LA LOI DE
On ne saurait entrer ici dans Texamen des très nombreux décrets qui sont successivement intervenus, soit pour adapter le tarif métropolitain aux colonies dans lesquelles il est obligatoirement applicable, soit pour établir dans quelques-unes de celles où il ne Test pas un tarif spécial, ayant naturellement pour objet la protection des marchandises françaises. Il suffira, d'ailleurs, pour faire juger l'esprit et les conséquences du système, de citer un certain nombre de faits.
Aux Antilles, à la Guyane, à Saint-Pierre-Miquelon, au Gabon, à la Réunion, à Madagascar, à Mayotte, aux Comores, en Indo -Chine, en Nouvelle- Calédonie, le tarif métropolitain, applicable en principe, n'a été généralement rx)bjet que d'un nombre restreint d'exceptions, de telle sorte que, dans ces colonies, ce ne sont point seulement les objets manufacturés de fabrication française, tels que les cristaux, les machines, les tissus, les vêtements, les meubles, les objets en cuir ou en peaux qui sont protégés, mais aussi les denrées nécessaires à Talimentation. En lisant leurs différents tarifs, on relève, ici et là, des droits sur les céréales, les farines, les riz, les maïs, les bœxifs, le beurre, les fromages, les huiles, les viandes salées, le lait, la morue de provenance étrangère. C'est donc le renchérissement organisé de la vie de chaque jour, — du pain quotidien du blanc comme de l'homme de couleur. Aux Antilles, pour prendre un exemple, on peut évaluer que le droit de Go francs les loo kilos sur la
morue*, qui protège les pêcheurs français de Terre Neuve, représente un impôt annuel de plusieurs centaines de mille francs, peut-être d'un million, établi sur une population pauvre, — cette charge s'ajoutant d'ailleurs à celle que la même population supporte du fait que les tissus anglais bon marché, dont elle s'habillait, ont été chassés au profit des tissus français. On sait, d'autre part, que les droits portés au tarif métropolitain pour protéger les objets manufacturés contre la concurrence étrangère sont énormes. Nous rappellerons, à titre d'exemple, — envisageant les qualités inférieures particulièrement demandées dans nos provinces d'outre-mer, — que les fils de coton acquittent des droits variant entre 9,26 pour 100 et 26 pour 100 au tarif général, 7,60 pour 100 et 20 pour 100 au tarif minimum ; les tissus de coton écrus 4o pour 100 au premier tarif, 3i pour 100 au second; les tissus de coton blanchis 46, 80 pour 100 ou 34,60 pour 100; les tissus de coton imprimés 26,28 pour 100 ou 19,90 pour 100; les tissus de laine 24,42 pour 100 ou 16,18 pour 100; les outils en fer 3o pour 100 ou 20 pour 100; les couteaux communs 4 1,66 pour 100 ou 33, 3o pour 100; les
I. Le droit de 60 francs les 100 kilogs a presque complètement arrête les importations étrangères et les 5 43o 000 kilogs do monic que consomment les habitants de la Martinique et de la Guadeloupe viennent de France ou de Saint- Pierre-Miquelon. li est certain que les pécheurs français profilent du régime prohibitif dont ils bénéficient pour augmenter le prix de leur marchandise.