‹ L'exploitation de notre empire colonialChapitre 101 sur 130 · MÉCONTENTEMENT GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

MÉCONTENTEMENT GÉNÉRAL

bres de commerce protestent contre les surélévations de droits dont on ne cesse de les menacer*. A la INfouvelle-Calédonie, les colons qui sont obligés d'acheter des marchandises françaises et souffrent du renchérissement de la vie, s'irritent de ce que leurs cafés soient imposés en France au demi-droit : « C'est une forme de langage assez courante parmi eux que celle-ci : ou la France, ou l'Angleterre ; ou la détaxe du café ou le libre commerce avec l'Australie ^. »

Il convient, certes, de ne rien exagérer, mais peutêtre faudrait-il se souvenir que ce sont les taxes douanières excessives imposées par l'Angleterre et l'Espagne à leurs colonies, qui ont amené, au siècle passé, l'insurrection des treize provinces de l'Amérique du Nord et, dans celui-ci, la séparation successive de la Plata, du Chili, du Mexique, de l'Amérique méridionale et centrale, du Pérou, puis récemment de Cuba et des Philippines. Quelques années après l'émancipation, un voyageur anglais entendait dire à un paysan de la Cordilière du Mexique : « Voici quel est mon jugement sur la révolution : auparavant je payais neuf dollars pour la pièce d'étoffe dont ce vêtement est fait, maintenant je ne paye plus que deux dollars. »

Ce n'est pas seulement à l'état d'esprit des colons

I . Notamment la Chambre de commerce de Saint-Louis du Sénégal, lorsqu'elle fut informée, il y a quelques mois, que les cotonniers français demandaient que le droit de o fr. 90 par pièce de i5 mètres, qui frappe actuellement les « guinées » étrangères importées dans la colonie, fut porté à i fr. 35.

a. Quinzaine coloniale du 20 mai 1899.

qu'il faut prendre garde, mais encore aux difficultés internationales que soulève le système protecteur. Il atteint en particulier T Angleterre, qui vend par tout j le monde, à très bas prix, — pour quelques cen- ^ times, — des fils et des tissus de coton de qualité inférieure aux populations pauvres préférant le bon marché à la qualité.

On sait aux ministères des Affaires étrangères et des Colonies que notre politique douanière a soulevé dans ces dernières années les protestations les plus vives du gouvernement britannique. Est-il certain qu^elles n'étaient en rien justifiées? Les premières difficultés se sont élevées à propos des taxes différentielles établies dans nos territoires de la Côte-d'Ivoire d'abord en i883, puis en 1897, malgré les engagements qui avaient été pris par les ministres français envers le cabinet de Londres. Elles n'ont pas été étrangères à la tension des rapports entre la France et l'Angleterre, pendant plusieurs mois de l'année de 1898, à propos des affaires du Soudan et du Niger. D'autres difficultés se sont produites à Madagascar. Celles-ci n'ont été révélées au public qu'au mois de janvier 1899 par la publication d'un Bine Book ; mais elles avaient leur cause dans les décrets du 28 juillet 1897 et du 3i mai 1898 qui ont établi dans la- grande île des droits de douane exagérés, prohibitifs même, sur les marchandises étrangères. Le second, notamment, surélève, sans l'avouer, les droits inscrits au « tarif maximum » métropolitain, — devenu « tarif unique )>,^ — sur les tissus de coton et les coutils. On a pensé.

DIFFICULTÉS AVEC l'a>'GLETERRE 289

de l'autre côté de la Manche, que nous avions voulu arrêter brusquement l'introduction des cotonnades anglaises au profit des articles similaires métropolitains. Madagascar ayant été conquise et déclarée possession française, le gouvernement avait le droit strict d'y établir le tarif douanier qui lui convenait*. N'a-t-il pas cependant dépassé la mesure? L'Angleterre qui, en 1897, introduisait à l'abri du tarif malgache, égal pour toutes les nations, pour 4o32 00o francs de tissus, vit ses importations tomber en 1898 à 621 000 francs, tandis que les importations françaises correspondantes passaient de i 200000 francs à 6280000 francs. C'était pour elle une perte de 3 4 1 1 000 francs *. L'occasion était bonne pour dire à Londres que l'on payait cher la substitution de l'administration directe française au régime du protectorat.

Est- il possible que de pareils faits, interprétés ou commentés, ne mécontentent pas les industriels anglais et demeurent sans influence sur les relations du gouvernement britannique avec notre pays ? Ne permettent-ils point d'ailleurs, à ceux qui ne nous aiment pas de répéter que tout accroissement du

I. Une loi du 6 août 1896 avait prononcé l'annexion, puis une seconde (16 avril 1897) avait placé Madagascar sous le régine douanier institué par la loi du 11 janvier 1893 (i*** groupe).

3. Au total, les importations anglaises sont tombées de 4 481 000 francs, — chiîfre de 1897, — à 1 0^7 000 francs, — chiffre de 1898. Celles de la France se sont élevées de 9 583 000 Jrancs à 17 039 000 francs.

Les statistiques provisoires publiées pour 1899 font prévoir des résultats assez semblables.

domaine colonial français a pour conséquence la fermeture des libres marchés ouverts à Tinitiative des commerçants de la Grande-Bretagne? La conséquence de notre politique est qu'aujourd^hui les diplomates du Forcing Office, lorsqu'ils négocient avec les agents du quai d'Orsay, se préoccupent de prévenir l'établissement de tarifs désavantageux pour leurs compatriotes dans les régions nouvelles qu'ils nous reconnaissent. C'est ainsi que les deux conventions relatives à la limitation des sphères d'influence, anglaise et française, dans le bassin du Niger et dans le Soudan oriental contiennent une disposition aux termes de laquelle les marchandises britanniques jouiront, pendant 3o années, dans ces régions du même traitement que les marchandises françaises « pour tout ce qui concerne la navigation fluviale, le commerce, le régime douanier et fiscal et les taxes de toute nature*. »

Nous avons contre l'Angleterre coloniale bien des griefs légitimes; en Afrique, en Asie elle a souvent méconnu nos droits, contrecarré nos efibrts ; mais il faut reconnaître que sur le terrain économique la politique protectionniste menace ses intérêts commerciaux. Cette politique, d'ailleurs, atteint également l'Allemagne qui exporte en Afrique des alcools, des poudres, des fusils de troque et des cotonnades. Derrière elle on pourrait citer la Belgique, la Hollande, la Suisse, TAutriche, — toutes les nations.

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