‹ L'Expérience religieuse de ChateaubriandChapitre 11 sur 126 · Mémoires, l · texte numérisé non relu

Mémoires, l

INTRODUCTION ÏIII

partout si expressif, mais plus expressif encore, semblet-il, dans les nuits des tropiques.

Loin des sophistes, dans le calme des déserts, le sentiment religieux enveloppe son âme ; il entrevoit à chaque instant le Dieu Créateur. Lisez ses notes de voyage : elles débordent de lyrisme et de religion.

Sur mer, lorsque les marins, ôtant leurs chapeaux goudronnés, vinrent entonner d'une voix rauque leurs couplets à N.-D. du Bon-Secours, il se troubla : des larmes coulèrent, malgré lui, de ses paupières.

Dans les solitudes de la Floride, où son cœur s'enivre de la liberté dont il est épris, il se rit de ceux qui doutent de l'existence de Dieu. Pour lui, il ne reconnaît de souverain que « celui qui alluma la flamme des soleils, et qui d'un seul coup de sa main fit rouler tous les mondes ». Et à travers les immenses forêts de l'Amérique, c'est l'idée de l'Infini qui se présente à son esprit.

Mais ce ne sont là que sentiments de poète, rêveries de semi-philosophe.

Un spectacle d'une autre nature rapprocha le voyageur du Dieu plus précis de son enfance. Chateaubriand vit, en Amérique, de nouvelles chrétientés très florissantes. Le bien opéré par les missionnaires au milieu des peuplades sauvages le frappa : quelques-uns de ses préjugés contre l'Eglise disparurent. Eloigné de ses/ amis de Paris et des abus qui s'étaient glissés dans le! clergé de l'ancien régime, il vit combien est féconde l'action du christianisme, quand les entraves politiques ne la contrarient point.

Le village de la Mission est décrit avec tant de complaisance, dans René et Atala, le P. Aubry y apparaît si attachant et tellement zélé que l'émotion personnelle de l'écrivain se devine. Ses tableaux ne sont pas entiè-

Page 1