CHAPITRE IV L'OPTIMISME RELIGIEUX
A cette question : <x Quel est le but de la vie humaine ?» la plupart des hommes répondront : « C'est le bonheur. )» Pour eux la conquête, la conservation ou la restauration du bonheur constitue le secret motif de tous les efforts et de tous les sacrifices. La doctrine utilitaire fait dériver notre vie morale du plaisir et de la douleur qu'entraîne avec elle chacune de nos actions. Dans la vie religieuse plus encore que dans la vie morale, le bonheur et la souffrance semblent être deux pôles autour desquels gravite tout le reste. Sans aller jusqu'à dire que toute joie est religieuse, il faut admettre qu'une jouissance prolongée peut susciter en nous une sorte d'adoration poiu* rheureuse existence que nous avons reçue. D'autre part, les expériences religieuses proprement dites ne sont-elles pas très souvent des joies intimes et sumatiurelles ? Il n'est pas étonnant qu'on en soit venu à considérer le bonhemr que procure une croyance religieuse comme une preuve de sa vérité. « Cette croyance devrait bien être vraie : donc elle est vraie. » Raisonnement très commun, qu'on pouiTait appeler Tune des inférences immédiates de la logique religieuse.
« On peut éprouver Taction réelle de TEsprit de Dieu, dit le professeur Hilty, — et c'est ainsi seulement qu*on le peut connaître. La preuve claire et irréfutable qu'il donne, à ceux qui font cette expérience, de son existence et de sa présence auprès d*eux, c'est le sentiment de bonheur incomparable étroitement lié à cette présence ; ce bonheur est donc non seulement possible et légitime sur la terre, mais indispensable, puisqu'il est la meilleure preuve de la réalité de Dieu. Toutes les autres preuves, si souvent recherchées, de l'existence de Dieu, n'étant pas convaincantes, c'est sur l'idée
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da boaheur que doit s'appuyer toute théologie nouvelle pour être vraiment efficace » ^
Nous étudierons dans ce chapitre les diverses espèces de bonheur religieux, en passant des plus simples aux plus complexes. Beaucoup d'honmies ont une tendance innée, irrésistible, au bonheur. Chez eux toute émotion dont l'objet est runivers devient enthousiasme, épanouissement. Je ne parle pas seulement des jouissances physiques. Mettez ce^ tains hommes en présence de la tristesse et du malheur; ils se refusent à les sentir, comme s'il était honteux d'en être affecté. On en a vu dans tous les temps ; ils sont remplis de l'idée que la vie est bonne ; c'est pour eux une intuition passionnée, qui triomphe de toutes les souffrances et des conceptions théologiques les plus sinistres de leur entourage. Leur vie religieuse est, dès l'origine, une communion avec la divinité. Les hérétiques qui précédèrent la Réforme furent libéralement dotés de tous les vices par les historiens ecclésiastiques, comme les premiers chrétiens furent accusés par les Romains de se livrer à des orgies. Il est probable qu'il s'est formé dans tous les siècles des associations, ouvertes ou secrètes, qui refusaient d'admettre que la vie put être mauvaise, idéalisaient toute la nature et prétendaient que tout est permis. La maxime de Saint Augustin : Dilige et quod çisfac — Aitxie (Dieu), et fais ce que tu voudras — est certes d'une grande profondeur morale ; mais aux hommes dont nous pa^ Ions, elle sert de passeport pour franchir les frontières établies de la morale ordinaire. Leur indépendance se manifeste suivant leur caractère, tantôt avec grossièreté, tantôt avec délicatesse. De tout temps, leur façon de prendre les choses fut assez systématique pour constituer une attitude religieuse bien définie. Saint François d'Assise et ses disciples immédiats font partie de ce groupe d'esprits : Dieu est à leurs yeux te dispensateur de toutes les libertés ; grâce à lui le mal a perdu son aiguillon. Rousseau dans ses premiers écrits, Diderot, Bernardin de Saint-Pierre, et les autres représentants du mouvement anti-chrétien au xvra^e siècle appartiennent à ce type optimiste. Leur influence provenait avant tout de leur foi
(i) Prop, Dr. Hilty : CHiàuk, Dritter Thêilf igoo, p. x8.
L'OPTIMISlfE RELIGIEUX 69
contagieuse à l'absolue bonté de la Nature, quand on la laisse agir sans entrave.
Il est à souhaiter que chacun de nous ait un ami de ce genre, dont rftme, lumineuse comme l'azur^ a plus d'affinité avec la fleur épanouie et le chant de l'oiseau, qu'avec les sombres passions humaines ; qui ne sait penser aucun mal, ni de l'homme, ni de Dieu ; qui n'a besoin d'être délivré d'aucun fardeau ; chez qui la joie religieuse éclate dès le premier jour.
<x Dieu possède sur la terre deux sortes d'enfants, ceux qui ne naissent qu'une fois et ceux qui naissent deux fois », dit Francis W. Newman '. Et il décrit ainsi les premiers : « Pour eux, Dieu n est pas un Juge sévère, ni un glorieux Potentat ; c'est l'Esprit qui anime un monde fait d'harmonie et de beauté ; c*est un l^ieu bienfaisant, plein de douceur et de miséricorde. Ces esprits-là n'ont, en général, aucune disposition pour la métaphysique ; ils ne regardent pas en eux-mêmes. Aussi ne souffrent-ils pas de leurs défauts. Il serait pourtant absurde de les appeler présomptueux, car ils ne pensent guère à eux-mêmes. Grâce à cette simpUcité tout enfantine, ils entrent dans la religion sans la moindre peine. Us n'éprouvent pas le plus petit tremblement devant Dieu ; tel un enfant en présence d'un empereur. Ds ne peuvent concevoir nettement un seul des attributs sévères qui composent la Majesté de Dieu. Dieu est pour eux la personnification de la Bonté, de la Beauté. Ils se le représentent non pas d'après l'humanité corrompue, mais d'après les harmonies de la Nature. Ils ne connaissent guère le péché dans leur propre cœur et très peu dans le monde ; quant à la souffrance humaine, elle ne produit chez eux que de la tendresse. Aussi, quand ils s'approchent de Dieu, ils n'éprouvent aucun trouble intérieur ; avant même qu'ils soient vraiment pieux, le simple culte qu'ils rendent à Dieu satisfait leur cœur et leur imagination. »
L'Eglise romaine est un terrain plus propice aux hommes de ce tempérament que le protestantisme, qui garde l'empreinte fortement pessimiste de ses fondateurs. Cependant parmi les protestants on en trouve un assez grand nombre ; dans le protestantisme libéral tel qu'il s'est développé de nos jours (unitarisme, latitudinarisme, etc.^, des esprits de cet ordre ont joué et jouent encore le rôle d'initiateurs et d'organisateurs. Emerson en est un exemple admirable. Théodore
(i) The 5oal, Us Sorroçps and its Aspirations, 3' édition, iS5a, p. 89, 91.
L*EXPÉRISNCE RELIOIEUSE
Parker en est un autre. Voici deux passages bien caraclérisUques de sa correspondance : '
«( Les théologiens orthodoxes viennent nous dire : « Chez les auteurs classiques, qui sont païens, vous ne trouverez nulle part le sentiment du péché. » C*est parfaitement vrai : Dieu en soit loué I Ds savaient bien ce que c'est que la colère, la cruauté, l'avarice, Tivresse, la sensualité, la paresse et les autres vices qni déforment l'âme et dont ils s'efforçaient de triompher, mais ils n'avaient pas le sentiment d'être sous la condamnation divine. Us ne s'attardaient pas à gémir sur un mal qui n'existe pas. J'ai fait dans ma vie bien des choses qui ne sont pas bonnes, j'en fais encore. Ayant manqué le but, je tends mon arc et je tire de nouveau. Mais je n'ai pas le sentiment de haïr Dieu, ni les hommes, ni La justice, ni l'amour. Je sens qu'il y a encore en moi, dans mon corps et dans mon âme, beaucoup de bon, malgré ma phtisie et malgré Saint Paul. i>
« Ma vie tout entière a été comme un courant d'eau douce et limpide ; parfois un peu froide, il est vrai ; parfois il m'a fallu remonter le courant, mais jamais il n'a été si violent que je ne pusse y tenir tête, en nageant avec vigueur. Depuis les jours de ma première enfance, où je trébuchais dans l'herbe, jusqu'aux jours de mon âge mûr, où j'ai barbe grise, il n'est pas de journée qui n'ait laissé dans les rayons de ma mémoire un peu de miel que je savoure aujourd'hui. Quand je songe au passé.... je suis rempli d'un sentiment très doux et je m'étonne que de si petites choses puissent à ce point enrichir un mortel. Mais j'avoue que de toutes mes joies, la plus grande est la joie religieuse. »
On retrouve le même type moral au développement rectUigne, sans nouvelle naissance, sans crise ni désespoir morbide, dans la réponse du docteur Edward Everett Hale^ Téminent écrivain et prédicateur unitaire, à Tune des circulaires du professeur Starbuck ; je n'en citerai qu'une partie :
a J'accepte difficilement ces combats intérieurs que tant de biographies religieuses nous présentent comme indispensables au développement spirituel du héros. A mon avis, c'est pour un homme un privilège inestimable d'être né comme moi dans une famille où la religion est simple et rationnelle, si bien qu'on ignore totalement ce que peuvent être ces combats intérieurs, soi-disant
(i) John Wbiss : Life of Théodore Parker, i, iSa, 3a.
LOPTIMISME RELIGIEUX 7I
religieux. J'ai toujours su que Dieu m'aimait, j'ai toujours été reconnaissant envers lui de m'avoir placé dans ce monde. J'ai toujours été heureux de le lui dire et de recevoir ses conseils... Je me souviens parfaitement qu'à l'époque où j'arrivais à l'âge d'homme, les romans demi-philosophiques qu'on publiait alors parlaient volontiers des jeunes hommes et des jeunes filles qui abordaient le « problème de la vie ». Je n'avais pas la moindre idée de ce que pouvait bien être le problème de la vie. Vivre de toutes mes forces me paraissait chose facile ; tn'instruire, alors qu'il y avait tant à savoir, me semblait une occupation fort agréable et qui allait presque de soi ; donner un coup de main à son voisin, quand l'occasion s'en présentait, était tout naturel. En faisant tout cela, est-il possible qu'on ne jouisse pas de la vie ? Est-il besoin de se démontrer à soi-même qu'il faut en jouir ?... Un enfant à qui l'on apprend de bonne heure qu'il est l'enfant de Dieu, qu'il trouve en Dieu la vie, le mouvement et l'être, qu'il a donc à sa disposition une force infinie pour surmonter toute difficulté; cet enfant acceptera la vie plus aisément, il en profitera davantage que celui qui croit être dès sa naissance un enfant de colère, absolument incapable d'aucun bien. » '
II est impossible de ne pas reconnaître chez de tels hommes un tempérament qui, les inclinant à la sérénité, les empêche de s'attarder comme les pessimistes aux aspects les plus sombres de l'univers. Chez certains individus, Toptimisme peut devenir un état presque pathologique. Ils semblent avoir perdu, comme par une anesthésie congénitale, la possibilité d'être e£Eleurés par la tristesse. "
L'exemple le plus frappant, chez nos contemporains, de
(i) Starbugk : Psychology of Religion, p. 3o6, 3o6.
