‹ L'Expérience religieuse de ChateaubriandChapitre 22 sur 126 · XXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXIV INTRODUCTION

démocratie du xixe siècle, et sa solidarité naturelle avec le progrès de l'idée chrétienne... Ses convictions de « chrétien » et ses aspirations de « républicain » ou de « démocrate » se sont comme développées, précisées, élargies, fortifiées ensemble, et démontrés à lui-même les unes par les autres. S'il y a un « christianisme social » et un « socialisme chrétien », — deux expressions que nous n'aimons guère et dont on ne peut se servir qu'après avoir fait cette utile réserve — nul en son temps ne l'a mieux vu que l'auteur des Mémoires d'Outre- Tombe, ni n'a fondé sur l'alliance du christianisme et de la démocratie de plus généreuses, de plus lointaines, de plus hardies espérances '. »

Telle fut la Foi de Chateaubriand. Raconter comment il la manifesta déborderait le cadre que nous avons adopté. Du reste, l'ordre chronologique, dans lequel sont distribués les morceaux du présent recueil, nous permet de la suivre dans les diverses étapes de sa carrière politique et littéraire.

Mais, une remarque s'impose, quand on parle de la Foi de ce grand chrétien. S'il croit pleinement la Religion, il est radicalement sceptique sur toute autre chose: « Ma conviction religieuse, écrit-il, en grandissant, a dévoré mes autres convictions : il n'est ici-bas chrétien plus croyant ni homme plus incrédule que moi. » Et ailleurs : « Je ne m'intéresse à quoi que ce soit de ce qui intéresse les autres. Hors en religion, je n'ai aucune croyance. Pasteur ou roi, qu"aurais-je fait de mon sceptre ou de ma houlette ? Je me serais également fatigué de la gloire et du génie, du travail et du loisir, de la prospérité et de l'infortune. Tout me

i. Brunelière, Chateaubriand, XV.

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lasse : je remorque mon ennui avec mes jours el je vais partout baillant ma vie. »

« C'est le désenchantement universel, dit M. Bertrin ; sa nature l'y portait, autant que l'expérience qu'il avait faite de tout ce qui charme les hommes et les séduit. Dans ce naufrage de ses rêves, au milieu de cette morne solitude où l'avaient laissé toutes ses espérances évanouies, la religion seule était restée debout dans son àme — pour parler son langage — comme une colonne, dans les sables du désert, guide et salut des caravanes à qui elle indique par quel chemin elles retrouveront ce que leurs vœux appellent : l'aspect riant des plaines fertiles, l'animation des cités, le mouvement, la gaîté et la vie *. »

Les contemporains de Chateaubriand, amis ou parents, pensent de lui, sur ce point, comme lui.

M. de Marcellus qui fut son secrétaire d'ambassade à Londres, voulant expliquer pourquoi son maître ne faisait jamais une véritable confidence, ne trouve que cette raison : il ne croyait à rien, excepté en religion.

Madame de Chateaubriand, écrivant à une de ses amies, la comtesse Caffarelli, donne la même note :

« 4 août i84G.

« Je suis charmée que les incendies vous aient « quittés ; mais je vois avec peu de plaisir qu'ils nous « arrivent ; en voilà déjà une demi-douzaine dans les « environs de Paris ; nous sommes heureusement a garantis par beaucoup de jardins, où, s'ils nous « arrivaient, nous jetterions notre mobilier, qui ne ce vaut pas grand'chose, et nos personnes, qui ne

i. Bertrin, Sincérité religieuse de Chateaubriand, 206.

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