‹ L'exploitation de notre empire colonialChapitre 112 sur 130 · LE « PÉRIL COLONIAL · texte numérisé non relu

LE « PÉRIL COLONIAL

mières, ils trouveraient grâce. Mais, oh scandale! Ils fabriquent ; ils menacent de fabriquer plus encore dans l'avenir ! Les hommes qui, vivant dans un pareil état d'esprit, ont voté, il y a quelques années, les crédits nécessaires à la conquête de la, Tunisie, du Tonkin, de Madagascar, du Soudan, sont effrayés de voir aujourd'hui ces pays sortir de leur sommeil et à la veille de se transformer en producteurs. Ne vont-ils pas fabriquer bientôt les objets nécessaires à leur propre consommation que leur fournissent aujourd'hui les industriels français, à l'abri des droits protecteurs? N'exporteront-ils pas bientôt, — et peutêtre même en France, — des denrées agricoles ou des produits fabriqués qui pourront faire concurrence aux nôtres ? Voilà le « péril ! »

Ce « péril », la France déjà l'a rencontré, lorsque les premiers colons tunisiens ont envoyé à Marseille leurs blés, leurs huiles, leurs vins et ont prétendu que ces produits fussent reçus par la douane comme produits « français » et non comme produits « étrangers ». Pendant plusieurs années, le parti agricole a résisté à ces demandes, et l'on a vu alors les produits tunisiens plus durement taxés par la douane que les produits italiens. En 1890, cependant, les protectionnistes ont cédé en considération de ce que les blés, les huiles et les vins de la Régence prendraient sur notre marché la place des produits similaires de la péninsule italienne et aussi de ce que les exportations françaises en Tunisie atteignaient un chiffre élevé.

Mais voici, qu'aujourd'hui, à uile heure où les

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partisans du a marché national » constatent encore avec amertume que « les importations tunisiennes font concurrence à Tagriculture métropolitaine', » le « péril » paraît à nouveau, — et plus grave. Le Tonkin, où Ton récolte le coton, où des mines de charbon sont en exploitation, se prépare à fabriquer les fils et les tissus nécessaires à ses habitants ; d'ici peu, des hauts fourneaux y seront construits pour approvisionner le pays de fer marchand ; peut-être y cultivera-t-on demain le blé, comme aux Indes, en vue de l'exportation ; dès maintenant, d'ailleurs, les riz de la Cochinchine et du Tonkin font concurrence^ en distillerie, aux betteraves françaises. D'autre part, les immenses territoires de Madagascar, du Congo, du Soudan, de la Côte d'Ivoire, ne peuvent-ils pas fournir, d'ici peu d'années, des quantités considérables de céréales, des millions de têtes de bétail? Nos grandsparents ont vu avec effroi « les blés de la mer Noire » entrer dans nos ports ; pourquoi nous-même n'assisterions-nous pas à une invasion des « blés du Soudan ? » Mais alors, a-t-il été dit à la Chambre, (( notre domaine colonial serait une cause de graves déceptions. La colonisation ne serait plus qu'un malentendu et ne tarderait pas à devenir justement très impopulaire". » De nombreux « très bien » ont

1. Ed. Théry, Nécessité d'un régime douanier entre la France et S€S colonies. Brochure du mois de février 1899, ^ VEconomiste européen.

2. Discours -de M. d'E&tournelles à la Chambre des députés séaoce du 8 février 1898.

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