XII INTRODUCTION
texte à la réalisation de ce voyage, si longtemps rêvé, la recherche du passage par le pôle Nord.
Il s'embarqua à Saint-Malo, le 8 avril 1791.
Un épisode de voyage nous révèle son état d'àme vaguement déiste et ennemi de l'Eglise, anticlérical, dirions-nous. A bord du vaisseau qui le portait, se trouvait un jeune officier anglais, Francis ïulloch, récemment converti au catholicisme. Tulloch passait au Canada, avec un groupe de Sulpiciens, pour devenir missionnaire. C'était un amant de la nature, un admirateur enthousiaste de Rousseau. En voilà assez pour qu'une intimité s'établisse entre lui et Chateaubriand. « Nous passions les nuits entières à causer sur le pont, dit l'auteur des Mémoires. » Leurs conversations roulaient sur des passages de l'Emile, sur les spectacles qu'ils avaient sous les yeux et aussi sur leurs croyances respectives. Le futur défenseur de la Religion poussa son ami non seulement à sortir des rangs du clergé, mais peut-être aussi à abandonner le catholicisme. Cette manœuvre, on la déchiffre, sans être trop grand clerc, dans un passage de l'Essai. « De chrétien zélé que j'avais été, explique le coupable, j'étais devenu un esprit fort1. »
L'aube de Dieu.
Cœli enarrant gîoriam Dei : Les deux racontent la gloire du Seigneur à l'homme qui entend leur harmonieux langage. Chateaubriand, plus apte que d'autres à le saisir, écouta avidement ce cantique des étoiles,