‹ L'explication françaiseChapitre 5 sur 23 · STRATONICE · texte numérisé non relu

STRATONICE

C'est une impiété qui n'eut jamais d'exemple. Je ne puis y penser sans frémir à Tinstant,

Et crains défaire un crime en vous la racontant.

Apprenez en de jx mots leur brutale insolence.

Le prêtre avait à peine obtenu du silence

Et devers l'orient assuré son aspect,

Qu'ils ont fait éclater leur manque de respect.

A chaque occasion de la cérémonie,

A lenvi Tun el I autre étalait sa manie,

Des mystères sacrés hautement se moquait,

Et traitait de mépris les dieux qu'on invoquait.

Tout le peuple en murmure et Félix s'en offense ;

Mais, tous deux s'emportant à plus d'irrévérence :

(( Quoi I lui dit Polyeucte en élevant sa voix,

Adorez-vous des dieux ou de pierre ou de bois ? »

Ici dispensez-moi du récit des blasphèmes

Qu'ils ont voni lous deux contre Jupiter mêmes;

L'adultère et linceste en étaient les plus doux.

« Oyez, dit-il ensuite, oyez peuple, oyez tous.

Le Dieu de Polyeucte et celui de Néarque

De la terre et du ciel est l'absolu monarque,

Seul être indépendant, seul maîire du destin,

Seul principe étprnel et souveraine fin.

C'est ce Dieu de6 chrétiens qu'il faut qu'on remercie

Des victoH'es qn'il donne à l'empereur Décie;

Lui seul tient en sa main le succès des combats;

Il le veut élever, il le peut mettre à bas:

Sa bonté, son pouvoir, sa justice, est immense;

C'est lui seul qui punit, lui seul qui récompense :

Vous adorez en vain des monstres impuissants. »

Se jetant à ces mots sur le vin et l'encens,

Après en avoir mis les saints vases par terre,

Sans crainte de Félix, sans crainte du tonnerre,

Dune fureur pareille ils courent à l'autel.

Cieux ! a-t-on vu jamais, a-t-on rien vu de tel ?

Du plus puissant des dieux nous voyons la statue

Par une main iiupie à leurs pieds abattue !

Les mystères tîoublés, le temple profané,

La fuite et les clameurs d'un peuple mutiné,

Qui craint d être accablé sous le courroux céleste, Félix... Mais le voici qui vous dira le reste.

La partie capitale du récit de Stratonice, c'est le discours de Polyeucte : ^ Oyez, dit-il ensuite, oyez peuple, oyez tous. »

A la prendre en elle-même, cette profession de foi est admirablement appropriée à la situation. Elle explique la conduite du personnage, et c'est ce qui fait une grande partie de son éloquence.

Au cinquième acte, quand Polyeucte professe sa foi devant le juge dont dépend sa vie, que dit-il ? Ceci : « Je n'adore qu'un Dieu, qui, bien qu'il soit tout-puissant, puisqu'il est le maître de l'univers, puisqu'il est celui sous qui tremblent le ciel, la terre et les enfers, a voulu cependant mourir pour nous, et mourir d'une mort ignominieuse. » Polyeucte justifie ainsi son obstination à vouloir le martyre. En mourant, il paie sa dette à un Dieu qui est mort pour lui, non par faiblesse, mais par amour. Il ny a rien de plus éloquent que ces paroles parce qu'il n'y en a pas de mieux commandées par les circonstances.

Mais lorsque Polyeucte parle au temple, il ne le fait pas avec moins d'à-propos. Pourquoi renverse-t-il les idoles? Parce que le sacrifice qui leur est offert se trompe d'adresse. Celui qui devrait le recevoir, c'est le Dieu de Polyeucte , car c'est lui qui punit et lui qui récompense, lui qui est le maître du destin, l'éternel principe, la fin souveraine ^ Comment les dieux de Félix pourraient-ils être les maîtres du destin? Ils sont plusieurs, donc ils sont « impuissants » : leurs volontés se limitent et se contrarient. Et pourquoi leur donner des actions de grâces? Puisqu'ils sont des « monstres ». c'est-à-dire puisqu'ils dirigent les choses

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