(a) 11 n'est pas rare de voir des jeones gens savourer lenrs doolears : « Dans cet abattement, écrit Marie Bashkirtseff, et dans cette douleur de tous les instants, Je ne maudis pas la vie, au contraire, je l'aime et je la trouve bonne. Le croira-t-on ? Je trouve tout bon et agréable, Jusqu'aux larmes. Jusqu'à la douleur. J'aime pleurer, j'aime me désespérer. J'aime à être chagrine et triste. Je regarde tout cela comme autant de divertissements et j'aime la vie malgré tout. Je veux vivre. Ce serait cruel de me faire mourir quand je suis si accommodante. Je pleure, je me plains, et en même temps cela me plaît, non, pas cela .. Je ne sais comment dire... Enfin tout dans la vie me plaît, je trouve tout agréable. Et tout en demandant le bonheur, je me trouve heureuse d'être misérable. Ce n'est plus moi qui me trouve ainsi ; mon corps pleure et crie ; mais quelque chose de moi, qui est au-dessus de moi, se réjouit de tout. »
Journal de Marie Bashkirtseff, vol. i, p. 66, 67.
JQ L*BXPÉRISNGB BELIOISITSE
cette incapacité à sentir le mal, c'est assurément Walt Whitman:
« Son occupation favorite », nous dit le D' Bucke, son disciple, CI semblait être de flâner tout seul çà et là dans la campagne, regardant rherbe^ les arbres, les fleurs, les jeux de la lumière, les aspects changeants da ciel, écoutant les oiseaux, les grillons, les rainettes et les miUe bruits de la nature. D était manifeste qu'il en jouissait iaûniment plus que nous ne le faisons d'ordinaire. Avant de le connaître, il ne m'était jamais venu à l'esprit qu'on pût éprouver devant un tel spectacle le bonheur parfait qu'il en savait tirer. D aimait les fleurs ; sauvages ou cultivées, il les aimait toutes. Je crois qu'il admirait tes lilas et les tournesols autant que les roses. Peot^tre na-t-il jamais existé d'homme qui ait aimé autant de créatures et qui en ait si peu dédaigné. Pour lui, tout objet naturel semblait avoir un charme. Tous les spectacles, tous les sons semblaient lui plaire. On voyait qu'il aimait tous les hommes, tontes les femmes^ tous les enfants qu'il rencontrait. Pourtant je ne lui ai jamais entendu dire qu'il aimait quelqu'un ; mais tous ceux qui le connaissaient sentaient qu*il les aimait et qu'il en aimait bien d'autres encore. Jamais je ne Fai vu discuter ou se quereller ; jamais il ne parlait d'argent. U plaidait toujours, tantôt en badinant, tantôt sérieusement, la cause de ses détracteurs et de ses critiques ; j'ai même souvent pensé qu'il prenait plaisir aux attaques que saacîtaient ses écrits ou sa personne. Quand je fis sa connaissance, je croyais d'abord qu'il se surveillait et ne permettait pas à son impatience ou à sa rancune de se manifester par des paroles. Il ne me venait pas à Tesprit que ces sentiments pussent ne pas exister en lui. Mais j*ai constaté par une longue observation qu'il avait cette sorte d*insensibilité. Jamais il ne disait du mal d'aucune époque, d'aucune nation, d'aucune classe sociale, d'aucun métier, — pas -même d'un animal, d'un insecte, d'un objet inanimé, des lois naturelles ou de leurs conséquences, telles que la maladie, la difformité, la mort. Jamais il ne se plaignait du mauvais temps, ni d'aucun malaise. Jamais il ne jurait. Pourquoi l'aurait-il fait? Jamais il ne parlait avec emportement et selon toute apparence n'était jamais en colère. Il n'a jamais manifesté ni, je crois, jamais éprouvé aucune crainte. ï> *
L'intérêt des écrits de Walt Whitman tient à l'absence complète de toute contraction de l'ftme. II n'a jamais exprimé
(i) H. M* B^cKB ; Cosmle Comciouanesa, p. i8a, 186.
h^ovroasust hsligoeux j3
que des sentiments expansifs et à la première personne ; non pas qu'il fÙt un monstre d'égoïsme, mais il dit « je » au nom de tous les hommes ; ses paroles sont colorées d'une émotion à la fois ontologique et passionnée, qui persuade au lecteur que les hommes et les femmes, lia vie et la mort^ et toutes choses enfin sont divinement bonnes. Il passe pour avoir restauré l'antique religion de la nature. On a subi la contagion de son amour pour la camaraderie universelle, du bonheur que lui procurait la simple existence des autres. On a formé des sociétés pour honorer sa mémorei ; il existe une revue mensuelle * pour propager cette nouvelle religion, où l'on voit se dessiner déjà une orthodoxie et une hérésie. On imite sa métrique originale pour composer de nouveaux hymnes au bonheur. On le compare ouvertement au fondateur de la religion chrétienne, et ce n'est pas toujours à l'avantage de ce dernier.
On dit souvent que Whitman est un a païen ». Ce mot signifie de nos jours ou bien l'homme naturel qui n'a pas le sentiment du péché ; ou bien le Grec ou le Romain avec sa conception religieuse spéciale. Aucun de ces deux sens ne s'applique exactement à notre poète. Il est supérieur à l'homme qui n'est qu'un animal et qui n'a pas goûté au fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Il entrevoit le péché, juste assez pour qu'on sente quelque fanfaronnade dans rindiflerence qu'il professe à son égard ; libre de toute attitude courbée ou contractée, il en éprouve une fierté que le païen tout brut ne ressentirait pas :
i Las animaux sont bien heorenz : ils sont satisfaits et pladdes ; j'aime-
[rais aUer vivre avec enx . Bien souvent Je les regarde, je les regarde ; Ils ne se font Jamais de mauvais sang, Jamais ils ne soupirent sur l'état
[de leur âme.
Ils ne restent pas cveiUés la nuit pour pleurer sur leurs péchés. U n^ en a pas un seul qui soit mécontent, pas un seul atteint de la folie
[de la propriété.
Pas on qui s'agenouille devant un autre, ou devant ceux de son espèce qui
Ivéourent il y a miUe ans, U n'y en a pas un sur toute la terre qui soit honorable ou malheureux j^.
(i) The Conêavator, publié à Philadelphie et dirigé par Horace Traubel. (s) Song of Bfyêelf (Chanson sur Moi-même), 3s.
D^autpc part, Whitman est inférieur aux païens de l'antiquité classique ; car il y avait dans leur âme, dès les temps homériques, le sentiment profond de TunivepseUe mortalité, que \^ ait Whitman repousse résolument. Quand le jeune fils de Priam, Lycaon, î^upplie Achille de l'épargner, Achille, qui va le tuer, s'arrête et lui répond :
fil Mon cher, il faut que tu meures ; à quoi bon gémir ainsi ? Patrocle est mort : il valait mieux que toi. Ne vois-tu pas comme je suis beau et grand ?. ^ Cependant sur moi aussi est suspendue la mort et la destinée inflexible. Tôt ou tard, à Taube, le soir ou au milieu du jour, un guerrier m'arrachera Tftme, en me frappant de sa lance ou d'une flèche de son arc. » *
Après quoi, Aehillc tranche avec son épée, en vrai sauvage, la tète du pauvre garçon, repousse du pied le corps de Lycaon dans le Scamandre, invitant les poissons du fleuve à dévorer sa graisse blanche. Comme dans ce passage d'Homère la sympathie et la cruauté, toutes deux sincères, ne se confondent pas, ne réagissent pas l'une sur Tautre, de même les Grecs gardaient intactes et distinctes leurs tristesses et leurs joies. Un bon instinct n*était pas à leurs yeux un péché ; ils n'étaient pas assez préoccupés de justifier Funivers pour soutenir, comme tant de modernes, que tout mal apparent recouvre un bien caché, ou quelque gentillesse de ce genre. Pour les Grecs primitifs, le bien était le bien, et le mal était le mal, tout simplement. Us ne fermaient pas les yeux sur les maux que produit la nature. Ce vers de Walt Whitman :
« Ce qu'on appelle bon est parfait et ce qu*on appeUe mauvais est tout [aaBsi parfaîL » ;
ce vers leur eût semblé tout bonnement stupide. Ils n'avaient pas inventé, pour échapper à ces maux, un «monde meilleur» construit par l'imagination, où il n'y aurait plus de place pour les douleurs, ni môme pour les joies innocentes des sens. Cette pureté ries sentiments instinctifs, affranchis de toute sophistique et de toute affectation, donne à l'ftme des anciens ime dignité vTaiment pathétique. C'est précisément ce qui manque aux productions de Whitman. Son optimisme
(i)ÏUadc, XXI, 106-1 13,
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a quelque chose de trop voulu, de trop provoquant : il y a dans son évangile un air de bravade et de rodomontade S qui le déprécie aux yeux de lecteurs pleins de sympathie pour son optimisme, et prêts à reconnaître que dans ses traits essentiels Whitman appartient à la race authentique des prophètes.
L'optimisme est comme la santé de Tâme. Cette santé morale peut être spontanée ou bien volontaire et systématique. Quand elle est involontaire, elle fait éprouver du bonheur immédiatement en présence des choses. Quand elle est volontaire, elle suppose un effort pour concevoir abstraitement les choses comme bonnes. L'optimisme systématique voit dans le bien le caractère essentiel de tout ce qui existe ; il exclut délibérément le mal de son champ visuel. Une telle prétention ressemble fort à une gageure, du moins pour un esprit sincère qui accepte les faits tels qu'ils sont. Mais, en y réfléchissant, on s'aperçoit qu'il s'agit d'une croyance trop complexe pour être aisément réfutée.
Le bonheur, comme toute autre émotion, produit une sorte de cécité mentale à l'égard de tous les faits qui lui seraient contraires ; c'est comme im rempart protecteur contre toute impression perturbatrice. Quand règne en nous la tristesse, la pensée du bonheur ne nous paraît répondre à rien de réel. De même, au moment où le bonheur occupe notre âme, il est impossible que la pensée du malheur éveille en nous le sentiment de la réalité. Cet aveuglement est si marqué qu'un observateur impartial est conduit à supposer que nous fermons les yeux à l'évidence, par mauvaise volonté ou par hypocrisie. Il y a plus : la tendance à couper le mal à sa racine peut, chez l'homme le plus sincère, devenir une sorte de parti pris et de discipline religieuse. Une grande partie de ce que nous appelons le mal vient uniquement de la façon dont nous prenons les choses. Le mal peut souvent être transformé en un tonique, c'est à dire en un bien, par la simple substitution d'une attitude de combat au découragement et à la
(i) « Dieu a peur de moi ! » s'écriait un de mes amis, animé du même opU* misme colossal, un matin qu*U semblait vouloir avaler le monde entier. Au ton provoquant de cette exclamation, Je devinai qu'U réagissait contre les restes d'humilité chrétienne que son éducation lui avait laissés.
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crainte ; souvent l'aiguillon de la souffrance fait place à un véritable attrait, quand après avoir cherché vainement à récarter, nous nous décidons à la regarder en face, à la supporter de bon cœur. Il serait donc indigne d'un homme de ne pas recourir à ce moyen de salut, en présence de faits douloureux qui menacent sa paix intérieure. Admettons que ces faits subsistent ; si vous vous reftisez à y voir un mal, si vous dédaignez leur puissance, si vous faites comme s'ils n'existaient pas, ils auront perdu, par rapport à vous, ce qu'ils avaient de nuisible. Si c'est grâce à votre pensée qu'ils deviennent bons ou mauvais, cela prouve que vous devez avant tout songer à bien diriger votre pensée.
