Y1II INTRODUCTION
vos pretieulx flânez, belle, très douce dame, je vous mereye et vous prye. »
La Foi trempa de vigueur l'âme de René ; elle lui inspira un courage qui eut raison de son extraordinaire impressionnabilité. Ainsi, c'est la pensée de Dieu qui l'armait le plus efficacement contre les terreurs de la nuit, alors qu'il couchait, seul, dans une tour isolée du triste château : « Lorsque mon père me disait avec un sourire ironique : « Monsieur le Chevalier aurait-il peur?» il m'eut fait coucher avec un mort. Lorsque mon excellente mère me disait : « Mon enfant, tout n'arrive « que par la permission de Dieu ; vous n'avez rien à « craindre des mauvais esprits, tant que vous serez « bon chrétien, » j'étais mieux rassuré que par tous les arguments de la philosophie *. »
Naufrage de la Foi.
La foi de René diminua sensiblement, si elle ne disparut pas tout à fait, vers sa quinzième année.
C'est un cas assez commun, classique, pourrait-on dire, que le rejet des croyances religieuses et l'abandon des pratiques, a l'âge où s'éveillent les passions. Placé entre le plaisir et la vertu, maint jeune homme choisit le plaisir. Ensuite, cherchant à justifier son choix, il rejette la doctrine qui commande la vertu et s'éloigne du culte qui la soutient.
La solitude et l'oisiveté, toujours nuisibles aux jeunes gens, furent mortelles à Chateaubriand qu'une imagination impétueuse et une sensibilité presque mala-
i. Mémoires, I, i38.