J0SAI3ET
Tous vos doutes, mon fils, bientôt s'éclairciront.
A quoi tead cette entrée solennelle ? A graver profondément dans lesprit de l'enfant cette idée que le roi et le grand prêtre se doivent un mutuel appui. Et c'est bien là leffet qu'obtient cette cérémonie symbolique. Mais est-on surpris que Joad en ait eu la pensée ? Ne reconnaît-on point là son imagination. wUe même imagination qui combinera les coups de théâtre du cinquième sucte?
JOAS
Vous voulez essayer ce bandeau sur mon front ? Ah î Princesse, gardez d'en profaner la gloire. Du roi qui l'a porté respectez la mémoire. Un malheureux enfant aux ours abandonné...
Pourquoi Joad veu-t-il qu'on mette la couronne au front de l'enfant avant de lui annoncer qu'elle lui appartient? Afin de lui faire comprendre le respect dû à cette couronne : en sentirait-il aussi bien la gloire s'il savait qu'il a le droit de la porter? L'effet cherché par Joad est obtenu. Mais on ne saurait être surpris que Joad ait eu cette idée. Tout à l'heure nous reconnaissions son imagination ; nous reconnaissons maintenant sa prévoyance.
josABET, lui essayant le diadème.
Laissez, mon fils, je fais ce qui m'est ordonné.
iV'est-ce pas une idée délicate et touchante que de faire ^ poser la couronne sur le front de l'enfant par la main qui lui a sauvé la vie ? Mais cette itlée étonne-t-elle de la part de Joad ?
JOAS
Mais j'entends les sanglots .sortir de votre bouche ! Princesse, vous pleurez! Quelle pitié vous touche? Est-ce qu'en holocauste aujourd'hui présenté, Je dois, comme autrefois la fille de Jephté,
Du Seigneur par ma mort apaiser la colère ? Hélas ! un fils n'a rien qui ne soit à son père.
JOSABET
Voici qui vous dira les volontés des cieux.
Ne craignez rien. Et nous, sortons tous de ces lieux.
La mise en scène combinée par Joad — et où l'on retrouve tous les traits de son caractère — a produit tout l'effet qu'il eu attendait : elle a suscité la curiosité del'onfaut; elle l'a rempli d'un respect religieux pour la couronne qu'il va ceindre : elle l'a ému d'une douce pitié pour sa mire adoptive ; elle lui a inspiré une vénération profonde envers Dieu. Le grand prêtre peut maintenant paraître en personne : il achèvera lui-même l'œuvre commencée sur ses ordres.