‹ L'Expérience religieuse de ChateaubriandChapitre 12 sur 126 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

rement dus à son imagination d'artiste ; on y sent la part du cœur.

J'irai même plus loin : je suis porté à croire, non pas que Chateaubriand se soit confessé en Amérique, au sens théologique du mot, mais qu'il se confia à quelque missionnaire, qu'il lui découvrit ses blessures secrètes. Il y a dans le discours du vieux Souël à René, cette rondeur et cette énergie que l'on remarque chez les ecclésiastiques des missions étrangères. Dans l'exercice prolongé de l'apostolat parmi les peuples simples, les prêtres désapprennent ces hésitations (pour ne pas dire plus) que leur imposent dans nos régions le scepticisme des masses et leur raffinement. En serrant de près le texte de René, quand on connaît les missionnaires, on voit là du vécu et non pas seulement une fiction de littérature.

Quelque apôtre de l'Evangile sermonna donc, à cette époque, Chateaubriand. Et le bon grain semé lève tôt ou tard.

Aussi, je ne doute pas de la sincérité de l'auteur des Mémoires, quand il raconte qu'à son retour en France, il se joignit aux matelots, pour prier, au plus fort de la tempête, Marie Etoile des Mers — Marie qu'il avait tant aimée, durant son enfance ! 11 lui chanta « avec émotion », dit-il. le vieux cantique populaire, appris autrefois, à Plancoët :

Je mets ma conGance, Vierge, en votre secours ; Servez- moi de défense Prenez soin de mes jours ; Et quand ma dernière heure ; Viendra fixer mon sort, Obtenez que je meure De la plus sainte mort.

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