Voilà de quelle manière l'optimisme volontaire s'introduit en philosophie. Une fois entré, il ne se laisse pas facilement imposer des limites. Il n'est pas seulement soutenu par l'instinct profond qui pousse l'homme au bonheur et par suite à l'oubli de ce qui s'y oppose ; de plus hauts idéals parlent en sa faveur. Etre malheureux, ce n'est pas seulement sou£Erir, c'est être mesquin, c'est être laid. Qu'y a-t-il de plus bas, de plus méprisable que l'humeur chagrine, pleurarde et boudeuse, quels que soient les maux extérieurs qui l'aient suscitée en nous ? Qu'y a-t-il de plus fâcheux pour les autres, de plus stérile pour nous ? Au lieu de nous tirer d'affaire, un tel état d'esprit enfonce, aggrave en nous le mal. A tout prix, cette humeur noire doit être vaincue : il faut la pourchasser, chez nous comme chez les autres, et ne jamais lui céder un pouce de terrain. Mais comment nous imposer cette discipline mentale, si nous ne faisons pas ressortir tout le bien qui brille dans le monde, si nous ne cherchons pas à voiler tous ses aspects plus sombres? Ainsi notre résolution de ne pas nous laisser aller, de ne pas nous lamenter sur nous-mêmes, nous conduit nécessairement à faire entrer le monde entier dans les cadres de notre optimisme, afin qu'il ne contrarie pas notre désir de bonheur.
Je laisse de côté, pour le moment, cette intuition mystique de la bonté absolue de l'univers, qui joue un rôle coiisidérable dans l'histoire de la pensée religieuse. Nous pouvons nous en tenir à des enthousiasmes moins extraordinaires. Toutes les passions fortes nous rendent insensibles à cer-
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taines catégories de maux. Le patriote ne se laisse pas détourner de son héroïsme par les châtiments vulgaires, Tamoureux rejette toute prudence. Quand Tenthousiasme est à son comble, on va jusqu'à jouir de ses souffrances, si l'on souffre pour la bonne cause : la mort ^erd son aiguillon, le sépulcre sa victoire. A de tels moments, le contraste entre le bien et le mal s'évanouit dans une souveraine exaltation où s'anéantit le mal, et que l'homme accueille comme le couronnement glorieux de son existence. Car c'est de la vie la plus intense, la plus héroïque et la plus haute qu'il vit pour un instant.
La culture systématique de la santé morale comme attitude religieuse est conforme à des tendances importantes de la nature humaine ; on ne saurait en tout cas la taxer d'absurdité. En fait, chacun de nous pratique plus ou moins cet optimisme volontaire, même ceux dont les conceptions théologiques devraient logiquement s'y opposer. Autant que possible nous détournons notre attention de la maladie et de la mort. L'alcôve, l'abattoir, et les autres lieux secrets sans quoi notre vie ne serait pas, nous les dissimulons aux regards, nous n'en parlons jamais, de sorte que le monde des salons et des c bons livres » est une fiction plus convenable, plus propre et plus belle que le monde réel. *
Le progrès du libéralisme dans les églises chrétiennes, depuis cinquante ans, est sans contredit une victoire de l'optimisme sur la vieille théologie pessimiste, qui rôtissait les damnés aux brasiers de l'enfer. Beaucoup de prédicateurs, au lieu d'insister sur le sentiment du péché, le laissent dans l'ombre. Ils ne parlent plus des peines étemelles, ils en nient même l'existence. Ils mettent en avant la dignité de la nature humaine plutôt que sa dépravation. Us considèrent la préoccupation constante du salut qui tourmentait les chrétiens à
(x) c Plus J'avance dans la vie, plus Je deviens semblable à l'enfant naïf que tout abasourdit ; Je ne puis mliabitaer à ce monde, à la procréation, à l'hérédité, à ce que mes yenx voient, à ce qoe mes oreilles entendent. Les choses les plus ordinaires me sont nn fardean. Cette vie dont la surface est luisante de politesse, cette vie tirée à quatre épingles, et les fondations obscè* nés et orgiaques sur lesquelles elle repose forment un spectacle que Taecoutunanwne me fera jamais accepter. » — R. L. Stbvbcbon : Letten, n, 9SS,
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rancîeime mode, comme maladive et répréhcDsible plutôt qu'admirable. La robustesse d'un esprit sain, que nos aïeiii auraient quabiîée de païenne, est devenue à leurs yeux im élément de ridéal chrétien. Sans cherciier s'ils ont tort ou raison, je constate le changement qui s'est accompli*
Les hommes auxquels je fais allusion se réclament encore pour la plupart du christianisme, bien qu'ils repoussent le§ éléments pessimistes de la théologie chrétieime. Mais il vient de naître une nouvelle religion de la nature qui a tout à fait supplanté le christianisme dans l'esprit de beaucoup de nos contemporains. Elle s'appuie sur révolutionnisme, qui, après avoir lentement progressé durant un siècle, a pendant les vingt-cinq dernières aimées envahi la pensée européenne el américaine. L'idée de runiverselle évolution aboutit aisément à la doctrine du perfectionnement général, au méliûrisme, qui répjond très bien aux besoins religieux des esprits optimistes. Cet optimisme évolutionniste se substitue aujourd'hui chei une foule de nos contemporains à la religion où ite sont nés. ils y sont poussés soit par leur éducation pus^ement scientifique, soit par leur goût poiu» les livres de vulgarisation, soit encore par leur répugnance pour Tâpreté, pour le caractère irrationnel de Torlhodoxie chrétienne. Gomme un exemple vaut mieux qu'une description abstraite, je citerai Tune des réponses au questionnaire de Starhuck. L'auteur de ce témoignage nous expose sa façon de comprendre ruiiivers ; ce qu'on peut, si Ton y tient, appeler sa religion. C'est en tout cas une attitude systématique et réfléchie ; cet homme a même son idéal à lui, auquel il reste Adèle. On nV pas de peine à recoa* naitre en lui le type de ces esprits étroits, grossiers et invulnérables, que l'on rencontre un peu partout.
— « Demande . Que signifie pour cous le moi de religion ?
— Réponse : Rien du tout. Et je ne vois pas trop ce quil signifie pour les autres, au moins en fait d'utilité pratique. J'ai soixante^ sept ans, j'ai été quarante-cinq ans dans les alfa ires « j'ai par conséquent quelque peu T expérience de la vie, des hommes et de quelques femmes aussi, et j'ai constaté qu en règle générale les gens les plus religieux et les plus pieux sont ceux qui manqueol le plus de droiture et de moralité* Les hommes qui valent le mieui sont ceux qui ne vont pas à Téglise et n'ont aucune croyance reii-
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gueuse. Les prières, les cantiques, les sermons, tout ça ne vaut rien — cela nous enseigne à compter sur une sorte de puissance surnaturelle, là où nous ne devrions compter que sur nous-mômes. Quant à un Dieu, je n'y crois absolument pas. L*idée de Dieu est le produit de Tignorance, de la crainte et du manque total de connaissances sur la nature. Si je devais mourir maintenant — j'ai, pour mon âge, Tesprit et le corps en très bonne santé — j'aimerais assez mourir en entendant de la belle musique, en me livrant à quelque sport, en un mot en jouissant de tout mon cœur de quelque divertissement raisonnable. Nous mourons comme une pendule s'arrête ; il n'y a pas plus d'immortalité dans un cas que dans l'autre.
Z). — Quelles idées vous sont suggérées par les mots Dieu, le ciel, les anges, etc, ?
R. — Aucune absolument. Je suis un homme sans religion. Ces mots ne signifient qu'un fatras de légendes.
D. -— Açez'Qous jamais constaté dans Qotre çie une interçention qui qous parût prooidentielle ?
B. — Aucune absolument. Il n'existe pas d'influence directrice de ce genre. Il suffit à n'imfjorte qui d'observer les faits avec intelligence et de connaître les lois scientifiques pour s'en convaincre.
D. — Qu'est-ce qui agit le plus fortement sur cotre sensibilité ?
R. — Les airs entraînants, la musique qui vous réveiUe, la Marseillaise, par exemple ; tous les chants qui sont d'une inspiration élevée et qpii font battre le cœur ; mais ce que je déteste le plus, ce sont les cantiques qui ne sont qu'un délayage insipide. Xaime Walter Scott, Bums, Byron, surtout Shakespeare, etc., etc. Je jouis beaucoup de la nature, surtout du beau temps, et jusqu'à ces dernières années je me promenais à la campagne tous les dimanches. A pied, je faisais mes douze milles sans aucune fatigue. Sur ma bicyclette, j'en faisais quarante ou cinquante. J'ai abandonné la bicyclette. Jamais je ne vais à l'église, mais j'assiste aux conférences quand il y en a de bonnes. Toutes mes pensées et toutes mes réflexions ont toujours été saines et j'ai toujours été content, car, au lieu d'hésiter et d'avoir peur, je vois les choses comme elles sont, je m'efforce de m' adapter à mon milieu ; c'est, à mes yeux, la loi la plus profonde de toutes. L'homme est un animal capable de progrès. Je suis bien persuadé qu'il aura atteint im état très supérieur à son état présent, dans un millier d'années.
D. -,- Quelle est cotre conception du péché ?
fl. — H me semble que le péché n'est qu'une manière d'être ou nne sorte de maladie qui tient à ce que le développement de
8o L*BXPiaiiifGB BBuenmsB
rhomme n'est pas encore assez avancé. Pins (m se préocciq^ de cette maladie, plus on Taggrave. Nons devrions nous dire que dans un million d'années, l'équité, la justice, le bon ordre physiqtte et mental, seront si bien établis et organisés, que personne n'aura même l'idée du mal ou du péché.
D. — Quel est cotre tempérament ?
R, — Nerveux, remuant, très éveillé, physiquement et intelfectuellement. Bien f)lché que la nature nous oblige de tenqis en temps à dormir, i^
Si nous étions à la recherche d'un cœur contrit, d'un cœor brisé, celui-ci ne ferait pâs notre affaire. Il est si content de son état bornée que son contentement, comme une carapace, le protège contre toute aspiration douloureuse vers l'iBacc^ sible iniinî. C'est un parfait exemple de l'optimisme plat que suscite la science vulgarisée.
Il existe aujourd'hui un autre mode de pensée optimiste, beaucoup plus important à mon sens et, à coup sûr, pins intéressant au point de vue religieux que celui qdi s'apft^iiie uniquement sur la science de la nature. C'est un mouvement qui a pris en Amérique un développement considérable et semble grandir de jour en jour. Il revêt diverses formes, qui portent des noms différants ; mais il serait inutile pour nous de les étudier séparément ; leurs ressemblances étant beaucoup plus profondes que leurs divergences, j'ai le droit de les prendre en bloc, afm d'en indiquer les principaux tmaitA. Pouf plus de commodité, je désignerai cet optimisme, à la fois spéculatif et pratique, sous le nom de mind^wre \
On retrouve dans cette doctrine des éléments emprantés à plusieurs sources^ dont voici les principales : D'aboM les quatre Evangiles ; puis ridéalismedeBetkeley etcelui d'Etoe^ son ; le spiritisme, avec sa loi d'évolution progressive des âmes à travers leurs existences successives ; Févolutionnisine optimiste et vulgaire dont je viens de parler ; enfin» jusqu'à un certain point, les religions de Tlnde. Mais le trait le plus
(t> [Api'ès bjeii défi héflitations et des reeherehes, Je me dédide à traùieHie le terme anglais sans le tradnire. Le sevi équivalent possible en frenÇ^i* aérait a psychothérapie », qui a pris un sens trop médloal. HZad-ctresigaifi^ Uit«fAleiikeiit Uoiteinent pjiyahiqae, oure mentale. — F. A,].
L^OPTIMISMB RELIGIEUX 8l
caractéristique de la mind-cure lui vient d'une inspiration beaucoup plus directe. Les initiateurs de cette nouvelle foi ont eu rintuition profonde de la puissante vertu des attitudes optimistes de rftme, pour nous sauver de tous les maux. Ils croyaient ardemment à l'efficacité du courage, de l'espérance, de la confiance, ils méprisaient la crainte, la défiance de soi, l'inquiétude maladive, tout excès de préoccupation et de précaution. A cette foi des initiateurs, l'expérience des disciples a répondu. Tout cela forme aujourd'hui un ensemble de faits vraiment imposant.
