‹ L'exploitation de notre empire colonialChapitre 108 sur 130 · I. En · texte numérisé non relu

I. En

les exportations de l'Inde en fils et tissus de coton se sont élevées à 198 3oo 000 francs ;

celles du Japon à 58 35o 000 francs.

3. Sur toute celle question du développement industriel des pays d'Asie, — le « Péril Jaune », — le lecteur peut se reporter à notre élude parue sous ce titre même dans la Revue politique et parlementaire du mois de décembre 1897 ainsi que chez Challamel, éditeur. — ?ious serons, d'ailleurs, ici même amené à revenir sur cette question.

l'ixdustrie asiatique Soi

Il résulte de ces chiffres et de ces faits que les progrès de r industrie asiatique constituent une menace pour les manufacturiers du Lancashire eux-mêmes. Ils s'inquiètent, ils s'ingénient, ils redoublent d'efforts \ Pense-t-on que les cotonniers de Rouen et des Vosges soient, mieux que ceux de Manchester, en situation de lutter avec les ateliers asiatiques? Déjà, à l'heure présente, et, malgré la grosse protection qui leur est assurée, ce ne sont pas les filés français qui sont vendus au ïonkin, mais les filés indiens. Et l'Inde, le Japon, la Chine ne sont pas les seuls pays à redouter! Le Tonkin, l'Indo-Chine entière deviendront, en effet, d'ici peu d'années, des pays

I . Depuis quelques années, on obsen e dans les statistiques de rinde des sautes brusques et parfois contradictoires qui ont leur explication dans le désordre économique amené dans le pays par la peste, la famine, les variations du cours de la piastre. Les bonnes et les mauvaises années se succèdent. Pour cette raison, il est difficile de faire des comparaisons. Toutefois, les chiffres de 1888 et 1898, que nous allons citer, témoignent que les importations britanniques loin de croître dans ces dix dernières années se sont à peine maintenues.

En 1888, il avait été importé pour 3 58i 000 dizaines de roupies de filés de coton et pour 28 92^ 000 de tissus;

En 1898, les importations ont légèrement fléchi : 3 493ooo dizaines de roupies de filés et 22 902 000 de tissus.

On sait, d'autre part, d'une façon certaine, que la concurrence indienne porte sur les fils et tissus écrus bon marché, de qualité inférieure, fabriqués avec du coton à court fil, — le seul que produise encore la péninsule. Les pertes des industriels métropolitains portent sur ces articles. Tout au contraire, ils dévcloppeat leurs ventes de fds et de tissus, de qualité moyenne et bonne, fabriqués avec du coton à long fil venu d'Amérique. 11 convient de dire aussi que les tissus blanchis, teints et imprimés d'Angleterre n'ont pas à craindre, du moins pour longtemps, la concurrence des Indes.

3o2 l'exploitation de ?jotre empire colomal

industriels. On y récolte le coton, on y exploite des mines de charbon ; pourquoi les colons, aidés par des capitalistes métropolitains, n'installeraient-ils pas bientôt des manufactures ? L'exemple est déjà donné : une première filature existe à Hanoï depuis quelques années; une seconde, plus importante, et qui compte 20 000 broches, vient d'être installée à Haïphong par la « Société cotonnière indo-chinoise » ; ses produits ne tarderont pas à faire concurrence aux importations indiennes et peut-être métropolitaines*. Il convient encore d'envisager qu'un peu plus tard, dans cinquante ans peut-être, — car les progrès industriels vont vite à notre époque, — des filatures seront installées en Afrique même. Alors, sous la direction d'ingénieurs et de contremaîtres européens, des ouvriers noirs fabriqueront des filés et des tissus de coton au goût des populations du Soudan et du Congo*.

1 . Le territoire français de Pondichéry est aussi un centre industriel qu'il ne faut point oublier. Depuis longtemps, deux ou trois manufactures françaises y fabriquent des tissus de coton qui sont vendus au Sénégal et au Soudan sous le nom de « guinées ». D'autre part, quelques industriels métropolitains y construisent actuellement une filature de 4o ooo broches qui travaillera en vue d'approvisionner l'Indo- Chine et fera concurrence sur ce marché aux filés de l'Inde anglaise.

