applicable encore qu'à la grande majorité des cas d'amputation. Pour eux donc, comme pour ce prétendu sage de l'antiquité : « Rien n'est censé fait quand il reste encore quelque chose à faire. »
Faudrait-il méconnaître les bienfaits de la lithotritie, parce qu'elle n'est pas applicable à tous les calculs et à tous les calculeux? Serait-il bien de se déchaîner contre le forceps , parce qu'il est loin de servir à terminer heureusement , tous les accouchemens difficiles? Et ceux qui sont si promps
à mépriser la tachytomie , ne seraient-ils point les descendans, en ligne directe, de ces habiles qui , en présence des efforts produits par la machine de Papin , n^étaient capables , ni de comprendre , ni même de soupçonner le degré de puissance motrice qu'elle recelait dans son sein? Vantez-nous donc encore ici les avantages de l'expérience des temps passés !
Plusieurs chirurgiens, toutefois, n'ont pas même voulu convenir de l'existence d'un seul cas où la tachytomie fut évidemment indiquée.
Elle n'est pas un progrès, ont ajouté certains d'entr'eux, elle nous reporte, au contraire, au ih""^ siècle!
On est allé jusqu'à soutenir que ma prétendue accélération opératoire n'était qu'une chimère , et que , pour les amputations du bras et de la cuisse, par exemple, où l'on peut, assure-t-on encore, trancher, d'un seul et rapide trait, toutes les parties molles, l'avantage restait évidemment aux procédés anciens.
On a voulu ressusciter ici la grosse et antique querelle, entre le bistouri et les ciseaux, et on a allégué la forte contusion , qui suit toujours les coups de ces derniers.
Un très-habile opérateur avait, en conséquence, cette idée fixe: qu'un os, coupé autrement qu'avec la scie , devait nécessairement se nécroser à
fis
sa surface , et qu'un séquestre était inévitable.
On a fait voir que tous mes tachytomes n'étaient guère que de pâles copies du plus preste et du plus puissant d'entr'eux, la guillotine d'exécrable mémoire; et Ton n'avait, dès lors, pas assez d'horribles grimaces et d'imprécations, pour flétrir tout ce qui pouvait rappeler un supplice, par cet infâme instrument et pour m'assimiler , par dessus le marché, à un véritable bourreau.
D'autres, se croyant mieux avisés, s'exprimaient par cette phrase : « Votre proposition a assurément quelque valeur; mais il faudra voir! »
Or, dans le langage des galans proneurs de l'expérience des temps passés , ces quatre mots équivalent , précisément à ceux-ci : il ne faudra pas