‹ L'Expérience religieuse de ChateaubriandChapitre 25 sur 126 · XXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVIII INTRODUCTION

trembler : « Pauvre et humble chrétien, écrit-il de Rome, le 18 décembre 1828, je tremble devant le jugement dernier de Michel-Ange1. »

Néanmoins, il espère en la miséricorde divine : il compte sur les prières des siens, et en particulier de son cousin, Christian de Chateaubriand, jeune religieux de la Compagnie de Jésus, qu'il a retrouvé à Rome : a Je le regarde comme un saint, écrit-il dans les Mémoires ; je l'invoquerais volontiers. Je suis persuadé que ses bonnes œuvres, unies à celles de ma mère et de ma sœur Julie, m'obtiendront grâce auprès du Souverain juge2. »

Ce Souverain juge, ce dieu de miséricorde, son livre l'a fait connaître. Mais « un livre suffit-il à Dieu ? N'est-ce pas ma vie que je devrais lui présenter ? Or cette vie est-elle conforme au génie du christianisme ? Qu'importe que j'aie tracé des images plus ou moins brillantes de la Religon, si mes passions jettent une ombre sur ma foi ! Je n'ai pas été jusqu'au bout ; je n'ai pas endossé le cilice : cette tunique de mon viatique aurait bu et séché mes sueurs. »Que le lecteur de son œuvre ait donc pitié de lui et lui rende quelque chose du bien qu'il a pu lui faire : « Chrétien réconcilié, ne m'oublie pas dans tes prières, quand je serai parti ; mes fautes m'arrêteront peut-être à ces portes où ma charité avait crié pour toi : « Ouvrez-vous, portes éternels ! Elevamini, portce œternales 3 ! »

1. Souvenirs et correspondance tirés des papiers de M"° Récamier, t. II, 18G.

a. Mémoires, V, 326.

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