2. De semblables prévisions entrent déjà dans l'esprit de nos administrateurs. C'est ainsi que, dans un rapport sur le commerce et l'industrie du Soudan, envoyé par le lieutenant gouverneur à l'Office colonial au mois de juillet 1899, on voit signalée, au nombre des industries que pourraient installer les Européens dans le pays, celle du coton : « Industrie du coton, filature et tissage : substituer à la « guinée » anglaise, employée par les indigènes, des cotonnades faites avec des métiers importes de France et établis dans les centres riches en coton. »

NOS golojSies sont-elles des débouchés? 3o3 Négligeons, cependant, cette dernière prévision pour envisager la situation qui apparaîtra demain lorsque les industriels métropolitains qui, sur la foi des tarifs protecteurs, se seront organisés en vue de fournir Flndo-Chine rencontreront la concurrence active des colons, qui au Tonkin, en Annam, au Cambodge, en Cochinchine auront fondé des manufactures pour approvisionner les populations de la péninsule. Ne doit-on pas reconnaître en conscience, qu'engager les industriels métropolitains par l'octroi de droits protecteurs, à fabriquer des qualités qu'ils n'ont pas l'habitude de produire, à s'organiser dans le but de pourvoir des marchés qu'ils ne pourront longtemps conserver, c'est les conduire à la déception, peut-être à la ruine?

Mais, dira-t-on, alors, si la France doit continuer à chercher ses clients parmi les « civilisés » ; s'il lui faut renoncer à fabriquer les produits à bon marché pour les « noirs » et les « jaunes », ses colonies, contrairement à des promesses solennelles, ne sont donc point des « débouchés » ouverts à son commerce? Lorsqu'elle a conquis, en Afrique et en Asie, de larges territoires, elle n'a donc pas acquis de nouveaux marchés ?

Il faut, à cette question, répondre très nettement ; il faut dissiper les illusions qu'ont fait naître certaines paroles imprudentes de Jules Ferry, prononcées au cours des discussions sur l'expédition du Tonkin. Non, si l'on excepte l'Algérie et la Tunisie, colonies

3o4 l'exploitation de îvotre empire CX)L0MAL

immédiatement voisines de la métropole et déjà peuplées de 63oooo Européens, — nos possessions d'outre-mer ne sont pas, et ne seront pas d'ici un temps assez long, — un débouché important pour l'industrie française. Cette réponse nous l'avons, d'ailleurs, fait prévoir plus haut en remarquant que le génie propre de notre pays ou sa spécialité est de fabriquer des objets réclamés par les «civilisés», mais que les peuples de l'Afrique et de l'Asie n'apprécient pas ou ne sont pas encore en état de payer. Deux nouveaux chiffres mettront cette vérité en évidence : la France n'écoule dans toutes ses colonies, l'Algérie et la Tunisie comprises, que II, 2 pour loo de ses exportations totales, tandis que l'Angleterre écoule dans les siennes 35 pour loo. S'il en est ainsi ce n'est pas seulement, quoi que cette raison soit fort importante, parce que les colonies britanniques sont beaucoup plus considérables que les nôtres et aussi plus âgées, plus riches ; c'est encore parce que la France n'approvisionne guère que ses provinces de l'Afrique du Nord, alors que l'Angleterre fournit, en même temps que les populations européennes de l'Australie, de l'Afrique du Sud et du Canada, les cuivrés et les noirs de l'Inde, de la Birmanie, des établissements des détroits et de ses comptoirs africains.

Doit-on maintenant conclure de ces faits que nous avons eu tort d'acquérir des colonies ? En aucune façon; et pour demeurer ici sur le seul terrain économique nous présenterons successivement trois observations.

LES VBKTES FRANÇAISES AU DEHORS 3o5

En premier Heu, s^it nous parait à peu prés certain que nos siyets asiatiques et africains continueront à consommer la « camelotte » anglaise et allemande jusqu'au jour où ils fabriqueront eux-mêmes, sous la direction des Européens, les articles grossiers destinés à leur usage^ nous pensons en même temps que, peu h peu, à mesure qu'ils s'enrichiront, ils achèteront des marchandises supérieures aux vulgaires articles ^ troque, — marchandises que notre industrie saura leur fournir. Cet avenir n'est pas immédiat et cependant il est possible déjà de l'entrevoir. On a dit plus haut* que les cotonniers anglais, concurrencés par l'industrie indienne pour les articles inférieurs, augmentaient, au contraire, leurs ventes d'articles de moyenne et bonne qualité. Voici un autre fait : les vieux négociants africains observent, dçpuis une* dizaine d'années, un changement sensible dans les éléments du commerce de la Guinée et de la Côted'Ivoire. Les noirs de ces régions, que le négoce enrichit, n'achètent plus seulement des cotonnades anglaises et des alcools allemands ; ils ont des exigences nouvelles et réclament des confections, des chaussures, des articles de lingerie, des parapluies, que rindustrie française peut livrer à des conditions aussi bonnes, sinon, meilleures, que les industries étrangères. Cette indication ne doit certes pas être négligée.

Notre seconde observation sera que nos provinces

Page 1