Des aveugles ont recouvré la vue, des paralytiques l'usage de leurs jambes; des malades incurables ont retrouvé la santé. Dans le domaine moral, les résultats n'ont pas été moins frappants. Bien des hommes ont adopté une attitude optimiste, qui n'avaient jamais supposé qu'ils en fussent capables. On a vu des caractères régénérés de fond en comble. LfC contentement et la joie ont été rendus à d'innombrables familles. L'influence indirecte exercée sur l'opinion n'a pas été moindre. Déjà les principes de la mind-cure commencent à faire partie de l'atmosphère morale que nous respirons. On entend parler de a l'Evangile du Repos d, de la doctrine qui dit : « Ne vous tourmentez pas I ». J'en sais qui, en s'habillant le matin, se répètent ces trois mots : « Jeunesse, santé, vigueur I » comme leur devise pour la journée. Il y a bien des familles où il est défendu de se plaindre du mauvais temps. De plus en plus, la bienséance interdit de parler de ses petites misères, de ses sensations désagréables, et d'attacher trop d'importance aux tracas de la vie. Cette influence tonique sur l'opinion serait un bon résultat, même s'il n'en existait pas de plus frappants. Or, ils sont en si grand nombre que nous pouvons négliger ce qui s'y mêle, comme dans toute entreprise humaine, d'échecs et d'illusions. Nous pouvons négliger aussi le verbiage de bien des partisans de la nUnd-curey dont l'optimisme béat et les expressions vagues sont insupportables à tout esprit cultivé.
Il demeure établi que la doctrine ne s'est répandue chez nous que grâce à ses résultats pratiques incontestables. Aucune conception systématique de la vie ne se rattache aussi étroitement à la médecine et à Thygiène appliquées
Sa L'EXPiRUCNGE RXLIOUEUSE
que cette philosopMe, la seule vraiment originale qui soit née en Amérique. Le toiu* d'esprit si pratique des Américains ne se manifeste nulle part plus clairement que dans cette intime liaison. Les médecins et les membres du clergé, aux Etats-Unis, commencent à ouvrir les yeux sur l'importance de la mind-cure, avec beaucoup d'hésitations et de répugnances. Ce mouvement est évidemment appelé à se développer encore bien davantage, à la fois comme théorie et comme application. Deux de ses récents avocats sont de beaucoup les représentants les plus distingués de toute la mind-cure.* Le fait qu'une foule d'esprits sont absolument fermés à l'influence de la mind-cnre ne doit pas nous arrêter. Ce qui importe pour notre propos, c'est qu'il en existe un si grand nombre qui puissent la subir. Us constituent un type psychologique qui mérite d'être étudié avec respect.
Examinons d'un peu plus près la doctrine elle-même. EUe repose avant tout sur ce principe fondamental de toute expérience religieuse : l'honune a deux natures, dont l'une ou Tautre peut dominer en lui. A la nature idéale s'oppose la nature basse et chamelle, celle des sensations, des instincts corporels, des désirs égoïstes, des intérêts les plus matériels. La théologie chrétienne a de tout temps considéré que le vice essentiel de cette nature chamelle était Y insoumission ; la mind^ure prétend que c'est la crainte. C'est ce qui en fait une attitude religieuse nouvelle et vraiment originale.
« La crainte, dit on écrivain de cette école, a pn avoir son utilité dans le cours de l'évolution ; elle constitue, semble-t-il, toute la prévoyance des animaux ; mais il est absurde qu*eUe joue encore un râle dans Fesprit d*un homme civilisé. Xai observé que la crainte, loin d*être un stimulant, affaiblit ou paralyse tous les hommes assei cultivés pour se laisser diriger dans leur conduite par Tattraitdu bien et parle devoir. Dès que la crainte n'est plus un rempart, elle devient un obstacle ; il faut la supprimer, comme on enlève les chairs mortes d*mi oi^ane encore vivant... Je définis la crainte une auto-suggestion plus ou moins volontaire d'infé-
(I) Je fkis Ulusion à M. HoAAno W. Dbbsbr el à M. Hbmiit Wood, sv* Uml «Q grenier. Les oraTres de M. Dresser ont psni ohes G. P. Pmimm'$ Soss, AVi^ror* mmâ Lonàtm; eeUes de M. Wood ebcs Lee amd Skepard^
l'optimisms RBuaixux H3
riorité, afin de bien montrer qu'elle appartient à la catégorie des choses nuisibles et nullement respectables. » *
MM. Dresser et Wood stigmatisent la détresse mentale qu'engendre la crainte :
« Considérez un instant la façon de vivre qui s'impose à nous dès notre naissance. Il y a là certaines conventions, coutumes ou exigences sociales, une tendance théologique, une conception générale du monde. D y a des idées conservatrices sur la première éducation, le mariage, la carrière à suivre. A tout cela se joint une longue série de prévisions pénibles : après les maladies de l'enfance les maladies de l'ftge mûr, puis celles de la vieillesse ; nous perdrons nos facultés, nous retomberons en enfance ; audessus de toutes ces appréhensions plane la crainte de la mort. C'est, en outre, une liste interminable de craintes spéciales, de préoccupations troublantes ; les appréhensions qu'éveillent certains aliments, la peur du vent d'est, des grandes chaleurs, des douleurs causées par le froid, la peur de s'enrhumer si l'on se tient dans un courant d'air, ou d'attrapper la fièvre des foins le i4 août au milieu du jour; tous les rongements d'esprit, frayeurs, inquiétudes, angoisses, prévisions ftcheuses, pensées pessimistes, sentiments morbides, prodigieux défilé de spectres lugubres, si souvent évoqués par tous les donneurs de conseils et surtout par les médecins. C'est comme une danse macabre d'abstractions terrifiantes.
« Ce n'est pas tout. Cette armée de maux corporels se grossit de tous les soucis accidentels qui pullulent dans la vie quotidienne. On a peur des dangers possibles, peur de perdre sa fortune, d'être volé, incendié, peur de voir éclater la guerre. Il ne nous parait pas suffisant de craindre pour nous-mêmes. Un de nos amis tombe-t-il malade, nous pensons aussitôt à tout ce qui peut lui arriver de pire, et nous tremblons de le voir mourir. Si nous trouvons quelqu'un dans la tristesse,... nous sympathisons avec lui, c'est-à-dire qu'en nous y associant, nous ravivons sa douleur. » "
« L'homme est souvent marqué du sceau de la crainte avant même de naître ; il est élevé dans la crainte ; toute sa vie, il est
(1) HoBAGB FLBTCaBR : HappUieês eu found in Forethoaght minus Fearthought (Le Bonhetir, tel qa*on le trouve dans la Prévoyance d'où la Crainte est bannie), Menticnlture Séries, n, Chicago et New-York, 1897, p. ax-aS.
(a) H. W. DaaMBR : Voieee ofFreedom (Voix Libératrices), New-York, 18^^ page 38.
84 l'expérixngb religibuss
soumis à la crainte de la maladie et de la mort, c'est-à-dire à Fesclavage le plus dégradant : son esprit tout entier se contracte et se rétrécit, et son corps affiedhli n'est bien souvent que l'image de son esprit... Parmi tous nos ancêtres, pensez aux millions d'âmes douées d'une extrême sensibilité qui ont vécu sous l'accablement perpétuel d'un tel cauchemar ! N'est-il pas surprenant que la santé puisse exister encore ? L'amour infini, la vie et l'énergie divines qui se déversent à flots doux et continus dans notre ftme, même à notre insu, peuvent seuls neutraliser en partie cet océan d'amertume. ». *
Bien que les partisans de la mind-cure emploient souvent la terminologie chrétienne, on voit d'après ces citations combien sont différentes l'idée qu'ils se font de la nature inférieure de l'homme et la conception chrétienne de la chute. •
Il n'y a guère moins de différence entre les deux doc-
(i) Hbnry Wood : Idéal Suggestion through Mental Photography. (La Suggestion des Idées Saines par la Photographie Mentale), Boston, 1899, page 54.
(a) Aux exégètes de décider si c'était bien celle du Christ. Diaprés Harnack, Jésns envisageait le mal et les maladies à peu près de la même manière qne les apôtres modernes de la mindrcnre :
c Gomme Jean-Baptiste, en prison, se demandait anxieusement ai Jésus était bien c celui qui devait venir », il lui envoya deux de ses disciples pour rinterroger en personne. Rien de plus saisissant que cette question du Baptiste, rien de plus réconfortant que la réponse du Seigneur : c Allez » rapporter à Jean ce que vous voyez et entendez : les aveugles voient, les » boiteux marchent, les lépreux sont nettoyés, les sourds entendent, les » morts ressuscitent, Tévangile est annoncé aux pauvres. » * C'est là le c royaume » qui est c proche » ; au, pour mieux dire, il est déjà réalisé par cette activité guérissante et rédemptrice. A cette victoire sur la misère et la détresse, à cette suppression de la maladie, Jean doit reconnaître qae les temps nouveaux sont arrivés. La guérison des possédés n'est qu'une partie de cette œuvre salutaire, que Jéaua donne comme l'obfet même et la preuve de sa mission ditfine. C'est donc aux malheureux, aux malades, aux pauvres qu'il s'est adressé, mais non pas en moraliste, et sans aucune trace de molle sentimentalité, n ne classe pas les maux en groupes distincts; il ne se demande pas si le malade c mérite » la guérison ; il ne songe pas à sympathiser avec la douleur ou le deuil, n ne dit nuUe part que la maladie est bonne ou le mal profitable. Pour lui, la maladie est la maladie, la santé est la santé. Tout mal, toute misère est pour lui redoutable : c'est une partie du royaume do Satan. Mais il sent en lui la puissance qui sauve, n sait que pour réaliser un état meilleur il faut triompher de la faiblesse et guérir la maladie. »
Dos Wesen des Christenthums, 1900, p. 89.
C) f Matth. XI, 4» 5.]
l'optimisme religieux 85
trines pour ce qui concerne la nature supérieure de l'homme. Ce qui est spirituel dans l'homme, pour la rnind-cure, — et, sur ce point, elle incline décidément au panthéisme, — est en partie conscient, mais surtout subconscient. Grâce à cette nature spirituelle subconsciente, nous sommes intimement unis au Principe divin, sans qu'il y ait besoin d'un miracle de la grâce, ou de l'abrupte création en nous d'un homme nouveau. Cette idée s'exprime diversement chez les représentants de l'école ; on y retrouve ou le mysticisme chrétien, ou l'idéalisme philosophique, ou le bouddhisme, ou la théorie moderne du moi subliminal.
«( Le grand fait central de l'univers, c'est l'esprit, principe infini de vie et de puissance, qui est au fond de tout et se manifeste en toute chose : je l'appelle Dieu. Désignez-le comme il vous plaira. Lumière Bienfaisante, Providence, Ame Suprême, Omnipotence, choisissez le terme qui vous paraîtra le meilleur; il suffit que nous soyons d'accord sur ce grand fait central pris en luimême : Dieu remplit à lui seul tout l'univers, tout existe en lui et par lui, rien n'est en dehors de lui. Il est notre vie même. Nous participons à la vie divine. La différence qui nous sépare, c'est que nous sommes des esprits individuels, tandis qu'il est l'Esprit Infini, qui contient tout en lui, et nous et le reste. Mais la vie humaine et la vie divine sont identiques dans leur essence. Cest simplement une différence de degré.
