XX INTRODUCTION
Le « Credo » de Chateaubriand.
« Je n'ai point cédé, j'en conviens, à de grandes lumières surnaturelles. Ma conviction est sortie du cœur. » De nombreux critiques ont abusé de ces paroles et de quelques autres colportées par Sismondi. On en a conclu que la croyance religieuse de Chateaubriand ne se fondait que sur des émotions de poète et d'artiste. « Il n'a pas besoin de raisons pour croire, dit M. Lanson, il lui suffit que la religion soit un beau, un doux rêve ; elle participera au privilège que tous ses rêves possèdent, d'être à ses yeux des réalités1. » Voilà une manière de juger le grand écrivain, assez légère et malheureusement trop commune. Brunetières, me suis-je laissé dire, s'il eut vécu, aurait travaillé à la réformer.
Evidemment Chateaubriand n'avait pas la tournure d'esprit d'un théologien scholastique. Mais de ce qu'il n'a pas argumenté en forme sur chacun des articles du Credo, avant d'y adhérer personnellement ou de le chanter dans ses poèmes, il ne s'ensuit pas qu'il ne professât qu'une religion de sentiment, demeurant étranger, pour ne pas dire sceptique, en face des raisons probantes de la doctrine. Oui, sa volonté ne plia que sous la pression de la douleur, mais son intelligence connaissait depuis longtemps, mieux qu'on ne les connaît aujourd'hui, les meilleurs plaidoyers qu'on ait prononcés en faveur du christianisme : ceux des Pères. Lorsqu'il entreprit le Génie, ses matériaux étaient dégrossis et rassemblés de
i. Lanson, Histoire de la Littérature, 870.