INTRODUCTION XIX
mains : « Obscur Israélite, j'apporte aujourd'hui mon grain de sable. Je n'ose me flatter que, du séjour immortel qu'elle habite, ma mère ait encouragé mes efforts; puisse-t-elle du moins avoir accepté mon expiation l ! » La pensée de son Génie du Christianisme naquit donc du fond de sa douleur et du besoin d'expiation : • « De même que l'on ne comprendrait rien à la genèse du livre, dit M. Brunetières, si l'on mettait en doute la sincérité de la conversion de Chateaubriand, c'est au livre lui-même que l'on n'entendrait rien, si l'on ne voyait pas que la valeur apologétique en est faite presque uniquement de la force des raisons qui ont converti Chateaubriand lui-même. Comme tous les grands livres de la même nature, le Génie du Christianisme n'est que la généralisation d'une « expérience » personnelle de l'auteur. » « Et, ajoute encore le pénétrant critique, il faut bien croire que cette expérience personnelle de la vérité de la religion, il n'était pas le seul de son temps à l'avoir faite, puisqu'il y a dans l'histoire de notre littérature peu de succès que l'on puisse comparer à celui de ce livre célèbre. L'effet en fut soudain ; et si la publication d'Atala, qui n'en était d'abord qu'un épisode, avait appris à la France, du jour au lendemain, le nom ignoré de Chateaubriand, la publication du génie du Christianisme, en 1802, le fit entrer du coup dans la gloire2. »