‹ L'Expérience religieuse de ChateaubriandChapitre 24 sur 126 · INTRODUCTION XXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXVII

leçon de réserve que Joubert nous donne, quand il écrit à Mole, son ami et celui de Chateaubriand : « Vous et moi, et nous tous, avons le droit de condamner en lui beaucoup de choses. Notre morale et l'amitié nous en donnent le droit ; faudra-t-il aussi l'accorder à d'autres hommes, qui certainement ne le valent pas? »

Nous devons surtout profiter des leçons que nous donne l'accusé lui-même par l'humilité de ses aveux et les témoignages répétés de son repentir.

L'âme lâche et déloyale tire souvent ses objections contre la religion de ses propres péchés. Tel qui nie la doctrine n'a d'autre motif réel de nier que la défense de pécher que renferme cette doctrine. Tout autre est la conduite du chrétien loyal qui, par faiblesse, surprise ou malice, tombe dans le mal. De l'abîme où il gît, il n'élève pas vers le Ciel un regard frondeur, mais il baisse la tête, il frappe sa poitrine, reconnaît sa misère, s'humilie, tremble à la pensée d'un châtiment, se désole d'avoir offensé un Dieu de bonté et de miséricorde, en qui il ose espérer encore. Il se joue parfois dans l'âme repentante des drames d'une poignante grandeur. Le croyant dans le pécheur et le pécheur daus l'incroyant sont deux états d'essence différente.

Chateaubriand a les sentiments qui conviennent au chrétien coupable, 11 avoue humblement sa misère. Ecoutez la fin de cette lettre, écrite en 1804, à Madame de Custine qu'il vient de gronder parce qu'elle a précipité la première communion de son fils : « Voilà ce que vous avez gagné à raconter cela à un Père de l'Eglise, très indigne sans doute, mais toujours de bonne foi, faisant d'énormes fautes, mais sachant qu'il fait mal et se repentant éternellement. »

A Madame Recamier, il avoue qu'il a peur de l'Enfer. Les fresques de la Sixtine ont la vertu de le faire

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