‹ L'Expérience religieuse de ChateaubriandChapitre 21 sur 126 · INTRODUCTION XXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXIII

la Réforme, c'est d'avoir rompu avec l'autorité, d'avoir déchiré la robe sans couture du Christ. Dans ses Etudes Historiques, qui ne méritent pas l'oubli, Chateaubriand parle comme l'Eglise : « Rebelle à l'autorité des traditions, à l'expérience des âges, à l'antique sagesse des vieillards, le protestantisme se détacha du passé pour planter une société sans racines. Avouant pour père un moine allemand du xvi° siècle, la Réforme renonça à la magnifique généalogie qui fait remonter le Catholique, par une suite de saints et de grands hommes, jusqu'à Jésus-Christ, de là jusqu'aux patriarches et au berceau de l'univers *. »

Quant à ce que pense le célèbre écrivain du rôle social de l'Eglise dans le passé, chacun le sait. Les pages du Génie du Christianisme qui chantent les services rendus par les papes et les moines aux peuples de l'Europe, à la France en particulier, sont populaires. Mais ce que l'on connaît moins ce sont les vues de Chateaubriand sur l'avenir des nations et la fortune probable de l'Evangile. A ses yeux, la Religion seule sauvera la société future, dont il prévoyait d'ailleurs avec netteté les changements politiques. Il faut lire les pages pleines de prophéties qu'il écrit à la fin des Mémoires et le splendide article du i5 avril i834, dans la Revue des Deux-Mondes . On verra combien l'opinion commune demeure imparfaitement informée sur la valeur apologétique de son œuvre. M. Rrunetières a dit : « Comte ou vicomte autant qu'on le voudra, pair de France, ambassadeur et ministre de la Restauration, aristocrate par tous ses goûts et toutes ses habitudes, Chateaubriand n'en est pas moins l'un des hommes de son temps qui ont le mieux compris la

i. Etudes historiques, 8.

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