INTRODUCTION IX
dive prédisposaient aux plus violentes tentations. La crise fut terrible.
Comment passer sous silence l'affection passionnée (certains osent dire plus *) d'une de ses sœurs, Lucile ? Il est avéré que cette jeune fille romanesque, l'unique compagne de sa vie au triste château paternel, exerça une influence troublante sur son frère. Il me semble qu'on ne peut bien saisir l'âme de Chateaubriand si on n'attache une importance décisive à l'épreuve étrange à laquelle elle fut soumise, à Combourg. La clef de sa vie est là, pensent certains critiques. Ses Mémoires d' Outre-tombe nous racontent une tentative de suicide, une maladie de langueur, un dépait pour Brest suivi d'un inexplicable retour, quelque séjour à Dinan pour des études ecclésiastiques, coupé de multiples voyages à Combourg, sous le moindre prétexte, etc. Que se passa-t-il au juste, dans cette nature extraordinaire ? On est réduit à des conjectures. Ce qui est sûr, c'est que, durant ces sombres années, René ne priait plus. « La terre et le Ciel ne m'étaient plus rien ; j'oubliais surtout le dernier; mais si je ne lui adressais plus mes vœux, il écoutait la voix de ma secrète misère: car je souffrais, et les souffrances prient2. »
Et dire qu'à cette même époque, sa mère, si profondément chrétienne pourtant, insistait pour qu'il entrât dans les Ordres ! Mais, lui refusa. Il se sentait trop faible pour acquérir les vertus sacerdotales et trop franc pour se contenter de cacher ses vices. Il ne reçut que la tonsure, et encore sans aucun dessein de s'engager dans l'état ecclésiastique, en vue simplement de s'agréger à l'Ordre de Malte et d'obtenir par là,
i. Le mal d'écrire et le roman contemporain, Antoine Albalat. a. Mémoires, I, i54.