STRATONICE
.Vo/?, il rit ; mais, ô pleurs superflus ! Ce courage si grand, celte âme si divine, JV'est plus digne du jour, ni digne de Pauline. Ce n'est plus cet époux si charmant à vos yeux; C'est l'ennemi commun de l' État et des dieux, Un méchant, un infâme, un rebelle, un perfide, Un traître, un scélérat, un lâche, un parricide. Une peste exécrable à tous les gens de bien, Un sacrilège impie : en un mot, un chrétien.
Est-ce que Pauline à cette nouA'elle si grave voudra aussitôt savoir ce que sou mari a fait au temple? Xon. Il lui faut d'abord raffermir en elle le sentiment du devoir.
PAULINE
Je l'aimai par devoir : ce devoir dure encore.
STBATONICE
// VOUS donne à présent sujet de le haïr :
Qui Iruliil tous nos dieux aurait pu vous trahir.
PAULINE
Je l'aimerais encor, quand il m'aurait trahie ; Et si de tant d'amour tu peux être ébahie. Apprends que mon devoir ne dépend point du sien : Qu'il y manque, s'il veut ; Je dois faire le mien.
Pauline parle à Stratouice, mais c'est à elle-même surtout quelle sadresse : cest à elle-même quelle rappelle la grande loi morale : notre devoir ne dépend pas du devoir des autres ; s'ils y manquent, nous devons faire le nôtre. Quand Pauline s'est imposée ainsi Fobligation de remplir tout son devoir jusquaubout, alors seulement elle demande le récit du sacrifice, et il y a quelque chose de très grand dans l'attitude de cette femme qui, tant qu'elle ne s'est pas bien défini son devoir, fait taire sa curiosité, de peur que la narration de Stratonice ne lui apporte des arguments qui affaiblissent sa volonté.
Mais Stratonice fera-t-elle maintenant sa narration telle qu'elle l'aurait faite tout à l'heure ? >^on, certes. Tout à l'heure elle croyait qu'il suffisait du mot : « Polyeucte est chrétien » pour susciter chez Pauline la haine de son mari. Maintenant elle voit que Pauline « chérit » toujours « la personne » de celui qui est tombé dans une « erreur » détestable, et elle va essayer de mettre dans son récit tout ce qu'elle a de passion au cœur pour qu'une femme obstinée à aimer un si grand coupable comprenne la gravité du sacïUège.