DROITS DE DOUANE A TAHITI
articles de ménage en fer, en tôle et acier 24,3o pour loo ou 20 pour ioo\.. etc.
La « furie protectionniste » n'a pas connu de mesure : un décret du 29 novembre 1892 avait maintenu en Guyane les droits de douane, qui frappent en France les « bois ouvrés » afin d'obliger les constructeurs de la colonie d'aller chercher jusque dans la métropole ces articles de première utilité; un décret du 26 novembre 1892 avait maintenu en Nouvelle-Calédonie les droits du tarif métropolitain sur les sacs de jute dans le but, — qui d'ailleurs n*a jamais été atteint, — de remplacer les sacs des Indes par ceux de France, — et, les sacs de jute sont un « outil » indispensable pour les exploitants de mines. Ce n'est qu'après trois et quatre années de réclamations que les conseils locaux des colonies intéressées ont obtenu l'exemption de ces articles.
Il faut encore noter que deux des colonies dans lesquelles la loi de 1892 n'a pas été déclarée applicable, ont dû, cédant à la pression administrative, établir des tarifs spéciaux en vue de protéger les importations françaises. Ce sont le Sénégal et... Tahiti, — oui, Tahiti ! située aux antipodes, perdue dans les immensités du Pacifique et qu'aucun service régulier de navigation ne relie à la France. Au Sénégal
I . Ces chiffres, fournis par radministration des douanes, sont les moyennes obtenues d'après les prix de l'année 1898.
On comprend, sans qu'il soit nécessaire d'insister, que les pourcentages varient avec le cours des marchandises ellesmêmes.
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un droit presque uniforme de 7 pour 100 frappe les marchandises étrangères; àTahiti des droits de i3 pour 100 sont établis sur les tissus de coton, de laine, de soie, et sur beaucoup d'autres articles.
Ainsi, aux colonies comme en France, lîp politique protectionniste a coalisé les intérêts particuliers contre r intérêt général*. )
Ceux-ci, d'ailleurs, se déclarent aujourd'hui, non pas complètement satisfaits, — car ils sont insatiables,
I. C'est une telle préoccupation au ministère des Colonies d'établir partout des droits <)ue Ton a imagi||fe d'instituer en Indo-Chine, à côte des taxes douanières qui^appent les marchandises d'origine étrangère destinées à être consommées dans la colonie, des « droits de transit » que ces mêmes marchandises sont dans l'obligation d'acquitter lorsqu'elles empruntent la vallée du Song-Koi pour pénétrer au Yu-nam.
Il est pour la France et pour l'Indo-Chine du plus grand intérêt d'habituer le commerce à employer la voie du Tonkin pour entrer en rapports avec les provinces méridionales de la Chine, — et il serait d'autant plus nécessaire de lui faciliter l'emploi de cette route que ce n'est point la seule qui existe. On peut, en effet, atteindre la Chine soit par la Birmanie, soit par le Si-Kiang. D'autre part, tandis (jue l'Angleterre construit deux voies ferrées dans la Haute-Birmanie, le chemin de fer qui doit relier Ilaï-Phong à Lao-Kay n'est pas encore commencé. . Mais est-il possible de renoncer à « protéger », — ou à paraître protéger quelque part les marchandises françaises ? Le décret du 29 novembre 1892 a donc décide que les marchandises étrangères transitant par le Tonkin, à destination de la Chine, acquitteraient un cinquième des droits inscrits au tarif des douanes, tandis que les marchandises métropolitaines jouiraient de la franchise.
Le bénéfice est nul pour le commerce français, puisque l'application intégrale du tarifdouanier lui-même ne suffit pas pour arrêter les ventes étrangères dans la colonie, mais cette taxe de transit constitue une charge, une vexation, qui est de nature à inciter les négociants importalo'îirs à emprunter les voies rivales de Bhamo et du Si-Kiang.
MÉCO?îTE?ïTEMENT GÉ^îÉRAL 285
— mais quelque peu rassurés. Il résulte, en effet, de la comparaison des statistiques de 1890 et de 1898 que les importations des marchandises françaises dans toutes nos colonies, — l'Algérie et la Tunisie, seules exceptées, — se sont élevées de 71 millions à i3i millions. En Indo-Chine, notamment, la consommation des produits métropolitains est passée de 16700000 francs à 444oo francs, alors que, dans le même temps, l'augmentation de la vente des produits étrangers, si elle n'a pas diminué, s'est accrue, du moins, dans une proportion beaucoup moindre : de 43 3ooooo francs à 58 millions de francs*.
Les protectionnistes ne se trompent-ils pas, quand ils se félicitent de ces résultats ? Il ne faut point seulement, il nous semble, interroger les statistiques. A côté de « ce que l'on voit » est, suivant le mot de Bastiat, « ce que l'on ne voit pas », — ou mieux « ce que l'on ne veut pas voir » .
Le régime de 1892 a soulevé dans toutes nos colonies un mécontentement général. Partout des crises
I. C'est en Indo-Chine que la vente des marchandises françaises a le plus progressé. Après, il faut citer le Sénégal où nos inaportations sontpassées de 5 800000 francs en 1890 a 16 100 000 en 1898. Dans la même période la consommation des produits métropolitains n'a pas augmenté aux Antilles et à la Réunion ; elle a été insensible à Saint-Pierre-Miquelon, assez peu importante à la côte occidentale d'Afrique. (Statistiques coloniales).
Au total, ainsi qu'on le verra plus loin (page 398) on observe entre les deux 'années 1890 et 1898 les différences suivantes :
1890 : Ventes de marchandises françaises : 71 millions; de marchandises étrangères : i36 millions et demi.
1898: Ventes de marchandises françaises : i3i millions; dé marchandises étrangères : i45 millions et demi.
286 l'exploit AT10:f DE NOTRE EMPIRE COLO>L\L
locales ont éclaté lors de rapplication des nouveaux tarifs, qui ont amené d'abord un ralentissement des aJBTaires et quelquefois des ruines * ; partout aujourd'hui on se plaint de ce que les produits français sont généralement plus chers que les produits similaires étrangers, puis encore de ce que le fret entre la France et ses colonies est plus coûteux qu'entre l'étranger et les colonies. En Afrique, en Asie, on observe que les droits appliqués aux marchandises anglaises ou allemandes n'empêchent pas qu'elles soient recherchées de préférence par les indigènes ; ils ont pour seule conséquence le renchérissement des prix. Sur la côte occidentale d'Afrique, les noirs n'hésitent pas à faire plusieurs jours de route pour éviter nos comptoirs et aller échanger leurs produits dans les colonies étrangères où ils trouvent les articles dont ils ont besoin à meilleur marché que dans les nôtres. C'est en vain que l'on a tenté, il y a environ deux ans, d'installer des postes dans Tarrière-pays de la Côte d'Ivoire pour diriger sur Grand-Bassam les caravanes qui venaient échanger le caoutchouc; elles préféraient descendre dans la colonie anglaise voisine et elles ont résisté. Plusieurs Conseils généraux n'ont accepté les droits protecteurs que sous la pression de l'administration et ils les supportent impatiemment : plusieurs Cham-
I. La crise traversée par l'Indo-Chine a été particulièrement sensible en 1887 lors de l'application du premier tarif protecteur. Des négociants chinois émigrèrent ; des comptoirs durent fermer. Les imj)ortations de la Cochinchine et du Cambodge qui avaient été de Go millions en 1886 tombèrent à 4a en 1888.