X INTRODUCTION
ainsi qu'il l'avoue, une espèce de bénéfice militaire.
Ses dix-huit ans atteints, comme René parlait d'aller en Amérique, son père, le terrible comte, fatigué de ces indécisions, lui remit avec une épée, un brevet de sous-lieutenant au régiment de Navarre, alors en garnison à Cambrai. Quelques mois plus tard, le jeune sous-lieutenant obtenait un brevet de capitaine de cavalerie et séjournait à Paris. Son frère aîné, comte de Chateaubriand, et sa sœur Madame de Farcy, le présentèrent à la cour et l'introduisirent dans le monde. Lui, tenant plus à inscrire son nom parmi les collaborateurs de l'Almanach des Muses que parmi les invités de Versailles, rechercha plutôt la société des gens de lettres. Il se lia avec Ginguené, Lebrun. Chamfort, La Harpe, Parny, Delisle de Sales « qui faisait en Allemagne ses remontes d'idées » et surtout avec Flins, le fameux Carbon Flins des Oliviers !
Ces lettrés à la mode étaient des esprits forts. Imbus de la philosophie du siècle, ils s'acharnaient à détruire la superstition (lisez le Catholicisme). Leurs mœurs étaient déplorables. Ils n'en conduisaient pas moins l'orchestre de la société. Aussi, partout, dans les salons luxueux comme au club des Feuillants ou des Jacobins, sous les ombrages du jardin des Tuileries comme à l'Opéra, on attaquait ouvertement la Religion. Elle faisait les frais des conversations spirituelles, comme elle fournissait un inépuisable fonds aux périodes des révolutionnaires. Quant à la défendre, presque personne n'y songeait : On ne l'osait ; on eut paru gothique : « Le prêtre, lui-même, évitait en chaire le nom de Jésus-Christ et ne parlait que du législateur des Chrétiens1. »
i. Mémoires d'Outre-Tombe, a3a.