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d'outre-mer doivent être envisagées, à un point de vue général, comme de nouveaux centres d'action offerts à toutes les initiatives métropolitaines. Déjà, dans les chapitres précédents, nous avons montré qu'elles offrent de larges « débouchés » à nos capitalistes et à nos émigrants, soit qu'ils veuillent' engager leurs fonds dans les emprunts coloniaux, soit quUls préfèrent se tourner vers les cultures, les exploitations forestières ou minières. Nous ajouterons qu'elles sont dès maintenant ouvertes à nos négociants. Pourquoi ne s'y portent-ils pas en plus grand nombre ? A l'heure présente, dans plusieurs de nos colonies, les maisons étrangères sont plus riches et plus importantes que les françaises. Cette situation se perpétuera-t-elle ? Si les négociants français, soutenus par des capitalistes français, ne peuvent y vendre des marchandises françaises, ils vendront des marchandises étrangères, mais du moins le bénéfice de ces transactions demeurera à nos nationaux. En même temps, d'ailleurs, et par une conséquence naturelle, on verrait se développer et s'accroître la situation matérielle et morale des colons français établis à l'ombre du drapeau. Sait-on qu'aujourd'hui, au Gabon et à Tahiti, les maisons étrangères sont si importantes par rapport aux nôtres que l'on peut se demander parfois dans ces pays si l'on est bien en terre française?

Enfin, nos colonies ne sauraient être envisagées seulement comme des « débouchés directs » , comme de nouveaux centres d'activité offerts à nos capila-

KOS COLONIES DÉBOUCHÉS ^DIRECTS Soy

Jrstes, à nos industriels et à nos négociants. Ce sont âussi^ — et cette observation est fort importante, — de nouveaux marchés dont l'apparition et le développement auront pour conséquence d'augmenter le mouvement général des affaires dans le monde, et partant de procurer à l'industrie de notre pays un suppilément de « débouchés » non dans ses possessions, mais en Europe, en Amérique, chez ses clients habituels.

Nos colonies sont donc, aussi, des « débouchés indirects » . Adam Smith a démontré dans son ouvrage sur la Richesse des nations qu'il n'est pas nécessaire qu'un pays envoie un seul article de sa fabrication sur des marchés nouvellement ouverts pour que son industrie profite cependant de l'ouverture de ces marchés. Si, pour prendre son exemple, la Hongrie et la Pologne n'ont jamais pu envoyer en Amérique un seul article de leurs produits pour y acquérir le sucre, le chocolat ou le tabac, elles ont été acheter ces marchandises nouvelles, qu'elles désiraient consommer, sur un marché européen, et pour cela elles ont dû augmenter leur propre fabrication : ainsi les marchandises américaines ont été de « nouvelles valeurs » qui ont exigé de la Hongrie et de la Pologne « un excédent de produits. »

Les faits confirment l'exactitude de cette théorie : la France, pour alimenter les industries de Lyon et de Marseille, a besoin des soies de Chine, des araclnddset des amandes de palme d'Afrique. Ces produits, eHe devrait en acquitter le prix avec des coton-

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nades grossières, mais son industrie ne les fabrique point. Alors, elle se tourne vers l'Angleterre et la prend pour intermédiaire : des navires britanniques portent en Asie et en Afrique, pour acquitter les dettes des Lyonnais et des Marseillais, des ballots de filés ou de tissus fabriqués à Manchester, tandis que nos c(Hnmerçants expédient de Tautre côté du détroit, en paiement de ces transports et de ces marchandises, les vins, les étoffes de soie, de laine, les articles de Paris qui sont la spécialité de notre pays. Les statistiques sont un témoignage de cette opération. En 1898, les importations de l'Angleterre en France n'ont été que de 5o5 millions et demi, tandis que les exportations de la France en Angleterre atteignaient i milliard 24 millions. Ce serait un écart de 5i8 millions et demi à notre préjudice, s'il n'avait son explication naturelle, d*une part, dans les retours qui proviennent des placements de capitaux anglais en France, d'une autre, — assurément la plus considérable, — dans les paiements et les transports exécutés pour nous par l'Angleterre chez les jaunes et les noirs ^ Pourrait-on nier, en présence de pareilles constatations, que nos colonies sont pour les Industriels français des « débouchés indi-

I. Il est inutile d'ajouter qu'un semblable raisonnement pourrait être appliqué à d'autres pays que l'Angleterre dans leurs relations avec la France. C'est ainsi que l'Allemagne fait aussi pour nous des paiements en Asie et en Afrique dont nous la remboursons chez elle : Importations d'Allemagne en France, 334 millions ; exportations de France en Allemagne, 394 millions.

