INTRODUCTION VII
s ions mai faites, recueil de rigides considérations morales, d'inspiration janséniste. Mais il se passionnait, en même temps, pour Lucrèce dont il traduisit, un jour, l'invocation à Vénus avec tellement de feu, que son professeur lui arracha le texte des doigts ; il se passionnait pour les Odes d'Horace, le IV0 livre de l'Enéide, pour certains sermons de Massillon. Et ainsi, l'imagination de cet adolescent inexpérimenté passait tour à tour du sacré au profane, des préceptes faciles d'Epi cure à la casuistique outrée de Port-Royal, du paradis mythologique à l'enfer chrétien. Il confondait dans une mêlée fiévreuse Didon, les gracieuses nudités des classiques païens, Marie-Madeleine, l'Enfant prodigue et les réprouvés de la théologie janséniste. Tous les génies, tous les amours, toutes les douleurs ! Ainsi commença, dans cette âme, la lutte de l'Evangile etd'Epicure, pour durer...
Le comte de Chateaubriand, peu fortuné, retira son fils du collège de Dol, trois semaines après sa première communion. René revint au château de Combourg, que sa famille habitait depuis quelques années, au moment où l'on donnait une mission à la paroisse. Heureux de cette coïncidence, il devint l'auditeur assidu des prédications. Au jour de la clôture, il raconte qu'on érigea une croix, et qu'il aida à la soutenir tandis qu'on la fixait sur sa base.
Les Mémoires nous disent qu'il était alors très dévot envers Notre-Dame. La première chose que Chateaubriand ait su par cœur est un cantique de matelot à la Vierge. lien répétait, dans sa vieillesse, les « méchantes rimes», avec autant de plaisir que les vers d'Homère. Il aurait voulu vivre, dans ces temps où l'on disait à Marie : « Doulce Dame du Ciel et de la terre, mère de pitié, fontaine de tous biens, qui portâtes Jésus-Christ en