» Le point central de la vie humaine, c'est le moment où nous nous rendons pleinement compte de cette identité, où nous ouvrons notre cœur à cet influx divin. Plus nous ouvrons notre âme à ces flots bienfaisants, et plus nous parvenons à réaliser en nousmêmes les puissances de la Vie Infinie, plus nous en devenons les dociles instruments. A mesure que vous avancerez dans cette voie, le désordre en vous fera place à l'ordre, la maladie à la santé, la dissonance à l'harmonie, la douleur opprimante à l'énergie florissante. En nous rendant compte de notre nature divine et du rapport étroit qui nous relie au Principe Universel, nous accrochons pour ainsi dire notre courroie de transmission au grand moteur central de l'Univers. On ne reste en enfer qu'aussi longtemps qu'on le veut bien ; on peut s'élever aussi haut dans le ciel qu'on le désire ; et dès qu'on s'élève, toutes les puissances supérieures de l'Univers conspirent pour favoriser cette ascension. » ^
(i) R. W. Trimb : In Tune wUh the Infinité (Au DiapMon de llallaf)^ igr miUe, New-York, 1S99. J'ai réuni plasieurs textes épmn.
86 L'BXPiEIBNCS RSLIOISU8B
Passons à des faits plus concrets. Je n'ai que l'embarras du choix. Je citerai d'abord le témoignage d'une dame de mes amies :
<x La cause primordiale de toute maladie, de toute faiblesse, de tout abattement, c'est le sentiment, purement humain, d'être séparé de cette Energie Suprême que nous appelons Dieu. Celui qui peut sentir, celui qui peut dire, avec une confiance sereine et joyeuse, comme Jésus de Nazareth : « Mon Père et moi nous sommes un », celui-là n'a plus besoin de guérisseur ni de guérison. La vérité tout entière est concentrée en ce seul point. Cette union indissoluble avec la divinité est le seul fondement possible de la santé parfaite. La maladie n'a plus de prise sur celui qui a les pieds posés fermement sur ce roc, et (pii, à chaque heure, à chaque instant, sent passer en lui le Soufile Divin. Si je me sens identique au Dieu Tout-Puissant, comment la lassitude pourrais elle gagner ma conscience, comment la maladie pourrait^Ile étouffer cette inextinguible lumière ?
» La possibilité d'annuler à jamais la loi de la fatigue s'est vérifiée avec éclat dans mon propre cas. Pendant des années, j'ai été clouée sur mon lit par une paralysie de la moelle épinière et des membres inférieurs. Mes pensées n'étaient pas plus répréhensibles qu'elles ne le sont aujourdliui ; j'avais seulement cette croyance fausse et obscure que la maladie est inévitable. Mais depuis que la santé m'a été rendue, il y a quatorze ans, par une sorte de résurrection corporelle, j'ai toujours pratiqué, sans m'accorder de vacances, la profession de guérisseuse. Je puis déclarer en toute sincérité que je n'ai jamais éprouvé un seul instant de fatigue ou de douleur, bien que je sois constamment en contact avec des malades de toutes les catégories, dans un état de souffrance et de faiblesse extrêmes. Conmient pourrais-je souflfrir, moi qui suis une parcelle consciente de la Divinité ? Dieu est plus grand que tout. S'il est avec nous, qui sera contre nous ? »
Je citerai ensuite le témoignage d'un Américain de Boston, homme très intelligent, d'une cinquantaine d'années :
« J'ai été douze ans malade ; l'un des premiers symptômes de ma maladie fut une diplopie qui m'empêchait presque entièrement de lire ou d'écrire. Plus tard je dus renoncer à tout exercice sons peine d'épuisement extrême. J'ai été soigné par des médecins éminents d'Europe et d'Amérique, croyant fermement qu'ils pouvaient me guérir ; mais sans résultat. Mon état empirait, quand
^tfl
l'optimisme religieux 87
j'entendis raconter des ^érisons par cure mentale, qui me donnèrent envie d'en easayer. Sans beaucoup d'espoir, j'allai trouver à Boston une guérisseuse qui avait beaucoup fait pour des amis à moi ; du moins en étaient-ils persuadés. Le traitement proprement dit se faisait en silence ; les rares paroles qui furent prononcées ne portèrent aucune conviction dans mon esprit. S'il y eut une influence, ce fiit en quelque sorte une projection de la pensée d'autrui sur mon inconscient, ou sur mon système nerveux, projection qui s'opérait pendant que nous étions assis tous deux sans dire mot. Dès le début, je croyais à la possibilité d'une telle influence, car je savais le pouvoir qu'a l'esprit de façonner le système nerveux ; je croyais aussi à la possibilité de la télépathie; mais je ne mêlais à ces croyances ni conviction ardente ni foi mystique ou religieuse qui pût ébranler fortement mon imagination.
» Je restais tranquillement assis avec la guérisseuse pendant une demi-heure chaque jour. Ce fut d'abord sans résultat. Au bout d'une dizaine de jours, j'eus soudain conscience d'un flot d'énergie nouvelle qui montait rapidement en moi. Je me mis à marcher, je me mis à lire comme je n'avais pu le faire depuis des années. Le changement fut brusque, très marqué. Cette marée montante dura trois ou quatre semaines environ. Puis, Tété venu, je quittai Boston. Je repris le traitement quelques mois plus tard. Le relèvement de ma santé se maintint. Mais cette amélioration semblait avoir presque épuisé l'influence que j'avais ressentie. Cependant ma confiance avait prodigieusement augmenté par suite de cette première expérience, et j'aurais dû faire de nouveaux progrès si la foi eût été le facteur essentiel de mon retour à la santé.
i> Sans pouvoir exprimer clairement toutes mes raisons, j'ai toujours eu l'intime conviction : i** que le changement qui survint dans mon état physique résultait d'une modification de mon état mental ; qp que cette modification ne fut pas le produit de mon imagination surexcitée, ni une suggestion hypnotique, consciemment éprouvée ; enfin, 3*» qu'une attitude d'énergie et de santé me fut transmise télépathiquement, au-dessous du seuil de la conscience, par une personne dont la pensée était dirigée sur moi, avec l'intention bien arrêtée d'imprimer à mon esprit cette attitude...
» En somme, c'est l'inconscient qui joue le rôle capital. C'est de là que part l'action curative comme le processus morbide. Aussi j'incline à croire que l'influence la plus efficace est celle qui, ^^ transmettant directement d'un esprit vigoureux et sain à not^e inconscient, d'une manière si snbtile qu'elle nous échappe encoi?^
88 l'EXPÂRIENGB RELiaiEUSB
y imprime la vigaeur et la santé par une sorte d'imitation sympathique. »
Dans le cas suivant, exposé d'une manière plus concrète, il s'agit d'une femme :
a J*ai été malade depuis mon enfance jusqu'à ma quarantième année... JTétais dans FEtat de Vermont depuis plusieurs mois : Savais espéré que le changement d'air me ferait du bien, mais de jour en jour je devenais plus faible. Une après-midi, vers la fin d'octobre, pendant que je me reposais, je crus entendre ces paroles : « Tu seras guérie, et ton activité dépassera tout ce dont tuas pu rêver. y> Elles s'imprimèrent avec tant de force dans mon esprit que je me dis tout de suite que Dieu seul avait pu les y mettre. J'eus foi en elles, en dépit de moi-même, de mes souffirances et de ma faiblesse, qui continuèrent jusqu'à Noël : je retournai alors à Boston. Deux jours après mon arrivée, une jeune amie me proposa de me conduire chez une guérisseuse. (C'était le 7 janvier 1881). La guérisseuse me dit : « Rien n'existe que l'Esprit ; nous sommes des » manifestations diverses de l'Esprit Unique; le corps n'est qu'une ï> illusion passagère ; telle notre pensée, telle notre existence. » Je ne pouvais pas accepter tout ce qu'elle disait, mais je traduisais ainsi tout ce qui me paraissait se rapporter à moi : « Rien n'existe que Dieu ; je suis sa créature, je dépends entièrement de lui ; l'esprit m'est donné pour que je m'en serve ; si je m'en sers pour penser que mon organisme fonctionne normalement, je serai délivrée de l'esclavage où me tenaient mon ignorance, ma crainte et mes expériences passées. » Aussi je commençai ce jour-là même â manger un peu de chaque mets, en me répétant continuellement : « C'est au Créateur de mon estomac à me faire digérer ce que j'ai » mangé. » En me maintenant durant toute la soirée dans cet état d'esprit, je pus me coucher et m' endormir, en jae disant : « Je suis ftme, esprit, identique à la Pensée que Dieu a de moi. )» Je dormis toute la nuit sans me réveiller, pour la première fois depuis des années. Le lendemain je me sentis tout autre, conune une prisonnière qui a reconquis sa liberté ; j'eus la conviction d'avoir trouvé le secret qui me donnerait un jour la santé parfSsdte. Dix jours après, je mangeais comme tout le monde ; au bout de deux semaines, je commençai à recevoir des révélations directes de la Vérité, qui furent comme des jalons sur ma route. J'en indiquerai quelques-unes ; elles se succédèrent à des intervalles de quinze jours environ :
i^* : Je suis Ame, donc pour moi tout est bifsn.
l'optimismb rxlioixux %
a»* : Je suis Ame, donc je vais bien.
3^ : Je m*appani8 à moi-même, dans une sorte de vliilon tnlirienre, sous la forme d'une béte à quatre pattes, ayant monvlsiiKfi et portant une protubérance à chaque endroit du «torpn oh J'i^prou* vais de la douleur, qui me demandait de la reconnaître uomma ^tant moi-même. Résolument, j'appliquai mon attention k l'Iilée que j'allais bien, et je refusai d'accorder même un regard à cette Imafe de mon ancien état.
4** : Nouvelle vision de la bête dans le lointain, avec la voit très faible. Nouveau refus de la reconnaître*
5^ : Encore une fois la vision, mais Je ne voyais que ses yens — Mcsyeox — qui m'imploraient. De nouveau je refiisaf, Alors Teas rintime conviction que j'étais, que j'avais toujours ^ié êm par» é, puisque j'étais une ftme, une manifestation d*t la Paf»s^i$ (delMeo^Cefiitlàpoorniai la séparation diMnilfveipnlrif''^ "fétaiB vraiment et ce que je paraisaais être. Je r^hMMrfs dor^fiMP' ^ jamais perdre de vuemon être réel, grâee k la (^^f^éliieUe de cette vérité. J'arrivai |>«^ à j^eu «^ eeia Uééf i^/OI# : amiées de pénibles eff»rta — > k Cuire de m^m ^>/ff m» manifestation ininterrompae de vie ^ de #e«^. » I^KmilesdfciHievf ansqvioBt s«jvf, je n'ai Jamais tti»e se^iie &» iôt appd tm vain â eette Vérité* bien i)Me, daMS m/^ %n^/' 3^nmc. Jnie naan'nt n%%é de Fappljqver. Mali^ré t<MU i;es M*a«^ . 2 m w^ynm à pesser avec b e^MifiaiMae et la ^tiafii^^ 44»
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90 l'expériengb religieuse
Il y a cependant cette différence, que les philosophes prétendent donner de l'existence du mal une explication logique; tandis que les adeptes de la mind-cure, si j'entends bien leurs doctrines, ne prétendent donner aucune explication théorique du mal qui existe dans le monde, c'est-à-dire des consciences individuelles qui sont égoïstes, souffrantes, timorées. L'existence du mal est un fait empirique pour eux comme pour tous les hommes, mais chez eux c'est le point de vae pratique qui l'emporte : il serait peu conforme à l'esprit de leur doctrine de perdre du temps à s'en inquiéter comme d'un redoutable mystère, ou d'en vouloir tirer des leçons terribles et salutaires, à la façon des chrétiens évangéliques. Ne raisonnons pas là-dessus ; jetons un coup d'œil et passons. Cest seulement de l'ignorance, quelque chose qui n'est là que pour disparaître, pour être dépassé, effacé, oublié. La Science Chrétienne — la secte de M«>e Eddy — représente à cet égard la mind-cure la plus avancée. Dans cette doctrine radicale, le mal n'est qu'un mensong'e, et quiconque en parle est un menteur. Notre devoir étant d'être optimistes, nous ne devons pas même accorder au mal l'aumône de notre attention volontaire. Sans doute, nous le verrons plus loin, c'est là, du point de vue spéculatif, une grave omission ; mais elle est intimement liée aux mérites pratiques de la doctrine que nous examinons. A quoi bon, diraient ses partisans, une
apprenaient à ne plos considérer Dieu comme une divinité nationale, maifi comme on Dien de justice qui punirait Israël pour ses péchés aussi sûrement qu'Bdom et que Moab, avaient senti que leur Dieu devenait toujours plus lointain et plus étranger à leur vie. L'Evangile vient renverser cette coneeption. Dans la prière que Jésus enseigne à ses disciples, nous trouvons indiquée Tabolition du contraste entre ce iponde et l'autre qui était aUé s'élarf^ sant durant toute l'histoire des Juifs : c Sur la terre comme au ciel '».,Ge n'est pas à dire que l'homme ne se sente plus séparé de Dieu, comme un être fini* faible et pécheur, de l'Etre infini, tout-puissant et parfait ; mais ce sentiment n'est plus asses fort pour faire évanouir en l'homme la conscience de son identité avec Dieu. Les mots de c Fils » et de c Père » marquent en même temps l'opposition entre l'honmie et Dieu et les limites de cette opposition * eUe n'est pas absolue, eUe suppose un indestructible principe d'unité, qni peut et doit devenir un principe de réconciliation. »
Edward CAmo : The Bçolutionof Religion, n, p. 146-147. /Glasgow Lectures of 1890-1899).
