‹ L'Expérience religieuse de ChateaubriandChapitre 28 sur 126 · Au baron de Flotte, mai i84a · texte numérisé non relu

Au baron de Flotte, mai i84a

INTRODUCTION XXXÏ

« heures un quart. Nous avons recueilli son dernier « soupir. Il l'a rendu en pleine connaissance. Une « intelligence aussi belle devait dominer la mort et « conserver, sous son étreinte, une visible liberté.

« La mort de Madame de Chateaubriand, arrivée « l'année dernière *, frappa si fortement M. de Chateau- « briand qu'il nous dit à l'instant même, en portant la « main sur sa poitrine :« Je viens de sentir la vie atteinte « et tarie dans sa source ; ce n'est plus qu'une question « de quelques mois. » La mort de M. Ballanche, qui ne « suivit que de trop près, fut le dernier coup pour son « illustre et ancien ami. Depuis lors, M. de Chateau- « briand ne sembla plus descendre, mais se précipiter « au tombeau.

« Peu d'instants avant sa mort, M. de Chateau- « briand, qui avait été administré dimanche dernier, « embrassait encore la croix avec l'émotion d'une foi « vive et d'une ferme confiance. Une des paroles qu'il « répétait fréquemment dans ces dernières années, « c'est que les problèmes sociaux, qui tourmentent les « nations aujourd'hui, ne sauraient être résolus sans « l'Evangile, sans l'âme du Christ dont les doctrines et « les exemples ont maudit l'égoïsme, ce ver rongeur de « toute concorde. Aussi M. de Chateaubriand saluait-il « le Christ comme le Sauveur du monde au point de « vue social, et il se plaisait à le nommer son roi en « même temps que son Dieu.

« Un prêtre, une sœur de charité étaient agenouillés « aux pieds du lit de M. de Chateaubriand au momeDt a où il expirait. C'est au milieu des prières et des larmes « de cette nature que l'auteur du Génie du Christia-

i. Le 9 février 18/17.

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