‹ L'Expérience religieuse de ChateaubriandChapitre 9 sur 126 · INTRODUCTION XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XI

Un tel milieu n'était pas pour raviver la foi éteinte dans l'âme du jeune provincial. Je doute, néanmoins, que, si ce n'eut été chose faite depuis la sombre crise de Combourg, Chateaubriand y eut perdu la sienne. Son caractère était trop personnel pour se laisser influencer sur l'importante question religieuse, par des hommes qui ne l'éblouissaient qu'à moitié et qu'il commençait à juger sainement. Non, les Parisiens sceptiques n'auraient pu vaincre ce Breton, s'il eut été croyant.

Mais, Rousseau, dont il lisait l'œuvre, nuit et jour, s'empara alors de son âme. Tant d'affinités intimes, tant de liaisons mystérieuses préparaient leur rapprochement : l'amour de la solitude et de la rêverie, le culte et l'admiration de la nature, la sensibilité de l'imagination. Et puis, quelle séduction dut exercei Jean-Jacques sur ce jeune homme de vingt ans par s\ peinture chaleureuse des passions, son style éloquent, rythmé, plein de coloris. Chateaubriand fut conquis ; il voua un culte fanatique au maître : « Si j'eusse vécu du temps de Jean- Jacques, j'aurais voulu devenir son disciple. » Il l'appelle le Grand Rousseau, il le compare à Heraclite d'Ephèse, il le cite à tout propos. Il est son captif. Il l'est tellement que, même après sa conversion, à maint égard, il le demeurera encore. Il ne serait pas imposssible de retrouver plus d'une inconsciente réminiscence des leçons du philosophe Genevois dans l'œuvre de l'apologiste chrétien.

Les Muses sont filles de Mnémosyne.

Cependant, les excès des novateurs l'écœuraient. Stimulé par M. de Malesherbes, il résolut de quitter la France et de gagner l'Amérique, donnant comme pré-

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