Corneille avait mis d'abord
« Seul maître du destin, seul être indépendant, Substance qui jamais ne reçoit d'accident. »
Ce dernier vers était intéressant: il définissait le Dieu des chrétiens par un de ses plus grands attributs. Et cependant ce beau vers n'était qu'une cheville de douze syllabes amenée par la rime : car il n'importe point à la situation que Dieu soit défini ici -< la substance qui ne reçoit pas d'accident ». Au contraire, il importe de dire que les actions de grâces après les victoires sont dues à Celui d'où tout vient et à qui tout retourne, à Celui qui est le principe éternel et la û 1 souveraine.
humaines au gré de leurs passions, ils sont assez payés par le plaisir qu'ils ont eu à satisfaire leur caprice. Les actions de grâces reA'iennent au Dieu qui. étant tout pouvoir, est en même temps toute bonté et toute justice.
— Mais si daus ces paroles Polyeucte a si bien défendu son Dieu et si bien justifié sa conduite, poui"quoi Stratonice les rapporte-t-elle textuellement, elle qui veut perdre Polyeucte dans lesprit de sa femme ? — Parce quelle n'en comprend ni le sens, ni la beauté. Sa haine laveugle. Les propos et les actes des chrétiens lui paraissent des insanités. Aussi pour faire détester à Pauline la folie du nouveau chrétien ne trouve-t-elle rien de plus efficace que de lui répéter en propres termes les propos qu'elle vient d'entendre : ils l'ont trop indignée pour quelle ne les ait pas retenus fidèlement.
Elle en a même retenu, non seulement le texte, mais le ton. mais l'accent, et en les rapportant à Pauline elle conserve certainement de son mieux et ce ton et cet accent.
Dès lors. Ton voit la conséquence : ce n'est plus Stratonice que Pauline entend, c'est Polyeucte. Et la parole de Polyeucte, citée par la confidente dans un dessein hostile, produit, en arrivant aux oreilles, à l'intelligence, au cœur de Pauline, les effets sur lesquels Stratonice comptait le moins.
D'abord, elle prouve à Pauline que Polyeucte n'est pas un écervelé. S'il a été poussé à faire cet éclat, ce n'est pas par égarement d'esprit, comme on l'en accuse ; c'est par une conviction raisonnée, qui sait ce qu'elle est et qui sait se défendre. S'il a changé de foi, c'est après avoir comparé et réfléchi.
D'autre part, Pauline est encore fort loin, sans doute, d'être convertie aux croyances de son mari par la profession qu'elle lui entend faire de sa foi. Mais du moins se dit-elle : « Si ce Dieu des chrétiens est peut-être une chimère, ce n'est pas une chimère méprisable. Elle est noble et sublime, elle a de l'attrait pour ma raison, cette conception d'une divinité unique, toute puissance, toute bonté, toute justice ».
Stratonice voulait détacher Pauline de Polyeucte : elle a, sans le vouloir, travaillé à l'attacher à lui davantage. Elle voulait lui faire ha'ir la foi des chrétiens : elle a réussi à la lui faire estimer.
DESeRIPTICNS
Les descripTions jouent un rôle bien moins important que les récits dans les œuvres dramatiques. Un récit, sans doute, risque de faire crier au spectateur, comme le remarque spirituellement fauteur de la préface de Cromwell : « Vraiment ! mais conduisez-nous donc là-bas. On s'y doit bien amuser, cela doit être beau à voir ! » Un récit n'en est pas moins une action racontée, et, bien que racontée, une action a nécessairement quelque chose de dramatique. Mais qu'est-ce qu'une description peut avoir de dramatique?
Cependant les grands génies ont réussi à faire tout entrer dans le drame, même ce qui semblait le moins s'y prêter. La description y entrera donc, elle aussi, s'il le faut. A quelles conditions ? 1" A la condition qu'elle produise de l'action, qu'elle serve à la marche du drame. 2° A la condition que l'auteur sache dépouiller ses propres yeux pour voir l'objet avec les yeux de son personnage. B^ A la condition, si l'objet est intéressant, que le spectateur puisse le bien voir à travers une description qui sera faite pourtant d'un point de vue très spécial, puisque ce sera celui d'un personnage ayant un caractère très tranché et s'adressant à uir personnage doué également d'un caractère très déterminé.
DESeRIPTIONS
Description de l'habit de don Juan par Pierrot.
(Molière, Don Juan. Acte II, se. 1.)
Pierrot a commis une première maladresse : il a raconté le sauvetage de don Juan de telle façon que la sympathie de Charlotte allât, non au sauveteur, mais au naufragée 11 va en commettre une seconde : il fera une description ironique du singulier habit du gentilhomme qu'il a tiré de l'eau.
PIERROT
Ils l'ont r'habillé tout devant nous. Mon quieu, je n'en avais jamais vu s'habiller; que d'histoires et d'angigorniaux boutont ces messieurs-là les courtisans! Je me perdrais là dedans, pour moi, et j'estais tout ébobi de voir ça. Quien, Charlotte, ils avont des cheveux qui ne tenonl point à leu tête, et ils boutont ça, après tout, comme un gros bonnet de fiiace. Ils ont des chemises qui ont des manches où j'entrerions tout brandis ^,loi et moi. En glieud'hautde-chausse, ils porlont un garde-robe^ aussi large que d'ici à Pâques; en glieu de pourpoint de petites