INTRODUCTION XVII
causé par la souffrance et d'un reste ou renouveau de sentiments chrétiens. Quoi d'étonnant qu'il fourmille de contradictions.
Généralement sympathique au christianisme, respectueux, attendri même, quand il parle de la personne de Jésus-Christ, l'Essai attaque l'Eglise, étalant avec insistance ses prétendus abus. Tantôt, il dénigre le clergé, l'accuse de fanatisme et de despotisme ; tantôt il parle de ces prêtres que l'écrivain a connus en France, « qui semblaient moins des hommes que des esprits bienfaisants, descendus sur la terre pour soulager les maux de l'Humanité. » Ici, on lit une profession de foi en la Providence, là un passage où l'athéisme se déguise à peine. Presque toujours c'est la glorification de l'Esprit nouveau, mais l'exécution implacable de ses apôtres : Voltaire, Diderot, tous sont malmenés avec vigueur, tous, excepté l'idole, Rousseau.
Chateaubriand professait déjà un scepticisme radical à l'égard des hommes. Jean-Jacques et quelques prêtres bretons, mis à part, il ne croit en personne : « Qu'est-ce que le monde ? Un immense marché où s'agite de toute part une hypocrisie mercantile. »
L'Essai n'était donc pas l'œuvre d'un incroyant. On pourrait extraire de ses pages un bon recueil tout à l'honneur de Jésus-Christ et de la Religion. Aussi les critiques peuvent-ils soutenir que le Génie du christianisme est en germe dans cet ouvrage d'anticléricalisme autant parles idées que par la manière littéraire. Mais reflétant les contradictions intimes de son auteur, l'Essai fut « un livre de doute et de douleur ».
EXPERIENCE RELIGIEUSE DE CHA.TE.Vl RRIAND. — 1!