C) [Matthieu VI, 10].
LOPTIMISMB BBLIGISXTX 9I
philosophie du mal, si nous supprimons le mal dans notre vie?
Après tout, c'est la vie qui importe. La mind'Cure a construit un système puissant d'hygiène mentale, qui mérite sans contredit, de faire oublier tous les autres. Ce système est tout entier construit avec de l'optimisme : « Le pessimisme rend fair ble. L'optimisme rend fort. » Un des plus vigoureux écrivains de cette école imprime en gros caractères au bas de chacune de ses pages : « Les pensées sont des réalités. » Si vos pensées ne contiennent que santé, jeunesse, vigueur, succès^ le succès, la vigueur, la jeunesse et la santé deviendront vite pour vous des réalités. Qui que vous soyez, un optimisme persévérant dans votre esprit aura infailliblement une influence régénératrice sur votre vie. Cette ouverture sur le divin existe en chacun de nous ; c'est un privilège universel et imprescriptible. Inversement, la crainte et tous les modes de pensée où notre esprit se contracte égoïstement sur luimême mènent au néant. La plupart des défenseurs de la mind-cure soutiennent que les idées sont des forces et que les pensées d'un individu attirent à elles, pour s'en faire des auxiliaires, toutes celles du même ordre qui existent dans le monde : c'est l'attraction mutuelle des semblables. Nous faisons ainsi pénétrer en nous des forces nouvelles, dont l'origine nous est extérieure et qui tendent néanmoins à réaliser nos désirs. Le point essentiel, dans la conduite de notre vie, c'est de mettre de notre côté les forces divines en ouvrant notre esprit à leur influence.
Il y a en somme une analogie frappante, au point de vue psychologique, entre la mind-cnre et le christianisme de Luther et de Wesley. A l'homme pénétré de l'importance des bonnes intentions etdes bonnes œuvres, demandant avec angoisse : « Que dois-je faire pour être sauvé ? » Luther et Wesley répliquèrent : a Tu es sauvé dès maintenant, si seu* lement tu consens à le croire. » La mind-cure nous apporte la même parole libératrice. Elle s'adresse, il est vrai, & den hommes pour qui la notion du salut a perdu son ancien carac* tère théologique, mais devant qui la même question se pote» la question étemelle de la détresse humaine. « Que (lolii-|c fabe pour être délivré, éclairé, redressé, guéri ? n Voici la
99 l'eXPArISNGE RSLiaiEUSE
réponse ; et Tu es délivré, éclairé, guéri dès maintenant, si seulement tu t'en rends compte. » On peut tout résumer, dit un des auteurs que j'ai déjà cités, en une seule petite phrase : « Dieu ça bien, donc tu cas bien. » Il s'agit de nous éveiller à la connaissance de notre être véritable. »
Si la bonne nouvelle que prêchèrent en leur temps Luther et Wesley exerça jadis tant d'influence, c'est qu'elle répondait aux besoins d'une partie considérable de l'humanité. C'est la même raison qui fait le succès de cet évangile nouveau, malgré ses allures bizarres. Quand on voit ses progrès rapides et ses triomphes thérapeutiques, on se demande si sa nuveté même et son extravagance ne le destinent pas à jouer un rôle presque aussi important dans la religion populaire de l'avenir. *
A qui m'objecterait que de pareiUes divagations ne valent pas la peine qu'on s'y arrête, je répondrais qu'un des résultats les plus incontestables de notre étude sera de mettre en lumière l'immense variété des formes de la vie spirituelle. Les besoins moraux des différents individus, leurs capacités d'émotion et de réaction varient beaucoup trop pour que nous puissions les étudier en bloc. Il faut que nous les rangions en catégories, et que nous considérions à part plusieurs types distincts de vie religieuse. Pour étudier d'aussi près que possible le type optimiste, nous devons le chercher où il est le plus prononcé.* Ne l'oublions pas, rien n'est plus stupide que de traiter un fait psychologique comme s'il n'existait pas. simplement parce que nous sommes incapables de l'éprouver nous-mêmes. Un tel préjugé me parait surtout dangereux dans des esprits de culture classique et de tournure académique ; pour eux tout ce qui est en dehors de l'ornière, ea dehors de la science officielle, est nul et non avenu. Gardonsnous de tomber dans ce piège.
(i) U reste à voir si Técole de M. Dresser, dont la doctrine tend de plus en plus à être une intime combinaison de la cure mentale et de la philosophie académique, l'emportera sur les sectes moins critiques et moins raisoimables, qui triomphent dans la pratique.
(a) La psychologie des caractères commence à peine à être esquissée. U voudraiK que ce livre y put contribuer. En vue de Tédifice fotur, j*âpporte ma petite pierre.
l'optimisme rblioieux 93
La religion luthérienne du salut par la foi, les conversions méthodistes et ce que j'ai appelé la mind-cure, sont des faits historiques. Pour toute une catégorie d'esprits, à un certain degré de leur développement, une amélioration ou même une transformation morale s'opère plus aisément si, au lieu de suivre les règles traditionnelles de la morale ordinaire, ils font juste le contraire. La morale nous dit de ne jamais cesser un instant de faire effort. <k Soyez vigilants, nous crie-t-elle, veillez nuit et jour I Tenez en bride tous vos penchants aveugles ; que votre volonté soit comme un arc toujours tendu ! » Mais les hommes dont je parle s'aperçoivent que tous leurs efforts n'aboutissent qu'à la défaite et à l'irritation perpétuelles. Us enfoncent toujours plus dans le mal. La tension constante de leur volonté ne produit en eux que fièvre et que torture. Pour triompher de cette douloureuse situation» une seule voie leur est ouverte. Il faut tourner le dos aux préceptes de la morale, cesser d'agir, cesser de vouloir, se laisser aller au gré des forces supérieures qui gouvernent notre destinée. Ne pensez plus aux conséquences de vos actions, ne vous inquiétez plus de rien, et vous verrez que cette détente non seulement vous procurera la paix intérieure, mais vous donnera, dans bien des cas, ces vertus même auxquelles vous aviez cru renoncer pour toujours. C'est faire naufrage pour arriver au port. C'est mourir pour renaître à la vie véritable. Il faut traverser l'anéantissement, comme dit Jacob Bœhme, et ce passage est une crise. Quelque chose doit craquer en nous, se briser et se fondre au feu de cette crise. Souvent elle éclate brusquement dans l'esprit d'un homme, et lui laisse l'impression irrésistible qu'une puissance extérieure est intervenue dans sa vie.
QueUe que soit la valeur définitive d'une telle expérience, elle n'en constitue pas moins une des formes essentielles de l'expérience humaine. On a dit que les tempéraments religieux se distinguaient des tempéraments moraux en ce qu'ils sont seuls capables de réprouver. A coup sûr on ne fera jamais douter de sa réalité quiconque l'a pleinemeift éprouvée. Il âoU, car il a senti s'exercer en lui une puissance rapérieure, as moment où se détendait sa volonté personnelle.
Les prédicateurs méthodistes racontent vcriontiert V^tm-
94 l'EXPÉRIKNOB RBUaiBUSE
dote suivante : Un homme tomba la nuit dans un précipice, en tombant, il parvint à s'accrocher à une branche et y resta suspendu, plein d'angoisse» durant plusieurs heures. A la fin, ses mains épuisées Iftchèrent prise et, disant un adieu désespéré à la vie, il se laissa choir. Quinze centimètres plus bas, ses pieds rencontraient le sol. S'il avait renoncé plus tôt à ; son pénible effort U n'aurait pas eu toute cette angoisse. Etj vous de même, ajoutent les prédicateurs, si vous vous laisseiJ aller dans les bras du Père céleste, vous trouverez la paix ^i la sécurité que vos efforts personnels, votre confiance en vcos^ mêmes et vos précautions minutieuses ne vous donneront jamais. f
Les inventeurs de la mind-cure ont appliqué de la manière la plus étendue cette méthode salutaire. Entre leurs mdhâ elle est restée identique, du point de vue psychologique, à U justification par la foi, à la conversion par un coup de la grâces telle que Tentendaient les disciples de Luther et de Wesley* Ils ont démontré pratiquement qu'elle réussissait aussi bief chez des hommes qui ne connaissent pas le sentiment dî péché et ne se soucient point de la doctrine du salut par 11 foi< Il s'agit d'écarter un instant notre petit moi, to^joar agité, pour s'apercevoir de la présence en nous d'un Moi pht majestueux. La régénération physique et morale qui déconl de la cessation de tout effort, les résultats de cet optimissr confiant, grands ou petits, lents ou rapides, sont des fait humains indiscutables, quelle qu'en soit l'explication da ni ère. Si nous sommes chrétiens, nous les attribuerons àl* grâce divine, qui crée en nous un homme nouveau au momer où nous renonçons au vieil homme. Si nous sommes panth& tes — coiiime la plupart des théoriciens de la mind-care -nous les expliquerons par l'immersion de notre moi indiv duel, étroit et chétif, dans le Moi universel et large, q constitue en nous le moi subconscient ; immersion qui s'opè d'elle-même, dès que les cloisons étanches de la défiance < de l'inquiétude sont écartées. Si nous sommes matérialiste au sens médical, nous dirons que des processus cérébral relativement simples se produisent plus aisément quand < supprime des processus relativement complexes, dont Ti' fluence sur les premiers, au lieu d'être régulatrice» se trc
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96 L*BXl^]iRIENC3E RBUGISU8B
Un mot sur les procédés de la mind-cure. a C'est de la suggestion d, dira-t-on. Dans toute éducation, l'influence suggestive du milieu ambiant et de l'entourage immédiat joue assurément un rôle immense. Mais il ne faudrait pas que ce mot de suggestion, maintenant que l'usage scientifique l'a consacré, qu'il a reçu, pour ainsi dire> l'estampille officielle, vint refroidir notre zèle et nous empêcher d'examiner de près les conditions de chaque cas individuel. Le mot de suggestion désigne le pouvoir qu'exercent les idées sur la croyance et la conduite. Une idée qui agit sur tel individu n'agira pas sur tel autre. Une idée très efficace à telle époque ou dans tel milieu ne le sera plus ailleurs. Les idées qui existent aujourd'hui au sein des églises chrétiennes n'ont aucune efficacité thérapeutique, quelle qu'ait pu être leur action curative dans les premiers siècles de notre ère. Toute la question est de savoir pourquoi le vieux sel a perdu sa saveur, et pourquoi un nouveau sel le remplace. Le mot de suggestion qu'on fait sonner à nos oreilles ne suffit pas pour la résoudre.
