‹ L'expérience religieuse: essai de Psychologie descriptiveChapitre 15 sur 42 · AV · texte numérisé non relu

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ii^iuve bon qu'une éternelle damnation fasse de lui le jouet les diables de l'en fer. Aussi ne souhaite-t-il ni délivrance ^ ^.^jmfiilation* quelle vienne de Dieu ou des créatures ; s*il soiiftf^^ cc^l P^i* 1^ volonté de Dieu, qui lui est chère.

n .., Voilà ce qu*on appelle la vraie repenlance. Tant que T homme 0^1 dans cet enfer, personne no peut le consoler... Mais Dieu neff abandonne pas, il le prend à lui, de sorte que Thomme ne désire plus rien que le Bien étemel, qui fait son contentement, sa paix, AA joie» ses délices.

«... Et rhomme est ainsi ravi jusqu'au ciel, n '

(}uel élan 1 quelle ardeur à subir la volonté de Dieu ! Le gtoïcien raeeepte, le chrétien s'y abandonne. On trouve, îl est vrai, chez Marc-Aurèle des accents d*uiie ferveur presque chrétienne :

« Tout me convient, qui te convient, à Monde l Tout ce q\ii t*agrée, m'agrée. Rien n'est pour moi prématuré, rien n'est pour moi tardif, qui pour toi vient à l'heure. Tout est fruit pour mou que produisent tes saisons, ô Nature! Tout vient de toi, tout t'en loi, tout vient à toi.

m Gilé de Cécrops, te>t que J'aimei •

dit le poète ; et toi. ne diras-tu pas ;

€ O Cité de Didu, loi que j^aime ! •*

Mais compare aux transports d'une âme chrétienne, ce beau passage paraît un peu froid. Ouvrez V Imitation:

« Seigneur, tu sais ce qui vaut le mieux; fais ceci, fais cela, comme îl te plaît. Donne ce que tu veux, comme tu veux, quand

(i) Chap. X et xi.

(9) rv, 33,

LA RBLIGION GOMBfE FAIT PSYCHOLOGIQUE 30

tu veux. Conduis-moi selon ta sagesse, selon ton bon plaisir, pour ta plus grande gloire. Place-moi où tu voudras, traite-moi comme ta chose. Je suis dans ta main, fais-moi tourner comme une fronde/ Voici ton esclave, prêt à tout ; car je ne veux pas vivre pour moi, mais pour toi...

» Seigneur, n'es-tu pas mon Dieu, plein d'une immense miséricorde ? Suis-je jamais bien loin de toi? Suis-je jamais mal près de toi ? J'aime mieux être pauvre pour l'amour de toi c[ue riche sans toi. Plutôt avec toi errer sur la terre, que sans toi posséder le ciel ! Où tu es, là est le ciel ; la mort et l'enfer, là où tu n'es pas... Tu es mon espoir, ma confiance, mon consolateur fidèle. i>'

Quand nous voulons, en physiologie, comprendre un organe, il convient d'étudier de près sa fonction la plus caractéristique, celle qu'aucun autre ne peut remplir. L'élément essentiel de toute expérience religieuse, c'est celui que l'on ne rencontre nulle part ailleurs : c'est à celui-là qu'il faut s'attacher, quand il s'agit de porter sur elle un jugement définitif. Cet élément sera d'autant plus accentué, d'autant plus manifeste, que nous aurons affaire à des expériences religieuses plus intenses et plus exclusives.

Quand on compare des états de conscience aussi violents avec ceux des esprits calmes et modérés, — si raisonnables qu'il convient plutôt de parler de leur « philosophie » que de leur « religion » — on s'aperçoit vite que les expériences religieuses ont un caractère spécifique d'une importance capitale pour notre propos, dont nous aurons une idée plus précise en comparant le type du chrétien et le type du moraliste.

Nous disons d'un homme qu'il est viril, que sa vie possède une haute valeur morale, que c'est un stoïcien, ou un philosophe, pour autant qu'il subordonne ses intérêts personnels à des fins supérieures qui font appel à son énergie, dût-il le payer cher et en souffrir. Le bon côté de la guerre, c'est qu'elle fait appel à l'initiative individuelle. La vie morale est vraiment une guerre ; au service des idéals les plus élevés, le soldat du devoir est poussé par un patriotisme qui englobe tout l'univers et qui, comme tout patriotisme, réclame des « volontaires ». Cette guerre morale est à la portée de tous,

(i) De Imitatione ChrUti, Lib. m, cap. xy, lix.

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même des invalides. Un malade peut volontairement détourner son attention de son avenir, en ce monde ou dans l'autre. Il peut s'habituer à regarder ses misères d'un œil indifférent, se tenir au courant des événements publics, et s'intéresser à ce qui arrive aux autres. Il peut s'appliquer à montrer toujours un visage serein, à ne jamais parler de ses malaises. Il peut méditer sur ce que sa conception de la vie et du monde loi offre d'idéal, il peut pratiquer les vertus que prescrit sa morale, la patience, la résignation, la confiance. Un tel homme, malgré ses infirmités, atteindrait le plus haut degré d'épanouissement moral. Ce n'est pas un esclave plaintif, c'est vraiment un homme libre, ime grande ftme. Et pourtant quelque chose lui manque, qui abonde chez le véritable chrétien, chez le mystique ou chez l'ascète, et qui suffit à les classer dans une tout autre catégorie.

Le chrétien, lui aussi, dédaigne l'attitude boudeuse et contractée du valétudinaire. La vie des saints nous offre d'innombrables exemples d'un mépris des souffrances physiques que l'on ne rencontre nulle part ailleurs. Mais ce qui résulte chez le stoïcien d'un effort pénible se produit spontanément chez le chrétien, grftce à l'ivresse d'une émotion qui rend inutile l'exercice de la volonté. Le stoïcien contracte ses muscles et retient son souffie ; tant qu'il peut conserver cette attitude, tout va bien : la simple morale suffit. Mais il y a, dans cette raideur athlétique, une tendance constante à l'affaissement ; et l'affaissement est inévitable, même pour .les caractères les plus vigoureux, quand l'organisme commence i dépérir, ou quand des craintes morbides envahissent l'esprit. Demander un effort de volonté à l'homme accablé par le sentiment de son irrémédiable impuissance, c'est demander l'impossible. Il a besoin de consolation; il a besoin de sentir que l'esprit qui anime l'univers le reconnaît et le protège encore, malgré son impuissance. Une telle décadence nous atteindra tous ; les plus sains d'entre nous sont faits de la même argile que les fous et les criminels, et la mort écrase les plus vigoureux. Chaque fois que nous sentons cela, toute la vanité, tout le provisoire de nos efforts et de nos actions volontaires nous apparaissent si vivement que notre moralité semble n'être qu'un emplâtre, cachant une plaie qu'il ne peut guérir ; notre bonne conduite n'est plus à nos yeux que la

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