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rects » très importants? A l'heure où, sous le cabinet Jules Ferry, l'expédition du Tonkin était l'objet des critiques les plus vives de l'opposition nous avons entendu M. Clemenceau dire à la tribune : « A quoi bon aller au Tonkin ? nous exportons des pianos ; ce ne sont pas les Annainites qui nous en achèteront ! » Les faits et les chifiFres font justice de cette boutade : lorsque les négociants français ne pourront payer directement en marchandises métropolitaines les soies et les riz indo-chinois ils en feront solder le prix par les Anglais en cotonnades, puis ils les rembourseront à Londres avec des pianos !

Ainsi, pour des raisons multiples, il convient que la France renonce sans retard à entourer ses colonies d'une barrière de douane ; tout le lui conseille. La liberté des échanges est la vérité; c'est assurément l'avenir de tous les peuples. L'Angleterre a depuis longtemps donné l'exemple. Toutes ses possessions jouissent d'une absolue liberté ; elles ne sont obligées d'assurer, et elles n'assurent aucune protection aux marchandises métropolitaines. Les droits de douane qu'elles perçoivent sur les articles importés de toute origine, — anglaise ou étrangère, — ont un caractère purement fiscal. Ce sont des impôts indirects qui assurent au budget une part des ressources dont il a besoin *. A la vérité, on fait grand bruit

I. Il convient précisément de noter, k ce sujet, que le régime protectionniste a une conséquence fiscale qui ne cesse pas d'inquiéter les gouverneurs soucieux du bon équilibre de leur budget. La perception de droits exorbitants sur les marchandises

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dans certains milieux du projet de M. Chamberlain tendant à confondre la métropole et toutes ses colo^ nies dans une immense union douanière « impériale )>. La réalisation d'aune pareille idée serait pour le parti protectionniste français un bel argument; mais le projet de M. Chamberlain n'est pas prêt d'aboutir. Les industriels du Lancashire et les colonies le repoussent également. Le régime de la liberté demeurera sauf.

Est-ce à dire que nous réclamons pour demain la suppression complète des tarifs douaniers coloniaux? Ce serait exposer les importateurs français à de graves mécomptes, et ils ont droit à un régime de transition. Il ne peut être interdit de faciliter l'établissement de relations commerciales entre la France et ses nouvelles possessions. L'intransigeance absolue des principes paraîtrait justement excessive. Si notre industrie est incapable de fournir certains articles, s'il est dangereux de l'inciter à en fabriquer d'autres qu'elle ne saurait écouler que sous le régime perpétuel de la faveur, il est, en revanche, des produits métropolitains qui sont susceptibles de trouver un marché dans nos

étrangères ayant pour résultat de faire fléchir leur importation au profit des articles français, les taxes douanières cessent d'être un élément de recette. C'est ainsi qu'à Madagascar, les droits de douane qui s'étaient élevés à 3 millions environ en 1897 ^^^ baissé à 900000 francs en 1898 et n'atteindront pas 3oo 000 francs en 1899, ^^^^^ qu'avec les anciens tarifs, et étant donné le développement commercial de la colonie, ces droits ne seraient pas aujourd'hui inférieurs à 3 millions. Enfin, on prévoit qu'en 1 900 les dépenses du service des douanes atteindront 848 000 francs et ses recettes seulement un chiffre égal.

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colonies, grâce à une protection modérée. Celle-ci ne saurait leur être refusée. Mais jl coavient que ce soit une règle absolue, — un principe, — chez tous leç hommes soucieux de la prospérité de nos provinces d'outre-mer que le développement de leur commerce, l'enrichissement de leurs habitants doit être la principale préoccupation du gouvernement et que, seuls, des droits d'importation modérés et exceptionnels peuvent être tolérés. On a vu que le parti protectionniste obéit à des idées diamétralement opposées; on ne cessera pas de le voir dans les développements qui suivent.

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