Pour qu'une idée pénètre en nous par suggestion, il faut qu'elle se présente sous la forme d'une révélation. La mind' cure, en prêchant son évangile nouveau, c'est-à-dire Toptimisme à tout prix, la parfaite santé de l'âme, et partant celle du corps, a touché des cœurs que le christianisme traditionnel n'avait pas su toucher. Elle a ouvert en eux les sources de la vie supérieure. La valeur propre d'une religion réside avant tout dans la découverte d'un moyen nouveau, pour faire
de Blumhardt, voyez le livre de Zûndel : Pfarrer Johann Christoph Blumhardt, 5*^* édition, Zurich, 1887, notamment les chapitres ix, x. xi et xvn). Blumhardt attribuait invariablement ses gnérisons à TintervenUon directe de Dieu. Il n'y avait en lui aucune prétention, aucun charlatanisme» aucune exaltation. Dans son activité de guérisseur U n'a été l'imitateur de personne. — Aujourd'hui même, à Chicago, le prédicateur écossais et baptiste J. A. Dowie publie un recueU hebdomadaire, Leaçes qfiJeaZin^ (FeuiUea de guérisons), lequel^ en l'an de grâce 1900, avait atteint son 6*^* volume. Bien qu'il dénonce les guérisons opérées dans d'autres sectes comme n'étant que des contrefaçons diaboliques de la divine puissance qu'il exerce, U faut le ranger parmi les représentants de la mind-eare. Ceux-ci sont aux antipodes du christianisme ordinaire. Pour eux la maladie ne doit jamais être acceptée: c'est un article de foi, c'est le noyau de leur doctrine. La maladie n'a rien de bon. Dieu nous veut absolument sains, nous n'avons pas le droit d'être moins exigeants.
L OPTIMISMS BSLIOIBI7X 97
jaillir, dans les cœurs jusque-là fermés des fontaines d'espérance et de consolation. Or les forces révélatrices par excellence sont la contagion de l'exemple, de la foi personnelle» de l'enthousiasme, et par dessus tout l'attrait vainqueur de la nouveauté. Si jamais la mind-cure devient quelque chose d'officiel, de bien porté, une espèce d'organisation ecclésiastique délimitée et fortifiée de toutes parts, elle aura perdu cette puissance révélatrice. Toute religion à l'état naissant, pour agir sur les ftmes, doit ressembler au vagabond qui n'a pas un lieu où reposer sa tête. L'histoire de l'église chrétienne le montre assez : c'est la lutte perpétuelle entre quelques enthousiastes, possédés d'une sainte ferveur, et la grande masse des fidèles, dont la religion est comme un calme plat, et qui sont plus endurcis dans leurs traditions que les gens irréligieux dans leur incrédulité.
Une autre condition de succès pour I9 mind-cure, c'est le fait qu'il existe en grand nombre des caractères à la fois portés à l'optimisme et disposés à cette forme de régénération qui procède d'une détente de l'esprit. Le protestantisme s'est montré trop pessimiste à Tégard de l'homme naturel, le catholicisme trop épris de la règle, pour que leur influence pût s'exercer librement sur des ftmes où coexistent ces deux tendances. Le succès même de la nouvelle doctrine est la preuve indiscutable qu'il existe dans le monde des esprits de cette catégorie.
Outre la suggestion, la mind-cure fait appel à la vie sub* consciente, beaucoup plus qu'on ne l'avait jamais fait, du moins dans les pays protestants. Ses fondateurs ont associé à leurs conseils et à leurs affirmations, des exercices systématiques de détente passive et de méditation : certains procédés rappellent même les pratiques hypnotiques.
« La valeur et la puissance de nos apirations idéales, telle est la grande vérité pratique que la Pensée Nouvelle tient avant tout à mettre en relief; j'entends cette transformation graduelle qui va de rintérieur à Textérieur, du petit au grand... *
» D faut concentrer sa pensée sur la réalisation de Tidéal aperçu, quand même cette confiance serait comme un saut dans les ténèbres... '
(x) H. W. DassuR: Voieeê o/Freedom^ ùfi.
(s) DuMUi : LUfing fy the SpIrU (Vironu par l'Esprit), 53. 9
» Pour devenir capable de diriger son esprit, il convient, d'après la Pensée Nouvelle, de pratiquer l'attention concentrée, ou en d* autres termes de parvenir à la maîtrise de soi. Il faut appr^idre à faire marcher ensemble les diverses tendances de Tesprit, de manière que Tidéal choisi puisse les gouverner comme un bataillon bien discipliné. Pour cela, il faut se réserver des moments de solitude et de méditation silencieuse, de préférence dans une chambre où tout est favorable à des pensées spirituelles. Dans le langage de la Pensée Nouvelle, cela s'appelle « entrer dans le silence... x> *
< Le temps viendra pour vous où, assis derrière un comptoir, ou bien marcliant dans la rue, ni le mouvement ni le bruit incessants ne pourront vous empêcher d'entrer, quand vous le voudrez^ dans le silence : vous n'aurez qu'à vous envelopper, pour ainsi dire, dans le manteau de vos propres pensées, et à vous rendre compte que l'Esprit de Vie, d'Amour, de Sagesse, de Puissance et d'Abondance Infinie vous dirige et vous garde. Cest vraiment l'esprit de prière, de prière continuelle... *
D Un des hommes les plus doués d'intuition spirituelle que nous ayons jamais rencontré était employé de bureau. Tout autour du pupitre où il travaillait, on discutait à très haute voix de nombreuses affaires. Sans se laisser déranger le moins du monde par tout ce bruit, fidèle à son idéal intérieur, il avait le pouvoir de se retirer en lui-même. Chaque fois qu'il se trouvait dans la perplexité, il s'enveloppait dans une méditation si profonde que tous les bruits du bureau ne pouvaient y pénétrer ; alors il avait l'esprit aussi tranquille que s'il eût été au milieu d'une forêt vierge. D prenait avec lui, dans cette mystique et silencieuse retraite, la question qui l'embarrassait, et il attendait passivement, mais plein de confiance, que la réponse précise lui parvint. Jamais une seule fois, pendant bien des années, la réponse ne lui manqua. Jamais elle ne fut trompeuse. » '
Quelle diiTérence intrinsèque y a-t-il entre un tel état d'&me et le sentiment habituel de la présence de Dieu, soit chez les protestants (par exemple chez Jeremy Taylor), soit chez les catholiques ? J'emprunte au livre du Père Lejeune les deux citations suivantes : *
(i) DafissBR : Voices of Preedom^ 33,
i%) Trinb : In Tune with the Infinité^ p« ai^.
Çf) TRDfB, p.IX7.
(4) Introduction à La Vie Mystique, p. 66.
L OPTIMISME RELiaiSUX 99
« Parole de sainte Thérèse : « Une âme bien recueillie est on vrai paradis. »...
« Alyarez de Paz.., dans son traité de la Préparation à la Con^ templation...
c C'est le souvenir de Dieu, la pensée de Dieu, qui, en tous » lieux et en toutes circonstances, nous le fait voir présent, nous » permet de nous entretenir amicalement et respectueusement » avec lui, et nous remplit pour lui de désir et d'amour. Voulez- » TOUS échapper à tous les maux ? Ne perdez le souvenir de Dieu, » ni dans la prospérité, ni dans l'adversité, ni dans quelque occur- » rence que ce soit. N'invoquez pour vous soustraire à ce devoir, » ni la difficulté ni l'importance de l'occupation à laquelle vous » vous livrez : vous pouvez toujours vous rappeler que Dieu vous » voit, que vous êtes sous son regard. Si mille fois en une heure » vous perdez le souvenir de sa présence, ravivez mille fois ce » souvenir. Si vous ne pouvez pratiquer cet exercice d'une façon 1» continue, rendez-vous le du moins aussi familier que possible, » et, à l'exemple de ceux qui, dans un hiver rigoureux, s'appro- » chent du feu le plus souvent qu'ils peuvent, allez aussi souvent » que vous le pouvez à ce feu ardent qui réchauffera votre âme. » Lib. V.,par8 I, cap, L »
Extérieurement^ la discipline catholique ne ressemble en rien à la nUnd-cure, mais le côté purement spirituel est identique de part et d'autre. De part et d'autre, on sent bien que ceux qui préconisent un tel état d'âme en ont fait eux-mêmes l'expérience et peuv#fit en parler avec autorité. Je citerai encore cette page de M. Henry Wood :
« Penser avec élévation, penser d'une manière pure et saine ne s'acquiert pas tout seul ; c'est un sillon qu'il faut creuser ; c'est une habitude qu'il faut entretenir et fortifier. Grâce à cette discipline, notre horizon mental s'illuminera tout entier de beauté, de santé, d'harmonie. On peut éprouver tout d'abord quelque difficulté à penser toujours avec élévation et pureté, il peut même sembler qu'on répète machinalement certains mots, mais la persévérance nous 7 fera trouver tôt ou tard de la facilité, puis du plaisir, enfin une joie parfaite.
» Le monde réel, pour l'âme, c'est celui qu'elle a construit ellemême avec ses pensées, ses sentiments et ses imaginations. Si nous le voulons, nous pouvons tourner le dos au monde inférieur des sens, et nous élever jusqu'au monde supérieur de l'Esprit et de la RéaUté, pour y faire notre demeure. Si nous tenons notre
loo l'expéribncb rslioieusb
esprit ouyert aux effluves d'en haut, le soleil spirituel nous inondera irrésistiblement de sa lumière... Toutes les fois que notre pensée n*est pas absorbée par nos devoirs domesticpies ou professionnels, nous devrions la faire planer dans cette divine atmosphère. Il y a chaque jour des moments de répit, il y a la nuit des heures où nous ne dormons pas ; c'est alors que nous pourrions nous exercer à une méditation si agréable et si salutaire. S'il est quelqu'un qui n'ait jamais encore fait d'efforts systématiques pour élever ses pensées, pour en devenir le maître, et qui consente à faire sérieusement, pendant un seul mois, l'essai de cette méthode, le résultat le surprendra et le diarmera tellement, qu'à aucun prix il ne voudra retourner à son ancienne façon de penser, sans ordre, sans but et sans profondeur. Dans ces moments heureux, le monde extérietu* avec son tourbillon de petits événements journaliers disparait à nos yeux; nous entrons dans le sanctuaire intérieur et silencieux de l'Ame pour aspirer plus haut, pour conmiunier avec l'infini. Les flots tumultueux de nos sensations sont apaisés : dans ce calme parfait, notre sensibilité spirituelle devient assez aiguë pour que nous puissions percevoir distinctement la petite voix tranquille de l'Esprit divin. Notre moi individuel s'aperçoit graduellement qu'U est en présence de cette Ame divine dont il procède et dont l'amour Paternel, puissant et salutaire, nous enserre de toutes parts ; nous sentons couler en notre âme la vie, l'amour, la vertu, la santé, le bonheur, car elle est en contact avec l'Ame Suprême, qui est la Source Inépuisable de tous ces biens x>.*
Ne serait-ce là que des paroles en l'air, pour encourager les autres ? Quand nous arriverons au mysticisme, nous verrons qu'il n'en est rien. Nous verrons que ce sentiment d'imion spirituelle est un état d'ftme parfaitement défini qui se produit de temps en temps chez certains hommes et qui devient pour eux, plus que n'importe quelle autre chose au monde, le but et la raison d'être de leur vie entière.
Ceci m'amène à présenter quelques considérations générales avant de terminer ce long chapitre. Je voudrais brièvement comparer entre elles d'une part cette religion optimiste
(i) Hbnry Wood : Idéal Smggeêtion ihrough Mental PhotogfaphjTf p. Si# 70 (abrégé).
