‹ L'Expérience religieuse de ChateaubriandChapitre 20 sur 126 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

gouvernement en cour de Rome. Après la mort de Léon XII, il assista au Conclave, en ce sens qu'il s'arrangea pour avoir la communication de ce qu'il s'y faisait et disait, heure par heure. Les détaits qu'il fournit dans les Mémoires d'Outre-Tombe sur l'auguste assemblée ne manquent pas de pittoresque. Et certains portraits de cardinaux papabili nous déconcerteraient, si on ne les savait écrits ab irato. Sans prendre ses jugements privés pour d'irrévocables acquisitions de l'Histoire, on en peut conclure que sa foi puisa de la vigueur là même où les Pharisiens de son temps voulaient trouver des prétextes de relâchement. Quels que soient d'ailleurs ses dires sur tel et tel cardinal, il ne parle de Léon XII et de Pie VIII qu'avec vénération ; il professa même pour le premier une religieuse tendresse.

L'auteur du Génie du Christianisme ne pouvait aimer les Protestants. Il y avait incompatibilité d'humeur entre cet artiste si enthousiaste et les froids calvinistes : « Ces pédants secs, dit-il, qui pensaient refaire un christianisme primitif dans un vieux christianisme, créateur de la société depuis quinze siècles, n'ont pu élever un seul monument1. » Cette stérilité artistique est à ses yeux un grave reproche à faire aux Réformés. Lui, le leur adresse quand il visite certaines cathédrales bâties et ornées par les Catholiques et que les Protestants ont dénudées avant de les occuper. A Ulm, à Bâle, à Lausanne, à Genève, il éprouve réellement de la mauvaise humeur. Le soir, il la déverse dans ses notes de voyage.

Mais il n'y a là qu'antipathie d'artiste, raison de sentiment. L'Eglise fait un grief autrement sérieux à

i . Mémoires, V, 548.

Page 1