L OPTIMISME RELIGIEUX lOI
de la mind'Cure et d'autre part la méthode scientifique, appliquée à la conduite de la vie.
Les positivistes — qui sont nombreux aujourd'hui — vous diront que la pensée religieuse n'est qu'une relique du passé ; un retour par atavisme à un mode de pensée que Thumanité, dans la personne de ses représentants les plus éclairés, a depuis longtemps laissé derrière elle. Si vous leur demandez de s'expliquer plus clairement, ils ajouteront que la pensée primitive conçoit tout sous la forme d'une personnalité. Le sauvage ne sait voir dans les phénomènes de la nature que des volontés individuelles, se déployant pour atteindre des fins particulières. Pour lui, tout se ramène en dernière analyse à des personnes qui s'entr'aident ou qui se disputent : ce sont les éléments irréductibles de l'univers. La science au contraire a démontré que la personnalité, loin d'être une force élémentaire dans la nature, n'est que la résultante passive des forces vraiment élémentaires, physiques, chimiques, physiologiques, psycho-physiques, qui sont toutes générales et impersonnelles. Les individus ne sont rien dans l'univers sinon des cas particuliers de lois universelles. Comment la science est-elle parvenue à discréditer le personnalisme et à supplanter la pensée primitive ? C'est en appliquant strictement la méthode de vérification expérimentale. Agissez d'après la conception scientifique, c'est-à-dire rigoureusement impersonnelle, des choses, et vous ne serez jamais en défaut. Le monde est ainsi fait que vos hypothèses se vérifieront toujours quand elles seront hnpersonnelles et univers selles, jamais autrement.
Mais voici la mind'Cure^ conception diamétralement opposée, qui nous promet le même succès. Agissez comme si j'avais raison, dit-elle, et l'expérience de chaque jour vous prouvera que vous êtes dans le vrai. Vous éprouverez dans votre corps, dans votre esprit, que les énergies qui gouvernent la nature sont des énergies personnelles, que vos pensées personnelles sont des forces réelles, que les puissances de l'univers répondent directement à vos appels et à vos besoins individuels. Cette vérification pratique des idées religieuses les plus primitives est un fait incontestable, nous l'avons vu, et d'une portée considérable. Au moment où Tau-
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torîté de la science semble atteindre son apogée, cette doctrine hardie et agressive ose se mesurer avec elle, et remporte la victoire en usant des mêmes armes, à savoir de la méthode de vérification expérimentale. La croyance à une puissance supérieure, nous dirigeant beaucoup mieux que nous ne pourrions le faire nous-mêmes, si seulement nous nous abandonnons franchement à elle, se confirme en nous toujours davantage, au lieu de s'affaiblir, à mesure que nous la mettons en pratique. Des conversions qui s'opèrent de la sorte et des progrès que font les nouveaux convertis dans leur croyance, j'ai déjà donné de nombreux exemples. Qu'on me permette d'en citer encore quelques autres, pour mieux illustrer la théorie :
a Deux mois après avoir été chez la guérisseuse, j'eus Toccasion d'appliquer ce qu'elle m'avait enseigné. En tombant, je me fis une
I entorse à la cheville du pied droit, ce qui m'était arrivé déjà quatre auB auparavant ; j'avais dû alors me servir pendant plusieurs mois d'une béquille et porter un bandage élastique autour de la cheville. J'avais depuis lors pris grand soin d'éviter pareil accident. Cette fois-ci je me relevai, et dès que je fus debout je me fis à moi-même cette suggestion, que je sentis vibrer dans tout mon être : « Il n'existe rien d'autre que Dieu, il est la source parfaite de toute vie. Je ne puis me faire ni entorse ni aucun mal. Dieu j
II pourvoira ». Eh bien, je ne sentis plus rien, et je fis trois kilomè- V. très à pied ce jour-là ».
Dans le cas suivant, presque aussi trivial, on voit bien cet abandon, cette passivité, sur laquelle j'ai tant insisté :
I {{ J'allai en ville un matin pour faire des commissions ; peu après
L être partie, je commençai à me sentir malade. Cette impression
I augfmenta rapidement : tous les membres endoloris, mal au coeur,
faiblesse, migraine, bref tous les symptômes de l'influenza. Je pensai que j'allais avoir la grippe, qui sévissait à Boston, ou quelque chose de pire. Là-dessus les leçons de mind-cure que j avais suivies durant tout l'hiver me revinrent à Fesprit, et je me dis que c'était une bonne occasion de m' éprouver moi-même. Eq retournant à la maison je rencontrai une amie, et je me contraignis à ne pas lui dire ce que j'éprouvais. C'était un premier pas de fait. En rentrant, je me couchai immédiatement. Mon mari voulait faire appeler le médecin, mais je lui dis que je préférais
l'optimisme religieux io3
attendre jusqu'au lendemain matin» pour voir comment je me sentirais. Alors se déroula une des plus merveilleuses expériences que j'aie jamais faites. Je ne puis Texprimer autrement qu'en ces termes : <x Je m'étendis dans le fleuve de vie et je laissai les eaux couler sur moi. » Je rejetai toute crainte de maladie. J'étais pleine de soumissioii. Plus trace d'effort intellectuel, plus de suite dans ma pensée. Mon idée dominante était celle-ci : « Voici la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon ta volonté I » J'étais remplie de la confiance que tout irait bien, que tout allait bien. La vie créatrice coulait en moi sans cesse, je me sentais unie à l'Infini, dans un état d'harmonie, et pleine de cette paix qui surpasse toute intelligence. D n'y avait plus de place dans mon esprit pour la pensée d'un organisme discordant. Je n'avais plus conscience ni du temps, ni de lespace, ni des personnes ; mais seulement de l'amour, du bonheur et de la foi qui m'inondaient le cœur. Je ne sais combien de temps cela dura ni comment je m'endormis; mais quand je me réveillai le matin, f allais bien. »
Certes ce sont là des faits bien terre à terre ; mais, ou je me trompe fort, ou nous avons là des cas précis de vérification expérimentale. Voici un dernier cas, où la guérison paraît surtout morale :
<c Cédant aux instances de quelques amis, sans la moindre foi» et à peu près sans espérance (ce qui provenait sans doute d'un échec précédent avec un guérisseur de la Science Chrétienne)» nous plaçâmes notre petite fille entre les mains d'une guérisseuse. Lie diagnostic du médecin avait été très décourageant. Elle fut guérie de son mal. Ceci m'intéressa ; je me mis à étudier sérieusement la théorie et la pratique de cette nouvelle façon de guérir. Peu à peu, je sentis un apaisement intérieur qui se manifesta dans toute ma manière d'être. Mes enfants, mes amis remarquèrent ce changement et en furent frappés. Toute irritation disparut. L'expression de mon visage elle-même changea.
» J'avais été fanatique, agressif dans la discussion. Je devins largement tolérant et prêt à entrer dans les idées d' autrui. J'avais été nerveux et irritable ; deux ou trois fois par semaine je rentrais chez moi avec une migraine causée, à ce que je croyais alors, par de la dyspepsie et du catarrhe stomacal. Mon humeur devint égale et sereine, les troubles physiques disparurent entièrement. J'avais eu lliabitude de ressentir une crainte presque morbide, chaque fois que je me rendais à une entrevue où il me fallait traiter d'affaires. Maintenant, j'aborde tout le monde avec un calme intérieur parfait et une tranquille assurance.
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)» Je puis tout résumer en disant qu'il y eut en moi élimination progressive de Tégoîsme. Je n* entends pas seulement les formes grossières et sensuelles, mais ces formes subtiles d'égoisme»le chagrin, TafiDiction, le regret, Tenvie, etc. J'ai fait aussi Texpérience féconde de Tinmianence de Dieu, de la divinité da moi intérieur. »
Il importe peu, pour la thèse que je veux établir, de saveur si l'auteur d'un récit comme ceux que nous venons de lire a pu être le jouet de son imagination. Persuadé qu'il a vérifié par expérience la valeur de la doctrine qui lui est proposée, il fonde sa croyance sur cette vérification. Sans donte le premier venu ne peut pas compter sur l'efficacité d'un tel traitement, pas plus qu'il ne peut compter être guéri par le premier médecin qu'il consultera. Mais pour tous ceux qui peuvent vérifier par de telles expériences leur conception naïve de la guérison par influence spirituelle, voudrait-on qu'un scrupuleux pédantisme les ftt renoncer à leur philosophie primitive et barbare, pour adopter une thérapeutique plus scientifique? Ne serait-ce pas là^ de la part du positiviste entiché de science, une prétention exagérée ?
Je crois que la science positive n'a pas le droit, du moins pour le moment, d'émettre de telles prétentions. Les faits que nous venons d'étudier, et combien d'autres dans le domaine religieux I prouvent au moins ceci^ que l'univers a des aspects plus nombreux et plus divers qu'aucune école ne veut l'admettre. Nos vérifications partielles ne sontrcUes pas simplement des faits qui s'accordent avec le système d'idées que nous appelons notre conception des choses ? Qui nous prouve qu'il n'y a qu'un seul de ces systèmes correspondant à la réalité? Il résulte de l'ensemble de notre expérience que l'univers se prête à une foule de conceptions différentes, et qu'en fait il existe des hommes qui, partant de ces conceptions diverses, aboutissent à des résultats divers, dont chacun est profitable à sa manière. Suivant les cas, on préfère l'un ou l'autre ; souvent pour obtenir l'un, il faut, au moins provisoirement, renoncer à l'autre. La science donne à chacim de nous le télégraphe, la lumière électrique, la diagnose médicale, réussit à guérir et à prévenir quelques maladies. La mindcnre^ cette religion nouvelle, donne à plusieurs d'entre nous
l'optimismb RBLiaiISUX io5
la sérénité, l'équilibre moral, le bonheur ; elle guérit certains malades aussi bien que la science peut le faire, et d'autres beaucoup mieux. Toutes les deux, science et religion, sont donc des clefs bien authentiques donnant accès, pour qui sait s'en servir , aux ressources cachées de l'univers. Ni l'une ni l'autre ne nous ouvre toutes les entrées et rien ne nous empêche de nous servir des deux en même temps. Après tout, pourquoi le monde ne serait-il pas composé de plusieurs sphères de réalité, se pénétrant les unes les autres? Pour atteindre chacime d'elles, nous devrions nous munir d'une conception différente de l'univers. N'est-ce pas ainsi que les mathématiciens traitent les mêmes problèmes numériques et spatiaux, tantôt par l'arithmétique ou la géométrie pure, tantôt par l'algèbre ou la géométrie analytique, tantôt par le calcul infinitésimal ou par la méthode des quatemions ? Et les résultats sont toujours exacts, quoiqu'ils ne soient pas toujours du même ordre. Envisagées de ce point de vue, la religion et la science seraient coétemelles ; chacune se vérifierait à sa manière, à tout instant et dans toute vie humaine. La pensée primitive, pour laquelle les personnes sont des réalités et les forces des individus, est bien loin, aujourd'hui encore, de céder la place à la science. Un grand nombre d'esprits cultivés y trouvent le moyen le plus direct et le plus pratique d'entrer en contact avec la réalité.
Ces différentes sphères de réalité sontrclles irréductibles ? Les conceptions les plus diverses n'arriveront-elles pas un jour à se fondre en une conception intégrale? Comment peut-on s'acheminer vers cette unité de la pensée ? L'avenir seul peut répondre à ces questions. La plupart des philosophes prennent pour accordé que cette unité est réalisable. Mais si nous nous en tenons aux faits tels que nous pouvons les constater actuellement, nous sommes en présence de coDceptions disparates, dont chacime correspond à une portion de la vérité universelle, et laisse en dehors d'elle une partie de la réalité.